« 13Ensemble. Lettres du procès des attentats du 13 novembre »

Un livre de Juliette Reinhart (auteure) et Constance Peillon (illustration)

Les Éditions du Génépi, 24 euros

De septembre 2021 à juin 2022, pendant 10 mois s’est tenu le procès des attentats du 13 novembre. Tous les jours pendant 10 mois la Justice a rassemblé les pièces d’un immense puzzle. Tous les jours pendant 10 mois…

Pour la plupart des parties civiles, impossible de mettre sa vie entre parenthèses, d’assister à tout. Alors pour elles nous nous sommes glissées sur les bancs du procès. Nous avons écouté, écrit, dessiné. Chaque matin nous leur avons envoyé quelques mots et coups de crayon. Tout au long du chemin, avec elles, nous avons tissé un lien. Ce livre, c’est ces lettres. Les nôtres, telles que nous leur avons adressées au fil des journées d’audience. Et certaines des leurs, reçues en réponse. Ce livre, c’est pour qu’elles puissent garder, si elles le souhaitent, un souvenir de nos échanges pendant ce procès.

Si vous lisez ces lignes et n’avez jamais mis les pieds au procès, jamais porté le fardeau du cordon de partie civile, jamais comme elles été marqués dans votre corps et dans votre âme, ce livre est aussi pour vous. Ce soir-là, comme tous les Français, vous avez tremblé, vous êtes restés scotchés à votre télé, pétrifiés… Dans ces pages, vous découvrirez l’histoire des autres qui est aussi la vôtre.

« Poutine, l’OTAN et la guerre. Sur les causes et les enjeux d’une sale guerre en Ukraine »

Mon nouveau livre, très bientôt en librairie ou chez l’éditeur :

éditions du Croquant  (15 euros)    https://editions-croquant.org/

Mon nouveau livre,

bientôt en librairie et chez l’éditeur :

Poutine, l’OTAN et la guerre

Sur les causes et les enjeux véritables d’une sale guerre en Ukraine

Jacques Fath

aux éditions du Croquant

L’accablante responsabilité d’une guerre ne peut échapper à celui qui décide de la déclencher en dépit de ses conséquences tragiques et des risques, y compris nucléaires, qu’elle fait peser sur le monde. Cette crise majeure nous projette dans un futur incertain, alors que le multilatéralisme, l’ONU et les exigences de la sécurité collective, si nécessaires, ont déjà tellement reculé dans les relations internationales.

La pensée unique et les caricatures idéologiques qui n’ont cessé d’accompagner ce retour de la guerre en Europe, fait silence sur les trente années post-Guerre froide d’une page d’histoire déterminante. Trente années de tensions, d’hostilités et de rivalités de puissances qui ont contribué à réunir toutes les conditions d’un conflit de haute intensité dont le peuple ukrainien paie aujourd’hui le prix le plus élevé.

Comprendre les causes de cette guerre, l’erreur stratégique de Poutine, mais aussi le rôle décisif des États-Unis et de l’OTAN est indispensable au regard des effets de dégradation profondes dont ce conflit est porteur quant au monde de demain. Cette guerre en Ukraine est un enseignement in vivo sur les réalités d’un monde chaotique et sur la prévalence de stratégies fondées sur l’affirmation de la puissance et l’exercice de la force.

Ce livre contient, en français et en intégralité, et pour certains initialement confidentiels ou en accès restreint, des documents officiels importants préalables au déclenchement de la guerre…

Les puissances nucléaires isolées…

Un article de Marc Finaud, vice-président de l’Initiative pour le Désarmement Nucléaire (IDN).

Deux importantes conférences internationales consacrées aux armes nucléaires se sont tenues en juin 2022 à Vienne et en août 2022 à New York et se sont soldées par des résultats entièrement opposés. La Réunion des États parties au Traité sur l’interdiction des armes nucléaires (TIAN), en l’absence des puissances nucléaires et de la plupart de leurs alliés, a adopté un plan d’action substantiel. La Conférence d’examen du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) a failli adopter un document final quasiment vidé de toute substance, finalement rejeté par la Russie à cause de la situation autour de la centrale nucléaire de Zaporijjia en Ukraine. Une nouvelle preuve que ce sont bien les puissances nucléaires qui empêchent tout progrès vers le désarmement nucléaire en faveur duquel elles se sont pourtant engagées il y a plus d’un demi-siècle.

La Réunion de Vienne : un modèle de démocratie internationale

Le TIAN, adopté par 122 États aux Nations unies le 7 juillet 2017, est entré en vigueur le 21 janvier 2021 et a, à ce jour, été signé par 86 pays dont 66 l’ont ratifié. La première Réunion de ses États parties prévue par le traité s’est tenue du 21 au 23 juin 2022 à Vienne. Alors que tout le processus ayant abouti au traité avait été boycotté par les puissances nucléaires et leurs alliés, il est intéressant de noter que plusieurs pays de l’OTAN, tout en refusant de le signer, ont participé comme observateurs à la Réunion : l’Allemagne, la Belgique, la Norvège et les Pays-Bas (qui accueillent sur leur sol des bombes nucléaires américaines), ainsi que l’Australie (sous parapluie nucléaire américain) et la Finlande et la Suède, candidates à l’adhésion à l’OTAN. Autant de raisons de qualifier le front de l’OTAN de « fissuré ».

Dans un climat de dialogue largement ouvert aux contributions de la société civile, dont ICAN, lauréat du Prix Nobel de la Paix 2017, les participants ont adopté un rapport contenant une déclaration solennelle et un plan d’action substantiel. On peut en retenir les éléments suivants :

  • En ayant à l’esprit le cas de l’agression russe en Ukraine, ils sont dits « alarmés et consternés par les menaces d’utilisation d’armes nucléaires et par la rhétorique nucléaire de plus en plus stridente » et ont condamné « sans équivoque toutes les menaces nucléaires, qu’elles soient explicites ou implicites et quelles que soient les circonstances. »
  • En effet, « loin de préserver la paix et la sécurité, les armes nucléaires sont utilisées comme des instruments de politique, liés à la coercition, à l’intimidation et à l’exacerbation des tensions. Cela met en évidence, aujourd’hui plus que jamais, le caractère fallacieux des doctrines de dissuasion nucléaire, qui reposent et s’appuient sur la menace de l’utilisation effective des armes nucléaires et, partant, sur les risques de destruction d’innombrables vies, de sociétés, de nations, et de conséquences catastrophiques à l’échelle mondiale. »
  • Aussi les participants ont-ils « regretté» et se sont dits « profondément préoccupés par le fait qu’(…) aucun des États dotés d’armes nucléaires et leurs alliés sous le parapluie nucléaire ne prend de mesures sérieuses pour réduire leur dépendance à l’égard des armes nucléaires » et que les puissances nucléaires « dépensent des sommes considérables pour maintenir, moderniser, mettre à niveau ou étendre leurs arsenaux nucléaires et accordent une plus grande importance et un rôle accru aux armes nucléaires dans les doctrines de sécurité. »
  • Dans leur Plan d’action, les participants sont convenus de mettre en œuvre 50 mesures, en vue notamment :

A- d’agir en faveur de l’universalité du TIAN, en mettant en particulier l’accent sur les conséquences humanitaires des armes nucléaires,

B- de travailler à la mise en place de l’autorité prévue par le traité pour en vérifier le respect, et continuer à faire progresser la vérification du désarmement nucléaire,

C- de se concerter avec la société civile et les pays ayant effectué des essais nucléaires ou employé des armes nucléaires en vue de l’assistance aux victimes et à la remise en état de l’environnement prévues par le traité,

D- d’appuyer les travaux du Groupe consultatif scientifique prévu par le traité et promouvoir l’expertise scientifique sur le désarmement nucléaire,

E- de promouvoir la synergie entre le TIAN et les autres traités relatifs aux armes nucléaires (TNP, Traité sur l’interdiction complète des essais nucléaires),

F- de promouvoir l’égalité des genres dans la mise en œuvre du traité.

Au total, un résultat non négligeable, largement dû à la mobilisation de la majorité des États du monde et de la société civile en vue de démontrer aux tenants de la dissuasion nucléaire les risques qu’ils font peser sur toute l’humanité. Certes, objectera-t-on, ces derniers étaient absents et n’ont pu empêcher l’adoption de ce programme ambitieux. Mais, précisément, s’ils avaient sincèrement voulu influencer ce processus, ils auraient pu y participer. Que se passe-t-il lorsqu’ils sont présents, comme dans le cadre du TNP ?

La Conférence d’examen du TNP : le règne du veto des puissances nucléaires

Le TNP, entré en vigueur en 1970, prévoyait une conférence d’examen tous les cinq ans en vue d’en examiner la mise en œuvre. Ces dernières années, la conférence de 2000 et celle de 2021 avaient adopté des documents finaux substantiels contenant un rappel des obligations du traité dans ses trois « piliers » (la non-prolifération, le désarmement nucléaire et les utilisations pacifiques de l’énergie nucléaire) et de nouvelles avancées. Toutefois, la plupart de ces engagements, tout comme l’article VI du TNP sur le désarmement, étaient restés lettre morte. En 2015, les États-Unis ont opposé leur veto au projet de document final car ils s’opposaient à une conférence sur la zone exempte d’armes de destruction massive au Moyen-Orient, rejetée par Israël, État non-partie au TNP. La Conférence de 2022, reportée deux fois depuis 2020 à cause de la pandémie, a vu de nouveau un État « doté », la Russie, empêcher le consensus sur un projet de document final à cause d’un paragraphe reconnaissant la souveraineté de l’Ukraine sur sa centrale nucléaire de Zaporijjia occupée par l’armée russe.

Faut-il en conclure que, si la Russie s’était jointe au consensus, la Conférence aurait fait avancer la cause du désarmement, de la non-prolifération et de la réduction du risque nucléaire ? Les avis sont partagés et tout dépend de l’aune à laquelle ces progrès auraient été comparés. Un fait est indéniable : les différentes moutures du document final, initialement proposées par les présidents des commissions de la Conférence, ont été, au cours des négociations, vidées de plusieurs avancées qui y figuraient, supprimées à l’initiative des puissances nucléaires.

Il en va ainsi :

  • de la recommandation à ces États d’adopter la doctrine nucléaire du non-emploi en premier afin de réduire le risque de recours aux armes nucléaires. Cette proposition, issue d’un Document de travail présenté par plusieurs ONG dont IDN, soutenue par le Secrétaire général de l’ONU, s’est notamment heurtée à l’activisme de la délégation française.
  • de l’idée, contenue dans une Lettre ouverte de milliers de personnalités, de se fixer comme objectif d’achever le désarmement nucléaire au plus tard en 2045, pour le 100ème anniversaire de la création de l’ONU. Là encore, les puissances nucléaires, dont la France, se sont opposées à toute mention d’une date.
  • de la référence à la Déclaration et au Plan d’action de la Réunion des États parties au TIAN. Les États « dotés » et certains membres de l’OTAN l’ont écartée et ont seulement concédé « reconnaître » l’existence de ce traité.

Si toutefois on compare le « quasi-document » final de 2022 à celui qui avait failli être adopté en 2015, force est de noter quelques avancées, principalement dues à la persévérance des représentants de la société civile à la Conférence d’examen, finalement écartés lors des tractations finales. Ainsi, figurent dans le projet le plus récent les dispositions suivantes qui étaient absentes en 2015 :

  • la « profonde préoccupation » du fait que le risque de recours aux armes nucléaires soit plus élevé que pendant la guerre froide,
  • « l’urgence » de la réduction des arsenaux nucléaires et du rôle des armes nucléaires dans les doctrines militaires,
  • la « nécessité » pour les États « dotés » de faire suivre d’actions concrètes leur déclaration selon laquelle « une guerre nucléaire ne peut être gagnée et ne doit donc pas être menée »,
  • la satisfaction devant « l’attention accrue » accordée à l’assistance aux victimes et à la remise en état de l’environnement du fait des dommages causés par les armes et les essais nucléaires,
  • la « préoccupation » devant la menace ou l’emploi de la force en violation de la Charte des Nations unies contre l’intégrité territoriale de tout État,
  • la « reconnaissance » envers les mesures de réduction du risque nucléaire adoptées par certains États,
  • « l’inquiétude » des États « non dotés » face à la modernisation des arsenaux nucléaires,
  • l’appel envers les États « dotés » afin qu’ils fassent preuve de plus de transparence sur leurs arsenaux et leurs doctrines.

Au total, même si ces dispositions avaient été adoptées, le plus important eût été qu’elles soient appliquées, contrairement aux engagements précédents. Le prochain cycle d’examen du TNP commencera en 2023 et s’achèvera par une nouvelle Conférence d’examen en 2026. Le travail accompli cette année sera pas pour autant inutile car il offrira une base solide pour les négociations futures et l’action de la société civile, stimulée par les avancées permises grâce au TIAN. Il est d’ores et déjà clair que les puissances nucléaires et leurs alliés qui s’accrochent à la dissuasion nucléaire ne pourront indéfiniment ignorer la détermination des États et des ONG pour lesquels cette politique, loin d’assurer la sécurité de ses partisans, constitue une menace existentielle pour le monde entier.

Marc Finaud

Marc Finaud est un ancien diplomate de carrière. Il travaille désormais comme formateur pour jeunes diplomates et officiers au sein du Centre de Politique de Sécurité de Genève (GCSP) dans tous les domaines de la sécurité internationale. Au cours de sa carrière diplomatique, il a été affecté à plusieurs postes bilatéraux (URSS, Pologne, Israël, Australie) ainsi qu’à des missions multilatérales (CSCE, Conférence du Désarmement, ONU). Il est titulaire de Masters en Droit international et en Sciences politiques. Il a aussi été Collaborateur scientifique de l’Institut des Nations unies pour la Recherche sur le Désarmement (UNIDIR) (Programme sur les Armes de destruction massive). Au sein d’IDN, il a la responsabilité d’assurer les relations internationales et diplomatiques de l’association. Il participe au Comité de rédaction.

Le rabot de Monsieur Encel.

J’ai lu « Les voies de la puissance », ouvrage écrit par Frédéric Encel (1), docteur en géopolitique (habilité à diriger des recherches), professeur de relations internationales et de sciences politiques, maître de conférence à SciencesPo Paris, membre du Comité de lecture de la revue Hérodote.

C’est surtout le sous-titre qui m’a poussé à acheter ce livre : « penser la géopolitique au XXIè siècle ». On se dit que l’ambition présentée est élevée, et qu’elle tombe à point nommé dans un contexte de guerre, de tensions montantes et de risques majeurs. Et de complexités multiples. Et puis la quatrième de couverture vous prévient : ce livre est « une mine d’informations, une somme d’analyses et de décryptages des grandes orientations stratégiques qui se dessinent sous nos yeux ». J’avais donc hâte de « penser la géopolitique » avec ce Monsieur Encel. Penser la géopolitique… Ça vaut le détour, non ?

Las, je vous le dit tout net, si vous vous aventurez dans la lecture de cet ouvrage vous en sortirez fort dépité. Avec le désagréable sentiment que l’on s’est un peu moqué de vous. Il y a tant de formulations faibles et approximatives ou caricaturales que l’on ne voit pas en quoi cette lecture pourrait soit vous satisfaire politiquement (on ne sait jamais), soit aiguiser positivement votre curiosité et votre goût pour le débat critique.

Je ne vais prendre qu’un seul exemple. Dans un chapitre consacré aux « regroupements d’États » Encel commence par traiter de l’ONU. Il explique une seule chose : avec l’ONU, on ne sort pas de la primauté de l’État. C’est tout. Évidemment, nul n’ira contredire le fait que l’État reste l’acteur essentiel, ou plutôt un acteur essentiel… des relations internationales. Mais au-delà de ce qui n’est peut-être pas seulement une évidence, on ne peut passer outre le fait que les Nations-Unies ont été mises en place précisément pour « gérer » autrement les rapports entre États, pour dépasser ou maîtriser l’ordre westphalien, et surtout pour installer le principe de la responsabilité collective, les pratiques du multilatéralisme et de la sécurité collective… Après la Seconde Guerre mondiale, ce n’était pas rien.

On peut d’ailleurs constater que l’ONU, dans cet ouvrage, est mise sur le même pieds que les ONG, les groupements économiques, politiques et religieux… Pourtant, ce fut une réalisation majeure porteuse d’une tout autre vision des relations internationales. Alors, affaiblir à ce point la signification historique et politique de ce que sont les Nations-Unies, de ce que l’on a voulu faire avec la fondation de l’ONU… alors que, justement, celle-ci est aujourd’hui sérieusement en danger, voilà qui est consternant.

Ainsi, Frédéric Encel ne dit rien sur le sens et sur l’histoire du système des Nations-Unies, sur la volonté de construire ainsi une légitimité différente et universelle, et sur les raisons pour lesquelles l’ONU, dans l’ordre international actuel, se voit tellement écartée et menacée… Comme dans l’ensemble de son livre : rien sur les grands enjeux, rien sur le poids de l’histoire, rien sur le sens. Faiblesse sur les contradictions et sur les dangers du moment historique actuel, et sur les stratégies conduites par les principales puissances… La géopolitique mérite mieux que ça. Et surtout davantage de vision critique et de hauteur de vue.

Encel écrit comme on manie le rabot. Il aplatit les enjeux, il lisse les contradictions… Dans ce livre, il fait perdre de l’épaisseur à tout ce qu’il touche.

1) « Les voies de la puissance. Penser la géopolitique au XXIè siècle », Frédéric Encel, Odile Jacob, 2022. Le fait que ce livre ai pu bénéficier du Prix du livre de géopolitique (2022), attribué sous une forme de patronage du Quai d’Orsay, en dit beaucoup sur la politique étrangère française actuelle.

Pour information.

Plusieurs personnes, des amis, m’ont demandé pourquoi, sur ce blog JFi, je ne publie que si peu de textes concernant la guerre en Ukraine.

Naturellement, la gravité de la situation, la dimension des enjeux, la portée des stratégies mises en œuvre et les conséquences de cette guerre constituent un fait majeur qui va peser lourd dans l’évolution des relations internationales. Pour cette raison, j’ai décidé de travailler afin de pouvoir sortir plus tard une approche, une analyse, des idées et des informations originales… à la hauteur des questions posées. Probablement un nouveau livre.

Même s’il n’est pas simple d’écrire sur un événement de cette portée, et si complexe d’une guerre dont on ne voit pas encore la fin.

Merci à toutes celles et ceux, en France et bien au-delà, qui suivent mes écrits.

Jacques Fath

Le 6 mai 2022

For information…

Several people, friends, have asked me why, on this JFi blog, I publish so few texts concerning the war in Ukraine.

Naturally, the gravity of the situation, the dimension of the stakes, the scope of the strategies implemented and the consequences of this war constitute a major fact which will weigh heavily in the evolution of international relations. For this reason, I decided to work in order to be able to come out later with an approach, an analysis, ideas and original information… that would be up to the questions asked. Probably a new book.

Even if it is not easy to write about an event of this scope, and so complex of a war whose end we do not see yet.

Thank you to all those, in France and far beyond, who follow my writings.

Jacques Fath

May 6, 2022

Grève le 2 juin pour l’avenir des métiers au Ministère des affaires étrangères

Vous trouverez ci-dessous l’appel de l’intersyndicale du Quai d’Orsay et un appel de 500 agents concernés par la soit-disant réforme des métiers du Ministère des Affaires étrangères. Cette réforme porte en elle une liquidation de ces métiers hautement professionnels, constitutifs du rôle français dans le monde, et décisifs pour la valorisation du travail diplomatique. A l’heure de la guerre en Europe, s’engager dans la liquidation de ces métiers c’est affirmer le peu d’intérêt que l’on veut consacrer à la diplomatie et aux responsabilités que la France devrait assumer dans le contexte très préoccupant d’aujourd’hui. C’est une mise en cause de la fonction diplomatique et du Ministère lui-même. C’est inacceptable. Jacques Fath – Le 2 juin 2022.

APPEL DE L’INTERSYNDICALE A LA GRÈVE LE 2 JUIN ET A UNE CONSULTATION DE TOUS LES AGENTS SUR L’AVENIR DES MÉTIERS DU MINISTÈRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES

CFTC – ASAM – USASCC – SOLIDAIRES – CGT– FSU et ASAO

Avec le soutien d’un collectif de 450 « jeunes » agents du ministère

Contre la disparition des métiers de la diplomatie, du consulaire, de la coopération et de l’action culturelle Les réformes s’accumulent au MAE sur fond d’inter-ministérialité aveugle où les agents seraient interchangeables arbitrairement. Des métiers, des corps disparaissent. Le Quai d’Orsay disparaît petit à petit.

Contre la disparition des métiers de la diplomatie,

du consulaire, de la coopération et de l’action culturelle.

Les réformes s’accumulent au MAE sur fond d’inter-ministérialité aveugle où les

agents seraient interchangeables arbitrairement. Des métiers, des corps

disparaissent. Le Quai d’Orsay disparaît petit à petit.

– La réforme de la ministre de la Transformation publique, Amélie de

Montchalin, a livré la quasi-totalité des postes de travail des agents A, B et

C du ministère sur la vaste transparence interministérielle PEP (Place de

l’Emploi Public) et mis en extinction les deux premiers corps, des conseillers

et ministres plénipotentiaires, ce qui percute directement l’avenir déjà

assombri des secrétaires des affaires étrangères et de chancellerie et celui

des attachés et secrétaires des systèmes d’information et des adjoints

techniques et administratifs de chancellerie, au prix de l’attractivité des

carrières. Cette « réforme », alors que le ministère est déjà très

majoritairement ouvert aux compétences venues d’ailleurs comme le

démontre la composition des équipes dans les postes et en Centrale (55%

d’externes, dont 30% dans l’encadrement, fonctionnaires titulaires du MAE

minoritaires), ne se justifiait pas. Elle permettra nombre de nominations de

complaisance au détriment de la compétence, de l’expertise, des missions,

et des politiques publiques, et ne réglera pas la situation des nombreux

agents contractuels du Département soumis à une précarité toujours plus

grande et à une criante inégalité de traitement.

– La dématérialisation des démarches des citoyens si elle peut contribuer à

améliorer le service rendu au public, se déroule à marche forcée et

commence déjà à avoir une incidence directe sur les métiers consulaires,

leurs effectifs, leurs conditions de travail. Elle contribue, telle qu’elle est

menée, à la dégradation accélérée du service rendu à nos compatriotes,

notamment les plus fragiles. Sous couvert de progrès techniques, les

promoteurs de ces réformes entendent surtout réduire ETP et masse

salariale, ciblant particulièrement les agents C, B et les agents de droit

local.

– Les métiers de la coopération internationale et de l’action culturelle se

voient toujours plus entamés par la montée en puissance continue

d’opérateurs et d’agences sur lesquelles la tutelle du MAE est de plus en

plus théorique. Cette évolution conduit à des effectifs et des moyens

réduits et à une autorité du Ministère battue en brèche dans le pilotage des

politiques publiques.

– En interne, la politique du tout prestataire a envahi des pans entiers des

services du MAE, en particulier ceux du numérique, avant extension aux

services de gestion, eux-mêmes déjà soumis à une forte pression, en vue de

leur inter-ministérialisation.

– Les suppressions continues d’ETP, dans tous les secteurs et toutes les

catégories du Quai d’Orsay (-30% en 10 ans, -50% en 30 ans), et le recours

croissant à des stagiaires et vacataires pour remplacer des emplois

pérennes, pèsent toujours davantage sur les épaules des agents, chez

lesquels les manifestations d’épuisement et de harcèlement s’accumulent,

tandis qu’à la suite de l’ouverture bienvenue du recours au télétravail, on

commence à voir pointer des logiques immobilières qui auront des effets

directs sur le lien social, la cohésion des équipes, le sentiment

d’appartenance à un collectif de travail.

***

Ces mesures démantelant notre outil diplomatique sont un non-sens au moment

où la guerre vient de faire son retour en Europe, après une pandémie inédite dans

l’Histoire et le rapatriement de plus de 300.000 compatriotes en 15 jours, sans

équivalent dans le monde, alors que le fractionnement du monde et la

recomposition brutale de la mondialisation se déroulent précisément sous nos

yeux et appellent une réponse active et de long terme.

C’est bien dans ce contexte que notre pays doit plus que jamais pouvoir compter

sur l’expertise et les compétences de son service diplomatique qui est déjà,

contrairement aux préjugés, particulièrement ouvert à des profils et des savoirs

différents et à des origines sociales variées. Or, la réforme d’Amélie de

Montchalin le réduira à un profil unique prétendument élitiste d’administrateurs

généralistes interchangeables, qui ne correspond pas à la diversité et à la richesse

humaine de nos métiers.

La France doit tout autant sanctuariser son service consulaire, toujours plus

raboté alors qu’il fait pourtant régulièrement la preuve de son efficacité à

protéger et aider nos compatriotes à l’étranger. Avec des effectifs sans commune

mesure avec ceux des grandes villes de France (13.000 ETP pour le ministère

contre 50.000 pour la Ville de Paris), le Quai d’Orsay arrive à déployer un large

éventail de services dans le monde entier au bénéfice de plus de deux millions de

nos compatriotes.

Il s’agit aussi de ne plus saborder nos emplois et outils d’influence, dans le champ

notamment de la coopération et de l’action culturelle, alors même que de

nouveaux acteurs émergent, concurrençant nos valeurs, nos intérêts, notre

langue et notre politique de rayonnement culturelle, éducative et scientifique.

Depuis bien longtemps, des bilans partagés avec le corps social du MAE auraient

dû être dressés sur l’empilement des plans d’économies (RGPP, MAP, et autres

AP), le reformatage incessant du réseau (consulats d’influence, fusions SCAC/EAF,

PPD, bureaux de France, SAF puis SGA, etc.), les effets de la mobilisation des

agents à l’étranger et en Centrale face aux conflits et catastrophes de tous ordres,

les conditions de travail, l’image du Ministère, et tant d’autres défis. Il n’en a rien

été, malgré les attentes des agents relayées par les revendications et propositions

des organisations syndicales et des associations. Depuis des années, le MAE

donne en réalité le sentiment d’être livré, et les agents avec lui, aux vents de

réformes brutales, désormais ouvertement agressives et méprisantes à leur

encontre.

C’est fort de ce constat qu’un collectif spontané de collègues du ministère, en

particulier de jeunes collègues, s’est formé et compte désormais plus de 400

membres. Il a convergé avec les organisations de l’intersyndicale formée l’an

dernier contre la réforme du MAE, d’où ressort cet appel à l’action.

Réagissons :

– d’abord par une grève le jeudi 2 juin, qui permettra aux agents de montrer

qu’ils ne se résignent pas à voir leurs métiers et perspectives de carrière

disparaître, et avec eux un pan complet de l’armature de notre Etat qui a

fait ses preuves au cours de notre Histoire, et d’exprimer, à cette occasion,

toutes leurs attentes sur les conditions d’organisation de leur recrutement

et de reconnaissance de leurs compétences, notamment à travers leurs

affectations et déroulement de carrière ;

– ensuite, par l’ouverture d’une consultation la plus large possible, sous la

forme d’« assises du MAE», permettant l’évaluation et les propositions,

avec les agents eux-mêmes, de leurs conditions de travail, de l’avenir de

leurs missions, de leurs métiers et du Ministère au service de la France et

des Français, en particulier de nos compatriotes expatriés.

***

L’appel de 500 agents du ministère des affaires étrangères : « Nous faisons face à un risque de disparition de notre diplomatie professionnelle »

Dans une tribune au « Monde », un collectif de quelque 500 agents du ministère des affaires étrangères exprime sa colère face à la « suppression brutale du corps diplomatique », qui motive un appel à la grève le 2 juin. Publié le 25 mai 2022

A l’heure de la guerre en Ukraine, au lendemain d’une crise pandémique exceptionnelle, les agents du Quai d’Orsay ont décidé de faire grève le 2 juin à l’appel de l’intersyndicale regroupant la majorité des organisations syndicales et d’un collectif de quelque 500 agents dont de nombreux jeunes diplomates. Cette décision n’aura pas été facile à prendre tant elle n’est pas dans la culture maison.

