Samir Amin n’est plus…

Sa disparition est une perte pour l’Afrique, pour le monde arabe et pour toutes celles et ceux, dans le monde, qui veulent réfléchir et travailler à une véritable alternative au capitalisme.

Dans les quelques charges que j’ai pu exercer hier (Responsable des Relations internationales du PCF de 2006 à 2013, en particulier) j’ai pu rencontrer et parler avec Samir Amin plusieurs fois. Pour moi, Samir, évidemment, était d’abord un penseur et un acteur de l’anti-capitalisme et de l’émancipation des peuples… Issu de ce qu’on appelle « le Sud » mais dont la réflexion politique allait bien au-delà pour recouvrir une portée plus universelle. Son autorité tenait aussi à la  constance et à la fermeté de son engagement. Dans une période où les repères essentiels de la gauche et de l’alternative au capitalisme se sont trop souvent perdus dans des dérives et des compromis « élastiques » ou opportunistes, une telle fermeté restait une référence, une pertinence. Samir avait imposé une crédibilité grâce à ce mélange nécessaire de créativité et de persistance de classe sur lesquelles on sent parfois, aujourd’hui, quelques désirs de retour tellement les reculs sociaux et démocratiques, les décompositions et les risques de catastrophes pèsent lourds. Il n’est certainement pas facile de mêler l’innovation et la constance. Il faut une volonté, des principes et une vision. Samir, à sa façon, n’a cessé de nous le rappeler.

Samir Amin Livre

 

A propos de Claude Lanzmann…

Voici un texte plus réaliste et certainement plus objectif que l’ensemble des articles et commentaires qui ont été publiés sur l’auteur de « Shoa », récemment décédé.

« Claude Lanzmann, un engagement anticolonialiste et ses limites »

Repris du site http://histoirecoloniale.net/Claude-Lanzmann-un-engagement-anticolonialiste-et-ses-limites.html   Ce site est géré par l’association Histoire coloniale et postcoloniale dont le bureau est composé de François Gèze, Gilles Manceron, Fabrice Riceputi et Alain Ruscio.

« Claude Lanzmann, né le 27 novembre 1925 et mort le 5 juillet 2018, restera comme le réalisateur du film fondamental, « Shoah », consacré à l’extermination des Juifs d’Europe par les nazis. Dès 1952, il a collaboré à la revue « Les Temps modernes » et s’est engagé en faveur de la lutte d’indépendance du peuple algérien. Il a signé le « Manifeste des 121 » en faveur du droit à l’insoumission dans la guerre d’Algérie et témoigné au « procès Jeanson ». En même temps, il était « viscéralement attaché » à l’État d’Israël, au point de ne pouvoir porter un regard critique sur ses pratiques coloniales.

Critique parue dans l’hebdomadaire Télérama lors de la sortie en salle de ce film de Claude Lanzmann, le 12 novembre 1994, par Vincent Remy :

« Tsahal, réalisé par Claude Lanzmann. On n’aime pas. »

« Avec « Shoah », Claude Lanzmann avait réalisé un film à la fois indispensable et sans appel. Indispensable, comme tout ce qui étaye la mémoire du génocide juif ; sans appel, du fait de sa méthode : pas d’images d’archives, pas de reconstitution, mais la force, irréfutable du témoignage et de la confrontation entre interviewer et interviewés. Grâce à cette méthode, Lanzmann avait trouvé l’image juste.

« Shoah » apparaît comme une œuvre unique. De fait, on a oublié que ce film était le deuxième volet d’un travail entamé avec « Pourquoi Israël ? » En revanche, « Tsahal », troisième volet de la trilogie, ne passera pas inaperçu. Parce qu’il arrive après l’admirable « Shoah ». Mais, surtout, parce que cet ordre chronologique ne doit rien au hasard : Lanzmann considère qu’Israël a été engendré par la Shoah. En posant l’armée israélienne (Tsahal) comme condition de l’existence d’Israël, il s’interdit — et nous interdit — tout regard critique sur elle.

