Désarmement nucléaire. Colloque de Brest, 29 septembre 2018.

Brest Colloque interdiction des armes nucléaires 29 09 18

 

Colloque à l’initiative du CIAN-29 (collectif finistérien pour l’interdiction des armes nucléaires). Le CIAN-29 rassemble de nombreuses organisations : UEP, Mouvement de la Paix, FSU, CGT, PCF, NPA, Ensemble! etc…

Ce colloque de Brest, le 29 septembre (de 9h30 à 17h30), s’inscrit dans le processus de mobilisation citoyenne engagé par le CIAN-29.

Seule une forte mobilisation des citoyens peut contraindre nos gouvernants à renoncer à l’arme nucléaire. Si le traité d’interdiction signé à l’ONU et le Nobel de la Paix attribué à ICAN créent un contexte favorable qui nous permet d’espérer l’emporter, la bataille de l’opinion reste encore à gagner, notamment ici, à la pointe de Bretagne, où se trouve concentrée une partie essentielle de l’arsenal nucléaire français.

Comment répondre aux inquiétudes des populations pour leur sécurité, pour leur emploi ? Quelles actions mener pour vaincre les résistances ? Un moment de réflexion et d’engagement.

Pour un monde dénucléarisé.

ONU Drapeau

Le 24 septembre 2009, Conseil de sécurité plaide en faveur d’un monde dénucléarisé…

Il y a exactement 9 ans, le 24 septembre 2009, le Conseil de sécurité adoptait une résolution « pour un monde plus sûr » et « pour créer un monde dénucléarisé ». Ce fut un acte juridique et politique important. On l’a un peu oublié… Cette résolution reste, dans le contexte actuel, sans effet direct ou immédiat, mais elle confirme l’importance de ce qui pousse dans le monde et dans les opinions publiques. Elle témoigne de ce qui se passe, depuis le début des années 2000, en faveur du désarmement nucléaire et de l’élimination des armes nucléaires. Le Traité d’Interdiction des Armes Nucléaires adopté à l ‘ONU en 2017, par 122 pays, confirme et renforce un courant positif pour la mise en cause des doctrines de dissuasion, pour la mise en cause de l’existence même des armes nucléaires, donc pour leur élimination.

Ci-dessous, pour information et pour mémoire, le texte de cette résolution du 24 septembre 2009.

Texte de la résolution S/RES/1887 (2009), 24 septembre 2009 :

Le Conseil de sécurité,

Déterminé à œuvrer à un monde plus sûr pour tous et à créer les conditions pour un monde sans armes nucléaires, conformément aux objectifs énoncés dans le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires, d’une manière qui promeuve la stabilité internationale, et sur la base du principe d’une sécurité non diminuée pour tous,

Réaffirmant la déclaration de son président adoptée lors de la séance du Conseil tenue au niveau des chefs d’État et de gouvernement, le 31 janvier 1992 (S/23500), notamment la nécessité pour tous les États Membres de s’acquitter de leurs obligations en ce qui concerne la maîtrise des armements et le désarmement et d’empêcher la prolifération sous tous ses aspects de toutes les armes de destruction massive,

Rappelant que la déclaration susmentionnée (S/23500) soulignait que tous les États Membres devaient régler par des voies pacifiques dans le respect de la Charte tout différend dans ce contexte qui menacerait la stabilité régionale et mondiale,

Réaffirmant que la prolifération des armes de destruction massive et de leurs vecteurs constitue une menace pour la paix et la sécurité internationales,

Conscient des responsabilités assignées aux autres organes de l’ONU et aux organisations internationales compétentes dans le domaine du désarmement, de la maîtrise des armements et de la non-prolifération, ainsi qu’à la Conférence sur le désarmement, et les encourageant à continuer de jouer le rôle qui leur revient,

Soulignant que le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires demeure la pierre angulaire du régime de non-prolifération nucléaire et le fondement essentiel de la poursuite du désarmement nucléaire et de l’utilisation de l’énergie nucléaire à des fins pacifiques,

Réaffirmant son ferme attachement au Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires et sa conviction que le régime international de non-prolifération nucléaire doit être maintenu et renforcé si l’on veut assurer sa mise en œuvre efficace, et rappelant à cet égard les conclusions des précédentes conférences d’examen, notamment les documents finaux de 1995 et de 2000,

Appelant à de nouveaux progrès dans tous les aspects du désarmement en vue de renforcer la sécurité dans le monde,

Rappelant la déclaration de son président adoptée à l’issue de la séance du Conseil tenue le 19 novembre 2008 (S/PRST/2008/43),

Saluant les décisions prises par les États non dotés de l’arme nucléaire qui ont démantelé leurs programmes d’armes nucléaires ou renoncé à l’arme nucléaire,

Se félicitant des efforts de réduction des arsenaux nucléaires et de désarmement entrepris et accomplis par les États dotés d’armes nucléaires aux fins de la réduction de ces armes et du désarmement, et soulignant la nécessité de poursuivre les efforts dans le domaine du désarmement nucléaire, conformément à l’article VI du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires,

Se félicitant à cet égard de la décision prise par les États-Unis d’Amérique et la Fédération de Russie de mener des négociations en vue de conclure un nouvel accord global juridiquement contraignant pour remplacer le Traité sur la réduction et la limitation des armements stratégiques offensifs qui vient à expiration en décembre 2009,

Saluant et soutenant les mesures prises en vue de conclure des traités établissant des zones exemptes d’armes nucléaires et se déclarant convaincu que la création de zones exemptes d’armes nucléaires internationalement reconnues en vertu d’arrangements librement conclus entre les États de la région concernée, et conformément aux directives adoptées en 1999 par la Commission du désarmement, renforce la paix et la sécurité mondiales et régionales, consolide le régime de non-prolifération nucléaire et contribue à la réalisation des objectifs de désarmement nucléaire,