Elle est l’expression d’une colère face à la suppression brutale du corps diplomatique, qui frappe non seulement les corps de conseillers des affaires étrangères et de ministres plénipotentiaires mais aura aussi des répercussions profondes sur l’avenir de tous les personnels, qu’ils soient secrétaires des affaires étrangères et de chancellerie, attachés et secrétaires des systèmes d’information et adjoints techniques et administratifs de chancellerie, qu’ils soient titulaires ou contractuels.

Lire aussi : Article réservé à nos abonnés Grève en vue au ministère des affaires étrangères

De très nombreuses personnalités ont alerté sur les risques d’une telle décision qui permettra des nominations de complaisance au détriment de la compétence et aura pour conséquence la déstructuration des carrières, une perte de l’expertise et une crise des vocations. Nous faisons face à un risque de disparition de notre diplomatie professionnelle. Les métiers du Quai d’Orsay s’apprennent en effet sur le temps long, par la multiplication d’expériences, notamment à l’étranger et dans des postes difficiles, et la transmission des savoirs et des expériences entre les agents.

Une remise en question du ministère

Surtout, s’engager au Quai d’Orsay est une vocation et un choix de vie, passionnant et riche d’opportunités bien sûr mais comportant également son lot de contraintes personnelles et familiales souvent sous-estimées. Les agents s’insurgent également face au soupçon, qui sous-tend cette réforme, d’un ministère replié sur lui-même. Et pour cause, car le ministère des affaires étrangères, par nature tourné vers la coordination interministérielle de l’action extérieure de l’Etat, est déjà très ouvert aux autres administrations : dans les ambassades et dans les services se côtoient des diplomates, des militaires, des policiers, des agents de Bercy, des membres des ministères de la culture, de l’éducation nationale, de l’agriculture, de l’écologie, etc.

Le ministère accueille aussi, dans des conditions souvent précaires, des contractuels talentueux qui viennent d’horizons très divers : secteur privé, ONG, organisations internationales. Au-delà, c’est la question des moyens humains donnés à notre outil diplomatique que cette grève veut poser. Déjà, en 2010, les anciens ministres Hubert Védrine et Alain Juppé alertaient : « Cessez d’affaiblir le Quai d’Orsay ! »

Aujourd’hui, les agents – de toutes les catégories et de tous les métiers, diplomatiques, consulaires, culturels et de gestion – ont la conviction que c’est l’existence même du ministère qui est désormais remise en question. En effet, cette décision s’ajoute à des décennies de marginalisation du rôle du ministère au sein de l’État, de démembrement et d’affaiblissement au profit d’opérateurs externes et de réduction vertigineuse des moyens : effectifs en baisse de 30 % en dix ans et de 50 % en trente ans ; budget atteignant à peine 0,7 % du budget de l’État.

Un sentiment d’injustice

Aujourd’hui, la réalité de notre outil diplomatique, c’est la multiplication de « postes de présence diplomatique », où une poignée d’agents assurent dans des conditions difficiles la représentation de la France, la défense de ses intérêts et le service public à la communauté française.

Le sentiment d’injustice est d’autant plus fort que les agents du Quai d’Orsay ont su se montrer à la hauteur, comme l’ont d’ailleurs relevé les plus hautes autorités de l’Etat, pour faire face aux crises qui secouent le monde et défendre les intérêts de la France : rapatriement des Français durant la pandémie, évacuation en Afghanistan, gestion de la guerre en Ukraine, pour ne parler que des exemples les plus récents.

Ils ne comprennent donc pas comment la position de la France sera mieux défendue par cette politique d’affaiblissement systématique du Quai d’Orsay. Dans un monde de plus en plus interdépendant, complexe et dangereux, être capable de lire et comprendre ses évolutions, d’y faire valoir nos principes et nos intérêts ne s’improvise pas.

Pour l’avenir de notre diplomatie

Au contraire, cela nécessite un ministère conforté et renforcé. C’est d’ailleurs le choix de tous nos autres grands partenaires internationaux : la France serait la seule puissance à se priver d’une diplomatie professionnelle.

C’est pourquoi, alors que ce malaise latent a été longtemps ignoré malgré l’action des organisations syndicales, malgré les rapports parlementaires, malgré le soutien d’éminentes personnalités, les agents ont souhaité exprimer leur colère tout en se disant prêts à renforcer le ministère via des réformes profondes, dont certaines avaient été esquissées dans le rapport de l’ambassadeur Jérôme Bonnafont.

A cette fin, ils proposent l’ouverture d’une grande consultation, en lien étroit avec les organisations syndicales, sous la forme d’Assises du Quai d’Orsay, pour écouter tous les agents et mettre sur la table l’ensemble des questions : nos missions, nos moyens et nos statuts. Il en va de l’avenir de notre diplomatie.

Le Collectif est le rassemblement spontané d’agents du ministère, en particulier de jeunes collègues, qui compte désormais quelque 500 membres. Il a convergé avec l’intersyndicale regroupant la majorité des organisations syndicales afin de déposer un préavis de grève pour le 2 juin.

Pour 70% des Français, l’arme nucléaire met en péril la sécurité du monde !

À l’heure où la guerre en Ukraine relance la menace de recours aux armes nucléaires, l’association Initiatives pour le Désarmement Nucléaire (IDN) a sollicité Comisis-OpinionWay pour conduire une enquête d’opinion sur le sentiment des Français et des Françaises à l’égard de cette menace, leur perception de la protection qu’assurerait la dissuasion nucléaire de la France et leur avis sur le risque de prolifération des armes nucléaires.

https://www.opinion-way.com/fr/component/edocman/220520-opinionway-comisis-pour-idn-les-franc-ais-et-la-dissuasion-nucle-aire-bad/viewdocument/2873.html?Itemid=0

Cette enquête d’opinion a été menée en mars 2022, post menace nucléaire.

À la question « Vous sentez-vous bien ou mal protégé(e) par la dissuasion nucléaire de la France », seuls 28 % des Français s’estiment très bien ou bien protégés tandis que 21 % se considèrent assez mal ou très mal protégés et que la moitié d’entre eux se disent « ni bien ni mal protégés ».

En cas d’attaque non nucléaire contre la France par la Russie, seuls 25 % des Français estiment que la France devrait riposter au moyen d’une arme nucléaire alors que 45 % désapprouveraient une telle riposte et que 30 % préfèrent ne pas se prononcer. Pour mémoire, la doctrine nucléaire française inclut ce scénario d’emploi en premier de l’arme nucléaire prétendument pour dissuader une attaque conventionnelle, chimique, biologique, etc.

Interrogés pour savoir si, selon eux, l’arme nucléaire met en péril ou renforce la sécurité du monde, 70 % des Français (78 % des 25-34 ans) considèrent que l’arme nucléaire met en péril la sécurité du monde contre 28 % qui déclarent que l’arme nucléaire renforce la sécurité du monde.

Enfin, à la question sur le caractère évitable ou inévitable de la prolifération des armes nucléaires, 72 % des Français estiment qu’elle peut être évitée tandis que 25 % considèrent ce phénomène comme inévitable.

Ces résultats, dont le détail est disponible dans le lien ci-dessous, confirment et confortent ceux de l’étude d’opinion lancée par IDN en décembre 2016 selon lesquels, pour 68 % des Français, la France devait apporter son soutien au Traité sur l’interdiction des armes nucléaires (TIAN) qui allait être adopté et était considéré comme favorable à la paix et à la sécurité mondiales.

*Sondage réalisé les 23-24 mars 2022 auprès d’un échantillon représentatif de 1 058 personnes âgées de plus de 18 ans selon la méthode des quotas.

Guerre en Ukraine et armes nucléaires : de quoi faut-il avoir peur ?

Les menaces russes de recours aux armes nucléaires en cas d’interférence de l’OTAN dans la guerre en Ukraine, mais surtout la combinaison des ambiguïtés de la doctrine russe, de l’existence d’armes nucléaires dites « tactiques » et des possibilités d’emploi délégué, accidentel ou non autorisé contribuent à une sérieuse aggravation du risque nucléaire. Raison de plus pour conclure que les armes nucléaires, loin d’assurer la sécurité internationale, servent de bouclier aux pays agresseurs persuadés de leur impunité.

par Marc Finaud, Vice-Président d’IDN et Marie-Pia Norlain, Étudiante en Master à Sorbonne Nouvelle et à l’Institut d’Etudes européennes, stagiaire à IDN.

LES MENACES DE RECOURS AUX ARMES NUCLÉAIRES

La traditionnelle « grammaire » de la dissuasion nucléaire en vigueur pendant et après la guerre froide, consistant à conserver aux menaces d’emploi des armes nucléaires un caractère à la fois implicite et défensif appuyé par des démonstrations de capacités, a subi avec l’invasion de l’Ukraine un dangereux renversement. Ces menaces ont pris plusieurs formes :

Le 19 février 2022, dès avant la prétendue « opération spéciale », la Russie a lancé des manœuvres de ses « forces de dissuasion stratégique » (d’habitude conduites à l’automne) en présence de Vladimir Poutine et de son homologue biélorusse, Alexandre Loukachenko. Selon le ministère russe de la Défense, ces exercices avaient pour but de « tester l’état de préparation » des forces impliquées et la « fiabilité des armes stratégique nucléaires et non nucléaires. » Pour le chef d’état-major russe, Valéri Guérassimov, leur objectif principal était « d’entraîner les forces offensives stratégiques pour infliger une défaite garantie à l’ennemi ». Les manœuvres ont donné lieu à des tirs à partir de bombardiers TU-95 et de sous-marins et, selon le Kremlin, « les objectifs prévus (…) ont été accomplis pleinement, tous les missiles [ayant] atteint les cibles fixées. »

Deux jours plus tôt, le président biélorusse avait annoncé que son pays était prêt à « accueillir des armes nucléaires » russes en cas de menace occidentale et que la Constitution serait révisée à cette fin par référendum le 27 février.

Le 24 février, en annonçant l’invasion de l’Ukraine, Poutine a lancé une mise en garde à peine voilée : « ceux qui tenteraient d’interférer avec nous doivent savoir que la réponse de la Russie sera immédiate et conduira à des conséquences que vous n’avez encore jamais connues. »

Le président russe a poursuivi son escalade verbale, le 27 février, en annonçant qu’il ordonnait « au ministre de la Défense et au chef d’état-major de mettre les forces de dissuasion de l’armée russe en régime spécial d’alerte au combat ». Selon la plupart des experts, ce degré supérieur dans le niveau d’alerte devait se traduire par le renforcement des centres de commandement et contrôle, ce que confirma Valéri Guérassimov.

Les 18-19 mars, le ministère russe de la Défense a annoncé le lancement en Ukraine de deux missiles hypersoniques Kh-47M2 Kinjal qui ont détruit des cibles présentées comme militaires. Ces missiles air-sol sont présentés comme impossibles à détecter et intercepter et peuvent être équipés de charges nucléaires.

Le 20 avril, c’était au tour du nouveau missile intercontinental russe Sarmat (ou Satan 2 pour l’OTAN) d’être lancé en tir d’essai à grand renfort de publicité. Également présenté comme « invincible » car indétectable, ce missile est capable d’emporter au moins dix ogives nucléaires et/ou des planeurs hypersoniques à charge nucléaire.

Deux mois après le début des combats en Ukraine, alors que la situation de l’armée russe n’était pas à son avantage et que l’aide militaire occidentale à Kiev s’était accrue, Poutine a réitéré le 27 avril, dans un discours à Saint-Pétersbourg, ses menaces à l’encontre des pays occidentaux : « Alors ils doivent savoir qu’ils créeront une menace géopolitique pour nous, et devront savoir qu’il y aura une réponse, une frappe de réponse, rapide. Nous avons pour cela des instruments que personne n’a aujourd’hui, et nous utiliserons ces outils si c’est nécessaire, je souhaite que tout le monde le sache. »

Quant à Serguei Lavrov, le ministre russe des Affaires étrangères, après avoir affirmé le 19 avril que Moscou n’utiliserait pas d’arme nucléaire contre l’Ukraine, il a estimé, le 25 avril, que, même si la Russie mettait tout en œuvre pour éviter une guerre nucléaire, ce risque était désormais « considérable », « sérieux et réel » et ne devait pas être sous-estimé.

Dans l’escalade rhétorique peut-on encore rappeler l’extravagante émission « 60 minutes » de la télévision officielle russe du 28 avril au cours de laquelle il était expliqué, cartographie à l’appui, qu’il suffirait de « 200 secondes à un missile nucléaire Sarmat, tiré depuis l’enclave russe de Kaliningrad, pour atteindre et détruire Paris. » Or, comme l’ont souligné des sites de vérification des faits, le missile Sarmat n’est pas encore déployé, Kaliningrad n’abrite pas de silos de missiles intercontinentaux et le chiffre de 200 secondes ne tient pas compte de la durée réelle d’un missile intercontinental.

Au cours d’un exercice de simulation, le 4 mai, les forces russes ont ostensiblement inclus la Pologne et la Lituanie voisine comme cibles d’attaques de missiles à capacité nucléaire Iskander à courte portée depuis Kaliningrad.

Dernier en date à brandir la menace nucléaire, l’ancien président Dmitri Medvedev a mis en garde le 14 avril la Finlande et la Suède contre les conséquences de leur adhésion à l’OTAN : « personne de sain d’esprit (…) ne peut souhaiter une hausse des tensions à sa frontière et avoir à côté de sa maison des (missiles) Iskander, (des missiles) hypersoniques et des navires avec des armes nucléaires. »Il a confirmé le 12 mai cet avertissement en direction de l’OTAN : « le transfert d’armes par les pays de l’OTAN à l’Ukraine, la préparation de ses troupes à l’utilisation d’équipements occidentaux, l’envoi de mercenaires et la conduite d’exercices des pays de l’Alliance près de nos frontières augmentent la probabilité d’un conflit direct et ouvert entre l’OTAN et la Russie », conflit qui « risque de se transformer en véritable guerre nucléaire. »

UNE DOCTRINE NUCLÉAIRE AMBIGUË

Après plusieurs moutures et révisions, la doctrine russe d’emploi des armes nucléaires avait été précisée le 2 juin 2020. Pour certains experts, cette doctrine consacre l’élargissement des conditions pouvant provoquer l’usage du feu nucléaire par la Russie et un glissement vers l’emploi en premier. Elle prévoit quatre hypothèses dans lesquelles Moscou se réserve le droit d’y recourir :

« Une information fiable qu’un tir de missiles balistiques a été engagé contre la Russie et/ou contre ses alliés,

L’emploi par un adversaire d’armes nucléaires ou d’[autres] armes de destruction massive [biologiques ou chimiques] contre le territoire de la Russie et/ou contre le territoire d’un allié,

Une action ennemie contre des infrastructures critiques (militaires ou civiles) de nature à remettre en question la capacité de seconde frappe russe,

Une agression conduite contre la Russie avec des armes conventionnelles de nature à remettre en question l’existence même de l’État. »

C’est surtout la dernière condition qui suscite l’inquiétude compte tenu de l’absence de définition ou de la nature subjective du concept de menace existentielle qui la sous-tend. S’agit-il de la menace de destruction totale du pays (mais on voit mal comment celle-ci pourrait ne résulter que de l’emploi d’armes conventionnelles) ou d’une menace contre la survie du régime actuel (par exemple du fait d’un coup d’État) (voir l’analyse d’IDN en 2020) ?

Aujourd’hui, dans le contexte de la guerre en Ukraine, aucune des quatre hypothèses ne semble exister qui justifierait l’emploi intentionnel d’armes nucléaires par la Russie contre l’Ukraine ou, a fortiori, contre l’OTAN. Dans leurs propos menaçants, Poutine et Lavrov se sont référés aux « déclarations belliqueuses » de dirigeants occidentaux ou à l’assistance militaire accordé par les pays occidentaux à l’Ukraine. Ces motifs n’entrent donc dans aucune des quatre conditions.

D’autres allégations de la Russie pourraient toutefois se révéler plus dangereuses. Elles concernent les accusations selon lesquelles l’Ukraine tenterait de se doter d’armes nucléaires ou possèderait déjà des armes chimiques et biologiques, donc des armes de destruction massive, qu’elle pourrait employer contre la Russie.

Dès son discours du 24 février justifiant l’invasion de l’Ukraine, Poutine a accusé les dirigeants ukrainiens : « ils revendiquent également la possession d’armes nucléaires ». Il s’agit en fait d’une interprétation abusive de propos maladroits tenus en avril 2021 par l’ambassadeur d’Ukraine en Allemagne pour appuyer la demande de Kiev d’adhésion à l’OTAN : « soit nous faisons partie d’une alliance comme l’Otan, (…) soit nous n’avons qu’une option : celle de nous armer et, peut-être, envisager le nucléaire. »

Autre prétexte invoqué par la Russie pour invoquer un « chantage nucléaire » ukrainien, la demande, le 21 février 2022, au lendemain de la reconnaissance par Moscou des républiques ukrainiennes séparatistes, du président ukrainien Volodymyr Zelensky de consultations du Conseil de sécurité de l’ONU dans le cadre du Mémorandum de Budapest de 1994 : dans cet accord, la Russie, les États-Unis et le Royaume-Uni s’étaient engagés à respecter l’intégrité territoriale de l’Ukraine en échange de sa dénucléarisation, c’est-à-dire du transfert vers la Russie des armes nucléaires héritées de l’URSS (et qui étaient restées sous le contrôle des Russes). Le 1er mars, dans son discours par vidéo à la Conférence du désarmement de Genève, Sergueï Lavrov a sans ambages accusé l’Ukraine de vouloir se doter d’armes nucléaires en affirmant : « L’Ukraine a toujours des technologies soviétiques et les moyens de mettre au point de telles armes. » Or, État partie au Traité de Non-Prolifération (TNP), l’Ukraine fait régulièrement l’objet d’inspections de l’Agence internationale pour l’énergie atomique (AIEA) qui n’a jamais soulevé le moindre soupçon quant à sa capacité ou sa volonté de détourner des activités nucléaires civiles à des fins d’armement.

Quant aux armes chimiques que possèderait l’Ukraine, le 16 mars, le ministère russe de la Défense a prétendu avoir saisi des documents militaires ukrainiens prouvant l’existence de dépôts de produits toxiques destinés à une attaque chimique qui serait imputée à la Russie. Il est vrai que, le 21 mars, s’est produit un incident au cours duquel un bombardement, attribué à la Russie, a provoqué une fuite d’ammoniac dans une usine d’engrais à Soumy. En réaction, la Russie a accusé l’Ukraine d’avoir miné l’usine pour provoquer une attaque chimique contre les forces russes. En réalité, ce sont des allégations relatives à l’emploi d’armes chimiques par la Russie à Marioupol qui ont alerté l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) et l’ont amenée à réagir le 11 avril. L’Ukraine est aussi État partie à la Convention d’interdiction des armes chimiques de 1993 et a été régulièrement inspectée par l’OIAC qui n’y a jamais rien décelé de suspect. En revanche, la Russie, bien qu’ayant officiellement achevé en 2017 la destruction de ses stocks, reste soupçonnée d’avoir conservé ou d’avoir la capacité de produire rapidement des neurotoxiques (« novitchoks ») qu’elle aurait utilisés pour des assassinats ciblés d’opposants en Grande-Bretagne. Le 11 mai, la Russie a de nouveau accusé les Ukrainiens d’avoir détruit un réservoir de nitrate d’ammonium pour en rendre responsable les forces russes.

Enfin, pour ce qui est des armes biologiques, également prohibées par la Convention d’interdiction de 1972 à laquelle la Russie et l’Ukraine sont parties, la Russie a affirmé à plusieurs reprises que le Département américain de la Défense finançait sur le sol ukrainien des laboratoires de production d’agents pathogènes destinés à la guerre bactériologique. L’armée russe aurait saisi des documents prouvant que ces laboratoires avaient reçu l’ordre de détruire des échantillons de peste, de choléra, d’anthrax et d’autres agents pathogènes dès le début de l’offensive russe. Lorsque la Russie a porté ces accusations au niveau du Conseil de sécurité de l’ONU le 11 mars, outre les démentis formels de l’Ukraine et des États-Unis, le Conseil a entendu Izumi Nakamitsu, la Haute-Représentante du Secrétaire général pour les affaires de désarmement, déclarer : « L’ONU n’a connaissance d’aucun programme d’armes biologiques [en Ukraine]. »

Il est vrai que, lors de la dissolution de l’URSS, les États-Unis ont lancé un programme multilatéral de financement d’élimination des armes de destruction massive en Russie et dans plusieurs anciennes républiques soviétiques, dont l’Ukraine, programme non seulement accepté mais aussi co-financé par Moscou jusqu’en 2013 dans le cadre du G8. En Ukraine, ce programme s’est poursuivi sous la forme de soutien à la détection d’agents pathogènes dangereux et à la sûreté et à la sécurité des laboratoires biologiques. Ces installations, loin d’abriter des programmes militaires secrets, sont restés pleinement transparentes et ouvertes à de nombreux observateurs internationaux. Les accusations russes sont donc de la pure désinformation.

ARMES NUCLEAIRES « TACTIQUES » ET RISQUE D’EMPLOI INCONTRÔLÉ

Selon la Fédération des Scientifiques américains (FAS), qui maintient les estimations les plus fiables de l’arsenal nucléaire russe, sur un inventaire total de 5 977 armes, apparaissent trois catégories d’armes :

Les armes dites stratégiques, à longue portée et à fort pouvoir de destruction, s’élevant à un total de 2 565 (lancées de missiles terrestres ou sous-marins ou de missiles air-sol et bombes aéroportées),

Les armes dites non stratégiques (ou « tactiques ») et défensives, à plus courte portée et pouvoir de destruction plus faible, estimées à 1 912 (lancées de bombardiers, missiles, bombes ou torpilles),

Les armes vouées au démantèlement, chiffrées à 1 500.

La principale caractéristique des armes dites non stratégiques est que, contrairement à quelque 1 588 armes stratégiques, elles ne sont pas considérées comme déployées. Ceci signifie que les ogives nucléaires sont stockées séparément de leurs vecteurs (missiles ou bombardiers) et qu’un déploiement de ces armes en vue de leur emploi dans une bataille nucléaire prendrait du temps – afin de permettre la vérification d’une alerte ou une négociation avec l’adversaire pour éviter l’escalade – et serait assez facilement détecté par les satellites d’observation. Pour leur part, les quelque 100 bombes à gravitation B-61 américaines entreposées dans des hangars de cinq pays membres de l’OTAN (Allemagne, Belgique, Italie, Pays-Bas, Turquie) sont considérées comme déployées car, même si elles ne sont pas déjà fixées sur les avions de combat, cette procédure pourrait intervenir rapidement et discrètement.

S’agissant de la puissance destructrice des armes nucléaires tactiques russes, elle s’échelonne entre quelques kilotonnes et 350 kt (pour mémoire, la bombe d’Hiroshima a dégagé une puissance de 15 kt).

Lorsque Poutine a ordonné la mise en alerte des forces russes de dissuasion le 27 février, l’un des signes qui auraient pu susciter l’inquiétude aurait été le déploiement des armes nucléaires non stratégiques. Apparemment, à ce stade, il n’en a rien été. C’est probablement ce qui a amené les dirigeants américains à annoncer que, de leur côté, aucun changement du niveau d’alerte n’était justifié. Tout au plus la porte-parole de la Maison-Blanche, Jen Paski, a-t-elle souligné qu’« une telle rhétorique provocatrice était dangereuse et aggravait le risque d’erreur de calcul. »

En effet, les principaux risques nucléaires liés aux armes tactiques résultent d’une combinaison de facteurs :

La délégation du pouvoir de déclencher un tir nucléaire : même si l’ordre de lancer une attaque nucléaire doit émaner du président russe, l’état-major de l’armée possède le contrôle physique du déverrouillage et des codes d’autorisation. L’état-major est donc capable de déclencher un lancement de missiles avec ou sans le feu vert du président soit directement à partir d’un centre de commandement soit après avoir délégué l’ordre de tir à des commandants de forces terrestres, aériennes ou sous-marines. L’idée est de conserver une capacité de lancement en cas de décapitation de la direction politique. Or, comme on l’a vécu pendant la guerre froide avec une douzaine de graves incidents, un système de contrôle décentralisé reposant sur le principe du « lancement sur alerte » (« launch on warning ») cumule les risques d’erreurs de calcul, de mauvaises interprétations ou d’initiatives intempestives.

Aux risques inhérents à une situation de conflit, fût-il indirect comme actuellement entre la Russie et l’OTAN, s’ajoutent les risques potentiels provenant des nouvelles technologies telles que la cyberguerre ou la guerre spatiale, comme expliqué dans l’étude récente d’IDN. On peut aisément imaginer ce qui pourrait se passer si des acteurs étatiques ou non étatiques pénétraient virtuellement des sites de commandement et contrôle des armes nucléaires ou des satellites d’observation ou de communication dont dépendent le commandement et le contrôle de ces armes. Les piètres performances de l’armée russe en Ukraine laissent craindre la vulnérabilité de ces sites et, entre autres, des tirs nucléaires non autorisés.

CONCLUSION : L’ARME NUCLÉAIRE AGGRAVE L’INSÉCURITÉ DU MONDE ET ASSURE L’IMPUNITÉ DES AGRESSEURS

La plupart des réactions gouvernementales ou des milieux de la recherche face à l’agression russe en Ukraine a consisté à affirmer que la dissuasion nucléaire avait fonctionné en protégeant les alliés des puissances nucléaires occidentales et à justifier l’augmentation des budgets militaires, y compris pour la modernisation des forces nucléaires. Le ministre français de l’Europe et des Affaires étrangère, Jean-Yves Le Drian a répondu aux menaces nucléaires russes par un avertissement : « L’Alliance atlantique est aussi une alliance nucléaire. » Alors que les dépenses militaires mondiales avaient déjà en 2021 crevé le plafond des 2 000 milliards de dollars, et en dépit de l’analyse des faiblesses militaires démontrées par Moscou, l’invasion russe a incité de nouveaux pays à encore augmenter leurs budgets d’armement et deux pays neutres, la Finlande et la Suède, à se placer sous parapluie nucléaire américain.

En réalité, comme souligné par Jean-Marie Collin, porte-parole d’ICAN, « on constate surtout que posséder une arme nucléaire est le meilleur moyen d’aller faire la guerre. Le fait que la Russie ait l’arme nucléaire dissuade les autres pays d’aider l’Ukraine, car il y a une peur du nucléaire. Le nucléaire est donc un facteur créateur de guerre. » Formulée différemment par un groupe d’experts, la question principale est : « la dissuasion nucléaire, voulue comme une protection, ne se révèle-t-elle pas plutôt une arme incitant celui qui en dispose à mener avec impunité tout type d’exactions, y compris sur des cibles civiles, comme à Marioupol et Boutcha ? »

Pour le philosophe Gaspar Koenig, « il est probable que Poutine, tout à ses fantasmes historiques, se voie comme le justicier de la Grande Russie. Quitte à anéantir la planète entière. Par ailleurs, comment ne pas craindre un ‘cygne noir’ atomique quant deux mille armes nucléaires sont à tout moment prêtes à l’emploi dans le monde, que l’escalade diplomatique et militaire peut rapidement devenir hors de contrôle, et que la responsabilité du déclenchement dépend peu ou prou d’un seul cerveau humain ? »

Autant de raisons pour renforcer la mobilisation en vue de l’élimination de toutes les armes nucléaires qui, loin de garantir la sécurité du monde, la menacent à chaque instant.

Pour information.

Plusieurs personnes, des amis, m’ont demandé pourquoi, sur ce blog JFi, je ne publie que si peu de textes concernant la guerre en Ukraine.

Naturellement, la gravité de la situation, la dimension des enjeux, la portée des stratégies mises en œuvre et les conséquences de cette guerre constituent un fait majeur qui va peser lourd dans l’évolution des relations internationales. Pour cette raison, j’ai décidé de travailler afin de pouvoir sortir plus tard une approche, une analyse, des idées et des informations originales… à la hauteur des questions posées. Probablement un nouveau livre.

Même s’il n’est pas simple d’écrire sur un événement de cette portée, et si complexe d’une guerre dont on ne voit pas encore la fin.

Merci à toutes celles et ceux, en France et bien au-delà, qui suivent mes écrits.

Jacques Fath

Le 6 mai 2022

For information…

Several people, friends, have asked me why, on this JFi blog, I publish so few texts concerning the war in Ukraine.

