Un sommet d’irresponsabilité dans la guerre…

Cette guerre contre l’Iran, déclenchée par Washington et Tel Aviv, s’inscrit d’abord dans un enjeu global : l’avenir de l’ordre international, les rapports et la hiérarchie des puissances y compris au Moyen-Orient, et l’opportunité pour les États-Unis d’une affirmation de suprématie dans l’esprit de leur stratégie de sécurité nationale récemment rendue publique… Dans ce contexte, le sort du nucléaire iranien est évidemment décisif. Il l’est d’autant plus qu’Israël veut en finir avec l’Iran comme défi stratégique permanent de puissance régionale à possible parité de moyens. Par la brutalité de l’occupation, de la colonisation et dans le mépris systématique du droit international, Israël, au nom de sa « sécurité nationale » (concept qui mériterait ici discussion), a réussi à imposer sa loi au prix d’une impasse explosive et dramatique. Benyamin Netanyahou veut maintenant, contre Téhéran, aller jusqu’au bout…

Évidemment, c’est le cours et l’issue de la guerre elle-même qui donneront les conditions du règlement de la question nucléaire. Mais celle-ci figure bien au centre des visées stratégiques américaines et israéliennes. Un article du site d’information Axios, précédemment rendu public sur ce blog, montre à quel point l’Administration américaine et les autorités israéliennes veulent bloquer toute possibilité pour l’Iran d’accéder à une maîtrise du nucléaire militaire, même si Téhéran a toujours officiellement repoussé cette perspective. Notons au passage que l’Iran est signataire du Traité sur la non prolifération (TNP), un traité qui inclut la nécessité d’un désarmement nucléaire (article 6), et qu’aucun État aujourd’hui doté d’armes nucléaires ne respecte.

Le site Axios a donc rendu public la possibilité pour l’armée américaine, peut-être en collaboration avec Israël, de s’engager militairement au sol, avec des forces spéciales afin de s’emparer de l’uranium iranien. Un uranium enrichi à un niveau relativement élevé… qui n’est cependant pas de qualité militaire. Les risques qui s’attachent à une telle option sont d’une telle dimension que l’on peut s’étonner du presque silence, en tous les cas d’une discrétion politico-médiatique qui accompagne cette information en France. Pourtant, Axios n’est pas le seul média des États-Unis, loin de là, qui ait donné l’information et entrepris de la commenter. Le magazine Fortune (un des plus anciens aux États-Unis), Bloomberg (groupe d’information financières et media en ligne très établi), the Bulletin of the Atomic Scientist (bulletin progressiste favorable au désarmement nucléaire), ou encore Stars and Stripes (site d’information militaires)… et d’autres médias encore (facebook, instagram, X, YouTube, abcnews, nbcnews, MSN, The Hill, Huffpost…) ont donné l’information et apporté des points de vue parfois critiques ou interrogatifs sur ce projet d’engager au sol des troupes d’élite afin de s’emparer des quelque 400 kilos d’uranium iranien, et pour les « traiter »… (il faudrait en savoir davantage sur ce « traitement »).

En rappelant l’éventualité, confirmée par Trump lui-même, de la possibilité d’une intervention militaire au sol, l’agence Bloomberg souligne ainsi que « Le président Donald Trump envisage de déployer des forces spéciales sur le terrain pour s’emparer de l’uranium iranien de qualité quasi militaire, alors que les responsables s’inquiètent de plus en plus que les stocks aient pu être déplacés, selon trois responsables diplomatiques informés de la question. Les États-Unis et Israël ont frappé des installations nucléaires clés lors de la guerre de 12 jours en juin dernier. L’incertitude concernant l’uranium hautement enrichi de l’Iran s’est intensifiée car cela fait près de neuf mois que les inspecteurs atomiques des Nations Unies ont vérifié son emplacement pour la dernière fois, ont déclaré les responsables. Ils se sont exprimés sous couvert d’anonymat afin de discuter de délibérations confidentielles.« Ils n’ont pas pu y accéder, poursuit Bloomberg, et, à un moment donné, nous le ferons peut-être », a déclaré M. Trump samedi soir lors d’un briefing à bord d’Air Force One. « Nous ne nous sommes pas lancés à sa poursuite, mais c’est quelque chose que nous pouvons faire plus tard. Nous ne le ferions pas maintenant. » (1) Ce qui veut bien dire : on le fera peut-être demain…

Enfin, une note en date du 1er mars, du Stimson Center, un think tank spécialisé, ou groupe d’études sur les enjeux de la sécurité internationale, confirme l’option militaire au nom d’une « nécessité » d’intervention au sol. Cette note donne quelques précisions utiles, et elle souligne en effet ceci : « Bien que le stock d’uranium enrichi à 60 % ait été vérifié par l’AIEA en juin 2025 et soulève de réelles et graves inquiétudes quant à la prolifération, l’Iran maintient qu’il ne possède pas de programme d’armement actif – et les analystes n’ont trouvé aucune preuve de cela. Rien n’indique non plus que l’Iran ait tenté de récupérer les conteneurs d’uranium hautement enrichi, enfouis sous les décombres après les frappes américaines et israéliennes de juin dernier. Pour véritablement instaurer un changement de régime et sécuriser les matières vulnérables liées aux armes de destruction massive en Iran, les États-Unis pourraient devoir déployer des troupes au sol » (2).

Si une telle option militaire est dans l’air, dans des options en discussion et même dans certaines déclarations officielles… c’est bien parce que la diplomatie a échoué. Elle a échoué depuis 2018 avec la décision de Donald Trump de retirer les États-Unis de l’Accord de Vienne adopté en 2015… à la grande satisfaction d’Israël. Cet accord mettait pourtant en place un véritable processus de contrôle et de limitations nucléaires pour l’Iran, avec une levée des sanctions, une perspective d’un apaisement du conflit, et de « normalisation » de la place de Téhéran sur le plan international. Voir sur ce blog mon analyse : « Une guerre pourquoi ? « 

Rappelons que l’Iran respecta dûment cet accord qui fit l’objet d’une résolution du Conseil de sécurité adoptée à l’unanimité (No 2231, du 20 juillet 2015). Mais la décision américaine rendit l’accord obsolète, et la République islamique n’accepta pas que les Européens puissent alors faire pression pour qu’elle se plie à une révision de l’accord, et à l’ajout de conditions supplémentaires, hors domaine nucléaire et visant à mettre l’Iran sous des formes de contraintes ou de tutelle stratégique et militaire. Déjà, la ligne américano-israélienne cherchait ainsi à s’imposer.

Évidemment, une telle option d’intervention au sol, pour une opération techniquement compliquée, paraît difficilement réalisable dans un contexte de guerre. Ce que le Pentagone a réussi au Venezuela, ne donne aucune assurance que le même type de logique militaire puisse donner le même type de résultats dans un tout autre contexte où toutes les forces du régime iranien sont mobilisées pour la guerre. Alors même que certains médias américains indiquent que le stock d’uranium enrichi, ou une bonne partie de ce stock, serait aux mains du Corps des Gardiens de la Révolution islamique… Et puis, malgré la brutalité de l’attaque du 28 février ayant abouti à l’élimination d’un nombre important de dirigeants militaires du régime, celui-ci ne s’est pas effondré. Le shock and awe, le choc et l’effroi lié aux pratiques militaires américaines n’a pas fonctionné.

Alors, que faire pour pouvoir briser définitivement les ambitions de Téhéran ? L’idée d’une intervention au sol existe puisque les bombardements ne peuvent probablement pas permettre d’arriver au bout du régime des mollahs. Mais les chances de réussites d’une opération spéciale pour pouvoir s’emparer du stock d’uranium au sol sont faibles, sauf à imaginer que l’armée iranienne aurait été préalablement suffisamment détruite pour la rendre possible.

Pourtant, même dans de telles conditions de destructions générales, des questions précises restent pour l’instant sans réponses. Où se trouvent exactement ces 400 kg d’uranium enrichi ? Quels ont été les effets des bombardements de juin 2025 sur les installations iraniennes ? Quelles dispositions ont été prises par le pouvoir iranien suite à ces bombardements ? Le stock d’uranium a-t-il été déplacé ?..

Devant la difficulté de planifier une intervention militaire de cette nature, avec une telle dimension des périls, et sans que l’on sache aujourd’hui dans quelles conditions se déroulera cette guerre dans les semaines et les mois à venir, aucune décision n’a donc encore été prise. Les hypothèses, en effet, confinent à l’aventure promise, mais la tentation d’infliger à l’Iran une défaite sur un élément central de sa stratégie semble très forte. On peut ainsi observer à quel degré de militarisation et d’irresponsabilité se situe l’axe de la politique internationale de Donald Trump, et celui de Netanyahou. Si le choix de la guerre s’est imposé, c’est bien parce que Washington et Tel Aviv ont, ensemble, fait échec à la diplomatie… avec l’aide des Européens. Oseront-ils aujourd’hui aller jusqu’à ce risque majeur… qui n’apportera d’ailleurs aucune solution de fond aux multiples problèmes de droit, de sécurité et de coexistence posés depuis tant d’années au Moyen-Orient ?

Une opération militaire spéciale, au sol, pour pouvoir s’emparer des stocks d’uranium enrichi iranien, s’inscrirait dans une approche de démesure stratégique, dans un aventurisme militarisé. Il y a une lourde carence dans cette approche stratégique. Le monde d’aujourd’hui, c’est le temps des périls pour qui ne connaît que l’usage de la force… On ne joue pas avec ça. Aujourd’hui, c’est l’exigence prudentielle de la responsabilité qui doit s’imposer. A l’évidence, on en est encore loin. On est dans la guerre… et il faudrait que celle-ci s’arrête. Maintenant. Qui, en France, osera le rappeler avec la force nécessaire ?.. 12 03 2026

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English Translation :


This war against Iran, launched by Washington and Tel Aviv, is part of a broader global issue: the future of the international order, the relationships and hierarchy of powers, including in the Middle East, and the opportunity for the United States to assert its supremacy in line with its recently published national security strategy… In this context, the fate of Iran’s nuclear program is obviously decisive. It is all the more so because Israel wants to put an end to Iran as a permanent strategic challenge to its regional power, with potentially equal resources. Through the brutality of occupation, colonization, and systematic disregard for international law, Israel, in the name of its “national security” (a concept that deserves discussion here), has succeeded in imposing its will at the cost of an explosive and dramatic impasse. Benjamin Netanyahu now wants to go all the way against Tehran…

Obviously, it is the course and outcome of the war itself that will determine the conditions for resolving the nuclear issue. But this issue is at the heart of American and Israeli strategic objectives. An article on the Axios news site, previously published on this blog, shows the extent to which the US administration and the Israeli authorities want to block any possibility of Iran gaining access to military nuclear capabilities, even though Tehran has always officially rejected this prospect. It should be noted that Iran is a signatory to the Non-Proliferation Treaty (NPT), a treaty that includes the need for nuclear disarmament (Article 6), which no state currently possessing nuclear weapons respects.

The Axios website has therefore made public the possibility of the US military, perhaps in collaboration with Israel, engaging in military action on the ground, with special forces, in order to seize Iran’s uranium. This uranium is enriched to a relatively high level… but is not of military grade. The risks associated with such an option are so great that it is surprising that there has been almost complete silence, or at least political and media discretion, surrounding this information in France. However, Axios is far from being the only US media outlet to have reported and commented on this information. Fortune magazine (one of the oldest in the United States), Bloomberg (a well-established financial information and online media group), the Bulletin of the Atomic Scientists (a progressive bulletin in favor of nuclear disarmament), and Stars and Stripes (a military news site)… and other media outlets (Facebook, Instagram, X, YouTube, ABC News, NBC News, MSN, The Hill, Huffpost, etc.) have reported on the story and offered sometimes critical or questioning views on this plan to deploy elite troops on the ground to seize some 400 kilograms of Iranian uranium and “process” it… (more information is needed about this “processing”).

Recalling the possibility, confirmed by Trump himself, of a ground military intervention, Bloomberg emphasizes that « President Donald Trump is considering deploying special forces on the ground to seize Iran’s near-military-grade uranium, as officials grow increasingly concerned that the stockpile may have been moved, according to three diplomatic officials familiar with the matter. The United States and Israel struck key nuclear facilities during the 12-day war last June. Uncertainty about Iran’s highly enriched uranium has intensified because it has been nearly nine months since United Nations atomic inspectors last verified its location, the officials said. They spoke on condition of anonymity to discuss confidential deliberations. “They haven’t been able to get in there,” Bloomberg continues, “and at some point, we may do that,” Trump said Saturday evening during a briefing aboard Air Force One. « We haven’t gone after it, but it’s something we can do later. We wouldn’t do it now. “ (1) Which means: we might do it tomorrow…

Finally, a March 1 memo from the Stimson Center, a think tank specializing in international security issues, confirms the military option in the name of a ”necessity » for ground intervention. This note provides some useful details and emphasizes the following: « Although the stockpile of 60% enriched uranium was verified by the IAEA in June 2025 and raises real and serious concerns about proliferation, Iran maintains that it does not have an active weapons program—and analysts have found no evidence of this. Nor is there any indication that Iran has attempted to recover the containers of highly enriched uranium buried under the rubble after the US and Israeli strikes last June. To truly bring about regime change and secure vulnerable materials related to weapons of mass destruction in Iran, the US may need to deploy troops on the ground » (2).

If such a military option is in the air, in the options under discussion and even in certain official statements… it is because diplomacy has failed. It has failed since 2018 with Donald Trump’s decision to withdraw the United States from the Vienna Agreement adopted in 2015… much to Israel’s satisfaction. Yet this agreement established a genuine process of nuclear control and limitations for Iran, with the lifting of sanctions, the prospect of an easing of the conflict, and the “normalization” of Tehran’s place on the international stage. See my analysis on this blog: “A war for what?”

It should be remembered that Iran duly complied with this agreement, which was the subject of a unanimously adopted Security Council resolution (No. 2231, July 20, 2015). But the US decision rendered the agreement obsolete, and the Islamic Republic did not accept that the Europeans could then pressure it to comply with a revision of the agreement and the addition of additional conditions, outside the nuclear field and aimed at placing Iran under forms of strategic and military constraints or tutelage. The US-Israeli line was already seeking to impose itself.

Obviously, such an option of ground intervention, for a technically complicated operation, seems difficult to achieve in a context of war. What the Pentagon achieved in Venezuela offers no guarantee that the same type of military logic could produce the same type of results in a completely different context, where all the forces of the Iranian regime are mobilized for war. Even though some American media outlets report that the stockpile of enriched uranium, or a large part of it, is in the hands of the Islamic Revolutionary Guard Corps… And then, despite the brutality of the February 28 attack, which resulted in the elimination of a significant number of the regime’s military leaders, the regime did not collapse. The shock and awe associated with US military practices did not work.

So what can be done to permanently crush Tehran’s ambitions? The idea of a ground intervention exists, since bombing is unlikely to bring down the mullahs’ regime. But the chances of success for a special operation to seize the uranium stockpile on the ground are slim, unless the Iranian army has been sufficiently destroyed beforehand to make it possible.

However, even in such conditions of widespread destruction, specific questions remain unanswered for the time being. Where exactly are these 400 kg of enriched uranium located? What were the effects of the June 2025 bombings on Iranian facilities? What measures were taken by the Iranian government following these bombings? Has the uranium stockpile been moved?

Given the difficulty of planning a military intervention of this nature, with such high stakes, and without knowing today what conditions this war will unfold under in the weeks and months to come, no decision has yet been made. The hypotheses are indeed bordering on the promised adventure, but the temptation to inflict a defeat on Iran on a central element of its strategy seems very strong. We can thus observe the degree of militarization and irresponsibility of Donald Trump’s and Netanyahu’s international policy. If the choice of war has become inevitable, it is because Washington and Tel Aviv have together defeated diplomacy… with the help of the Europeans. Will they now dare to take this major risk… which, moreover, will not provide any fundamental solution to the many problems of law, security, and coexistence that have existed for so many years in the Middle East?

A special military operation on the ground to seize Iran’s enriched uranium stocks would be part of a strategy of strategic excess, of militarized adventurism. There is a serious flaw in this strategic approach. Today’s world is a dangerous place for those who know only the use of force… This is not something to be trifled with. Today, the prudential requirement of responsibility must prevail. Clearly, we are still a long way from that. We are at war… and it must end. Now. Who in France will dare to say so with the necessary force?.. 12 03 2026


1) “US considers idea of special operation to seize Iran’s uranium,” J. Tirone, D. Paolo Mancini, J. Wingrove, Bloomberg, March 8, 2026 https://www.bloomberg.com/news/articles/2026-03-08/iran-war-us-mulls-idea-of-special-operation-to-seize-tehran-s-uranium?embedded-checkout=true

2) “Start Planning Now to Secure CBRN Materials in Iran,” Richard Cupitt, Christina McAllister, Barbara Slavin
Nonproliferation, March 1, 2026 https://www.stimson.org/2026/start-planning-now-to-secure-cbrn-materials-in-iran/

Les États-Unis envisagent d’envoyer des forces spéciales pour saisir les stocks nucléaires iraniens…

https://www.axios.com/2026/03/08/iran-ground-troops-special-forces-nuclear?utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=newsletter_axiosam&stream=top
Par Barak Ravid et Marc Caputo

Voici le texte d’AXIOS :

Selon quatre sources proches des discussions, les États-Unis et Israël ont envisagé d’envoyer des forces spéciales en Iran pour s’emparer de ses stocks d’uranium hautement enrichi à un stade avancé de la guerre.

Pourquoi est-ce important ? Empêcher l’Iran de se doter de l’arme nucléaire est l’un des objectifs de guerre déclarés du président Trump. Les 450 kilogrammes d’uranium enrichi à 60 % détenus par le régime, qui peuvent être convertis en uranium de qualité militaire en quelques semaines, sont essentiels à la réalisation de cet objectif.

Contexte : toute opération visant à s’emparer de ce matériel nécessiterait probablement l’intervention de troupes américaines ou israéliennes sur le sol iranien, qui devraient se frayer un chemin dans des installations souterraines fortement fortifiées en pleine guerre.

On ne sait pas encore s’il s’agirait d’une mission américaine, israélienne ou conjointe.
Elle n’aurait probablement lieu qu’après que les deux pays aient acquis la certitude que l’armée iranienne ne peut plus représenter une menace sérieuse pour les forces impliquées.

En coulisses : lors d’une réunion d’information au Congrès mardi, le secrétaire d’État Marco Rubio a été interrogé sur la sécurité de l’uranium enrichi iranien. « Il faudra que quelqu’un aille le récupérer », a-t-il répondu, sans préciser qui.

Un responsable israélien de la défense a déclaré que Trump et son équipe envisageaient sérieusement d’envoyer des unités d’opérations spéciales en Iran pour des missions spécifiques.
Un responsable américain a déclaré que l’administration avait discuté de deux options : retirer entièrement le matériel d’Iran ou faire venir des experts nucléaires pour le diluer sur place. La mission impliquerait probablement des opérateurs spéciaux aux côtés de scientifiques, éventuellement de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA).

Entre les lignes : deux sources bien informées ont déclaré que de telles opérations faisaient partie d’une série d’options présentées à Trump avant la guerre.

NBC News a rapporté vendredi que Trump avait discuté de l’idée de déployer un petit contingent de troupes américaines en Iran à des fins stratégiques spécifiques.
Semafor a rapporté que les options de Trump concernant l’Iran comprenaient des raids des forces spéciales sur des sites nucléaires.

Le responsable américain a exposé le défi opérationnel que représente la sécurisation de l’uranium iranien : « La première question est : où se trouve-t-il ? La deuxième question est : comment y accéder et comment en prendre le contrôle physique ? »

« Ensuite, il appartiendrait au président, au département de la Guerre et à la CIA de décider si nous voulons le transporter physiquement ou le diluer sur place. »

Ce qu’ils disent : Trump a déclaré samedi aux journalistes à bord d’Air Force One que l’envoi de troupes terrestres était envisageable, mais uniquement « pour une très bonne raison ».

« Si nous faisions cela, [les Iraniens] seraient tellement décimés qu’ils ne seraient plus en mesure de se battre sur le terrain », a-t-il déclaré.

Interrogé spécifiquement sur la possibilité d’envoyer des troupes pour sécuriser les matières nucléaires, Trump n’a pas exclu cette option. « À un moment donné, nous le ferons peut-être. Nous ne l’avons pas encore fait. Nous ne le ferions pas maintenant. Nous le ferons peut-être plus tard. » La porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt, a déclaré à Axios que Trump « garde judicieusement toutes les options ouvertes et n’exclut rien ».

L’intrigue : au-delà de l’uranium, des responsables de l’administration ont déclaré à Axios qu’il avait également été question de s’emparer de l’île de Kharg, un terminal stratégique responsable d’environ 90 % des exportations de pétrole brut de l’Iran.

Zoom : les frappes américano-israéliennes sur les installations nucléaires iraniennes en juin dernier ont enseveli sous les décombres les stocks d’uranium de l’Iran. Les Iraniens eux-mêmes n’ont pas pu y accéder depuis, selon des responsables américains et israéliens.

Les frappes ont également détruit la quasi-totalité des centrifugeuses iraniennes, et rien n’indique que l’enrichissement ait repris. Les responsables américains et israéliens affirment que la majeure partie des stocks se trouve dans les tunnels souterrains de l’installation nucléaire d’Ispahan, tandis que le reste est réparti entre Fordow et Natanz.

Au début de la guerre, les États-Unis et Israël ont mené des frappes sur Natanz et Ispahan qui semblaient viser à sceller les entrées, probablement pour empêcher tout déplacement de matériel.

Zoom arrière : les États-Unis et Israël considèrent les 450 kilogrammes d’uranium enrichi à 60 % de l’Iran comme une menace sérieuse, car il ne faudrait que quelques semaines pour l’enrichir à des fins militaires.

Si l’ensemble du stock atteignait une pureté de 90 %, cela suffirait pour fabriquer 11 bombes nucléaires.

Conclusion : « Pour Trump, l’envoi de troupes au sol n’a pas la même signification que pour les médias », a déclaré un haut responsable américain.
« Il s’agit de petites opérations spéciales, et non d’un déploiement de forces importantes », a ajouté une autre source.
« Ce qui a été discuté n’a pas été envisagé en termes de présence militaire sur le terrain », a déclaré une troisième source. « Les gens pensent à Falloujah. Ce n’est pas ce qui a été discuté. »

Une guerre pourquoi ?

En ce début du mois de mars, le correspondant de France 24 à Washington, lors d’un journal télévisé de la chaîne, soulignait le fait qu’en matière d’information sur la guerre, nous ne connaissons guère plus de 5% de ce qui se passe réellement. Une information issue de trois sources officielles principales : les États-Unis, Israël et l’Iran… Ce fut une façon judicieuse d’inciter à la précaution sur les commentaires en période de guerre, et de signaler la difficulté d’accéder à une connaissance réelle du cours des événements et de ce qui pourrait suivre. Il nous faut en tenir compte.

Remarquons aussi qu’il est d’autant plus difficile de produire maintenant une analyse sérieuse de la guerre commencée au Proche-Orient, que l’incertitude prédomine dans toute l’opération de grande ampleur lancée par les États-Unis et par Israël. Au moment où ces lignes sont écrites, on ne sait pas comment finira cette guerre, dans quels délais, pour quels coûts et surtout avec quels résultats. La coalition israélo-américaine veut maintenant aller jusqu’au bout… et obtenir une reddition iranienne avec une pression militaire énorme. Ce n’est pourtant pas si simple. Et dans ce déséquilibre des forces, il suffirait à l’Iran de ne pas totalement perdre pour paraître sortir gagnante… Ce que Donald Trump ne peut pas se permettre après s’être engagé si profondément.

Il faut aussi s’inquiéter du fait qu’une telle offensive militaire unilatérale, aussi déstabilisatrice pour le Moyen-Orient, ait pu être préparée de longue date et enclenchée alors même que des négociations se poursuivaient. A l’évidence, au-delà de ce « brouillard de la guerre », selon la formule bien connue de Clausewitz, cette offensive majeure présente aussi et d’abord de sérieux dangers d’embrasement et d’escalade régionale non contrôlée. Y compris sur le plan économique. Avec la guerre et le blocage (transitoire ?) du détroit d’Ormuz, c’est toute la région qui voit le commerce maritime entravé, du Canal de Suez à la Mer rouge, jusqu’au détroit de Bab el Mandeb en raison de l’action menée par les Houthis yéménites, et le long de la côte du Yémen et du Sultanat d’Oman jusqu’au détroit d’Ormuz. Cela ne peut pas ne pas avoir de conséquences sur l’économie mondiale, sur le prix des hydrocarbures, sur les approvisionnements, sur le coût des transports…

Washington et Tel Aviv ont ainsi ouvert un processus aux conséquences et aux prolongements pour l’instant inconnus. On peut ainsi constater à quel point le règne de l’exercice de la force dans les relations internationales se nourrit de l’irresponsabilité des acteurs. Mais cela, on le savait… Pour mémoire, il faudra tout de même noter que le premier acte suivant la création du Conseil de la paix créé par Trump fut le déclenchement d’une guerre… sous la pression d’Israël et de l’Arabie Saoudite. On s’en souviendra.

La responsabilité de Donald Trump

Il est nécessaire et possible de comprendre les faits essentiels et les logiques ayant conduit à un tel contexte. Et pour comprendre, il faut rappeler ce qui s’est passé lors du premier mandat de Donald Trump. En raison des événements de cette période, on avait eu, dans les quelques semaines qui précèdent la guerre actuelle, du mal à croire possible la conclusion d’un accord sur le nucléaire entre les États-Unis et l’Iran. C’est en effet Donald Trump, en 2018, qui décida de saborder l’Accord de Vienne sur le nucléaire iranien, adopté en 2015. Ce fut un acte politiquement décisif et stratégiquement révélateur. Il s’agissait, en effet, d’un accord de long terme, patiemment et méticuleusement négocié (il fallu 22 mois, après 12 années de tractations diplomatiques pour cela), comprenant un Plan d’action global commun sur la question du nucléaire iranien (ou JCPOA, selon l’acronyme anglais utilisé couramment). Cet accord fit l’objet d’une résolution du Conseil de sécurité des Nations Unies (No 2231 du 20 juillet 2015). Cette résolution fut adoptée à l’unanimité, ce qui n’est pas si commun sur un sujet aussi conflictuel.

Pour certains, restés perplexes, cet accord était insuffisant… Fort logiquement puisqu’il s’agissait d’un compromis. Mais à l’évidence, cet accord, voulu par Barack Obama, ouvrait un contexte d’apaisement, et une vraie chance pour la sécurité internationale. Laurent Fabius, Ministre des affaires étrangères, se permit de pousser à un durcissement des exigences imposées à l’Iran. En dépit de la pression française, cet accord fut finalement adopté et il représenta un acquis diplomatique et politique à considérer comme positif. D’ailleurs, depuis la fin de la guerre froide, nous ne sommes pas submergés par les réussites en matière de sécurité internationale…

L’accord de Vienne, cependant, fut brutalement rejeté par Israël, tandis qu’il fut respecté par l’Iran depuis sa signature en 2015. Il a donc été anéanti par Trump en 2018, malgré les velléités européennes d’en assurer une survie en collant à de nouvelles exigences américaines… hors du strict domaine nucléaire et des dispositions du JCPOA. Exigences que l’Iran ne pouvait évidemment pas accepter, et certainement pas dans ces conditions où les États-Unis, à la grande joie des Israéliens, prirent ainsi la consternante responsabilité de tuer l’accord. Nous allons revenir sur les causes de ce processus négatif.

Ainsi, la levée des sanctions, que Téhéran espérait, fut balayée. En vérité, l’Iran, dans la durée, n’a donc jamais pu échapper ni aux sanctions occidentales, ni aux sanctions adoptée par le Conseil de sécurité de l’ONU. L’accord de Vienne lui ouvrait une porte de sortie. Cette porte lui fut brutalement claquée au nez. Les mollahs les plus radicaux ne pouvaient qu’apprécier une telle situation. Le paysage géopolitique de la confrontation fut ainsi installé. Dans les visées de Tel Aviv et de Washington, c’est bien la nature et l’existence même du régime iranien qui, déjà, étaient déjà visées. Il fallait donc « légitimer » le discours israélien sur l’Iran comme principale menace à la sécurité, essayer de faire passer la question de Palestine comme enjeu secondaire, voire oubliable à dessein. Il fallait surtout ne pas accepter un statu quo négocié, maintenir la confrontation et rétablir un rapport de forces régional clairement favorable aux États-Unis et à ses alliés… En effet, Téhéran et ses « proxys » (Hezbollah, Hamas, Houthis yéménites, milices armées irakiennes…) avaient fini par gagner des points d’appui au Proche-Orient. On disait alors qu’avec l’Iran, ils dominaient dans plusieurs capitales du Proche-Orient : Beyrouth, Bagdad, Damas, Sanaa. C’était excessif, mais cela traduisait assez bien la thèse très entretenue d’une menace, d’une stratégie iranienne d’agressivité unilatérale dans une influence élargie au Proche-Orient.

On est dans une globalité stratégique

Ce contexte, installé à partir de 2018, semblait donc laisser peu de chances aujourd’hui à un nouvel accord entre les États-Unis et l’Iran. Pourtant, dans les dernières heures indécises, les autorités iraniennes et les médiateurs omanais se félicitaient de résultats encourageants dans la négociation. Pour les Iraniens, il s’agissait peut-être de montrer ainsi qu’ils voulaient vraiment un accord, alors que la signification des préparatifs de l’offensive israélo-américaine, avec une concentration de forces militaires américaines inédite depuis la Guerre du Golfe, ne pouvait pas leur échapper.

Évidemment, cette attaque est contraire au droit international, contraire à la Charte des Nations Unies, et aux pratiques les plus communément admises dans les relations internationales. Ce n’est en rien une initiative militaire préventive (beaucoup l’affirment) puisqu’il n’y avait pas de menace imminente de l’Iran… qui négociait. C’est une agression caractérisée, engagée sans bases légales, sans aucun mandat des Nations Unies, dont les raisons (ce n’est pas un choix trumpien irrationnel) sont à resituer dans l’affrontement global ascendant pour l’hégémonie dans l’ordre international. Il faut aller à ce degré de généralité géopolitique pour pouvoir comprendre la logique du conflit.

