Trump/Macron, vous avez dit contradictions ?..

Codepink dépenses militaires

L’hypocrisie d’une politique française résistante à la pression américaine et à la mondialisation est en train de se délabrer.

Une polémique à la tonalité peu diplomatique opposa récemment Donald Trump et Emmanuel Macron à partir de la question d’une armée européenne. Le Président français, on s’en souvient, avait, très directement, mis sur le même plan « la Russie, la Chine et même des États-Unis » dans les raisons de protéger l’Europe. E. Macron donna ainsi prétexte à une nouvelle querelle verbale. Trump qualifia la formulation française « d’insultante », tandis que Richard Ferrand, aujourd’hui Président de l’Assemblée nationale (donc troisième personnage de l’État) répliqua à son tour, en considérant que la réponse de Trump est un « propos de voyageur de commerce ».

Certes, cet échange de noms d’oiseaux s’accompagna de quelques arguments plus politiques sur le coût de la défense atlantique, sur la sécurité en Europe… Mais il en resta néanmoins le sentiment d’une certaine perte de dignité dans les relations internationales. Évidemment, des mises au point françaises et européennes n’ont ensuite pas manqué afin de rappeler que jamais, ô grand jamais, la création d’une armée européenne pourrait viser à se protéger de l’allié américain. Évidemment. La compatibilité entre l’UE et l’OTAN, et, peut-on dire, l’appartenance d’une défense européenne à l’OTAN ne fait plus débat entre les États de l’Union européenne…

Trump, cependant, ne manqua pas de rappeler, pour la énième fois, que l’Europe devrait « payer sa part équitable à l’OTAN, que les États-Unis subventionnent énormément ». Bien sûr, le niveau particulièrement élevé du budget de défense des États-Unis fait que l’administration américaine assure plus de 70 % du budget total des dépenses de défense de l’ensemble des États membres de l’Alliance. Pourtant, le Secrétaire général de l’OTAN lui-même a constaté, pour s’en féliciter, que la plupart des pays européens sont en train d’augmenter leurs dépenses militaires dans l’objectif de s’aligner sur le paramètre OTAN : 2 % du PIB. A noter, cependant, que tout le monde (ou presque) oublie que ce paramètre est double : 2 %… dont 20 % en investissements majeurs. Ce qui n’est évidemment pas sans signification pour la nature des dépenses et de la stratégie.

Quelle est la réalité du débat entre les États-Unis et les Européens ?

La question se pose d’autant plus que l’argument d’une insuffisance des contributions européennes à destination de l’organisation militaire intégrée de l’Alliance est contestable puisque les Européens, ensemble, assurent environ les 2/3 du budget de l’OTAN tandis que les États-Unis assument seulement une quote-part de 22,14 % (années 2016-2017). L’Allemagne et la France couvrent 25,28 % de ce budget (même période), soit davantage que Washington. Il est vrai que cela ne concerne que les quote-part de financements directs pour l’organisation militaire de l’Alliance, et non pas les financements dits indirects correspondant par exemple aux engagements propres des États membres pour des opérations extérieures communes. Il reste que l’ensemble des membres de l’OTAN augmentent de façon très substantielle leur budget de défense, et cela n’est pas sans lourdes conséquences sur les politiques publiques, notamment sur les dépenses sociales de la protection, de la santé, du soutien à l’emploi…

Le partage du fardeau (burden sharing dans le langage otanien) est une vieille question. Et cette question de l’équilibre ou de l’égalité des contributions n’est qu’un aspect du problème. Alors, pour comprendre ce qui est en jeu, au delà des mots et des chiffres, il faut déplacer le regard et la réflexion. On remarque ainsi que sur les problématiques les plus importantes… il n’y a guère de contradictions entre Washington et ses alliés. Ils font tous, en effet, le même type d’analyse à partir d’un même modèle stratégique fondé sur l’affirmation de la puissance et sur l’exercice de la force. Et cette analyse part aujourd’hui du constat d’une détérioration du rapport des forces, d’une montée d’enjeux cruciaux de sécurité pour les alliés occidentaux face aux menaces russes et chinoises. Même si le concept stratégique de « menace » lourd de sens voire de conséquences n’est que rarement utilisé officiellement pour caractériser le contexte sécuritaire du point de vue occidental, c’est à dire du point de vue d’un camp néo-impérialiste aujourd’hui en difficulté.