De la Shoah à Israël, et d’Israël à Tsahal, la filiation est établie par un travail de montage : les premières images de Lanzmann sont pour les tombes des jeunes soldats morts pendant la guerre de 73. C’est cette guerre que Lanzmann choisit de mettre en avant et, plus précisément, ses toutes premières heures, où le sort d’Israël fut réellement menacé. Et ce sont les rescapés des bunkers du canal de Suez qui témoignent.

Parce que ces officiers, enfants des victimes de la Shoah, sont les survivants d’une « autre » extermination possible, qu’ils n’avaient pas, pour la plupart, la vocation des armes et que leur discours, intelligent et émouvant, échappe à l’habituelle rhétorique militaire, on leur est tout acquis. Et c’est en s’appuyant sur cette sympathie que Lanzmann nous emmène dans une entreprise, d’abord ennuyeuse, puis déplaisante.

L’ennui, tout d’abord. Obnubilé par sa démonstration — Tsahal n’est pas une armée comme les autres —, Lanzmann s’attarde une demi-heure sur la fabrication du tank Markava, le nombre de blindages, l’épaisseur des tôles, son incomparable supériorité sur tous les chars du monde, et le fait qu’on s’y sent « comme à la maison ». Sur la lancée, on visite une école de l’armée de l’air, où les futurs pilotes d’hélicoptère ressemblent tristement aux pilotes d’hélicoptère du monde entier : cette fois, c’est Top Gun, sans les femmes (car, curieusement, dans ce documentaire très viril, Lanzmann occulte presque ce particularisme, réel celui-là, de l’armée d’Israël : la présence des femmes).

Les raccourcis déplaisants, maintenant. Tsahal, une armée pas comme les autres : est-ce pour cela que Claude Lanzmann filme le général Ariel Sharon, tel un patriarche de la Bible au milieu de ses moutons — l’image n’est pas innocente ! —, sans une question un tant soit peu critique sur son rôle dans la guerre du Liban ? Est-ce pour cela qu’il expédie cette guerre, à peine évoquée au détour d’une phrase ?

Il lui était impossible, en revanche, d’échapper à la question des territoires occupés. Admettre que Tsahal, armée d’occupation, ait pu être, comme toutes les armées d’occupation, conduite au pire ? Lanzmann ne s’y résout pas. Certes, il montre les fouilles humiliantes subies par les Palestiniens. Mais il se refuse à porter la contradiction à ses interviewés : d’où il ressort finalement que c’est parce que Tsahal est Tsahal qu’il n’y a pas eu davantage de victimes parmi les jeunes Palestiniens.

Ce n’est que dans les toutes dernières minutes de son film que Lanzmann retrouve son talent de contradicteur. Mais il a déplacé le sujet, et la cible, civile, est facile : un colon des territoires occupés, aux propos tellement caricaturaux qu’il constitue le bouc émissaire idéal. Ariel Sharon, grand ordonnateur de la colonisation des territoires, peut garder ses moutons tranquille…

Les cinq heures de « Tsahal », finalement, témoignent d’un syndrome attristant. La seule fois où Lanzmann s’adresse à un Arabe de Gaza, père de dix enfants, c’est pour demander, sur un ton qui se veut amical : « Pourquoi fait-il autant d’enfants ? » Question accablante. Et qui le devient encore plus lorsque, quelques instants plus tard, Lanzmann donne l’accolade au colon qui vient de nier l’existence possible des Palestiniens sur cette terre.

On sort accablé, en effet. Ni l’interview de l’écrivain David Grossman, ni celle d’un avocat des droits de l’homme ne dissipent le malaise. D’autant — on en est convaincu — que cette glorification de la force militaire ne reflète pas la diversité et les contradictions que tolère et suscite la société israélienne. »

Hiroshima – Nagasaki, 73ème anniversaire.

Une délégation de 9 personnes, conduite par Christine Rosenberg membre du Conseil National et responsable du Comité de Toulouse a représenté le Mouvement de la Paix à Hiroshima puis Nagasaki du 4 au 9 Août à l’occasion de la conférence internationale contre les bombes A et H. Ci-dessous l’intervention de Christine Rosenberg.

« Pour un monde Sans Armes Nucléaires, Pacifique et Juste.

Je voudrais tout d’abord exprimer la solidarité du Mouvement de la paix français et toute notre compassion envers les familles qui ont été meurtries par les terribles inondations qui ont touché particulièrement la province d’Hiroshima.