Les multiples buts de guerre officiels avancés s’inscrivent dans cette confrontation globale dans laquelle apparaissent différents enjeux : le nucléaire, la sécurité et les rapports de forces régionaux, la démocratie, l’économie… enjeux dont la pertinence est très variable. La démocratie, en effet, est un prétexte ou une instrumentalisation, tandis que le nucléaire et les rapports de forces constituent de vraies raisons d’un affrontement direct. On est dans une globalité stratégique.

Les responsabilités dans cette guerre sont donc beaucoup plus complexe que certains le prétendent, par exemple Emmanuel Macron pour qui l’Iran porterait la responsabilité première de cette situation. Ceci est une contre-vérité. Disons simplement que la France se cherche un rôle qu’il est difficile à trouver et à définir sérieusement quand on veut, en même temps, ne pas briser la relation avec les États-Unis, et affirmer un attachement crédible au droit international…C’est une gymnastique aux postures compliquées.

Notons qu’en Ukraine comme en Iran, ceux qui bafouent la Charte des Nations Unies en décidant le recours à la force, portent une responsabilité directe dans le déclenchement de la guerre. Mais on ne peut charger Moscou, tout en approuvant Washington et Tel Aviv, même avec toutes les acrobaties verbales que le discours politique peut permettre. Pourtant, il faut nécessairement préciser que le choix n’est pas simplement entre la guerre et le respect du droit. Soyons plus rigoureux. Il se situe entre deux logiques : celle de la guerre, ou bien celle de la diplomatie et des règles de la sécurité collective, ce qui implique d’inscrire la diplomatie dans l’exigence du droit. Ce choix de la guerre a été fait par Washington et par Tel Aviv pour régler un problème d’affrontement stratégique dans une longue histoire face à l’Iran, allié de la Russie et de la Chine. C’est aussi pour cela que la guerre actuelle a pour cadre d’ensemble un affrontement sur l’ordre régional et plus encore sur l’ordre international et son avenir. On voit d’ailleurs comment l’Ukraine s’apprête à aider les États-Unis contre les drones iraniens Shahed, drones qui pour une part croissante sont maintenant fabriqués en Russie… même contradictoire, la démondialisation militaire n’est pas pour demain.

Un affrontement sur l’ordre régional et sur l’ordre international

Le comportement politique des principaux acteurs européens, dont la France, confirme ce qui précède. Au nom des accords de défense existants, de partenariats anciens, de coopérations et d’intérêts particuliers (par exemple la vente d’armements)… au nom de ces réalités d’ensemble, les principales puissances européennes se sont engagés dans la défense des États du Golfe et de l’Arabie saoudite effectivement pris sous le feu iranien dans les premiers jours du conflit armé. Ainsi se cristallise une forme de coalition stratégique et d’intérêt commun. Ici encore, comme en Ukraine, surgissent les risques d’une cobelligérance qui aujourd’hui ne dit pas (encore) son nom. Elle pourrait cependant prendre des dimensions beaucoup plus larges si la guerre devait durer et s’élargir, alors que Téhéran, manifestement, a d’abord cherché à pousser dans ce sens-là, en espérant peut-être obtenir ainsi une négociation de fin de conflit en montant ainsi les enchères et les risques. Mais Tel Aviv fait la même chose… pour pouvoir exacerber le conflit, y compris au Liban une fois encore dévasté, en son Sud particulièrement, et briser ainsi toute résistance iranienne et pro-iranienne dans ce pays qui ne parvient pas à sortir du désastre. La guerre, pour tous ses acteurs reste une escalade et une façon de jouer avec le feu.

C’est le cas pour Donald Trump qui, évidemment, n’est pas l’homme de paix, tel qu’il ose se présenter, malheureux d’avoir été privé d’un Nobel… par ailleurs si mal attribué. Il veut définir, avec toute son administration, l’ordonnancement d’une stratégie impérialiste d’ensemble pour les intérêts de Washington… et aussi pour les siens propres. Le New York Times du 5 mars titre fort justement à la Une du quotidien : « Quand l’impérialisme prend le masque de la politique étrangère » (Imperialism masked as foreign policy). Trump, avec son administration, ne conclut pas seulement des « deals » dans des cohérences discutables et des propos parfois risibles… Il choisit des visées politiques de domination dans un contexte international et national de contradictions et d’évidentes complexités.

Inquiétudes occidentales…

L’Administration Trump agit ainsi alors que de réelles inquiétudes occidentales ne cessent de s’exprimer explicitement (il faut à ce propos lire les rapports annuels de la Conférence de Munich depuis plusieurs années, pour le vérifier) quant à l’affirmation des Sud, à l’émergence de nouvelles puissances, à la montée de la Chine… et plus globalement concernant l’avenir d’un ordre international aujourd’hui en déliquescence, dans des incertitudes majeures issues des grandes stratégies mises en œuvre depuis des décennies. On peut dire qu’une fin de la longue domination historique des puissances occidentales se dessine progressivement. On le voit d’ailleurs de plus en plus clairement en Afrique, en Asie, en Amérique latine… Relever ce défi global s’inscrit pleinement dans la politique américaine actuelle et son bellicisme. En l’occurrence, avec l’aide empressée d’Israël pour ses propres visées, comme puissance militaire et technologique de très haut niveau, avec des ambitions d’emprises coloniales et de domination régionales effarantes. Écraser l’Iran ou bien amener ce pays à résipiscence, d’une façon ou d’une autre, serait ainsi nécessaire pour pouvoir manifester et objectiver aux yeux du monde, si l’on peut dire, une très grande puissance américaine, non discutée dans ce contexte pourtant compliqué.

Dans ce cadre, la question du nucléaire, et du nucléaire militaire, en tant qu’armement stratégique par excellence, prend donc évidemment une place décisive. Ce fut donc le facteur déclenchant de la construction (le mot est adapté) d’un véritable contexte d’affrontement. Cela mérite le détour. Mais soulignons d’abord l’effort politico-médiatique trop souvent entrepris pour essayer justifier la guerre enclenchée par les États-Unis et par Israël. Cette volonté, contre vents et marées, de légitimer la guerre est tellement forte qu’elle entraîne des argumentations abracadabrantesques. Maurice Ripper, sur France 24, s’est ainsi permis d’affirmer qu’Israël « joue son existence » dans cette guerre. L’usage de « l’existentiel » comme raison impérative, mais très indéfinie, de l’action, fait aujourd’hui flores. C’est tellement pratique… Cependant, un tel argument concernant l’État le plus militarisé, le plus puissant, et le plus soutenu par les États-Unis au Moyen-Orient, qui est au surplus une puissance nucléaire, n’a évidemment aucune crédibilité. Il est cependant surprenant qu’un diplomate de ce niveau, ancien ambassadeur de France en Turquie, en Russie et en Chine, ancien Secrétaire général adjoint de l’ONU, et aujourd’hui Président de l’Association Française pour les Nations-Unies (AFNU) puisse oser de telles inepties de pure propagande pro-israélienne. On tombe d’autant plus bas quand on vient de si haut…

On peut aussi relever l’usage qui est fait du principe de la responsabilité de protéger. Cette norme fut adoptée en 2005 pour succéder au défunt « devoir d’ingérence », mais elle est devenue elle-même obsolète dans les relations internationales après l’expérience dévastatrice de la crise libyenne. Cette norme établit qu’un droit de protection d’une population civile en danger vital est censé s’imposer pour passer outre l’exigence de souveraineté. Ce principe est maintenant invoqué pour tenter de justifier l’entrée en guerre de Washington et de Tel Aviv contre l’Iran. C’est en réalité l’instrumentalisation d’un droit qui a perdu sa pertinence. Si ce principe de protection, en effet, avait acquis une valeur juridique et éthique respectée, il devrait pouvoir s’appliquer à toutes les circonstances où il devient approprié, par exemple en faveur des Palestiniens de Gaza… que les puissances occidentales ont laissé se faire massacrer dans un processus de génocide aujourd’hui sérieusement documenté par l’ensemble des grandes ONG internationales des droits humains, et par les Nations Unies. Invoquer cette norme non fonctionnelle n’a guère de sens. Où est le droit ? Où est la légitimité ? Où est la crédibilité ?

Déshabiller stratégiquement et militairement l’Iran

Quant à l’argument du nucléaire, beaucoup plus sérieux, il est avancé pour les mêmes raisons politique. Il y a là un réel enjeu majeur. Mais on oublie trop aisément l’origine, la vérité et les développements récents de cette problématique particulière. L’accès de l’Iran au nucléaire a commencé avec le Shah d’Iran, allié de Washington. L’Ayatollah Rouhollah Khomeiny (mort en 1989) décida l’arrêt du programme engagé après la révolution de 1979. Mais dans un contexte régional d’isolement et d’hostilités, en particulier avec les États-Unis, l’Iran des mollahs chercha les moyens d’une politique de sécurité nationale et de dissuasion. Ce fut la mission attribuée aux proxys, mais aussi à des dispositifs de défense conventionnelle, en particulier par des systèmes de missiles balistiques. Et ce fut aussi, très probablement, le choix du nucléaire (même si Téhéran dénie toute recherche d’un accès à la bombe, pour s’en tenir officiellement au nucléaire civil). En tous les cas, l’Iran accepta de négocier sur le sujet… pour aboutir ainsi à des limites et des contrôles stricts, définis rigoureusement par cet Accord de Vienne en 2015, et interdisant l’accès à la bombe… Alors que l’Iran est signataire du Traité sur la Non Prolifération (TNP) depuis 1968 (ratification en 1970). En échange des considérables concessions iraniennes, l’Accord de Vienne prévoyait notamment la levée des sanctions et l’autorisation d’une certaine poursuite (très limitée) de l’enrichissement de l’uranium. C’était en filigrane une fin promise, voire possible, de l’isolement iranien.

La décision prise par Trump, en 2018, a brisé net ce processus d’accord qui aurait donc pu contribuer à réinsérer l’Iran dans un contexte de sécurité régionale acceptable, et de relations internationales disons… normalisées. Avec cette décision de Donald Trump, toute stratégie de dissuasion nucléaire iranienne était de facto rendue obsolète. Les bombardements israéliens et américains successifs ont délibérément cherché l’affaiblissement du système de défense iranien, en particulier les missiles balistiques. Les proxys furent ensuite, au fil des années, et surtout récemment, durement frappés militairement (y compris dans la période actuelle dite de « cessez-le-feu »… mais qui s’en préoccupe ?) au point où leur rôle dissuasif rentre lui aussi en obsolescence (ce que confirme Bernard Hourcade, grand spécialiste de l’Iran). On comprend ainsi que la recherche d’un accord de règlement politique à partir d’un équilibre de sécurité incluant le nucléaire, a été systématiquement visée pour pouvoir l’effacer du paysage politique, au profit d’une stratégie occidentalo-israélienne consistant à littéralement « déshabiller » Téhéran sur les plans stratégique et militaire. En lui supprimant par la force, à la fois les garanties d’un accord que l’Iran avait pourtant dûment respecté, et l’ensemble de ses moyens de dissuasion… tout en maintenant les sanctions.

Un aboutissement terminal ?..

Dans la réalisation de ces calculs politiquement très ajustés, il y a d’abord la confrontation de deux logiques de puissance… très inégales. C’est une confrontation dans laquelle la loi des plus forts a fini par s’imposer sous les bombes de juin 2025 et celles d’aujourd’hui. Une telle insistance à la destruction progressive est à souligner. On comprend ainsi beaucoup mieux la visée politique de Donald Trump, et ses suites. Et cette politique-là ne manque pas de cohérence, en dépit de ce que bien des experts et commentateurs n’ont cessé d’affirmer.

Après la démolition de l’Accord de Vienne en 2018, les Européens ont essayé d’obtenir l’assentiment des Iraniens à prolonger cet accord en le « complétant » (noter au passage la litote sémantique) par des dispositions portant sur l’armement avec les missiles balistiques, sur les conditions de la sécurité régionale et sur le rôle stratégique de l’Iran. Et ces prétendus « compléments » furent encore un part essentielle des négociations d’aujourd’hui… réduites donc à néant par l’entrée en guerre de Washington et Tel Aviv. Ces nouvelles dispositions proposées à la négociations étaient-elles, hier et aujourd’hui, excessives ?.. Pour les Iraniens, certainement, mais le problème n’est pas là. Passer d’un accord conclu sur le seul enjeu du nucléaire, au titre du TNP, et dans un esprit recherché de sécurité collective ou d’intérêt commun… c’est une chose. Chercher à transformer structurellement ce même accord afin de dicter à Téhéran les conditions de son rôle politique international, les limites de ses moyens militaires et le cadre restreint de sa souveraineté… en est une autre. On change alors complètement de registre. On passerait ainsi d’un accord international légitime (installé dans l’ordre juridique international sur la base des principes du TNP, et par une résolution du Conseil de sécurité), à un diktat imposé par des puissances extérieures, hors du droit international et des pratiques de la sécurité collective.

C’est en vérité le sens de ce qui a été entrepris depuis 2018 pour mettre en échec tout accord possible avec l’Iran, tout statu quo régional, toute possibilité de sortir l’Iran d’un état d’exception sous sanctions, et de réintégrer ce pays dans une « normalité » de statut international. En outre, cela interdirait à l’Iran de disposer d’une capacité de dissuasion, à supposer qu’avec le nucléaire, un des objectifs de Téhéran fut celui-ci. Ce qui plausible. On ne peut guère s’étonner qu’une telle politique, aussi clairement hégémonique, ait pu être repoussée par Téhéran, quoique l’on puisse penser de la nature antidémocratique et férocement répressive du régime des mollahs. Et puis, il est tellement évident que la guerre actuelle cherche à mettre une sorte de point final définitif à ce processus d’imposition d’un aboutissement terminal consistant à broyer le régime par la force et par la dévastation… Une telle visée est-elle seulement réalisable ?

Instrumentaliser l’exigence démocratique

Naturellement, il faut le préciser, le lien qui est établi en quasi permanence entre l’offensive militaire actuelle de Washington et Tel Aviv, et la situation intérieure en Iran avec la volonté du régime des mollahs d’imposer la fin des manifestations populaires par une répression criminelle de grande ampleur… constitue un moyen pour tenter de justifier l’offensive en cours, au nom de la démocratie. Mais personne ne peux croire que la démocratie se construit par les bombes. C’est le peuple iranien qui le fera. Mais il devra le faire sans ou contre Trump, Netanyahou et leurs conditions. Sans les ingérences et les recherches de zones d’influence. Il n’est d’ailleurs pas évident que les bombardements pourront contribuer à briser le régime. Il faudrait pour cela une intervention militaire au sol. Ce qui constitue un défi militaire de très grande dimension dans un pays de 90 millions d’habitants, possédant ce que l’on appelle une grande profondeur stratégique. Il ne peut guère en être question… sauf à risquer l’enlisement et l’échec stratégique, ce que les États-Unis ont connu en Irak et en Afghanistan.

Il reste que l’offensive israélo-américaine pourra certainement affaiblir encore le régime… au prix d’une escalade périlleuse. D’ailleurs, selon les dernières informations rendues publiques, Israël pousserait à un engagement militaire direct, au sol, des Kurdes iraniens (en ont-ils les capacités ?), afin de contribuer à un chaos intérieur susceptible de faciliter un soulèvement (avec une guerre civile ?) et une chute du régime. Celle-ci est déjà recherchée avec l’intensité inédite des bombardements visant en particulier les cadres du régime, les pouvoirs, les institutions militaires, la sécurité intérieure, le renseignement… Et puis, Washington dépêche un troisième porte-avions géant, le Nimitz, tout en engageant des B 52, ces bombardiers dont l’usage démontre que l’on a ainsi atteint un niveau stratégique inédit.

On peut et on doit comprendre l’aspiration du peuple iranien à la démocratie et aux libertés. La démocratie et les libertés constituent une exigence vitale pour le peuple iranien. Mais ce n’est qu’un subterfuge pour les États-Unis et pour d’autres acteurs. On ne peut accepter que cette aspiration profondément légitime aux libertés et à l’état de droit, puisse servir de prétexte à une visée stratégique qui se situe à un tout autre niveau, dans une tout autre visée. C’est une imposture qui accompagne le risque d’un Proche-Orient chaotique, dans un contexte aggravé d’insécurité collective et plus généralement de guerre. Un contexte plus déstabilisateur et plus dangereux encore pour tous les peuples et les pays de la région.

La déliquescence de la pensée politique

Alors, pendant combien de temps encore pourra-t-on s’imaginer possible de contribuer à une multiplication des conflits et des guerres sans chercher les réponses allant au fond des problèmes soulevés ?.. Parce qu’évidemment la puissance et la force, paradigmes impérialistes totalement dominants des relations internationales, ne servent pas à corriger le monde, et encore moins à le changer… mais à dominer, à imposer la loi du plus fort dans la hiérarchie des puissances. Cela traduit en même temps une déliquescence alarmante de la pensée politique et de la capacité à développer une vision du futur.

A ce propos, il faut bien se souvenir des leçons du premier mandat de Donald Trump. Les logiques qui se sont alors imposées, avec leurs conséquences, étaient très clairement celles d’une militarisation de la politique extérieure, une crise du Département d’État (recul du diplomatique, réduction des budgets, pénurie de personnels non remplacés, culture de l’efficacité et de la performance…). Il fallait tuer la diplomatie, et des pas significatifs furent alors franchis dans cette orientation. Déjà l’Iran figurait au centre des préoccupations stratégiques. James Mattis, ex-Secrétaire à la défense durant ce premier mandat Trump, ce militaire très expérimenté, ou « l’adulte dans la pièce »… que Trump avait fini par écarter, désignait avec force l’enjeu politique iranien comme une obligation prioritaire.

Il est souvent dit que la politique de Trump ne peut se juger qu’avec ce qu’il entreprend maintenant, au cours de son second mandat. Ce n’est pas totalement inexact. On voit en effet à quel point il cultive l’obsession de la force dans l’arrogance d’une puissance pour laquelle tout serait possible et tout serait permis… La guerre contre l’Iran constitue la septième attaque américaine contre un autre État depuis l’arrivée de Trump au pouvoir pour son second mandat. Pourtant, les fondements de la politique Trump ont été définis au cours de son premier mandat exercé de 2017 à 2020 : recomposition d’une suprématie stratégique globale, récusation du droit international, rejet de l’ONU, de la sécurité collective, des alliances, de l’OTAN et de la « défense collective », retrait d’organisations liées au systèmes des Nations Unies, retrait de plusieurs traités internationaux dont l’Accord de Vienne sur le nucléaire iranien… Tout cela fut alors mis en place et réalisé. Ceci confirme qu’il n’y aurait pas une indécision ou une hésitation de Trump entre « deux » stratégies opposées : une approche renouvelée de l’hégémonie américaine, en contradiction avec une politique de règlements politiques, de « deals » négociés et de paix… Mais, à l’évidence, il a fallu à Trump une nécessaire adaptation au contexte créé durablement aux États-Unis par la « fatigue de la guerre », par les échecs stratégiques majeurs de la période des guerres sans fin, par la démesure dans l’usage de la force et les centaines de milliards de dollars engloutis dans cette illusion de puissance totale. C’est surtout Barack Obama qui permit d’installer une approche stratégique différente, prudentielle et calculée, ce qui lui fut souvent reproché… Donald Trump n’a jamais été un partisan de cette ligne d’adaptation, au contraire. Mais il lui a été nécessaire de tenir compte des réalités en s’engageant publiquement pour la fin de l’hubris et des guerres de choix américaines, afin de se faire élire et comprendre par l’électorat recherché. Aussi, la politique d’agressions militaires multiples mise en œuvre aujourd’hui, cette posture impériale désinhibée, c’est une continuité de ce qu’il fit de 2017 à 2020, dans l’affirmation d’une vision impérialiste arrogante mais adaptée (c’est en tous les cas ce qu’il cherche…) aux contradictions et aux mutations profondes du contexte mondial.

Un (in)certain monde de demain déjà là

Trump n’est donc pas seulement un anti-Obama déconcertant et fluctuant (même s’il en joue), il est aussi, et probablement davantage, un politicien retors adepte d’une tendance permanente à l’hubris. Il veut s’adapter aux défis géopolitiques de la Chine et des Sud. Il veut aussi faire avec les contradictions du temps. Il modèle soigneusement des politiques qui déjà s’imposent et changent structurellement les relations internationales. Le monde de demain, ses violences, ses effondrements et ses inquiétantes incertitudes sont déjà là. Il faut le mesurer comme une forte majorité du peuple des États-Unis le mesure clairement en désapprouvant majoritairement l’agression américaine contre l’Iran, avec ses risques tellement évidents.

Le risque. Le risque permanent… c’est bien ce qui caractérise le plus, et depuis des décennies, tout le Moyen-Orient. Rien ne se règle. Tout s’aggrave dans l’exacerbation des conflits et des crises qui font et qui fracturent brutalement ce vaste espace et cette longue histoire de peuples qui, pour l’essentiel, restent sans droits, sans état de droit, sans sécurité assurée, sans égalité sociale… Même ce que l’on a désigné comme un « printemps » arabe, voici 15 ans, s’est traduit par un échec cuisant pour les attentes sociales et démocratiques populaires. Jusqu’en Tunisie. Ce pays plus ouvert que bien d’autres, que l’on dit moderniste, montra l’exemple. Mais il est aujourd’hui sous la férule d’une nouvelle dictature.

La loi du plus fort s’impose souvent dans un cynisme effrayant. Les djihadistes syriens au pouvoir obtiennent la rédemption de Washington pour avoir coupé le lien entre Damas et Téhéran. Et les Kurdes se sentent alors trahis par le lâchage américain… Tandis que les Kurdes iraniens pourraient aller (peut-être) au combat direct sur l’insistance de Tel Aviv, avec la bénédiction de Donald Trump.

Et puis surtout, il y a ce génocide du Peuple palestinien perpétré par Israël, ainsi qu’une multiplicité de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité… mais tout cela ne suscite en rien le haut niveau d’indignation, de réactions concrètes, notamment les sanctions multilatérales obligatoires, que de tels crimes devraient au moins susciter… en tous les cas dans ce monde des puissances occidentales, d’ordinaire si prompt à donner des leçons. Le massacre barbare commis le 7 octobre 2023 par le Hamas et par d’autres acteurs du même type, doit être condamné avec force, sans que cette sauvagerie inouïe puisse, en quelque circonstance, servir de légitimation au génocide des Palestiniens. Le présent occidental ne veut rien retenir de ce désastre de portée historique et morale, pour lequel bien des dirigeants actuels portent la responsabilité d’avoir laissé faire. Mais la mémoire sera longue. Il faut y veiller.

Ne pas lâcher sur les valeurs et les idées…

On se demande vraiment ce qui pourra, un jour, conduire enfin les Européens, directement concernés, à sortir de leur inaction, de leur convergences stratégiques sur un soutien complice permanent à l’État d’Israël, et dans l’alignement assumé sur les États-Unis, dans le mépris constant du droit, des buts et des principes définis par la Charte des Nations Unies. Les rares exceptions, celle de l’Espagne par exemple, ne font que ressortir le caractère choquant de cet effondrement.

Cet effondrement est moral, parce qu’il touche à des valeurs humaines universelles, autant qu’il est politique. Bien sûr, ce pire chemin n’est pas une voie royale et dégagée. Il y a des résistances… difficiles. Et puis, on se souvient que Georges W. Bush, avec ses guerres sans fin, avait fait comprendre à beaucoup, aux États-Unis et dans le monde, qu’à force de jouer avec le feu on finit pas se brûler. Au-delà de son langage de provocation permanente, Donald Trump essaie en permanence de triompher et de naviguer dans la grande complexité des réalités mondiales. Mais il ne s’est pas brûlé les doigts… Pas encore ? En tous les cas, il a pris des risques et ses déboires politiques intérieurs pourraient demain changer la donne.

Il faut remarquer à quel point, jusqu’à des controverses très fortes sur les valeurs, sur le droit, sur les conditions de la sécurité internationale, sur la façon de penser la guerre et la paix… à quel point, donc, tout cela s’inscrit dans le débat public quant à la crédibilité, à la légalité et à la légitimité des arguments officiels et des thèses politico-médiatiques. Cela signifie que si les logiques de puissance, les rapports de forces et le recours à la force dominent très concrètement les relations internationales… ce n’est en rien unilatéral. Il reste des espaces et des causes politiques à investir en France et en Europe, notamment sur les exigences qui figurent aux fondements de ce qui fut installé en 1945 : un ordre international de nature différente, avec la création des Nations Unies, avec la paix comme valeur à réaliser, avec l’interdiction du recours à la force, la priorité à la diplomatie, au règlement politique des conflits, à la responsabilité collective, à la sécurité collective, à la coopération et aux droits humains fondamentaux. Ce système a montré ses faiblesses, initiales et dans la durée. On le mesure amèrement aujourd’hui. Mais ce fut une cohérence éthique et politique nouvelle… qu’il ne faut pas lâcher, jamais lâcher alors qu’elle chancelle aujourd’hui sous les coups de boutoir des logiques de force qui progressivement mettent ce système sur le chemin d’une périlleuse décomposition. L’ONU n’est pas inutile ou inapte. Ce sont les logiques de puissance qui la tuent, alors qu’elle fut certainement le projet d’un nouvel ordre international et d’une approche collective le plus intelligent du 20è siècle.

Il est donc nécessaire de nourrir une opposition très forte et surtout très argumentée à ce processus de décomposition qui décrit une trajectoire problématique et régressive des relations internationales. Celle-ci, en effet, pourrait encore nous conduire à d’autres grandes sauvageries, à d’autres très grandes guerres, demain en Asie par exemple, si rien n’est fait pour résister, réapprendre à dire non, proposer une vision pertinente et exigeante pour l’avenir dans la solidarité. L’enjeu du monde de demain et du sens que cela recouvre, devient essentiel parce qu’il touche à notre humanité. 07 03 2026

Lettre du Mexique…

Le 22 février dernier on a commencé la journée tranquillement. Avec des amis nous sommes sommes allés prendre le petit déjeuner dans un restaurant qui vient d’ouvrir. Le petit déjeuner, au Mexique, c’est un moment important. On se retrouve entre amis… C’est aussi le moment préféré pour parler affaires. C’est une habitude. Mais ici, à Culiacan, capitale du Sinaloa et berceau des cartels de la drogue, cette habitude s’était perdue avec le déclenchement de la guerre entre deux puissants cartels commencée en septembre 2024.

Toute la matinée j’ai reçu des messages d’amis d’autres régions du pays, qui me demandent si je vais bien… Je ne savais pas qu’une grande opération menée par les forces spéciales de l’armée mexicaine avait eu lieu à 800 km de là pour s’emparer du chef du cartel Jalisco nouvelle génération, Nemesio Oseguera Cervantes dit “el Mencho”. Il a été tué durant l’opération, ainsi qu’ un bon nombre de ses lieutenants… et 25 membres des forces armées. Toute la journée les hommes à la solde de ce cartel ont mené des actions violentes, bloquant des routes et incendiant commerces, banques, pompes à essence, édifices publics dans 20 des 32 États composant le Mexique. Le lendemain, le gouvernement du Jalisco, région la plus touchée, a demandé aux habitants de rester chez eux, de ne pas se rendre au travail, ni amener leurs enfants à l’école. Ici, dans le Sinaloa, pour une fois les gens ont suivi le cours de ces événements… en tant que spectateurs. La violence n’a pas touché la région. Les groupes criminels locaux n’ont jamais permis au cartel Jalisco nouvelle génération de s’implanter davantage. Et depuis, l’armée et la Garde nationale sont fortement présentes. Les attaques de ce dimanche 22 février n’auraient pas dû être possibles. Mais les actions des « narcos » ayant suivi l’attaque de l’armée contre leur chef, ont montré une fois de plus la force de ces groupes, leur organisation et leur puissance de feu.

L’opération qui a permis de mettre ”el Mencho” hors d’état de nuire a été menée par les forces spéciales de l’armée mexicaine avec le soutien des États-Unis qui ont apporté les informations nécessaires pour localiser leur cible grâce à un travail de renseignement de pointe. Contrairement à ce qui a été dit dans une campagne de désinformation montée peu de temps après l’intervention de l’armée mexicaine, il n’y a pas eu de participation des forces armées étatsuniennes. Cette campagne de désinformation a été organisée à partir de “fermes à bots” (ou usines à trolls) situées aux États-Unis. Elles ont été relayées au Mexique par la droite cherchant à discréditer le gouvernement mexicain. Celui-ci serait, selon la droite, incapable ou peu enclins à combattre les groupes criminels. Or, une coopération existe depuis le début du mandat présidentiel de Claudia Sheinbaum qui exclue tout participation de personnel militaire américain sur le terrain. Donald Trump ne cesse de proposer l’intervention directe de ses forces. Mais ce que serait contraire à la constitution mexicaine et, on le sait, avec une telle intervention, on aurait mis le doigt dans l’engrenage…. Par expérience, ici, on se méfie énormément des États-Unis.

Avec le déclenchement de la guerre entre deux groupes issus du cartel de Sinaloa en septembre 2024, la région vit une violence inédite au Mexique. L’un des chefs du groupe des “Chapos” a séquestré et livré en territoire étasunien le chef du cartel concurrent. Certainement après un accord passé avec la DEA (la Drug Enforcement Administration), et sans informer le gouvernement mexicain. La suite, c’est cette guerre qui se déroule dans les rues et dans les campagnes de la région avec près de 3000 morts et 2000 disparus. En même temps les autorités estiment que 2225 personnes ont été arrêtées et 33 tonnes de drogues ont été saisies, avec environ 5000 armes et plus d’un million de cartouches.