Prenant note dans ce contexte de son appui à l’organisation de la deuxième Conférence des États signataires ou parties aux traités établissant des zones exemptes d’armes nucléaires, qui doit se tenir à New York le 30 avril 2010,

Réaffirmant ses résolutions 825 (1993), 1695 (2006), 1718 (2006) et 1874 (2009),

Réaffirmant ses résolutions 1696 (2006), 1737 (2006), 1747 (2007), 1803 (2008) et 1835 (2008),

Réaffirmant en outre toutes les autres résolutions pertinentes qu’il a adoptées touchant la non-prolifération,

Profondément préoccupé par la menace que constitue le terrorisme nucléaire, et reconnaissant qu’il est nécessaire que tous les États adoptent des mesures efficaces pour empêcher que les terroristes aient accès à des matières nucléaires ou à une assistance technique,

Prenant note avec intérêt de l’initiative visant à convoquer, en coordination avec l’Agence internationale de l’énergie atomique, une conférence internationale sur les utilisations pacifiques de l’énergie nucléaire,

Se déclarant favorable à la tenue du Sommet mondial sur la sécurité nucléaire en 2010,

Affirmant son appui à la Convention sur la protection physique des matières nucléaires et son amendement de 2005, ainsi qu’à la Convention internationale pour la répression des actes de terrorisme nucléaire,

Reconnaissant les progrès accomplis par l’Initiative mondiale de lutte contre le terrorisme nucléaire et le Partenariat mondial du G-8,

Notant la contribution de la société civile à la promotion de tous les objectifs du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires,

Réaffirmant sa résolution 1540 (2004) et la nécessité pour tous les États d’appliquer dans leur intégralité les mesures y énoncées, et invitant tous les États Membres et les organisations internationales et régionales à coopérer activement avec le Comité créé par ladite résolution, notamment à l’occasion de l’examen complet demandé dans la résolution 1810 (2008),

1.    Souligne que toute situation de non-respect des obligations en matière de non-prolifération sera portée à l’attention du Conseil, qui appréciera si cette situation constitue une menace pour la paix et la sécurité internationales, et souligne la responsabilité principale du Conseil pour lutter contre ces menaces;

2.    Invite les États parties au Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires à s’acquitter pleinement de toutes les obligations et à honorer leurs engagements au titre du Traité;

3.    Note que les avantages découlant de l’adhésion au Traité ne peuvent être garantis aux États parties que s’ils respectent les obligations y énoncées;

4.    Exhorte tous les États qui ne sont pas parties au Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires à y adhérer en tant qu’États non dotés de l’arme nucléaire de manière à assurer l’universalité de cet instrument dans les meilleurs délais, et, en attendant qu’ils y adhèrent, à en respecter les dispositions;

5.    Prie les parties au Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires à s’engager, en vertu de l’article VI du Traité, à poursuivre de bonne foi des négociations sur des mesures efficaces de réduction des armes nucléaires et de désarmement nucléaire et sur un traité de désarmement général et complet sous un contrôle international strict et efficace, et invite tous les autres États à se joindre à cette entreprise;

6.    Engage tous les États parties au Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires à coopérer de sorte que la Conférence d’examen du Traité, qui doit avoir lieu en 2010, puisse renforcer cet instrument et arrêter des objectifs réalistes et réalisables au titre de chacun des trois piliers du Traité que sont la non-prolifération, l’utilisation de l’énergie nucléaire à des fins pacifiques et le désarmement;

7.    Invite tous les États à s’abstenir de procéder à des essais nucléaires et à signer et ratifier le Traité d’interdiction complète des essais nucléaires afin qu’il entre rapidement en vigueur;

8.    Prie la Conférence du désarmement de négocier dès que possible un traité interdisant la production de matières fissiles pour des armes nucléaires et autres engins explosifs nucléaires, se félicite que la Conférence du désarmement ait adopté à l’unanimité son programme de travail en 2009, et demande à tous les États Membres de coopérer afin que la Conférence puisse entamer ses travaux de fond sans tarder;

9.    Rappelle les déclarations faites par chacun des cinq États dotés de l’arme nucléaire, dont la résolution 984 (1995) a pris acte, dans lesquelles ceux-ci ont donné aux États non dotés d’armes nucléaires qui sont parties au Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires des garanties de sécurité contre l’utilisation de telles armes, et affirme que ces garanties renforcent le régime de non-prolifération nucléaire;

10.   Se déclare particulièrement préoccupé par les défis majeurs actuels auxquels est confronté le régime de non-prolifération et sur lesquels le Conseil a agi, exige des parties concernées qu’elles s’acquittent pleinement des obligations mises à leur charge par les résolutions qu’il a adoptées sur ce sujet, et réitère l’appel qu’il leur a lancé pour qu’elles trouvent rapidement une solution négociée à ces questions;

11.   Encourage les efforts tendant à assurer le développement de l’énergie nucléaire à des fins pacifiques par les pays qui cherchent à maintenir ou à renforcer leurs capacités dans ce domaine, dans un cadre propre à réduire les risques de prolifération, qui réponde aux normes internationales les plus élevées en matière de garanties, de sécurité et de sûreté;

12.   Souligne que le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires reconnaît en son article VI le droit inaliénable des États parties de développer la recherche, la production et l’utilisation de l’énergie nucléaire à des fins pacifiques, sans discrimination et conformément aux dispositions des articles I et II, et rappelle à cet égard l’article III dudit traité et l’article II du Statut de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA);

13.   Invite les États à adopter des mesures nationales plus strictes de contrôle des exportations de matières et de technologies sensibles du cycle du combustible nucléaire;

