« 13Ensemble. Lettres du procès des attentats du 13 novembre »

Un livre de Juliette Reinhart (auteure) et Constance Peillon (illustration)

Les Éditions du Génépi, 24 euros

De septembre 2021 à juin 2022, pendant 10 mois s’est tenu le procès des attentats du 13 novembre. Tous les jours pendant 10 mois la Justice a rassemblé les pièces d’un immense puzzle. Tous les jours pendant 10 mois…

Pour la plupart des parties civiles, impossible de mettre sa vie entre parenthèses, d’assister à tout. Alors pour elles nous nous sommes glissées sur les bancs du procès. Nous avons écouté, écrit, dessiné. Chaque matin nous leur avons envoyé quelques mots et coups de crayon. Tout au long du chemin, avec elles, nous avons tissé un lien. Ce livre, c’est ces lettres. Les nôtres, telles que nous leur avons adressées au fil des journées d’audience. Et certaines des leurs, reçues en réponse. Ce livre, c’est pour qu’elles puissent garder, si elles le souhaitent, un souvenir de nos échanges pendant ce procès.

Si vous lisez ces lignes et n’avez jamais mis les pieds au procès, jamais porté le fardeau du cordon de partie civile, jamais comme elles été marqués dans votre corps et dans votre âme, ce livre est aussi pour vous. Ce soir-là, comme tous les Français, vous avez tremblé, vous êtes restés scotchés à votre télé, pétrifiés… Dans ces pages, vous découvrirez l’histoire des autres qui est aussi la vôtre.

« Poutine, l’OTAN et la guerre. Sur les causes et les enjeux d’une sale guerre en Ukraine »

Mon nouveau livre, très bientôt en librairie ou chez l’éditeur :

éditions du Croquant  (15 euros)    https://editions-croquant.org/

Mon nouveau livre,

bientôt en librairie et chez l’éditeur :

Poutine, l’OTAN et la guerre

Sur les causes et les enjeux véritables d’une sale guerre en Ukraine

Jacques Fath

aux éditions du Croquant

L’accablante responsabilité d’une guerre ne peut échapper à celui qui décide de la déclencher en dépit de ses conséquences tragiques et des risques, y compris nucléaires, qu’elle fait peser sur le monde. Cette crise majeure nous projette dans un futur incertain, alors que le multilatéralisme, l’ONU et les exigences de la sécurité collective, si nécessaires, ont déjà tellement reculé dans les relations internationales.

La pensée unique et les caricatures idéologiques qui n’ont cessé d’accompagner ce retour de la guerre en Europe, fait silence sur les trente années post-Guerre froide d’une page d’histoire déterminante. Trente années de tensions, d’hostilités et de rivalités de puissances qui ont contribué à réunir toutes les conditions d’un conflit de haute intensité dont le peuple ukrainien paie aujourd’hui le prix le plus élevé.

Comprendre les causes de cette guerre, l’erreur stratégique de Poutine, mais aussi le rôle décisif des États-Unis et de l’OTAN est indispensable au regard des effets de dégradation profondes dont ce conflit est porteur quant au monde de demain. Cette guerre en Ukraine est un enseignement in vivo sur les réalités d’un monde chaotique et sur la prévalence de stratégies fondées sur l’affirmation de la puissance et l’exercice de la force.

Ce livre contient, en français et en intégralité, et pour certains initialement confidentiels ou en accès restreint, des documents officiels importants préalables au déclenchement de la guerre…

Les puissances nucléaires isolées…

Un article de Marc Finaud, vice-président de l’Initiative pour le Désarmement Nucléaire (IDN).

Deux importantes conférences internationales consacrées aux armes nucléaires se sont tenues en juin 2022 à Vienne et en août 2022 à New York et se sont soldées par des résultats entièrement opposés. La Réunion des États parties au Traité sur l’interdiction des armes nucléaires (TIAN), en l’absence des puissances nucléaires et de la plupart de leurs alliés, a adopté un plan d’action substantiel. La Conférence d’examen du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) a failli adopter un document final quasiment vidé de toute substance, finalement rejeté par la Russie à cause de la situation autour de la centrale nucléaire de Zaporijjia en Ukraine. Une nouvelle preuve que ce sont bien les puissances nucléaires qui empêchent tout progrès vers le désarmement nucléaire en faveur duquel elles se sont pourtant engagées il y a plus d’un demi-siècle.