Au delà des chiffres, il y a le quotidien des gens et de leur vie. Les habitants de Culiacan, ville de 1 million d’habitants, ont du passer des mois à demi cachés dans leurs maisons. Finies les sorties du soir ou du week-end pour aller dîner avec les copains ou passer une journée à la mer. Certains quartiers ont vécu des journées d’angoisse lorsque des affrontements avaient lieu aux abords des écoles. Les rues se sont vidées. Les restaurants et les commerces ont commencé à fermer tôt. Et les entreprises ont vu leur activité ralentir. On parle de 45 000 emplois perdus, et d’une chute de l’économie régionale de 20%. On entend parfois comparer cette situation à la pandémie du Covid, mais cette fois-ci… il n’y a pas de vaccin.

Au plus fort de cette guerre on a pu compter presque 20 morts quotidiennement, aujourd’hui ce chiffre est tombé à 3 ou 4 morts par jour. Il a fallu l’intervention massive de l’armée et de la Garde nationale pour que l’État reprenne en main la situation, ou plutôt pour seulement faire baisser le niveau de violence. Les chiffres tendent à montrer que le gouvernement agit, mais le sentiment d’insécurité chez les gens reste vif… et pour cause. Parfois, cette guerre semble entrer dans une période d’accalmie, on ressort le soir, et la circulation en ville revient à la normale. Les commerces travaillent et les écoles sont ouvertes. Et puis, soudain, les informations parlent de deux adolescents tués parce qu’on les a confondus avec quelqu’un, ou bien on nous informe qu’un ami a été tué la veille par une balle perdue, ou bien encore que 10 ingénieurs travaillant pour une compagnie minière ont été enlevés, et cinq d’entre eux ont été retrouvés assassinés. Il y a un mois deux députés locaux ont été victimes d’un attentat devant le siège de leur parti. On a l’impression que tout ça se passe de façon précipitée, et en même temps on a du mal à imaginer combien de temps cela va encore durer. On ne s’habitue pas. On s’adapte. On essaye de vivre, de ne pas se cacher, de ne pas tomber dans le désespoir. En fait, nous vivons dangereusement.

Tunisie : Solidarité avec Kamel Jendoubi

Il faut soutenir Kamel Jendoubi, militant des droits humains, actuellement cible d’attaques et de campagnes de dénigrement en raison de son engagement constant aux côtés de toutes les victimes de la répression en Tunisie.

À ce jour, plus de 270 signataires (de Tunisie, du Maroc, d’Algérie, de Palestine, de Syrie, de Libye, d’Égypte, de Jordanie, de France et d’autres pays d’Europe…) expriment leur solidarité avec Kamel Jendoubi. Par cette initiative, ils réaffirment leur attachement à l’universalité des droits humains et aux valeurs démocratiques.

  • Pour la Liberté et la démocratie en Tunisie.
  • Pour la libération des prisonniers politiques et d’opinion.

Nous, signataires,

Tenons à exprimer notre vive indignation face à la campagne qui prend pour cible Kamel Jendoubi. La cabale ne vient pas cette fois, des cercles habituels proches du pouvoir, mais d’ » opposants progressistes  » autoproclamés. C’est l’essence même du combat pour les droits et les libertés dans notre pays qui est visée.

Est-il besoin de rappeler que Kamel Jendoubi est une figure marquante de la défense des droits humains en Tunisie et ailleurs. La défense des droits des migrants, le combat contre le racisme, pour l’égalité des droits est chez lui un engagement constant, qui dure depuis cinquante ans.

Militant contre le despotisme, du temps de Bourguiba, puis de Ben Ali, il est co-fondateur en 1996 du CRLDHT, dont la vocation était de relayer la lutte pour les droits et les libertés dans le pays, du temps où la persécution, l’exil où l’enfermement était le lot des combattants pour la liberté.
Après la révolution, il a présidé l’ISIE, première du nom, qui a veillé à la tenue des premières élections transparentes dans le pays, avant d’occuper la charge de Ministre des droits humains. Ceux qui l’ont approché savent sa probité et son souci de la personne humaine quelle qu’elle soit.
Et c’est sans doute cela qui lui vaut aujourd’hui d’être l’objet de nouvelles vilenies : a-t-on idée d’être fidèle à ce principe simple selon lequel les droits humains sont indivisibles. Kamel Jendoubi a toujours défendu les victimes de la répression de toutes obédiences : de gauche ou libéraux, islamistes ou séculiers, destouriens ou nationalistes arabes. Qu’ils soient politiques, journalistes, militants de la société civile, ils ou elles subissaient la même oppression.

La commune humanité précède l’appartenance idéologique, et la dignité de chacun.e prime sur les idées politiques. C’est l’attachement de Kamel Jendoubi à ce principe universel qui a provoqué l’ire des fanatiques.

Car discriminer les prisonniers d’opinion selon leurs appartenances relève d’un fanatisme dont la fonction est de valider la répression alors qu’il se targue d’opposition. Les vociférations contre l’éthique de la solidarité due à toutes les victimes, sont-elles autre chose qu’une énième diversion pour conforter le pouvoir dans sa répression.

La cabale contre Jendoubi aujourd’hui – parce qu’il refuse de faire le tri des victimes – relève au fond d’une vision perverse qui conçoit les droits comme autant de privilèges que l’on concède aux uns et dont on prive les autres. Une vision aux antipodes des droits humains.

Pour toutes ces raisons :

  • Nous tenons à dire notre solidarité indéfectible avec Kamel Jendoubi face aux campagnes de calomnie et d’agitation.
  • À souligner que la défense de tous les opposants et de toutes les victimes de la répression, quelles que soient leurs obédiences, est un devoir et nom une tare politique.
  • Et à réaffirmer que toute tentative de porter atteinte à ce principe s’attaque à l’universalité des droits humains et à l’éthique de l’action politique et civique.

Premiers signataires

1. Bochra Belhaj Hamida

2. Souhayer Belhassen,  

3. Moncef Marzouki (ancient president)

4. Yadh Ben Achour

5. Driss Elyazami (Maroc)

6. Messaoud Romdhani,

7. Khadija Cherif,

8. Mokhtar Trifi,

9. Sana Ben Achour,

10. Wahid Ferchichi 

11. Monia Ben Jemai

12. Hamadi Redissi

13. Sophie Bessis

14. Maher Hanine

15. Dalila Msadek

16. Rami Salhi

17. Raja Ben Slama 

18. Hichem Abdessamad

19. Nabil Azzouz

20. Neila Zoghlami,

21. Fathi Bel Haj Yahya 

22. Yosra Farawes

23. Majdi Kerbai

24. Ramla Dahmani

25. Hatem Nafti

26. Hela Ben Salem

27. Hedhili Abderrahman

28. Amira Mohamed

29. Brahim Belguith

30. Khadija Mohsen Finan

31. Mohamed Trabelsi

32. Raja Chamekh

33. Mohamed Bensaid

34. Lilia Rebai

35. Mourad Allal

36. Abeer Amiche

37. Amira Saidi

38. Ayla Sellami

39. Romdhane Ben Amor

40. Soussan Jaadi

41. Azza Ghanmi

42. Hélé Béji

43. Hafedh Mribah

44. Ahmed Abbes

45. Mohiédine Laga

46. Mohamed Bhar

47. Bernard Dreano, président du Cedétim (France)

48. Abderrahim Afarki, ancien prisonnier d’opinion marocain.

49. Jean Claude Soufir

50. Sonia Fayman (France)

51. Sofiene Makhloufi

52. Hafedh Affes

53. Habib Ouarda

54. Hachemi Ben Frej

55. Abderrahman Frihi

56. Slim Ben Arfa

57. Khaled Tabbabi

58. Marie Christine Vergiat (France)

59. Kamel Lahbib (Maroc)

60. Jean Philippe Milesy (France)

61. Bassem Trifi

62. Sanhaja Akrouf (Algérie)

63. Driss Elkherchi (Maroc)

64. Ali Ben Ameur

65. Fathi Tlili

66. Ali El Baz (Maroc)

67. Claude Szatan (France)

68. Gustave Massiah (France)

69. Mohsen Dridi

70. Mohamed Khénissi

71. Meriem Ben Azouz

72. Mehdi Chebbi

73. Naceur El Idrissi (Maroc)

74. Ali Bensaad (Algérie)

75. Rabba Ben Achour

76. François Lalande (France)

77. Noureddine Baaboura

78. Leila Turki

79. Alain Gresh (France)

80. Intersection association

81. Patrick Mony (France)

82. Amara Ben Amara (Algérie)

83. Wadih Al Asmar (Liban)

84. Abderrazek Kitar

85. Joel Roman (France)

86. Micheel Debon de Beauregard (France)

87. Abdellatif Laabi – Poète (Maroc)

88. Mireille Fanon-Mendes-France – (France)

89. Anes Hmaidi

90. Aissa Rahmoun (Algérie)

91. Guilhem Arnal (France)

92. Dominique Sopo (France)

93. Umit Mutin (Turquie)

94. Chérif Msadek

95. Michele Leclerc-Olive (France)

96. Marc Mangenot (France)

97. Jean Bellanger (France)

98. Nathalie Tehio LDH (France)

99. Ghazi Hidoussi (Algérie)

100. Frej Fenniche

101. Fouad Abdelmoumni (Maroc)

102. Jacques Fath (France)

103. Fethi Dbek

104. Noureddine Jouini

105. Karim Messaoudi (Maroc)

106. Fatma Bouamaied Ksila

107. Houdna Dous Bennani (Maroc)

108. Mohamed Hamrouni

109. Patrick Margaté (France)

110. Abderrazek Elhannouchi (Maroc)

111. Arnaud Le Gall – Député (France)

112. Houria Es Slami (Maroc)

113. Françoise Carasse (France)

114. Roland Biache ( France )

115. Mustapha Bouchachi (Algérie)

116. Bahey Eddine Hassen (Egypte)

117. Noureddine Benisaad (Algérie)

118. Amal Grami

119. Alexis Déswaef – FIDH (Belgique)

120. Hamouda Soubhi – FMAS (Maroc)

121. Marc Mercier (France)

122. Henri Mermet (France)

123. Mounir Hassine

124. Abdellatif Mortajine (Maroc)

125. Tarek Toukabri

126. Aida El Amri

127. Aziz Mkechri (Maroc)

128. Karima Souid

129. Malek Kefif

130. Khaoula Boukrim

131. Simone Suskin (Belgique)

132. Gilles Lemaire (France)

133. Asmahene El Batraoui (Egypte)

134. Mamdouh Jamel (Egypte)

135. Ahmed Salem (Egypt)

136. Anes Dalalou ( Syrie)

137. Zakaria Bellahrech (Algérie)

138. Ahem Gamel Ziada (Egypte)

139. La Fondation du Journal Féministe Algérien 

140. Isssam Younes (Palestine)

141. Ghofrane Younes

142. Ayed Ahram (Maroc)

143. Tewfik Allal (Algérie)

144. Aicha Zaimi Sakhri (Maroc)

145. Mohamed Elhamouchi (Maroc)

146. Safi Sakran (Jordani)

147. Lubna Alkanawati (Syrie)

148. Hajer Bouden

149. Fatiha Saidi

150. Moataz El Fegiery (Egypte)

151. Bertrand Badie (France)

152. Aissa Kadri (Algérie)

153. Pierre Henry (France)

154. Ali Alaspli (Libye)

155. Association Marocaine des Droits Humains (AMDH)

156. Hanen Elfakiri (Maroc)

157. Adel Ltifi

158. Ahmad Mrouah (Liban)

159. Annie Lahmer (France)

160. Fatna Afid (Maroc)

161. Nassera Dutour (Algérie)

162. Ahmed Mefreh – Committee for Justice (Egypte)

163. Neama A Ibrahim (Palestine)

164. Youssef Habache (Palestine)

165. Ahmed Attalla (Egypte)

166. Abdelmoumene Khelil (Algérie)

167. Selim Benabdessalem

168. Alima Boumedienne (Algérie/France)

169. Alya Cherif Chammari

170. Larbi Chouikha

171. Sami Bargaoui

172. Kamel Ghali

173. Fatma Elandoulsi

174. Imed Melliti

175. Jameleddine Essbaa

176. Taoufiq Tahani (Maroc)

177. Benoit Gosset AI (France)

178. Mohamed Smida

179. Zied El Heni

180. Monique Dental (France)

181. Bachir Ben Barka (Maroc)

182. Amine Ltaief

183. Yahya Jaafari (Algérie)

184. Miriam Cherbib

185. Kamel Bouajila

186. Miaad Benabdallah

187. Habib Khazdghli

188. Taoufik Hamdi

189. Charfeddine El Kallil

190. Anouar Kousri

191. Mustapha Benahmed

192. Insaf Machta

193. Mohamed El Hamdi

194. Ridha Driss

195. Françoise Valensi

196. Gerard Maarek

197. Sihem Badi

198. Elyes Chaouachi

199. Adel Abderrazek (Algèrie)

200. Mohieddine Abdellaoui (Maroc)

201. Michelle Garcia (France)

202. Abderrazek Kilani

203. Organisation Marocaine des Droits Humains (OMDH)

204. Naziha Rejiba

205. Neji Khachnaoui

206. Vincent Geisser (France)

207. Houssem Hammi

208. Sihem Bensedrine

209. Salaheddine Jourchi

210. Meriem Zeghidi Adda

211. Noureddine Benticha

212. Ahmed Abdennebi

213. Latifa El Habbachi

214. Maher Madhioub

215. Riadh Chaiibi

216. Abdelali Hami Eddine (Maroc)

217. Ahmed Maalej

218. Imed Khémiri

219. Adel Mejri

220. Oussama Khelifi

221. Naoufel Bouamri (Maroc)

222. Baccar Azouz

223. Ahmed Galoul

224. Ali Koali

225. Latifa El Bouhssini (Maroc)

226. Zied Ghanney

227. Almoutassim Alkilani (Syrie)

228. Dr Ahmed Amri

229. Moncef Zid

230. Pr. Larbi Bouguerra

231. Souad Frikech (Maroc)

232. Samia Frawes

233. Mohamed Chaoui (Maroc)

234. Abdeslem Ghalbzouri (Maroc)

235. Charaf Rifai (Maroc)

236. Khalil Mrezek (Maroc)

237. Hajer Tlili

238. Kacem Chebab (Maroc)

239. Cheima Benhamida

240. Sonia Dayan-Herzbrun

241. Boualem Azahoum (Maroc)

242. Khaled Hermessi

243. Mohamed Lachheb (Maroc)

244. Samia Driss

245. Narjis El Harchami (Maroc)

246. Touda Bouanani (Maroc)

247. Hajer Bouzarara

248. Belgacem Hassen

249. Ibrahim Ezeddine (Egypte)

250. Hajer Ghanney

251. Walid Boukhriss

252. Soukeina Abdessamad

253. Noureddine Arbaoui

254. Mohamed Salah Guissouma

255. Ahmed Amara

256. Agnès Tricoire (France)

257. Zine Elabdine Hamda Cherif

258. Balkis Allagui

259. Sofiene Benhamida

260. Ali Khemira

261. Jalel Matri

262. Abdallah Zniber (Maroc)

263. Aziz Akremi

264. Abdelkrim Allagui

265. Zeineb Brahmi

266. Mohamed Ennahili (Maroc)

267. Rasmus Alenius Boserup (Danemark)

268. Badreddine Abdelkefi

269. Selma Hajri

270. Lana Sadeq (Palestine)

271. Mohsen Soudani

272. Fayçal Benabdallah

273. Jabeur Ouajha

274. Margueritte Rolinde (France)

275. Gilbert Achcar

276. Khira Ben khlifa 

277. Louis Weber (France)

278. Jean-Pierre Dardaud (France)

279. khadija Rouggany (Maroc)

280. Marc Schade-Poulsen (Denmark)

281. Abdelmajid Deghniche

282. Anthony Whitney (France)

283. Philippe Legrand (France)

284. Michel Morziere (France)

285. Hichem Skik

286. Mostapha Fouad (Egypte)

287. Fabienne Mesica (France)

288. Hedi Mahmoud –

289. Abdelkrim Guiza –

290. Tarek Mahdhaoui –

291. Adel Chaouch –

292. Lotfi Hammami –

293. Samir Bouraoui –

294. Belgacem Mekki –

295. Tahar Chegrouche –

296. Renée Le Mignot -MRAP (France)

297. Mouhieddine Cherbib

Une lâcheté de plus…

Le discours de Marco Rubio, Secrétaire d’État de l’Administration Trump, à la Conférence de Munich… ou le lâche contre-sens des Européens.

Voici, en intégralité et en français, le discours de Marco Rubio à la Conférence de Munich sur la sécurité (MSC 2026). Rubio est le Secrétaire d’État de l’Administration Trump (l’équivalent d’un Ministre des affaires étrangères). C’est un acteur majeur de cette Administration. On dit d’ailleurs qu’il se verrait bien comme futur candidat à la succession de Trump… Ce discours est important. Il l’est d’autant plus qu’il a été présenté comme le motif d’un « soulagement » visible et des applaudissements des hauts responsables européens présents à cette Conférence. Comme si ces Européens voyaient les États-Unis de Trump revenir à l’Alliance et à des options plus atlantistes conventionnelles. Évidemment, il n’en fut rien.

Dans son contenu et dans son sens politique, ce discours confirme en effet pleinement les orientations essentielles, les critiques, les présupposés idéologiques véhiculés par Donald Trump. Rubio le fait avec la diplomatie de l’éléphant dans la pièce en répétant à quel point l’histoire et l’avenir doivent relier l’Europe et les États-Unis dans une « nouvelle alliance ». Ces rappels historiques sont avant tout de la pure rhétorique. Ils ne masquent rien de la réalité des choix américains actuels. Rubio, contrairement à certains commentaires, et à quelques illusions, ne lâche rien des visées, des imprécations et des arrogances trumpiennes : désindustrialisation, perte de souveraineté, migrations massives, perte de contrôle des frontières, gestion stérile d’un état providence mondial, pouvoir inapproprié des institutions internationales… Tout sera surmonté et résolu par la nouvelle administration. Sa critique des Nations Unies atteint un consternant niveau d’hypocrisie. L’ONU aurait échoué partout : à Gaza, en Ukraine, en Iran, au Venezuela… alors qu’en vérité l’ONU n’a jamais pu connaître des enjeux posés par ces conflits. La cause des échecs est donc avant tout à rechercher dans les logiques de puissance et les politiques de force, sur les seuls critères de l’intérêt national et de la loi des plus forts. Soit le vrai discours réactionnaire d’une extrême droite qui n’ose pas complètement dire son nom. Ceux qui sont trompés acceptent de l’être en espérant sauver… ce qui est déjà perdu.

Rubio utilise quelques formules qui dessinent bien l’intention et la vision néo-impériale qui sous-tend le trumpisme : « nous n’avons – dit-il – aucun intérêt à être les gardiens polis et ordonnés du déclin contrôlé de l’Occident ». Il ajoute que la nouvelle alliance « n’a pas à demander la permission d’agir ». Qu’en termes galants ses choses-là sont dites…

Dans cet ordre d’idées, il termine son discours en affirmant que « l’Amérique trace la voie d’un nouveau siècle de prospérité ». Cette formulation n’est pas seulement une façon de se situer en 2026, avec ce qui suivra le premier quart du 21è siècle… Elle s’inscrit de façon assez évidente en résonance avec cette autre formule historique : « The American Century » (le siècle américain). Ce fut le titre (il fit autorité) d’un article du magazine Life, signé par son Directeur, Henry Luce en février 1941. Cet article avait en particulier pour intention de légitimer l’intervention américaine dans la guerre, en donnant la vision nécessaire de ce que sera l’exceptionnalité et le rôle hégémonique des États-Unis dans le monde de l’après Seconde guerre mondiale.

Il est cependant curieux de devoir constater que c’est précisément l’Administration américaine actuelle, celle de Trump et de Rubio, qui aggrave et accélère brutalement la décomposition finale de l’ordre international libéral, y compris l’ONU et le multilatéralisme, c’est à dire tout ce qui fut installé dans cet ordre après la guerre. On peut dire aujourd’hui sans crainte que l’Administration Trump ne vise en rien à édifier les bases d’un système international futur de démocratie et de prospérité, y compris pour les États-Unis eux-mêmes, dans un monde de sécurité et de paix. Le « soulagement » des Européens est une lâcheté de plus dans un contexte qui n’en manque pas. JF 16 02 2026

***

SECRÉTAIRE RUBIO : Merci beaucoup. Nous sommes réunis ici aujourd’hui en tant que membres d’une alliance historique, une alliance qui a sauvé et changé le monde. Lorsque cette conférence a débuté en 1963, elle se tenait dans un pays – en fait, sur un continent – qui était divisé contre lui-même. La ligne de démarcation entre le communisme et la liberté traversait le cœur de l’Allemagne. Les premières barbelés du mur de Berlin avaient été érigés deux ans auparavant.

Et quelques mois avant cette première conférence, avant que nos prédécesseurs ne se réunissent pour la première fois ici, à Munich, la crise des missiles de Cuba avait conduit le monde au bord de la destruction nucléaire. Alors que la Seconde Guerre mondiale était encore fraîche dans la mémoire des Américains et des Européens, nous nous sommes retrouvés face à une nouvelle catastrophe mondiale, susceptible d’entraîner une destruction d’un genre nouveau, plus apocalyptique et définitive que tout ce que l’humanité avait connu auparavant.

Au moment de cette première réunion, le communisme soviétique était en marche. Des milliers d’années de civilisation occidentale étaient en jeu. À cette époque, la victoire était loin d’être certaine. Mais nous étions animés par un objectif commun. Nous étions unis non seulement par ce contre quoi nous luttions, mais aussi par ce pour quoi nous luttions. Ensemble, l’Europe et l’Amérique ont triomphé et un continent a été reconstruit. Nos peuples ont prospéré. Avec le temps, les blocs de l’Est et de l’Ouest ont été réunis. Une civilisation a retrouvé son unité.

Ce mur infâme qui avait divisé cette nation en deux s’est effondré, emportant avec lui un empire maléfique, et l’Est et l’Ouest ont été réunis. Mais l’euphorie de ce triomphe nous a conduits à une dangereuse illusion : celle d’être entrés dans « la fin de l’histoire », celle que toutes les nations seraient désormais des démocraties libérales, celle que les liens créés par le commerce et les échanges remplaceraient désormais la nation, celle que l’ordre mondial fondé sur des règles – un terme galvaudé – remplacerait désormais l’intérêt national, et celle que nous vivrions désormais dans un monde sans frontières où chacun deviendrait citoyen du monde.

C’était une idée stupide qui ignorait à la fois la nature humaine et les leçons de plus de 5 000 ans d’histoire humaine. Et cela nous a coûté cher. Dans cette illusion, nous avons adopté une vision dogmatique du commerce libre et sans entraves, alors même que certains pays protégeaient leur économie et subventionnaient leurs entreprises pour systématiquement nous concurrencer – fermant nos usines, entraînant la désindustrialisation d’une grande partie de nos sociétés, délocalisant des millions d’emplois ouvriers et de la classe moyenne à l’étranger et cédant le contrôle de nos chaînes d’approvisionnement critiques à nos adversaires et rivaux.

Nous avons de plus en plus externalisé notre souveraineté à des institutions internationales, tandis que de nombreux pays ont investi dans des États providence massifs au détriment de leur capacité à se défendre. Et ce, alors même que d’autres pays ont investi dans le renforcement militaire le plus rapide de toute l’histoire de l’humanité et n’ont pas hésité à utiliser la force pour poursuivre leurs propres intérêts. Pour apaiser un culte du climat, nous nous sommes imposé des politiques énergétiques qui appauvrissent notre population, alors même que nos concurrents exploitent le pétrole, le charbon, le gaz naturel et tout autre ressource, non seulement pour alimenter leur économie, mais aussi pour s’en servir comme levier contre la nôtre.

Et dans notre quête d’un monde sans frontières, nous avons ouvert nos portes à une vague sans précédent de migration massive qui menace la cohésion de nos sociétés, la continuité de notre culture et l’avenir de notre peuple. Nous avons commis ces erreurs ensemble, et maintenant, ensemble, nous devons à notre peuple d’affronter ces réalités et d’aller de l’avant, de reconstruire.

Sous la présidence de Donald Trump, les États-Unis d’Amérique se lanceront à nouveau dans une tâche de renouveau et de restauration, animés par la vision d’un avenir aussi fier, souverain et vital que le passé de notre civilisation. Et même si nous sommes prêts, si nécessaire, à le faire seuls, nous préférons et espérons le faire avec vous, nos amis ici en Europe.

Les États-Unis et l’Europe sont liés. L’Amérique a été fondée il y a 250 ans, mais ses racines remontent à bien plus loin sur ce continent. L’homme qui s’est installé et a bâti la nation où je suis né est arrivé sur nos côtes en apportant avec lui les souvenirs, les traditions et la foi chrétienne de ses ancêtres, comme un héritage sacré, un lien indestructible entre l’ancien monde et le nouveau.

Nous faisons partie d’une seule et même civilisation : la civilisation occidentale. Nous sommes liés les uns aux autres par les liens les plus profonds que des nations puissent partager, forgés par des siècles d’histoire commune, de foi chrétienne, de culture, d’héritage, de langue, d’ascendance et par les sacrifices que nos ancêtres ont consentis ensemble pour la civilisation commune dont nous avons hérité.

C’est pourquoi nous, Américains, pouvons parfois paraître un peu directs et pressants dans nos conseils. C’est pourquoi le président Trump exige sérieux et réciprocité de la part de nos amis ici en Europe. La raison, mes amis, c’est que nous nous soucions profondément de vous. Nous nous soucions profondément de votre avenir et du nôtre. Et si parfois nous sommes en désaccord, nos désaccords proviennent de notre profonde préoccupation pour une Europe à laquelle nous sommes liés, non seulement sur le plan économique, mais aussi sur le plan militaire. Nous sommes liés spirituellement et culturellement. Nous voulons que l’Europe soit forte. Nous pensons que l’Europe doit survivre, car les deux grandes guerres du siècle dernier nous rappellent constamment que, en fin de compte, notre destin est et sera toujours lié au vôtre, car nous savons – (applaudissements) – car nous savons que le sort de l’Europe ne sera jamais sans rapport avec le nôtre.

La sécurité nationale, qui est le thème principal de cette conférence, ne se résume pas à une série de questions techniques : combien nous dépensons pour la défense ou où, comment nous la déployons, ce sont des questions importantes. Elles le sont. Mais elles ne sont pas fondamentales. La question fondamentale à laquelle nous devons répondre dès le départ est la suivante : que défendons-nous exactement, car les armées ne se battent pas pour des abstractions. Les armées se battent pour un peuple, les armées se battent pour une nation. Les armées se battent pour un mode de vie. Et c’est ce que nous défendons : une grande civilisation qui a toutes les raisons d’être fière de son histoire, confiante en son avenir et qui aspire à toujours être maître de son destin économique et politique.

C’est ici, en Europe, que sont nées les idées qui ont semé les graines de la liberté qui ont changé le monde. C’est ici, en Europe, que le monde a donné au monde l’État de droit, les universités et la révolution scientifique. C’est ce continent qui a produit les génies que sont Mozart et Beethoven, Dante et Shakespeare, Michel-Ange et De Vinci, les Beatles et les Rolling Stones. Et c’est ici que les plafonds voûtés de la chapelle Sixtine et les flèches imposantes de la grande cathédrale de Cologne témoignent non seulement de la grandeur de notre passé ou de la foi en Dieu qui a inspiré ces merveilles, mais ils préfigurent aussi les merveilles qui nous attendent dans l’avenir. Mais ce n’est qu’en assumant pleinement notre héritage et en étant fiers de ce patrimoine commun que nous pourrons ensemble commencer à imaginer et à façonner notre avenir économique et politique.

La désindustrialisation n’était pas inévitable. Il s’agissait d’un choix politique délibéré, d’une entreprise économique qui a duré plusieurs décennies et qui a dépouillé nos nations de leur richesse, de leur capacité de production et de leur indépendance.

Et la perte de notre souveraineté en matière de chaîne d’approvisionnement n’était pas le résultat d’un système de commerce mondial prospère et sain. C’était une transformation stupide, mais volontaire, de notre économie, qui nous a rendus dépendants des autres pour nos besoins et dangereusement vulnérables aux crises.

Les migrations massives ne sont pas, n’étaient pas et ne sont pas une préoccupation marginale sans grande importance. Elles ont été et continuent d’être une crise qui transforme et déstabilise les sociétés occidentales. Ensemble, nous pouvons réindustrialiser nos économies et reconstruire notre capacité à défendre nos populations. Mais le travail de cette nouvelle alliance ne doit pas se concentrer uniquement sur la coopération militaire et la reconquête des industries du passé. Il doit également se concentrer sur la promotion commune de nos intérêts mutuels et de nouvelles frontières, en libérant notre ingéniosité, notre créativité et notre esprit dynamique pour construire un nouveau siècle occidental. Voyages spatiaux commerciaux et intelligence artificielle de pointe ; automatisation industrielle et fabrication flexible ; création d’une chaîne d’approvisionnement occidentale pour les minéraux essentiels qui ne soit pas vulnérable à l’extorsion d’autres puissances ; et effort unifié pour conquérir des parts de marché dans les économies du Sud. Ensemble, nous pouvons non seulement reprendre le contrôle de nos propres industries et chaînes d’approvisionnement, mais aussi prospérer dans les domaines qui définiront le XXIe siècle.

Mais nous devons également prendre le contrôle de nos frontières nationales. Contrôler qui et combien de personnes entrent dans nos pays n’est pas une expression de xénophobie. Ce n’est pas de la haine. C’est un acte fondamental de souveraineté nationale. Et ne pas le faire n’est pas seulement un abandon de l’un de nos devoirs les plus fondamentaux envers notre peuple. C’est une menace urgente pour le tissu de nos sociétés et la survie même de notre civilisation.

Enfin, nous ne pouvons plus placer le soi-disant ordre mondial au-dessus des intérêts vitaux de nos peuples et de nos nations. Nous n’avons pas besoin d’abandonner le système de coopération internationale que nous avons créé, ni de démanteler les institutions mondiales de l’ancien ordre que nous avons construites ensemble. Mais celles-ci doivent être réformées. Elles doivent être reconstruites.