14.   Encourage les travaux que l’AIEA mène pour définir des approches multilatérales du cycle du combustible nucléaire, y compris des garanties d’approvisionnement en combustible nucléaire et des mesures connexes, comme moyen efficace de répondre au besoin croissant de combustible nucléaire et de services dans ce domaine et de réduire au minimum le risque de prolifération, et prie le Conseil des gouverneurs de l’AIEA d’adopter dès que possible des mesures à cette fin;

15.   Affirme que des garanties efficaces de l’AIEA sont indispensables pour empêcher la prolifération nucléaire et faciliter la coopération dans le domaine de l’utilisation de l’énergie nucléaire à des fins pacifiques, et à cet égard :

a)    Prie tous les États non dotés de l’arme nucléaire parties au Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires qui ne l’ont pas encore fait de conclure immédiatement un accord de garanties généralisées ou un protocole modifié sur de petites quantités de matières; b)    Invite tous les États à signer, ratifier et appliquer un protocole additionnel qui, avec les accords de garanties généralisées, constitue un élément essentiel du système de garanties de l’AIEA; c)    Souligne qu’il importe que tous les États Membres veillent à ce que l’AIEA continue d’être dotée des ressources et de l’autorité qui lui permettent de vérifier l’utilisation déclarée des matières et installations nucléaires ou l’absence d’activités non déclarées, et que l’AIEA lui fasse rapport à cette fin, selon que de besoin;

16.   Encourage les États à apporter à l’AIEA la coopération nécessaire pour lui permettre de vérifier si tel ou tel État s’acquitte de ses obligations découlant des accords de garanties, et affirme sa détermination à appuyer les efforts déployés par l’AIEA à cette fin, en vertu de l’autorité qu’il tire de la Charte;

17.   Décide de traiter sans tarder toute notification de retrait du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires adressée par tout État, y compris les événements décrits dans la notification présentée par l’État conformément aux dispositions de l’article X du Traité, tout en prenant note des discussions en cours à l’occasion de l’examen du Traité en vue d’identifier des modalités par lesquelles les États parties au Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires pourraient collectivement répondre à toute notification de retrait, et affirme que tout État demeure responsable au regard du droit international des violations du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires commises avant son retrait;

18.   Encourage les États à poser, comme condition aux exportations de matières nucléaires, que l’État destinataire accepte que s’il met fin à l’accord de garanties conclu avec l’AIEA ou s’en retire, ou si le Conseil des gouverneurs de l’AIEA constate son non-respect de l’accord, l’État fournisseur aurait le droit d’exiger la restitution des matières ou équipements nucléaires fournis avant la dénonciation, la constatation du non-respect ou le retrait, ainsi que de toutes matières nucléaires spéciales produites grâce à l’emploi de tels matières ou équipements;

19.   Encourage les États à examiner si un État destinataire a signé et ratifié un protocole additionnel sur le modèle de protocole additionnel lorsqu’ils prennent des décisions concernant des exportations nucléaires;

20.   Prie les États de poser, comme condition aux exportations de matières nucléaires, que l’État destinataire accepte qu’au cas où il mettrait fin à l’accord de garanties conclu avec l’AIEA, les garanties continueraient de s’appliquer à tous matières et équipements nucléaires fournis avant une telle dénonciation, ainsi que toutes matières nucléaires produites grâce à l’emploi de tels matières ou équipements;

21.   Lance un appel à tous les États pour qu’ils adhèrent à la Convention sur la protection physique des matières nucléaires et son amendement de 2005, ainsi qu’à la Convention internationale pour la répression des actes de terrorisme nucléaire;

22.   Accueille avec satisfaction les recommandations formulées en mars 2009 par le Comité créé par la résolution 1540 (2004) pour faire en sorte que les mécanismes de financement existants soient utilisés plus efficacement, y compris en envisageant de créer un fonds de contributions volontaires, et affirme qu’il est déterminé à promouvoir la mise en œuvre intégrale de la résolution 1540 (2004) par les États Membres en garantissant un appui efficace et durable aux activités menées par le Comité;

23.   Réaffirme que les États Membres doivent appliquer la résolution 1540 (2004) dans son intégralité en vue d’empêcher l’accès aux armes de destruction massive, aux matériels connexes et à leurs vecteurs, la fourniture d’une assistance ou leur financement, par des acteurs non étatiques, tels qu’ils sont définis dans la résolution, prie les États de coopérer activement avec le Comité créé par ladite résolution et l’AIEA, y compris de leur prêter assistance, à leur demande, pour leur permettre de mettre en œuvre les dispositions de la résolution 1540 (2004), et à cet égard, attend avec intérêt le prochain examen d’ensemble de l’application de la résolution pour en renforcer l’efficacité, et invite tous les États à participer activement à cet examen;

24.   Engage les États à échanger leurs meilleures pratiques en vue d’améliorer les normes de sûreté et les pratiques en matière de sécurité nucléaire et d’élever le niveau de sécurité nucléaire afin de réduire le risque de terrorisme nucléaire, dans l’objectif de mettre toutes les matières nucléaires vulnérables à l’abri de tels risques dans un délai de quatre ans;

25.   Demande à tous les États de gérer de manière responsable et de réduire au minimum autant que possible au plan technique et économique l’emploi de l’uranium hautement enrichi à des fins civiles, y compris en travaillant à convertir les réacteurs de recherche nucléaires et les processus de production de radio-isotopes aux fins de l’emploi de combustibles et de cibles d’uranium faiblement enrichi;

26.   Exhorte tous les États à se donner les moyens de mieux détecter, décourager et empêcher le trafic illicite de matières nucléaires sur l’ensemble de leur territoire, et demande aux États qui sont en mesure de le faire de s’employer à renforcer les partenariats internationaux et les capacités à cet égard;