Naturally, the gravity of the situation, the dimension of the stakes, the scope of the strategies implemented and the consequences of this war constitute a major fact which will weigh heavily in the evolution of international relations. For this reason, I decided to work in order to be able to come out later with an approach, an analysis, ideas and original information… that would be up to the questions asked. Probably a new book.

Even if it is not easy to write about an event of this scope, and so complex of a war whose end we do not see yet.

Thank you to all those, in France and far beyond, who follow my writings.

Jacques Fath

May 6, 2022

Hommage à Dulcie September.

Il y avait beaucoup de monde hier soir dans la salle Jean Vilar, à Arcueil, pour l’hommage à Dulcie September, grande militante anti-apartheid et représentante de l’ANC en France de 1984 à 1988. Dulcie fut assassinée par les services du régime criminel et raciste de Pretoria, à Paris le 29 mars 1988. Cette soirée a permis de regarder et d’apprécier le film politiquement très fort et particulièrement émouvant d’Enver Samuel, son réalisateur. Avec Jacqueline Derens, Enver Samuel anima un débat de témoignages, de questions et de réflexions notamment sur le régime d’apartheid sud-africain et sur ses relations d’affaires et de complicités (y compris pour la défense et le nucléaire militaire) avec la France…Une soirée d’émotion et de leçons politiques pour les combats d’aujourd’hui. L’ambassadeur d’Afrique du Sud était présent à cette soirée. Merci aux organisateurs, à la Ville d’Arcueil, à Jacqueline Derens, et à toutes celles et ceux qui ont permis cet hommage qui nous rappelle une grande lutte de solidarité internationale.

DOCUMENT : Résolution sur l’agression russe en Ukraine, adoptée par l’Assemblée Générale des Nations-Unies.

L’Assemblée générale des Nations-Unies a adopté mercredi 2 mars 2022 une résolution sur l’agression commise par la Russie contre l’Ukraine. Cette résolution exige que la Russie retire immédiatement ses forces militaires du territoire ukrainien.

Le texte a été adopté par 141 votes pour, 5 votes contre (Russie, Bélarus, Érythrée, Corée du Nord et Syrie) et 35 abstentions. La résolution était parrainée par 96 États membres. Elle nécessitait une majorité des deux tiers pour être adoptée.

Liste des abstentions : Afrique du Sud, Algérie, Angola, Arménie, Bangladesh, Bolivie, Burundi, République Centrafricaine, Chine, Congo, Cuba, Guinée Équatoriale, Inde, Iran, Irak, Kazakhstan, Kirghizistan, Laos, Madagascar, Mali, Mongolie, Mozambique, Namibie, Nicaragua, Ouganda, Pakistan, Salvador, Sénégal, Sud Soudan, Sri Lanka, Soudan, Tadjikistan, Tanzanie, Vietnam, Zimbabwe.

TEXTE DE LA RÉSOLUTION :

Assemblée Générale

Onzième session extraordinaire d’urgence

Point 5 de l’ordre du jour

Agression contre l’Ukraine

L’Assemblée générale,

Réaffirmant l’importance primordiale de la Charte des Nations Unies pour la

promotion du respect de la légalité parmi les nations,

Rappelant que, en vertu de l’Article 2 de la Charte, tous les États sont tenus de

s’abstenir, dans leurs relations internationales, de recourir à la menace ou à l’emploi

de la force, soit contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique de tout État,

soit de toute autre manière incompatible avec les buts des Nations Unies, et de régler

leurs différends internationaux par des moyens pacifiques,

Rappelant également que, en vertu du paragraphe 2 de l’Article 2 de la Charte,

les Membres de l’Organisation, afin d’assurer à tous la jouissance des droits et

avantages résultant de leur qualité de Membre, doivent remplir de bonne foi les

obligations qu’ils ont assumées aux termes de la Charte,

Prenant note de la résolution 2623 (2022) du Conseil de sécurité en date du

27 février 2022, par laquelle celui-ci a convoqué une session extraordinaire d’urgence

de l’Assemblée générale pour examiner la question figurant dans le document publié

sous la cote S/Agenda/8979,

Rappelant sa résolution 377 A (V) du 3 novembre 1950, intitulée « L’union pour

le maintien de la paix », et considérant que l’absence d’unanimité parmi les membres

permanents du Conseil de sécurité lors de sa 8979e séance a empêché celui-ci

d’exercer sa responsabilité principale en matière de maintien de la paix et de la

sécurité internationales,

Rappelant également sa résolution 2625 (XXV) du 24 octobre 1970, par laquelle

elle a approuvé la Déclaration relative aux principes du droit international touchant

les relations amicales et la coopération entre les États conformément à la Charte des

Nations Unies, et réaffirmant les principes qui y sont énoncés, à savoir que le territoire

d’un État ne saurait faire l’objet d’une acquisition par un autre État à la suite du

recours à la menace ou à l’emploi de la force, et que toute action visant à rompre

partiellement ou totalement l’unité nationale, l’intégrité territoriale ou

l’indépendance politique d’un État ou d’un pays est incompatible avec les buts et les

principes de la Charte,

Rappelant en outre sa résolution 3314 (XXIX) du 14 décembre 1974, dans

laquelle elle a défini l’agression comme l’emploi de la force armée par un État contre

la souveraineté, l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique d’un autre État, ou

de toute autre manière incompatible avec la Charte,

Ayant à l’esprit qu’il importe de maintenir et de consolider la paix

internationale, qui repose sur la liberté, l’égalité, la justice et le respect des droits

humains, et de développer des relations amicales entre les nations, quel que soit leur

système politique, économique ou social ou leur niveau de développement,

Rappelant l’Acte final de la Conférence sur la sécurité et la coopération en

Europe, signé à Helsinki le 1er août 1975, et le Mémorandum concernant les garanties

de sécurité liées à l’adhésion de l’Ukraine au Traité sur la non-prolifération des armes

nucléaires (Mémorandum de Budapest) du 5 décembre 1994,

Condamnant la déclaration du 24 février 2022 dans laquelle la Fédération de

Russie a annoncé le lancement d’une « opération militaire spéciale » en Ukraine,

Réaffirmant que nulle acquisition territoriale obtenue par la menace ou l’emploi

de la force ne sera reconnue comme légale,

Se déclarant gravement préoccupée par les informations faisant état d’attaques

contre des établissements civils tels que des logements, des écoles et des hôpitaux,

ainsi que de victimes civiles, dont des femmes, des personnes âgées, des personnes

en situation de handicap et des enfants,

Constatant que les opérations militaires russes menées à l’intérieur du territoire

souverain de l’Ukraine auxquelles la communauté internationale assiste sont d’une

ampleur jamais vue en Europe depuis des décennies et considérant que des mesures

doivent être prises d’urgence pour sauver cette génération du fléau de la guerre,

Faisant sienne la déclaration du Secrétaire général en date 24 février 2022, dans

laquelle celui-ci a rappelé que l’emploi de la force par un pays contre un autre était

une répudiation des principes que tout pays s’était engagé à respecter et que

l’offensive militaire actuelle de la Fédération de Russie était contraire à la Charte des

Nations Unies,

Condamnant la décision de la Fédération de Russie d’augmenter le niveau de

préparation de ses forces nucléaires,

Se déclarant gravement préoccupée par la détérioration de la situation

humanitaire en Ukraine et aux alentours, qui se traduit par un accroissement du

nombre de déplacés et de réfugiés ayant besoin d’une aide humanitaire,

Se déclarant préoccupée également par le fait que le conflit pourrait exacerber

l’insécurité alimentaire à l’échelle planétaire, l’Ukraine et la région étant parmi les

plus gros exportateurs mondiaux de céréales et de produits agricoles, alors que des

millions de personnes sont en proie à la famine ou exposées à un risque immédiat de

famine ou à une grave insécurité alimentaire dans plusieurs régions du monde, et avoir

des répercussions sur la sécurité énergétique,

Se félicitant des efforts incessants que déploient le Secrétaire général,

l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe et d’autres organisations

internationales et régionales pour désamorcer la situation concernant l’Ukraine, et

encourageant la poursuite du dialogue,

1. Réaffirme son engagement envers la souveraineté, l’indépendance, l’unité

et l’intégrité territoriale de l’Ukraine à l’intérieur de ses frontières internationalement

reconnues, s’étendant à ses eaux territoriales ;

2. Déplore dans les termes les plus énergiques l’agression commise par la

Fédération de Russie contre l’Ukraine en violation du paragraphe 4 de l’Article 2 de

la Charte ;

3. Exige que la Fédération de Russie cesse immédiatement d’employer la

force contre l’Ukraine et s’abstienne de tout nouveau recours illicite à la menace ou

à l’emploi de la force contre tout État Membre ;

4. Exige également que la Fédération de Russie retire immédiatement,

complètement et sans condition toutes ses forces militaires du territoire ukrainien à

l’intérieur des frontières internationalement reconnues du pays ;

5. Déplore la décision prise le 21 février 2022 par la Fédération de Russie

concernant le statut de certaines zones des régions ukrainiennes de Donetsk et de

Louhansk, qui constitue une violation de l’intégrité territoriale et de la souveraineté

de l’Ukraine et contrevient aux principes de la Charte ;

6. Exige que la Fédération de Russie revienne immédiatement et sans

condition sur sa décision relative au statut de certaines zones des régions ukrainiennes

de Donetsk et de Louhansk ;

7. Demande à la Fédération de Russie de se conformer aux principes énoncés

dans la Charte et dans la Déclaration relative aux principes du droit international

touchant les relations amicales et la coopération entre les États conformément à la

Charte des Nations Unies ;

8. Exhorte les parties à respecter les accords de Minsk et à œuvrer de manière

constructive dans les cadres internationaux pertinents, notamment le format normand

et le Groupe de contact trilatéral, en vue de leur plein e application ;

9. Demande instamment à toutes les parties de permettre des voies de sortie

sûres et sans restrictions du territoire ukrainien et de faciliter l’acheminement rapide,

en toute sécurité et sans entrave, de l’aide humanitaire aux personnes qui en ont

besoin en Ukraine, de protéger les civils, notamment le personnel humanitaire et les

personnes en situation vulnérable, en particulier les femmes, les personnes âgées, les

personnes en situation de handicap, les peuples autochtones, les personnes migrantes

et les enfants, et de respecter les droits humains ;

10. Déplore que le Bélarus se soit associé à ce recours illégal à la force contre

l’Ukraine et lui demande de respecter ses obligations internationales ;

11. Condamne toutes les violations du droit international humanitaire, les

violations des droits humains et les atteintes à ces droits, et engage toutes les parties

à respecter strictement les dispositions applicables du droit international humanitaire,

notamment les Conventions de Genève de 1949 et le Protocole additionnel I de 1977

s’y rapportant , selon qu’il conviendra, et à respecter le droit international des droits

de l’homme, et, à cet égard, enjoint à toutes les parties de garantir le respect et la

protection de l’ensemble du personnel médical et des agents humanitaires dont

l’activité est d’ordre exclusivement médical, de leurs moyens de transport et de leur

matériel, ainsi que des hôpitaux et des autres installations médicales ;

12. Exige de toutes les parties qu’elles respectent pleinement les obligations

que leur impose le droit international humanitaire, à savoir bien veiller à épargner la

population civile et les biens de caractère civil, s’abstenir d’attaquer, de détruire,

d’enlever ou de mettre hors d’usage des biens indispensables à la survie de la

population civile, et respecter et protéger le personnel humanitaire et les articles

destinés aux opérations de secours humanitaire ;

13. Prie le Coordonnateur des secours d’urgence de fournir, 30 jours après

l’adoption de la présente résolution, un rapport sur la situation humanitaire en Ukraine

et sur l’action humanitaire ;

14. Demande instamment que le conflit entre la Fédération de Russie et

l’Ukraine soit immédiatement réglé de manière pacifique par le dialogue, la

négociation, la médiation et d’autres moyens pacifiques ;

15. Se félicite des efforts soutenus déployés par le Secrétaire général, les États

Membres, l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe et d’autres

organisations internationales et régionales pour désamorcer la situation actuelle, ainsi

que des mesures prises par l’Organisation des Nations Unies, notamment par le

Coordonnateur des Nations Unies pour la crise en Ukraine, et par les organisations

humanitaires pour intervenir face à la crise humanitaire et à la crise des réfugiés

engendrées par l’agression de la Fédération de Russie, et encourage la poursuite de

ces efforts ;

16. Décide d’ajourner à titre provisoire sa onzième session extraordinaire

d’urgence et d’autoriser son président à la rouvrir à la demande des États Membres.

***

TEXTE EN ANGLAIS :

Aggression against Ukraine

The General Assembly,

Reaffirming the paramount importance of the Charter of the United-Nations in

the promotion of the rule of law among nations,

Recalling the obligation of all States under Article 2 of the Charter to refrain in

their international relations from the threat or use of force against the territorial

integrity or political independence of any State, or in any other manner inconsistent

with the purposes of the United-Nations, and to settle their international disputes by

peaceful means,

Recalling also the obligation under Article 2 (2) of the Charter, that all

Members, in order to ensure to all of them the rights and benefits resulting from

membership, shall fulfil in good faith the obligations assumed by them in accordance

with the Charter,

Taking note of Security Council resolution 2623 (2022) of 27 February 2022, in

which the Council called for an emergency special session of the General Assembly

to examine the question contained in document S/Agenda/8979,

Recalling General Assembly resolution 377 A (V) of 3 November 1950, entitled

“Uniting for peace”, and taking into account that the lack of unanimity of the

permanent members of the Security Council at its 8979th meeting has prevented it

from exercising its primary responsibility for the maintenance of international peace

and security,

Recalling also its resolution 2625 (XXV) of 24 October 1970, in which it

approved the Declaration on Principles of International Law concerning Friendly

Relations and Cooperation among States in accordance with the Charter of the United

Nations, and reaffirming the principles contained therein that the territory of a State

shall not be the object of acquisition by another State resulting from the threat or use

of force, and that any attempt aimed at the partial or total disruption of the national

unity and territorial integrity of a State or country or at its political independence is

incompatible with the purposes and principles of the Charter,

Recalling further its resolution 3314 (XXIX) of 14 December 1974, which

defines aggression as the use of armed force by a State against the sovereignty,

territorial integrity or political independence of another State, or in any other manner

inconsistent with the Charter,

Bearing in mind the importance of maintaining and strengthening international

peace founded upon freedom, equality, justice and respect for human rights and of

developing friendly relations among nations irrespective of their political, economic

and social systems or the levels of their development,

Recalling the Final Act of the Conference on Security and Cooperation in Europe,

signed in Helsinki on 1 August 1975, and the Memorandum on Security Assurances in

Connection with Ukraine’s Accession to the Treaty on the Non-Proliferation of Nuclear

Weapons (Budapest Memorandum) of 5 December 1994,

Condemning the 24 February 2022 declaration by the Russian Federation of a

“special military operation” in Ukraine,

Reaffirming that no territorial acquisition resulting from the threat or use of

force shall be recognized as legal,

Expressing grave concern at reports of attacks on civilian facilities such as

residences, schools and hospitals, and of civilian casualties, including women, older

persons, persons with disabilities, and children,

Recognizing that the military operations of the Russian Federation inside the

sovereign territory of Ukraine are on a scale that the international commu nity has not

seen in Europe in decades and that urgent action is needed to save this generation

from the scourge of war,

Endorsing the Secretary-General’s statement of 24 February 2022 in which he

recalled that the use of force by one country against anot her is the repudiation of the

principles that every country has committed to uphold and that the present military

offensive of the Russian Federation is against the Charter,

Condemning the decision of the Russian Federation to increase the readiness of

its nuclear forces,

Expressing grave concern at the deteriorating humanitarian situation in and

around Ukraine, with an increasing number of internally displaced persons and

refugees in need of humanitarian assistance,

Expressing concern also about the potential impact of the conflict on increased

food insecurity globally, as Ukraine and the region are one of the world’s most

important areas for grain and agricultural exports, when millions of people are facing

famine or the immediate risk of famine or are experiencing severe food insecurity in

several regions of the world, as well as on energy security,

Welcoming the continued efforts by the Secretary-General and the Organization

for Security and Cooperation in Europe and other international and regional

organizations to support de-escalation of the situation with respect to Ukraine, and

encouraging continued dialogue,

1. Reaffirms its commitment to the sovereignty, independence, unity and

territorial integrity of Ukraine within its internationally recogni zed borders,

extending to its territorial waters;

2. Deplores in the strongest terms the aggression by the Russian Federation

against Ukraine in violation of Article 2 (4) of the Charter;

3. Demands that the Russian Federation immediately cease its use of force

against Ukraine and to refrain from any further unlawful threat or use of force against

any Member State;

4. Also demands that the Russian Federation immediately, completely and

unconditionally withdraw all of its military forces from the territory of Ukraine within

its internationally recognized borders;

5. Deplores the 21 February 2022 decision by the Russian Federation related

to the status of certain areas of the Donetsk and Luhansk regions of Ukraine as a

violation of the territorial integrity and sovereignty of Ukraine and inconsistent with

the principles of the Charter;

6. Demands that the Russian Federation immediately and unconditionally

reverse the decision related to the status of certain areas of the Donetsk and Luhansk

regions of Ukraine;

7. Calls upon the Russian Federation to abide by the principles set forth in

the Charter and the Declaration on Friendly Relations;

8. Calls upon the parties to abide by the Minsk agreements and to work

constructively in relevant international frameworks, including in the Normandy

format and Trilateral Contact Group, towards their full implementation;

9. Demands all parties to allow safe and unfettered passage to destinations

outside of Ukraine and to facilitate the rapid, safe and unhindered access to

humanitarian assistance for those in need in Ukraine, to protect civilians, including

humanitarian personnel and persons in vulnerable situations, including women, older

persons, persons with disabilities, indigenous peoples, migrants and children, and to

respect human rights;

10. Deplores the involvement of Belarus in this unlawful use of force against

Ukraine, and calls upon it to abide by its international obligations;

11. Condemns all violations of international humanitarian law and violations

and abuses of human rights, and calls upon all parties to respect strictly the relevant

provisions of international humanitarian law, including the Genev a Conventions of

19492 and Additional Protocol I thereto of 1977, as applicable, and to respect

international human rights law, and in this regard further demands that all parties

ensure respect for and the protection of all medical personnel and humanitarian

personnel exclusively engaged in medical duties, their means of transport and

equipment, as well as hospitals and other medical facilities;

12. Demands that all parties fully comply with their obligations under

international humanitarian law to spare the civilian population, and civilian objects,

refraining from attacking, destroying, removing or rendering useless objects

indispensable to the survival of the civilian population, and respecting and protecting

humanitarian personnel and consignments used for humanitarian relief operations;

13. Requests the Emergency Relief Coordinator to provide, 30 days after the

adoption of the present resolution, a report on the humanitarian situation in Ukraine

and on the humanitarian response;

14. Urges the immediate peaceful resolution of the conflict between the

Russian Federation and Ukraine through political dialogue, negotiations, mediation

and other peaceful means;

15. Welcomes and urges the continued efforts by the Secretary-General,

Member States, the Organization for Security and Cooperation in Europe and other

international and regional organizations to support the de-escalation of the current

situation, as well as the efforts of the United-Nations, including of the United Nations

Crisis Coordinator for Ukraine, and humanitarian organizations to respond to the

humanitarian and refugee crisis that the aggression by the Russian Federation has

created;

16. Decides to adjourn the eleventh emergency special session of the General

Assembly temporarily and to authorize the President of the General Assembly to

resume its meetings upon request from Member States.

DOCUMENT : Intervention de Vladimir Poutine, 21 février 2022.

Je publie ci-dessous le texte intégral de l’intervention de Vladimir Poutine du 21 février 2022. Ce long discours télévisé vise à justifier la politique mise en oeuvre aujourd’hui par le Président de la Fédération de Russie, d’où son intérêt documentaire. La publication de ce texte, évidemment, ne constitue en rien une approbation des décisions de Vladimir Poutine, et certainement pas de l’offensive militaire actuelle en Ukraine. Le texte de cette intervention, repris ici, est issu de sa diffusion par La Revue Politique et Parlementaire (24 février 2022, traduction par Gaël-Georges Moullec). Le quotidien Ouest France, sur le blog de Laurent Marchand, journaliste et Rédacteur en chef en charge de l’international, en a aussi publié un verbatim (22 février 2022).

Après une journée qui a vu la tenue en direct à la télévision d’une session du Conseil de sécurité, le président russe Vladimir Poutine a annoncé que la Russie reconnaissait les Républiques autoproclamées de Donetsk et de Lougansk. Cette reconnaissance a été immédiatement suivie par la signature d’un accord d’Amitié, de coopération et d’aide mutuelle entre la Russie et les deux républiques. A la base de ces accords, les décrets n°71 et 72 du président de la Fédération de Russie, ordonnent au ministère russe de la Défense que les Forces Armées de la Russie assument « des fonctions de maintien de la paix » sur les territoires des Républiques populaires de Donetsk et Lougansk. Alors que les troupes russes prennent position sur ces nouveaux territoires, il est clair que le Rubicon a été franchi par le président russe.

La Revue Politique et Parlementaire est la première publication française à vous proposer la traduction de la totalité de l’intervention du chef de l’état russe prononcée à la télévision le soir du 21 février 2022 pour expliquer sa décision. Ce texte est important car il permet de disposer dans leur exhaustivité des éléments de justification du point de vue de Moscou d’une intervention qui, aujourd’hui, remet clairement en question les accords de Minsk signés en 2014.

L’importance du moment fait déjà de cette intervention un Document d’Histoire.

V.Poutine : « Chers citoyens de Russie ! Chers amis !

Le sujet de mon discours concerne les événements en Ukraine et pourquoi cette question est si importante pour nous, pour la Russie. Bien entendu, mon adresse s’adresse également à nos compatriotes d’Ukraine. Je vais devoir parler longuement et en détail. La question est très sérieuse.

La situation dans le Donbass est redevenue critique et aiguë. Et aujourd’hui, je m’adresse directement à vous, non seulement pour faire le point sur ce qui se passe, mais aussi pour vous informer des décisions qui sont prises et des éventuelles étapes ultérieures dans cette direction.

Je tiens à souligner une fois de plus que l’Ukraine n’est pas pour nous un simple pays voisin. Elle fait partie intégrante de notre propre histoire, de notre culture et de notre espace spirituel. Il s’agit de nos amis, de nos parents, non seulement de nos collègues, amis et anciens collègues de travail, mais aussi de nos parents et des membres de notre famille proche.

Depuis les temps anciens, les habitants des terres historiques du sud-ouest de l’ancienne Russie se sont appelés Russes et orthodoxes. Il en était ainsi avant le XVIIe siècle, lorsqu’une partie de ces territoires a été réunifiée avec l’État russe, et après.

Il nous semble qu’en principe, nous sommes tous au courant, que nous parlons de faits connus. Toutefois, pour comprendre ce qui se passe aujourd’hui, pour expliquer les motifs des actions de la Russie et les objectifs que nous nous sommes fixés, il est nécessaire de dire au moins quelques mots sur l’histoire de la question.

Permettez-moi donc de commencer par le fait que l’Ukraine moderne a été entièrement créée par la Russie, ou plus précisément, par la Russie bolchevique et communiste. Le processus a commencé presque immédiatement après la révolution de 1917, et Lénine et ses compagnons d’armes l’ont fait d’une manière très brutale pour la Russie elle-même – par la sécession, en arrachant des parties des territoires historiques de la Russie. Personne, bien sûr, n’a demandé quoi que ce soit aux millions de personnes qui y vivaient.

Puis, à la veille et après la Grande Guerre patriotique, Staline a ajouté à l’Union soviétique et transféré à l’Ukraine des terres qui appartenaient auparavant à la Pologne, à la Roumanie et à la Hongrie. En guise de compensation, Staline a donné à la Pologne certaines de ses terres allemandes ancestrales et, en 1954, Khrouchtchev, on ne sait pourquoi, a pris la Crimée à la Russie et l’a également donnée à l’Ukraine. En fait, c’est ainsi que s’est formé le territoire de l’Ukraine soviétique.

Mais je veux maintenant accorder une attention particulière à la période initiale de la création de l’URSS. Je pense que c’est très important pour nous. Nous devrons, comme on dit, partir de loin.

Permettez-moi de vous rappeler qu’après la révolution d’octobre 1917 et la guerre civile qui a suivi, les bolcheviks ont commencé à construire un nouvel État bien qu’il y ait de nombreux désaccords entre eux. Staline, qui cumule en 1922 les fonctions de secrétaire général du Comité central du PCR(b) et de commissaire du peuple pour les nationalités, propose de construire le pays sur les principes de l’autonomisation, c’est-à-dire de donner aux républiques – les futures unités administratives-territoriales – de larges pouvoirs au fur et à mesure de leur adhésion à l’État unifié.

Lénine critique ce plan et propose de faire des concessions aux nationalistes, comme il les appelle à l’époque – les « indépendants ». Ce sont les idées de Lénine sur une structure étatique essentiellement confédérative et sur le droit des nations à l’autodétermination jusqu’à la sécession qui ont constitué le fondement de l’État soviétique : d’abord en 1922, elles ont été consacrées dans la Déclaration sur l’Union des républiques socialistes soviétiques, puis, après la mort de Lénine, dans la Constitution de l’URSS de 1924.

Dès là de nombreuses questions se posent immédiatement. Et la première d’entre elles, la principale : pourquoi était-il nécessaire de satisfaire, sans compter, les ambitions nationalistes sans cesse croissantes aux confins de l’ancien empire ? Transférer d’immenses territoires, souvent sans lien entre eux, à des unités administratives nouvellement créées, et souvent formées de manière arbitraire – les Républiques de l’Union. Je répète, les territoires transférés l’ont été avec la population de la Russie historique [qui y habitait].

De plus, dans les faits, ces unités administratives ont reçu le statut et une forme d’entités étatiques nationales. Je me demande une fois de plus : pourquoi fallait-il faire des cadeaux aussi généreux, dont ils n’avaient même pas rêvé, aux nationalistes les plus ardents, tout comme pourquoi donner aux Républiques le droit de se séparer de l’État unifié sans aucune condition ?

À première vue, ça n’a pas de sens, c’est une folie. Mais ce n’est qu’à première vue. Il y a une explication. Après la révolution, la tâche principale des bolcheviks était de conserver le pouvoir à tout prix, précisément à tout prix. Pour cela, ils étaient capables de tout : les conditions humiliantes du traité de Brest, à une époque où l’Allemagne du Kaiser et ses alliés se trouvaient dans une situation militaire et économique des plus difficiles, à un moment où l’issue de la Première Guerre mondiale était en fait prédéterminée, cela pour satisfaire aux demandes, à tous les désirs des nationalistes à l’intérieur du pays.

Du point de vue du destin historique de la Russie et de ses peuples, les principes léninistes de construction de l’État n’étaient pas seulement une erreur, c’était, comme on dit, bien pire qu’une erreur. Après l’effondrement de l’URSS en 1991, cela est devenu parfaitement clair.

Bien sûr, les événements du passé ne peuvent être modifiés, mais nous devons pour le moins en parler directement et honnêtement, sans aucune réserve et sans aucune coloration politique. Je ne peux qu’ajouter, en ce qui me concerne, que des considérations sur une situation politique conjoncturelle, aussi effective et avantageuses qu’elles puissent paraître à un moment donné, ne doivent et ne peuvent en aucun cas constituer la base sur laquelle repose les principes fondamentaux de l’État.

Je n’accuse personne de quoi que ce soit maintenant, la situation du pays à l’époque et après la guerre civile, ou encore à la veille de celle-ci, était incroyablement difficile, critique. Tout ce que je veux dire aujourd’hui, c’est que c’était comme ça. C’est un fait historique. En fait, comme je l’ai déjà dit, la politique bolchevique a abouti à l’émergence de l’Ukraine soviétique, qui, encore aujourd’hui, peut être appelée à juste titre « L’Ukraine de Vladimir Lénine ». Il en est l’auteur et l’architecte. Cela est totalement confirmé par les documents d’archives, y compris les directives strictes de Lénine sur le Donbass, qui a été littéralement encastré au sein de l’Ukraine. Et maintenant, de » reconnaissants descendants » [de cette Ukraine] démolissent les monuments à Lénine. Ils appellent cela la « décommunisation ».

Vous en voulez de la décommunisation ? Eh bien, ça nous convient parfaitement. Mais nous ne nous arrêtons pas à mi-chemin. Nous sommes prêts à vous montrer ce que signifie pour l’Ukraine une véritable décommunisation.