Par exemple, les Nations unies ont encore un énorme potentiel pour être un instrument au service du bien dans le monde. Mais nous ne pouvons ignorer qu’aujourd’hui, sur les questions les plus urgentes qui se posent à nous, elle n’apporte aucune réponse et n’a pratiquement joué aucun rôle. Elle n’a pas pu résoudre la guerre à Gaza. C’est au contraire le leadership américain qui a libéré les captifs des barbares et a permis une trêve fragile. Elle n’a pas résolu la guerre en Ukraine. Il a fallu le leadership américain et le partenariat avec de nombreux pays ici présents aujourd’hui pour amener les deux parties à la table des négociations à la recherche d’une paix encore insaisissable.

Elle s’est révélée impuissante à freiner le programme nucléaire des religieux chiites radicaux de Téhéran. Il a fallu pour cela 14 bombes larguées avec précision par des bombardiers américains B-2. Et elle n’a pas été en mesure de faire face à la menace que représente pour notre sécurité un dictateur narcotrafiquant au Venezuela. Ce sont les forces spéciales américaines qui ont dû intervenir pour traduire ce fugitif en justice.

Dans un monde idéal, tous ces problèmes et bien d’autres encore seraient résolus par des diplomates et des résolutions fermes. Mais nous ne vivons pas dans un monde idéal, et nous ne pouvons pas continuer à permettre à ceux qui menacent ouvertement et sans vergogne nos citoyens et mettent en danger notre stabilité mondiale de se retrancher derrière les abstractions du droit international qu’ils violent eux-mêmes régulièrement.

C’est la voie que le président Trump et les États-Unis ont empruntée. C’est la voie que nous vous demandons, ici en Europe, de suivre avec nous. C’est une voie que nous avons déjà empruntée ensemble et que nous espérons emprunter à nouveau. Pendant cinq siècles, avant la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’Occident s’était développé : ses missionnaires, ses pèlerins, ses soldats, ses explorateurs avaient quitté ses côtes pour traverser les océans, coloniser de nouveaux continents et bâtir de vastes empires s’étendant à travers le globe.

Mais en 1945, pour la première fois depuis l’époque de Christophe Colomb, il était en déclin.
L’Europe était en ruines. La moitié de son territoire vivait derrière un rideau de fer et le reste semblait sur le point de suivre. Les grands empires occidentaux étaient entrés dans une phase de déclin irrémédiable, accélérée par les révolutions communistes athées et les soulèvements anticolonialistes qui allaient transformer le monde et draper le marteau et la faucille rouges sur de vastes portions de la carte dans les années à venir.

Dans ce contexte, comme aujourd’hui, beaucoup en sont venus à croire que l’ère de domination de l’Occident était révolue et que notre avenir était destiné à n’être qu’un faible et pâle écho de notre passé. Mais ensemble, nos prédécesseurs ont reconnu que le déclin était un choix, et c’était un choix qu’ils refusaient de faire. C’est ce que nous avons fait ensemble une fois auparavant, et c’est ce que le président Trump et les États-Unis veulent refaire aujourd’hui, avec vous.

C’est pourquoi nous ne voulons pas que nos alliés soient faibles, car cela nous affaiblit. Nous voulons des alliés capables de se défendre afin qu’aucun adversaire ne soit jamais tenté de tester notre force collective. C’est pourquoi nous ne voulons pas que nos alliés soient entravés par la culpabilité et la honte. Nous voulons des alliés qui soient fiers de leur culture et de leur héritage, qui comprennent que nous sommes les héritiers de la même civilisation grande et noble, et qui, avec nous, sont prêts et capables de la défendre.

Et c’est pourquoi nous ne voulons pas que nos alliés rationalisent le statu quo défaillant plutôt que de prendre en compte ce qui est nécessaire pour y remédier, car nous, en Amérique, n’avons aucun intérêt à être les gardiens polis et ordonnés du déclin contrôlé de l’Occident. Nous ne cherchons pas à nous séparer, mais à revitaliser une vieille amitié et à renouveler la plus grande civilisation de l’histoire de l’humanité. Ce que nous voulons, c’est une alliance redynamisée qui reconnaisse que ce qui a affligé nos sociétés n’est pas seulement un ensemble de mauvaises politiques, mais un malaise lié au désespoir et à la complaisance. Une alliance – l’alliance que nous voulons est une alliance qui n’est pas paralysée par la peur – la peur du changement climatique, la peur de la guerre, la peur de la technologie. Au contraire, nous voulons une alliance qui se lance avec audace vers l’avenir. Et la seule crainte que nous avons est celle de la honte de ne pas laisser à nos enfants des nations plus fières, plus fortes et plus riches.

Une alliance prête à défendre nos peuples, à protéger nos intérêts et à préserver la liberté d’action qui nous permet de façonner notre propre destin – et non une alliance qui existe pour gérer un État providence mondial et expier les prétendus péchés des générations passées. Une alliance qui ne permet pas que son pouvoir soit externalisé, contraint ou subordonné à des systèmes échappant à son contrôle ; une alliance qui ne dépend pas d’autres pour les besoins essentiels de sa vie nationale ; et une alliance qui ne maintient pas la prétention polie que notre mode de vie n’est qu’un parmi tant d’autres et qui demande la permission avant d’agir. Et surtout, une alliance fondée sur la reconnaissance que nous, Occidentaux, avons hérité ensemble – ce que nous avons hérité ensemble est unique, distinctif et irremplaçable, car c’est là, après tout, le fondement même du lien transatlantique.

En agissant ainsi ensemble, nous ne contribuerons pas seulement à rétablir une politique étrangère sensée. Cela nous redonnera une image plus claire de nous-mêmes. Cela nous redonnera une place dans le monde et, ce faisant, cela réprimandera et dissuadera les forces qui menacent aujourd’hui de faire disparaître la civilisation, tant en Amérique qu’en Europe.

Ainsi, à une époque où les gros titres annoncent la fin de l’ère transatlantique, que tout le monde sache clairement que ce n’est ni notre objectif ni notre souhait, car pour nous, Américains, notre foyer se trouve peut-être dans l’hémisphère occidental, mais nous serons toujours des enfants de l’Europe. (Applaudissements.)

Notre histoire a commencé avec un explorateur italien dont l’aventure dans l’inconnu pour découvrir un nouveau monde a apporté le christianisme en Amérique et est devenue la légende qui a défini l’imaginaire de notre nation pionnière.

Nos premières colonies ont été fondées par des colons anglais, à qui nous devons non seulement la langue que nous parlons, mais aussi l’ensemble de notre système politique et juridique. Nos frontières ont été façonnées par les Écossais-Irlandais, ce clan fier et chaleureux originaire des collines d’Ulster qui nous a donné Davy Crockett, Mark Twain, Teddy Roosevelt et Neil Armstrong.

Notre grand cœur du Midwest a été construit par des agriculteurs et des artisans allemands qui ont transformé des plaines vides en une puissance agricole mondiale et, soit dit en passant, ont considérablement amélioré la qualité de la bière américaine. (Rires.)

Notre expansion vers l’intérieur des terres a suivi les traces des commerçants de fourrures et des explorateurs français dont les noms, soit dit en passant, ornent encore les panneaux de signalisation et les noms de villes dans toute la vallée du Mississippi. Nos chevaux, nos ranchs, nos rodéos, tout le romantisme de l’archétype du cow-boy devenu synonyme de l’Ouest américain, tout cela est né en Espagne. Et notre ville la plus grande et la plus emblématique s’appelait New Amsterdam avant de prendre le nom de New York.

Saviez-vous que l’année où mon pays a été fondé, Lorenzo et Catalina Geroldi vivaient à Casale Monferrato, dans le royaume de Piémont-Sardaigne, et que Jose et Manuela Reina vivaient à Séville, en Espagne ? Je ne sais pas ce qu’ils savaient, le cas échéant, des 13 colonies qui avaient obtenu leur indépendance de l’Empire britannique, mais voici ce dont je suis certain : ils n’auraient jamais pu imaginer que 250 ans plus tard, l’un de leurs descendants directs serait de retour ici aujourd’hui, sur ce continent, en tant que chef de la diplomatie de cette jeune nation. Et pourtant, je suis ici, rappelé par ma propre histoire que nos histoires et nos destins seront toujours liés.

Ensemble, nous avons reconstruit un continent brisé à la suite de deux guerres mondiales dévastatrices. Lorsque nous nous sommes retrouvés à nouveau divisés par le rideau de fer, l’Occident libre s’est associé aux courageux dissidents qui luttaient contre la tyrannie à l’Est pour vaincre le communisme soviétique. Nous nous sommes battus les uns contre les autres, puis nous nous sommes réconciliés, puis nous nous sommes battus, puis nous nous sommes réconciliés à nouveau. Et nous avons versé notre sang et sommes morts côte à côte sur les champs de bataille, de Kapyong à Kandahar.

Et je suis ici aujourd’hui pour affirmer clairement que l’Amérique trace la voie d’un nouveau siècle de prospérité, et que, une fois de plus, nous voulons le faire avec vous, nos précieux alliés et nos plus anciens amis. (Applaudissements.)

Nous voulons le faire avec vous, avec une Europe fière de son héritage et de son histoire ; avec une Europe animée par l’esprit de création et de liberté qui a envoyé des navires vers des mers inconnues et donné naissance à notre civilisation ; avec une Europe qui a les moyens de se défendre et la volonté de survivre. Nous devons être fiers de ce que nous avons accompli ensemble au cours du siècle dernier, mais nous devons maintenant affronter et saisir les opportunités d’un nouveau siècle, car hier est révolu, l’avenir est inévitable et notre destin commun nous attend. Merci. (Applaudissements.)

QUESTION : Monsieur le secrétaire, je ne suis pas sûr que vous ayez entendu le soupir de soulagement qui a parcouru cette salle lorsque nous avons écouté ce que j’interpréterais comme un message de réconfort, de partenariat. Vous avez parlé des relations étroites entre les États-Unis et l’Europe, ce qui me rappelle les déclarations faites il y a plusieurs décennies par vos prédécesseurs lorsque la question était : l’Amérique est-elle réellement une puissance européenne ? L’Amérique est-elle une puissance en Europe ? Merci d’avoir transmis ce message rassurant sur notre partenariat.

Ce n’est en fait pas la première fois que Marco Rubio participe à la Conférence de Munich sur la sécurité – il y a déjà participé à plusieurs reprises, mais c’est la première fois qu’il y participe en tant que secrétaire d’État. Merci encore. Il ne nous reste que quelques minutes pour répondre à quelques questions, et si vous le permettez, nous avons recueilli les questions du public.

L’une des questions clés ici hier, aujourd’hui, est bien sûr – et continue d’être – la question de savoir comment gérer la guerre en Ukraine. Beaucoup d’entre nous, lors des discussions de la dernière journée, des dernières 24 heures, ont exprimé leur impression que les Russes – pour le dire de manière familière – les Russes jouent la montre, ils ne sont pas vraiment intéressés par un règlement significatif. Rien n’indique qu’ils soient prêts à faire des compromis sur leurs objectifs maximalistes. Pourriez-vous nous donner votre évaluation de la situation actuelle et de la direction que nous pourrions prendre selon vous ?

SECRÉTAIRE RUBIO : Eh bien, je pense que nous en sommes actuellement à un stade où les questions en jeu qui doivent être… Voici la bonne nouvelle. La bonne nouvelle, c’est que les questions auxquelles il faut s’attaquer pour mettre fin à cette guerre ont été réduites. C’est la bonne nouvelle. La mauvaise nouvelle, c’est qu’elles ont été réduites aux questions les plus difficiles à résoudre, et qu’il reste du travail à faire sur ce front. Je comprends votre point de vue, mais la réponse est que nous ne savons pas. Nous ne savons pas si les Russes sont sérieux dans leur volonté de mettre fin à la guerre ; ils disent qu’ils le sont, mais nous ne savons pas à quelles conditions ils sont prêts à le faire et si nous pouvons trouver des conditions acceptables pour l’Ukraine et que la Russie acceptera toujours. Mais nous allons continuer à tester la situation.

En attendant, tout le reste continue. Les États-Unis ont imposé des sanctions supplémentaires sur le pétrole russe. Lors de nos discussions avec l’Inde, nous avons obtenu son engagement à cesser d’acheter du pétrole russe supplémentaire. L’Europe a pris une série de mesures pour aller de l’avant. Le programme Pearl se poursuit, dans le cadre duquel des armes américaines sont vendues pour soutenir l’effort de guerre ukrainien. Toutes ces choses se poursuivent donc. Rien ne s’est arrêté entre-temps. Il n’y a donc pas de gain de temps à cet égard.

Ce à quoi nous ne pouvons pas répondre – mais nous allons continuer à tester – c’est s’il existe une issue acceptable pour l’Ukraine et que la Russie acceptera. Et je dirais que cela reste difficile à déterminer à ce stade. Nous avons fait des progrès dans le sens où, pour la première fois depuis des années, je pense, du moins au niveau technique, des responsables militaires des deux camps se sont rencontrés la semaine dernière, et il y aura – il y aura de nouvelles réunions mardi, même si ce ne sera peut-être pas le même groupe de personnes.

Écoutez, nous allons continuer à faire tout notre possible pour jouer ce rôle et mettre fin à cette guerre. Je ne pense pas que quiconque dans cette salle s’opposerait à un règlement négocié de cette guerre, à condition que les conditions soient justes et durables. C’est ce que nous visons à atteindre, et nous allons continuer à essayer d’y parvenir, même si toutes ces autres choses continuent à se produire sur le front des sanctions, etc.

QUESTION : Merci beaucoup. Je suis sûr que si nous avions eu plus de temps, il y aurait eu beaucoup de questions sur l’Ukraine. Mais permettez-moi de conclure en posant une question sur un tout autre sujet. Le prochain intervenant, dans quelques minutes, sera le ministre des Affaires étrangères de la Chine. Lorsque vous siégiez au Sénat, monsieur, les gens vous considéraient comme une sorte de faucon vis-à-vis de la Chine.

SECRÉTAIRE RUBIO : C’est vrai.

QUESTION : Vraiment ?

SECRÉTAIRE RUBIO : Oui.

QUESTION : Nous savons qu’un sommet entre le président Trump et le président Xi Jinping aura lieu dans environ deux mois. Donnez-nous votre avis. Êtes-vous optimiste ? Peut-il y avoir un « accord » avec la Chine ? Qu’en pensez-vous ?

SECRÉTAIRE RUBIO : Eh bien, je dirais ceci. Les deux plus grandes économies du monde, deux des grandes puissances de la planète, nous avons l’obligation de communiquer avec elles et de discuter, tout comme beaucoup d’entre vous le font également sur une base bilatérale. Je veux dire, ce serait une faute géopolitique de ne pas dialoguer avec la Chine. Je dirais ceci : comme nous sommes deux grands pays ayant d’énormes intérêts mondiaux, nos intérêts nationaux ne seront souvent pas alignés. Leurs intérêts nationaux et les nôtres ne s’alignent pas, et nous devons au monde entier d’essayer de les gérer du mieux que nous pouvons, en évitant évidemment les conflits, tant économiques que pires. Et c’est pourquoi il est important pour nous de communiquer avec eux à cet égard.

Dans les domaines où nos intérêts s’alignent, je pense que nous pouvons travailler ensemble pour avoir un impact positif sur le monde, et nous cherchons des occasions de le faire avec eux. Mais nous devons entretenir des relations avec la Chine. Et tous les pays représentés ici aujourd’hui devront entretenir des relations avec la Chine, tout en comprenant que rien de ce que nous convenons ne peut se faire au détriment de nos intérêts nationaux. Et franchement, nous attendons de la Chine qu’elle agisse dans son intérêt national, comme nous attendons de chaque État-nation qu’il agisse dans son intérêt national. Et l’objectif de la diplomatie est d’essayer de naviguer dans les moments où nos intérêts nationaux entrent en conflit les uns avec les autres, en espérant toujours le faire de manière pacifique.

Je pense que nous avons également une obligation particulière, car tout ce qui se passe entre les États-Unis et la Chine en matière de commerce a des implications mondiales. Nous sommes donc confrontés à des défis à long terme auxquels nous allons devoir faire face et qui vont être source de tensions dans nos relations avec la Chine. Cela ne vaut pas seulement pour les États-Unis, mais aussi pour l’Occident dans son ensemble. Je pense toutefois que nous devons essayer de gérer ces défis du mieux possible afin d’éviter, si possible, toute friction inutile. Mais personne ne se fait d’illusions. Il existe des défis fondamentaux entre nos pays et entre l’Occident et la Chine qui persisteront dans un avenir prévisible pour diverses raisons, et c’est sur certains de ces défis que nous espérons travailler avec vous.

QUESTION : Merci beaucoup, Monsieur le Secrétaire. Nous avons épuisé le temps qui nous était imparti. Je suis désolé de ne pas pouvoir répondre à toutes les questions qui m’ont été posées. Monsieur le Secrétaire d’État, merci pour ce message rassurant. Je pense qu’il est très apprécié ici dans cette salle. Applaudissons-le. (Applaudissements.)

Sur l’expiration du traité New Start : des explications du Stockholm International Peace Research Institute.

ENGLISH BELOW

« Après l’expiration du nouveau traité START, l’Europe doit intensifier ses efforts en matière de contrôle des armements »

https://www.sipri.org/commentary/essay/2026/after-new-start-expires-europe-needs-step-arms-control

Un article de Karim Haggag, Directeur de l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI). Le 4 février 2026

L’expiration demain du Traité de 2010 sur les mesures de réduction et de limitation des armes stratégiques offensives (New START) marque la fin d’une époque dans le domaine du contrôle des armes nucléaires. Il s’agissait du dernier traité bilatéral régissant les arsenaux nucléaires de la Russie et des États-Unis, qui détiennent 90 % des armes nucléaires mondiales. La fin du New START marque le début d’une nouvelle phase de risques nucléaires accrus. Les dirigeants européens doivent reconnaître les graves implications pour la sécurité européenne et prendre des mesures.

Les projets de longue date visant à conclure un traité succédant au New START ont été contrecarrés par des exigences incompatibles : celle des États-Unis de voir la Chine participer à tout nouveau traité, celle de la Russie de voir la France et le Royaume-Uni participer aux futures négociations, ainsi que par la détérioration des relations entre les deux signataires. Pour sa part, la Chine n’a manifesté aucun intérêt à limiter ses propres forces nucléaires, alors qu’elles sont largement surpassées par celles de la Russie et des États-Unis.

Le président américain Donald J. Trump a fait part l’année dernière de son intention de négocier un nouvel accord nucléaire avec la Russie, qui inclurait également la Chine. Cependant, cela laisse peu d’espoir quant à l’émergence d’un nouveau cadre de contrôle des armements. Même en présumant de son sérieux, Trump risque de constater que le sens de la transaction et de la mise en scène personnalisée qui caractérise sa diplomatie de « l’art de la négociation » ne se prête pas aux négociations hautement complexes, patientes et disciplinées nécessaires pour conclure des accords viables en matière de contrôle des armements.

Plutôt qu’une période d’interrègne, l’expiration du nouveau START marquera probablement une suspension prolongée, voire indéfinie, du contrôle bilatéral des armes nucléaires, avec des implications profondes pour la politique nucléaire mondiale.

Le monde après le nouveau START

À quoi pourrait donc ressembler le monde après le nouveau START ? D’une part, il s’agirait probablement d’un monde avec davantage d’armes nucléaires, poussé par une nouvelle course aux armements nucléaires, incluant désormais la Chine. Le nouveau START a fixé une limite maximale de 1 550 ogives nucléaires stratégiques déployées pour chaque partie, mais les deux pays possèdent beaucoup plus d’armes non déployées et non stratégiques (« tactiques ») et mettent en œuvre de vastes programmes de modernisation de leurs arsenaux nucléaires respectifs. Le développement nucléaire rapide de la Chine constitue le nouveau facteur déterminant d’une nouvelle course aux armements nucléaires. La Chine a doublé la taille de son arsenal nucléaire, qui est passé de 300 à 600 ogives au cours des cinq dernières années, et, selon certaines estimations, elle pourrait disposer d’autant de missiles balistiques intercontinentaux (ICBM) que la Russie et les États-Unis d’ici 2030. Cela confronte les responsables de la défense américaine au défi d’un « environnement de dissuasion à deux niveaux », consistant à contrer la menace combinée des forces nucléaires chinoises et russes. Sans être contraintes par un cadre de contrôle des armements, ces dynamiques conduiront probablement à une course à l’armement nucléaire stratégique visant à augmenter le nombre d’armes.

Une autre conséquence de l’expiration du nouveau traité START sera une diminution de la transparence et de la prévisibilité en matière d’armes nucléaires. Sans les mécanismes de vérification, les échanges de données et les mesures de confiance prévus par le traité, les lacunes dans les connaissances relatives au nombre d’armes nucléaires russes et américaines, à leur état opérationnel et à leur posture militaire s’accroîtront avec le temps.

La transparence et la prévisibilité font partie des avantages les plus intangibles du contrôle des armements et sont à la base de la dissuasion et de la stabilité stratégique. Sans elles, les relations entre les États dotés d’armes nucléaires risquent d’être plus sujettes à des crises, en particulier avec l’intelligence artificielle et d’autres nouvelles technologies qui ajoutent de la complexité et de l’imprévisibilité à la dynamique d’escalade, et avec un manque inquiétant de canaux de communication diplomatiques et militaires entre les États-Unis et la Chine et la Russie. La planification des forces nucléaires s’orientera de plus en plus vers les scénarios les plus pessimistes, à mesure que les données fiables se feront plus rares et que les estimations des services de renseignement deviendront plus politisées.

Répercussions sur la non-prolifération et la sécurité internationale

La fin du nouveau START a également des implications pour la politique nucléaire mondiale au sens large. Plus précisément, elle risque d’éroder davantage la crédibilité et l’efficacité du Traité de non-prolifération nucléaire (TNP) de 1968. Le principe fondamental du TNP est que les États non dotés d’armes nucléaires s’engagent à ne pas développer d’armes nucléaires en échange de progrès réalisés par les États dotés d’armes nucléaires en matière de désarmement nucléaire. La disparition du nouveau START sans remplacement rend la perspective du désarmement nucléaire encore plus lointaine, sapant ainsi ce principe fondamental.

Un TNP affaibli rendra plus difficile la résolution des problèmes de prolifération au Moyen-Orient, la réalisation de progrès vers la dénucléarisation de la péninsule coréenne, et alimentera probablement les débats croissants au Japon, en Pologne, en Corée du Sud, en Ukraine et ailleurs sur les avantages d’acquérir des armes nucléaires pour se prémunir contre l’affaiblissement des engagements des États-Unis en matière d’alliance en Europe et en Asie de l’Est.

Enfin, l’impact sur la sécurité mondiale, et notamment européenne, risque d’être profond. Le traité succédant au New START devait non seulement imposer des réductions plus importantes des forces nucléaires stratégiques, mais aussi couvrir les armes nucléaires tactiques, dont la Russie possède environ 1 477, selon les dernières estimations du SIPRI, et les États-Unis environ 200.

Ces armes sont considérées comme celles qui constituent la plus grande menace pour la sécurité de l’Europe et devraient rester une caractéristique du paysage sécuritaire du continent dans un avenir prévisible.

Les risques associés à cette menace risquent d’être exacerbés par le réarmement conventionnel de l’OTAN et en particulier par l’acquisition d’armes de frappe de précision avancées à longue portée. La précision, la létalité et la portée de ces systèmes leur confèrent des effets stratégiques, notamment la capacité de mettre en danger les forces nucléaires russes ; c’est pourquoi ils sont souvent qualifiés d’« armes stratégiques non nucléaires ». Les États européens non nucléaires qui possèdent ces systèmes doivent donc s’attendre à ce qu’ils figurent dans les futurs scénarios d’escalade nucléaire, ce qui rendra le contexte militaire très instable.

Une opportunité pour le leadership européen

En bref, le monde après le nouveau START sera marqué par des dangers accrus pour la stabilité stratégique, la prolifération nucléaire et la sécurité européenne. Tout cela devrait inciter les capitales européennes à réfléchir sérieusement à une approche de contrôle des armements qui commencerait à relever ces défis. Cette approche devrait donner la priorité à l’élaboration d’un régime de réduction des risques pour l’Europe afin d’atténuer les perspectives d’escalade le long des zones de contact entre l’OTAN et la Russie ; faire pression sur les États-Unis pour qu’ils reviennent à un processus renouvelé de contrôle des armements, ce qui est clairement dans l’intérêt de l’Europe ; et encourager la France et le Royaume-Uni, les deux puissances nucléaires de l’OTAN en Europe, à signaler leur volonté de s’engager dans de futurs processus de contrôle des armements stratégiques qui incluraient également la Chine et la Russie.

Une approche européenne allant dans ce sens ne remplacerait pas le contrôle stratégique des armes nucléaires impliquant la Chine, la Russie et les États-Unis, mais elle atténuerait en partie les effets de l’effondrement du nouveau traité START et pourrait accélérer la reprise des négociations sur la réduction des armes nucléaires.

Avant tout, les dirigeants européens doivent comprendre que l’accent mis actuellement sur le renforcement de la dissuasion n’est pas suffisant en soi. Sans une approche viable en matière de contrôle des armements, les risques liés à la dissuasion ne font qu’augmenter, ce qui compromet la sécurité au lieu de la renforcer.

ENGLISH :

« After New START expires, Europe needs to step up on arms control »
https://www.sipri.org/commentary/essay/2026/after-new-start-expires-europe-needs-step-arms-control
Karim Haggag, Director of the Stockholm International Peace Research Institute (SIPRI). 4 February 2026

The expiry of the 2010 Treaty on Measures for the Further Reduction and Limitation of Strategic Offensive Arms (New START) tomorrow marks the end of an era in nuclear arms control. It was the last remaining bilateral treaty framework governing the nuclear arsenals of Russia and the United States—which hold 90 per cent of the world’s nuclear weapons. The demise of New START ushers in a new phase of heightened nuclear dangers. Europe’s leaders must recognize the grave implications for European security and take action.

Long-standing plans for a follow-on treaty to New START were stymied by incompatible demands—the USA’s that China be part of any new treaty; Russia’s that France and the United Kingdom be brought into future negotiations—along with the breakdown in relations between the two signatories. China, for its part, has expressed no interest in limiting its own nuclear forces when they are dwarfed by those of Russia and the USA.

US President Donald J. Trump last year signalled his intent to negotiate a new nuclear deal with Russia that would also bring in China. However, this offers scant hope that a new arms control framework will emerge. Even with a presumption of seriousness on his part, Trump is likely to find that the transactional, personalized showmanship characteristic of his ‘art of the deal’ diplomacy does not lend itself to the highly complex, patient and disciplined negotiations required to secure viable arms control agreements.

Rather than an interregnum, the passing of New START is likely to mark a prolonged, perhaps indefinite, suspension of bilateral nuclear arms control with profound implications for global nuclear politics.

The world after New START

What, then, could a post-New START world look like? For one thing, it is likely to be a world with more nuclear weapons, driven by a renewed nuclear arms race, now including China. New START placed an upper limit of 1550 deployed strategic nuclear warheads for each side, but both have many more non-deployed and non-strategic (‘tactical’) weapons and are implementing extensive modernization programmes for their respective nuclear arsenals. China’s rapid nuclear build-up presents the newest driving factor towards a renewed nuclear arms race. China has doubled the size of its nuclear arsenal from 300 to 600 over the past five years and, according to some estimates, could have as many intercontinental ballistic missiles (ICBMs) as Russia and the USA by 2030. This confronts US defence planners with the challenge of a ‘two-tier deterrence environment’—countering the combined threat of China’s and Russia’s nuclear forces. Unconstrained by any arms control framework, these dynamics will probably drive strategic nuclear competition towards higher numbers of weapons.

Another upshot of the expiry of New START will be less transparency and predictability around nuclear weapons. Without the verification mechanisms, data exchanges and confidence-building measures built into the treaty, the knowledge gaps with respect to Russian and US nuclear weapon numbers, operational status and force posture will grow over time.

Transparency and predictability are among the more intangible benefits of arms control and underpin deterrence and strategic stability. Without them, relations between nuclear weapon states are likely to be more crisis prone—especially with artificial intelligence and other new technologies adding complexity and unpredictability to escalation dynamics and a worrying lack of diplomatic and military communication channels between the USA and both China and Russia. Nuclear force planning will increasingly veer towards worst-case assessments as reliable data becomes more scarce and intelligence estimates become more politicized.

Repercussions for non-proliferation and international security

The end of New START also has implications for broader global nuclear politics. Specifically, it will likely further erode the credibility and effectiveness of the 1968 Nuclear Non-Proliferation Treaty (NPT). The core bargain of the NPT is that the non-nuclear weapon states will not develop nuclear weapons in exchange for the nuclear weapon states making progress towards nuclear disarmament. The demise of New START without a replacement makes the prospect of nuclear disarmament even more remote, thereby undermining that core bargain.

A weakened NPT will make it more difficult to address proliferation challenges in the Middle East, achieve progress towards the denuclearization of the Korean Peninsula, and likely fuel the growing debates in Japan, Poland, South Korea, Ukraine and elsewhere regarding the merits of acquiring nuclear weapons to hedge against the fraying of the USA’s alliance commitments in Europe and East Asia.

Finally, the impact on global, not least European, security is likely to be profound. A successor treaty to New START was expected not only to mandate deeper cuts to strategic nuclear forces, but also to cover tactical nuclear weapons, of which Russia has about 1477, according to the latest SIPRI estimates, and the USA around 200.

These are seen as precisely the weapon systems that pose the greatest threat to Europe’s security and are likely to be a feature of the continent’s security landscape for the foreseeable future.

The risks associated with this threat are likely to be exacerbated by NATO’s conventional rearmament and particularly the acquisition of advanced long-range precision strike weapons. The accuracy, lethality and range of these systems render them capable of delivering strategic effects including the ability to hold at risk Russian nuclear forces; hence why they are often referred to as ‘strategic non-nuclear weapons’. European non-nuclear weapon states possessing these systems must therefore anticipate that they will figure into future nuclear escalation scenarios, making for a highly unstable military context.