Avec l’administration Trump, les États-Unis ont sérieusement infléchi leur ligne stratégique. L’administration américaine a décidé de se concentrer moins sur la lutte contre le terrorisme (même si cela reste une préoccupation importante), et davantage sur les risques et les dangers issus de l’émergence de la puissance chinoise et d’une réémergence certaine de la Russie. C’était déjà l’objet de la Stratégie de défense nationale présentée officiellement par James Mattis en janvier dernier. C’est encore au centre du rapport « Providing for the common defense » (1), rédigé par une Commission bipartisane spécifique de hauts responsables désignée par le Congrès afin d’évaluer les problèmes et la mise en œuvre de la nouvelle stratégie américaine.

Ce rapport souligne que la supériorité militaire américaine s’est érodée dangereusement au point où les États-Unis pourraient perdre une guerre contre la Chine et la Russie. Le désinvestissement dans la défense – dit le rapport – aurait créé une situation inquiétante : les États-Unis seraient ainsi confrontés à « une grave crise de la sécurité nationale et de la défense nationale » qu’il faudrait traiter en urgence. Si les mots ont un sens – et ici, ils sont particulièrement forts – James Mattis, principal responsable de la stratégie de défense, a dû sentir le vent du boulet souffler tout prêt de lui, pour n’avoir pas mesuré la dimension des problèmes… « Si l’on considère en particulier le domaine de l’hypersonique – explique le rapport – les États-Unis sont à la traîne de la Chine et peut-être même de la Russie. Ce qui montre la possibilité que l’Amérique pourrait être dans une situation de désavantage technologique dans de futurs conflits. Alors que le modèle de guerre américain a longtemps reposé sur la suprématie technologique, cette situation pourrait avoir des implications profondément négatives pour l’efficacité militaire des États-Unis ». Là encore la formulation est brutale. C’est une sommation non pas seulement à redresser la barre mais surtout à regagner une supériorité.

La France dit la même chose…

C’est, au fond, la même chose que nous dit Emmanuel Macron, mais sans l’expliciter aussi clairement, lorsqu’il pointe, lui aussi, les menaces chinoises et russes. D’ordinaire, le langage employé est plus diplomatique, mais la formule très directe de Macron n’est pas un hasard. Lui aussi identifie un contexte de grands risques face à l’affirmation de la Chine et de la Russie. D’ailleurs, dans la préface qu’il signe pour la « Revue stratégique de défense et de sécurité nationale – 2017 » (2) , il écrit : « Sur la scène internationale, la menace d’une déflagration majeure redevient possible ». C’est le constat d’une réalité qui n’a rien de conjoncturelle. On voit bien, par exemple, combien la confrontation navale russo-ukrainienne dans la mer d’Azov traduit un haut niveau de tensions internationales, une tendance permanente à l’escalade sur des problèmes de fond non réglés. On voit aussi, autre exemple, les risques inhérents aux tensions latentes entre la Chine et Taiwan.

Le Chef d’État major François Lecointre confirme l’approche et souligne (3) que la France « a noué deux partenariats stratégiques majeurs avec l’Inde et l’Australie. Ils sont un moyen de contrôler l’expansionnisme chinois – lequel peut devenir agressif – et, si possible, s’y opposer. C’est un sujet majeur, aussi bien dans l’Océan Indien ou dans l’Océan Pacifique, qu’en Afrique ».

Naturellement, tous les Européens ne s’engagent pas de la même manière, avec cette même obsession atlantiste tellement caractéristique de la politique française. Les divergences politiques et d’intérêts au sein de l’UE, avec leurs multiples causes, sont une des raisons explicatives à l’inexistence persistante de l’Europe sur le plan stratégique et, concrètement, dans le domaine de la défense. Beaucoup veulent d’ailleurs que 2019 soit une année électorale et politique décisive pour faire avancer la défense européenne… à défaut d’une « armée européenne », formule qui reste aujourd’hui de l’ordre de l’incantation.