Pour en revenir à l’histoire de la question, je répéterai qu’en 1922, l’URSS a été formée sur le territoire de l’ancien Empire russe. Mais la vie elle-même a immédiatement montré qu’il était tout simplement impossible de maintenir un territoire aussi vaste et complexe, ni de le gouverner en se basant sur les principes amorphes, de facto confédéraux [qui étaient]proposés. Ils étaient complètement déconnectés de la réalité et de la tradition historique.

Il est logique que la Terreur rouge, une transition rapide vers une dictature stalinienne, la domination de l’idéologie communiste et le monopole du parti communiste sur le pouvoir, les nationalisations et la planification de l’économie nationale – tout cela a transformé en pratique les principes déclarés mais inapplicables de l’État en une déclaration vide de sens en une simple. En réalité, les Républiques de l’Union[soviétique] n’avaient aucun droit souverain, ils n’existaient tout simplement pas. Dans la pratique, un État strictement centralisé et totalement unitaire a été créé.

En fait dans la pratique Staline a pleinement réalisé non pas les idées de Lénine, mais ses propres idées sur l’État. Cependant, il apporté aucune modification pertinente pertinents dans les documents fondamentaux ; dans la Constitution du pays, il n’a pas révisé formellement les principes léninistes proclamés lors de la naissance de l’URSS. Cela semblait alors inutile – tout fonctionnait sous le régime totalitaire, et extérieurement, il semblait beau, attrayant et même ultra-démocratique.

Et pourtant, il est dommage que les bases fondamentales, formellement légales, sur lesquelles tout notre État a été construit n’aient pas été rapidement expurgées des fantaisies odieuses et utopiques inspirées par la révolution, mais absolument destructrices pour tout pays normal. Mais personne ne pensait à l’avenir, comme cela a souvent été le cas dans notre pays.

Les dirigeants du parti communiste semblaient être convaincus qu’ils avaient réussi à former un système de gouvernement solide, qu’ils avaient finalement résolu la question nationale grâce à leurs politiques. Mais la falsification, la substitution des concepts, la manipulation de la conscience publique et la tromperie ont été coûteuses. Le bacille de l’ambition nationaliste n’avait pas disparu, et la bombe initiale qui avait été posée pour miner l’immunité de l’État contre la contagion du nationalisme n’attendait que son heure soit venue. Une telle bombe, je le répète, était le droit de sortir de l’URSS.

Au milieu des années 80, dans un contexte de problèmes socio-économiques croissants et de crise évidente de l’économie planifiée, la question nationale, dont l’essence n’est pas une quelconque attente et aspiration non satisfaite des peuples de l’Union, mais surtout l’appétit croissant des élites locales, devient de plus en plus pressante.

Cependant, la direction du PCUS, au lieu d’analyser en profondeur la situation, de prendre des mesures adéquates, en premier lieu dans l’économie, et d’effectuer une transformation graduelle, réfléchie et délibérée du système politique et de la structure de l’État, s’est limitée à un verbiage pur et simple sur la restauration du principe léniniste d’autodétermination.

De plus, alors que la lutte pour le pouvoir se déroulait au sein même du parti communiste, chacun des camps opposés a commencé à stimuler, encourager et jouer inconsidérément sur le sentiment nationaliste, promettant à ses partisans potentiels tout et n’importe quoi. Au milieu des bavardages superficiels et populistes à propos de la démocratie et d’un avenir radieux construit soit sur la base d’une économie de marché, soit sur une économie planifiée, mais dans des conditions d’appauvrissement réel et de déficit total, le pouvoir n’a jamais pensé aux inévitables conséquences tragiques pour le pays.

Puis le pouvoir a suivi un chemin bien tracé visant à la satisfaction des ambitions des élites nationalistes, nourries dans les rangs de leur propre parti, oubliant que le PCUS n’avait plus, et Dieu merci, les instruments indispensables pour garder le pouvoir et le pays lui-même. [Ces instruments étant] la terreur d’État et une dictature de type stalinien. Et cela au moment même où le fameux rôle de leader du parti, tel un brouillard matinal, disparaissait sous leurs yeux.

En septembre 1989, le plénum du Comité central du PCUS a adopté un document fatidique – la soi-disant « politique des nationalités du Parti dans les conditions modernes » qui constitue la plate-forme du PCUS. Elle contenait les dispositions suivantes : « Les républiques de l’Union ont tous les droits correspondant à leur statut d’États socialistes souverains.

Autre point : « Les organes représentatifs suprêmes des républiques de l’Union peuvent faire appel et suspendre les décrets et ordonnances du gouvernement de l’Union sur leurs territoires ».

Enfin : « Chaque république de l’Union dispose de sa propre citoyenneté, qui s’applique à tous ses habitants ».

N’était-il pas évident de savoir à quoi mèneraient de telles formulations et décisions ?

Ce n’est ni le lieu ni le moment d’aborder des questions de droit étatique ou constitutionnel, de définir la notion même de citoyenneté. Mais la question se pose quand même : dans ces circonstances déjà difficiles, pourquoi fallait-il ébranler le pays de cette manière ? Les faits restent des faits.

Deux ans avant l’effondrement de l’URSS, son sort était déjà pratiquement scellé. Maintenant ce sont les radicaux et les nationalistes, y compris et surtout en Ukraine, qui s’attribuent le mérite d’avoir conquis leur l’indépendance. Comme nous pouvons le constater, ce n’est pas le cas. L’effondrement de notre pays un et indivisible a été causé par les erreurs historiques et stratégiques des dirigeants bolcheviques, par la direction du PCUS, commises à différents moments de la construction de l’État, de la politique économique et de la politique des nationalités. L’effondrement de la Russie historique appelée alors URSS est à mettre sur leur conscience.

Malgré toutes ces injustices, ces tromperies et le vol pur et simple commis contre la Russie, notre peuple, précisément le peuple, a reconnu les nouvelles réalités géopolitiques apparus après l’effondrement de l’URSS et a reconnu les nouveaux États indépendants. Et ce n’est pas tout : la Russie elle-même, qui se trouvait dans une situation très difficile à l’époque, a aidé ses partenaires de la CEI, y compris ses collègues ukrainiens, dont les demandes de soutien matériel ont commencé à affluer immédiatement après la déclaration d’indépendance. Et notre pays a apporté ce soutien dans le respect de la dignité et de la souveraineté de l’Ukraine.

Selon les estimations des experts, qui sont confirmées par un simple calcul de nos prix de l’énergie, du volume des prêts préférentiels, les préférences économiques et commerciales que la Russie a accordés à l’Ukraine, se sont montées à un bénéfice total pour le budget de l’Ukraine, entre 1991 et 2013, à environ 250 milliards de dollars.

Mais c’est loin d’être tout. À la fin de 1991, les obligations de l’URSS envers les pays étrangers et les fonds internationaux s’élevaient à environ 100 milliards de dollars. Et initialement, il était supposé que ces prêts seraient remboursés par toutes les anciennes républiques soviétiques de manière solidaire, proportionnellement à leur potentiel économique. Cependant, la Russie a repris la totalité de la dette soviétique et l’a remboursée intégralement. Elle a finalement achevé ce processus en 2017.

En contrepartie, les nouveaux États indépendants devaient renoncer à certains de leurs avoirs de l’époque soviétique présents à l’étranger. Des accords en ce sens ont été conclus avec l’Ukraine en décembre 1994. Toutefois, Kiev n’a pas ratifié ces accords et, plus tard, a tout simplement refusé de les mettre en œuvre, revendiquant le fonds diamantaire, la réserve d’or ainsi que des biens et d’autres actifs anciennement soviétiques à l’étranger.

Et pourtant, malgré les problèmes bien connus, la Russie a toujours coopéré avec l’Ukraine de manière ouverte, honnête et, je le répète, dans le respect des intérêts de ce pays. Nos liens se sont développés dans divers domaines. Par exemple, en 2011, le chiffre d’affaires du commerce bilatéral a dépassé 50 milliards de dollars. Je dois noter que le volume des échanges commerciaux de l’Ukraine avec tous les pays de l’Union européenne en 2019, c’est-à-dire même avant la pandémie, était inférieur à ce chiffre.

Dans le même temps, il est frappant de constater que les autorités ukrainiennes préféraient agir de manière à bénéficier de tous les droits et avantages dans leurs relations avec la Russie, mais sans contracter aucune obligation.

Au lieu d’un partenariat, c’est l’oisiveté qui a prévalu, laquelle a parfois pris un caractère absolument cavalier de la part des autorités officielles de Kiev. Il suffit de se souvenir du chantage permanent dans le domaine du transit énergétique et du vol criant de [notre] gaz.

J’ajouterai que Kiev a essayé d’utiliser le dialogue avec la Russie comme un prétexte pour négocier avec l’Occident, en le faisant chanter sous la menace de se rapprocher de Moscou, tout cela en tentant d’obtenir des avantages pour son compte ; sinon l’influence russe en Ukraine grandirait.

Dans le même temps, les autorités ukrainiennes ont commencé, et je tiens à le souligner, dès les premiers pas, à construire leur État sur la négation de tout ce qui nous unit. Ces autorités ont cherché à déformer la conscience et la mémoire historique de millions de personnes, de générations entières vivant en Ukraine. Il n’est pas surprenant que la société ukrainienne ait été confrontée à la montée d’un nationalisme extrême, qui a rapidement pris la forme d’une russophobie agressive et d’un néonazisme. D’où l’implication des nationalistes et des néonazis ukrainiens dans les bandes terroristes du Caucase du Nord et leurs revendications territoriales de plus en plus vives à l’encontre de la Russie.

Un rôle a aussi été joué par de forces extérieures, qui ont utilisé un vaste réseau d’ONG et de services secrets pour cultiver leur clientèle en Ukraine et promouvoir leurs représentants au pouvoir.

Il est également important de comprendre que l’Ukraine n’a jamais eu une tradition réelle pour un véritable État. Depuis 1991, elle a suivi la voie d’une copie mécanique des modèles étrangers, détachée à la fois de l’histoire et des réalités ukrainiennes. Les institutions politiques de l’État ont été constamment remaniées pour convenir aux clans qui se formaient rapidement, avec leurs propres intérêts égoïstes qui n’ont rien à voir avec les intérêts du peuple ukrainien.

L’objectif du soi-disant choix de civilisation pro-occidental du gouvernement oligarchique ukrainien n’était et n’est pas de créer de meilleures conditions pour le bien-être de la population, mais plutôt de servir servilement les rivaux géopolitiques de la Russie en conservant les milliards de dollars volés aux Ukrainiens et cachés par les oligarques sur des comptes bancaires occidentaux.

Certains groupes financiers industriels, les partis et les hommes politiques qu’ils ont pris en charge se sont d’abord appuyés sur les nationalistes et les radicaux. D’autres groupe se sont félicités d’avoir en apparence de bonnes relations avec la Russie, de maintenir une diversité culturelle et linguistique et sont ainsi parvenus au pouvoir grâce aux votes des citoyens qui soutenaient de tout cœur ces aspirations, y compris des millions de personnes dans le sud-est du pays. Mais une fois en poste, ces groupes ont immédiatement trahi leurs électeurs, abandonné leurs promesses de campagne et mis en œuvre des politiques sous la pression des radicaux, poursuivant parfois leurs anciens alliés – les organisations de la société civile qui prônaient le bilinguisme et la coopération avec la Russie. Ces groupes ont profité du fait que les personnes qui les soutenaient étaient, en règle générale, respectueuses de la loi, modérées dans leurs opinions, habituées à faire confiance aux autorités, et contrairement aux radicaux, ne montraient pas d’agressivité et ne recouraient pas à des actions illégales.

Les radicaux, à leur tour, deviennent insolents et leurs griefs augmentent d’année en année. Ils leur a été facile d’imposer à plusieurs reprises leur volonté à un gouvernement faible, lui-même infecté par le virus du nationalisme et de la corruption, et ont habilement substitué aux véritables intérêts culturels, économiques et sociaux du peuple et à la souveraineté réelle de l’Ukraine toutes sortes de spéculations sur des questions nationales et des signes extérieurs d’appartenance ethnique.

L’Ukraine ne connaît d’État stable. Les procédures politiques et électorales ne servent que de couverture, d’écran pour la redistribution du pouvoir et des biens entre les différents clans oligarchiques.

La corruption, qui est sans aucun doute un défi et un problème pour de nombreux pays, y compris la Russie, a pris un caractère particulier en Ukraine. Elle a littéralement imprégné, corrodé l’État ukrainien, l’ensemble du système, toutes les branches du pouvoir. Les radicaux ont profité du mécontentement justifié des gens, ont utilisé la contestation et ont transformé en 2014 les manifestations de Maïdan à un coup d’État. Ce faisant, ils ont reçu une aide directe des pays étrangers. Le soutien matériel de l’ambassade des États-Unis au soi-disant camp de protestation sur la place de l’Indépendance à Kiev se serait élevé à un million de dollars par jour. D’autres sommes très importantes ont été transférées sans vergogne directement sur les comptes bancaires des dirigeants de l’opposition. Et nous parlons ici de dizaines de millions de dollars. Mais combien d’argent ont réellement reçu les personnes blessées, les familles de ceux qui sont morts dans les affrontements provoqués dans les rues et sur les places de Kiev et d’autres villes ? Il est préférable de ne pas poser de questions à ce sujet.

Les radicaux qui avaient pris le pouvoir ont organisé la persécution, une véritable terreur contre ceux qui s’élevaient contre leurs actions anticonstitutionnelles. Les politiciens, les journalistes et les personnalités publiques ont fait l’objet de moqueries et d’humiliations publiques. Les villes ukrainiennes ont été submergées par une vague de pogroms et de violence, une série de meurtres bruyants et impunis ont été commis. On ne peut s’empêcher de frémir devant la terrible tragédie d’Odessa, où des manifestants pacifiques ont été brutalement assassinés et brûlés vifs dans la Maison des syndicats. Les criminels qui ont commis ces atrocités n’ont pas été punis et personne ne les recherche. Mais nous connaissons leurs noms et nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour les punir, les retrouver et les traduire en justice.

Maïdan n’a pas rapproché l’Ukraine de la démocratie et du progrès. Avec le coup d’État, les nationalistes et les forces politiques qui les soutenaient ont finalement bloqué la situation et poussé l’Ukraine dans l’abîme de la guerre civile. Huit ans après ces événements, le pays est divisé. L’Ukraine connaît une crise socio-économique aiguë.

Selon les organisations internationales, en 2019, près de six millions d’Ukrainiens, je souligne, environ 15 %, de toute la population et pas seulement de celle en âge de travailler, ont été contraints de partir à l’étranger à la recherche d’un emploi. Et souvent, en règle générale, pour des emplois occasionnels et non qualifiés. Le fait suivant est également indicatif : depuis 2020, plus de 60 000 médecins et autres soignants ont quitté le pays et cela dans le contexte de la pandémie.

Depuis 2014, les tarifs de l’eau ont augmenté de près d’un tiers, l’électricité de plusieurs fois et le gaz domestique de plusieurs dizaines de fois. De nombreuses personnes n’ont tout simplement pas l’argent nécessaire pour payer leurs charges ; elles sont littéralement contraintes à survivre.

Que s’est-il passé ? Pourquoi tout cela arrive-t-il ? La réponse est évidente : parce que la dote reçue non seulement de l’ère soviétique, mais aussi de l’Empire russe, a été dilapidée et empochée par certains. Des dizaines et des centaines de milliers d’emplois, qui procuraient aux gens un revenu stable et faisaient rentrer des impôts notamment grâce à l’étroite coopération avec la Russie, ont été perdus. Des branches industries telles que la construction de machines, la fabrication d’instruments, l’électronique, la construction navale et la construction aéronautique sont soit mal en point, soit détruites, alors qu’elles faisaient la fierté non seulement de l’Ukraine, mais aussi de toute l’Union soviétique.

En 2021, le chantier naval de la mer Noire à Nikolaïev, où les premiers chantiers navals ont été construits à l’époque de Catherine la Grande, a été liquidé. Le célèbre konzern« Antonov » n’a pas produit un seul avion de série depuis 2016, et l’usine « Yuzhmash », spécialisée dans la production de fusées et d’équipements spatiaux, est au bord de la faillite, tout comme l’aciérie de Krementchouk. Cette triste liste pourrait s’allonger encore et encore.

Quant au système de transport du gaz, construit par toute l’Union soviétique, il est tellement délabré que son exploitation comporte de grands risques et des coûts environnementaux.

Et cela soulève la question suivante : la pauvreté, le désespoir et la perte de capacité industrielle et technologique constituent-ils ce choix de civilisation pro-occidental qui trompe des millions de personnes depuis de nombreuses années en leur promettant le paradis ?

En fait, on en est arrivé à un point où l’effondrement de l’économie ukrainienne s’accompagne d’un vol pur et simple de ses citoyens. Cela alors que l’Ukraine elle-même simplement été placée sous direction étrangère. Une telle direction provient non seulement des ordres des capitales occidentales, mais aussi sur le terrain, par le biais de tout un réseau de conseillers étrangers, d’ONG et d’autres institutions déployées en Ukraine. Ces réseaux ont une influence directe sur toutes les grandes décisions concernant la composition, toutes les structures et les banches du gouvernement, du niveau central au niveau municipal, sur les principales entreprises et sociétés d’État, notamment Naftogaz, Ukrenergo, les chemins de fer ukrainiens, Ukroboronprom, Ukrposhta et l’administration des ports maritimes ukrainiens.

Il n’y a tout simplement pas de tribunal indépendant en Ukraine. À la demande de l’Occident, les autorités de Kiev ont accordé aux représentants des organisations internationales un droit de priorité pour la sélection des membres des plus hautes instances judiciaires – le Conseil de justice et la Commission de qualification des juges.

En outre, l’ambassade des États-Unis contrôle directement l’Agence nationale pour la prévention de la corruption, le Bureau national de lutte contre la corruption, le Bureau du procureur spécialisé dans la lutte contre la corruption et la Cour suprême anticorruption. Tout cela est fait sous le prétexte plausible de rendre la lutte contre la corruption plus efficace. Bon, d’accord, mais où sont les résultats ? La corruption a fleuri, et elle fleurit encore plus maintenant.

Les Ukrainiens eux-mêmes sont-ils conscients de toutes ces méthodes de gestion ? Se rendent-ils compte que leur pays n’est même pas sous un protectorat politique et économique, mais a été réduit au niveau d’une colonie dirigée par un régime fantoche ? La privatisation de l’État a conduit au fait que le gouvernement, qui s’appelle lui-même « le pouvoir des patriotes », a perdu son caractère national et suit systématiquement une voie allant vers la dé-souverainisation complète du pays.

Le cours de la dé-russification et d’assimilation forcée se poursuit. La Verkhovna Rada publie sans relâche des lois de plus en plus discriminatoires, y compris une loi sur de soi-disant peuples de souche qui est déjà en vigueur. Les personnes qui se considèrent Russes et qui souhaitent préserver leur identité, leur langue et leur culture ont reçu le message explicite selon lequel elles sont étrangères en Ukraine.

Les lois sur l’éducation et sur le fonctionnement de la langue ukrainienne en tant que langue d’État ont banni le russe des écoles, de toutes les sphères publiques, jusqu’aux magasins ordinaires. La loi sur la « lustration », c’est-à-dire la « purification » de l’administration, a permis de se débarrasser des fonctionnaires indésirables.

Les lois donnant aux forces de l’ordre ukrainiennes des prétextes pour réprimer durement la liberté d’expression et de dissidence, de persécuter l’opposition, se multiplient. La triste pratique des sanctions unilatérales illégitimes contre d’autres États, des personnes physiques et morales étrangères est bien connue dans le monde. L’Ukraine a surpassé ses manipulateurs occidentaux et a inventé un outil tel que les sanctions contre ses propres citoyens, entreprises, chaînes de télévision, autres médias et même les membres du parlement.

Kiev continue à préparer un massacre contre l’Église orthodoxe ukrainienne du Patriarcat de Moscou également. Et ce n’est pas une évaluation émotionnelle, des décisions et des documents spécifiques le montrent. Les autorités ukrainiennes ont cyniquement transformé la tragédie de la scission de l’Église en un instrument de politique d’État. Les dirigeants actuels du pays ne répondent pas aux demandes des citoyens ukrainiens d’abroger les lois qui portent atteinte aux droits des croyants. En outre, de nouveaux projets de loi ont été enregistrés à la Rada contre le clergé et les millions de paroissiens de l’Église orthodoxe ukrainienne du Patriarcat de Moscou.

Je parlerai séparément de la Crimée. Les habitants de la péninsule ont fait leur libre choix – être avec la Russie. Les autorités de Kiev n’ont rien pour contrer cette volonté claire et explicite du peuple. Elles misent donc sur des actions agressives, sur l’activation de cellules extrémistes, y compris d’organisations islamiques radicales, sur l’envoi de groupes subversifs pour commettre des actes terroristes sur des infrastructures critiques et pour enlever des citoyens russes. Nous avons des preuves directes que de telles actions agressives sont menées avec le soutien de services secrets étrangers.

En mars 2021, l’Ukraine a adopté une nouvelle Stratégie militaire. Ce document est presque entièrement consacré à la confrontation avec la Russie et vise à entraîner des États étrangers dans un conflit avec notre pays. La stratégie propose l’organisation de ce que l’on peut qualifier d’organisation terroriste clandestine en Crimée russe et dans le Donbass russes. Cette Stratégie dessine également les contours d’une guerre en préparation, qui devrait se terminer, comme le pensent les stratèges actuels de Kiev, et je cite encore, « avec l’aide de la communauté internationale dans des conditions favorables à l’Ukraine ». Et aussi, comme Kiev l’exprime aujourd’hui, et je le cite ici aussi, écoutez plus attentivement, s’il vous plaît – « avec le soutien militaire de la communauté internationale dans la confrontation géopolitique contre la Fédération de Russie ». En substance, ce n’est rien d’autre que la préparation d’une action militaire contre notre pays – contre la Russie.

Nous savons également qu’il y a déjà eu des déclarations selon lesquelles l’Ukraine va développer ses propres armes nucléaires, et ce ne sont pas de vaines bravades. L’Ukraine dispose de la technologie nucléaire soviétique et des vecteurs pour ces armes, notamment l’aviation et les missiles Tochka-U, également de conception soviétique, d’une portée de plus de 100 kilomètres. Mais ils en feront plus, ce n’est qu’une question de temps car ils disposent déjà de certains travaux de base de l’ère soviétique.

Ainsi, il sera beaucoup plus facile pour l’Ukraine d’acquérir des armes nucléaires tactiques surtout en cas de soutien technologique de l’étranger, que pour certains autres États –que je ne nommerai pas maintenant – mais qui développent effectivement de telles armes. Et nous ne devons pas exclure une telle possibilité.

Avec l’apparition d’armes de destruction massive en Ukraine, la situation dans le monde, en Europe, et surtout pour nous, pour la Russie, va changer de façon spectaculaire. Nous ne pouvons pas ne pas répondre à ce danger réel, surtout, je le répète, que des mécènes occidentaux pourraient faciliter l’apparition de telles armes en Ukraine afin de créer une autre menace pour notre pays. Nous pouvons voir avec quelle persistance le renforcement militaire du régime de Kiev est effectué. Depuis 2014, les États-Unis ont envoyé à eux seuls des milliards de dollars à cette fin, notamment des armes, des équipements et des formations spécialisées. Au cours des derniers mois, les armes occidentales ont afflué en Ukraine à un rythme soutenu, de manière démonstrative, au vu et au su du monde entier. Les activités des forces armées et des services de sécurité ukrainiens sont dirigées par des conseillers étrangers, nous en sommes bien conscients.

Ces dernières années, des contingents militaires des pays de l’OTAN ont été présents sur le territoire ukrainien de manière quasi continue sous le prétexte d’exercices. Le système de commandement et de contrôle des troupes ukrainiennes est déjà intégré aux troupes de l’OTAN. Cela signifie que le commandement des forces armées ukrainiennes, même des unités et sous-unités, peut être exercé directement depuis les états-majors de l’OTAN.

Les États-Unis et l’OTAN ont commencé sans vergogne à aménager le territoire de l’Ukraine comme théâtre d’hostilités militaires potentielles. Les exercices conjoints réguliers ont une orientation clairement antirusse. Rien que l’année dernière, plus de 23 000 militaires et plus de mille pièces d’équipement y ont participé.

Une loi a déjà été adoptée pour permettre aux forces armées d’autres États d’entrer en Ukraine en 2022 afin de participer à des exercices multinationaux. Il est clair qu’il s’agit avant tout des troupes de l’OTAN. Au moins dix manœuvres conjointes de ce type sont prévues pour cette année.

Il est évident que ces événements servent de couverture au renforcement rapide du groupement militaire de l’OTAN en Ukraine. D’autant plus que le réseau d’aérodromes modernisés avec l’aide des Américains – Borispol’, Ivano-Frankovsk, Tchuguev, Odessa, etc. – est capable d’assurer le transfert d’unités militaires dans les plus brefs délais. L’espace aérien de l’Ukraine est ouvert aux vols de l’aviation stratégique et de reconnaissance américaine et aux drones utilisés pour surveiller le territoire russe.

Je dois ajouter que le centre d’opérations maritimes construit par les Américains à Otchakov permet aux navires de l’OTAN d’opérer, y compris en utilisant des armes de précision, contre la flotte russe de la mer Noire et nos infrastructures sur toute la côte de la mer Noire.

À un certain moment, les États-Unis ont eu l’intention de mettre en place des installations similaires en Crimée, mais les Criméens et les habitants de Sébastopol ont contrecarré ces projets. Nous nous en souviendrons toujours.

Je le répète, aujourd’hui un tel centre est déployé à Otchakov. Laissez-moi vous rappeler que les soldats d’Alexandre Souvorov ont combattu pour cette ville au XVIIIe siècle. Grâce à leur courage, elle est devenue une partie de la Russie. À la même époque, au XVIIIe siècle, les terres de la mer Noire, rattachées à la Russie à la suite des guerres contre l’Empire ottoman, étaient appelées Novorossiya. Aujourd’hui, ces jalons historiques sont oubliés, tout comme les noms des grands militaires de l’Empire russe, sans les efforts desquels de nombreuses grandes villes et même l’accès à la mer Noire ne serait pas à la disposition de l’Ukraine moderne.

Récemment, un monument à la mémoire d’Alexandre Souvorov a récemment été détruit à Poltava. Que dire ? Vous renoncez à votre propre passé ? Au soi-disant héritage colonial de l’Empire russe ? Alors, soyez cohérent !

Plus avant. Je dois noter que l’article 17 de la Constitution ukrainienne n’autorise pas le déploiement de bases militaires étrangères sur son territoire. Mais il s’avère que ce n’est qu’une convention qui peut être facilement contournée.

Les pays de l’OTAN ont déployé des missions de formation en Ukraine. En fait, il s’agit déjà de bases militaires étrangères. Il suffit d’appeler la base une « mission » et le tour est fait.

Kiev a longtemps proclamé une orientation stratégique vers l’adhésion à l’OTAN. Oui, bien sûr, chaque pays a le droit de choisir son propre système de sécurité et de conclure des alliances militaires. Et il pourrait sembler que ce soit le cas, s’il n’y avait pas un « mais ». Les documents internationaux consacrent expressément le principe de la sécurité égale et indivisible, qui, comme nous le savons, comprend l’obligation de ne pas renforcer sa propre sécurité au détriment de celle des autres États. Je fait référence ici à la Charte de l’OSCE pour la sécurité européenne adoptée à Istanbul en 1999 et à la Déclaration d’Astana de l’OSCE de 2010.

En d’autres termes, les choix en matière de sécurité ne doivent pas menacer d’autres États, et l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN constitue une menace directe pour la sécurité de la Russie.

Je me souviens qu’en avril 2008, lors du sommet de Bucarest de l’Alliance de l’Atlantique Nord, les États-Unis ont poussé à l’adoption d’une décision selon laquelle l’Ukraine et, accessoirement, la Géorgie allaient devenir membres de l’OTAN. De nombreux alliés européens des États-Unis étaient déjà bien conscients de tous les risques d’une telle perspective, mais ils ont dû s’accommoder de la volonté de leur partenaire principal. Les Américains les ont simplement utilisés pour poursuivre une politique nettement antirusse.