An opportunity for European leadership

In short, the world after New START will be one of increased dangers for strategic stability, nuclear proliferation and European security. All of this should prompt serious consideration in European capitals of an arms control approach that would begin to address these challenges. The approach should prioritize devising a risk-reduction regime for Europe to mitigate the prospects for escalation along the contact zones between NATO and Russia; pressing the USA to return to a renewed arms control process, which is clearly in European interests; and encouraging France and the UK—NATO Europe’s two nuclear powers—to signal their readiness to engage in future strategic arms control processes that would also include China and Russia.

A European-led approach along these lines would not be a substitute for strategic nuclear arms control involving China, Russia and the USA; however, it would partly mitigate the effects of the collapse of New START and potentially hasten the resumption of negotiations on nuclear reductions.

Most of all, European leaders need to understand that the current focus on bolstering deterrence is insufficient on its own. Without a viable arms control approach, the risks of deterrence only increase in a way that compromises security rather than enhances it.

NUCLÉAIRE : la fin du Traité « New Start ». Danger d’intensification de la course aux armements.

English below

Le traité New START sur la réduction des armes stratégiques offensives entre les États-Unis et la Russie, signé en 2010 par les présidents Obama et Medvedev, a été prorogé en 2021 par Biden et expire le 5 février 2026.

Cet accord a permis de limiter pour chaque partie à 1 550 le nombre d’ogives nucléaires stratégiques déployées, à 700 le nombre de missiles et bombardiers déployés, et à 800 le nombre de vecteurs déployés et non déployés (lanceurs de missiles balistiques intercontinentaux terrestres et lancés de sous-marins et bombardiers nucléaires lourds). Ces plafonds, en baisse des deux-tiers par rapport au premier Traité START de 1991, ont été respectés par les deux pays dès avant la prorogation de l’accord, et cela grâce à un système contraignant d’échanges de données et d’inspections sur place.

Toutefois, la relation entre les deux pays s’est dégradée après l’invasion russe de l’Ukraine et la Russie a suspendu en 2023 les inspections mutuelles et les échanges de données. À l’approche de l’expiration du traité en 2026, Moscou a proposé de respecter les plafonds de l’accord pendant un an sous réserve de réciprocité et en attendant de négocier un nouvel accord, mais Washington n’a, à ce jour, pas donné suite à cette suggestion.

On se souvient que, suite au sommet de Genève entre Biden et Poutine en juin 2021, les deux pays avaient entamé de nouvelles négociations sur l’ensemble de leurs relations stratégiques, mais que la crise du COVID et la guerre en Ukraine avaient mis fin à cette tentative. Déjà, la question des sujets à négocier restait entière : en effet, au-delà de New START qui ne portait que sur les systèmes offensifs stratégiques déployés, les États-Unis entendaient inclure les armes non stratégiques (ou tactiques) pour lesquelles la Russie possède la supériorité, et Moscou demandait de prendre en compte les systèmes défensifs (antimissiles) ainsi que la dimension spatiale, que les Américains dominent.

Même si le Traité New START ne couvrait qu’une proportion limitée de l’arsenal des deux principales puissances nucléaires (3 100 sur un total de 10 636 armes soit seulement 29 %), il avait contribué à maintenir une certaine stabilité stratégique et limité la course aux armements qui continuait entre toutes les puissances nucléaires sur le plan tant quantitatif que qualitatif.

Que va-t-il se passer désormais si aucun successeur n’est négocié entre les États-Unis et la Russie ? Avec Trump, on ne sait jamais à quoi s’attendre puisqu’il oscille entre la volonté de puissance, la complaisance à l’égard de Poutine et la recherche de « deals ». La Russie se donne le beau rôle en se montrant disposée à négocier et à ne déployer de nouveaux systèmes qu’en riposte à des déploiements américains tout en annonçant le lancement de nouvelles armes telles que le missile de croisière à propulsion nucléaire Burevestnik.

Le risque est donc élevé que s’aggrave une course aux armements déjà dangereuse, qui entraîne toutes les puissances nucléaires, à commencer par la Chine dont l’arsenal ne cesse de s’accroître. Avec l’introduction de nouveaux systèmes offensifs tels que les missiles hypersoniques manœuvrables capables d’échapper à toute interception et les menaces nucléaires de pays en conflit comme l’Inde et le Pakistan, l’insécurité pour l’humanité toute entière est désormais en jeu.

Seul le retour à des négociations visant à réduire les arsenaux et donc le risque nucléaire, entre toutes les puissances nucléaires dont la France, permettrait d’envisager l’avenir avec plus de sérénité.


PRESS RELEASE

The New START Treaty on the reduction of strategic offensive arms between the United States and Russia, signed in 2010 by Presidents Obama and Medvedev, was extended in 2021 by Biden and expires on 5 February 2026.

This agreement limited each party to 1,550 deployed strategic nuclear warheads, 700 deployed missiles and bombers, and 800 deployed and non-deployed delivery vehicles (land-based and submarine-launched intercontinental ballistic missiles and heavy nuclear bombers). These ceilings, which were two-thirds lower than those in the first START Treaty of 1991, were respected by both countries even before the agreement was extended, thanks to a binding system of data exchange and on-site inspections.

However, relations between the two countries deteriorated after Russia’s invasion of Ukraine, and in 2023 Russia suspended mutual inspections and data exchanges. With the treaty set to expire in 2026, Moscow has proposed to comply with the agreement’s ceilings for one year, subject to reciprocity and pending the negotiation of a new agreement, but Washington has not yet responded to this suggestion.

It should be remembered that, following the Geneva summit between Biden and Putin in June 2021, the two countries had begun new negotiations on all aspects of their strategic relations, but that the COVID crisis and the war in Ukraine had put an end to this attempt. Already, the question of what issues to negotiate remained unresolved: beyond New START, which only covered deployed strategic offensive systems, the United States wanted to include non-strategic (or tactical) weapons, in which Russia has superiority, while Moscow wanted to take into account defensive (anti-missile) systems and the space dimension, in which the Americans dominate.

Even though the New START Treaty covered only a limited proportion of the arsenals of the two major nuclear powers (3,100 out of a total of 10,636 weapons, or only 29%), it had helped to maintain a certain degree of strategic stability and limited the arms race that continued between all the nuclear powers in both quantitative and qualitative terms.

What will happen now if no successor agreement is negotiated between the United States and Russia? With Trump, you never know what to expect, as he swings between a desire for power, complacency towards Putin, and a search for ‘deals’. Russia is playing the good guy by showing itself willing to negotiate and only deploy new systems in response to American deployments, while announcing the launch of new weapons such as the Burevestnik nuclear-powered cruise missile.

There is therefore a high risk of an already dangerous arms race escalating, involving all the nuclear powers, starting with China, whose arsenal continues to grow. With the introduction of new offensive systems such as manoeuvrable hypersonic missiles capable of evading interception and nuclear threats from countries in conflict such as India and Pakistan, the security of humanity as a whole is now at stake.

Only a return to negotiations aimed at reducing arsenals and thus the nuclear risk, between all nuclear powers, including France, would allow us to look to the future with greater peace of mind.

Quel monde voulons-nous ?

C’est la question essentielle posée par les déroulements actuels de l’actualité dans une trajectoire très préoccupante des relations internationales. Un article publié dans Planète Paix (janvier et février 2026), le magazine du Mouvement de la paix.

DOCUMENT : US « National Defense Strategy »

Après la Stratégie Nationale de Sécurité, l’Administration Trump vient de rendre publique la Stratégie Nationale de Défense (NDS 2026). Un document de 35 pages. Je propose ici aux lecteurs et lectrices une traduction en français de la table des matières, du mémorandum de Pete Hegseth, Secrétaire à la guerre, de l’introduction et de la conclusion de cette stratégie dont on peut mesurer l’importance au regard de l’actualité et du comportement de l’Administration Trump sur le plan international.

https://media.defense.gov/2026/Jan/23/2003864773/-1/-1/0/2026-NATIONAL-DEFENSE-STRATEGY.PDF?

TABLE DES MATIÈRES :

* INTRODUCTION

* L’ENVIRONNEMENT DE SÉCURITÉ


– Territoire national et hémisphère
– République populaire de Chine (RPC)
– Russie
– Iran
– République populaire démocratique de Corée (RPDC)
– Le problème de la simultanéité et ses implications pour le partage des charges entre alliés


* APPROCHE STRATÉGIQUE


Ligne d’effort 1 : Défendre le territoire américain
Ligne d’effort 2 : Dissuader la Chine dans la région indo-pacifique par la force, et non par la confrontation
Ligne d’effort 3 : Accroître le partage des charges avec les alliés et partenaires des États-Unis
Ligne d’effort 4 : Dynamiser la base industrielle de défense américaine


* CONCLUSION

***

MÉMORANDUM À L’ATTENTION DES HAUTS RESPONSABLES DU PENTAGONE

COMMANDANTS DES COMMANDEMENTS DE COMBAT

DIRECTEURS DE L’AGENCE DE DÉFENSE ET DES ACTIVITÉS DU MINISTÈRE DE LA GUERRE.

OBJET : Stratégie de défense nationale 2026

Pendant trop longtemps, le gouvernement américain a négligé, voire rejeté, l’idée de donner la priorité aux Américains et à leurs intérêts concrets. Les administrations précédentes ont gaspillé nos avantages militaires, ainsi que la vie, la bonne volonté et les ressources de notre peuple, dans des projets grandioses de reconstruction nationale et des promesses auto-congratulatoires visant à défendre des abstractions chimériques telles que l’ordre international fondé sur des règles. Ces anciens dirigeants ont négligé et souvent activement sapé l’éthique guerrière de nos combattants et le rôle essentiel et irremplaçable de notre armée : combattre, gagner et ainsi dissuader les guerres qui comptent vraiment pour notre peuple. En conséquence, le Président Trump est entré en fonction alors que la nation était au bord de guerres désastreuses auxquelles nous n’étions pas préparés.

Le président Trump a radicalement changé cela, en mettant courageusement les Américains au premier plan afin de rendre véritablement à l’Amérique sa grandeur d’antan. Sous sa direction, les États-Unis disposent de l’armée la plus puissante, la plus meurtrière et la plus compétente au monde, voire de l’armée la plus puissante que le monde ait jamais connue. Le département ne sera plus distrait par l’interventionnisme, les guerres sans fin, les changements de régime et la reconstruction nationale. Au contraire, nous donnerons la priorité aux intérêts pratiques et concrets de notre peuple. Nous soutiendrons une politique de paix réelle par la force. Nous serons l’épée et le bouclier qui dissuaderont la guerre, avec pour objectif la paix, mais prêts à combattre et à gagner les guerres nécessaires à la nation si nous y sommes appelés.

Cela ne signifie pas pour autant isolationnisme. Au contraire, cela signifie une approche ciblée et

véritablement stratégique face aux menaces qui pèsent sur notre nation et à la meilleure façon de les gérer. Cette approche repose sur un réalisme flexible et pragmatique qui considère le monde avec lucidité, ce qui est essentiel pour servir les intérêts des Américains. Comme l’indique la stratégie de sécurité nationale, c’est l’approche de bon sens que le président Trump a mise en avant.

L’Amérique d’abord. La paix par la force. Le bon sens.

Il est essentiel dans cette approche d’être réaliste quant à l’ampleur des menaces auxquelles nous sommes confrontés et aux ressources disponibles pour y faire face. Nous reconnaissons qu’il n’est ni du devoir des États- Unis ni dans l’intérêt de notre nation d’agir partout de notre propre chef, et nous ne comblerons pas les lacunes en matière de sécurité de nos alliés résultant des choix irresponsables de leurs dirigeants. Au contraire, le département donnera la priorité aux menaces les plus importantes, les plus graves et les plus dangereuses pour les intérêts des Américains. Nous rétablirons l’éthique guerrière et reconstruirons la force interarmées afin que les ennemis de l’Amérique ne doutent jamais de notre détermination ou de notre capacité à répondre de manière décisive à ces menaces. Nous insisterons pour que nos alliés et partenaires jouent leur rôle et leur prêterons main-forte lorsqu’ils s’engageront. Nous serons les gardiens responsables de la vie, de l’argent et du soutien des Américains.

Nous défendrons notre patrie et veillerons à ce que nos intérêts dans l’hémisphère occidental soient protégés. Nous dissuaderons la Chine dans la région indo-pacifique par la force, et non par la confrontation. Nous augmenterons le partage des charges avec nos alliés et partenaires à travers le monde. Et nous reconstruirons la base industrielle de défense américaine dans le cadre du plan présidentiel de relance de l’industrie américaine, un projet unique en son genre depuis un siècle.

Ce faisant, nous rétablirons la paix par la force, non seulement pendant le mandat du président Trump, mais aussi pour les décennies à venir, comme le mérite le peuple américain. La stratégie de défense nationale 2026 montre comment y parvenir.

Cette stratégie reflète l’approche historique du président Trump en matière de défense de notre nation. Elle doit être mise en œuvre de manière rigoureuse, rapide et exhaustive. Tous les services du ministère de la Guerre se conformeront aux directives et orientations ci-jointes.

Pete Hegseth

***


INTRODUCTION


Au cours de son premier mandat et depuis son retour au pouvoir en janvier 2025, le président Trump a reconstruit l’armée américaine pour en faire la meilleure au monde, la force de combat la plus redoutable. Mais il est essentiel de souligner à quel point cela a été un exploit. Le fait est que le président Trump a pris ses fonctions en janvier 2025 dans l’un des environnements sécuritaires les plus dangereux de l’histoire de notre nation. Sur le plan intérieur, les frontières américaines étaient envahies, les narcoterroristes et autres ennemis devenaient plus puissants dans tout l’hémisphère occidental, et l’accès des États-Unis à des zones clés telles que le canal de Panama et le Groenland était de plus en plus remis en question. Pendant ce temps, en Europe, où le président Trump avait précédemment incité les alliés de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) à prendre leurs défenses au sérieux, la dernière administration les avait en fait encouragés à profiter du système, laissant l’Alliance incapable de dissuader ou de répondre efficacement à l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Au Moyen-Orient, Israël a montré qu’il était capable et disposé à se défendre après les attaques barbares du 7 octobre, bref, qu’il était un allié modèle. Pourtant, plutôt que de renforcer Israël, la dernière administration lui a lié les mains. Pendant ce temps, la Chine et son armée sont devenues plus puissantes dans la région indo-pacifique, le marché le plus vaste et le plus dynamique du monde, avec des implications importantes pour la sécurité, la liberté et la prospérité des Américains. Rien de tout cela n’était prédéterminé. À l’issue de la guerre froide, les États-Unis sont devenus de loin la nation la plus puissante du monde. Nous étions en sécurité dans notre hémisphère, avec une armée axée sur la guerre et largement supérieure à toutes les autres, des alliés engagés et une industrie puissante. Mais au lieu de préserver et de cultiver ces avantages durement acquis, les dirigeants et les responsables de la politique étrangère de notre nation après la guerre froide les ont gaspillés.


Au lieu de protéger et de promouvoir les intérêts des Américains, ils ont ouvert nos frontières, oublié la sagesse de la doctrine Monroe, cédé notre influence dans notre hémisphère et externalisé l’industrie américaine, y compris la base industrielle de défense (DIB) sur laquelle s’appuient nos forces. Ils ont envoyé les courageux fils et filles de l’Amérique se battre dans des guerres sans issue pour renverser des régimes et reconstruire des nations à l’autre bout du monde, érodant ainsi la préparation de notre armée et retardant sa modernisation. Ils ont condamné nos combattants, critiquant et négligeant l’éthique guerrière qui était autrefois cultivée et proclamée par nos prédécesseurs, et qui faisait de l’armée américaine l’envie du monde entier. Ils ont permis, voire encouragé, nos adversaires rusés à devenir plus puissants, tout en incitant nos alliés à se comporter comme des dépendants plutôt que comme des partenaires, affaiblissant ainsi nos alliances et nous rendant plus vulnérables. C’est ainsi qu’en janvier 2025, nous nous sommes retrouvés confrontés non seulement à un monde où certaines régions étaient en guerre ou s’enfonçaient dans la guerre, mais aussi à un risque accru de voir les États-Unis eux-mêmes entraînés dans des guerres majeures simultanées sur plusieurs théâtres d’opérations, une troisième guerre mondiale, comme l’avait lui-même averti le président Trump.


Tout cela est en train de changer. Sous la direction du président Trump, conformément à sa vision et à ses orientations telles qu’elles sont définies dans la stratégie de sécurité nationale (NSS), le ministère de la Guerre (DoW) se concentre exclusivement sur le rétablissement de la paix par la force. Comme le précise la NSS, l’approche du président est celle d’un réalisme flexible et pratique qui considère le monde avec lucidité, ce qui est essentiel pour servir les intérêts des Américains.


Cela a des implications claires pour le département de la Guerre. Avant tout, cela signifie donner la priorité aux missions qui comptent le plus pour la sécurité, la liberté et la prospérité des Américains. Cela signifie concentrer les efforts du département sur :


► Défendre le territoire américain. Nous sécuriserons les frontières et les approches maritimes des États-Unis, et nous défendrons l’espace aérien de notre nation grâce au programme Golden Dome for America et à un regain d’intérêt pour la lutte contre les menaces aériennes sans pilote. Nous maintiendrons une force de dissuasion nucléaire robuste et moderne, capable de faire face aux menaces stratégiques qui pèsent sur notre pays, nous mettrons en place et maintiendrons des cyberdéfenses redoutables, et nous traquerons et neutraliserons les terroristes islamiques qui ont la capacité et l’intention de frapper notre territoire. Dans le même temps, nous défendrons activement et sans crainte les intérêts américains dans tout l’hémisphère occidental.
Nous garantirons l’accès militaire et commercial des États-Unis à des zones clés, en particulier le canal de Panama, le golfe du Mexique et le Groenland. Nous fournirons au président Trump des options militaires crédibles à utiliser contre les narco-terroristes, où qu’ils se trouvent. Nous nous engagerons de bonne foi avec nos voisins, du Canada à nos partenaires d’Amérique centrale et d’Amérique du Sud, mais nous veillerons à ce qu’ils respectent et fassent leur part pour défendre nos intérêts communs. Et s’ils ne le font pas, nous serons prêts à prendre des mesures ciblées et décisives qui servent concrètement les intérêts des États-Unis. C’est le corollaire Trump à la doctrine Monroe, et l’armée américaine est prête à l’appliquer avec rapidité, puissance et précision, comme le monde l’a vu lors de l’opération ABSOLUTE RESOLVE.


► Dissuader la Chine dans la région indo-pacifique par la force, et non par la confrontation. Le président Trump recherche une paix stable, un commerce équitable et des relations respectueuses avec la Chine, et il a montré qu’il était prêt à s’engager directement avec le président Xi Jinping pour atteindre ces objectifs. Mais le président Trump a également montré combien il est important de négocier en position de force, et il a chargé le DoW d’agir en conséquence. Conformément à l’approche du président, le DoW cherchera donc à établir et à élargir le champ des communications entre les forces armées avec l’Armée populaire de libération (APL), en mettant l’accent sur le soutien à la stabilité stratégique avec Pékin ainsi que, de manière plus générale, sur la résolution des conflits et la désescalade. Mais nous serons également lucides et réalistes quant à la rapidité, l’ampleur et la qualité du renforcement militaire historique de la Chine. Notre objectif n’est pas de dominer la Chine, ni de l’étrangler ou de l’humilier. Notre objectif est simple : empêcher quiconque, y compris la Chine, de nous dominer ou de dominer nos alliés, c’est-à-dire créer les conditions militaires nécessaires pour atteindre l’objectif de la NSS, à savoir un équilibre des pouvoirs dans la région indo-pacifique qui nous permette à tous de jouir d’une paix décente. À cette fin, conformément aux directives de la NSS
, nous mettrons en place une défense solide le long de la première chaîne d’îles (FIC). Nous encouragerons et aiderons également nos principaux alliés et partenaires régionaux à s’impliquer davantage dans notre défense collective. Ce faisant, nous renforcerons la dissuasion par le déni afin que toutes les nations reconnaissent que leurs intérêts sont mieux servis par la paix et la retenue. C’est ainsi que nous établirons une position de force militaire à partir de laquelle le président Trump pourra négocier des conditions favorables pour notre nation. Nous serons forts, mais sans chercher inutilement la confrontation. C’est ainsi que nous contribuerons à concrétiser la vision du président Trump d’une paix fondée sur la force dans la région vitale de l’Indo-Pacifique.


► Accroître le partage des charges avec les alliés et partenaires des États-Unis. Notre stratégie n’est pas une stratégie d’isolement. Comme le préconise la NSS, il s’agit d’une stratégie d’engagement ciblé à l’étranger, clairement axée sur la promotion des intérêts concrets et pratiques des Américains. Dans cette optique « America First » et de bon sens, les alliances et les partenaires des États-Unis ont un rôle essentiel à jouer, mais pas en tant que dépendances de la dernière génération. Au contraire, alors que le département donne à juste titre la priorité à la défense du territoire national et à la dissuasion de la Chine, d’autres menaces persisteront, et nos alliés seront essentiels pour y faire face. Nos alliés ne le feront pas pour nous rendre service, mais dans leur propre intérêt. Dans la région indo-pacifique, où nos alliés partagent notre désir d’un ordre régional libre et ouvert, les contributions de nos alliés et partenaires seront essentielles pour dissuader et contrebalancer la Chine. En Europe et dans d’autres théâtres d’opérations, les alliés prendront l’initiative contre des menaces qui sont moins graves pour nous mais plus graves pour eux, avec un soutien critique mais plus limité de la part des États-Unis.


Dans tous les cas, nous serons honnêtes mais clairs sur la nécessité urgente pour eux de faire leur part et sur le fait qu’il est dans leur propre intérêt de le faire sans délai. Nous les inciterons et leur donnerons les moyens de passer à la vitesse supérieure. Cela nécessite un changement de ton et de style par rapport au passé, mais cela est nécessaire non seulement pour les Américains, mais aussi pour nos alliés et partenaires. Pendant trop longtemps, nos alliés et partenaires se sont contentés de nous laisser subventionner leur défense.

Notre classe politique en a récolté les lauriers, tandis que les Américains ordinaires en ont payé le prix. Avec le président Trump, une nouvelle approche est en vigueur. Le président Trump a déjà établi une nouvelle norme mondiale en matière de dépenses de défense lors du sommet de l’OTAN à La Haye : 3,5 % du produit intérieur brut (PIB) pour les dépenses militaires de base et 1,5 % supplémentaire pour les dépenses liées à la sécurité, soit un total de 5 % du PIB. Nous encouragerons nos alliés et partenaires à respecter cette norme partout dans le monde, et pas seulement en Europe. En agissant ainsi, nos alliés seront en mesure, avec les États-Unis, de déployer les forces nécessaires pour dissuader ou vaincre des adversaires potentiels dans toutes les régions clés du monde, même en cas d’agression simultanée. C’est ainsi que nous créerons les conditions d’une paix durable grâce à notre puissance dans le monde entier.


► Dynamiser la base industrielle de défense américaine. Le président Trump mène une renaissance industrielle américaine sans précédent depuis un siècle, en rapatriant des industries stratégiques aux États-Unis et en revitalisant les industries que les générations précédentes avaient délocalisées à l’étranger. Nous tirerons parti de cette initiative historique pour reconstruire l’industrie de défense de notre nation, qui sous-tend notre défense et celle de nos alliés et partenaires. Nous devons redevenir le premier arsenal mondial, capable de produire non seulement pour nous-mêmes, mais aussi pour nos alliés et partenaires, à grande échelle, rapidement et avec le plus haut niveau de qualité. Pour y parvenir, nous réinvestirons dans la production de défense américaine, en renforçant les capacités, en donnant les moyens d’agir aux innovateurs, en adoptant les nouvelles avancées technologiques, telles que l’intelligence artificielle (IA), et en supprimant les politiques, pratiques, réglementations et autres obstacles obsolètes qui entravent le type et l’échelle de production dont les forces interarmées ont besoin pour répondre aux priorités qui nous attendent. Nous tirerons simultanément parti de la production de nos alliés et partenaires, non seulement pour répondre à nos propres besoins, mais aussi pour les inciter à augmenter leurs dépenses de défense et les aider à déployer des forces supplémentaires le plus rapidement possible. Ce faisant, nous garantirons non seulement notre propre avantage industriel en matière de défense, mais nous renforcerons également nos alliances afin qu’elles puissent contribuer à maintenir la paix par la force, sur une base solide, équitable et durable.


Le département se concentrant exclusivement sur ces priorités, nous veillerons à ce que la Force interarmées soit prête à dissuader et, si nécessaire, à l’emporter en atteignant les objectifs nationaux contre les menaces les plus dangereuses pour les intérêts des Américains. Dans le même temps, cette stratégie permettra à la Force interarmées d’offrir au président Trump la flexibilité et l’agilité opérationnelles nécessaires à la réalisation d’autres objectifs, en particulier la capacité de lancer des opérations décisives contre des cibles partout dans le monde, y compris directement depuis le territoire américain, comme l’ont démontré de manière mémorable les militaires américains lors de l’opération MIDNIGHT HAMMER. En veillant à ce que la Force interarmées soit sans égale, nous garantirons au président la plus grande liberté d’action possible pour employer les forces armées américaines.


La logique fondamentale de cette stratégie, conforme au changement historique et nécessaire opéré par le président Trump, consiste à donner la priorité aux intérêts des Américains de manière concrète et pratique. Cela nécessite d’avoir une vision claire des menaces auxquelles nous sommes confrontés, ainsi que des ressources dont nous disposons, ainsi que nos alliés, pour y faire face. Cela implique de donner la priorité à ce qui compte le plus pour les Américains et aux menaces les plus graves et les plus importantes pour leurs intérêts. Cela implique d’être honnête et clair avec nos alliés et partenaires sur le fait qu’ils doivent simplement agir plus rapidement, non pas pour rendre service aux Américains, mais pour leur propre intérêt. Cela impliquera un changement radical dans notre approche, nos priorités et notre ton. Mais c’est ce qui est nécessaire pour nous éloigner de la voie héritée qui mène au désastre et pour rendre à l’Amérique sa grandeur.

C’est également ce qui permettra de créer les conditions d’une paix durable, non seulement chez nous, mais aussi à l’étranger, c’est-à-dire un meilleur résultat non seulement pour les Américains, mais aussi pour nos alliés
et partenaires. Finissons-en avec l’idéalisme utopique, place au réalisme pur et dur. Telle est la mission que nous devons embrasser au DoW, avec audace, dynamisme et sans hésitation. Le président Trump conduit notre nation vers un nouvel âge d’or. Ce faisant, il parle souvent de rétablir la paix. Mais il est tout aussi clair que nous ne pouvons y parvenir qu’à partir d’une position de force, y compris, fondamentalement, une force militaire. Seul le ministère de la Guerre peut fournir cette puissance pour garantir la défense des intérêts de la nation, et nous le ferons sans hésitation. Nous serons l’épée et le bouclier de notre nation, toujours prêts à être utilisés de manière décisive sous la direction du président, au service de sa vision d’une paix durable grâce à la force. La présente stratégie de défense nationale (NDS) montre comment.


CONCLUSION


Après avoir sorti notre nation du précipice d’une guerre mondiale il y a tout juste un an, le président Trump conduit aujourd’hui notre nation vers un nouvel âge d’or, caractérisé par une approche pragmatique, concrète et sensée qui donne la priorité aux Américains. Nous ne gaspillerons plus la volonté, les ressources et même la vie des Américains dans des aventures stupides et grandioses à l’étranger. Mais nous ne battrons pas en retraite. Au contraire, nous donnerons sans vergogne la priorité aux intérêts concrets des Américains avec une approche de réalisme flexible. Nous
restaurerons l’éthique guerrière. Nous recentrerons l’armée américaine sur son objectif fondamental et irremplaçable : gagner de manière décisive les guerres de la nation.


Ce faisant, comme l’a souligné de manière mémorable le président Trump, notre objectif ne sera pas l’agression ou la guerre perpétuelle. Notre objectif est plutôt la paix. La paix est le bien suprême. Mais pas une paix qui sacrifie la sécurité, les libertés et la prospérité de notre peuple. Plutôt une paix que les Américains méritent, une paix noble et fière. Heureusement, cette paix est compatible avec les intérêts de nos adversaires potentiels, s’ils maintiennent leurs exigences raisonnables et limitées. Nous n’exigeons pas leur humiliation ou leur soumission. Nous exigeons seulement qu’ils respectent nos intérêts raisonnablement conçus et ceux de nos alliés et partenaires qui nous soutiennent fermement. Si nous pouvons tous reconnaître cela, nous pouvons parvenir à un équilibre de pouvoir flexible et durable entre nous, et à la paix.


Mais au ministère de la Guerre, nous serons prêts si notre offre généreuse est rejetée. Nous savons que souhaiter une paix décente n’est pas la même chose que la réaliser. Ainsi, si nos adversaires potentiels sont assez imprudents pour rejeter nos propositions pacifiques et choisir le conflit à la place, les forces armées américaines seront prêtes à combattre et à gagner les guerres de la nation d’une manière qui ait du sens pour les Américains. Pour garantir que ce soit le cas, cette stratégie nous permettra de voir clairement les choses et les choix que nous devons faire. Nous donnerons la priorité à la lutte contre les menaces les plus graves et les plus importantes pour les intérêts des Américains. Nous réorganiserons notre réseau d’alliés et de partenaires afin de faire face aux menaces auxquelles nous sommes confrontés. Et nous serons prêts, toujours armés de l’épée la plus tranchante et la plus redoutable, mais prêts à offrir le rameau d’olivier.

DOCUMENT : Charte du Conseil de paix de Donald Trump.