Nul doute que cette façon commune aux puissances occidentales de désigner la menace chinoise et russe, et les dangers de la détérioration du rapport des forces, répond à une inquiétude et à une situation objective : la mutation de la hiérarchie des puissances dans l’ordre international et dans la mondialisation. Cela correspond aussi à la nécessité de mobiliser les moyens financiers et politiques nécessaires, y compris en direction des opinions publiques, pour imposer (et faire passer) une augmentation très forte des budgets militaires alors que les classes populaires et les couches moyennes s’appauvrissent sous le poids de l’austérité, des reculs sociaux et de la pauvreté. Aux États-Unis, le rapport précédemment cité recommande une croissance annuelle de 3 à 5 % du budget défense, ce qui est considérable alors que le budget 2019 atteint déjà 716 milliards de dollars. En France, ce qui est prévu est une augmentation accélérée des crédits de défense à hauteur de 295 milliards d’euros pour les 7 années de la loi de programmation militaire 2019-2025. Là aussi, l’alourdissement de la facture est impressionnant.

Une semblable brutalité vis à vis des migrants

Une autre question apparaît comme un sujet de convergences de fond même si les discours tenus les modes de gestion diffèrent dans la forme et dans les méthodes. Il s’agit de l’enjeu des migrations. Les migrations, c’est l’évidence, sont devenues une problématique humaine, sociale et politique prioritaire comme conséquence des crises, des guerres, du sous-développement, des carences démocratiques. Elles apparaissent aussi comme une cause d’insupportables tragédies et d’inacceptables politiques de refoulement dans lesquelles les valeurs universelles et les exigences d’humanité se perdent. L’attitude vis à vis des migrants est donc un bon indice du niveau d’éthique et de responsabilité qu’un gouvernement décide de s’accorder dans ses engagements extérieurs et sa politique intérieure.

C’est à bon droit que l’on peut s’indigner lorsque Donald Trump menace et mobilise quelque 10 000 hommes armés afin de menacer et bloquer des milliers de migrants latino-américains à la frontière du Mexique, et les empêcher de rentrer aux États-Unis. La brutalité de cette politique est choquante. Elle s’inscrit d’ailleurs dans la continuité d’une orientation de fermeture déjà ancienne. Cependant, les pays de l’Union européenne, et l’UE elle-même, vis à vis des migrants d’Afrique, du monde arabe, du Moyen-Orient et d’Asie, ont-ils fait autre chose de si différent depuis des années ?

Selon Frontex les arrivées, que cette agence européenne officielle qualifie « d’illégales », ont atteint 1,8 millions de personnes en 2015, 500 000 en 2016, 250 000 en 2017 et 90 000 en août 2018… Le nombre des arrivées en Europe s’est donc littéralement effondré. Pourquoi ? D’abord du fait d’une politique de refoulement massif qui s’appuie sur une militarisation des politiques migratoires dans l’UE, et de l’UE. A ce mode de gestion policier ultra-restrictif et répressif, y compris contre les ONG du secours et de la solidarité humaine (4), il faut ajouter les accords de blocage avec les pays tiers en Afrique ou avec la Turquie, mais aussi les périls de l’exode et le nombre dramatique des disparitions et des décès sur les routes et en mer. Avec d’autres méthodes, avec des discours mystificateurs, l’Europe conduit fondamentalement le même type de politique que les États-Unis.

Les principales puissances occidentales, dont la France, font donc globalement la même analyse du contexte et convergent sur un certain nombre d’enjeux et de politiques qui montrent des convergences stratégiques et politiques, et une vision du monde finalement plus commune qu’on ne le dit.

Mais alors, sur quoi portent les divergences ?

Bien sûr, le multilatéralisme, l’ONU, le respect des traités de sécurité existant, la réalité de la crise climatique… tout cela apparaît comme des sujets de contradictions réelles. Les conceptions sont différentes, ainsi que, ici encore, les méthodes et le degré d’adhésion à certaines thèses idéologiques. Les politiques mises en œuvre varient selon les situations nationales, selon l’orientation des majorités et des pouvoirs exécutifs, selon l’influence et le rôle de l’extrême droite… Il n’y a pas qu’aux États-Unis où les contextes nationaux pèsent sur les choix de politique étrangère.