Un certain nombre d’États membres sont encore très sceptiques quant à l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN. Dans le même temps, certaines capitales européennes nous envoient le message suivant : « De quoi vous inquiétez-vous ? Cela ne se produira pas demain ». En fait, nos partenaires américains disent la même chose. « Bon », répondons-nous, « pas demain, mais certainement après-demain. Qu’est-ce que cela change dans la perspective historique ? En fait, rien ».

En outre, nous connaissons la position et les propos des dirigeants des États-Unis selon lesquels les combats persistants dans l’est de l’Ukraine n’excluent pas la possibilité pour ce pays de rejoindre l’OTAN s’il peut satisfaire aux critères de l’Alliance de l’Atlantique Nord et vaincre la corruption.

Pourtant, on ne cesse d’essayer de nous convaincre que l’OTAN est une alliance pacifique et purement défensive. Selon eux, il n’y a pas de menaces pour la Russie. Une fois de plus, ils nous suggèrent de les croire sur parole. Mais nous connaissons le prix réel de telles paroles. En 1990, lorsque la question de l’unification allemande a été discutée, les dirigeants soviétiques ont reçu des États-Unis la promesse qu’il n’y aurait pas d’extension, ne serait-ce que d’un pouce, de la juridiction ou de la présence militaire de l’OTAN vers l’Est. Et que l’unification allemande ne conduirait pas à une extension de l’organisation militaire de l’OTAN vers l’Est. C’est une citation.

Ils parlaient et nous donnaient des assurances verbales, mais tout cela n’était qu’un bruit vide. Plus tard, on nous a assuré que l’adhésion à l’OTAN des pays d’Europe centrale et orientale ne ferait qu’améliorer les relations avec Moscou, soulagerait ces pays des craintes nées d’un héritage historique difficile et même créerait une ceinture d’États favorables à la Russie.

Il s’est avéré que c’est exactement le contraire qui s’est passé. Les autorités de certains pays d’Europe de l’Est, colportant la russophobie, ont apporté à l’Alliance leurs complexes et leurs stéréotypes sur la menace russe et ont insisté sur le renforcement des capacités de défense collective devant être principalement déployer contre la Russie. Et cela s’est produit dans les années 1990 et au début des années 2000, lorsque, grâce à notre ouverture et à notre bonne volonté, les relations entre la Russie et l’Occident étaient à un niveau élevé.

La Russie a rempli toutes ses obligations, y compris le retrait des troupes d’Allemagne et des États d’Europe centrale et orientale, contribuant ainsi largement à surmonter l’héritage de la guerre froide. Nous avons toujours proposé diverses options de coopération, notamment dans le cadre du Conseil OTAN-Russie et de l’OSCE.

En outre, je vais maintenant dire quelque chose que je n’ai jamais dit publiquement, je vais le dire pour la première fois. En 2000, lors d’une visite à Moscou du président américain sortant Bill Clinton, je lui ai demandé : « Que penserait l’Amérique d’accepter la Russie dans l’OTAN ? »

Je ne révélerai pas tous les détails de cette conversation, mais la réaction à ma question semblait, disons-le, très retenue. Et la façon dont les Américains ont effectivement réagi à cette possibilité se voit dans les mesures concrètes prise contre notre pays. Cela inclut un soutien ouvert aux terroristes du Caucase du Nord, une attitude dédaigneuse à l’égard de nos demandes et de nos préoccupations en matière de sécurité dans le domaine de l’élargissement de l’OTAN, du retrait du traité ABM, etc. Cela donne envie de se demander : pourquoi, pourquoi tout ça, pour quoi faire ? D’accord, vous ne voulez pas nous voir comme votre ami et allié, mais pourquoi faire de nous un ennemi ?

Il n’y a qu’une seule réponse : il ne s’agit pas de notre régime politique, il ne s’agit de rien d’autre, ils n’ont tout simplement pas besoin d’un pays indépendant aussi grand que la Russie. Telle est la réponse à toutes les questions. C’est la source de la politique américaine traditionnelle à l’égard de la Russie. D’où leur attitude à l’égard de toutes nos propositions dans le domaine de la sécurité.

Aujourd’hui, il suffit de regarder la carte pour voir comment les pays occidentaux ont « tenu » leur promesse de ne pas permettre à l’OTAN d’avancer vers l’Est. Ils nous ont simplement trompé. Nous avons connu cinq vagues d’expansion de l’OTAN, l’une après l’autre. La Pologne, la République tchèque et la Hongrie en 1999, la Bulgarie, l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Roumanie, la Slovaquie et la Slovénie en 2004, l’Albanie et la Croatie en 2009, le Monténégro en 2017 et la Macédoine du Nord en 2020.

En conséquence, l’alliance et son infrastructure militaire ont atteint directement les frontières de la Russie. Cette situation a été l’une des principales causes de la crise de l’euro-sécurité et a eu un impact très négatif sur l’ensemble du système des relations internationales, entraînant une perte de confiance mutuelle.

La situation continue de se détériorer, y compris dans la sphère stratégique. Par exemple, en Roumanie et en Pologne, dans le cadre du projet américain de défense antimissile mondiale, des zones de positionnement pour les missiles antimissile sont en cours de déploiement. Il est bien connu que les lanceurs de missiles déployés ici peuvent être utilisés pour les missiles de croisière Tomahawk – des systèmes de frappe offensive.

En outre, les États-Unis développent un missile universel Standard-6 qui, en plus de résoudre les tâches de défense aérienne et antimissile, peut également frapper des cibles sur air-sol et air-mer. En d’autres termes, le système de défense antimissile américain, censé être défensif, s’étend et de nouvelles capacités offensives apparaissent.

Les informations dont nous disposons nous donnent toutes les raisons de croire que la décision de l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN et du déploiement ultérieur d’installations de l’OTAN est déjà prise ; ce n’est qu’une question de temps. Nous comprenons clairement que dans un tel scénario, le niveau des menaces militaires à l’encontre de la Russie augmentera de façon spectaculaire, à plusieurs reprises. Et j’attire particulièrement l’attention sur le fait que le danger d’une attaque surprise contre notre pays sera multiplié.

Permettez-moi d’expliquer que les documents de planification stratégique américains (des documents officiels !) consacrent la possibilité d’une frappe dite préventive contre les systèmes de missiles ennemis. Et nous savons aussi parfaitement qui est le principal adversaire des États-Unis et de l’OTAN. C’est la Russie. Dans les documents de l’OTAN, notre pays est officiellement déclaré directement comme étant la principale menace pour la sécurité euro-atlantique. Et l’Ukraine servira de place forte pour porter un tel coup. Si nos ancêtres en avaient entendu parler, ils ne l’auraient probablement pas cru. Et nous ne voulons pas le croire aujourd’hui, mais c’est vrai. Je veux que cela soit compris à la fois en Russie et en Ukraine.

De nombreux aérodromes ukrainiens sont proches de nos frontières. L’aviation tactique de l’OTAN déployées ici, y compris les porteurs d’armes à guidage de précision, pourra frapper notre territoire le long de la ligne Volgograd – Kazan – Samara – Astrakhan. Le déploiement de moyens de reconnaissance radar en Ukraine permettra à l’OTAN de contrôler étroitement l’espace aérien russe jusqu’à l’Oural.

Enfin, après que les États-Unis ont rompu le traité sur les missiles à portée intermédiaire et à plus courte portée, le Pentagone développe déjà ouvertement toute une gamme d’armes de frappe basées au sol, y compris des missiles balistiques capables d’atteindre des cibles situées jusqu’à 5 500 kilomètres. Si ces systèmes sont déployés en Ukraine, ils pourront frapper des cibles sur l’ensemble du territoire européen de la Russie, ainsi qu’au-delà de l’Oural. Il faudrait alors moins de 35 minutes aux missiles de croisière Tomahawk pour atteindre Moscou, 7-8 minutes aux missiles balistiques de la région de Kharkov et 4-5 minutes aux frappes hypersoniques. Cela s’appelle, directement, « un couteau sous la gorge ». Et je ne doute pas qu’ils comptent mettre en œuvre ces plans comme ils l’ont fait à maintes reprises au cours des années précédentes, en étendant l’OTAN vers l’est, en poussant les infrastructures et les équipements militaires jusqu’aux frontières russes, en ignorant complètement nos préoccupations, nos protestations et nos avertissements. Désolé, mais ils ont simplement craché dessus et fait simplement ce que bon leur semblait.

Et bien sûr, on attend aussi d’eux qu’ils continuent à se comporter selon le proverbe bien connu : « Le chien aboie mais la caravane passe ». Permettez-moi de dire tout de suite que nous n’avons pas accepté cela et que nous ne le ferons jamais. Dans le même temps, la Russie a toujours été favorable à la résolution des problèmes les plus complexes par des moyens politiques et diplomatiques, à la table des négociations.

Nous sommes bien conscients de notre énorme responsabilité en matière de stabilité régionale et mondiale. En 2008, la Russie a présenté une initiative visant à conclure un traité sur la sécurité européenne. Son essence était qu’aucun État ou organisation internationale de la région euro-atlantique ne devait renforcer sa sécurité au détriment de celle des autres. Mais notre proposition a été rejetée dès le départ : on ne peut pas permettre à la Russie de limiter les activités de l’OTAN.

En outre, il nous a été dit explicitement que seuls les membres de l’Alliance de l’Atlantique Nord peuvent avoir des garanties de sécurité juridiquement contraignantes.

En décembre dernier, nous avons transmis à nos partenaires occidentaux un projet de traité entre la Fédération de Russie et les États-Unis d’Amérique sur les garanties de sécurité, ainsi qu’un projet d’accord sur les arrangements de sécurité entre la Fédération de Russie et les États membres de l’OTAN.

La réponse des États-Unis et de l’OTAN a consisté en de nombreuses généralités. Il y a eu quelques arguments rationnels, mais ils portaient tous sur des questions secondaires et semblaient être une tentative de détourner la discussion.

Nous avons répondu en conséquence, en soulignant que nous étions prêts à négocier, mais à la condition que toutes les questions soient considérées comme un paquet, sans les séparer des propositions russes de base, fondamentales. Et ceux-ci contiennent trois points essentiels. Le premier est la prévention d’un nouvel élargissement de l’OTAN. Le second est un refus de permettre à l’Alliance de déployer des systèmes d’armes de choc aux frontières de la Russie. Et enfin, un retour des capacités et des infrastructures militaires du bloc en Europe à l’état de 1997, date de la signature de l’Acte fondateur OTAN-Russie.

Ce sont précisément nos propositions de principe qui ont été ignorées. Nos partenaires occidentaux, je le répète, ont une fois de plus énoncé la formule toute faite selon laquelle chaque État a le droit de choisir librement la manière d’assurer sa sécurité et d’adhérer à toute alliance et à tout groupement militaire. En d’autres termes, rien n’a changé dans leur position, les mêmes références à la fameuse politique de la « porte ouverte » de l’OTAN sont entendues. De plus, ils tentent à nouveau de nous faire chanter, en nous menaçant à nouveau de sanctions, qu’ils imposeront d’ailleurs toujours au fur et à mesure que la souveraineté de la Russie et la puissance de nos Forces Armées augmenteront. Et le prétexte pour une nouvelle attaque de sanctions sera toujours trouvé ou simplement inventé, quelle que soit la situation en Ukraine. L’objectif est le même : étouffer le développement de la Russie. Et ils le feront, comme ils l’ont fait auparavant, même sans le moindre prétexte formel, simplement parce que nous sommes et ne serons jamais amenés à compromettre notre souveraineté, nos intérêts nationaux et nos valeurs.

Je veux être clair, je le dis sans détour, dans la situation actuelle, alors que nos propositions de dialogue d’égal-à-égal sur des questions de principe sont restées sans réponse de la part des États-Unis et de l’OTAN, alors que le niveau des menaces contre notre pays augmente de manière significative, la Russie a tout à fait le droit de prendre des contre-mesures pour assurer sa propre sécurité. C’est exactement ce que nous ferons.

En ce qui concerne la situation dans le Donbass, nous pouvons constater que les dirigeants de Kiev déclarent constamment et publiquement qu’ils ne sont pas disposés à mettre en œuvre le paquet de mesures de Minsk pour résoudre le conflit et qu’ils ne sont pas intéressés par une solution pacifique. Au contraire, ils tentent d’organiser à nouveau une guerre éclair dans le Donbass, comme ils l’ont déjà fait en 2014 et 2015. Nous nous rappelons comment ces aventures se sont terminées à l’époque.

Désormais, il ne se passe presque pas un jour sans que des zones peuplées de Donbass soient bombardées. Un groupe important de troupes utilise en permanence des drones d’attaque, des équipements lourds, des roquettes, de l’artillerie et des systèmes de lance-roquettes multiples. Le meurtre de civils, le blocus, les mauvais traitements infligés aux personnes, y compris aux enfants, aux femmes et aux personnes âgées, se poursuivent sans relâche. Comme nous le disons ici, il n’y a pas de fin en vue.

Et le monde dit civilisé, dont nos collègues occidentaux se sont autoproclamés les seuls représentants, préfère ne pas s’en apercevoir, comme si toute cette horreur, le génocide dont sont victimes près de 4 millions de personnes, n’existait pas. Et cela seulement parce que ces personnes n’étaient pas d’accord avec le coup d’État soutenu par l’Occident en Ukraine en 2014 et s’opposaient à la politique d’État tournée vers un nationalisme de caverne agressif et le néonazisme. Et ces gens ne se battent que pour le respect de leurs droits élémentaires – vivre sur leur propre terre, parler leur propre langue, préserver leur culture et leurs traditions.

Combien de temps cette tragédie peut-elle durer ? Combien de temps encore peut-on tolérer cela ? La Russie a tout fait pour préserver l’intégrité territoriale de l’Ukraine, et a travaillé avec persistance et patience pendant toutes ces années pour la mise en œuvre de la résolution 2202 du Conseil de sécurité des Nations unies du 17 février 2015, qui consacrait le paquet de mesures de Minsk du 12 février 2015 pour résoudre la situation dans le Donbass.

Tout a été en vain. Le président du pays change, les députés de la Rada changent, mais l’essence, la nature agressive et nationaliste du régime qui a pris le pouvoir à Kiev, ne change pas. Il est entièrement le produit du coup d’État de 2014, et ceux qui ont emprunté la voie de la violence, du bain de sang et de l’anarchie ne reconnaissaient et ne reconnaîtront aucune autre solution à la question du Donbass qu’une solution militaire.

Dans ce contexte, je considère qu’il est nécessaire de prendre la décision, attendue depuis longtemps, de reconnaître immédiatement l’indépendance et la souveraineté de la République populaire de Donetsk et de la République populaire de Louhansk.

Je demande à l’Assemblée fédérale de la Fédération de Russie de soutenir cette décision et de ratifier ensuite les traités d’amitié et d’assistance mutuelle avec les deux républiques. Ces deux documents seront préparés et signés dès que possible.

Nous exigeons que ceux qui ont pris et détiennent le pouvoir à Kiev cessent immédiatement les hostilités. Sinon, toute la responsabilité de la poursuite éventuelle de l’effusion de sang reposera totalement et entièrement sur la conscience du régime au pouvoir sur le territoire de l’Ukraine.

En annonçant les décisions prises aujourd’hui, je suis confiant dans le soutien des citoyens de Russie, et de toutes les forces patriotiques du pays.

Merci de votre attention.

Ukraine… How to get out of a major international crisis ?

An initiative to prevent war.

It must be said clearly: today, February 20, 2022, if the situation continues to deteriorate at the rate we have been experiencing for weeks, days, and even a few hours… then we will have to realize that war is at our doorstep in Europe. It is a probable fact. Not to say certain, because the worst should not be considered as inevitable. Fortunately, there is no fatality in what the UN Secretary General has designated as a possible « catastrophe ». But we must have the means to act. The moment is critical. Decisions must be made. Now.

How can we not hear the war drums beating and how can we not see how the US-NATO-Ukraine-Russia confrontation has taken on the pace of an escalation that is less and less controlled… because it is increasingly fueled in a spiral of threats and militarization. In a context where inflammatory rhetoric only exacerbates tensions and feeds the danger. Certainly, everyone (or almost everyone) certifies that they do not want war, but what is happening today is nothing other than a form of preparation for it.

When the American President Joe Biden says today that he is « convinced » that Vladimir Putin (in spite of the latter’s multiple denials) has taken « the decision » to launch the offensive and invade Ukraine in the coming week or days… what is he doing other than feeding nationalism and fears, justifying hostilities? The Ukrainian President Volodymyr Zelensky does not beat about the bush when he calls on the West to « stop its policy of appeasement » and to set « a clear timetable » for Ukraine’s accession to NATO… You might as well say that war must be waged immediately. As for the Secretary General of NATO, Jens Stoltenberg, everything indicates that Russia is planning « a complete attack on Ukraine »…

Obviously, in the current context everything is possible. Of course, one can (and should) understand the legitimate concern of Ukraine and many other countries about Russian military stationing, reinforcements and exercises (including naval ones in the Black Sea and the Mediterranean), involving not far from Ukraine’s land borders some 100,000 troops and high-level military capabilities… This is one of the issues that should be discussed urgently. And in good faith by all the protagonists. As Ms. Rosemary Di Carlo, UN Under-Secretary-General for Political Affairs, points out, « the accusations and recriminations between the different actors involved in the ongoing discussions have created uncertainty, and apprehension for many that a military confrontation is imminent.

The Western powers, however, give the irrepressible impression that it is no longer a question of obtaining « de-escalation » as a condition for negotiation, but that it is necessary to engage in strategic containment of Russia. By dint of exacerbating itself, the tension is changing dimension. And the logic of power continues to grow stronger. The escalation of hostilities is perilously transformed into a lethal and pernicious mechanism with no security brake. The risks are enormous.

Politicians and most of the Western media claim not to know what Putin really wants. However, Russia presented its demands as early as December 2021 in the form of 2 very precise draft international treaties. But the content of these has not been accepted. The United States and NATO rejected what they called « non-starters », i.e. inadmissible parameters, proposals on which any form of discussion is refused a priori. In spite of the forms of the speech, it was a brutal recusal. It is true that the Russian demands are particularly high and probably, for some of them, out of reach for Moscow, which must have suspected it. But a negotiation always starts at the top. Diplomacy is a difficult and patient exercise that must serve to seek and find solutions, compromises and consensus. Washington has thus rejected all Russian demands while proposing to negotiate on security issues of a completely different order (which are not negligible in themselves). The American administration, as it has done since 1989/1990 and the dismantling of the USSR, has thus spurned Russia, which is something Moscow did not want, as it has been trying for years to establish itself as a major player and a power that must be respected.

So the time has come for a radical change of method. The rhetoric of threat, force and military deterrence must give way to a vision of responsibility, with the practices of multilateralism. It is imperative and immediate to block the rise of risks, to lower the tension, and to get out of the political impasse by changing the whole software and the negotiation framework.

A completely different diplomatic approach must be adopted. The United Nations and its Secretary General must take the lead. And engage, on the basis of a decision and a mandate from the United Nations Security Council, with the support of the General Assembly, in a mission of mediation, negotiations and proposals, first of all to prevent the worst and to reduce the tension. This is an immediate and absolute requirement. Secondly, or simultaneously, to begin substantive talks, always under UN supervision, in accordance with the aims and principles of its Charter, concerning all the issues raised for months by each of the actors in this crisis. No one is saying that this will be easy. But there is no credible and acceptable alternative to diplomacy. Especially for such a complex conflict which, for the past 8 years, has been contributing to the profound weakening of security conditions in Europe.

The United Nations must also be directly involved as a helper and guarantor in the « Normandy format » negotiations, specifically concerning the settlement of the Ukrainian question through the implementation of the Minsk Agreements validated by the OSCE and the UN Security Council. Particular attention should be paid to the political and institutional aspects of these agreements, whose implementation may constitute the best multilateral assurance of lasting security shared by all.

Who can act? Who must act? The French authorities and their European partners – at least those who really want to work towards a political solution – must take a major initiative in this direction. And in a very determined way. We must move away from politico-military postures, antagonistic approaches and power logics to rediscover a sense of collective responsibility and collective security. Without decisive progress in this direction… soon, it may be too late. It is now that it must be decided.

(Translated in english with Deepl)

Ukraine… Comment sortir d’une crise internationale majeure ?

Une initiative pour empêcher la guerre.

Il faut le dire clairement : aujourd’hui, 20 février 2022, si la situation continue à se dégrader au rythme que nous connaissons depuis des semaines, depuis des jours, et même quelques heures… alors il faudra constater que la guerre est à nos portes en Europe. C’est un fait probable. Pour ne pas dire certain car le pire ne doit pas être considéré comme inévitable. Il n’y a heureusement pas de fatalité à ce que le Secrétaire général de l’ONU a désigné comme une « catastrophe » possible. Mais il faut se donner les moyens d’agir. Le moment est critique. Des décisions doivent être prises. Maintenant.

Comment ne pas entendre battre les tambours de guerre et comment ne pas voir à quel point la confrontation USA-OTAN-Ukraine-Russie a pris la cadence d’une escalade de moins en moins contrôlée… parce qu’elle est de plus en plus alimentée dans un engrenage de menaces et de militarisation. Dans un contexte où une rhétorique incendiaire ne fait qu’exacerber les tensions et nourrir le danger. Certes, tout le monde (ou presque) certifie ne pas vouloir la guerre, mais ce qui se passe aujourd’hui n’est pas autre chose qu’une forme de préparation à celle-ci.

Lorsque le Président américain Joe Biden se dit aujourd’hui « convaincu » que Vladimir Poutine (malgré les multiples dénégations de celui-ci) a pris « la décision » de lancer l’offensive et d’envahir l’Ukraine dans la semaine ou les jours qui viennent… que fait-il d’autre qu’alimenter les nationalismes et les peurs, en justifiant les hostilités ? Le Président ukrainien Volodymyr Zelensky n’y va pas par quatre chemins en appelant l’Occident à « cesser sa politique d’apaisement » et fixer « un calendrier clair » pour l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN…Autant dire qu’il faut faire la guerre tout de suite. Quand au Secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, tout indiquerait pour lui que la Russie prévoit « une attaque complète de l’Ukraine »…

Évidemment, dans le contexte actuel tout est possible. On peut (il faut) évidemment comprendre l’inquiétude légitime de l’Ukraine et de bien d’autres pays devant les stationnements, les renforcements et les exercices militaires russes (y compris navals en Mer noire et en Méditerranée), impliquant non loin des frontières terrestres de l’Ukraine quelque 100 000 soldats et des capacités militaires de haut niveau… Cela fait partie des questions devant être discutées de toute urgence. Et de bonne foi par tous les protagonistes. Comme le souligne Mme Rosemary Di Carlo, Secrétaire générale-adjointe de l’ONU chargée des affaires politiques, « les accusations et les récriminations entre les différents acteurs impliqués dans les discussions en cours ont créé de l’incertitude, et l’appréhension pour beaucoup qu’une confrontation militaire est imminente ».

Les puissances occidentales donnent cependant l’irrépressible sentiment qu’il ne s’agit plus d’obtenir une « désescalade » comme condition à une négociation, mais qu’il faut s’inscrire dans l’endiguement stratégique de la Russie. A force de s’exacerber, la tension change de dimension. Et les logiques de puissance ne cessent de se renforcer. L’escalade des hostilités se transforme de façon périlleuse en mécanique létale et pernicieuse sans frein de sécurité. Les risques sont énormes.

Les responsables politiques et la plupart des médias occidentaux affirment ne pas savoir ce que veut réellement Poutine. La Russie a pourtant présenté ses demandes dès le mois de décembre 2021 sous la forme de 2 projets de traités internationaux très précis. Mais le contenu de ceux-ci n’a pas obtenu autre chose qu’une fin de non recevoir. Les États-Unis et l’OTAN ont rejeté ce qu’ils ont appelé des « non starters », c’est à dire des paramètres irrecevables, des propositions sur lesquelles on refuse à priori d’engager toute forme de discussion. Malgré les formes du discours, ce fut une brutale récusation. Il est vrai que les exigences russes sont particulièrement élevées et probablement, pour certaines d’entre elles, hors d’atteinte pour Moscou qui devait s’en douter. Mais une négociation commence toujours par le haut. La diplomatie est un exercice difficile et patient qui doit servir à chercher et trouver des solutions, des compromis et des consensus. Washington a ainsi repoussé toutes les demandes russes tout en proposant de négocier sur des questions de sécurité d’un tout autre ordre (en elles-mêmes non négligeables). L’Administration américaine, comme elle l’a fait depuis 1989/1990 et le démantèlement de l’URSS, a ainsi éconduit la Russie, ce que ne voulait surtout pas Moscou qui cherche depuis des années à s’imposer comme acteur majeur et puissance que l’on doit respecter.

Alors il est venu le temps de changer radicalement de méthode. Les discours de la menace, de la force et de la dissuasion militaire doivent laisser la place à une vision de responsabilité , avec les pratiques du multilatéralisme. Il faut impérativement et immédiatement bloquer la montée des risques, faire redescendre la tension, et s’extraire de l’impasse politique en changeant l’ensemble du logiciel et le cadre de négociation.

Une tout autre démarche diplomatique doit pouvoir ainsi s’imposer. Les Nations-Unies et leur Secrétaire général doivent prendre la main. Et engager sur décision et sur mandat du Conseil de sécurité des Nations-Unies, avec un appui de l’Assemblée générale, une mission de médiation, de négociations et de propositions, d’abord pour empêcher le pire et faire baisser la tension. C’est une exigence immédiate et absolue. Ensuite ou simultanément pour commencer des pourparlers sur le fond, toujours sous tutelle ONU, selon les buts et les principes de sa Charte, concernant l’ensemble des problématiques soulevées depuis des mois par chacun des acteurs de cette crise. Personne ne dit que ce sera facile. Mais il n’y a pas d’alternative crédible et acceptable à la diplomatie. Surtout pour un conflit si complexe qui, depuis 8 années, contribue à fragiliser si profondément les conditions de la sécurité en Europe.

Les Nations-Unies doivent aussi s’impliquer directement comme aide et garantie dans les négociations dites du « format Normandie » concernant spécifiquement le règlement de la question ukrainienne par l’application des Accords de Minsk validés par l’OSCE et par le Conseil de sécurité de l’ONU. Une attention particulière devra être accordée aux aspects politiques et institutionnels de ces Accords dont la mise en œuvre peut constituer la meilleure assurance multilatérale d’une sécurité durable et partagée par tous.

Qui peut agir ? Qui doit agir ? Les autorités françaises et leurs partenaires européens – en tous les cas ceux qui veulent vraiment travailler à une issue politique – doivent prendre une initiative d’ampleur dans ce sens. Et de façon très déterminée. Il faut sortir des postures politico-militaires, des approches antagonistes et des logiques de puissance pour retrouver le sens de la responsabilité collective et de la sécurité collective. Sans un progrès décisif dans cette voie… bientôt, il sera peut-être trop tard. C’est maintenant que cela doit se décider.

Afghanistan: an ignominy signed by Biden.

Le texte original en français figure après cette version anglaise.

What Joe Biden and the U.S. Administration have just decided is a real ignominy on the ethical and political levels. It is the discretionary extortion of 7 billion dollars belonging to the Afghan Central Bank. It is as if the United States can pre-empt the bank assets of another state so that it can unilaterally seize them and use them as it sees fit. This is beyond the pale for a power that prides itself on the « exceptionalism » of its founding values.

Biden gives reasons, his own, for this approach. They are more akin to the practice of international gangsterism. Certainly, predation is part of the parameters belonging to any form of imperialism and to the modes of management of power politics. It is not, far from it, a novelty. But here we reach the height of cynicism and moral unacceptability.

Afghanistan is on the brink of an economic, social and political precipice. Humanitarian aid, thanks to the United Nations and the NGOs, will be able to help face the most absolute human emergencies. But this will not be enough, as I have previously explained in articles on my blog JFi, and on the website of the « Cahiers de santé publique et de protection sociale ». In spite of the Taliban regime, this country needs means to get out of a major crisis. The International Red Cross and other organizations consider that this crisis has reached a critical threshold. More than half of the population (about 25 million people) needs help. Now. And in the long run. The situation is so economically and socially perilous that Afghanistan will not recover unless the structural causes of the problems are addressed. For example, aid for agriculture, for the survival and functioning of the health system, for education, for justice… The needs are colossal.