La Réunion de Vienne : un modèle de démocratie internationale

Le TIAN, adopté par 122 États aux Nations unies le 7 juillet 2017, est entré en vigueur le 21 janvier 2021 et a, à ce jour, été signé par 86 pays dont 66 l’ont ratifié. La première Réunion de ses États parties prévue par le traité s’est tenue du 21 au 23 juin 2022 à Vienne. Alors que tout le processus ayant abouti au traité avait été boycotté par les puissances nucléaires et leurs alliés, il est intéressant de noter que plusieurs pays de l’OTAN, tout en refusant de le signer, ont participé comme observateurs à la Réunion : l’Allemagne, la Belgique, la Norvège et les Pays-Bas (qui accueillent sur leur sol des bombes nucléaires américaines), ainsi que l’Australie (sous parapluie nucléaire américain) et la Finlande et la Suède, candidates à l’adhésion à l’OTAN. Autant de raisons de qualifier le front de l’OTAN de « fissuré ».

Dans un climat de dialogue largement ouvert aux contributions de la société civile, dont ICAN, lauréat du Prix Nobel de la Paix 2017, les participants ont adopté un rapport contenant une déclaration solennelle et un plan d’action substantiel. On peut en retenir les éléments suivants :

  • En ayant à l’esprit le cas de l’agression russe en Ukraine, ils sont dits « alarmés et consternés par les menaces d’utilisation d’armes nucléaires et par la rhétorique nucléaire de plus en plus stridente » et ont condamné « sans équivoque toutes les menaces nucléaires, qu’elles soient explicites ou implicites et quelles que soient les circonstances. »
  • En effet, « loin de préserver la paix et la sécurité, les armes nucléaires sont utilisées comme des instruments de politique, liés à la coercition, à l’intimidation et à l’exacerbation des tensions. Cela met en évidence, aujourd’hui plus que jamais, le caractère fallacieux des doctrines de dissuasion nucléaire, qui reposent et s’appuient sur la menace de l’utilisation effective des armes nucléaires et, partant, sur les risques de destruction d’innombrables vies, de sociétés, de nations, et de conséquences catastrophiques à l’échelle mondiale. »
  • Aussi les participants ont-ils « regretté» et se sont dits « profondément préoccupés par le fait qu’(…) aucun des États dotés d’armes nucléaires et leurs alliés sous le parapluie nucléaire ne prend de mesures sérieuses pour réduire leur dépendance à l’égard des armes nucléaires » et que les puissances nucléaires « dépensent des sommes considérables pour maintenir, moderniser, mettre à niveau ou étendre leurs arsenaux nucléaires et accordent une plus grande importance et un rôle accru aux armes nucléaires dans les doctrines de sécurité. »
  • Dans leur Plan d’action, les participants sont convenus de mettre en œuvre 50 mesures, en vue notamment :

A- d’agir en faveur de l’universalité du TIAN, en mettant en particulier l’accent sur les conséquences humanitaires des armes nucléaires,

B- de travailler à la mise en place de l’autorité prévue par le traité pour en vérifier le respect, et continuer à faire progresser la vérification du désarmement nucléaire,

C- de se concerter avec la société civile et les pays ayant effectué des essais nucléaires ou employé des armes nucléaires en vue de l’assistance aux victimes et à la remise en état de l’environnement prévues par le traité,

D- d’appuyer les travaux du Groupe consultatif scientifique prévu par le traité et promouvoir l’expertise scientifique sur le désarmement nucléaire,

E- de promouvoir la synergie entre le TIAN et les autres traités relatifs aux armes nucléaires (TNP, Traité sur l’interdiction complète des essais nucléaires),

F- de promouvoir l’égalité des genres dans la mise en œuvre du traité.

Au total, un résultat non négligeable, largement dû à la mobilisation de la majorité des États du monde et de la société civile en vue de démontrer aux tenants de la dissuasion nucléaire les risques qu’ils font peser sur toute l’humanité. Certes, objectera-t-on, ces derniers étaient absents et n’ont pu empêcher l’adoption de ce programme ambitieux. Mais, précisément, s’ils avaient sincèrement voulu influencer ce processus, ils auraient pu y participer. Que se passe-t-il lorsqu’ils sont présents, comme dans le cadre du TNP ?

