Communiqué d’Initiatives pour le Désarmement Nucléaire (IDN)
English below

Le traité New START sur la réduction des armes stratégiques offensives entre les États-Unis et la Russie, signé en 2010 par les présidents Obama et Medvedev, a été prorogé en 2021 par Biden et expire le 5 février 2026.
Cet accord a permis de limiter pour chaque partie à 1 550 le nombre d’ogives nucléaires stratégiques déployées, à 700 le nombre de missiles et bombardiers déployés, et à 800 le nombre de vecteurs déployés et non déployés (lanceurs de missiles balistiques intercontinentaux terrestres et lancés de sous-marins et bombardiers nucléaires lourds). Ces plafonds, en baisse des deux-tiers par rapport au premier Traité START de 1991, ont été respectés par les deux pays dès avant la prorogation de l’accord, et cela grâce à un système contraignant d’échanges de données et d’inspections sur place.
Toutefois, la relation entre les deux pays s’est dégradée après l’invasion russe de l’Ukraine et la Russie a suspendu en 2023 les inspections mutuelles et les échanges de données. À l’approche de l’expiration du traité en 2026, Moscou a proposé de respecter les plafonds de l’accord pendant un an sous réserve de réciprocité et en attendant de négocier un nouvel accord, mais Washington n’a, à ce jour, pas donné suite à cette suggestion.
On se souvient que, suite au sommet de Genève entre Biden et Poutine en juin 2021, les deux pays avaient entamé de nouvelles négociations sur l’ensemble de leurs relations stratégiques, mais que la crise du COVID et la guerre en Ukraine avaient mis fin à cette tentative. Déjà, la question des sujets à négocier restait entière : en effet, au-delà de New START qui ne portait que sur les systèmes offensifs stratégiques déployés, les États-Unis entendaient inclure les armes non stratégiques (ou tactiques) pour lesquelles la Russie possède la supériorité, et Moscou demandait de prendre en compte les systèmes défensifs (antimissiles) ainsi que la dimension spatiale, que les Américains dominent.
Même si le Traité New START ne couvrait qu’une proportion limitée de l’arsenal des deux principales puissances nucléaires (3 100 sur un total de 10 636 armes soit seulement 29 %), il avait contribué à maintenir une certaine stabilité stratégique et limité la course aux armements qui continuait entre toutes les puissances nucléaires sur le plan tant quantitatif que qualitatif.
Que va-t-il se passer désormais si aucun successeur n’est négocié entre les États-Unis et la Russie ? Avec Trump, on ne sait jamais à quoi s’attendre puisqu’il oscille entre la volonté de puissance, la complaisance à l’égard de Poutine et la recherche de « deals ». La Russie se donne le beau rôle en se montrant disposée à négocier et à ne déployer de nouveaux systèmes qu’en riposte à des déploiements américains tout en annonçant le lancement de nouvelles armes telles que le missile de croisière à propulsion nucléaire Burevestnik.
Le risque est donc élevé que s’aggrave une course aux armements déjà dangereuse, qui entraîne toutes les puissances nucléaires, à commencer par la Chine dont l’arsenal ne cesse de s’accroître. Avec l’introduction de nouveaux systèmes offensifs tels que les missiles hypersoniques manœuvrables capables d’échapper à toute interception et les menaces nucléaires de pays en conflit comme l’Inde et le Pakistan, l’insécurité pour l’humanité toute entière est désormais en jeu.
Seul le retour à des négociations visant à réduire les arsenaux et donc le risque nucléaire, entre toutes les puissances nucléaires dont la France, permettrait d’envisager l’avenir avec plus de sérénité.

PRESS RELEASE
The New START Treaty on the reduction of strategic offensive arms between the United States and Russia, signed in 2010 by Presidents Obama and Medvedev, was extended in 2021 by Biden and expires on 5 February 2026.
This agreement limited each party to 1,550 deployed strategic nuclear warheads, 700 deployed missiles and bombers, and 800 deployed and non-deployed delivery vehicles (land-based and submarine-launched intercontinental ballistic missiles and heavy nuclear bombers). These ceilings, which were two-thirds lower than those in the first START Treaty of 1991, were respected by both countries even before the agreement was extended, thanks to a binding system of data exchange and on-site inspections.
However, relations between the two countries deteriorated after Russia’s invasion of Ukraine, and in 2023 Russia suspended mutual inspections and data exchanges. With the treaty set to expire in 2026, Moscow has proposed to comply with the agreement’s ceilings for one year, subject to reciprocity and pending the negotiation of a new agreement, but Washington has not yet responded to this suggestion.
It should be remembered that, following the Geneva summit between Biden and Putin in June 2021, the two countries had begun new negotiations on all aspects of their strategic relations, but that the COVID crisis and the war in Ukraine had put an end to this attempt. Already, the question of what issues to negotiate remained unresolved: beyond New START, which only covered deployed strategic offensive systems, the United States wanted to include non-strategic (or tactical) weapons, in which Russia has superiority, while Moscow wanted to take into account defensive (anti-missile) systems and the space dimension, in which the Americans dominate.
Even though the New START Treaty covered only a limited proportion of the arsenals of the two major nuclear powers (3,100 out of a total of 10,636 weapons, or only 29%), it had helped to maintain a certain degree of strategic stability and limited the arms race that continued between all the nuclear powers in both quantitative and qualitative terms.
What will happen now if no successor agreement is negotiated between the United States and Russia? With Trump, you never know what to expect, as he swings between a desire for power, complacency towards Putin, and a search for ‘deals’. Russia is playing the good guy by showing itself willing to negotiate and only deploy new systems in response to American deployments, while announcing the launch of new weapons such as the Burevestnik nuclear-powered cruise missile.
There is therefore a high risk of an already dangerous arms race escalating, involving all the nuclear powers, starting with China, whose arsenal continues to grow. With the introduction of new offensive systems such as manoeuvrable hypersonic missiles capable of evading interception and nuclear threats from countries in conflict such as India and Pakistan, the security of humanity as a whole is now at stake.
Only a return to negotiations aimed at reducing arsenals and thus the nuclear risk, between all nuclear powers, including France, would allow us to look to the future with greater peace of mind.
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