CHARTE DU CONSEIL DE PAIX

PRÉAMBULE

Déclarant qu’une paix durable nécessite un jugement pragmatique, des solutions sensées et le courage de s’éloigner des approches et des institutions qui ont trop souvent échoué ;

Reconnaissant qu’une paix durable s’enracine lorsque les populations sont habilitées à s’approprier leur avenir et à en assumer la responsabilité ;

Affirmant que seul un partenariat durable, axé sur les résultats et fondé sur le partage des charges et des engagements, peut garantir la paix dans des régions où elle s’est trop longtemps avérée insaisissable ;

Déplorant que trop d’approches en matière de consolidation de la paix favorisent une dépendance perpétuelle et institutionnalisent la crise au lieu d’aider les populations à la surmonter ;

Soulignant la nécessité d’un organisme international de consolidation de la paix plus agile et plus efficace ; et

Résolues à former une coalition d’États volontaires engagés dans une coopération pratique et une action efficace,

Guidées par le jugement et respectueuses de la justice, les Parties adoptent par la présente la Charte du Conseil de la paix.

Article 1 : Mission

CHAPITRE I – OBJECTIFS ET FONCTIONS

Le Conseil de paix est une organisation internationale qui vise à promouvoir la stabilité, à rétablir une gouvernance fiable et légitime et à garantir une paix durable dans les zones touchées ou menacées par des conflits. Le Conseil de paix assume ces fonctions de consolidation de la paix conformément au droit international et comme cela peut être approuvé conformément à la présente Charte, y compris l’élaboration et la diffusion de bonnes pratiques pouvant être appliquées par toutes les nations et communautés en quête de paix.

CHAPITRE II

MEMBRES

Article 2.1 : États membres
La qualité de membre du Conseil de paix est réservée aux États invités à y participer par le président et prend effet dès notification de l’acceptation par l’État concerné d’être lié par la présente Charte, conformément au chapitre XI.

Article 2.2 : Responsabilités des États membres

(a) Chaque État membre est représenté au Conseil de paix par son chef d’État ou de gouvernement.

(b) Chaque État membre soutient et assiste les opérations du Conseil de la paix conformément à ses autorités juridiques nationales respectives. Aucune disposition de la présente Charte ne peut être interprétée comme conférant au Conseil de la paix une compétence sur le territoire des États membres ou comme obligeant les États membres à participer à une mission particulière de consolidation de la paix sans leur consentement.

(c) Chaque État membre exerce un mandat d’une durée maximale de trois ans à compter de l’entrée en vigueur de la présente Charte, renouvelable par le président. La durée du mandat de trois ans ne s’applique pas aux États membres qui versent plus de 1 000 000 000 USD en espèces au Conseil de paix au cours de la première année suivant l’entrée en vigueur de la Charte.

Article 2.3 : Cessation de l’adhésion

L’adhésion prend fin à la première des dates suivantes : (i) l’expiration d’un mandat de trois ans, sous réserve de l’article 2.2(c) et du renouvellement par le président ; (ii) le retrait, conformément à l’article 2.4 ; (iii) une décision de révocation par le président, sous réserve d’un veto à la majorité des deux tiers des États membres ; ou (iv) la dissolution du Conseil de paix conformément au chapitre X. Un État membre dont l’adhésion prend fin cesse également d’être partie à la Charte, mais cet État peut être invité à redevenir membre, conformément à l’article 2.1.

Article 2.4 : Retrait

Tout État membre peut se retirer du Conseil de paix avec effet immédiat en adressant une notification écrite au président.

CHAPITRE III – GOUVERNANCE

Article 3.1 : Le Conseil de paix

(a) Le Conseil de paix est composé de ses États membres.

(b) Le Conseil de paix vote sur toutes les propositions inscrites à son ordre du jour, y compris celles concernant les budgets annuels, la création d’entités subsidiaires, la nomination de hauts fonctionnaires et les décisions politiques importantes, telles que l’approbation d’accords internationaux et la poursuite de nouvelles initiatives de consolidation de la paix.

(c) Le Conseil de paix convoque des réunions de vote au moins une fois par an et à d’autres moments et lieux que le président juge appropriés. L’ordre du jour de ces réunions est fixé par le Conseil exécutif, sous réserve de notification et de commentaires des États membres et de l’approbation du président.

(d) Chaque État membre dispose d’une voix au Conseil de paix.

(e) Les décisions sont prises à la majorité des États membres présents et votants, sous réserve de l’approbation du président, qui peut également voter en sa qualité de président en cas d’égalité des voix.

(f) Le Conseil de paix tiendra également des réunions régulières sans droit de vote avec son Conseil exécutif, au cours desquelles les États membres pourront soumettre des recommandations et des orientations concernant les activités du Conseil exécutif, et au cours desquelles le Conseil exécutif rendra compte au Conseil de paix de ses opérations et décisions. Ces réunions se tiendront au moins une fois par trimestre, la date et le lieu de ces réunions étant déterminés par le directeur général du Conseil exécutif.

(g) Les États membres peuvent choisir d’être représentés par un haut fonctionnaire suppléant à toutes les réunions, sous réserve de l’approbation du président.

(h) Le président peut inviter les organisations d’intégration économique régionale concernées à participer aux travaux du Conseil de paix selon les modalités et conditions qu’il juge appropriées.

Article 3.2 : Président

(a) Donald J. Trump sera le premier président du Conseil de paix et il sera également le premier représentant des États-Unis d’Amérique, sous réserve des dispositions du chapitre III.

(b) Le président aura le pouvoir exclusif de créer, de modifier ou de dissoudre des entités subsidiaires si cela est nécessaire ou approprié pour remplir la mission du Conseil de paix.

Article 3.3 : Succession et remplacement

Le président désignera à tout moment un successeur pour le poste de président. Le remplacement du président ne peut avoir lieu qu’à la suite d’une démission volontaire ou en raison d’une incapacité, telle que déterminée par un vote unanime du comité exécutif, auquel cas le successeur désigné par le président assumera immédiatement le poste de président et toutes les fonctions et pouvoirs associés à ce poste.

Article 3.4 : Sous-comités

Le président peut créer des sous-comités si nécessaire ou approprié et définit le mandat, la structure et les règles de gouvernance de chacun de ces sous-comités.

CHAPITRE IV – CONSEIL D’ADMINISTRATION

Article 4.1 : Composition et représentation du conseil d’administration

(a) Le conseil d’administration est sélectionné par le président et se compose de dirigeants de renommée mondiale.

(b) Les membres du conseil d’administration ont un mandat de deux ans, sous réserve de révocation par le président et renouvelable à sa discrétion.

(c) Le comité exécutif est dirigé par un directeur général nommé par le président et confirmé par un vote à la majorité du comité exécutif.

(d) Le directeur général convoque le comité exécutif toutes les deux semaines pendant les trois premiers mois suivant sa création, puis une fois par mois, et organise des réunions supplémentaires s’il le juge nécessaire.

(e) Les décisions du Conseil exécutif sont prises à la majorité des membres présents et votants, y compris le directeur général. Ces décisions prennent effet immédiatement, sous réserve d’un veto du président à tout moment par la suite.

(f) Le Conseil exécutif établit son propre règlement intérieur.

Article 4.2 : Mandat du comité exécutif

Le comité exécutif :

(a) exerce les pouvoirs nécessaires et appropriés pour mettre en œuvre la mission du Conseil de paix, conformément à la présente charte ;

(b) rend compte au Conseil de paix de ses activités et décisions tous les trimestres, conformément à l’article 3.1(f), et à d’autres moments que le président peut déterminer.

Article 5.1 : Dépenses

CHAPITRE V – DISPOSITIONS FINANCIÈRES

Le financement des dépenses du Conseil de paix est assuré par des contributions volontaires des États membres, d’autres États, d’organisations ou d’autres sources.

Article 5.2 : Comptes

Le Conseil de paix peut autoriser la création de comptes nécessaires à l’accomplissement de sa mission. Le Conseil exécutif autorise la mise en place de contrôles et de mécanismes de surveillance des budgets, des comptes financiers et des décaissements, dans la mesure nécessaire ou appropriée pour garantir leur intégrité.

CHAPITRE VI STATUT JURIDIQUE

Article 6

(a) Le Conseil de paix et ses entités subsidiaires possèdent la personnalité juridique internationale. Ils disposent de la capacité juridique nécessaire à l’accomplissement de leur mission (y compris, mais sans s’y limiter, la capacité de conclure des contrats, d’acquérir et de céder des biens immobiliers et mobiliers, d’engager des procédures judiciaires, d’ouvrir des comptes bancaires, de recevoir et de débourser des fonds privés et publics, et d’employer du personnel).

(b) Le Conseil de paix veille à l’octroi des privilèges et immunités nécessaires à l’exercice des fonctions du Conseil de paix, de ses entités subsidiaires et de son personnel, qui sont établis dans des accords conclus avec les États dans lesquels le Conseil de paix et ses entités subsidiaires opèrent ou par le biais d’autres mesures prises par ces États conformément à leurs exigences juridiques nationales. Le Conseil peut déléguer le pouvoir de négocier et de conclure de tels accords ou arrangements à des fonctionnaires désignés au sein du Conseil de paix et/ou de ses entités subsidiaires.

Article 7

CHAPITRE VII – INTERPRÉTATION ET RÈGLEMENT DES DIFFÉRENDS

Les différends internes entre les membres, les entités et le personnel du Conseil de paix concernant des questions liées au Conseil de paix doivent être résolus par une collaboration amicale, conformément aux pouvoirs organisationnels établis par la Charte. À cette fin, le président est l’autorité finale en ce qui concerne la signification, l’interprétation et l’application de la présente Charte.

CHAPITRE VIII – MODIFICATIONS DE LA CHARTE

Article 8

Les modifications de la Charte peuvent être proposées par le Conseil exécutif ou par au moins un tiers des États membres du Conseil de paix agissant conjointement. Les modifications proposées sont communiquées à tous les États membres au moins trente (30) jours avant d’être soumises au vote. Ces modifications sont adoptées après avoir été approuvées à la majorité des deux tiers du Conseil de paix et confirmées par le président. Les modifications apportées aux chapitres II, III, IV, V, VIII et X doivent être approuvées à l’unanimité par le Conseil de paix et confirmées par le président. Une fois les conditions requises remplies, les modifications entrent en vigueur à la date spécifiée dans la résolution de modification ou immédiatement si aucune date n’est spécifiée.

Article 9

CHAPITRE IX – RÉSOLUTIONS OU AUTRES DIRECTIVES

Le président, agissant au nom du Conseil de paix, est autorisé à adopter des résolutions ou d’autres directives, conformément à la présente Charte, afin de mettre en œuvre la mission du Conseil de paix.

CHAPITRE X – DURÉE, DISSOLUTION ET TRANSITION

Article 10.1 : Durée

Le Conseil de paix continue d’exister jusqu’à sa dissolution conformément au présent chapitre, date à laquelle la présente charte prendra également fin.

Article 10.2 : Conditions de dissolution

Le Conseil de paix est dissous lorsque le président le juge nécessaire ou approprié, ou à la fin de chaque année civile impaire, sauf s’il est renouvelé par le président au plus tard le 21 novembre de cette année civile impaire. Le Conseil exécutif établit les règles et procédures relatives au règlement de tous les actifs, passifs et obligations lors de la dissolution.

CHAPITRE XI – ENTRÉE EN VIGUEUR

Article 11.1 : Entrée en vigueur et application provisoire

(a) La présente Charte entre en vigueur dès que trois États ont exprimé leur consentement à être liés par celle-ci.

(b) Les États tenus de ratifier, d’accepter ou d’approuver la présente Charte par le biais de procédures internes s’engagent à appliquer provisoirement les dispositions de la présente Charte, à moins que ces États n’aient informé le président, au moment de leur signature, qu’ils ne sont pas en mesure de le faire. Les États qui n’appliquent pas provisoirement la présente Charte peuvent participer en tant que membres sans droit de vote aux travaux du Conseil de paix en attendant la ratification, l’acceptation ou l’approbation de la Charte conformément à leurs exigences juridiques internes, sous réserve de l’approbation du président.

Article 11.2 : Dépositaire

Le texte original de la présente Charte et tout amendement à celle-ci sont déposés auprès des États-Unis d’Amérique, qui sont désignés par les présentes comme dépositaires de la présente Charte. Le dépositaire fournit sans délai une copie certifiée conforme du texte original de la présente Charte et de tout amendement ou protocole additionnel à celle-ci à tous les signataires de la présente Charte.

CHAPITRE XII RÉSERVES

Article 12

Aucune réserve ne peut être formulée à l’égard de la présente Charte.

CHAPITRE XIII – DISPOSITIONS GÉNÉRALES

Article 13.1 : Langue officielle

La langue officielle du Conseil de paix est l’anglais.

Article 13.2 : Siège

Le Conseil de paix et ses entités subsidiaires peuvent, conformément à la Charte, établir un siège et des bureaux extérieurs. Le Conseil de paix négociera un accord relatif au siège et des accords régissant les bureaux extérieurs avec le ou les États hôtes, si nécessaire.

Article 13.3 : Sceau

Le Conseil de paix aura un sceau officiel, qui sera approuvé par le président.

EN FOI DE QUOI, les soussignés, dûment autorisés, ont signé la présente Charte.

DOCUMENT : rapport sur la situation des droits humains en Cisjordanie occupée, y compris à Jérusalem-Est. Texte intégral en français.

Le Nobel et la guerre…

Ou comment s’y prendre afin de rabaisser ce qui devrait collectivement nous élever.

Maria Corina Machado, est une figure ultralibérale et de la droite radicale ou de l’extrême droite dans l’opposition vénézuélienne. Elle a dû être fortement déçue d’être récemment et brutalement récusée par Trump lui-même, qui souhaite probablement une protagoniste moins controversée dans un pays plus complexe qu’on ne le dit, où le chavisme reste une force incontournable.

Maria Corina Machado fit beaucoup d’efforts pour exister et montrer sa foi dans le trumpisme. On s’en souvient, elle avait directement appelé à l’intervention américaine. Devenant récipiendaire du Nobel de la paix elle alla jusqu’à dédier sa récompense à Donald Trump lui-même.

On se rappelle aussi que les cinq membres du Comité Nobel norvégien ont osé lui attribuer leur prix alors que Washington, aux yeux du monde entier, réunissait un dispositif militaire régional et une grande armada dans les Caraïbes, dont le plus puissant des porte-avions géants des États-Unis, le Gérald Ford (4 à 5000 hommes et 70 avions). Ce Gérald Ford qu’on ne déplace pas pour autre chose que des missions stratégiques importantes. Le contexte qui s’imposait était alors celui des menaces et des préparatifs de guerre contre le Venezuela. Rien n’était écrit, mais on ne pouvait pas l’ignorer.

On peut dire que ce Club des Cinq a donc accompagné et même, en quelque sorte, légitimé par avance l’opération américaine. En agissant ainsi, le Comité Nobel s’est déshonoré et décrédibilisé. Ils ont pesamment desservi ce qui fait, ou ce qui devrait faire, la dignité du Nobel : quelque chose qui élève, qui grandit à la fois celles et ceux qui le reçoivent, mais aussi celles et ceux chargés de le décerner. Quelque chose qui touche aux valeurs et à l’éthique, au courage nécessaire pour projeter la réflexion et le symbole dans une vision inspirante et universelle du monde et des rapports internationaux. Le Nobel 2025 a dramatiquement contredit et rabaissé cette exigence. C’est une honte. Il faudra s’en souvenir.

DOCUMENT : liste des 37 ONG humanitaires interdites d’opérer à Gaza par Israël.

Voici la liste des 37 organisations humanitaires internationales qu’Israël a interdit d’opérer dans la bande de Gaza. La décision, entrée en vigueur à partir du 1ᵉʳ janvier 2026, vise les ONG qui ne se conforment pas aux règles dites de sécurité imposées par le gouvernement Netanyahou, notamment celle de devoir fournir des informations détaillées sur leurs employés palestiniens et internationaux.

Liste des ONG visées :

  • Action Against Hunger
  • ActionAid
  • Alianza por la Solidaridad
  • Campaign for the Children of Palestine
  • CARE
  • DanChurchAid
  • Danish Refugee Council
  • Handicap International: Humanity & Inclusion
  • Japan International Volunteer Center
  • Médecins du Monde France
  • Médecins du Monde Switzerland
  • Médecins Sans Frontières Belgium
  • Médecins Sans Frontières France
  • Médecins Sans Frontières Netherlands
  • Médecins Sans Frontières Spain
  • Medicos del Mundo
  • Mercy Corps
  • Norwegian Refugee Council
  • Oxfam Novib (affiliée néerlandaise d’Oxfam)
  • Première Urgence Internationale
  • Terre des Hommes Lausanne
  • International Rescue Committee
  • WeWorld-GVC
  • World Vision International
  • Relief International
  • Fondazione AVSI
  • Movement for Peace-MPDL
  • American Friends Service Committee

REMARQUES :

Israël prétend que ces ONG n’ont pas respecté les nouvelles normes de « sécurité et transparence », notamment la transmission de listes complètes de leurs employés, afin d’éviter ce qu’il considère comme une exploitation potentielle des structures humanitaires par des « groupes militants ». Les organisations concernées rejettent ces allégations au motif que les exigences présentées violent les principes humanitaires, mettent en danger leurs équipes et compromettent l’assistance à la population civile. Nul doute que cette mesure inacceptable va encore aggraver la situation déjà catastrophique des Palestiniens de Gaza. Une ignominie de plus dans la politique coloniale et criminelle d’Israël.

PALESTINE : DES ACTEURS ÉMINENTS CONFIRMENT LE GÉNOCIDE…


…parmi bien d’autres organisations (associations de solidarité, syndicats, partis politiques, organisations pour les droits humains…) et de nombreuses personnalités françaises et internationales… Impossible d’en faire une liste complète. Il est difficile aujourd’hui de nier le crime de génocide commis par Israël.

Vous trouverez ci-dessous des informations et références précises concernant :

– B’Tselem et Physicians for Human Rights (Israël)

– Human Rights Watch

– Fédération Internationale des Droits Humains (FIDH)

– Médecins du Monde

– Médecins sans Frontières

– Amnesty International

– ONU : Conclusions de la Commission d’enquête internationale indépendante de l’ONU sur le territoire palestinien occupé (Navi Pillay – 16 septembre 2025)

– ONU : Francesca Albanese, Rapporteure spéciale sur la situation des droits de l’homme dans les territoires palestiniens occupés depuis 1967 (3 juillet 2025)

– Amos Goldberg, historien israélien, spécialiste de la Shoah

– OMER BARTOV, professeur d’histoire européenne à l’université Brown, aux États-Unis. Il est spécialisé dans l’étude de la Shoah

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Deux ONG israéliennes : B’Tselem et Physicians for Human Rights

« Il faut appeler un génocide par son nom ». Deux ONG israéliennes ont rendu publics deux rapports consacrés à la guerre lancée à Gaza en réaction à l’attaque terroriste du 7-Octobre. L’un et l’autre concluent qu’« Israël mène des actions coordonnées pour intentionnellement détruire la société palestinienne à Gaza. En d’autres mots, qu’Israël commet un génocide ».

https://www.lemonde.fr/international/article/2025/07/28/deux-ong-israeliennes-se-prononcent-sur-l-operation-de-l-armee-a-gaza-il-faut-appeler-un-genocide-par-son-nom_6624845_3210.html?random=152003087

B’Tselem et Physicians for Human Rights sont deux organisations phares de la société civile israélienne, à la pointe de la défense des droits humains. Elles publient conjointement, lundi 28 juillet, deux rapports qui concluent que l’armée poursuit à Gaza une politique intentionnelle de destruction de la société palestinienne. Yuli Novak, directrice de B’Tselem, et Guy Shalev, son homologue pour PHRI, expliquent leur démarche. Propos recueillis par Jean-Philippe Rémy (Jérusalem, envoyé spécial) et publiés le 28 juillet 2025 dans le quotidien Le Monde

B’Tselem et Physicians for Human Rights Israel (PHRI, Médecins pour les droits humains) sont deux piliers de la société civile israélienne, au premier rang de la lutte contre l’occupation des territoires palestiniens. Fondée en 1989, dans le contexte de la première Intifada, B’Tselem est la plus prestigieuse organisation de défense des droits humains du pays. Elle a reçu en 2018 le prix des droits de l’homme de la République française. Créée en 1988, PHRI est à l’avant-garde de la défense des droits humains dans le domaine de la santé.

Guy Shalev :  » Les actions de l’armée à Gaza correspondent à la définition de trois des cinq actes, qui, commis dans l’intention de détruire totalement ou partiellement un groupe national, ethnique, racial ou religieux, sont constitutifs, pour chacun d’eux, du crime de génocide : meurtres de membres du groupe, atteinte grave à leur intégrité physique ou mentale, soumission intentionnelle à des conditions d’existence menant à la destruction physique « .

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Human Rights Watch

 » Extermination and Acts of Genocide  » – Communiqué HRW du 19 décembre 2024
Israël commet le crime d’extermination et des actes de génocide à GazaLa privation d’eau généralisée imposée par les autorités israéliennes menace la survie des habitants de Gaza

https://www.hrw.org/fr/news/2024/12/19/israel-commet-le-crime-dextermination-et-des-actes-de-genocide-gaza

– Les autorités israéliennes ont délibérément créé des conditions de vie visant à causer la destruction d’une partie de la population de Gaza, en privant intentionnellement les civils palestiniens de l’enclave d’un accès adéquat à l’eau, ce qui a probablement causé des milliers de morts.

– Ce faisant, les autorités israéliennes sont responsables du crime contre l’humanité d’extermination, et d’actes de génocide. La ligne de conduite des autorités israéliennes, ainsi que certaines déclarations suggérant que des responsables israéliens souhaitaient détruire les Palestiniens de Gaza pourraient constituer le crime de génocide.

– Les autres gouvernements et les organisations internationales devraient prendre toutes les mesures nécessaires pour prévenir un génocide à Gaza, y compris en suspendant leur aide militaire, en réexaminant leurs accords bilatéraux et leurs relations diplomatiques avec Israël, et en soutenant la Cour pénale internationale et les autres initiatives pour rendre justice.

Human Rights Watch a conclu que les autorités israéliennes ont intentionnellement créé des conditions de vie visant à causer la destruction physique des Palestiniens de Gaza, en totalité ou partiellement. Cette politique, infligée dans le cadre de la tuerie de masse de civils palestiniens à Gaza, signifie que les autorités israéliennes ont commis le crime contre l’humanité d’extermination, qui se poursuit actuellement. Cette politique correspond aussi à l’un des cinq « actes de génocide » prévus par la Convention de 1948 sur le génocide. L’intention génocidaire pourrait également être déduite de cette politique ainsi que de certaines déclarations de responsables israéliens suggérant qu’ils souhaitaient détruire les Palestiniens de Gaza ; c’est pourquoi cette politique pourrait constituer le crime de génocide.

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Fédération Internationale pour les Droits humains (FIDH)

Arrêter le génocide en cours en Palestine, l’appel de la FIDH à la communauté internationale

Déclaration Israël & Palestine du 12 décembre 2023

https://www.fidh.org/fr/regions/maghreb-moyen-orient/israel-palestine/arreter-le-genocide-en-cours-en-palestine-l-appel-de-la-fidh-a-la

La Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) reconnaît qu’Israël mène un génocide contre le peuple palestinien. Les États et les individus qui fournissent une assistance à Israël en sont complices. Un cessez-le-feu immédiat est impératif pour sauver des vies civiles et mettre fin aux crimes qui ont lieu depuis le début de l’offensive. La Cour pénale internationale est appelée à délivrer immédiatement des mandats d’arrêt à l’encontre des responsables israéliens des crimes internationaux commis contre les Palestinien·nes.

Paris, 12 décembre 2023. Des Palestinien·nes meurent à Gaza, chaque jour, chaque heure. Leurs conditions de vie deviennent jour après jour, inexorablement, celles d’une population dont l’élimination est programmée. La semaine dernière à Paris, après un examen juridique long et approfondi, le bureau international de la FIDH – l’organe élu d’expert·es juridiques et de défenseur·es des droits humains, venu·es du monde entier – a adopté une résolution reconnaissant les actions d’Israël contre le peuple palestinien comme étant un « génocide en cours ».

« Les Palestinien·nes subissent une tragédie constante, permanente, aussi inimaginable qu’intentionnelle. Ce niveau de violence orchestrée par une force d’occupation est un génocide », déclare Alice Mogwe, présidente de la FIDH. « Affirmer qu’il est en train de se dérouler, c’est affirmer qu’il peut, et même qu’il doit être arrêté. Aux dirigeant·es politiques et haut⋅es responsables, nous devons souligner que le soutien et l’assistance à Israël est une complicité dans ce génocide en cours. Vous avez été prévenu·es. »

La FIDH a fermement réitéré cette condamnation le 12 décembre 2024, en faisant le constat d’un génocide perpétré à la vue du monde entier, et partagé par un nombre croissant d’acteurs internationaux.

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Médecins du Monde

Jean-François Corty, médecin humanitaire, Président de Médecins du monde

https://www.facebook.com/share/v/19rnqJU1r1

 » On a tous les éléments, tout le monde le sait aujourd’hui, qu’on est dans un risque plausible de génocide… »

J-F Corty parle  » d’intention  » dans le refus de faire rentrer de l’aide humanitaire. Il souligne que la famine  » est une stratégie mise en place mise en place par les autorités israéliennes « 

 » Une dynamique génocidaire est en cours », alerte le Président de Médecins du monde (La Dépêche, 28 décembre 2025)

 » Alors que l’ONU évoque, en juillet, l’installation d’une famine intentionnelle comme « forme de violence génocidaire » dans ce contexte de siège persistant, sa levée ainsi qu’un cessez-le-feu immédiat et l’arrêt de livraisons d’armes permettraient d’inverser la tendance. La survie des civils de Gaza semble loin des préoccupations de la communauté des humains, dont on peut douter qu’elle les considère comme tels. Le droit international humanitaire, affaibli, est aujourd’hui à un point de bascule qui relèvera des soins palliatifs et d’une mort certaine si l’humanité ne réagit pas à temps. » Jean-François Corty, Le Monde, 2 septembre 2024

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Médecins sans Frontières

 » Gaza : un rapport de MSF dénonce la campagne de destruction totale menée par Israël « 

Communiqué de presse du 18 décembre 2024 – mis à jour le 24 janvier 2025

https://www.msf.fr/communiques-presse/gaza-un-rapport-de-msf-denonce-la-campagne-de-destruction-totale-menee-par-israel

« Ce que nos équipes médicales ont observé sur le terrain tout au long de ce conflit correspond aux descriptions d’un nombre croissant d’experts juridiques et d’organisations qui concluent qu’un génocide est en cours à Gaza. Bien que nous n’ayons pas l’autorité juridique pour établir l’intentionnalité, les signes de nettoyage ethnique et la destruction en cours, incluant les massacres, les blessures physiques et psychologiques graves, les déplacements forcés et les conditions de vie impossibles pour les Palestiniens assiégés et bombardés, sont indéniables. »

Le rapport de MSF :

 » GAZA: SURVIVRE DANS UN PIÈGE MORTEL « 

Extrait :  » En janvier 2024, la Cour internationale de justice (CIJ) a ordonné à Israël de prendre des mesures conservatoires pour prévenir les actes de génocide à Gaza. Malgré cela, rien n’a été fait pour se conformer à cette ordonnance. Les observations de MSF rejoignent celles d’un nombre croissant d’experts juridiques et d’organisations de défense des droits humains, qui concluent qu’un nettoyage ethnique et un génocide sont en cours à Gaza. « 

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Amnesty International

 » La population palestinienne de Gaza victime d’un génocide « 

Rapport d’enquête d’Amnesty International publié le 05.12.2024

https://share.google/81n0t33Aj8qvy3piL

Après des mois d’enquêtes, de collecte de preuves et d’analyses juridiques, nos équipes publient un rapport appelé à faire date, dont les conclusions démontrent que les autorités israéliennes commettent un crime de génocide contre la population palestinienne de Gaza.

Les recherches de nos équipes, rassemblées dans un rapport de près de 300 pages intitulé « ‘On a l’impression d’être des sous-humains’ – Le génocide des Palestiniens et Palestiniennes commis par Israël à Gaza », révèlent que l’État d’Israël, fait subir un déchaînement de violence et de destruction permanent aux Palestinien·nes de Gaza à la suite des attaques meurtrières du Hamas dans le sud de son territoire le 7 octobre 2023, et ce en toute impunité.

Les autorités israéliennes ont commis et commettent toujours des actes interdits par la Convention de 1948 pour la prévention et la répression du crime de génocide, dans l’intention spécifique de détruire physiquement la population palestinienne de Gaza.

Elles se sont notamment rendues coupables de meurtres, d’atteintes graves à l’intégrité physique ou mentale des personnes, et de soumission délibérée des Palestiniens et Palestiniennes de Gaza à des conditions de vie destinées à entraîner leur destruction physique. Depuis plus d’un an, la population palestinienne de Gaza a été déshumanisée et traitée comme un groupe de sous-humains ne méritant pas le respect de ses droits fondamentaux, ni de sa dignité.

 » Nos conclusions accablantes doivent sonner comme un signal d’alarme pour la communauté internationale : il s’agit d’un génocide, qui doit cesser immédiatement. »

Agnès Callamard, secrétaire générale d’Amnesty International

Nos équipes de chercheur·ses et d’expert·es ont examiné et analysé rigoureusement et méthodiquement un ensemble de faits survenus entre octobre 2023 et juillet 2024, qui par leur récurrence, leur simultanéité, leurs effets immédiats ou leurs conséquences cumulées s’avèrent constituer des actes relevant de la Convention sur le génocide.

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Conclusions de la Commission d’enquête internationale indépendante de l’ONU sur le territoire palestinien occupé

Israël commet un génocide à Gaza, affirme une commission d’enquête de l’ONU

https://news.un.org/fr/story/2025/09/1157475

16 septembre 2025 Droits de l’homme

Les conclusions de la Commission d’enquête internationale indépendante de l’ONU sur le territoire palestinien occupé sont sans appel : Israël a commis un génocide à l’égard des Palestiniens dans le cadre de la guerre menée à Gaza en riposte aux attaques sanglantes du Hamas le 7 octobre 2023. Israël a dénoncé une enquête « biaisée et mensongère ».