But Biden has just shamelessly taken a totally opposite decision: to seize $7 billion from the Afghan Central Bank to pay for humanitarian aid ($3.5 billion), and to finance compensation for the victims of September 11 ($3.5 billion). What is the real meaning of such a choice? First of all, it is to make the Afghans themselves pay for the humanitarian aid they urgently need… while dispossessing them of important financial means for a country like Afghanistan, one of the poorest in the world. And this while the current threat of total economic and social collapse, in the context of a failed state, comes largely from the consequences of 20 years of American war, systemic corruption, massive poverty and underdevelopment.

And then, to make the victims of September 11 pay compensation in this way… this is also unacceptable. It was not Afghanistan, and it was not Afghans who killed 3000 people on September 11, 2001 in New York. It was 15 Saudis out of 19 terrorists. The others came from Yemen, Lebanon, Egypt and the United Arab Emirates. We know how many individuals, rich personalities and Saudi « clerics » or sheikhs have participated in financing jihadism, having found a financial and ideological engine for their political aims. The regime of the Saudi princes has a solid reputation in criminal dirty tricks (see for example the Khashoggi affair in October 2018). However, it has never been proven that this kingdom, a privileged ally of Western powers, is the actor responsible for the plot and the attack of September 11… But when it comes to compensation, it is rather Riyadh that should and could finance. And certainly not Kabul.

Afghanistan, indeed, has paid enough and illegitimately with 20 years of murderous and destructive war. Having sheltered Osama Bin Laden, the leader of Al Qaeda, cannot justify either 20 years of war, or the arrogant strategy of « regime change » and American domination, whose vain pretension is now measured in a complete political, strategic and military failure. Biden is obviously trying to regain his credibility in the face of this total failure, crowned by the unbelievable chaos of the retreat of Washington’s and NATO’s troops. In reality, these 3.5 billion dollars in compensation to the victims of September 11 do not represent much compared to what the United States spent (more than 2.3 trillion dollars) on this unwinnable war… which it actually lost. But Biden chooses to preserve the richest and crush the weakest.

Certainly, the Taliban regime is not a reliable partner, democratic, respectful of universal human values. That is the least that can be said. But there are limits that must not be crossed. There is an Afghan people. Yes, a people, and not just a de facto authoritarian regime, brutal, hostile to women, to freedoms, to education, to culture…a regime that precisely holds its power from the American failure. These Afghan people must be helped and respected. In truth, Biden, in political difficulty, is using 9/11 as an instrument. He is using vulgar populist demagoguery to try to regain his electorate. This sordid maneuver is as morally repulsive as it is politically illegitimate.

We thought we had reached a plateau of unacceptability with Guantánamo, with Abu Ghraib and many other criminal exactions that Washington must assume. But Biden has just made the United States take a further step in ignominy… We will see who will dare to say it clearly. (12 02 22)

(Translated into english with deepl)

Afghanistan : une ignominie signée Biden.

Ce que vient de décider Joe Biden et l’Administration américaine constitue une véritable ignominie sur les plans éthique et politique. Il s’agit de l’extorsion discrétionnaire de 7 milliards de dollars appartenant à la Banque centrale afghane. Comme si les États-Unis pouvaient préempter les avoirs bancaires appartenant à un autre État afin de pouvoir s’en emparer unilatéralement pour les utiliser comme bon leur semble. Cela dépasse les bornes pour une puissance qui s’enorgueillit d’un « exceptionnalisme » issu de ses valeurs fondatrices.

Biden donne des raisons, les siennes, à cette manière de faire. Elles ressortent plutôt d’une pratique de gangstérisme international. Certes, la prédation fait partie des paramètres appartenant à toute forme d’impérialisme et aux modes de gestion des politiques de puissance. Ce n’est pas, loin de là, une nouveauté. Mais on atteint ici un summum du cynisme et du moralement inacceptable.

L’Afghanistan est au bord du précipice économique, social et politique. L’aide humanitaire, grâce aux Nations-Unies et aux ONG, pourra aider à faire face aux urgences humaines les plus absolues. Mais cela ne suffira pas comme je l’ai précédemment expliqué dans des articles figurant sur mon blog JFi, et sur le site des « Cahiers de santé publique et de protection sociale ». En dépit du régime des Talibans, il faut à ce pays des moyens pour sortir d’une crise majeure. La Croix rouge internationale et d’autres organisations considèrent que cette crise a atteint un seuil critique. C’est en effet plus de la moitié de la population (environ 25 millions de personnes) qui a besoin d’aide. Maintenant. Et dans la durée. La situation est si économiquement et socialement périlleuse que l’Afghanistan ne s’en sortira pas sans que l’on puisse s’attaquer aux causes structurelles des problèmes. Par exemple des aides à l’agriculture, à la survie et au fonctionnement du système de santé, de l’éducation, de la justice… Les besoins sont colossaux.

Mais Biden vient de prendre sans vergogne une décision totalement contraire : s’emparer de 7 milliards de dollars de la Banque centrale afghane pour payer l’aide humanitaire ($ 3,5 milliards), et pour financer des indemnisations aux victimes du 11 septembre ($ 3,5 milliards). Quel est le sens véritable d’un tel choix ? Il s’agit d’abord de faire payer par les Afghans eux-mêmes l’aide humanitaire dont ils ont un besoin urgent… tout en les dépossédant de moyens financiers importants pour un pays comme l’Afghanistan, un des plus pauvres du monde. Et cela alors que l’actuel menace d’effondrement économique et social total, dans un contexte d’État déliquescent, provient largement des conséquences de 20 ans de guerre américaine, de corruption systémique, de pauvreté massive et de sous-développement.

Et puis, faire payer ainsi des indemnisations aux victimes du 11 septembre… voilà qui ressort aussi de l’inacceptable. Ce n’est pas l’Afghanistan, et ce ne sont pas des Afghans qui ont tué 3000 personnes ce 11 septembre 2001 à New York. Ce sont 15 saoudiens sur 19 terroristes. Les autres venant du Yémen, du Liban, d’Égypte et des Émirats Arabes Unis. On sait comment nombre d’individus, de riches personnalités et des « religieux » ou cheikh saoudiens ont participé au financement d’un djihadisme ayant trouvé ainsi un moteur financier et idéologique pour leur visées politiques. Le régime des princes saoudiens a d’ailleurs une solide réputation dans les coups tordus criminels (voir par exemple l’affaire Khashoggi en octobre 2018). Cependant, il n’a jamais été prouvé que ce royaume, allié privilégié des puissances occidentales, est l’acteur responsable du complot et de l’attaque du 11 septembre… Mais en matière d’indemnisation, c’est plutôt Riyad qui devrait et pourrait financer. Et certainement pas Kaboul.

L’Afghanistan, en effet, a suffisamment et illégitimement payé avec 20 années de guerre meurtrière et destructrices. Avoir hébergé Oussama Ben Laden, chef d’Al Qaïda, ne peut justifier ni 20 ans de guerre, ni l’arrogante stratégie de « regime change » et de domination américaine dont on mesure aujourd’hui la vaine prétention dans un échec politique, stratégique et militaire complet. Biden, à l’évidence, cherche à se refaire une crédibilité vis à vis de cette totale bérézina couronnée par l’inénarrable chaos ayant présidé à la retraite des troupes de Washington et de l’OTAN. En réalité, ces 3,5 milliards de dollars d’indemnisation à des victimes du 11 septembre ne représentent pas grand-chose au regard de ce que les États-Unis ont dépensé (plus de 2300 milliards de dollars) pour cette guerre ingagnable… qu’ils ont effectivement perdue. Mais Biden choisit ainsi de préserver les plus riches et d’écraser les plus faibles.

Certes, le régime des Talibans n’est pas un partenaire fiable, démocratique, respectueux des valeurs humaines universelles. C’est le moins que l’on puisse dire. Mais il y a des limites à ne pas franchir. Il y a un peuple afghan. Oui, un peuple, et pas seulement un régime de facto autoritaire, brutal, hostiles aux femmes, aux libertés, à l’éducation, à la culture…un régime qui, précisément, tient son pouvoir de l’échec américain. Ce peuple afghan doit être aidé et respecté. En vérité, Biden, en difficulté politique, instrumentalise le 11 septembre. Il utilise une vulgaire démagogie populiste pour essayer de se refaire une santé dans son électorat. Cette sordide manœuvre est aussi moralement repoussante que politiquement illégitime.

On croyait avoir atteint un palier dans l’inacceptable avec Guantánamo, avec Abou Ghraïb et bien d’autres exactions criminelles que Washington doit assumer. Mais Biden vient de faire faire aux États-Unis un pas supplémentaire dans l’ignominie… Nous allons voir qui osera le dire clairement. (12 02 22)

DOCUMENT : lettre de Sergey Lavrov aux États membres de l’OSCE sur la sécurité en Europe.

« Lettre du Ministre russe des Affaires étrangères, Sergey Lavrov, sur l’indivisibilité de la sécurité, envoyé le 28 janvier dernier aux ministres des Affaires étrangères des États-Unis, du Canada et de plusieurs pays européens. »

Cette lettre de Sergey Lavrov (reproduite ci-dessous en français puis en russe) est en réalité une réponse à la réponse que les États-Unis ont adressée à la Russie (voir sur ce blog) après que Moscou eut formalisé ses demandes initiales en matière de sécurité sous la forme de 2 projets de traités adressés aux États-Unis et à l’OTAN, et rendus publics le 17 décembre 2021. Vous pouvez consulter ces 2 projets (à l’origine confidentiels) qui figurent aussi en intégralité sur ce blog.

Dans le contexte actuel d’une très forte tension, cette lettre de Sergey Lavrov vise manifestement à sortir de l’affrontement et à recentrer le débat sur la recherche d’un accord USA-OTAN / Russie concernant l’architecture et les normes de la sécurité en Europe, et l’indivisibilité de la sécurité, c’est à dire la nécessité d’une sécurité collective dans les mêmes conditions pour tous. Mais il n’y a pas de vision commune en la matière tellement la confrontation actuelle est surdéterminée par les logiques de puissance, et certainement par des enjeux de politique interne.

Pour l’instant, à l’évidence, c’est une impasse diplomatique sévère qui domine, due aux fins de non recevoir (les « non-starters ») imposées par Washington aux propositions et aux demandes de garanties sécuritaires de Moscou, il est vrai d’un niveau d’exigence très élevé. Demandes qui, de facto, n’ont pas encore fait l’objet d’une négociation digne de ce nom.

Je continuerai à publier sur ce blog tous les documents officiels dans leur intégralité (lorsque c’est possible) afin de clarifier les enjeux de ce qui est en train de se passer aujourd’hui dans une confrontation à la fois européenne et internationale, et dont les risques sont importants… même si la dramatisation fait partie des choix de confrontation. 05 02 2022

Le Ministère des affaires étrangères de la Fédération de Russie. 01 02 2022

Lettre de Sergey Lavrov :

Vous savez très bien que la Russie est sérieusement préoccupée par la montée des tensions politico-militaires à proximité immédiate de ses frontières occidentales. Afin d’éviter une nouvelle escalade, la Russie a présenté, le 15 décembre 2021, les projets de deux documents juridiques internationaux interdépendants – le traité américano-russe sur les assurances de sécurité et l’accord sur les mesures de sécurité entre la Russie et les États membres de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord.

Les réponses des États-Unis et de l’OTAN à nos propositions, qui ont été reçues le 26 janvier 2022, indiquent qu’il existe des différences substantielles dans la compréhension du principe de sécurité égale et indivisible, fondamental pour l’ensemble de l’architecture de sécurité européenne. Nous estimons qu’il est urgent de clarifier cette question, qui est décisive pour l’avenir du dialogue.

La Charte de sécurité européenne, signée lors du sommet de l’OSCE à Istanbul en novembre 1999, énonce les droits et engagements fondamentaux des États participants de l’Organisation en ce qui concerne l’indivisibilité de la sécurité. Le droit de chaque État participant de choisir ou de modifier librement ses arrangements de sécurité, y compris les traités d’alliance, au fur et à mesure de leur évolution, est souligné, tout comme la neutralité. Dans le même paragraphe de la Charte, cela est explicitement soumis à l’obligation de chaque État de ne pas renforcer sa sécurité au détriment de celle des autres. Elle stipule également qu’aucun État, groupe d’États ou organisation ne peut se voir confier la responsabilité principale du maintien de la paix et de la stabilité dans la région de l’OSCE, ni considérer une partie de celle-ci comme sa sphère d’influence.

Lors du sommet de l’OSCE à Astana en décembre 2010, nos dirigeants ont approuvé une déclaration réaffirmant cet ensemble intégral d’engagements interconnectés.

Cependant, les pays occidentaux ne cessent d’en retirer que les positions dont ils ont besoin, à savoir le droit des États à choisir librement des alliances pour assurer exclusivement leur sécurité. L’expression « à mesure qu’elles évoluent » est honteusement omise, car cette disposition faisait également partie de la conception de l' »indivisibilité de la sécurité », à savoir le retrait obligatoire des alliances militaires de leur fonction initiale de dissuasion et leur intégration dans l’architecture paneuropéenne sur une base collective plutôt que de groupe restreint. Le principe de l’indivisibilité de la sécurité a été interprété de manière sélective pour justifier l’expansion irresponsable de l’OTAN.

Il est révélateur que dans les commentaires sur la volonté de développer un dialogue sur l’architecture de sécurité en Europe, les représentants occidentaux évitent soigneusement de mentionner la Charte de sécurité européenne et la déclaration d’Astana. Ils ne font référence qu’à des documents antérieurs de l’OSCE, notamment la Charte de Paris pour une nouvelle Europe de 1990, qui ne contient pas l’engagement, aujourd’hui « gênant », de ne pas renforcer la sécurité de ses États au détriment des autres. Les capitales occidentales tentent également d’ignorer l’un des documents clés de l’OSCE, le Code de conduite de 1994 relatif aux aspects politico-militaires de la sécurité, qui stipule explicitement que les États « tiendront compte des intérêts légitimes des autres États en matière de sécurité » lorsqu’ils choisiront la manière d’assurer la sécurité, y compris l’adhésion à des alliances.

Ce n’est pas comme ça que les choses vont fonctionner. Le point sur l’indivisibilité des accords de sécurité est que la sécurité est soit unique pour tous, soit inexistante pour tous. Et, comme le stipule la Charte d’Istanbul, chaque État participant de l’OSCE a un droit égal à la sécurité, et pas seulement les membres de l’OTAN qui interprètent ce droit comme s’appliquant exclusivement aux membres du club « exclusif » de l’Atlantique Nord.

Je ne commenterai pas les autres attitudes et actions de l’OTAN, caractérisées par la recherche par ce bloc « défensif » de la supériorité militaire et du recours à la force, en contournant les prérogatives du Conseil de sécurité de l’ONU. Je dirai seulement que de telles actions sont contraires aux obligations européennes communes fondamentales, y compris les engagements contenus dans les documents en question de maintenir des capacités militaires « à la mesure des besoins légitimes de sécurité individuelle ou collective, compte tenu des obligations découlant du droit international ainsi que des préoccupations légitimes des autres États en matière de sécurité ».

En ce qui concerne la situation actuelle en Europe, nos collègues des États-Unis, de l’OTAN et de l’UE ne cessent d’appeler à la « désescalade » et d’exhorter la Russie à « choisir la voie de la diplomatie ». Nous tenons à vous rappeler que nous suivons cette voie depuis des décennies. Les jalons les plus importants – les documents des sommets d’Istanbul et d’Astana – sont le résultat direct de la diplomatie. Le fait que l’Occident tente maintenant, de manière flagrante, de réviser unilatéralement en sa faveur ces réalisations diplomatiques des dirigeants de tous les pays de l’OSCE est profondément inquiétant. La situation exige une clarification honnête de la position.

Nous voulons une réponse claire à la question de savoir comment nos partenaires comprennent leur engagement à ne pas renforcer leur propre sécurité au détriment de la sécurité d’autres États sur la base d’un engagement au principe de l’indivisibilité de la sécurité ? Comment votre gouvernement compte-t-il mettre cet engagement en pratique dans les circonstances actuelles ? Si vous vous retirez de cet engagement, veuillez le faire savoir clairement.

Sans une clarté totale sur cette question clé de l’interaction des droits et des responsabilités entérinée au plus haut niveau, l’équilibre des intérêts inscrit dans les documents des sommets d’Istanbul et d’Astana ne pourra être atteint. Votre réponse nous aidera à mieux comprendre le degré d’accommodation de nos partenaires, ainsi que la possibilité d’avancer ensemble dans la réduction des tensions et le renforcement de la sécurité paneuropéenne.

Nous attendons une réaction rapide. Cela ne devrait pas prendre longtemps – il s’agit de clarifier l’accord sur la base duquel votre président (premier ministre) a signé les engagements pertinents.

Nous supposons également que la réaction à ce message sera nationale, car les engagements mentionnés ont été pris par chacun de nos États individuellement et non au nom ou dans le cadre d’un quelconque bloc.

Текст послания Министра иностранных дел Российской Федерации С.В.Лаврова по тематике неделимости безопасности, направленного 28 января с.г. главам внешнеполитических ведомств США, Канады и ряда европейских стран

01 02 2022

Вам хорошо известно, что Россия всерьез обеспокоена ростом военно-политической напряженности в непосредственной близости от ее западных границ. В целях предотвращения дальнейшей эскалации российская сторона 15 декабря 2021 г. представила проекты двух взаимосвязанных международно-правовых документов – Договора между Россией и США о гарантиях безопасности и Соглашения о мерах обеспечения безопасности России и государств-членов Организации Североатлантического договора.

Поступившие 26 января 2022 г. ответы США и НАТО на наши предложения свидетельствуют о существенных расхождениях в понимании фундаментального для всей архитектуры европейской безопасности принципа равной и неделимой безопасности. Считаем необходимым незамедлительно прояснить этот определяющий с точки зрения перспектив диалога вопрос.

В Хартии европейской безопасности, подписанной на саммите ОБСЕ в Стамбуле в ноябре 1999 г., сформулированы основные права и обязательства государств-участников Организации в отношении неделимости безопасности. Подчеркнуто право каждого государства-участника на свободный выбор или изменение способа обеспечения своей безопасности, включая союзные договоры, по мере их эволюции, равно как и на нейтралитет. В том же параграфе Хартии это прямо обусловлено обязательством каждого государства не укреплять свою безопасность за счет безопасности других. Там же сказано, что ни одно государство, группа государств или организация не могут быть наделены преимущественной ответственностью за поддержание мира и стабильности в регионе ОБСЕ или рассматривать какую-либо его часть как сферу своего влияния.

На саммите ОБСЕ в Астане в декабре 2010 г. лидерами наших стран была одобрена Декларация, подтвердившая этот целостный пакет взаимосвязанных обязательств.

Однако западные страны продолжают выдергивать из него только нужные им позиции, а именно – право государств на свободный выбор союзов для обеспечения исключительно своей безопасности. Стыдливо опускается «по мере их эволюции», поскольку это положение также являлось составной частью понимания «неделимости безопасности», а именно – обязательного ухода военных союзов от изначальной функции сдерживания и их интеграции в общеевропейскую архитектуру на коллективных, а не узкогрупповых началах. Принцип неделимости безопасности избирательно трактуется для обоснования взятого курса на безответственное расширение НАТО.

Показательно, что в комментариях о готовности развивать диалог об архитектуре безопасности в Европе представители Запада старательно избегают упоминания Хартии европейской безопасности и Астанинской декларации. Ссылаются лишь на более ранние документы ОБСЕ, особенно часто – на Парижскую хартию для новой Европы 1990 г., в которой не содержится ставшего «неудобным» обязательства не укреплять безопасность своих государств за счет других. В западных столицах также пытаются не замечать один из ключевых документов ОБСЕ – Кодекс поведения, касающийся военно-политических аспектов безопасности 1994 г., где прямо говорится о том, что при выборе способов обеспечения безопасности, включая членство в союзах, государства будут «учитывать законные интересы безопасности других государств».

Так дело не пойдет. Смысл договоренностей о неделимости безопасности заключается в том, что безопасность либо одна для всех, либо ее нет ни для кого. И, как предусмотрено в Стамбульской Хартии, каждое государство-участник ОБСЕ имеет равное право на безопасность, а не только члены НАТО, которые толкуют это право как относящееся исключительно к членам североатлантического «эксклюзивного» клуба.

Не буду комментировать другие установки и действия НАТО, характеризующиеся стремлением этого «оборонительного» блока к военному превосходству и применением силы в обход прерогатив Совета Безопасности ООН. Скажу лишь, что подобные действия идут вразрез с фундаментальными общеевропейскими обязательствами, включая содержащиеся в упомянутых документах обязательства поддерживать военные потенциалы, «соизмеримые с законными индивидуальными или коллективными потребностями в области безопасности, с учетом обязательств по международному праву, а также законных интересов безопасности других государств».

Рассуждая о нынешней ситуации в Европе, наши коллеги из США, НАТО и Евросоюза постоянно взывают к «деэскалации» и призывают Россию «выбрать путь дипломатии». Хотим напомнить: мы уже не одно десятилетие шли этим путем. Важнейшие вехи – документы саммитов в Стамбуле и Астане – есть прямой результат именно дипломатии. Тот факт, что сейчас Запад откровенно пытается в одностороннем порядке ревизовать в свою пользу эти дипломатические достижения лидеров всех стран ОБСЕ, вызывает глубокую тревогу. Ситуация требует честного прояснения позиции.

Мы хотим получить четкий ответ на вопрос о том, как наши партнеры понимают свое обязательство не укреплять собственную безопасность за счет безопасности других государств на основе приверженности принципу неделимости безопасности? Как конкретно Ваше правительство намерено выполнять это обязательство на практике в современных условиях? Если Вы отказываетесь от данного обязательства, просим четко сообщить об этом.

Без внесения полной ясности в этот ключевой вопрос, касающийся взаимосвязи прав и обязанностей, одобренных на высшем уровне, невозможно обеспечить баланс интересов, закрепленный в документах саммитов в Стамбуле и Астане. Ваш ответ поможет лучше понять степень договороспособности наших партнеров, а также возможность совместного продвижения в деле снижения напряженности и укрепления общеевропейской безопасности.

Ожидаем оперативной реакции. Она не должна занять много времени – ведь речь идет о прояснении понимания, на основе которого Ваш президент (премьер) подписал соответствующие обязательства.

Также исходим из того, что реакция на данное послание поступит в национальном качестве, поскольку упомянутые обязательства принимались каждым из наших государств индивидуально, а не от имени или в составе какого-либо блока.

DOCUMENT : déclaration conjointe Poutine/Xi Jinping

Déclaration conjointe de la Fédération de Russie et de la République populaire de Chine sur les relations internationales entrant dans une nouvelle ère et le développement durable mondial. 4 février 2022

Vous trouverez ci-dessous, à titre documentaire (en français puis en anglais), l’intégralité de la déclaration conjointe Russie/Chine du 4 février 2022, adoptée à l’occasion de la rencontre entre V. Poutine et Xi Jinping, à l’ouverture des Jeux Olympique de Pékin. Cette déclaration très substantielle traite les questions internationales et stratégiques d’actualité. Elle trace un vaste ensemble de points de convergences et d’actions communes. Elle montre le niveau élevé d’entente politique atteint par Moscou et Pékin.
Choisir de rendre public un tel « manifeste » dans le contexte international actuel est, en soi, un choix politique qui ne doit rien au hasard. On est pas tenu d’approuver toutes les dispositions de ce texte, mais il est utile d’en prendre connaissance.

À l’invitation du Président de la République populaire de Chine Xi Jinping, le Président de la Fédération de Russie Vladimir V. Poutine s’est rendu en Chine le 4 février 2022. Les chefs d’État ont eu des entretiens à Pékin et ont participé à la cérémonie d’ouverture des XXIVe Jeux olympiques d’hiver.

La Fédération de Russie et la République populaire de Chine, ci-après dénommées les parties, déclarent ce qui suit.

Aujourd’hui, le monde connaît des changements considérables et l’humanité entre dans une nouvelle ère de développement rapide et de transformation profonde. Elle voit se développer des processus et des phénomènes tels que la multipolarité, la mondialisation de l’économie, l’avènement de la société de l’information, la diversité culturelle, la transformation de l’architecture de la gouvernance mondiale et de l’ordre mondial ; l’interrelation et l’interdépendance entre les États s’accroissent ; une tendance à la redistribution du pouvoir dans le monde se dessine ; et la communauté internationale manifeste une demande croissante de leadership visant un développement graduel et pacifique. Dans le même temps, alors que la pandémie du nouveau coronavirus se poursuit, la situation en matière de sécurité internationale et régionale se complique et le nombre de défis et de menaces planétaires augmente de jour en jour. Certains acteurs, qui ne représentent qu’une minorité à l’échelle internationale, continuent de préconiser des approches unilatérales pour traiter les questions internationales, et de recourir à la force ; ils s’immiscent dans les affaires intérieures d’autres États, portant atteinte à leurs droits et intérêts légitimes, et incitent aux contradictions, aux discordances et à la confrontation, entravant ainsi le développement et le progrès de l’humanité, contre l’opposition de la communauté internationale.

Les parties appellent tous les États à rechercher le bien-être pour tous et, à ces fins, à instaurer le dialogue et la confiance mutuelle, à renforcer la compréhension mutuelle, à défendre des valeurs humaines universelles telles que la paix, le développement, l’égalité, la justice, la démocratie et la liberté, à respecter le droit des peuples à déterminer de manière indépendante les voies de développement de leur pays, ainsi que la souveraineté et les intérêts des États en matière de sécurité et de développement, à protéger l’architecture internationale pilotée par les Nations-Unies et l’ordre mondial fondé sur le droit international, à rechercher une véritable multipolarité, les Nations-Unies et le Conseil de sécurité jouant un rôle central et de coordination, à promouvoir des relations internationales plus démocratiques et à garantir la paix, la stabilité et le développement durable dans le monde.

I

Les parties partagent l’idée que la démocratie est une valeur humaine universelle, plutôt qu’un privilège d’un nombre limité d’États, et que sa promotion et sa protection sont une responsabilité commune de la communauté mondiale tout entière.

Les parties estiment que la démocratie est un moyen de faire participer les citoyens au gouvernement de leur pays en vue d’améliorer le bien-être de la population et de mettre en œuvre le principe du gouvernement populaire. La démocratie s’exerce dans toutes les sphères de la vie publique dans le cadre d’un processus à l’échelle nationale et reflète les intérêts de l’ensemble du peuple, sa volonté, garantit ses droits, répond à ses besoins et protège ses intérêts. Il n’existe pas de modèle unique pour guider les pays dans l’instauration de la démocratie. Une nation peut choisir les formes et les méthodes de mise en œuvre de la démocratie qui conviennent le mieux à son état particulier, sur la base de son système social et politique, de son contexte historique, de ses traditions et de ses caractéristiques culturelles uniques. C’est uniquement au peuple du pays de décider si son État est démocratique.

Les parties notent que la Russie et la Chine, en tant que puissances mondiales dotées d’un riche patrimoine culturel et historique, ont de longues traditions démocratiques, qui reposent sur une expérience millénaire du développement, un large soutien populaire et la prise en compte des besoins et des intérêts des citoyens. La Russie et la Chine garantissent à leur population le droit de participer par divers moyens et sous diverses formes à l’administration de l’État et à la vie publique, conformément à la loi. Les peuples des deux pays sont certains de la voie qu’ils ont choisie et respectent les systèmes et traditions démocratiques des autres États.

Les parties constatent que les principes démocratiques sont mis en œuvre à un niveau global, ainsi que dans l’administration de l’État. Les tentatives de certains États d’imposer leurs propres « normes démocratiques » à d’autres pays, de monopoliser le droit d’évaluer le niveau de conformité aux critères démocratiques, de tracer des lignes de démarcation fondées sur des motifs idéologiques, notamment en établissant des blocs exclusifs et des alliances de complaisance, s’avèrent n’être rien d’autre qu’une négation de la démocratie et vont à l’encontre de l’esprit et des véritables valeurs de la démocratie. De telles tentatives d’hégémonie constituent de graves menaces pour la paix et la stabilité mondiales et régionales et compromettent la stabilité de l’ordre mondial.