En vérité, pourtant, ce qui fait la contradiction essentielle entre les États-Unis et les Européens c’est un problème plus stratégique et plus structurel. C’est l’affirmation unilatérale de puissance des États-Unis, leur volonté de réimposer une hégémonie globale incontestée dans tous les domaines, y compris dans le domaine militaire (où ils commencent à être contestés), face à la réémergence de la Russie et à l’affirmation de la Chine comme très grande puissance. La France est la plus touchée par cette stratégie parce qu’elle tient son statut et son rôle international principalement de ses capacités et de ses engagements militaires. A la différence de l’Allemagne dont l’atout de puissance est avant tout économique. En somme, ce qui fait le vrai problème, ce n’est pas la divergence sur les principes et sur les valeurs. Ce ne sont pas non plus les méthodes ou les types de gestion. C’est d’abord la capacité à s’assurer une place dans une hiérarchie néo-impériale des puissances où seule la force, dans ses différentes modalités, fait la différence.

Pour ne pas se faire distancier dans les rivalités et la course à la puissance la France suit Washington et s’accroche au train de l’atlantisme. Elle le fait traditionnellement depuis des dizaines d’années en assumant sa contribution stratégique spécifique en Afrique particulièrement. Elle s’accroche au train de l’OTAN avec d’autant plus de détermination depuis Nicolas Sarkozy et la réintégration quasi complète de la France dans l’organisation militaire de l’Alliance. François Hollande a poursuivi sans barguigner. Emmanuel Macron continue aujourd’hui avec des discours d’initiatives et de souveraineté qui sont autant de postures se simulation auxquels beaucoup se sont laissés prendre. C’est l’existence d’un soi-disant « gaullo-mitterrandisme », orientation mythique de politique étrangère, aujourd’hui attribuée à E. Macron (5).

Il faut donc briser les ressorts de l’hypocrisie d’une politique française soit-disant résistante à la pression américaine et à la mondialisation. Emmanuel Macron est un ultra-libéral atlantiste qui veut accélérer l’insertion sous contrainte de la France dans la mondialisation capitaliste et dans les nouveaux rapports de force. Ce choix de fond passe d’abord par les classes dominantes, par le soutien aux profits, mais aussi par l’intégration européenne néolibérale, par la convergence stratégique des grandes puissances et le rôle politico-militaire français à l’extérieur. Pour accompagner cela le pouvoir doit formuler un discours médiatique décalé et mensonger. Mais ce discours idéologique commence à ne plus faire illusion. Les mythes du « nouveau monde » et du « gaullo-mitterrandisme » sont en train de se délabrer comme ceux de la modernisation, de la réforme, du siècle nouveau, du dépassement des clivages, du « en même temps », et du « qu’ils viennent me chercher… » Justement, il aura fallu près de 5000 policiers pour empêcher les Gilets jaunes d’accéder à l’Élysée pour venir… le chercher.

Le pouvoir ne peut plus ni se payer d’arrogance, ni formuler de projet ou de posture soutenable sans se heurter à la réalité d’un mouvement social qui sanctionne à sa façon, et dans ses fortes contradictions, un mensonge de longue durée en train de perdre sa crédibilité, y compris dans le domaine de la politique étrangère. Aujourd’hui, tout est en question.

1) « Providing for the common defense. The assessment and recommandations of the National defense strategy commission », rapport rendu public le 14 novembre 2018.
2) « Revue stratégique de défense et de sécurité nationale – 2017 », La documenttation française.
3) Audition de François Lecointre, Chef d’État-Major des armées, par la Commission des affaires étrangères et des forces armées de l’Assemblée nationale, 18 octobre 2018.
4) Les entraves administratives et judiciaires mises pour bloquer l’Aquarius et pour discréditer ceux qui conduisent les actions de solidarité sont un exemple des pratiques inadmissibles utilisées afin de rejeter les migrants et diaboliser ceux qui les aident. Pourtant, l’acharnement des autorités italiennes, hongroises et de quelques autres gouvernements contre les migrants ne doit pas servir à minimiser la responsabilité de chacun des États de l’UE et de l’UE elle-même.
5) Sur cette question, voir dans ce blog « Palestine : comment ils voudraient la sortir de l’histoire », 17 septembre 2018.

« La Morsure », ouvrage d’une très grande force.