« Meurtre de membres du groupe ; atteinte grave à l’intégrité physique ou mentale de membres du groupe ; soumission intentionnelle du groupe à des conditions d’existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle ; et mesures visant à entraver les naissances au sein du groupe », conclut la Commission d’enquête établie en 2021 par le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies:

Dans son nouveau rapport publié mardi, le groupe d’experts relève qu’Israël commet quatre des cinq catégories de faits qui définissent le crime de génocide définis par la Convention de 1948 pour la prévention du génocide. Les enquêteurs mandatés par le Conseil des droits de l’homme mettent en cause « les déclarations explicites des autorités civiles et militaires israéliennes et le comportement systématique des forces de sécurité ». Des attitudes qui indiquent que des actes génocidaires ont été commis avec l’intention de détruire, en tout ou en partie, les Palestiniens de la bande de Gaza en tant que groupe.

« La Commission estime qu’Israël est responsable du génocide commis à Gaza », a déclaré Navi Pillay, Présidente de la Commission. « il est clair qu’il existe une intention de détruire les Palestiniens de Gaza par des actes qui répondent aux critères énoncés dans la Convention sur le génocide « .

Cette commission d’enquête a aussi conclu que le Président israélien, Isaac Herzog, le Premier ministre, Benyamin Netanyahou, et l’ancien ministre de la Défense, Yoav Gallant, avaient « incité à commettre un génocide et que les autorités israéliennes (n’avaient) pas pris de mesures » pour les en empêcher.

« La responsabilité de ces crimes atroces incombe aux plus hautes autorités israéliennes qui ont orchestré une campagne génocidaire depuis près de deux ans maintenant, avec l’intention spécifique de détruire le groupe palestinien à Gaza », a ajouté Mme Pillay.

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Francesca Albanese, Rapporteure spéciale sur la situation des droits de l’homme dans les territoires palestiniens occupés depuis 1967

Communiqués de presse Procédures spéciales – 3 juillet 2025

Occupation sans fin, génocide et profit : la Rapporteuse spéciale dénonce dans son rapport les enjeux commerciaux qui sous-tendent la destruction de la Palestine

https://www.ohchr.org/fr/press-releases/2025/07/forever-occupation-genocide-and-profit-special-rapporteurs-report-exposes

GENÈVE – Le génocide d’Israël contre les Palestiniens est soutenu par un système d’exploitation, d’occupation et de profit, a averti aujourd’hui une experte de l’ONU dans un nouveau rapport adressé au Conseil des droits de l’homme, qui dénonce le mercantilisme des entreprises et les gains monétaires qui ont permis et légitimé la présence et les actions illégales d’Israël.

« Au cours des 21 derniers mois, alors que le génocide israélien a détruit la vie et les paysages des Palestiniens, la bourse de Tel-Aviv a grimpé de 213 % (USD), engrangeant 225,7 milliards de dollars de gains boursiers, dont 67,8 milliards ce dernier mois. Pour certains, le génocide est rentable », a déclaré Francesca Albanese, Rapporteuse spéciale sur la situation des droits de l’homme dans les territoires palestiniens occupés depuis 1967.

Le rapport de Francesca Albanese expose les infrastructures commerciales qui profitent de l’économie d’occupation israélienne et de sa transformation mortelle en économie de génocide. Le rapport souligne comment la Palestine est devenue l’épicentre d’une prise de conscience mondiale, exposant l’incapacité des entreprises internationales et des systèmes juridiques à faire respecter les droits les plus élémentaires de l’un des peuples les plus démunis de la planète.

« Les entreprises sont profondément impliquées dans le système d’occupation, d’apartheid et de génocide dans le territoire palestinien occupé », a déclaré la Rapporteuse spéciale. « Pendant des décennies, la répression du peuple palestinien par Israël a été soutenue par des entreprises, parfaitement conscientes et pourtant indifférentes à des décennies de violations des droits humains et de crimes internationaux. »

« La Palestine est le miroir des échecs moraux et politiques du monde », a-t-elle déclaré. Rappelant le bilan de la complicité des entreprises dans l’Afrique du Sud de l’apartheid et dans l’Allemagne nazie, Francesca Albanese a déclaré que la Palestine représente aujourd’hui un moment décisif pour savoir si les marchés mondiaux peuvent exister sans promouvoir l’injustice et l’impunité et en tirer profit. « Pour mettre fin à ce génocide, il faut non seulement s’indigner, mais aussi rompre, faire le point et avoir le courage de démanteler ce qui le rend possible. »

Le rapport :

A/HRC/59/23: From economy of occupation to economy of genocide – Report of the Special Rapporteur on the situation of human rights in the Palestinian territories occupied since 1967

https://www.ohchr.org/en/documents/country-reports/ahrc5923-economy-occupation-economy-genocide-report-special-rapporteur

02 July 2025 – A/HRC/59/23

Résumé du rapport :
Dans le présent rapport, le Rapporteur spécial sur la situation des droits de l’homme dans les territoires palestiniens occupés depuis 1967 enquête sur le mécanisme corporatif qui soutient le projet colonial israélien de déplacement et de remplacement des Palestiniens dans les territoires occupés. Alors que les dirigeants politiques et les gouvernements se dérobent à leurs obligations, un trop grand nombre d’entreprises ont profité de l’économie israélienne fondée sur l’occupation illégale, l’apartheid et désormais le génocide. La complicité mise en évidence par le rapport n’est que la partie émergée de l’iceberg ; il ne sera pas possible d’y mettre fin sans demander des comptes au secteur privé, y compris à ses dirigeants. Le droit international reconnaît différents degrés de responsabilité, qui doivent tous faire l’objet d’un examen minutieux et d’une obligation de rendre des comptes, en particulier dans le cas présent, où l’autodétermination et l’existence même d’un peuple sont en jeu. Il s’agit d’une étape nécessaire pour mettre fin au génocide et démanteler le système mondial qui l’a rendu possible.

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AMOS GOLDBERG, historien israélien, spécialiste de la Shoah

Amos Goldberg, historien titulaire de la chaire Jonah M. Machover à l’Université hébraïque de Jérusalem, spécialiste de la Shoah : « Ce qui se passe à Gaza est un génocide, car Gaza n’existe plus ».

https://www.lemonde.fr/idees/article/2024/10/29/amos-goldberg-historien-israelien-ce-qui-se-passe-a-gaza-est-un-genocide-car-gaza-n-existe-plus_6364702_3232.html

Propos recueillis par Stéphanie Le Bars – Le Monde Publié le 29 octobre 2024

Face à l’ampleur des massacres et des destructions perpétrés par l’armée israélienne à Gaza, l’historien israélien, spécialiste de la Shoah, estime, dans un entretien au « Monde », que son pays « a surréagi de manière criminelle » aux massacres du 7-Octobre qu’il stigmatise et condamne avec une très grande force.

 » Il existe une définition légale du génocide que les Nations Unies ont adoptée dans la Convention sur le génocide, et, même si je ne suis pas un expert en droit, de nombreux juristes à travers le monde sont convaincus qu’Israël a franchi le seuil du génocide, et je suis d’accord avec eux. « 

 » En janvier, j’ai signé une lettre, avec 50 autres universitaires spécialistes de la Shoah et des études juives, demandant à Yad Vashem [Institut international pour la mémoire de la Shoah, à Jérusalem] de condamner les discours, explicites ou implicites, qui, en Israël, appelaient au génocide à Gaza. Si ce n’est pas quelque chose que nous avons appris de la Shoah, alors qu’avons-nous appris ? Un des premiers textes adoptés par Israël à sa création fut la convention sur le génocide [le 9 décembre 1948]. Dont l’une des clauses précise que le génocide n’est pas uniquement constitué des crimes commis, mais aussi des incitations à les commettre. Et c’était clairement le cas. « 

 » Ce qui se passe à Gaza est un génocide, car Gaza n’existe plus. Le territoire a été totalement détruit. Le niveau et le rythme de tueries indiscriminées touchant un nombre énorme de personnes innocentes, y compris dans des lieux définis par Israël comme des zones sûres, la destruction de maisons, d’infrastructures, de presque tous les hôpitaux et universités, les déplacements de masse, la famine organisée, l’écrasement des élites et la déshumanisation étendue des Palestiniens dessinent l’image globale d’un génocide. « 

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OMER BARTOV, professeur d’histoire européenne à l’université Brown, aux États-Unis. Il s’est spécialisé dans l’étude de la Shoah

Né en Israël d’une famille juive émigrée en Palestine mandataire dans les années 1930, Omer Bartov a servi pendant quatre ans dans l’armée israélienne, notamment lors de la guerre du Kippour en 1973 et durant des affectations en Cisjordanie, dans le nord du Sinaï et à Gaza. Il termina son service militaire en tant que commandant d’une compagnie d’infanterie

« Je suis spécialiste du génocide. Je sais reconnaître un génocide quand j’en vois un. » – Omer Bartov

Ce texte a été prononcé au Collège de France le 13 Juin 2025 par l’historien israélien et professeur d’études sur l’Holocauste et le génocide à l’université Brown

Extrait :  » Un mois après l’attaque du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023, j’étais convaincu qu’il existait des preuves que l’armée israélienne avait commis des crimes de guerre et potentiellement des crimes contre l’humanité lors de sa contre-attaque sur Gaza. Mais contrairement aux cris des détracteurs les plus virulents d’Israël, ces preuves ne me semblaient pas suffisantes pour conclure à un crime de génocide.

En mai 2024, les Forces de défense israéliennes ont ordonné à environ un million de Palestiniens réfugiés à Rafah, la ville la plus méridionale et la dernière encore relativement épargnée de la bande de Gaza, de se rendre dans la zone côtière de Mawasi, où il n’y avait pratiquement aucun abri. L’armée a ensuite procédé à la destruction d’une grande partie de Rafah, une opération largement achevée en août.

À ce stade, il semblait impossible de nier que le déroulement des opérations de l’armée israélienne correspondait aux déclarations à caractère génocidaire prononcées par les dirigeants israéliens dans les jours qui ont suivi l’attaque du Hamas. « 

ICAN sur le Traité d’interdiction des armes nucléaires

L’Union européenne et la fin de la démocratie ?..

Le Conseil de l’Union européenne, dans le cadre de la Politique étrangère et de sécurité commune (PESC) a pris des mesures de sanctions contre 12 personnes et 2 entités organisées considérées comme des acteurs  » malveillants  » et comme  » responsables de mettre en œuvre ou de soutenir des actions ou des politiques imputables au gouvernement de la Fédération de Russie qui compromettent ou menacent la stabilité ou la sécurité d’un pays tiers (l’Ukraine) en recourant à la manipulation de l’information et à l’ingérence « .

Le Conseil a officialisé ces mesures de sanctions dans le texte officiel suivant : (PESC) 2025/2572 DU CONSEIL du 15 décembre 2025. Cette Décision de l’UE comprend la liste complète des personnes et entités visées. Elle figure comme document, à la suite de cet article. Vous pouvez aussi accéder à sa version intégrale et en français à l’adresse suivante :

https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/HTML/?uri=OJ:L_202502572

Avec cette Décision du Conseil de l’Union (pouvoirs exécutifs et gouvernements) nous atteignons 3 zones de dangers.

Il reste cependant nécessaire de constater que les mêmes autorités, celles des États membres de l’UE, se permettent condamner et de donner des leçons, tout en se gardant de sanctionner les responsables israéliens, Benyamin Netanyahou en particulier, accusés à juste titre, par la Cour Pénale Internationale, de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité, alors que l’État d’Israël lui même est susceptible d’être demain condamné pour génocide par la Cour Internationale de Justice. Ce génocide, documenté par l’ONU et par des ONG importantes et crédibles comme Amnesty International, continue à l’heure actuelle dans une innommable catastrophe sociale. 71 000 morts à Gaza et une ultra-violence meurtrière perpétrée par les colons avec le soutien de l’armée israélienne en Cisjordanie… Mais pour l’UE tout cela ne mérite que de sempiternelles admonestations écrites ou verbales. Aucun acte réel à la hauteur de cette ignominie criminelle qui marquera l’histoire du Proche-Orient et celle de l’Europe dont la crédibilité s’effondre. Où est la dignité dans une telle irresponsabilité, dans un tel cynisme ? Le deux poids deux mesures et le discrédit des Européens, et notamment de la France officielle, finissent par atteindre des sommets.

Deuxièmement, une zone grise. La zone du judiciaire. Évidemment, les remarques qui suivent concernent d’abord les personnes susceptibles de bénéficier des règles de droit telles que nous les connaissons en France et en Europe occidentale, même si ces règles et les pratiques légitimes qui doivent aller avec, tendent aujourd’hui à s’affaiblir de façon alarmante. Il faut constater qu’aucun tribunal, aucun juge n’aura examiné le cas de certaines de ces personnes, afin d’établir une décision de légalité assurée. L’imposition de sanctions individuelles s’inscrit ainsi unilatéralement dans l’exercice de la mission de sécurité et de défense européennes… fonctions politiques et stratégiques par excellence. Mais peut-on condamner des personnes sans base judiciaire, sans charges et sans jugement d’un tribunal, c’est à dire d’une instance disposant des prérogatives constitutionnelles de justice ? Quelles sont les prérogatives de l’UE pour agir ainsi ? L’UE joue sur l’ambiguïté. Elle condamne pour des raisons strictement politiques, en essayant de se draper dans une légitimité qu’elle n’a pas, et en usant de prérogatives dont elle ne dispose pas. On ne peut pas jouer de cette façon avec le sens et les règles de ce que l’on appelle un  » état de droit « . L’UE n’est d’ailleurs ni un État, ni un état de droit. Un état de droit est une exigence universelle, en Europe, en France, en Russie, en Israël… et même en Palestine où il ne peut en être question dans un contexte d’occupation militaire et de colonisation, en contradiction totale avec le droit international et les résolutions des Nations Unies.

Et puis, que vaut aujourd’hui l’idée même d’un état de droit alors que les États-Unis se permettent, sans réaction européenne à la hauteur ici encore, de condamner celles et ceux qui, précisément, sont chargés de faire respecter le droit : notamment Francesca Albanese (rapporteure spéciale de l’ONU sur le territoire palestinien), mais aussi 8 juges et 3 procureurs de la CPI (rien de moins), au nom d’une indéfendable défense d’Israël et des crimes d’une férocité caractérisée commis par les dirigeants de cet État ? Ne faut-il pas sonner l’alarme ?

Troisièmement, une zone noire. La zone du mépris et de la négation des droits humains fondamentaux. Peux-on condamner des personnes pour leurs écrits, pour leurs propos et pour les thèses politiques qu’elles font valoir ? Certainement pas. La déclaration Universelle des Droits de l’Homme, et d’autres textes de cette dimension universelle ne peuvent pas être ainsi passés par pertes et profits… Une condamnation ne peut donc être exceptionnellement obtenue, que s’il y a preuve manifeste de forfaiture, dans un procès équitable, susceptible de déterminer les peines en fonction des lois, de la codification des charges, avec des garanties, des juges indépendants et impartiaux… Il faut des règles pour une justice digne de ce nom. Alors, lorsqu’il n’y a ni garanties, ni procédures légales, ni règles… que devient la liberté d’expression présentée pourtant comme valeur fondamentale des sociétés occidentales ? Où est cet ordre libéral et occidental que l’on persiste à dire  » fondé sur des règles  » ?.. Si la confrontation stratégique autorise l’écrasement des libertés fondamentales… c’est que les valeurs et les libertés, si étroitement liées à l’histoire du monde occidental, sont en danger, et même en risque existentiel. Ici encore, l’UE ne fait que perdre de son crédit politique et de son autorité morale. Dans un contexte très préoccupant marqué par des faits et par des forces relevant d’un néofascisme montant… Il y a de quoi s’inquiéter.

Soulignons que la question posée n’est pas celle de la Russie et de sa politique de guerre. La question est celle de la France et de l’Europe. Et de l’importance qu’il y a, pour des pays qui se disent démocratiques, de respecter les règles et les pratiques qui s’attachent à un état de droit et aux droits fondamentaux. Même dans le contexte d’aujourd’hui. Les vraies démocraties, ou celles qui prétendent appartenir à cet ordre, ne peuvent pas, ne doivent pas être faibles au point de sacrifier ce qu’elles appellent leurs valeurs essentielles. 21 12 2025

DOCUMENT :

LE CONSEIL DE L’UNION EUROPÉENNE,

vu le traité sur l’Union européenne, et notamment son article 29,

vu la proposition du haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité,

considérant ce qui suit:

(1) Le 8 octobre 2024, le Conseil a adopté la décision (PESC) 2024/2643 (1).

(2) Le 18 juillet 2025, la haute représentante de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité (ci-après dénommée «haute représentante») a publié une déclaration au nom de l’Union, dans laquelle elle a condamné résolument les activités malveillantes menées de manière persistante par la Russie, qui s’inscrivent dans le cadre de campagnes hybrides plus larges, coordonnées et de longue date visant à menacer et à compromettre la sécurité, la résilience et les fondements démocratiques de l’Union, de ses États membres et de ses partenaires. La haute représentante a souligné que les activités malveillantes menées par la Russie se sont encore intensifiées depuis le début de la guerre d’agression contre l’Ukraine et il est fort probable qu’elles se poursuivent dans un avenir proche.

(3) L’Union continue de condamner sans réserve les activités malveillantes menées par la Russie contre l’Union, ses États membres, les organisations internationales et les pays tiers.

(4) Compte tenu de la gravité de la situation, le Conseil estime qu’il y a lieu d’ajouter douze personnes physiques et deux entités à la liste des personnes physiques et morales, des entités et des organismes figurant à l’annexe I de la décision (PESC) 2024/2643.

(5) Il convient, dès lors, de modifier la décision (PESC) 2024/2643 en conséquence,

A ADOPTÉ LA PRÉSENTE DÉCISION:

Article premier : L’annexe I de la décision (PESC) 2024/2643 est modifiée conformément à l’annexe de la présente décision.

Article 2 : La présente décision entre en vigueur le jour de sa publication au Journal officiel de l’Union européenne.

Fait à Bruxelles, le 15 décembre 2025. Pour le Conseil : la présidente K. KALLAS

ANNEXE

L’annexe I de la décision (PESC) 2024/2643 est modifiée comme suit:

John Mark DOUGAN : Fonction: ancien shérif adjoint de Floride –

Nationalité: américaine, russe. John Dougan est un ancien shérif adjoint de Floride, qui a fui en Russie en 2016. Il est publiquement accusé d’avoir participé à des opérations informationnelles numériques pro-Kremlin depuis Moscou.

Andrey Andreievich SUSHENTSOV : Fonction: Directeur de l’Institut d’études internationales (IIS), Institut d’État des relations internationales de Moscou. Son institut (IIS MGIMO) relève directement du ministère russe des affaires étrangères et est étroitement intégré aux structures officielles de planification diplomatique et stratégique.

Nationalité: russe

Dmitry Vyacheslavovich SUSLOV : Fonction: directeur adjoint du Centre d’études approfondies européennes et internationales à l’École supérieure d’économie (université HSE), Moscou directeur adjoint chargé des programmes de recherche au Conseil de politique étrangère et de défense (SVOP), expert et orateur fréquent au club de discussion Valdaï, collaborateur de Russia in Global Affairs et d’autres publications qui suivent la ligne du Kremlin.

Nationalité: russe

Fyodor Aleksandrovich LUKYANOV: Fonction: journaliste, présentateur de télévision et politologue rédacteur en chef de Russia in Global Affairs directeur de recherche au club de discussion Valdaï membre du Conseil russe des affaires internationales (RIAC).

Nationalité: russe

Ivan Nikolaevich TIMOFEEV : Fonction: politologue, analyste de politique étrangère, stratégiste politique; directeur général du Conseil des affaires internationales de Russie (RIAC), directeur de programme du club de discussion Valdaï.

Nationalité: russe

Andrey Georgievich BYSTRITSKYI : Fonction: journaliste, responsable des médias, universitaire et dirigeant d’un groupe de réflexion; président du conseil d’administration de la Fondation du club de discussion Valdaï.

Nationalité: russe

Vladislav Yevgenevich BOROVKOV : Fonction: officier (premier lieutenant) GRU, unité 29155. Vladislav Borovkov est membre du GRU (agence de renseignement militaire russe), ainsi que de l’acteur du cyberespace Cadet Blizzard.

Nationalité: russe

Denis Igorevich DENISENKO : Fonction: officier du GRU, unité 29155.

Nationalité: russe

Dmitry Iurevich GOLOSHUBOV : Fonction: officier du GRU, unité 29155

Nationalité: russe

Jacques BAUD : Fonction: ancien colonel de l’armée suisse, ancien analyste stratégique, spécialiste du renseignement et du terrorisme. Jacques Baud est responsable de mettre en œuvre ou de soutenir des actions ou des politiques imputables au gouvernement de la Fédération de Russie qui compromettent ou menacent la stabilité ou la sécurité d’un pays tiers (l’Ukraine) en recourant à la manipulation de l’information et à l’ingérence.

Nationalité: suisse

Xavier MOREAU : Fonction: ancien officier militaire et homme d’affaires franco-russe; fondateur du site web Stratpol. Xavier Moreau est responsable de mettre en œuvre et de soutenir des actions ou des politiques imputables au gouvernement de la Fédération de Russie qui compromettent ou menacent la stabilité ou la sécurité d’un pays tiers (l’Ukraine) en recourant à la manipulation de l’information et à l’ingérence.

Nationalité: française

Diana Vitaliivna PANCHENKO : Diana Panchenko est une journaliste et propagandiste née en Ukraine. Elle produit et diffuse des discours anti-ukrainiens, pro-russes et anti-OTAN.

Nationalité: ukrainienne, russe

142nd Separate Electronic Warfare Battalion (142e bataillon distinct de guerre électronique) : Le 142e bataillon distinct de guerre électronique, basé dans la région de Kaliningrad, fait partie des capacités de guerre électronique et joue un rôle important pour assurer la sécurité et la défense de la région.

International Russophile Movement : Le Mouvement international russophile est un mouvement responsable de l’amplification de discours déstabilisateurs à l’échelle mondiale, au nom du gouvernement de la Fédération de Russie. Le mouvement entretient des liens étroits avec le ministère russe des affaires étrangères, dont il reçoit l’aval pour ses activités.

Trump, l’Europe et la sécurité internationale…

Il ne s’agit pas seulement des États-Unis. Il faut sérieusement analyser ce qui se passe pour pouvoir comprendre et prendre position. Tout est plus compliqué qu’on ne l’imagine. Il est essentiel de mesurer les transformations importantes que ce texte officiel confirme et implique. Cette stratégie de sécurité nationale (NSS 2025) traduit en effet une véritable mutation dans l’ordre international et peut-être davantage que cela… De quel monde cette stratégie nous parle-t-elle ?

Premièrement, c’est la fin de l’Alliance Atlantique. Avec un affaiblissement critique de l’OTAN comme organisation politico-militaire sur des valeurs communes, et une mise en doute de la crédibilité de son article 5 (1). C’est aussi, plus généralement, la fin des alliances stratégiques et idéologiques permanentes, au profit de coalitions ou d’accords « en tant que de besoin », si l’on peut user de tels termes afin de signifier que ce qui compte désormais, c’est l’utilité immédiate et les fins dans les rapports de forces. L’intérêt et le profit avant les principes. Cette fin de l’Alliance Atlantique constitue une déchirure au sein d’un monde occidental qui se définit volontairement par ses valeurs, son histoire, ses intérêts stratégiques et économiques communs. S’agit-il d’une rupture historique de longue portée ? On peut le penser. S’agit-il d’un affaiblissement durable dans la cohésion construite d’un monde occidental qui s’est voulu exemplaire et dominant depuis quelque cinq siècles ? C’est possible. Quoi qu’il en soit, on peut dire que l’inaction assumée et le soutien occidental honteux (à quelques exceptions près) quant au génocide des Palestiniens commis par Israël, donne le sentiment et même la certitude d’un véritable effondrement moral qui ne peut pas, devant la gravité des faits, être considéré comme un cynisme transitoire ou relatif.

Et puis, beaucoup s’interrogent à juste titre sur l’effet de la montée des Sud, sur la « montée des autres » comme dit Fareed Zakaria (2), et sur l’avenir de l’ordre international construit après 1945, c’est à dire l’avenir d’un monde qui se dessine post-occidental. Ce monde d’après, en partie déjà là, nous avons du mal à l’imaginer vraiment, mais il faut le construire autrement que par la guerre. Et pourtant, c’est bien la guerre qui est aujourd’hui au centre des politiques annoncées. Alors, sommes-nous capables de penser autrement en tirant intelligemment les enseignements de la démesure guerrière du 20è siècle ? Tous les enseignements… Pouvons-nous ne pas recommencer ces tragiques montées aux extrêmes du siècle passé en nous situant à la hauteur des valeurs auxquelles nous nous référons ? La France et les Européens sont-ils en mesure de répondre à ces exigences ?.. L’actualité nous fait douter.

Deuxièmement, c’est la fin du multilatéralisme comme fondement essentiel des relations internationales telles qu’elles furent imaginées en 1945. Avec un rejet explicite des Nations Unies. Avec un mépris permanent des résolutions adoptées dans cette seule organisation internationale disposant de prérogatives universelles légitimes. Ainsi, la loi du plus fort, et celle de l’exercice de la force, tendent invariablement à l’emporter contre l’ensemble du droit international. Avec des attaques très directes contre l’ONU et contre le système des organisations internationales qui lui est lié. Ces attaques ne sont pas seulement politiques. On peut rappeler les tirs de l’armée israélienne sur des positions de la FINUL au Sud-Liban, la pression militaire contre l’UNRWA en Palestine, ou encore l’offensive financière et budgétaire – en particulier américaine – visant le fonctionnement et les responsabilités mêmes des Nations Unies. Mais cette fin du multilatéralisme signifie aussi la négation de la responsabilité collective comme principe de base devant guider les comportements dans les relations internationales, alors que les défis planétaires exigent des communautés de vision et d’action pour faire face au réchauffement climatique, à la perte de biodiversité, à la nécessité d’une maîtrise sociale des hautes technologies, aux exigences d’égalité et de justice, aux défis éducationnels et sanitaires… et à l’impératif de sécurité internationale. C’est à dire, au fond, les éléments essentiels d’un mode de développement dans la sécurité humaine. Pour l’immédiat et pour le long terme, cette négation de la responsabilité collective est potentiellement porteuse de catastrophes. Notons qu’elle est aussi porteuse d’exigences politiques. Lorsque les enjeux majeurs sont globaux, les politiques de défense et de sécurité ne peuvent pas être strictement nationales. Nous ne sommes plus au 19è siècle. Le politique doit changer de dimension.

Troisièmement, c’est l’exacerbation d’une confrontation idéologique de grande ampleur. Une confrontation que l’on dit culturelle et civilisationnelle… ce qui tend à masquer la réalité d’un continuum politique entre aujourd’hui et tout ce qui a précédé. Il y eu, en effet, d’autres adaptations stratégiques avant celle dont nous parlons maintenant (nous allons y revenir), mais chaque adaptation s’est nourrie de ce qu’elle prétendait dépasser. Tout n’a pas commencé avec Trump. Ainsi, les accusations européennes de « trahison » visant l’Administration Trump ne traduisent pas l’essentiel : les Européens refusent de voir que l’Ordre International Libéral installé après la Seconde Guerre mondiale est mort. Ils sont déstabilisés par la violence politique de cette rupture, qui se dessinait pourtant depuis longtemps, et par leur propre incapacité à la dépasser en se donnant un rôle à la hauteur du défi. Trump assume fièrement d’avoir vendu son âme au diable, tandis que les Européens ne savent même plus à quel saint se vouer…

Il est vrai qu’avec la montée des extrêmes droites, avec l’exacerbation générale des affrontements politiques, il y a cristallisation sur les valeurs, sur les identités et les croyances, bien plus que sur le besoin de rationalité… C’est une autre adaptation qui porte, celle-ci, sur les idées dominantes, sur les idéologies et les valeurs hégémoniques dans la société. Elle porte donc aussi sur les intentions politiques et sur les « mécaniques » médiatiques qui convergent pour produire le recul réactionnaire actuel d’un néofascisme en progression, une pensée de la violence sociale et de la militarisation, un nationalisme de fermeture agressive. Trump porte une responsabilité déterminante dans cette désagrégation idéologique et morale.

Le démantèlement de l’ordre international libéral

Nous sommes ainsi rentrés dans un processus de démantèlement structurel de l’Ordre International Libéral mis en place en 1945, après la Seconde Guerre mondiale, sous l’égide… des États-Unis. Le résultat est un ordre en décomposition progressive et rapide. Ce processus a déjà atteint des acquis constitutifs de la sécurité collective : les traités de contrôles et de limites des armements, et les traités de désarmement, ainsi que l’esprit et toutes les pratiques d’application et de concertation touchant à une sécurité ainsi partagée. Même dans des périmètres circonscrits, ces acquis de sécurité collective restent importants. Cependant, ce n’est pas seulement Donald Trump, avec ses deux mandats, qui concrétise ce continuum de décomposition. C’est un processus de longue durée commencé à la fin de la Guerre froide, notamment avec Georges Bush et son hubris guerrière. Mais il faut comprendre qu’avec Trump ce processus de démantèlement volontaire s’accélère très brutalement. Il touche plus profondément encore à des éléments structurels du système international installé en 1945… Ce système que l’on dit aujourd’hui « fondé sur des règles », alors que ces règles, justement, sont en voie d’extinction. Il y a bien rupture.

Ce processus correspond aux réalités d’un ordre international de plus en plus marqué par les rivalités interétatiques, par la compétition de puissances, par les logiques de force dans un contexte international nettement plus complexe, plus concurrentiel, plus incertain… L’incertitude gagne, en effet. Elle nourrit la défiance et l’insécurité. Elle sert de justification aux confrontations stratégiques et à la course aux armements… Les tensions et les risques de grandes guerres ne cessent de monter, au-delà même de ce qui se passe en Ukraine (la question coloniale posée en Palestine étant d’un ordre différent). Cette dangereuse évolution s’est manifestée en particulier depuis la volonté annoncée d’un réarmement et d’une réémergence de puissance russe au début des années 2000, et avec l’affirmation de la Chine comme puissance majeure, au début des années 2010. Tout n’a pas commencé le 24 février 2022 avec l’invasion de l’Ukraine et la (difficile) entreprise de sécurité nationale et de revanche stratégique de la Russie sur l’OTAN et sur les puissances occidentales. C’est donc toujours dans la durée qu’il faut inscrire la réflexion sur le cours des événements et sur leurs causes.