C’est avec un immense plaisir que nous répondons présents à l’appel du Comité d’organisation de cette Conférence mondiale contre les bombes A et H.

Une victoire des mobilisations citoyennes

L’adoption par l’ONU d’un traité d’interdiction des armes nucléaires n’aurait pu être possible sans les témoignages inlassables des Hibakushas et la permanence des mobilisations des mouvements de paix au Japon. C’est aussi une victoire à mettre à l’actif des millions de personnes et d’ONG qui, à travers le monde, pendant des dizaines d’années ont agi pour l’élimination définitive de toutes les armes de destruction massive en liaison et convergence avec les actions d’un certain nombre d’États et d’institutions nationales et internationales comme l’ONU, la Croix Rouge internationale, l’OIT, la CSI (confédération syndicale internationale-CSI).

Les enjeux mondiaux

Les armes nucléaires constituent un danger mortel pour l’humanité. L’enjeu de leur éradication est lié aux autres enjeux que sont la guerre et la paix, un développement juste et durable, la lutte contre le réchauffement climatique et plus largement pour un monde de justice, de fraternité et d’égalité (en particulier entre les hommes et les femmes), donc avec la lutte générale pour les droits humains.

Jamais l’humanité n’a autant disposé qu’aujourd’hui des capacités et des moyens pour faire face à ces enjeux et créer les conditions pour que chaque être humain puisse vivre en paix et en sécurité.

La logique de puissance, de domination et d’accaparement qui caractérise la mondialisation actuelle des économies constitue un obstacle majeur à la construction d’un monde de paix débarrassé des armes nucléaires. Elle s’accompagne aussi d’une remise en cause de la Charte des Nations Unies et du multilatéralisme au profit de l’OTAN ou d’organismes supranationaux tels que les G8 ou G20

C’est ainsi que cette logique a favorisé le développement du complexe militaro-politico-industriel qui est l’adversaire principal dans cette phase de la lutte vers l’élimination des armes nucléaires

Le complexe militaro-industriel, principal responsable de l’accroissement des dépenses militaires, domine et contrôle aussi le pouvoir médiatique. En France par exemple l’adoption du traité d’interdiction des armes nucléaires a été totalement passée sous silence ou bien a été combattu par des soi-disant experts.

Le rapport des forces

Il ne faut pas sous-estimer le succès de constitue le traité d’interdiction des armes nucléaires, mais il ne faut pas non plus le surestimer ni sous-évaluer la détermination de nos adversaires pour retarder l’élimination des armes nucléaires. Ce qui est vraiment positif c’est que le rapport de force a évolué en faveur de l’élimination des armes nucléaires. Ainsi en France dans un sondage récent 76% des Français se déclarent favorables à ce que la France s’engage dans un processus international d’élimination totale et contrôlée des armes atomiques, tel que prévu par l’ONU.

Cette volonté est très forte dans tout le spectre politique.

Et 67% des Français répondent favorablement, soit plus des deux tiers de la population, pour qu’elle signe et ratifie le Traité d’interdiction des armes nucléaires.

Ces chiffres confirment sur le plan national les évolutions constatées au plan mondial en faveur de l’élimination des armes nucléaires.

Pour le Mouvement de la Paix ces données viennent conforter la dynamique du mouvement de fond en faveur de l’élimination des armes nucléaires qui s’exprime à travers la constitution d’un vaste rassemblement international pour l’élimination de ces armes, illégales au regard du droit international, dangereuses car menaçant l’existence même de l’humanité, inefficaces et inutiles militairement pour assurer la sécurité de notre peuple, coûteuses financièrement et moralement inadmissibles.

Cependant ces résultats doivent être nuancés par le fait que à une première question concernant les dépenses publiques, 18% seulement des sondés considèrent que le budget de « la défense, l’armée », serait le deuxième poste à réduire. Le contexte sécuritaire dans lequel les citoyens sont baignés depuis les attentats de 2015 peut expliquer ce résultat en baisse par rapport aux études précédentes.