27.   Prie instamment tous les États de prendre chacun toutes les mesures appropriées en accord avec les autorités et la législation nationales, et conformément au droit international, en vue d’empêcher le financement de la prolifération nucléaire et les transports proliférants, de renforcer les contrôles à l’exportation, de sécuriser les matières sensibles, et de contrôler l’accès aux transferts intangibles de technologies;

28.   Se déclare déterminé à surveiller de près toute situation impliquant la prolifération d’armes nucléaires, de leurs vecteurs ou de matériels connexes, notamment à destination ou par des acteurs non étatiques, tels qu’ils sont définis dans la résolution 1540 (2004), et, le cas échéant, à adopter les mesures voulues en vue d’assurer le maintien de la paix et de la sécurité internationales;

29.   Décide de rester saisi de la question.

Palestine: comment ils voudraient la sortir de l’histoire…

Gaza 2009

Photo JF

« … Israël devrait déclarer la guerre à l’ensemble du peuple palestinien, ce qui inclut leurs personnes âgées et leurs femmes, leurs villes et leurs villages, leurs biens et leurs infrastructures », Ayelet Shaked, Ministre de la Justice du Gouvernement israélien. http://frblogs.timesofisrael.com/ayelet-shaked-a-letroit-au-foyer-juif/

Ayelet Shaked le dit au conditionnel, mais c’est bien ce qui se passe au présent. Face à cette véritable guerre, l’inaction et l’hypocrisie des Européens – c’est à dire des pouvoirs européens dont celui de France – est évidemment difficilement acceptable… Il en faut, en effet, du temps, des articles, des protestations, des appels pour finalement obtenir… des déclarations. De simples déclarations. Rien de plus. Certes, comme dit Raymond Devos, trois fois rien… c’est mieux que rien. Mais il s’agit d’un peuple… et la veulerie de beaucoup ne fait pas rire grand monde.

Le sort du Peuple palestinien est en jeu. C’est LA question… On dira : la Question de Palestine selon la juste formule utilisée pour la première fois par le Conseil de Sécurité des Nations-Unies, en 1948. Une formule trop souvent oubliée aujourd’hui. Ajoutons que la politique conduite par Netanyahou et par Trump, avec l’assentiment tacite des Européens et, au delà, de tous ceux qui regardent ailleurs sans rien faire… cette politique-là soulève aussi des questions plus générales sur le monde d’aujourd’hui. Des questions auxquelles nul ne saurait se soustraire, que l’on soit un État, une force politique, une autorité morale… Certains persistent cependant à regarder ailleurs, ou plutôt à faire semblant de regarder ailleurs tout en apportant un soutien objectif au processus d’agression et de dépossession mis en œuvre contre les Palestiniens.

A l’évidence, Netanyahou et Trump ne veulent pas d’une « solution »… ni même d’un compromis sur les problèmes existants, c’est à dire – soyons nets – sur les problèmes issus de la contradiction essentielle entre la politique d’occupation/colonisation de l’État d’Israël, d’une part, et les droits nationaux du Peuple palestinien, d’autre part. Des droits nationaux inaliénables selon cette autre juste formule actée par les Nations-Unies. Il n’est pas inutile de rappeler de temps en temps (et même le plus souvent) que des droits fondamentaux sont en jeu. Et pas seulement des « deals » obscurs et hypothétiques.

Netanyahou et Trump ne veulent pas de solution aux problèmes posés… Ils veulent la suppression de ces problèmes par l’élimination de facto, par la force, de tout ce qu’on appelle les bases ou les termes de référence d’une solution juste fondée sur le droit international, sur les résolutions de l’ONU, sur les accords précédemment signés, sur certains principes généraux comme celui d’un règlement à partir de l’option à 2 États… Après avoir tué et enterré ce que l’on a longtemps appelé « le processus de paix », les autorités israéliennes, avec l’aide de l’administration américaine, cherchent maintenant à obtenir la liquidation de la Question de Palestine comme question nationale.

Déraciner la Question de Palestine.

La « reconnaissance » de Jérusalem comme capitale d’Israël par Washington constitue ainsi l’affirmation d’une ambition hégémonique très concrète sur les lieux historiques, culturels et religieux les plus symboliques pour le Peuple palestinien. C’est en même temps une colonisation de la terre et de la mémoire. C’est une préemption sur l’histoire.

La mise en cause de l’Agence des Nations-Unies pour les réfugiés palestiniens (UNRWA) par les États-Unis correspond à la volonté de se défaire de l’ensemble de la question des réfugiés, du statut spécifique des réfugiés établi par l’Assemblée générale de l’ONU en 1948 (1). Après avoir expulsé d’abord quelque 800 000 Palestiniens de leur terre en 1947/1948, les autorités israéliennes, toujours avec l’aide américaine, veulent donc aujourd’hui, non seulement continuer les expulsions, mais encore se débarrasser de la question même des réfugiés. Parce que cette question rappelle dans la longue durée, les droits des Palestiniens et leur droit au retour. Netanyahou et Trump veulent contribuer ainsi à déraciner la légitimité historique de la Question de Palestine. Pour faire en sorte, précisément, que cette Question de Palestine, avec la mise en cause des responsabilités israéliennes et occidentales initiales, finissent par disparaître des grands enjeux diplomatiques et politiques, et de ce qu’on appelle l’agenda international.

La loi israélienne de « l’État-nation du Peuple juif » apporte une cohérence raciste et dominatrice à un projet d’apartheid et à une forme de bannissement statutaire des Palestiniens. C’est encore l’écrasement de la Question de Palestine comme expression de l’identité d’un peuple. Octroyer, en Israël, un statut subalterne aux Palestiniens, et maintenir la plus grande partie du Peuple palestinien dans un cadre colonial et discriminatoire d’État, imposé par la force et par une répression brutale et sanglante… voilà comment Israël a fini par rejoindre quelques unes des caractéristiques de ce que fut, hier, l’ignominie et la violence de l’apartheid sud-africain. Un régime alors mis au ban de ce qui se manifesta alors comme une communauté internationale convergente sur la nécessité des sanctions et du boycott. On s’en souvient.