Voici un ouvrage, sous forme de bande-dessinée, qui a du sens et de l’intelligence. Son auteur, Fred Dewilde, victime des attaques du Bataclan, le 13 novembre 2015, « dessine le refus de la haine, la douleur du traumatisme et cette force de vie qu’il dédie à ses enfants »… Il montre qu’on peut penser, réfléchir sur le terrorisme avec émotion mais aussi avec plus de pertinence sociale et humaine que l’approche unilatérale et sécuritaire ultra-dominante aujourd’hui. Cet ouvrage est d’une très grande force.

La Morsure Dewilde

Près de la moitié de la population mondiale vit avec moins de 5,5 dollars par jour.

BANQUE MONDIALE Communiqué de presse 17 octobre 2018.

Banque mondiale Pauvreté 17 10 18

Si l’extrême pauvreté a reculé, des milliards de pauvres peinent encore à satisfaire leurs besoins élémentaires

WASHINGTON, le 17 octobre 2018 — Selon la Banque mondiale, les progrès économiques mondiaux ont permis de réduire le nombre de personnes en situation d’extrême pauvreté, mais près de la moitié des habitants de la planète – soit 3,4 milliards d’individus – restent confrontés à de grandes difficultés pour satisfaire leurs besoins élémentaires.

Le seuil de pauvreté est fixé à 3,20 dollars par jour dans les pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure, et à 5,50 dollars par jour dans les pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure, explique la Banque mondiale dans son rapport bisannuel sur la pauvreté et la prospérité partagée « Poverty and Shared Prosperity 2018: Piecing Together the Poverty Puzzle » (Compléter le puzzle de la pauvreté).

La Banque mondiale reste mobilisée pour atteindre d’ici 2030 l’objectif de mettre fin à l’extrême pauvreté, définie par le seuil de 1,90 dollar par jour pour vivre. Le pourcentage de personnes vivant dans l’extrême pauvreté était tombé à 10 % en 2015, mais le rythme de cette baisse a ralenti, a mis en garde la Banque le 19 septembre.

Le rapport indique toutefois qu’avec la croissance économique, une part beaucoup plus importante des pauvres du monde vit aujourd’hui dans des pays plus prospères, c’est pourquoi il est indispensable de disposer de valeurs seuils supplémentaires et d’avoir une compréhension plus fine de la pauvreté pour pouvoir mieux la combattre.

« Nos objectifs sont et restent de mettre fin à l’extrême pauvreté d’ici 2030 et de stimuler la prospérité pour tous », a réaffirmé le président de la Banque mondiale, Jim Yong Kim. « Dans le même temps, il est utile d’avoir une vision plus globale de la pauvreté, à différents degrés et dans différentes dimensions de par le monde. Et cette vision révèle que la pauvreté est plus répandue et enracinée, d’où l’importance d’investir dans l’humain. »

Bien que les taux d’extrême pauvreté aient chuté – ils atteignaient encore 36 % en 1990, le rapport, qui s’appuie sur un examen approfondi de la nature de la pauvreté, démontre l’ampleur du défi à relever pour l’éliminer. Plus de 1,9 milliard d’individus, soit 26,2 % de la population mondiale, vivaient avec moins de 3,20 dollars par jour en 2015. Près de 46 % de la population mondiale disposait de moins de 5,50 dollars par jour pour vivre.

Le rapport va également au-delà des mesures monétaires de la pauvreté pour comprendre l’impact du manque d’accès à des services convenables d’eau, d’assainissement, d’éducation ou d’électricité sur la qualité de vie d’une famille. Et parce que le poids de la pauvreté pèse souvent davantage sur les femmes et les enfants, le rapport analyse la manière dont la pauvreté peut varier à l’intérieur d’un ménage. 

Le rapport constate que les revenus des 40 % les plus pauvres a augmenté dans 70 des 91 économies étudiées. Dans plus de la moitié des pays, leurs revenus ont progressé plus vite que la moyenne, ce qui signifie qu’ils ont obtenu une plus grosse part du « gâteau économique ». Néanmoins, le partage de la prospérité a fait moins de progrès dans certaines régions du monde. Le rapport souligne également que les données nécessaires pour évaluer la prospérité partagée manquent le plus dans les pays qui en ont le plus besoin pour améliorer leur situation. Seulement un pays à faible revenu sur quatre, et quatre des 35 États reconnus fragiles et touchés par un conflit, possèdent des données sur la prospérité partagée dans le temps.