Mais cette étude d’opinion vient contredire les choix effectués par le gouvernement et le parlement qui viennent de voter, sans aucun effort de débat public, une nouvelle Loi de programme militaire visant notamment à renouveler l’ensemble de l’arsenal atomique français, en contradiction complète avec la loi internationale qui rend illégale la possession, la fabrication et la menace d’utilisation de l’arme atomique.

En France la majorité et le gouvernement actuel (Macron) est favorable à la dissuasion nucléaire, à la militarisation des relations internationales, aux interventions militaires à l’étranger et à l’alignement sur les politiques de l’OTAN.

Concernant la doctrine de le dissuasion nucléaire de plus en plus de voix s’élèvent en France pour la remettre en cause, dont celles d’anciens ministres de la défense.

Pour le Mouvement de la Paix cette doctrine conduit inéluctablement à la prolifération.

Preuve en est la détention par la Corée du Nord de l’arme nucléaire.

A la suite de la rencontre entre Donald Trump et Kim Jong-un le Mouvement de la Paix s’est déclaré satisfait et vigilant considérant que ces premiers pas permettent un espoir.

Pour autant, ceci ne doit pas nous conduire à oublier certains aspects de la situation internationale actuelle, à savoir

* la nouvelle politique des États-Unis en matière d’armes nucléaires avec la reprise de la construction d’armes nucléaires tactiques,

* le grave retrait des USA de l’accord nucléaire Iranien,

* la volonté des puissances nucléaires d’empêcher la ratification du Traité d’Interdiction des Armes Nucléaires.

Il convient donc de soutenir les revendications des Mouvements de Paix, des Etats et de l’ONU en faveur d’une démilitarisation de cette région, de sa dénucléarisation et de la fermeture des bases militaires étrangères.

De même, il convient de soutenir les initiatives de l’ASEAN (Association of South East Asian Nations) et de ses États membres pour des solutions pacifiques aux conflits existant dans cette région et pour en faire une zone de paix, de coopération et de développement durable exempte d’armes nucléaires avec l’objectif d’étendre ces efforts vers l’Asie du Nord-Est.

En Europe

Le parlement européen a voté des résolutions en faveur du désarmement nucléaire mais il faut aussi agir pour une Europe de Paix incluant tous les Etats européens y compris la Russie pour une sécurité commune basée sur une logique s’inspirant des principes d’Helsinki. Les prochaines élections européennes, en 2019 seront l’occasion pour les mouvements pacifistes européens de s’exprimer en ce sens.

Campagne

Le Mouvement de la Paix a engagé une campagne pour que la France s’engage, signe et ratifie le TIAN. Une pétition a déjà recueilli plusieurs milliers de signatures. Le film « La Bombe et nous » est diffusé dans de nombreuses salles en partenariat avec le Mouvement de la Paix et les organisations membres de ICAN-France. Il permet d’organiser des débats publics sur les questions de la dangerosité, de l’inutilité des armes nucléaires mais aussi sur la doctrine de la dissuasion.

Cette campagne s’exprimera à l’occasion des initiatives autour de la Journée internationale de la Paix du 21 septembre et lors des Marches pour la Paix organisées dans toute la France le samedi 22 septembre 2018 en liaison avec le collectif national « En Marche pour la Paix » fort de 153 organisations.

Le dimanche 14 octobre 2018, de nombreux partenaires organisent avec le Mouvement de la Paix une journée de mobilisation sur « les lieux du crime ». Le Mouvement de la Paix insiste : « Nous voulons interpeller le Président de la République pour lui dire : M. le Président, Otez-vous la bombe du crâne ». Les pacifistes convergeront vers les lieux où l’État français prépare la guerre atomique pour dénoncer les conséquences humanitaires et l’illégalité de l’arme nucléaire. « Maintenant c’est confirmé, nous sommes la majorité ; M. le Président vous devez entendre cette volonté et engager la France dans la ratification du Traité d’Interdiction des Armes nucléaires (TIAN). »

Mahmoud Darwich, disparu il y a 10 ans, le 9 août 2008.

Rencontre à la Fête de L’Humanité (années 80), en compagnie d’Ahmad Abderrahman, un proche de Yasser Arafat. Nous avons tous « un peu » vieillis…

Mahmoud Darwish et Ahmed Abdel Rahman début années 80