Le retour de la « proposition » d’une confédération « jordano-palestinienne », au delà de sa faible crédibilité, signe la détermination à effacer l’idée même d’État palestinien. Le Roi de Jordanie a rejeté nettement un tel projet. Cette soi-disant proposition révèle, dit-on, une incapacité américaine à dégager un véritable plan de règlement. Mais y-a-t’il un plan ? N’est-ce pas, ici encore, un calcul élémentaire, en ligne avec tout le reste : celui de déplacer radicalement tout le débat sur autre chose que sur l’enjeu de la souveraineté et de l’État palestinien ?

Tout ceci traduit un basculement politique majeur. Netanyahou et Trump se rejoignent et s’épaulent afin de massacrer les symboles, arracher les fils de l’histoire, extirper le droit, effacer les exigences éthiques… comme autant de faits accomplis et d’actes de liquidation. Ils cherchent à écraser le sens et la densité historique, politique, sociale et humaine de la Question de Palestine. De la part de Netanyahou et de Trump cela ne traduit pas une incapacité ou une incohérence. C’est une stratégie. Ils voudraient ainsi faire disparaître le fait national palestinien de l’histoire. Mais comment pourrait-on évacuer de l’histoire 15 millions de Palestiniens dont 5 millions en Cisjordanie et à Gaza, près de 2 millions en Israël et environ 8 millions déplacés de force et réfugiés ?.. Et la Question de Palestine correspond aussi une conscience collective populaire dans le monde actuel.

Une cohérence stratégique dans un nouveau contexte

Cette stratégie israélo-américaine se lit, se nourrit et se structure dans un nouveau contexte régional et mondial. Un certain ordre international, en effet, a été balayé. Cet ordre d’hier – rappelons-le rapidement – bénéficiait d’une relative stabilité et semblait fait pour durer. Les États-Unis maintenaient des relations stratégiques privilégiées avec Israël, mais non moins attentives et intéressées aux pays arabes, plus précisément ceux souvent qualifiés alors de « modérés » : Egypte, Arabie Saoudite, Jordanie, Tunisie… C’était un « équilibre » approximatif issu des ambitions de domination stratégique américaine au Proche-Orient. Une domination telle qu’elle s’est affirmée au détriment des Européens après l’affaire de Suez en 1956, et contre l’influence soviétique. L’aide militaire des États-Unis à Israël, mais aussi à l’Égypte en particulier, accompagnait une confrontation latente entre Israël et le monde arabe, avec la Question de Palestine comme référence permanente de caractère « proclamatoire », à défaut d’être concrète et active, à quelques exceptions près. Les guerres et les agressions israéliennes récurrentes ont, chaque fois, à des degrés divers, rappelé cette configuration aujourd’hui disparue. D’ailleurs, on ne peut plus parler d’un « conflit israélo-arabe ».

Les guerres en Irak et en Syrie, la montée d’un djihadisme criminel de grande ampleur, l’affirmation de la puissance iranienne et du jeu turc, la démonstration de force de la Russie, l’élection de Trump… Tout ceci a permis un bouleversement politique d’ensemble qui se manifeste aujourd’hui dans la violence et les confrontations de puissances. Et une relégation de la Question de Palestine. L’ordre ancien a explosé. C’est une mutation inespérée pour Israël qui va en bénéficier directement, et qui va pousser dans ce sens. Cela convient si bien à la poursuite de la colonisation, à la mise en œuvre d’une stratégie de menaces, de frappes très ciblées et d’interventions militaires adaptées – y compris par une aide directe aux rebelles armés de l’opposition en Syrie (2) – afin d’entretenir un tel contexte.

Dans cette nouvelle situation, et Washington et Tel-Aviv vont définir l’Iran et ses alliés (le Hezbollah libanais en particulier) comme ennemis privilégiés, l’Arabie saoudite comme allié principal, la Syrie et le Proche-Orient comme champ d’affrontement dans la définition des rapports de forces et du paysage politique régional qui sortiront des ruines et des conflits. L’Iran est élevée au rang de menace stratégique prioritaire dans ce contexte hautement conflictuel et contradictoire. Là serait donc le nouveau problème. Exit la Question de Palestine. Le monde arabe devient monde éclaté, divisé et plus affaibli que jamais dans un ordre où domine pleinement la confrontation des puissances et le recours à la force. Pourtant, certaines affirmations populaires, notamment au cours du « Printemps arabe », ont montré la permanence d’aspiration progressistes profondes à la solidarité, à l’indépendance et au refus des dominations.

Il y a quelques années encore, le discours politico-médiatique occidental peinait à accepter l’évidence : la mort du processus d’Oslo, qu’on appelait « processus de paix ». Alors que la perspective tentée en 1993 était définitivement close avec la poursuite de la colonisation et le non respect persistant par Israël des dispositions et du calendrier des accords. Il est vrai que l’épuisement de ce processus privait les puissances occidentales d’un confort politique et d’une tranquillité morale : elles pouvaient se débarrasser du problème et dormir tranquille en faisant d’une soi-disant « négociation directe » la condition d’un règlement politique qui ne vint jamais… Le processus d’Oslo a finalement servi comme mode de gestion de l’occupation et non comme solution pour en finir avec celle-ci. Alors aujourd’hui, combien de temps, combien d’abjections et de crimes du colonialisme israélien faudra-t-il pour que ces mêmes puissances réagissent enfin, pour que le débat et les affrontements politiques nécessaires prennent une forme offensive contre les initiatives liquidatrices de Tel-Aviv et de Washington ?