Les nouvelles mesures réalisées permettent à la Banque mondiale de mieux suivre l’évolution de la pauvreté dans tous les pays, en fonction de ses multiples dimensions et pour tous les membres de chaque foyer.

Le rapport « Piecing Together the Poverty Puzzle » est publié le jour de la Journée internationale pour l’élimination de la pauvreté et son lancement sera retransmis sur le web sur la chaîne Banque mondiale Live à 12h30 heure de Washington (16h30 GMT).

LES RÉGIONS EN BREF

Asie de l’Est et Pacifique : La région est l’une de celles qui affichent les meilleurs résultats sur le plan du partage de la prospérité : les revenus des 40 % de population les plus pauvres ont progressé en moyenne de 4,7 % entre 2010 et 2015. L’Asie de l’Est a enregistré les plus fortes baisses non seulement de l’extrême pauvreté, mais aussi du pourcentage de population ayant moins de 3,20 dollars et 5,50 dollars par jour pour vivre. Bien que le taux d’extrême pauvreté soit très bas, la région a vu augmenter le pourcentage de personnes n’ayant pas accès à des sanitaires.

Europe et Asie centrale : Beaucoup de pays de la région ont connu des revers en termes de croissance des revenus des 40 % les plus pauvres.  D’un autre côté, plusieurs économies victimes de fortes baisses dans ce domaine à cause des crises financières et de la dette étaient en pleine reprise. Parmi les régions en développement, l’Europe et l’Asie centrale est celle où le pourcentage de population en dessous des seuils de pauvreté de 3,20 dollars et 5,50 dollars a été le plus faible. Cependant, elle fait moins bien que les régions Asie de l’Est et Pacifique ou Amérique latine et Caraïbes pour le taux de scolarisation. 

Amérique latine et Caraïbes : Entre 2010 et 2015, le partage de la prospérité dans cette région a été moins important que les années précédentes, ses économies ayant été touchées par un ralentissement des cours mondiaux des produits de base. En 2015, la région avait près de 11 % de sa population vivant avec moins de 3,20 dollars par jour, et plus de 26 % avec moins de 5,50 dollars par jour. La pauvreté sous ses dimensions non monétaires telles que le manque d’accès à de l’eau potable, à des installations sanitaires ou à l’électricité a été beaucoup moins associée aux aspects monétaires.

Moyen-Orient et Afrique du Nord : Bien que le nombre d’habitants ayant moins de 1,90 dollar par jour pour vivre ait augmenté dans la région, les niveaux d’extrême pauvreté sont restés bas. Mais elle comptait davantage de personnes vivant avec moins de 5,50 dollars par jour en 2015 qu’en 1990. En outre, près d’un habitant sur sept ne dispose pas de sanitaires convenables.

Asie du Sud : Les revenus des 40 % les plus pauvres ont fortement progressé dans la région entre 2010 et 2015. Malgré une baisse de 35 points de pourcentage de l’extrême pauvreté entre 1990 et 2015, la région a enregistré seulement 8 % de diminution de la population ayant moins de 3,20 dollars par jour pour vivre, et plus de 80 % de la population vit encore en dessous du seuil de 5,50 dollars par jour. De plus, le nombre d’habitants de la région vivant dans des ménages sans accès à l’électricité ni sanitaires convenables était bien plus élevé que celui des personnes en situation de pauvreté monétaire. 

Afrique subsaharienne : Un tiers des pays de la région ont connu une croissance négative des revenus des 40 % de population les plus pauvres. Région abritant le plus grand nombre de personnes en situation d’extrême pauvreté, l’Afrique a vu sa population presque multipliée par deux entre 1990 et 2015. L’une des plus importantes augmentations a été enregistrée dans la population vivant avec moins de 3,20 dollars mais plus de 1,90 dollar par jour pour vivre. Les pauvres ont souffert de multiples privations, notamment de niveaux de consommation faibles et d’un manque d’accès à des services d’éducation et des services d’infrastructure de base.