Les parties estiment que la défense de la démocratie et des droits de l’homme ne doit pas être utilisée pour faire pression sur d’autres pays. Elles s’opposent à l’abus des valeurs démocratiques et à l’ingérence dans les affaires intérieures d’États souverains sous le prétexte de protéger la démocratie et les droits de l’homme, ainsi qu’à toute tentative d’inciter à la division et à la confrontation dans le monde. Les parties appellent la communauté internationale à respecter la diversité culturelle et civilisationnelle et les droits des peuples de différents pays à l’autodétermination. Elles sont prêtes à travailler ensemble avec tous les partenaires intéressés pour promouvoir une véritable démocratie.

Les parties notent que la Charte des Nations-Unies et la Déclaration universelle des droits de l’homme fixent de nobles objectifs dans le domaine des droits de l’homme universels, énoncent des principes fondamentaux que tous les États doivent respecter et observer dans les faits. En même temps, comme chaque nation a ses propres caractéristiques nationales, son histoire, sa culture, son système social et son niveau de développement social et économique, la nature universelle des droits de l’homme doit être vue à travers le prisme de la situation réelle de chaque pays particulier, et les droits de l’homme doivent être protégés en fonction de la situation spécifique de chaque pays et des besoins de sa population. La promotion et la protection des droits de l’homme sont une responsabilité partagée de la communauté internationale. Les États doivent accorder la même priorité à toutes les catégories de droits de l’homme et les promouvoir de manière systémique. La coopération internationale en matière de droits de l’homme doit être menée comme un dialogue d’égal à égal impliquant tous les pays. Tous les États doivent avoir un accès égal au droit au développement. L’interaction et la coopération en matière de droits de l’homme doivent être fondées sur le principe de l’égalité de tous les pays et du respect mutuel, afin de renforcer l’architecture internationale des droits de l’homme.

II

Les parties estiment que la paix, le développement et la coopération sont au cœur du système international moderne. Le développement est un moteur essentiel pour assurer la prospérité des nations. La pandémie actuelle avec la nouvelle infection du coronavirus constitue un sérieux défi pour la réalisation du programme de développement durable des Nations-Unies à l’horizon 2030. Il est essentiel de renforcer les relations de partenariat dans l’intérêt du développement mondial et de veiller à ce que la nouvelle étape du développement mondial soit définie par l’équilibre, l’harmonie et l’inclusion.

Les parties cherchent à faire avancer leurs travaux pour relier les plans de développement de l’Union économique eurasienne (UEE) et l’initiative « la Ceinture et la Route » en vue d’intensifier la coopération pratique entre l’UEE et la Chine dans divers domaines et de promouvoir une plus grande interconnexion entre les régions Asie-Pacifique et Eurasie. Les parties réaffirment l’importance qu’elles accordent à la construction du Grand partenariat eurasiatique, parallèlement et en coordination avec la construction de « la Ceinture et la Route », afin de favoriser le développement des associations régionales ainsi que les processus d’intégration bilatérale et multilatérale au profit des peuples du continent eurasiatique.

Les parties sont convenues de continuer à intensifier de manière cohérente la coopération pratique pour le développement durable de l’Arctique.

Les parties renforceront la coopération au sein des mécanismes multilatéraux, notamment les Nations-Unies, et encourageront la communauté internationale à donner la priorité aux questions de développement dans la coordination macro-politique mondiale. Elles appellent les pays développés à mettre en œuvre de bonne foi leurs engagements formels en matière d’aide au développement, à fournir davantage de ressources aux pays en développement, à s’attaquer au développement inégal des États, à œuvrer pour compenser ces déséquilibres au sein des États et à faire progresser la coopération mondiale et internationale en matière de développement. La partie russe confirme qu’elle est prête à continuer à travailler sur l’Initiative mondiale pour le développement proposée par la Chine, notamment en participant aux activités du Groupe des amis de l’Initiative mondiale pour le développement sous les auspices des Nations-Unies. Afin d’accélérer la mise en œuvre de l’Agenda 2030 des Nations-Unies pour le développement durable, les parties appellent la communauté internationale à prendre des mesures concrètes dans les domaines clés de la coopération tels que la réduction de la pauvreté, la sécurité alimentaire, les vaccins et le contrôle des épidémies, le financement du développement, le changement climatique, le développement durable, y compris le développement vert, l’industrialisation, l’économie numérique et la connectivité des infrastructures.

Les parties appellent la communauté internationale à créer des conditions ouvertes, égales, justes et non discriminatoires pour le développement scientifique et technologique, à intensifier la mise en œuvre pratique des avancées scientifiques et technologiques afin d’identifier les nouveaux moteurs de la croissance économique.

Les parties appellent tous les pays à renforcer la coopération dans le domaine des transports durables, à établir activement des contacts et à partager les connaissances dans la construction d’installations de transport, y compris les transports intelligents et les transports durables, le développement et l’utilisation des routes arctiques, ainsi qu’à développer d’autres domaines pour soutenir la reprise post-épidémique mondiale.

Les parties prennent des mesures sérieuses et apportent une contribution importante à la lutte contre le changement climatique. Célébrant conjointement le 30e anniversaire de l’adoption de la convention-cadre des Nations-Unies sur les changements climatiques, elles réaffirment leur attachement à cette convention ainsi qu’aux objectifs, principes et dispositions de l’accord de Paris, y compris le principe des responsabilités communes mais différenciées. Les parties travaillent ensemble pour assurer la mise en œuvre complète et effective de l’accord de Paris, restent déterminées à remplir les obligations qu’elles ont contractées et attendent des pays développés qu’ils assurent effectivement la mise à disposition annuelle de 100 milliards de dollars de financement climatique aux États en développement. Les parties s’opposent à la mise en place de nouvelles barrières dans le commerce international sous le prétexte de lutter contre le changement climatique.

Les parties soutiennent fermement le développement de la coopération et des échanges internationaux dans le domaine de la diversité biologique, en participant activement au processus de gouvernance mondiale correspondant, et ont l’intention de promouvoir conjointement le développement harmonieux de l’humanité et de la nature ainsi que la transformation verte pour assurer un développement mondial durable.

Les chefs d’État évaluent positivement l’interaction efficace entre la Russie et la Chine dans les formats bilatéraux et multilatéraux axés sur la lutte contre la pandémie de COVID-19, la protection de la vie et de la santé de la population des deux pays et des peuples du monde. Elles renforceront leur coopération dans le développement et la fabrication de vaccins contre la nouvelle infection du coronavirus, ainsi que des médicaments pour son traitement, et amélioreront leur collaboration en matière de santé publique et de médecine moderne. Les parties prévoient de renforcer la coordination des mesures épidémiologiques afin de garantir une solide protection de la santé, de la sécurité et de l’ordre dans les contacts entre les citoyens des deux pays. Les parties ont salué le travail des autorités compétentes et des régions des deux pays pour la mise en œuvre de mesures de quarantaine dans les zones frontalières et pour assurer le fonctionnement stable des points de passage frontaliers, et ont l’intention d’envisager la création d’un mécanisme conjoint de contrôle et de prévention des épidémies dans les zones frontalières afin de planifier conjointement les mesures anti-épidémiques à prendre aux points de contrôle frontaliers, de partager les informations, de construire des infrastructures et d’améliorer l’efficacité du dédouanement des marchandises.

Les parties soulignent que la détermination de l’origine de la nouvelle infection par le coronavirus est une question de science. La recherche sur ce sujet doit se fonder sur des connaissances mondiales, ce qui nécessite une coopération entre les scientifiques du monde entier. Les parties s’opposent à la politisation de cette question. La Russie se félicite des travaux menés conjointement par la Chine et l’OMS pour identifier la source de la nouvelle infection à coronavirus et soutient le rapport conjoint Chine-OMS sur la question. Les parties appellent la communauté mondiale à promouvoir conjointement une approche scientifique sérieuse pour l’étude de l’origine du coronavirus.

La partie russe est favorable à ce que la Chine accueille avec succès les Jeux olympiques et paralympiques d’hiver à Pékin en 2022.

Les parties apprécient hautement le niveau de la coopération bilatérale dans le domaine des sports et du mouvement olympique et se déclarent prêtes à contribuer à son développement progressif.

III

Les parties sont gravement préoccupées par les graves problèmes de sécurité internationale et estiment que les destins de toutes les nations sont liés. Aucun État ne peut ni ne doit assurer sa propre sécurité indépendamment de la sécurité du reste du monde et au détriment de la sécurité des autres États. La communauté internationale doit s’engager activement dans la gouvernance mondiale pour assurer une sécurité universelle, globale, indivisible et durable.

Les parties réaffirment leur ferme soutien mutuel à la protection de leurs intérêts fondamentaux, de la souveraineté des États et de leur intégrité territoriale, et s’opposent à l’ingérence de forces extérieures dans leurs affaires intérieures.

La partie russe réaffirme son soutien au principe d’une seule Chine, confirme que Taïwan est une partie inaliénable de la Chine et s’oppose à toute forme d’indépendance de Taïwan.

La Russie et la Chine s’opposent aux tentatives des forces extérieures de porter atteinte à la sécurité et à la stabilité dans leurs régions communes adjacentes, ont l’intention de contrer l’ingérence des forces extérieures dans les affaires intérieures des pays souverains sous quelque prétexte que ce soit, s’opposent aux révolutions de couleur et renforceront leur coopération dans les domaines susmentionnés.

Les parties condamnent le terrorisme dans toutes ses manifestations, promeuvent l’idée de créer un front mondial unique de lutte contre le terrorisme, les Nations-Unies jouant un rôle central, préconisent une coordination politique plus forte et un engagement constructif dans les efforts multilatéraux de lutte contre le terrorisme. Les parties s’opposent à la politisation des questions de lutte contre le terrorisme et à leur utilisation comme instruments d’une politique de deux poids, deux mesures, condamnent la pratique de l’ingérence dans les affaires intérieures d’autres États à des fins géopolitiques par le biais de groupes terroristes et extrémistes ainsi que sous couvert de lutte contre le terrorisme international et l’extrémisme.

Les parties estiment que certains États, certaines alliances et coalitions militaires et politiques cherchent à obtenir, directement ou indirectement, des avantages militaires unilatéraux au détriment de la sécurité des autres, notamment en recourant à des pratiques de concurrence déloyale, intensifient la rivalité géopolitique, alimentent l’antagonisme et la confrontation et portent gravement atteinte à l’ordre de sécurité international et à la stabilité stratégique mondiale. Les parties s’opposent à un nouvel élargissement de l’OTAN et demandent à l’Alliance de l’Atlantique Nord d’abandonner ses approches idéologisées de la guerre froide, de respecter la souveraineté, la sécurité et les intérêts des autres pays, la diversité de leurs contextes civilisationnels, culturels et historiques, et d’adopter une attitude juste et objective à l’égard du développement pacifique des autres États. Les parties s’opposent à la formation de structures de blocs fermés et de camps opposés dans la région Asie-Pacifique et restent très vigilantes quant à l’impact négatif de la stratégie indo-pacifique des États-Unis sur la paix et la stabilité dans la région. La Russie et la Chine ont déployé des efforts constants pour construire un système de sécurité équitable, ouvert et inclusif dans la région Asie-Pacifique (APR) qui ne soit pas dirigé contre des pays tiers et qui favorise la paix, la stabilité et la prospérité.

Les parties se félicitent de la déclaration commune des dirigeants des cinq États dotés d’armes nucléaires sur la prévention de la guerre nucléaire et la prévention des courses aux armements et estiment que tous les États dotés d’armes nucléaires devraient abandonner la mentalité de la guerre froide et les jeux à somme nulle, réduire le rôle des armes nucléaires dans leurs politiques de sécurité nationale, retirer les armes nucléaires déployées à l’étranger, mettre fin au développement sans restriction du système mondial de défense contre les missiles balistiques (ABM) et prendre des mesures efficaces pour réduire les risques de guerre nucléaire et de tout conflit armé entre les pays dotés de capacités nucléaires militaires.

Les parties réaffirment que le traité sur la non-prolifération des armes nucléaires est la pierre angulaire du système international de désarmement et de non-prolifération nucléaire, un élément important du système de sécurité international d’après-guerre, et qu’il joue un rôle indispensable dans la paix et le développement du monde. La communauté internationale devrait promouvoir la mise en œuvre équilibrée des trois piliers du traité et travailler ensemble pour protéger la crédibilité, l’efficacité et la nature universelle de l’instrument.

Les parties sont gravement préoccupées par le partenariat de sécurité trilatéral entre l’Australie, les États-Unis et le Royaume-Uni (AUKUS), qui prévoit une coopération approfondie entre ses membres dans des domaines impliquant la stabilité stratégique, et notamment par leur décision d’entamer une coopération dans le domaine des sous-marins à propulsion nucléaire. La Russie et la Chine estiment que de telles actions sont contraires aux objectifs de sécurité et de développement durable de la région Asie-Pacifique, augmentent le danger d’une course aux armements dans la région et posent de sérieux risques de prolifération nucléaire. Les parties condamnent fermement de telles actions et appellent les participants à l’AUKUS à respecter de bonne foi leurs engagements en matière de non-prolifération nucléaire et de missiles, et à travailler ensemble pour préserver la paix, la stabilité et le développement dans la région.

Les parties sont profondément préoccupées par les projets du Japon de rejeter dans l’océan l’eau contaminée par des substances nucléaires provenant de la centrale nucléaire détruite de Fukushima et par l’impact environnemental potentiel de ces actions. Les parties soulignent que l’élimination de l’eau contaminée par des substances nucléaires doit être gérée de manière responsable et effectuée de façon appropriée sur la base d’arrangements entre la partie japonaise et les États voisins, les autres parties intéressées et les agences internationales compétentes, tout en garantissant la transparence, le raisonnement scientifique et le respect du droit international.

Les parties estiment que le retrait des États-Unis du traité sur l’élimination des missiles à portée intermédiaire et à plus courte portée, l’accélération de la recherche et du développement de missiles terrestres à portée intermédiaire et à plus courte portée et le désir de les déployer dans les régions Asie-Pacifique et Europe, ainsi que leur transfert aux alliés, entraînent une augmentation de la tension et de la méfiance, accroissent les risques pour la sécurité internationale et régionale, conduisent à l’affaiblissement du système international de non-prolifération et de contrôle des armements et sapent la stabilité stratégique mondiale. Les parties appellent les États-Unis à répondre positivement à l’initiative russe et à abandonner leurs plans de déploiement de missiles terrestres à portée intermédiaire et à plus courte portée dans la région Asie-Pacifique et en Europe. Les parties continueront à entretenir des contacts et à renforcer la coordination sur cette question.

La partie chinoise comprend et soutient les propositions avancées par la Fédération de Russie pour créer des garanties de sécurité à long terme juridiquement contraignantes en Europe.

Les parties notent que la dénonciation par les États-Unis d’un certain nombre d’importants accords internationaux de contrôle des armements a un impact extrêmement négatif sur la sécurité et la stabilité internationales et régionales. Les parties expriment leur inquiétude quant à l’avancement des plans américains visant à développer une défense antimissile mondiale et à déployer ses éléments dans diverses régions du monde, combinés au renforcement des capacités des armes non nucléaires de haute précision pour des frappes de désarmement et d’autres objectifs stratégiques. Les parties soulignent l’importance des utilisations pacifiques de l’espace, soutiennent fermement le rôle central du Comité des Nations-Unies sur les utilisations pacifiques de l’espace extra-atmosphérique dans la promotion de la coopération internationale, le maintien et le développement du droit international de l’espace et la réglementation dans le domaine des activités spatiales. La Russie et la Chine continueront à accroître leur coopération sur des questions d’intérêt mutuel telles que la durabilité à long terme des activités spatiales et le développement et l’utilisation des ressources spatiales. Les parties s’opposent aux tentatives de certains États de transformer l’espace en une arène de confrontation armée et réitèrent leur intention de faire tous les efforts nécessaires pour empêcher l’arsenalisation de l’espace et une course aux armements dans l’espace. Elles s’opposeront aux activités visant à obtenir une supériorité militaire dans l’espace et à l’utiliser pour des opérations de combat. Les parties affirment la nécessité de lancer rapidement des négociations en vue de conclure un instrument multilatéral juridiquement contraignant basé sur le projet de traité russo-chinois relatif à la prévention du placement d’armes dans l’espace et de l’emploi ou de la menace de la force contre des objets spatiaux, qui offrirait des garanties fondamentales et fiables contre une course aux armements et l’arsenalisation de l’espace.

La Russie et la Chine soulignent que des mesures appropriées de transparence et de confiance, y compris une initiative internationale / engagement politique de ne pas être le premier à placer des armes dans l’espace, peuvent également contribuer à l’objectif de prévention d’une course aux armements dans l’espace, mais que ces mesures devraient compléter et non remplacer le régime efficace juridiquement contraignant régissant les activités spatiales.

Les parties réaffirment leur conviction que la Convention sur l’interdiction de la mise au point, de la fabrication et du stockage des armes bactériologiques (biologiques) ou à toxines et sur leur destruction (BWC) est un pilier essentiel de la paix et de la sécurité internationales. La Russie et la Chine soulignent leur détermination à préserver la crédibilité et l’efficacité de la convention.

Les parties affirment la nécessité de respecter pleinement et de renforcer encore la Convention sur l’Interdiction des Armes Biologiques (CIAB), notamment en l’institutionnalisant, en renforçant ses mécanismes et en adoptant un protocole juridiquement contraignant à la convention, assorti d’un mécanisme de vérification efficace, ainsi que par le biais de consultations et d’une coopération régulières pour traiter toute question liée à la mise en œuvre de la convention.

Les parties soulignent que les activités nationales et étrangères des États-Unis et de leurs alliés en matière d’armes biologiques suscitent de graves préoccupations et questions de la part de la communauté internationale quant à leur respect de la CIAB. Les parties partagent le point de vue selon lequel ces activités constituent une menace sérieuse pour la sécurité nationale de la Fédération de Russie et de la Chine et sont préjudiciables à la sécurité des régions respectives. Les parties appellent les États-Unis et leurs alliés à agir de manière ouverte, transparente et responsable en rendant compte de manière appropriée de leurs activités biologiques militaires menées à l’étranger et sur leur territoire national, et en soutenant la reprise des négociations sur un protocole à la Convention sur les armes biologiques juridiquement contraignant, assorti d’un mécanisme de vérification efficace.

Les parties, réaffirmant leur attachement à l’objectif d’un monde exempt d’armes chimiques, appellent toutes les parties à la convention sur les armes chimiques à travailler ensemble pour préserver sa crédibilité et son efficacité. La Russie et la Chine sont profondément préoccupées par la politisation de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques et appellent tous ses membres à renforcer la solidarité et la coopération et à protéger la tradition de la prise de décision consensuelle. La Russie et la Chine insistent pour que les États-Unis, en tant que seul État partie à la convention qui n’a pas encore achevé le processus d’élimination des armes chimiques, accélèrent l’élimination de leurs stocks d’armes chimiques. Les parties soulignent l’importance de trouver un équilibre entre les obligations des États en matière de non-prolifération et les intérêts d’une coopération internationale légitime dans l’utilisation des technologies avancées et des matériaux et équipements connexes à des fins pacifiques. Les parties prennent note de la résolution intitulée « Promouvoir la coopération internationale en matière d’utilisations pacifiques dans le contexte de la sécurité internationale », adoptée lors de la 76e session de l’Assemblée générale des Nations-Unies à l’initiative de la Chine et coparrainée par la Russie, et attendent avec intérêt sa mise en œuvre cohérente conformément aux objectifs qui y sont énoncés.

Les parties attachent une grande importance aux questions de gouvernance dans le domaine de l’intelligence artificielle. Les parties sont prêtes à renforcer le dialogue et les contacts sur l’intelligence artificielle.

Les parties réaffirment leur volonté d’approfondir la coopération dans le domaine de la sécurité internationale de l’information et de contribuer à la mise en place d’un environnement Technologies Information et Communication (TIC) ouvert, sûr, durable et accessible. Les parties soulignent que les principes de non-recours à la force, de respect de la souveraineté nationale et des droits de l’homme et libertés fondamentales, et de non-ingérence dans les affaires intérieures d’autres États, tels qu’ils sont consacrés par la Charte des Nations-Unies, sont applicables à l’espace d’information. La Russie et la Chine réaffirment le rôle clé de l’ONU dans la réponse aux menaces pesant sur la sécurité internationale de l’information et expriment leur soutien à l’Organisation dans l’élaboration de nouvelles normes de conduite des États dans ce domaine.

Les parties se félicitent de la mise en œuvre du processus de négociation mondial sur la sécurité de l’information internationale au sein d’un mécanisme unique et soutiennent dans ce contexte les travaux du Groupe de travail à composition non limitée des Nations-Unies sur la sécurité des technologies de l’information et de la communication (TIC) 2021-2025 (GTCNU) et expriment leur volonté de parler d’une seule voix en son sein. Les parties considèrent qu’il est nécessaire de consolider les efforts de la communauté internationale pour élaborer de nouvelles normes de comportement responsable des États, y compris sur le plan juridique, ainsi qu’un instrument juridique international universel réglementant les activités des États dans le domaine des TIC. Les parties estiment que l’initiative mondiale sur la sécurité des données, proposée par la partie chinoise et soutenue, en principe, par la partie russe, constitue une base pour que le groupe de travail discute et élabore des réponses aux menaces pour la sécurité des données et aux autres menaces pour la sécurité internationale de l’information.

Les parties réitèrent leur soutien aux résolutions 74/247 et 75/282 de l’Assemblée générale des Nations-Unies, soutiennent les travaux du comité spécial d’experts gouvernementaux compétent, facilitent les négociations au sein des Nations-Unies en vue de l’élaboration d’une convention internationale sur la lutte contre l’utilisation des TIC à des fins criminelles. Les parties encouragent la participation constructive de toutes les parties aux négociations afin de convenir dès que possible d’une convention crédible, universelle et globale et de la présenter à l’Assemblée générale des Nations-Unies lors de sa 78e session, dans le strict respect de la résolution 75/282. À ces fins, la Russie et la Chine ont présenté un projet commun de convention qui servira de base aux négociations.

Les parties soutiennent l’internationalisation de la gouvernance de l’Internet, prônent l’égalité des droits à sa gouvernance, estiment que toute tentative de limiter leur droit souverain de réglementer les segments nationaux de l’Internet et d’en assurer la sécurité est inacceptable, sont intéressées par une plus grande participation de l’Union internationale des télécommunications au traitement de ces questions.

Les parties ont l’intention d’approfondir la coopération bilatérale en matière de sécurité internationale de l’information sur la base de l’accord intergouvernemental pertinent de 2015. À cette fin, les parties sont convenues d’adopter dans un avenir proche un plan de coopération entre la Russie et la Chine dans ce domaine.

IV

Les parties soulignent que la Russie et la Chine, en tant que puissances mondiales et membres permanents du Conseil de sécurité des Nations-Unies, ont l’intention d’adhérer fermement aux principes éthiques et d’assumer leurs responsabilités, de défendre fermement le système international avec le rôle central de coordination des Nations-Unies dans les affaires internationales, de défendre l’ordre mondial fondé sur le droit international, y compris les buts et principes de la Charte des Nations-Unies, de faire progresser la multipolarité et de promouvoir la démocratisation des relations internationales, de créer ensemble un monde encore plus prospère, stable et juste, de construire conjointement des relations internationales d’un nouveau type.

La partie russe note l’importance du concept de construction d’une « communauté de destin commun pour l’humanité » proposé par la partie chinoise pour assurer une plus grande solidarité de la communauté internationale et la consolidation des efforts pour répondre aux défis communs. La partie chinoise note l’importance des efforts entrepris par la partie russe pour établir un système multipolaire juste de relations internationales.

Les parties ont l’intention de défendre fermement les aboutissements de la Seconde Guerre mondiale et l’ordre mondial existant post-conflit, de défendre l’autorité des Nations-Unies et la justice dans les relations internationales, de résister aux tentatives de nier, de déformer et de falsifier l’histoire de la Seconde Guerre mondiale.

Afin d’empêcher que la tragédie de la guerre mondiale ne se reproduise, les parties condamneront fermement les actions visant à nier la responsabilité des atrocités commises par les agresseurs nazis, les envahisseurs militaristes et leurs complices, à salir et à ternir l’honneur des pays victorieux.

Les parties appellent à l’établissement d’un nouveau type de relations entre les puissances mondiales sur la base du respect mutuel, de la coexistence pacifique et de la coopération mutuellement bénéfique. Elles réaffirment que les nouvelles relations interétatiques entre la Russie et la Chine sont supérieures aux alliances politiques et militaires de l’époque de la guerre froide. L’amitié entre les deux États n’a pas de limites, il n’y a pas de domaines de coopération « interdits », le renforcement de la coopération stratégique bilatérale n’est ni dirigé contre des pays tiers ni affecté par l’évolution de l’environnement international et les changements circonstanciels dans les pays tiers.

Les parties réitèrent la nécessité de consolider et non de diviser la communauté internationale, la nécessité de coopérer et non de se confronter. Les parties s’opposent au retour des relations internationales à l’état de confrontation entre grandes puissances, lorsque le faible devient la proie du fort. Les parties entendent résister aux tentatives de substituer des formats et des mécanismes universellement reconnus et conformes au droit international à des règles élaborées en privé par certaines nations ou certains blocs de nations ; elles s’opposent à ce que les problèmes internationaux soient abordés de manière indirecte et sans consensus ; elles s’opposent aux rapports de force, aux humiliations, aux sanctions unilatérales et à l’application extraterritoriale du droit, ainsi qu’à l’abus des politiques de contrôle des exportations ; elles soutiennent la facilitation des échanges conformément aux règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC).

Les parties ont réaffirmé leur intention de renforcer leur coordination de politique étrangère, de poursuivre un véritable multilatéralisme, de renforcer la coopération sur les plateformes multilatérales, de défendre les intérêts communs, de soutenir l’équilibre international et régional des pouvoirs et d’améliorer la gouvernance mondiale.

Les parties soutiennent et défendent le système commercial multilatéral fondé sur le rôle central de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), prennent une part active à la réforme de l’OMC et s’opposent aux approches unilatérales et au protectionnisme. Les parties sont prêtes à renforcer le dialogue entre partenaires et à coordonner les positions sur les questions commerciales et économiques d’intérêt commun, à contribuer à assurer le fonctionnement durable et stable des chaînes de valeur mondiales et régionales, à promouvoir un système de règles commerciales et économiques internationales plus ouvert, inclusif, transparent et non discriminatoire.

Les parties soutiennent le format du G20 en tant que forum important pour discuter des questions de coopération économique internationale et des mesures de réponse à la crise, encouragent conjointement l’esprit de solidarité et de coopération revigoré au sein du G20, soutiennent le rôle de premier plan de l’association dans des domaines tels que la lutte internationale contre les épidémies, la reprise économique mondiale, le développement durable inclusif, l’amélioration du système de gouvernance économique mondiale de manière équitable et rationnelle afin de relever collectivement les défis mondiaux.

Les parties soutiennent l’approfondissement du partenariat stratégique au sein des BRICS, encouragent l’élargissement de la coopération dans trois domaines principaux : la politique et la sécurité, l’économie et la finance, et les échanges humanitaires. En particulier, la Russie et la Chine entendent encourager l’interaction dans les domaines de la santé publique, de l’économie numérique, de la science, de l’innovation et de la technologie, y compris les technologies d’intelligence artificielle, ainsi que la coordination accrue entre les pays des BRICS sur les plateformes internationales. Les parties s’efforcent de renforcer davantage le format BRICS Plus/Outreach en tant que mécanisme efficace de dialogue avec les associations et organisations d’intégration régionale des pays en développement et des États aux marchés émergents.

La partie russe soutiendra pleinement la partie chinoise qui présidera l’association en 2022, et contribuera à la tenue fructueuse du XIVe sommet des BRICS.

La Russie et la Chine entendent renforcer globalement l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) et accroître encore son rôle dans l’élaboration d’un ordre mondial polycentrique fondé sur les principes universellement reconnus du droit international, du multilatéralisme, de la sécurité égale, conjointe, indivisible, globale et durable.

Elles considèrent qu’il est important de mettre en œuvre de manière cohérente les accords relatifs à l’amélioration des mécanismes de lutte contre les défis et les menaces pour la sécurité des États membres de l’OCS et, dans le cadre de cette tâche, elles préconisent d’élargir la fonctionnalité de la structure régionale antiterroriste de l’OCS.