Bien sûr, les desseins destructeurs et les méthodes primitives de Netanyahou et de Trump ne vont pas aboutir si aisément. Il y a loin de la coupe aux lèvres. Malgré la descente aux enfers qu’on leur impose, les Palestiniens n’abdiquent pas. La jeunesse de Gaza mais aussi de Cisjordanie le montre bien. Et la politique israélo-américaine n’obtient pas de consensus international. La Palestine bénéficie de reconnaissances diplomatiques dans de nombreux pays. Elle est membre de l’ UNESCO. Elle est observateur à l’ONU, et capable d’ester en justice auprès de la Cour Pénale Internationale. Les réalités construites au fil de l’histoire sur la base du droit et d’une résistance populaire légitime seront difficile à détruire…

Requalifier la politique israélienne et le régime qui la met en œuvre

Les confrontations politiques s’annoncent cependant particulièrement vives à propos de la nature de la stratégie israélo-américaine, et en particulier sur la caractérisation de la politique israélienne. Et tant qu’une requalification de cette politique, et du régime qui la met en œuvre, ne sera pas acquise, la confusion et le mensonge domineront les débats. L’idée qu’Israël serait « la seule démocratie du Proche-Orient » est évidemment déjà bien mise à mal. Il reste à dire sans détour ce qu’est Israël aujourd’hui : un État colonial violent qui se radicalise et se criminalise à l’extrême droite. Un régime d’apartheid à tendance raciste bénéficiant du soutien de nombreux pouvoirs, notamment le pouvoir français. Le silence quasi-systématique de ce dernier sur ces évolutions en dit beaucoup sur sa démission, sur celle des puissances occidentales en général, et sur la trop grande discrétion de beaucoup d’autres.

Certes, on mesure ce que Netanyahou a réussi à faire pour dégrader l’enjeu. Hier, contrer la politique de Tel-Aviv signifiait notamment s’opposer à sa politique anti-palestinienne, condamner les agressions et les crimes de guerre commis de façon récurrente, et refuser l’inacceptable chantage à la sécurité et au terrorisme. Alors que celui-ci, dans sa réalité condamnable, n’a jamais cessé d’être, d’abord, la conséquence dramatique de l’occupation militaire illégale, de la colonisation ininterrompue et de l’impasse induite par des années d’humiliation et d’écrasement de tout un peuple. Il est indispensable de rappeler cela même si, ou justement parce que, peu nombreux sont ceux qui ont alors osé s’engager dans cette voie critique… en rappelant qu’Israël est un acteur essentiel de l’insécurité internationale. Rappelons qu’en 2003, la Commission de Bruxelles avait réalisé un sondage portant sur un échantillon de 7.500 européens, et concernant, précisément, les enjeux de la sécurité internationale (3). Dans une liste de 15 pays, dont les États-Unis, l’Irak, l’Iran, l’Afghanistan et la Corée du Nord, les personnes interrogées devaient dire quel pays « présente ou non une menace pour la paix dans le monde »… 59% des sondés ont désigné Israël comme première menace contre la paix… Du coup, l’Union européenne, audacieuse mais pas téméraire, enterra le sondage pour ne plus le ressortir.

Aujourd’hui, mener l’offensive contre la politique israélienne suppose de soulever encore cet ensemble dramatique de grandes préoccupations. Mais dans un contexte totalement différent. Mener l’offensive contre Netanyahou et Trump est en effet volontairement assimilé, par ceux qui refusent toute critique à l’égard d’Israël, à un choix de nature stratégique favorable à l’Iran, à la Russie et à quelques autres. Comme si la dénonciation des uns valait l’approbation des autres… Qui aura le courage d’élever le débat et de relever le défi ? Certainement pas la France qui, pour l’essentiel, intègre à sa façon l’approche israélo-américaine dans un choix assumé ou bien dans un silence assourdissant. La France est coite. L’Europe ne l’est pas moins (même si Federica Mogherini a le mérite de tenir parfois un langage… assez direct).

Les discours d’Emmanuel Macron à la Conférence annuelle des ambassadeurs sont très significatifs de l’approche présidentielle de politique étrangère. En 2017, il ne consacre que deux ou trois lignes à la question pour indiquer : « nous poursuivrons nos efforts avec l’ONU pour une solution à deux États ». On n’en saura pas davantage. En 2018… plus rien. Pas un mot ! Pourtant, E. Macron multiplie les formules d’affichage censées traduire une volonté d’engagement, d’indépendance et de créativité. « J’en appelle à votre esprit de prospective, d’analyse et d’action », dit-il, tout en insistant sur les nécessités d’une « voie humaniste », d’une « nouvelle organisation collective », d’une « nouvelle régulation du monde », « de nouvelles alliances »… En vérité, Emmanuel Macron agit comme ses prédécesseurs. Sur la Question de Palestine et sur la relation à Israël, il laisse les États-Unis décider à sa place, et à la place des Européens. Les dégâts d’un tel injustifiable renoncement sont encore pires aujourd’hui qu’hier.