L’ère de la sauvagerie

Nous rentrons – nous y sommes déjà – dans un ordre international de sauvagerie montante, de contradictions inter-impérialistes, de purs calculs d’intérêts stratégiques… et les dispositions de la NSS 2025 de l’Administration Trump sont là pour pouvoir s’y adapter et surenchérir. La presse américaine témoigne d’ailleurs de cette nouvelle situation, y compris en termes de conséquences pour les États-Unis. Dans le New York Times du 5 décembre 2025, à propos ce cette stratégie de sécurité nationale, Anton Troianovski cite Dan Caldwell, ancien Conseiller principal de Pete Hegseth, actuel Secrétaire à la défense. Caldwell le souligne : « pendant trop longtemps, notre politique étrangère a été fondée sur des illusions : illusions sur le rôle de l’Amérique dans le monde, illusions sur nos intérêts et illusions sur ce que nous pouvons accomplir par la force militaire » (3). L’auteur de l’article affirme dans le même esprit que la Stratégie de sécurité nationale « décrit un monde dans lequel les intérêts américains sont beaucoup plus restreint que ne les avaient présentés les administrations précédentes, y compris celle de M. Trump lors de son premier mandat ».

Certes, la tonalité du document officiel de sécurité nationale est particulièrement volontariste quant aux intérêts américains. Il s’agit notamment de restaurer la prééminence US dans l’hémisphère occidental (en particulier en Amérique latine) et de faire pression sur les pays les moins puissants au profit des entreprises américaines. L’ambition s’affiche en formulations dominatrices. Pourtant, la Russie n’est pas qualifiée d’adversaire, et la Chine est seulement présentée comme un « concurrent ». L’approche géopolitique est donc moins assertive que les formulations utilisées par les administrations précédentes, y compris celles du premier mandat Trump… La gestion de la relation avec les autres puissances dépendrait donc des « deals » éventuellement passés, et des intérêts stratégiques lorsqu’ils peuvent être convergents ou, au moins, pas trop contradictoires…. C’est une forme de « pragmatisme » ou de « réalisme flexible » (formulations américaines) issue d’un contexte international et d’un rapport des forces aujourd’hui plus compliqués et plus risqués. Le texte de la NSS 2025 affirme dans cet esprit la nécessité de « travailler » avec des États dont les systèmes diffèrent largement des traditions et des histoires appartenant aux États-Unis… Il faut lire : la Chine.

Il est en effet beaucoup plus facile de menacer militairement le Venezuela, considéré comme adversaire et cible stratégique privilégiée (malgré quelques risques ici aussi) que de s’en prendre à la Chine sur le même ton… Dans le New York Times du 8 décembre, un article de l’Editorial board (le Comité de rédaction) avance l’idée que l’armée américaine doit « se réinventer » à partir du constat d’une domination américaine qui s’affaiblit (« our dominance is fading… ») (4). L’article traite de la « nouvelle réalité internationale ». Il fait référence à la puissance militaire des États-Unis, à ses porte-avions… Mais il souligne « qu’une telle puissance de feu est efficace si l’on veut entrer en guerre avec un pays relativement pauvre et faible, comme le Venezuela par exemple. Pourtant, le Ford, qui est actuellement déployé dans les Caraïbes, est fatalement vulnérable aux nouvelles formes d’attaque. Ces dernières années, la Chine a accumulé un arsenal d’environ 600 armes hypersoniques, qui peuvent voyager à cinq fois la vitesse du son, et sont difficiles à intercepter. D’autres pays possèdent des sous-marins diesel-électriques silencieux capables de couler les porte-avions américains » (…) Et de conclure : « tout en reconstruisant notre armée, nous devons poursuivre la diplomatie avec nos adversaires ».

L’ère de la complexité

En vérité, l’Administration Trump se heurte à des difficultés qui tiennent à la complexité des relations internationales, aux résistances réelles (y compris en Amérique latine), et aux rapports de forces. Il y a la Chine, les BRICS et un Sud global avec lesquels Washington doit désormais compter. Dans ce contexte, l’Administration Trump se positionne comme les Européens : il faut s’armer pour pouvoir dissuader rivaux et adversaires. Et c’est bien ainsi que l’on nourrit la course aux armements dans l’escalade des tensions politico-militaires.

Dans le magazine Defense One (5), Meghann Myers indique qu’une version plus complète de la NSS 2025 rendue publique « marque une rupture majeure » en termes de sécurité nationale, et montre les plans de l’administration Trump visant à rompre les anciennes relations pour en créer de nouvelles. Defense One annonce avoir pu examiner cette version classifiée qui propose aux États-Unis « de nouveaux moyens d’exercer son leadership sur la scène mondiale, et une manière différente de peser sur l’avenir de l’Europe à travers les valeurs culturelles » (6) Cette autre version, en effet, appelle « les membres européens de l’OTAN à se passer du soutien militaire américain ». Elle répertorie l’Autriche, la Hongrie, l’Italie et la Pologne comme « des pays avec lesquels les États-Unis devraient travailler davantage dans le but de les éloigner de l’Union européenne ».

Enfin, Defense One rappelle que Donald Trump a déploré l’expulsion de la Russie du G8. Ce qu’il qualifie de « très grave erreur ». Il a même suggéré qu’il aimerait voir la Chine rejoindre ce G8 pour former un G9. La stratégie de sécurité nationale (toujours dans la version classifiée) propose ainsi un C5, composé des États-Unis, de la Chine, de la Russie, de l’Inde et du Japon. Ce C5, comme le G7 aujourd’hui, se réunirait régulièrement pour des sommets à thèmes spécifiques. Le premier ordre du jour du C5 serait la sécurité au Moyen-Orient, et en particulier la normalisation des relations entre Israël et l’Arabie Saoudite, donc dans le cadre des Accords d’Abraham. La composition de ce C5, cette nouvelle instance paraît curieuse de prime abord, mais n’est-elle pas l’ambition d’un nouveau cadre politique de domination et de contrôle des plus grandes puissances… et entre ces puissances elles-mêmes, avec une focalisation sur l’Indo-pacifique ? Est-ce l’idée d’une alternative au Conseil de sécurité des Nations Unies ? Dans la revue The National Interest (7) d’obédience néo-conservatrice, Greg Lawson évoque un cadre stratégique rassemblant les États-Unis, l’Inde, le Japon et la Russie… mais sans la Chine afin « d’empêcher l’émergence d’un ordre eurasiatique centré sur la Chine ». N’est-ce pas, au fond, une autre façon, plus classiquement confrontationnelle, de gérer le même genre d’enjeux stratégiques ?

Toujours selon Defense One, la Stratégie de Sécurité Nationale américaine soulève aussi, pour la discuter, la question de « l’échec de l’hégémonie américaine », formulation qui a disparu dans la version rendue publique. « L’hégémonie est une mauvaise chose à vouloir et elle n’était pas réalisable », énonce le texte dans cette version classifiée. On peut certainement dire que cela correspond à l’esprit des stratégies de Barack Obama et de Jo Biden après l’échec des « guerres sans fin » à l’époque de G. W. Bush. Mais ce document classifié précise cependant que la Chine et la Russie ne devraient pas « être autorisées à remplacer le leadership américain. La stratégie suggère de s’associer des champions régionaux pour aider à maintenir la stabilité ». Ces complexités traduisent, pour les États-Unis, la recherche d’une adaptation stratégique qui puisse à la fois tenir compte des réalités, et réaffirmer une hégémonie non discutée. Alors qu’elle est clairement relativisée, dans une difficulté à réaliser une telle ambition dominatrice. Alors que le contexte est plus compétitif, plus contesté, et plus incertain que jamais avec une diversité de puissances nouvelles dont la Chine.

Une quatrième adaptation, véritable rupture

Cette volonté/obligation d’adaptation n’est pas une surprise. Dans la période de l’après-Guerre froide, les États-Unis ont réalisé plusieurs adaptations majeures en raison de ruptures de contextes : avec le 11 septembre, Washington a choisi une affirmation stratégique particulièrement unilatérale conduisant à ce que l’on appelle les guerres sans fin. Ce fut une vision impériale très militarisée de la suprématie dans le nouveau contexte. Ce fut aussi un échec que Barack Obama voulu prendre en compte dans une deuxième adaptation stratégique. Il chercha à modifier le mode d’affirmation de la puissance américaine et à diminuer les occurrences du recours à la force (notamment en Syrie). Il fut d’ailleurs vivement critiqué pour cela, y compris en France, tellement l’exercice de la force reste l’élément central décisif des stratégies devant être mises en œuvre.

Cette deuxième adaptation de compromis, censée être plus appropriée à la montée des enjeux sociaux et globaux, et à la « fatigue de la guerre » aux États-Unis, ne permit pas de sortir d’une impuissance stratégique, notamment au Proche-Orient. Et cette impuissance ouvrit la voie à une troisième adaptation, celle du premier mandat de Donald Trump, caractérisé par un effondrement des choix de diplomatie et de politique étrangère américaine, par des méthodes transactionnelles (déjà), avec des initiatives aux résultats plus qu’affligeants, en particulier vis à vis de la Corée du Nord. L’Administration Trump 1 brilla par son incapacité à contribuer si peu que ce soit à relever le défi des crises et des conflits. Ce premier mandat de Trump fut celui du chaos et des impasses. Biden n’apporta guère de transformations à la situation, même s’il adopta un comportement apparemment plus classique vis à vis des Européens. En réalité, dans un réajustement et un apaisement policé, les problèmes transatlantiques ont continué notamment ceux concernant le partage des charges militaires ou celui des enjeux commerciaux et industriels. De plus, Biden évita soigneusement de revenir sur les choix chaotiques de Trump au Proche-Orient… Ce fut une faible et mauvaise transition vers Trump 2 et l’adaptation de rupture en cours de réalisation (8).

Alors quelle issue ?

Pour Sylvie Kauffmann, dans Le Monde du 11 décembre 2025 (9), face à Trump, il faudrait considérer que l’enjeu idéologique est plus important que l’enjeu sécuritaire. C’est une grave erreur. Certes, il ne faut jamais sous-estimer la bataille des idées et des valeurs, car celles-ci disent beaucoup de choses essentielles sur les interprétations du présent et sur les visions d’avenir. Mais le défi majeur posé eux Européens, en particulier aux peuples européens, aux forces de gauche et progressistes, c’est bien celui de la sécurité. On ne peut pas laisser les gouvernements et les acteurs dominants décider et mettre en œuvre la seule réponse qu’ils osent imaginer : la réponse militaire, la constitution rêvée d’une grande puissance européenne et d’une autonomie stratégique à la clé pour dissuader la Russie de toute nouvelle offensive militaire en Europe. Il faut être très clair, la dissuasion n’est pas une garantie de sécurité. Elle est une contribution directe à l’escalade des tensions, à la défiance et à la course aux armements. Cette stratégie là n’est rien d’autre que l’itinéraire classique et fléché de la guerre. On sait d’ailleurs aujourd’hui que l’arme nucléaire (que la France est si fière de posséder) n’a rien non plus d’une assurance de sécurité. Elle n’empêche pas les guerres. Elle ne les empêchera pas demain… Cette stratégie fondée sur la centralité du militaire et sur l’augmentation constante des dépenses de défense, c’est la continuation garantie de la dégradation profonde des relations internationales et de la montée des risques de grandes conflagrations armées. Ce n’est donc pas dans la poursuite des stratégies de confrontations mise en œuvre depuis la fin de la Guerre froide qu’une issue crédible pourra être conçue.

Il faut donc d’abord poser les bonnes questions stratégiques et y répondre : comment contribuer à construire de la sécurité partagée en Europe et sur le plan international ? Comment faire dominer la diplomatie et le politique ? Comment régler les conflits en allant chercher toutes les causes à surmonter ? Dans quels cadres ? Par quels types d’initiatives et d’orientations ? Qui peut s’attacher à réaliser de telles ambitions ? Dans cet esprit, il est nécessaire d’en revenir aux bases historiques, politiques et juridiques de l’ordre international actuel, fondé en 1945 sur les prérogatives des Nations Unies, sur le multilatéralisme, sur la responsabilité collective et sur le droit. Elles ne constituent pas des garanties par elles-mêmes. Cela n’existe pas ainsi. Mais elles donnent une légitimité internationale à l’action, une crédibilité de sécurité collective, une éthique au politique. On voit d’ailleurs à quel point, concernant l’Ukraine, le règlement politique d’un conflit devient si difficile et si fragile lorsque les logiques de puissance et la force restent seules dominantes.

Trump cherche à se glorifier d’avoir régler au moins huit conflits à travers le monde en seulement huit mois. Il aurait ainsi négocié la paix entre le Cambodge et la Thaïlande, le Kosovo et la Serbie, la République Démocratique du Congo et le Rwanda, le Pakistan et l’Inde, Israël et l’ Iran, l’Égypte et l’Éthiopie, l’Arménie et l’Azerbaïdjan. Il aurait même été capable (c’est lui qui le dit) d’imposer un terme à la crise majeure à Gaza… On sait bien que tout cela, c’est du vent. Rien n’est réglé. Ces conflits continuent, y compris à Gaza où le génocide et la catastrophe sociale se poursuivent. Lorsqu’il n’y a pas la détermination d’obtenir un retour à la sécurité collective et d’installer une paix durable par le droit dans la responsabilité collective, il est inévitable que les causes et les motifs de conflits persistent. On en est là.

Comment construire de la sécurité…

Il faut construire de la sécurité en Europe et y contribuer sur le plan international… c’est une bataille à mener pour les Européens, pour les gouvernements (qui aujourd’hui s’en moquent), pour les peuples et, bien sûr, pour l’ensemble des forces qui ne veulent pas la poursuite du somnambulisme politique prédominant. Bien sûr, on peut toujours affirmer qu’après un règlement concernant l’Ukraine, la Russie très affaiblie, dans une démographie problématique, n’aura pas la capacité à engager une autre guerre en Europe, ou bien que les Européens unis (?) et réarmés seront suffisamment forts avec l’OTAN pour y faire face… On peut se dire aussi qu’en réglant le conflit ukrainien on aura gagné des conditions et des garanties de sécurité pour l’ensemble de l’Europe… Tout cela est ni totalement vrai, ni totalement faux… Non seulement cela s’inscrit dans un niveau de coût budgétaire et social plus que déraisonnable, mais ces suppositions – on ne sait pas quelles seront demain les intentions de Vladimir Poutine – restent de l’ordre de l’aléatoire, voire de l’illusion, tant que les fondements des choix stratégiques n’auront pas radicalement changé.

Ce qu’il faut bien mesurer en priorité, avec le sens du temps et l’exigence de la responsabilité, c’est d’abord, dans un système international à bout de souffle, la pression d’un capitalisme qui se nourrit de la puissance, qui produit de la puissance comme jamais dans l’histoire, et qui persiste à systématiquement traduire le politique par l’exercice de la force sous toutes ses formes. C’est ce qui engendre la dangereuse trajectoire dans laquelle nous sommes aujourd’hui. En Europe ou en Asie. Une trajectoire vers de grandes guerres aujourd’hui possibles… possibles, il ne faut pas le nier, si rien est fait pour en infléchir ou en inverser le cours. Possibles mais en réalité peu probables en raison de leurs conséquences, et du risque nucléaire qui, évidemment, impose certaines limites à la montée aux extrêmes. Lorsque le Secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, le 11 décembre 2025 à Berlin, agite la menace d’une guerre mondiale semblable à celles du 20è siècle, il ne traite pas de la réalité des enjeux et des risques stratégiques actuels. Il instrumentalise les peurs. Il faut rejeter ces inacceptables pratiques. Pour la sécurité internationale et pour donner des chances à la paix, il reste impératif de sortir de la pesanteur des comportements politiques dominants, de penser autrement. Et d’agir autrement. Il y a un autre monde à construire.

Personne ne dit qu’un telle mutation politique est une voie royale et facile. Évidemment. Mais aujourd’hui, jour après jour, l’escalade des menaces et des tensions alimente les conflits, et prépare les affrontements armés qui pourraient suivre. Il faut briser cet enchaînement, quoi qu’en disent celles et ceux qui préfèrent la militarisation à tout autre chemin… A les écouter, il faudrait sortir de la  « naïveté stratégique » et accepter un inexorable « retour » à la géopolitique et à la guerre qui s’imposerait comme un soit-disant « retour au réel ». Un réel historique que les peuples d’Europe auraient donc oublié… Mais le réel n’est-il pas d’abord un choix politique : le choix ce que l’on décide de construire, au-delà d’une histoire dont il ne faut certainement pas négliger les leçons. Toutes les leçons. L’histoire doit aider à (re)penser les stratégies. Repenser le politique.

Depuis la fin de la Guerre froide les Européens (les États) n’ont jamais fait qu’acquiescer à leur maître de Washington. Aujourd’hui encore, ils ne veulent pas autre chose qu’une poursuite de cet alignement, cet assujettissement politico-militaire. Ils voudraient pouvoir continuer… Mais le Président Trump, malgré des réticences nouvelles au Congrès, se complet dans une tout autre vision funeste du monde et des relations internationales. Emmanuel Macron, Friedrich Merz et Keir Starmer… ne veulent-ils pas voir que leur monde politique s’est dérobé sous leurs pieds ? Quel futur sont-ils donc en train de nous construire ? Où est le courage ? Où est la responsabilité ? (15 12 2025)

NOTES :

1) Selon cet article 5, fondateur de l’essence même de l’Alliance, une attaque armée contre un État membre doit être considéré comme une attaque contre tous, et chaque membre est tenu de venir en aide au pays attaqué.

2) Voir « L’empire américain. L’heure du partage », Fareed Zakaria, éditions Saint Simon, 2009. Voir aussi « La guerre, le droit et la paix. Déchiffrer les mutations de l’ordre mondial », Jacques Fath, éditions du Croquant, 2025, pages 84 à 87.

3) « Trump’s Security strategy focuses on profit, not spreading democracy », New York Times, december 5, 2025.

4) «  America’s military has defended the free world for 80 years. Our dominance is fading. Rivals know this and are building to defeat us », New York Times, The editorial board, December 8, 2025. https://www.nytimes.com/interactive/2025/12/08/opinion/us-china-taiwan-military.html

5) « Make Europe great again and more from a longer version of the National Security Strategy », Meghann Myers, Defense One, December 9, 2025. https://www.defenseone.com/policy/2025/12/make-europe-great-again-and-more-longer-version-national-security-strategy/410038/?oref=d1-homepage-top-story&utm_campaign=dfn-ebb&utm_medium=email&utm_source=sailthru

6 ) Revue fondée en 1985 par Irving Kristol, considéré comme fondateur du courant néoconservateur.

7) The common-sense realism of the National Security Strategy », Greg R. Lawson, The National Interest, december 5, 2025. https://nationalinterest.org/feature/the-common-sense-realism-of-the-national-security-strategy

8) Sur ces adaptations stratégiques post-Guerre froide, voir « Chaos. La crise de l’ordre international libéral. La France et l’Europe dans l’ordre américain », Jacques Fath, éditions du Croquant, 2020, pages 61 à 73.

9) «« L’offensive trumpiste pose un double défi à l’Europe, sécuritaire et idéologique. Le plus dangereux est le second », Sylvie Kauffmann, Le Monde, 11 décembre 2025. https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/12/11/l-offensive-trumpiste-pose-un-double-defi-a-l-europe-securitaire-et-ideologique-le-plus-dangereux-est-le-second_6656842_3232.html  

Trump et la National Security Strategy 2025

Tout Président des États-Unis, nouvellement élu, se doit de produire deux textes majeurs la « National Security Strategy » (NSS) et la « National Defense Strategy » (NDS). La NSS est toujours un document important parce qu’en matière de sécurité nationale, il annonce des orientations, des moyens et des objectifs. Il en est de même pour la NDS, publiée en principe tous les 4 ans. Ces documents peuvent faire l’objet de révision en cour de mandat. L’Administration Trump vient de rendre publique le premier de ces documents, la NSS 2025. Il vaut la peine de le regarder d’assez près puisque la politique internationale de Donald Trump suscite tant de débats, de controverses… et d’inquiétudes. Le lecteur intéressé pourra lire sur mon blog l’intégralité de ce document en traduction française.

Voici quelques commentaires visant seulement à éclairer sur le sens d’ensemble de ce document.

Dès le début, le texte donne l’esprit général caractérisant toute la stratégie. Il est question, en effet, de décrire « la manière dont nous inter-agissons avec le monde ». L’approche est donc centrée sur la relation ou la confrontation entre les États-Unis… et les autres. Il n’est jamais question des enjeux globaux qui font pourtant une bonne part de l’actualité, des menaces et des risques mondiaux (réchauffement climatique, hautes technologies, inégalités, défis sanitaires…). Le texte le souligne : « nous rejetons les idéologies désastreuses du « changement climatique » et du « zéro net » qui ont tant nui à l’Europe, menacent les États-Unis et subventionnent nos adversaires ».

Nationalisme et anti-universalisme

La question montante de la responsabilité collective devant ces problèmes aujourd’hui communs à tous n’apparaît jamais dans le texte. C’est un aspect particulier d’une démarche politique qui donne toute « la priorité aux intérêts nationaux fondamentaux ». La conception trumpienne de la sécurité internationale est donc d’abord très nationaliste. « L’objectif de la politique étrangère est la protection des intérêts nationaux fondamentaux », dit le texte. Cette conception trumpienne est en même temps un anti-universalisme concret et de principe. L’obsession à contrer l’immigration aux États-Unis et même dans le monde confirme ce choix ontologique qui a ses répercussions de politique internationale.

Dans la partie Europe, la stratégie souligne en effet que « la diplomatie américaine doit continuer à défendre la démocratie authentique, la liberté d’expression et la célébration sans complexe du caractère et de l’histoire propres à chaque nation européenne. Les États-Unis encouragent leurs alliés politiques en Europe à promouvoir ce renouveau spirituel, et l’influence croissante des partis patriotiques européens est en effet source d’un grand optimisme. » Et plus loin, on peut lire « qu’à long terme, il est plus que plausible que d’ici quelques décennies au plus tard, certains membres de l’OTAN deviendront majoritairement non européens. » Il faut comprendre la signification de ces affirmations. Il s’agit bien sûr d’un soutien déclaré aux extrêmes droites européennes… mais cela porte plus loin. Pour les autorités américaines actuelles, l’Europe n’est pas seulement en déclin économique. Elle est dans « la perspective réelle et plus sombre d’une disparition de la civilisation ». Les politiques migratoires européennes (jugées trop laxistes, même si cela n’est pas formulé comme cela) seraient un des moteurs de ce déclin civilisationnel critique par lequel certains États aujourd’hui membres de l’OTAN perdraient demain leur identité de pays appartenant à la civilisation européenne. Trump réinvente le « grand remplacement » dans une version géopolitique de catastrophe.

Puissance et « corollaire Trump » à la doctrine Monroe

La stratégie affirme la puissance américaine comme une donnée existante et une nécessité pour le futur. Ce n’est pas une nouveauté pour les États-Unis, loin de là, mais c’est affirmé de façon totalement désinhibée : « Après des années de négligence, les États-Unis réaffirmeront et appliqueront la doctrine Monroe afin de restaurer la prééminence américaine dans l’hémisphère occidental et de protéger notre patrie et notre accès aux zones géographiques clés de la région. Nous refuserons à nos concurrents non hémisphériques la possibilité de positionner des forces ou d’autres capacités menaçantes, ou de posséder ou contrôler des actifs stratégiquement vitaux dans notre hémisphère. Ce « corollaire Trump » à la doctrine Monroe est une restauration sensée et puissante de la puissance et des priorités américaines, conforme aux intérêts de sécurité des États-Unis. »

En vérité, le changement porte surtout sur la vision et la « gestion » du rôle des États-Unis. Les alliances sont mises à l’écart, même si cela n’est pas exprimé aussi clairement. Ce qui est déterminant, ce sont les rapports de forces et la hiérarchie des puissances, au sens d’un chacun pour soi, chacun avec ses problèmes et ses intérêts. Le multilatéralisme est absent du texte de la stratégie. Il y est d’ailleurs précisé que « nous nous opposons aux incursions des organisations transnationales les plus intrusives qui sapent la souveraineté ». Et les institutions visées devraient être réformées. Sans plus de précisions…

Le texte souligne aussi que « les affaires des autres pays ne nous concernent que si leurs activités menacent directement nos intérêts. » Il est entendu, cependant, que les intérêts américains restent déterminants pour les autres… Les États-Unis ne sont donc plus dans la démarche de convergences occidentales tellement classiques, rabâchée par Jo Biden, d’une confrontation des démocraties contre les autocraties. Washington se montre ainsi, en fonction de ses propres intérêts, déterminé à travailler avec tous les États qui serviront ce comportement hégémonique, ce qui semble vouloir désigner la Russie : « l’influence démesurée des nations plus grandes, plus riches et plus fortes est une vérité intemporelle des relations internationales. Cette réalité implique parfois de travailler avec des partenaires pour contrecarrer les ambitions qui menacent nos intérêts communs. » 

Besoin de partenaires alignés

Il reste que les États-Unis affirment avoir besoin de partenaires « alignés » pour pouvoir assumer leurs intérêts propres dans le monde. La stratégie le souligne : « l’époque où les États-Unis, comme Atlas, soutenaient à eux seuls l’ordre mondial, est révolue. Nous comptons parmi nos nombreux alliés et partenaires des dizaines de nations riches et sophistiquées qui doivent assumer la responsabilité principale de leurs régions et contribuer beaucoup plus à notre défense collective. Le Président Trump a établi une nouvelle norme mondiale avec l’engagement de La Haye, qui engage les pays de l’OTAN à consacrer 5 % de leur PIB à la défense et que nos alliés de l’OTAN ont approuvé et doivent désormais respecter. » C’est une « défense collective » réduite aux intérêts impérialistes américains.

La stratégie de sécurité nationale traite surtout de l’Europe, du Moyen-Orient, de l’Asie et de l’Indopacifique, aires des principales zones de conflits et de confrontations de puissances. L’idée de la paix par la force est réitérée, mais il y a logiquement peu de précisions (sinon des rappels de positionnements US classiques) sur les conflits eux-mêmes et les choix que l’Administration serait amenée à faire à l’avenir. Une constante se dégage, celle de préserver une liberté d’action dans toutes ces zones, y compris en ce qui concerne les normes technologiques.

Tout cela n’est pas sans poser un certain nombre d’interrogations. On voit en particulier qu’il n’y a pas d’option clairement annoncée concernant l’avenir de l’OTAN. Il est tout à fait possible que cela puisse contribuer à des débats contradictoires, en particulier avec le Pentagone. Il est souvent question d’un retrait des considérables dispositifs militaires américains installés en Europe (80 000 soldats et des bases très importantes, notamment en Allemagne). Il a été parfois précisé que Washington allait « réduire » ses forces sur le vieux continent. Réduire et pas retirer… Ce qui fait une grosse différence. Pour les militaires, les dispositifs US en Europe s’inscrivent dans les moyens dévolus à la puissance des États-Unis, puissance de relais stratégique, de projection à l’extérieur, de renseignement… surtout en Méditerranée et en Afrique. Retirer les dispositifs US installés en Europe aurait donc pour conséquence d’affaiblir les capacités américaines d’intervention dans le monde. Est-ce pour des raisons de ce type que l’autre stratégie nationale, la National Defense Strategy (NDS), n’a toujours pas été publiée ? Il y a probablement des choix difficiles à faire, la NSS le dit clairement : « l’Europe reste stratégiquement et culturellement vitale pour les États-Unis », mais il y probablement aussi des comportements difficiles à justifier… Voici ce que Defense One, magazine US bien informé peut en dire : « La prochaine stratégie de défense nationale, qui devait être remise au Secrétaire à la Défense Pete Hegseth le 31 août, ne pouvait pas arriver à un moment plus critique, alors que les dirigeants du Pentagone cherchent à gérer les défis de la politique étrangère, une base industrielle de défense sous pression et des bouleversements technologiques rapides. Il serait légitime de se demander si un document aussi volumineux que la NDS a encore une importance. Après tout, au cours des sept premiers mois de son second mandat, le président Trump a ordonné des frappes américaines contre des sites nucléaires en Iran, engagé des pourparlers directs à haut risque avec le président russe Vladimir Poutine afin de mettre fin à la guerre menée par Moscou en Ukraine, brandi des droits de douane exorbitants contre Pékin et des dizaines d’autres pays, envoyé des milliers de soldats américains à la frontière mexicaine, déployé des troupes de la Garde nationale pour soutenir les forces de l’ordre nationales, lancé une campagne disruptive de réduction des coûts dans l’ensemble du gouvernement américain, et bien plus encore. Il serait facile de conclure que ces mesures, combinées aux déclarations publiques du Président et d’autres responsables, ont déjà défini les priorités de l’administration en matière de sécurité nationale. Mais après avoir passé du temps au bureau du Secrétaire à la Défense, nous avons pu constater de nos propres yeux qu’il n’y a pas de substitut à des directives écrites complètes qui décrivent la vision de l’administration en matière de défense nationale. Et compte tenu de la composition peu orthodoxe du personnel et de l’attitude décisionnelle de cette administration, une articulation claire des priorités est particulièrement cruciale pour les près de 3 millions d’employés militaires et civils du ministère de la Défense à travers le monde. » (1) En effet, on ne gère pas un budget militaire aujourd’hui supérieur à 1000 milliards de dollars annuels sans quelques débats et réflexions préalables… 07 12 2025

1) «The National Defense Strategy still matters. Let’s get it right », Lauren Speranza and Chris Estep, Defense One, September 4, 2025. https://www.defenseone.com/ideas/2025/09/national-defense-strategy-still-matters-lets-get-it-right/407915/