Les parties contribueront à conférer une nouvelle qualité et une nouvelle dynamique à l’interaction économique entre les États membres de l’OCS dans les domaines du commerce, de l’industrie manufacturière, des transports, de l’énergie, des finances, des investissements, de l’agriculture, des douanes, des télécommunications, de l’innovation et d’autres domaines d’intérêt mutuel, notamment par l’utilisation de technologies avancées, économes en ressources, efficaces sur le plan énergétique et « vertes ».

Les parties prennent note de l’interaction fructueuse au sein de l’OCS dans le cadre de l’accord de 2009 entre les gouvernements des États membres de l’Organisation de coopération de Shanghai sur la coopération dans le domaine de la sécurité internationale de l’information, ainsi qu’au sein du groupe d’experts spécialisé. Dans ce contexte, ils se félicitent de l’adoption du plan d’action conjoint de l’OCS sur la garantie de la sécurité internationale de l’information pour 2022-2023 par le Conseil des chefs d’État des États membres de l’OCS le 17 septembre 2021 à Douchanbé.

La Russie et la Chine procèdent de l’importance toujours croissante de la coopération culturelle et humanitaire pour le développement progressif de l’OCS. Afin de renforcer la compréhension mutuelle entre les peuples des États membres de l’OCS, elles continueront à favoriser efficacement l’interaction dans des domaines tels que les liens culturels, l’éducation, la science et la technologie, les soins de santé, la protection de l’environnement, le tourisme, les contacts entre les peuples, les sports.

La Russie et la Chine continueront à œuvrer au renforcement du rôle de l’APEC en tant que principale plateforme de dialogue multilatéral sur les questions économiques dans la région Asie-Pacifique. Les parties ont l’intention d’intensifier leur action coordonnée pour mettre en œuvre avec succès les « lignes directrices de Putrajaya pour le développement de l’APEC jusqu’en 2040 », en mettant l’accent sur la création d’un environnement commercial et d’investissement libre, ouvert, équitable, non discriminatoire, transparent et prévisible dans la région. Un accent particulier sera mis sur la lutte contre la pandémie d’infection par le nouveau coronavirus et la reprise économique, la numérisation d’un large éventail de sphères de vie différentes, la croissance économique dans les territoires éloignés et l’établissement d’une interaction entre l’APEC et d’autres associations multilatérales régionales ayant un programme similaire.

Les parties ont l’intention de développer la coopération dans le cadre du format « Russie-Inde-Chine », ainsi que de renforcer l’interaction dans des lieux tels que le sommet de l’Asie de l’Est, le forum régional de l’ASEAN sur la sécurité, la réunion des ministres de la défense des États membres de l’ASEAN et les partenaires de dialogue. La Russie et la Chine soutiennent le rôle central de l’ASEAN dans le développement de la coopération en Asie de l’Est, continuent d’accroître la coordination de la coopération approfondie avec l’ASEAN et encouragent conjointement la coopération dans les domaines de la santé publique, du développement durable, de la lutte contre le terrorisme et de la lutte contre la criminalité transnationale. Les parties ont l’intention de continuer à travailler dans l’intérêt d’un renforcement du rôle de l’ASEAN en tant qu’élément clé de l’architecture régionale. (traduction Deepl révisée)

Joint Statement of the Russian Federation and the People’s Republic of China on the International Relations Entering a New Era and the Global Sustainable Development. February 4, 2022

Ce texte est issu du site de la Présidence de Russie.

At the invitation of President of the People’s Republic of China Xi Jinping, President of the Russian Federation Vladimir V. Putin visited China on 4 February 2022. The Heads of State held talks in Beijing and took part in the opening ceremony of the XXIV Olympic Winter Games.

The Russian Federation and the People’s Republic of China, hereinafter referred to as the sides, state as follows.

Today, the world is going through momentous changes, and humanity is entering a new era of rapid development and profound transformation. It sees the development of such processes and phenomena as multipolarity, economic globalization, the advent of information society, cultural diversity, transformation of the global governance architecture and world order; there is increasing interrelation and interdependence between the States; a trend has emerged towards redistribution of power in the world; and the international community is showing a growing demand for the leadership aiming at peaceful and gradual development. At the same time, as the pandemic of the new coronavirus infection continues, the international and regional security situation is complicating and the number of global challenges and threats is growing from day to day. Some actors representing but the minority on the international scale continue to advocate unilateral approaches to addressing international issues and resort to force; they interfere in the internal affairs of other states, infringing their legitimate rights and interests, and incite contradictions, differences and confrontation, thus hampering the development and progress of mankind, against the opposition from the international community.

The sides call on all States to pursue well-being for all and, with these ends, to build dialogue and mutual trust, strengthen mutual understanding, champion such universal human values as peace, development, equality, justice, democracy and freedom, respect the rights of peoples to independently determine the development paths of their countries and the sovereignty and the security and development interests of States, to protect the United Nations-driven international architecture and the international law-based world order, seek genuine multipolarity with the United Nations and its Security Council playing a central and coordinating role, promote more democratic international relations, and ensure peace, stability and sustainable development across the world.

I

The sides share the understanding that democracy is a universal human value, rather than a privilege of a limited number of States, and that its promotion and protection is a common responsibility of the entire world community.

The sides believe that democracy is a means of citizens’ participation in the government of their country with the view to improving the well-being of population and implementing the principle of popular government. Democracy is exercised in all spheres of public life as part of a nation-wide process and reflects the interests of all the people, its will, guarantees its rights, meets its needs and protects its interests. There is no one-size-fits-all template to guide countries in establishing democracy. A nation can choose such forms and methods of implementing democracy that would best suit its particular state, based on its social and political system, its historical background, traditions and unique cultural characteristics. It is only up to the people of the country to decide whether their State is a democratic one.

The sides note that Russia and China as world powers with rich cultural and historical heritage have long-standing traditions of democracy, which rely on thousand-years of experience of development, broad popular support and consideration of the needs and interests of citizens. Russia and China guarantee their people the right to take part through various means and in various forms in the administration of the State and public life in accordance with the law. The people of both countries are certain of the way they have chosen and respect the democratic systems and traditions of other States.

The sides note that democratic principles are implemented at the global level, as well as in administration of State. Certain States’ attempts to impose their own ”democratic standards“ on other countries, to monopolize the right to assess the level of compliance with democratic criteria, to draw dividing lines based on the grounds of ideology, including by establishing exclusive blocs and alliances of convenience, prove to be nothing but flouting of democracy and go against the spirit and true values of democracy. Such attempts at hegemony pose serious threats to global and regional peace and stability and undermine the stability of the world order.

The sides believe that the advocacy of democracy and human rights must not be used to put pressure on other countries. They oppose the abuse of democratic values and interference in the internal affairs of sovereign states under the pretext of protecting democracy and human rights, and any attempts to incite divisions and confrontation in the world. The sides call on the international community to respect cultural and civilizational diversity and the rights of peoples of different countries to self-determination. They stand ready to work together with all the interested partners to promote genuine democracy.

The sides note that the Charter of the United Nations and the Universal Declaration of Human Rights set noble goals in the area of universal human rights, set forth fundamental principles, which all the States must comply with and observe in deeds. At the same time, as every nation has its own unique national features, history, culture, social system and level of social and economic development, universal nature of human rights should be seen through the prism of the real situation in every particular country, and human rights should be protected in accordance with the specific situation in each country and the needs of its population. Promotion and protection of human rights is a shared responsibility of the international community. The states should equally prioritize all categories of human rights and promote them in a systemic manner. The international human rights cooperation should be carried out as a dialogue between the equals involving all countries. All States must have equal access to the right to development. Interaction and cooperation on human rights matters should be based on the principle of equality of all countries and mutual respect for the sake of strengthening the international human rights architecture.

II

The sides believe that peace, development and cooperation lie at the core of the modern international system. Development is a key driver in ensuring the prosperity of the nations. The ongoing pandemic of the new coronavirus infection poses a serious challenge to the fulfilment of the UN 2030 Agenda for Sustainable Development. It is vital to enhance partnership relations for the sake of global development and make sure that the new stage of global development is defined by balance, harmony and inclusiveness.

The sides are seeking to advance their work to link the development plans for the Eurasian Economic Union and the Belt and Road Initiative with a view to intensifying practical cooperation between the EAEU and China in various areas and promoting greater interconnectedness between the Asia Pacific and Eurasian regions. The sides reaffirm their focus on building the Greater Eurasian Partnership in parallel and in coordination with the Belt and Road construction to foster the development of regional associations as well as bilateral and multilateral integration processes for the benefit of the peoples on the Eurasian continent.

The sides agreed to continue consistently intensifying practical cooperation for the sustainable development of the Arctic.

The sides will strengthen cooperation within multilateral mechanisms, including the United Nations, and encourage the international community to prioritize development issues in the global macro-policy coordination. They call on the developed countries to implement in good faith their formal commitments on development assistance, provide more resources to developing countries, address the uneven development of States, work to offset such imbalances within States, and advance global and international development cooperation. The Russian side confirms its readiness to continue working on the China-proposed Global Development Initiative, including participation in the activities of the Group of Friends of the Global Development Initiative under the UN auspices. In order to accelerate the implementation of the UN 2030 Agenda for Sustainable Development, the sides call on the international community to take practical steps in key areas of cooperation such as poverty reduction, food security, vaccines and epidemics control, financing for development, climate change, sustainable development, including green development, industrialization, digital economy, and infrastructure connectivity.

The sides call on the international community to create open, equal, fair and non-discriminatory conditions for scientific and technological development, to step up practical implementation of scientific and technological advances in order to identify new drivers of economic growth.

The sides call upon all countries to strengthen cooperation in sustainable transport, actively build contacts and share knowledge in the construction of transport facilities, including smart transport and sustainable transport, development and use of Arctic routes, as well as to develop other areas to support global post-epidemic recovery.

The sides are taking serious action and making an important contribution to the fight against climate change. Jointly celebrating the 30th anniversary of the adoption of the UN Framework Convention on Climate Change, they reaffirm their commitment to this Convention as well as to the goals, principles and provisions of the Paris Agreement, including the principle of common but differentiated responsibilities. The sides work together to ensure the full and effective implementation of the Paris Agreement, remain committed to fulfilling the obligations they have undertaken and expect that developed countries will actually ensure the annual provision of $100 billion of climate finance to developing states. The sides oppose setting up new barriers in international trade under the pretext of fighting climate change.

The sides strongly support the development of international cooperation and exchanges in the field of biological diversity, actively participating in the relevant global governance process, and intend to jointly promote the harmonious development of humankind and nature as well as green transformation to ensure sustainable global development.

The Heads of State positively assess the effective interaction between Russia and China in the bilateral and multilateral formats focusing on the fight against the COVID-19 pandemic, protection of life and health of the population of the two countries and the peoples of the world. They will further increase cooperation in the development and manufacture of vaccines against the new coronavirus infection, as well as medical drugs for its treatment, and enhance collaboration in public health and modern medicine. The sides plan to strengthen coordination on epidemiological measures to ensure strong protection of health, safety and order in contacts between citizens of the two countries. The sides have commended the work of the competent authorities and regions of the two countries on implementing quarantine measures in the border areas and ensuring the stable operation of the border crossing points, and intend to consider establishing a joint mechanism for epidemic control and prevention in the border areas to jointly plan anti-epidemic measures to be taken at the border checkpoints, share information, build infrastructure and improve the efficiency of customs clearance of goods.

The sides emphasize that ascertaining the origin of the new coronavirus infection is a matter of science. Research on this topic must be based on global knowledge, and that requires cooperation among scientists from all over the world. The sides oppose politicization of this issue. The Russian side welcomes the work carried out jointly by China and WHO to identify the source of the new coronavirus infection and supports the China – WHO joint report on the matter. The sides call on the global community to jointly promote a serious scientific approach to the study of the coronavirus origin.

The Russian side supports a successful hosting by the Chinese side of the Winter Olympic and Paralympic Games in Beijing in 2022.

The sides highly appreciate the level of bilateral cooperation in sports and the Olympic movement and express their readiness to contribute to its further progressive development.

III

The sides are gravely concerned about serious international security challenges and believe that the fates of all nations are interconnected. No State can or should ensure its own security separately from the security of the rest of the world and at the expense of the security of other States. The international community should actively engage in global governance to ensure universal, comprehensive, indivisible and lasting security.

The sides reaffirm their strong mutual support for the protection of their core interests, state sovereignty and territorial integrity, and oppose interference by external forces in their internal affairs.

The Russian side reaffirms its support for the One-China principle, confirms that Taiwan is an inalienable part of China, and opposes any forms of independence of Taiwan.

Russia and China stand against attempts by external forces to undermine security and stability in their common adjacent regions, intend to counter interference by outside forces in the internal affairs of sovereign countries under any pretext, oppose colour revolutions, and will increase cooperation in the aforementioned areas.

The sides condemn terrorism in all its manifestations, promote the idea of creating a single global anti-terrorism front, with the United Nations playing a central role, advocate stronger political coordination and constructive engagement in multilateral counterterrorism efforts. The sides oppose politicization of the issues of combating terrorism and their use as instruments of policy of double standards, condemn the practice of interference in the internal affairs of other States for geopolitical purposes through the use of terrorist and extremist groups as well as under the guise of combating international terrorism and extremism.

The sides believe that certain States, military and political alliances and coalitions seek to obtain, directly or indirectly, unilateral military advantages to the detriment of the security of others, including by employing unfair competition practices, intensify geopolitical rivalry, fuel antagonism and confrontation, and seriously undermine the international security order and global strategic stability. The sides oppose further enlargement of NATO and call on the North Atlantic Alliance to abandon its ideologized cold war approaches, to respect the sovereignty, security and interests of other countries, the diversity of their civilizational, cultural and historical backgrounds, and to exercise a fair and objective attitude towards the peaceful development of other States. The sides stand against the formation of closed bloc structures and opposing camps in the Asia-Pacific region and remain highly vigilant about the negative impact of the United States’ Indo-Pacific strategy on peace and stability in the region. Russia and China have made consistent efforts to build an equitable, open and inclusive security system in the Asia-Pacific Region (APR) that is not directed against third countries and that promotes peace, stability and prosperity.

The sides welcome the Joint Statement of the Leaders of the Five Nuclear-Weapons States on Preventing Nuclear War and Avoiding Arms Races and believe that all nuclear-weapons States should abandon the cold war mentality and zero-sum games, reduce the role of nuclear weapons in their national security policies, withdraw nuclear weapons deployed abroad, eliminate the unrestricted development of global anti-ballistic missile defense (ABM) system, and take effective steps to reduce the risks of nuclear wars and any armed conflicts between countries with military nuclear capabilities.

The sides reaffirm that the Treaty on the Non-Proliferation of Nuclear Weapons is the cornerstone of the international disarmament and nuclear non-proliferation system, an important part of the post-war international security system, and plays an indispensable role in world peace and development. The international community should promote the balanced implementation of the three pillars of the Treaty and work together to protect the credibility, effectiveness and the universal nature of the instrument.

The sides are seriously concerned about the trilateral security partnership between Australia, the United States, and the United Kingdom (AUKUS), which provides for deeper cooperation between its members in areas involving strategic stability, in particular their decision to initiate cooperation in the field of nuclear-powered submarines. Russia and China believe that such actions are contrary to the objectives of security and sustainable development of the Asia-Pacific region, increase the danger of an arms race in the region, and pose serious risks of nuclear proliferation. The sides strongly condemn such moves and call on AUKUS participants to fulfil their nuclear and missile non-proliferation commitments in good faith and to work together to safeguard peace, stability, and development in the region.

Japan’s plans to release nuclear contaminated water from the destroyed Fukushima nuclear plant into the ocean and the potential environmental impact of such actions are of deep concern to the sides. The sides emphasize that the disposal of nuclear contaminated water should be handled with responsibility and carried out in a proper manner based on arrangements between the Japanese side and neighbouring States, other interested parties, and relevant international agencies while ensuring transparency, scientific reasoning, and in accordance with international law.

The sides believe that the U.S. withdrawal from the Treaty on the Elimination of Intermediate-Range and Shorter-Range Missiles, the acceleration of research and the development of intermediate-range and shorter-range ground-based missiles and the desire to deploy them in the Asia-Pacific and European regions, as well as their transfer to the allies, entail an increase in tension and distrust, increase risks to international and regional security, lead to the weakening of international non-proliferation and arms control system, undermining global strategic stability. The sided call on the United States to respond positively to the Russian initiative and abandon its plans to deploy intermediate-range and shorter-range ground-based missiles in the Asia-Pacific region and Europe. The sides will continue to maintain contacts and strengthen coordination on this issue.

The Chinese side is sympathetic to and supports the proposals put forward by the Russian Federation to create long-term legally binding security guarantees in Europe.

The sides note that the denunciation by the United States of a number of important international arms control agreements has an extremely negative impact on international and regional security and stability. The sides express concern over the advancement of U.S. plans to develop global missile defence and deploy its elements in various regions of the world, combined with capacity building of high-precision non-nuclear weapons for disarming strikes and other strategic objectives. The sides stress the importance of the peaceful uses of outer space, strongly support the central role of the UN Committee on the Peaceful Uses of Outer Space in promoting international cooperation, maintaining and developing international space law and regulation in the field of space activities. Russia and China will continue to increase cooperation on such matters of mutual interest as the long-term sustainability of space activities and the development and use of space resources. The sides oppose attempts by some States to turn outer space into an arena of armed confrontation and reiterate their intention to make all necessary efforts to prevent the weaponization of space and an arms race in outer space. They will counteract activities aimed at achieving military superiority in space and using it for combat operations. The sides affirm the need for the early launch of negotiations to conclude a legally binding multilateral instrument based on the Russian-Chinese draft treaty on the prevention of placement of weapons in outer space and the use or threat of force against space objects that would provide fundamental and reliable guarantees against an arms race and the weaponization of outer space.

Russia and China emphasize that appropriate transparency and confidence-building measures, including an international initiative/political commitment not to be the first to place weapons in space, can also contribute to the goal of preventing an arms race in outer space, but such measures should complement and not substitute the effective legally binding regime governing space activities.

The sides reaffirm their belief that the Convention on the Prohibition of the Development, Production and Stockpiling of Bacteriological (Biological) and Toxin Weapons and on their Destruction (BWC) is an essential pillar of international peace and security. Russia and China underscore their determination to preserve the credibility and effectiveness of the Convention.

The sides affirm the need to fully respect and further strengthen the BWC, including by institutionalizing it, strengthening its mechanisms, and adopting a legally binding Protocol to the Convention with an effective verification mechanism, as well as through regular consultation and cooperation in addressing any issues related to the implementation of the Convention.

The sides emphasize that domestic and foreign bioweapons activities by the United States and its allies raise serious concerns and questions for the international community regarding their compliance with the BWC. The sides share the view that such activities pose a serious threat to the national security of the Russian Federation and China and are detrimental to the security of the respective regions. The sides call on the U.S. and its allies to act in an open, transparent, and responsible manner by properly reporting on their military biological activities conducted overseas and on their national territory, and by supporting the resumption of negotiations on a legally binding BWC Protocol with an effective verification mechanism.

The sides, reaffirming their commitment to the goal of a world free of chemical weapons, call upon all parties to the Chemical Weapons Convention to work together to uphold its credibility and effectiveness. Russia and China are deeply concerned about the politicization of the Organization for the Prohibition of Chemical Weapons and call on all of its members to strengthen solidarity and cooperation and protect the tradition of consensual decision-making. Russia and China insist that the United States, as the sole State Party to the Convention that has not yet completed the process of eliminating chemical weapons, accelerate the elimination of its stockpiles of chemical weapons. The sides emphasize the importance of balancing the non-proliferation obligations of states with the interests of legitimate international cooperation in the use of advanced technology and related materials and equipment for peaceful purposes. The sides note the resolution entitled ”Promoting international Cooperation on Peaceful Uses in the Context of International Security“ adopted at the 76th session of the UN General Assembly on the initiative of China and co‑sponsored by Russia, and look forward to its consistent implementation in accordance with the goals set forth therein.

The sides attach great importance to the issues of governance in the field of artificial intelligence. The sides are ready to strengthen dialogue and contacts on artificial intelligence.

The sides reiterate their readiness to deepen cooperation in the field of international information security and to contribute to building an open, secure, sustainable and accessible ICT environment. The sides emphasize that the principles of the non-use of force, respect for national sovereignty and fundamental human rights and freedoms, and non-interference in the internal affairs of other States, as enshrined in the UN Charter, are applicable to the information space. Russia and China reaffirm the key role of the UN in responding to threats to international information security and express their support for the Organization in developing new norms of conduct of states in this area.

The sides welcome the implementation of the global negotiation process on international information security within a single mechanism and support in this context the work of the UN Open-ended Working Group on security of and in the use of information and communication technologies (ICTs) 2021–2025 (OEWG) and express their willingness to speak with one voice within it. The sides consider it necessary to consolidate the efforts of the international community to develop new norms of responsible behaviour of States, including legal ones, as well as a universal international legal instrument regulating the activities of States in the field of ICT. The sides believe that the Global Initiative on Data Security, proposed by the Chinese side and supported, in principle, by the Russian side, provides a basis for the Working Group to discuss and elaborate responses to data security threats and other threats to international information security.

The sides reiterate their support of United Nations General Assembly resolutions 74/247 and 75/282, support the work of the relevant Ad Hoc Committee of Governmental Experts, facilitate the negotiations within the United Nations for the elaboration of an international convention on countering the use of ICTs for criminal purposes. The sides encourage constructive participation of all sides in the negotiations in order to agree as soon as possible on a credible, universal, and comprehensive convention and provide it to the United Nations General Assembly at its 78th session in strict compliance with resolution 75/282. For these purposes, Russia and China have presented a joint draft convention as a basis for negotiations.

The sides support the internationalization of Internet governance, advocate equal rights to its governance, believe that any attempts to limit their sovereign right to regulate national segments of the Internet and ensure their security are unacceptable, are interested in greater participation of the International Telecommunication Union in addressing these issues.

The sides intend to deepen bilateral cooperation in international information security on the basis of the relevant 2015 intergovernmental agreement. To this end, the sides have agreed to adopt in the near future a plan for cooperation between Russia and China in this area.

IV

The sides underline that Russia and China, as world powers and permanent members of the United Nations Security Council, intend to firmly adhere to moral principles and accept their responsibility, strongly advocate the international system with the central coordinating role of the United Nations in international affairs, defend the world order based on international law, including the purposes and principles of the Charter of the United Nations, advance multipolarity and promote the democratization of international relations, together create an even more prospering, stable, and just world, jointly build international relations of a new type.

The Russian side notes the significance of the concept of constructing a ”community of common destiny for mankind“ proposed by the Chinese side to ensure greater solidarity of the international community and consolidation of efforts in responding to common challenges. The Chinese side notes the significance of the efforts taken by the Russian side to establish a just multipolar system of international relations.

The sides intend to strongly uphold the outcomes of the Second World War and the existing post-war world order, defend the authority of the United Nations and justice in international relations, resist attempts to deny, distort, and falsify the history of the Second World War.

In order to prevent the recurrence of the tragedy of the world war, the sides will strongly condemn actions aimed at denying the responsibility for atrocities of Nazi aggressors, militarist invaders, and their accomplices, besmirch and tarnish the honour of the victorious countries.

The sides call for the establishment of a new kind of relationships between world powers on the basis of mutual respect, peaceful coexistence and mutually beneficial cooperation. They reaffirm that the new inter-State relations between Russia and China are superior to political and military alliances of the Cold War era. Friendship between the two States has no limits, there are no ”forbidden“ areas of cooperation, strengthening of bilateral strategic cooperation is neither aimed against third countries nor affected by the changing international environment and circumstantial changes in third countries.

The sides reiterate the need for consolidation, not division of the international community, the need for cooperation, not confrontation. The sides oppose the return of international relations to the state of confrontation between major powers, when the weak fall prey to the strong. The sides intend to resist attempts to substitute universally recognized formats and mechanisms that are consistent with international law for rules elaborated in private by certain nations or blocs of nations, and are against addressing international problems indirectly and without consensus, oppose power politics, bullying, unilateral sanctions, and extraterritorial application of jurisdiction, as well as the abuse of export control policies, and support trade facilitation in line with the rules of the World Trade Organization (WTO).

The sides reaffirmed their intention to strengthen foreign policy coordination, pursue true multilateralism, strengthen cooperation on multilateral platforms, defend common interests, support the international and regional balance of power, and improve global governance.

The sides support and defend the multilateral trade system based on the central role of the World Trade Organization (WTO), take an active part in the WTO reform, opposing unilateral approaches and protectionism. The sides are ready to strengthen dialogue between partners and coordinate positions on trade and economic issues of common concern, contribute to ensuring the sustainable and stable operation of global and regional value chains, promote a more open, inclusive, transparent, non-discriminatory system of international trade and economic rules.

The sides support the G20 format as an important forum for discussing international economic cooperation issues and anti-crisis response measures, jointly promote the invigorated spirit of solidarity and cooperation within the G20, support the leading role of the association in such areas as the international fight against epidemics, world economic recovery, inclusive sustainable development, improving the global economic governance system in a fair and rational manner to collectively address global challenges.

The sides support the deepened strategic partnership within BRICS, promote the expanded cooperation in three main areas: politics and security, economy and finance, and humanitarian exchanges. In particular, Russia and China intend to encourage interaction in the fields of public health, digital economy, science, innovation and technology, including artificial intelligence technologies, as well as the increased coordination between BRICS countries on international platforms. The sides strive to further strengthen the BRICS Plus/Outreach format as an effective mechanism of dialogue with regional integration associations and organizations of developing countries and States with emerging markets.

The Russian side will fully support the Chinese side chairing the association in 2022, and assist in the fruitful holding of the XIV BRICS summit.

Russia and China aim to comprehensively strengthen the Shanghai Cooperation Organization (SCO) and further enhance its role in shaping a polycentric world order based on the universally recognized principles of international law, multilateralism, equal, joint, indivisible, comprehensive and sustainable security.

They consider it important to consistently implement the agreements on improved mechanisms to counter challenges and threats to the security of SCO member states and, in the context of addressing this task, advocate expanded functionality of the SCO Regional Anti-Terrorist Structure.

The sides will contribute to imparting a new quality and dynamics to the economic interaction between the SCO member States in the fields of trade, manufacturing, transport, energy, finance, investment, agriculture, customs, telecommunications, innovation and other areas of mutual interest, including through the use of advanced, resource-saving, energy efficient and ”green“ technologies.

The sides note the fruitful interaction within the SCO under the 2009 Agreement between the Governments of the Shanghai Cooperation Organization member States on cooperation in the field of international information security, as well as within the specialized Group of Experts. In this context, they welcome the adoption of the SCO Joint Action Plan on Ensuring International Information Security for 2022–2023 by the Council of Heads of State of SCO Member States on September 17, 2021 in Dushanbe.

Russia and China proceed from the ever-increasing importance of cultural and humanitarian cooperation for the progressive development of the SCO. In order to strengthen mutual understanding between the people of the SCO member States, they will continue to effectively foster interaction in such areas as cultural ties, education, science and technology, healthcare, environmental protection, tourism, people-to-people contacts, sports.

Russia and China will continue to work to strengthen the role of APEC as the leading platform for multilateral dialogue on economic issues in the Asia-Pacific region. The sides intend to step up coordinated action to successfully implement the ”Putrajaya guidelines for the development of APEC until 2040“ with a focus on creating a free, open, fair, non-discriminatory, transparent and predictable trade and investment environment in the region. Particular emphasis will be placed on the fight against the novel coronavirus infection pandemic and economic recovery, digitalization of a wide range of different spheres of life, economic growth in remote territories and the establishment of interaction between APEC and other regional multilateral associations with a similar agenda.

The sides intend to develop cooperation within the ”Russia-India-China“ format, as well as to strengthen interaction on such venues as the East Asia Summit, ASEAN Regional Forum on Security, Meeting of Defense Ministers of the ASEAN Member States and Dialogue Partners. Russia and China support ASEAN’s central role in developing cooperation in East Asia, continue to increase coordination on deepened cooperation with ASEAN, and jointly promote cooperation in the areas of public health, sustainable development, combating terrorism and countering transnational crime. The sides intend to continue to work in the interest of a strengthened role of ASEAN as a key element of the regional architecture.