2022 : ce qui nous attend…

Voici un aperçu des grands événements prévus cette année. Il s’agit d’enjeux majeurs de dimension stratégique, de grandes questions de politique internationale et de dimension globale. L’année qui commence s’annonce particulièrement chargée.

Naturellement, l’élection présidentielle en France sera un moment des plus importants. Pour le peuple français. On peut légitimement se demander, cependant, si cette élection aura des conséquences internationales majeures puisque la France officielle, en recherche permanente d’un rang et d’un rôle de puissance ne montre guère de capacité, dans les faits, à peser de façon décisive au sein des relations internationales. Les résultats des initiatives internationales d’aujourd’hui (avec Emmanuel Macron) et celles d’hier (avec les Présidents précédents) ne plaident pas – c’est le moins qu’on puisse dire – pour une réponse positive. Au Liban, en Libye, au Sahel, en indopacifique les initiatives françaises se traduisent par ces échecs sévères, par des contributions directes à la déstabilisation internationale, par des impuissances et des enlisements caractérisés. L’action internationale et les engagements stratégiques de la France sont donc en question. Il est dommageable que ces questions ne fassent pas l’objet du débat public nécessaire. Et d’autant plus nécessaire que le Président de la République détient constitutionnellement l’essentiel des prérogatives en la matière. Sur ces questions, le silence et l’hypocrisie dominent outrageusement. Le pouvoir décide seul. Des orientations et des options stratégiques et militaires sont aujourd’hui choisies sans même que le Parlement ne soit consulté. La signification et les conséquences de la « haute intensité » des conflits, ou bien l’abandon par le Chef d’état-major des Armées (CEMA) du concept doctrinal de « modèle d’armée complet » ont-ils fait l’objet d’un débat public ? Non. Les dernières auditions parlementaires du CEMA ont-elles été rendues publiques ? Non. Ces réalités ne sont pas acceptables.

Il faudra donc marquer, en cette année 2022, beaucoup d’exigence pour qu’un peu de démocratie et de courage politique viennent accompagner la politique française, et singulièrement ses engagements sur le plan stratégique et international.

Voici, pour quelques événements majeurs, un calendrier 2022 :

– discussions États-Unis / Russie / OTAN / OSCE sur les enjeux de sécurité, à Genève du 10 au 13 janvier.

– 5ème conférence des Nations-Unies sur les (46) Pays les moins avancés (PMA), du 23 au 27 janvier.

– 10ème conférence d’examen du Traité sur la Non Prolifération (TNP), en août.

– Sommet UE Afrique à Bruxelles 17 et 18 février. Redéfinition de la stratégie de l’UE après les Accords de Lomé et de Cotonou.

– Conférence (annuelle) de Munich sur la sécurité du 18 au 20 février.

– adoption de la « Boussole stratégique » de l’Union européenne (une présomption de Livre blanc européen en quelque sorte) lors d’un sommet européen sous présidence française, en mars.

– Première réunion des États parties au Traité d’interdiction des armes nucléaires en mars, à Vienne.

– Conférence des Nations-Unies (négociations finales) sur la biodiversité (2ème partie), en Chine (Kunming) du 25 avril au 8 mai.

– Sommet de l’OTAN à Madrid les 29 et 30 juin, avec l’élaboration d’un nouveau concept stratégique.

– engagement, en France, des travaux d’élaboration d’un nouveau Livre blanc défense et sécurité nationale (sans date connue aujourd’hui).

Ajoutons trois événements concernant l’Asie et la Chine en particulier :

– le « Shangri-La dialogue » (défense et sécurité en Asie), forum intergouvernemental organisé par l’Institut international d’études stratégiques (IISS) les 10 et 11 juin à Singapour (28 États dont participation française).

– le 14ème sommet des BRICS en Chine.

– le 20ème congrès du Parti communiste chinois à l’automne.

La recension de ces quelques événements majeurs appelle 2 remarques :

1- La France, l’UE (avec la Boussole) et l’OTAN vont donc redéfinir leur concept stratégique en 2022. On a d’ores et déjà quelques idées sur les orientions à venir, par exemple pour l’OTAN, avec l’agenda OTAN-2030 adopté par le sommet de juin 2021 de Bruxelles. Mais il sera intéressant de voir le débat sur les contenus, notamment pour ce qui est du Livre blanc français. Le fait que la France, l’UE et l’OTAN redéfinissent en même temps (si l’on peut dire…) leur engagement politique et stratégique général est un événement en soi alors que les puissances occidentales sont globalement interpellées par les échecs des années précédentes (Irak, Afghanistan notamment) et par les défis nouveaux. Notons que ces événements se tiendrons alors que la France présidera le Conseil de l’UE pour le premier semestre. Cela ne permet pas d’en préjuger les résultats.

Notons aussi le changement de coalition gouvernementale en Allemagne, sur la base d’un programme qui doit être regardé de près, pas seulement du fait de la présidence française au 1er semestre 2022… En particulier pour ce qu’il annonce de changements relatifs concernant notamment la politique internationale, les questions de sécurité et du désarmement, et la position allemande concernant Israël et la question de Palestine.

2- Ces redéfinitions interviendront dans une situation internationale caractérisée par une dégradation inquiétante, par beaucoup d’incertitudes et de dangers. Même si les réunions du mois de janvier dans la foulée du sommet Poutine/Biden de juin dernier à Genève pourront permettre des négociations utiles sur certains enjeux de sécurité. Le contexte restera marqué par des tensions aiguës dont les causes sont structurantes : rapport OTAN/Russie, question ukrainienne, sécurité en Europe, enjeu nucléaire, tensions en indopacifique, confrontation sino-américaine, engagements français et européens dans ce cadre asiatique, conclusion/crise des négociations de Vienne sur le nucléaire iranien, agressivité israélienne et écrasement délibéré de la question de Palestine…

Le contexte sera marqué notamment par les conférences du TNP et du Traité d’interdiction des armes nucléaires (TIAN), donc par l’enjeu du désarmement et de l’élimination des armes nucléaires. Le débat public commencé sur les armes de hautes technologies (voir le rapport de l’IDN « Les nouvelles technologies et la stratégie nucléaire ») devrait se développer aussi à condition que l’ensemble des forces intéressées s’en mêlent de façon active.

Notons enfin le 60ème anniversaire de l’indépendance de l’Algérie. C’est un moment politique qui, évidemment, ne peut pas ne pas concerner la France dans toutes ses lourdes significations actuelles et historiques. Sans oublier la question très spécifique des essais nucléaires français dans le Sahara durant les années 60.

2022 se dessine donc comme une année lourde et déterminante permettant de soulever des questions majeures et d’avancer des options pour le désarmement, de sécurité collective et la paix. (JF 01 01 2022)

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