Cette situation permet au passage de récuser l’idée d’une politique étrangère macroniste imprégnée, comme disent certains, de « gaullo-mitterrandisme », c’est à dire d’une affirmation d’indépendance politique et d’autonomie stratégique face aux tenants de l’atlantisme et de l’alliance privilégiée avec les États-Unis. Ce « gaullo-mitterrandisme » est un mythe qui ne résiste pas à l’analyse. Il suffit de constater, dans la durée, l’incapacité et le refus des Européens de jouer un rôle effectif, pour pouvoir ouvrir des perspectives, mais aussi exprimer souverainement ce qui est, de la part d’Israël, clairement et hautement inacceptable sur les plans de l’éthique et du politique. Mais, parmi les pouvoirs en place en Europe, lequel d’entre eux condamne l’apartheid israélien ? Lequel ose s’exprimer aujourd’hui explicitement et ouvertement sur de terribles et choquantes vérités que certains Israéliens, et parmi eux de hautes personnalités, osent tout de même dénoncer ? Le grand poète israélien Nathan Zakh déclare ainsi le 10 décembre 2013 : « j’ai fui d’un État nazi pour me retrouver dans un État fasciste » (4). Le général Ehud Barak, ancien Premier ministre, dit le 21 mai 2015 : « Israël est infecté par les germes du fascisme » (5). Le Chef d’état major-adjoint de l’armée israélienne, Yair Golan, déclare le 4 mai 2016 lors de la cérémonie de Yom HaShoah « s’il y a quelque chose qui m’inquiète dans les commémorations de la Shoah, c’est de voir les processus nauséabonds qui se sont déroulés en Europe en général, et en Allemagne en particulier, il y a 70, 80, 90 ans et de voir cela parmi nous en cette année 2016 » (6). On pourrait additionner les formules de ce type traduisant une certaine colère et un désarroi de beaucoup d’Israéliens (pas forcément classés très à gauche) devant les processus en cours en Israël. Tel Avraham Burg (7) pour qui « la droite est en train de détruire Israël… ». Avec l’extrême droite au pouvoir, on assiste en fait à l’effondrement de la mythologie construite autour de la supériorité morale d’Israël. On aimerait que la France officielle ait la force politique d’en tenir compte, mais elle préfère, sans hésitations ni scrupules, soutenir la politique israélienne. La désinvolture des autorités de notre pays, quant à la détention illégale et scandaleuse de Salah Hamouri en est une déplorable illustration. Rappelons au passage que c’est Avigdor Lieberman qui a donné l’ordre de la mise en « détention administrative » de cet avocat, citoyen français. Lieberman, c’est ce Ministre de la Défense (et ancien Ministre des Affaires étrangères) qui déclara publiquement à l’attention des Palestiniens citoyens d’Israël : « …ceux qui sont contre nous méritent de se faire décapiter à la hache » (8)…

Interpeller les autorités françaises en permanence

Les autorités françaises doivent être interpellées en permanence. D’abord parce qu’on ne peut se référer aux valeurs humaines universelles et accepter, sans réagir, la signification et les conséquences de la politique israélienne, y compris, d’ailleurs, pour les Israéliens eux-mêmes. La criminalisation du BDS (Boycott, Désinvestissement et Sanctions) est de ce point de vue un choix atterrant. Ensuite, et c’est lié, parce que cette stratégie israélo-américaine radicalisée est bien une forme de guerre contre le Peuple palestinien et contre sa cause démocratique pour l’indépendance. Il s’agit ainsi d’épuiser et d’anéantir ce qui n’a jamais cessé de constituer, pour des raisons fondamentales, une ambition authentique et légitime, et une centralité politique de la cause palestinienne dans les enjeux du Proche-Orient, et dans l’histoire récente du monde arabe. Le cadre actuel, hélas, se prête à ce cynisme. La mutation de l’ordre mondial donne en effet l’illusion que l’ exacerbation des conflits, des rivalités de puissances et de l’usage de la force peut tout balayer et tout effacer. Mais quelle que soient les difficultés – elles sont très graves aujourd’hui – nul ne peut se prétendre en capacité de liquider les droits fondamentaux et la légitimité historique et politique des aspirations nationales du Peuple palestinien.

Il y a, en même temps, un défi à relever qui touche donc à des dimensions essentielles de l’ordre mondial actuel. Peu d’enjeux conflictuels comme la Question de Palestine relèvent à ce point des exigences de la sécurité collective, donc de la responsabilité collective. On ne peut comprendre que les autorités françaises, et le Président Macron en particulier, puissent à la fois se revendiquer du multilatéralisme avec autant d’insistance, tout en acceptant un traitement de la Question de Palestine aussi contraire aux buts et aux principes de la Charte des Nations-Unies, aussi opposé au droit et aux résolutions de l’ONU, et cela pour une question figurant à l’ordre du jour du Conseil de sécurité depuis 70 ans ! Comment la France peut-elle accepter sans rien faire, c’est à dire sans initiative marquante, ce processus de violence, de chaos et de mépris de la légalité internationale qui révèle crûment une transformation globale dangereuse du contexte mondial ? Comment peut-on assumer une telle régression de l’ordre international ? Et que peuvent bien valoir toute cette rhétorique du Président Macron sur « une nouvelle organisation collective », sur une « nouvelle régulation du monde » ?..

L’enjeu d’une réponse juste à la Question de Palestine se situe donc aujourd’hui dans un contexte à la fois totalement différent et particulièrement préoccupant. On aura noté l’incroyable discours de Jared Kushner, gendre et conseiller de Donald Trump. Il estime que les mesures punitives contre les palestiniens apportent « une bien meilleure chance d’obtenir la paix ». Devant une telle irresponsabilité, on hésite entre l’extrême cynisme et une bêtise politique profonde. Une telle attitude risque surtout de nourrir le désespoir et la colère et d’apporter des tensions supplémentaires. C’est ainsi que l’on fabrique la violence. Le moment est donc critique. Il appelle une sorte de refondation dans l’approche de la réponse politique et – si l’on peut dire – des « termes de référence » de l’action pour une solution véritable. Dans cet esprit, il devient crucial d’engager un effort déterminé de clarification, de lucidité et de vérité.