La Conférence d’examen du TNP : le règne du veto des puissances nucléaires

Le TNP, entré en vigueur en 1970, prévoyait une conférence d’examen tous les cinq ans en vue d’en examiner la mise en œuvre. Ces dernières années, la conférence de 2000 et celle de 2021 avaient adopté des documents finaux substantiels contenant un rappel des obligations du traité dans ses trois « piliers » (la non-prolifération, le désarmement nucléaire et les utilisations pacifiques de l’énergie nucléaire) et de nouvelles avancées. Toutefois, la plupart de ces engagements, tout comme l’article VI du TNP sur le désarmement, étaient restés lettre morte. En 2015, les États-Unis ont opposé leur veto au projet de document final car ils s’opposaient à une conférence sur la zone exempte d’armes de destruction massive au Moyen-Orient, rejetée par Israël, État non-partie au TNP. La Conférence de 2022, reportée deux fois depuis 2020 à cause de la pandémie, a vu de nouveau un État « doté », la Russie, empêcher le consensus sur un projet de document final à cause d’un paragraphe reconnaissant la souveraineté de l’Ukraine sur sa centrale nucléaire de Zaporijjia occupée par l’armée russe.

Faut-il en conclure que, si la Russie s’était jointe au consensus, la Conférence aurait fait avancer la cause du désarmement, de la non-prolifération et de la réduction du risque nucléaire ? Les avis sont partagés et tout dépend de l’aune à laquelle ces progrès auraient été comparés. Un fait est indéniable : les différentes moutures du document final, initialement proposées par les présidents des commissions de la Conférence, ont été, au cours des négociations, vidées de plusieurs avancées qui y figuraient, supprimées à l’initiative des puissances nucléaires.

Il en va ainsi :

  • de la recommandation à ces États d’adopter la doctrine nucléaire du non-emploi en premier afin de réduire le risque de recours aux armes nucléaires. Cette proposition, issue d’un Document de travail présenté par plusieurs ONG dont IDN, soutenue par le Secrétaire général de l’ONU, s’est notamment heurtée à l’activisme de la délégation française.
  • de l’idée, contenue dans une Lettre ouverte de milliers de personnalités, de se fixer comme objectif d’achever le désarmement nucléaire au plus tard en 2045, pour le 100ème anniversaire de la création de l’ONU. Là encore, les puissances nucléaires, dont la France, se sont opposées à toute mention d’une date.
  • de la référence à la Déclaration et au Plan d’action de la Réunion des États parties au TIAN. Les États « dotés » et certains membres de l’OTAN l’ont écartée et ont seulement concédé « reconnaître » l’existence de ce traité.

Si toutefois on compare le « quasi-document » final de 2022 à celui qui avait failli être adopté en 2015, force est de noter quelques avancées, principalement dues à la persévérance des représentants de la société civile à la Conférence d’examen, finalement écartés lors des tractations finales. Ainsi, figurent dans le projet le plus récent les dispositions suivantes qui étaient absentes en 2015 :

  • la « profonde préoccupation » du fait que le risque de recours aux armes nucléaires soit plus élevé que pendant la guerre froide,
  • « l’urgence » de la réduction des arsenaux nucléaires et du rôle des armes nucléaires dans les doctrines militaires,
  • la « nécessité » pour les États « dotés » de faire suivre d’actions concrètes leur déclaration selon laquelle « une guerre nucléaire ne peut être gagnée et ne doit donc pas être menée »,
  • la satisfaction devant « l’attention accrue » accordée à l’assistance aux victimes et à la remise en état de l’environnement du fait des dommages causés par les armes et les essais nucléaires,
  • la « préoccupation » devant la menace ou l’emploi de la force en violation de la Charte des Nations unies contre l’intégrité territoriale de tout État,
  • la « reconnaissance » envers les mesures de réduction du risque nucléaire adoptées par certains États,
  • « l’inquiétude » des États « non dotés » face à la modernisation des arsenaux nucléaires,
  • l’appel envers les États « dotés » afin qu’ils fassent preuve de plus de transparence sur leurs arsenaux et leurs doctrines.

Au total, même si ces dispositions avaient été adoptées, le plus important eût été qu’elles soient appliquées, contrairement aux engagements précédents. Le prochain cycle d’examen du TNP commencera en 2023 et s’achèvera par une nouvelle Conférence d’examen en 2026. Le travail accompli cette année sera pas pour autant inutile car il offrira une base solide pour les négociations futures et l’action de la société civile, stimulée par les avancées permises grâce au TIAN. Il est d’ores et déjà clair que les puissances nucléaires et leurs alliés qui s’accrochent à la dissuasion nucléaire ne pourront indéfiniment ignorer la détermination des États et des ONG pour lesquels cette politique, loin d’assurer la sécurité de ses partisans, constitue une menace existentielle pour le monde entier.