D’abord, il est nécessaire de prendre acte du nouveau contexte international. Il n’y a plus ni conflit israélo-arabe, ni « processus de paix ». Les Palestiniens sont plus que jamais isolés et assiégés. Cette intolérable situation appelle évidemment une très grande solidarité avec les Palestiniens mais aussi avec l’ensemble des forces israéliennes anti-colonialistes et progressistes, dont des avocats, des journalistes, des intellectuels, des ONG, certains partis politiques … C’est décisif. Cette situation impose aussi, dans les confrontations politiques, de revenir au fondamental, revenir aux exigences premières, c’est à dire les principes et les valeurs qui établissent la légitimité des aspirations palestiniennes : le droit à l’auto-détermination, le droit à la souveraineté et à l’indépendance, le droit à la paix, à la dignité et à l’égalité. Ces références cardinales figurent dans la Charte des Nations-Unies. Elles sont irréductiblement et totalement opposable au processus de colonisation israélien et à l’acharnement répressif qui l’accompagne. On voit cependant combien l’expansion de la colonisation a fini par rendre inaccessible aujourd’hui le projet d’une souveraineté palestinienne avec la solution à 2 États. Quant à l’option d’un État unique, dans le contexte actuel, elle installerait, sous domination israélienne aggravée, une entité étatique encore plus discriminatoire et plus inégalitaire que l’État colonial actuel. Le rapport des forces existant ne peut favoriser aucune solution politique démocratique. Les 25 années du Processus d’Oslo ont ainsi conduit, contre l’ensemble du Peuple palestinien et contre l’Autorité palestinienne, à une impasse terrible. En convergence avec la résistance politique du Peuple palestinien et l’action de la société civile palestinienne, il faut que la solidarité aide à reconstruire du sens et une perspective pour une solution juste à partir de ce qu’il y a de fondamental et d’inaliénable dans le droit, dans l’histoire et dans l’exigence d’éthique en politique.

Il faut dans le même esprit requalifier la politique israélienne et le régime qui la met en œuvre. Il est consternant que ce régime israélien, actuellement dominé par une extrême droite haineuse et violente, puisse encore être considéré comme un partenaire privilégié des puissances occidentales pourtant si promptes à se référer à l’exigence démocratique et aux droits humains. Au titre des résolutions des Nations-Unies, et même de certaines résolutions du Parlement européen (9), Israël devrait être condamné et sanctionné, en commençant immédiatement par le commerce des armes et des technologies militaires. On a du mal à accepter que le Président Macron puisse préserver Benjamin Netanyahou de toute critique pour son mépris manifeste du droit et des valeurs humaines universelles, alors qu’il exprime ouvertement une opposition déterminée à l’ultra-nationaliste et extrémiste de droite Victor Orban. Le « deux poids, deux mesures » atteint ici un sommet. « Il y a dix ans de cécité et de silence coupable sur ce qui se passe en Hongrie » déclarait d’ailleurs Nathalie Loiseau, Ministre française des affaires européennes quelques heures avant un vote du Parlement européen, à Strasbourg, le 12 septembre dernier. Ce vote visait à déclencher contre la Hongrie une procédure exceptionnelle de sanctions au titre de l’article 7 du Traité de l’Union… Ce qui fut acquis à une large majorité. Fort bien… Mais la France et les Européens ne peuvent donc pas justifier une telle carence de réaction vis à vis d’Israël, et une telle absence de cohérence politique… D’abord sur le principe : les valeurs et les droits ne se « consomment » pas à la carte. Mais aussi parce que l’Accord d’Association UE/Israël, on l’oublie trop souvent, comporte (en son article 2) une disposition contraignante sur les droits de l’homme. L’Union européenne ne devrait pas se permettre l’irrespect du droit et des valeurs qui officiellement la fondent.

Pendant des années, ce qui fut promis aux Palestiniens, c’est la construction progressive d’une solution dans la confiance et le dialogue. Le Peuple palestinien, cependant, s’est heurté à la réalité d’un processus organisé non pas sur ces deux exigences (vidées de leur sens), mais sur le mensonge, sur la force et la violence dans le maintien délibéré d’une logique dominatrice de puissance. C’est ce processus là qui continue aujourd’hui, dans un nouveau contexte très problématique, dans l’indifférence de beaucoup et dans la complicité de tous ceux qui choisissent de laisser faire. Cette situation appelle, au côté des mouvements de solidarité toujours très actifs, des comportements politiques de contre-offensive.

1) Résolution du 11 décembre 1948.

2) Voir par exemple « Israel gives secret aid to syrian rebels. Fighters near Golan heights in Syria receive cash and humanitarian help », The Wall Street Journal, June 18, 2017. Voir aussi « Inside Israël secret program to back syrian rebels », Foreign Policy, Elysabeth Tsurkov, September 6, 2018.

3) Voir par exemple « Les Européens estiment qu’Israël menacent la paix », Jean-Christophe Ploquin, La Croix, 4 novembre 2003.

4) Voir Yediot Ahronot, 10 décembre 2013.

5) i24 news, 21 mai 2015.

6) Voir Médiapart, Olivia Elias, 6 mai 2016. Article tiré du quotidien canadien La Presse du 5 mai 2016. A noter que Yair Golan a démissionné de sa responsabilité quelques semaines plus tard, mais il refusa de retirer ses propos.

7) « I’m an israeli leftist and I’m not afraid », Avraham Burg, Haaretz, 28 décembre 2015. Avraham Burg est un ancien Président de la Knesset (1999-2003).

8) « Behead arab-israelis opposed to state, says Foreign minister », Newsweek, Jack Moore, 3 septembre 2015.

9) Le 10 avril 2002, le Parlement européen, en raison des agressions du régime de Tel-Aviv, notamment contre des camps de réfugiés, a adopté une résolution demandant la suspension de l’Accord d’association UE/Israël tant qu’Israël ne respectera pas les droits de l’homme et les principes démocratiques.