Marc Finaud

Marc Finaud est un ancien diplomate de carrière. Il travaille désormais comme formateur pour jeunes diplomates et officiers au sein du Centre de Politique de Sécurité de Genève (GCSP) dans tous les domaines de la sécurité internationale. Au cours de sa carrière diplomatique, il a été affecté à plusieurs postes bilatéraux (URSS, Pologne, Israël, Australie) ainsi qu’à des missions multilatérales (CSCE, Conférence du Désarmement, ONU). Il est titulaire de Masters en Droit international et en Sciences politiques. Il a aussi été Collaborateur scientifique de l’Institut des Nations unies pour la Recherche sur le Désarmement (UNIDIR) (Programme sur les Armes de destruction massive). Au sein d’IDN, il a la responsabilité d’assurer les relations internationales et diplomatiques de l’association. Il participe au Comité de rédaction.

Le rabot de Monsieur Encel.

J’ai lu « Les voies de la puissance », ouvrage écrit par Frédéric Encel (1), docteur en géopolitique (habilité à diriger des recherches), professeur de relations internationales et de sciences politiques, maître de conférence à SciencesPo Paris, membre du Comité de lecture de la revue Hérodote.

C’est surtout le sous-titre qui m’a poussé à acheter ce livre : « penser la géopolitique au XXIè siècle ». On se dit que l’ambition présentée est élevée, et qu’elle tombe à point nommé dans un contexte de guerre, de tensions montantes et de risques majeurs. Et de complexités multiples. Et puis la quatrième de couverture vous prévient : ce livre est « une mine d’informations, une somme d’analyses et de décryptages des grandes orientations stratégiques qui se dessinent sous nos yeux ». J’avais donc hâte de « penser la géopolitique » avec ce Monsieur Encel. Penser la géopolitique… Ça vaut le détour, non ?

Las, je vous le dit tout net, si vous vous aventurez dans la lecture de cet ouvrage vous en sortirez fort dépité. Avec le désagréable sentiment que l’on s’est un peu moqué de vous. Il y a tant de formulations faibles et approximatives ou caricaturales que l’on ne voit pas en quoi cette lecture pourrait soit vous satisfaire politiquement (on ne sait jamais), soit aiguiser positivement votre curiosité et votre goût pour le débat critique.

Je ne vais prendre qu’un seul exemple. Dans un chapitre consacré aux « regroupements d’États » Encel commence par traiter de l’ONU. Il explique une seule chose : avec l’ONU, on ne sort pas de la primauté de l’État. C’est tout. Évidemment, nul n’ira contredire le fait que l’État reste l’acteur essentiel, ou plutôt un acteur essentiel… des relations internationales. Mais au-delà de ce qui n’est peut-être pas seulement une évidence, on ne peut passer outre le fait que les Nations-Unies ont été mises en place précisément pour « gérer » autrement les rapports entre États, pour dépasser ou maîtriser l’ordre westphalien, et surtout pour installer le principe de la responsabilité collective, les pratiques du multilatéralisme et de la sécurité collective… Après la Seconde Guerre mondiale, ce n’était pas rien.

On peut d’ailleurs constater que l’ONU, dans cet ouvrage, est mise sur le même pieds que les ONG, les groupements économiques, politiques et religieux… Pourtant, ce fut une réalisation majeure porteuse d’une tout autre vision des relations internationales. Alors, affaiblir à ce point la signification historique et politique de ce que sont les Nations-Unies, de ce que l’on a voulu faire avec la fondation de l’ONU… alors que, justement, celle-ci est aujourd’hui sérieusement en danger, voilà qui est consternant.

Ainsi, Frédéric Encel ne dit rien sur le sens et sur l’histoire du système des Nations-Unies, sur la volonté de construire ainsi une légitimité différente et universelle, et sur les raisons pour lesquelles l’ONU, dans l’ordre international actuel, se voit tellement écartée et menacée… Comme dans l’ensemble de son livre : rien sur les grands enjeux, rien sur le poids de l’histoire, rien sur le sens. Faiblesse sur les contradictions et sur les dangers du moment historique actuel, et sur les stratégies conduites par les principales puissances… La géopolitique mérite mieux que ça. Et surtout davantage de vision critique et de hauteur de vue.

Encel écrit comme on manie le rabot. Il aplatit les enjeux, il lisse les contradictions… Dans ce livre, il fait perdre de l’épaisseur à tout ce qu’il touche.

1) « Les voies de la puissance. Penser la géopolitique au XXIè siècle », Frédéric Encel, Odile Jacob, 2022. Le fait que ce livre ai pu bénéficier du Prix du livre de géopolitique (2022), attribué sous une forme de patronage du Quai d’Orsay, en dit beaucoup sur la politique étrangère française actuelle.