POUR INFORMATION

Quelques amis m’ont demandé pourquoi je ne publie pas de nouveaux articles sur ce blog, depuis plusieurs mois. Je veux répondre à cette question, et informer mes lectrices et mes lecteurs en France et ailleurs dans le monde.

Il y a deux raisons à cette situation. Premièrement, mon épouse Danièle est hospitalisée pour de très sérieuses raisons, et cela mobilise prioritairement mon attention. Deuxièmement, voici quelques mois, j’ai entrepris l’écriture d’un sixième livre qui devrait sortir au printemps 2025. Je concentre mon travail sur cette prochaine publication. Je vous en dirai davantage ultérieurement.

Je vous souhaite une très bonne année. Merci à toutes et à tous,

Jacques Fath – 17 janvier 2025.

FOR YOUR INFORMATION

A few friends have asked me why I haven’t published any new articles on this blog for several months. I would like to answer this question, and inform my readers in France and elsewhere in the world.
There are two reasons for this. Firstly, my wife Danièle is hospitalized for very serious reasons, and this is the main focus of my attention. Secondly, a few months ago, I began writing a sixth book, due for publication in the spring of 2025. I am concentrating my work on this forthcoming publication. I will tell you more about it later.

I wish you all a very happy new year. Thanks to all of you,
Jacques Fath – January 17, 2025.

Sur Houris… (1)

http://www.bernard-deschamps.net/2024/11/houris-de-kamel-daoud.html

11 novembre 2024 mis à jour le 12 novembre 2024

Paradoxalement, l’attribution du prix Goncourt et l’interdiction au Salon international du livre d’Alger aboutissent au même résultat, à la mise en valeur d’un ouvrage qui, sous un prétexte romanesque, est un réquisitoire politique haineux contre l’Algérie et son peuple.

Je suis pour la liberté de création, opposé à la censure et pour le droit à la critique. Il eut été plus judicieux, dans le respect de l’intelligence des lecteurs, d’en débattre afin de démêler le vrai du faux, le talent du romancier de la malhonnêteté du polémiste.

Connaissant les écrits et les opinions de Kamel Daoud, j’ai hésité à acheter Houris. Je l’ai fait quand une amie m’a dit l’avoir apprécié et je me suis obligé à le lire. Dans la douleur et la colère. Pour aller vite : à partir d’une réalité, l’horreur de la « décennie noire », l’auteur caricature l’Islam et donne de l’Algérie et de son peuple une image répugnante.

Aube, la narratrice a vingt-six ans. Elle a été victime des égorgeurs à l’âge de cinq ans, le 31 décembre 1999. Sauvée par sa mère Khadija, elle a survécu et respire grâce à une canule. A la place de sa bouche agrandie par le couteau des tueurs et recousue, un « immense sourire figé » confère à son visage un aspect effrayant. Elle ne peut pas parler, mais converse intérieurement avec le bébé qu’elle porte dans le ventre, dont on apprendra vers la fin du livre qui est le père, et qu’elle nomme affectueusement selon les moments, « ma petite fille », « petite fève », « ma sardine », « ma houri (vierge, ndlr) aux peignes d’or».

Elle vit avec sa mère, une avocate célèbre d’Oran. Elle a suivi des études et créé un salon de coiffure, Shéhérazade, que fréquentent assidûment les femmes du quartier et qui sera vandalisé par des hommes fanatisés par les prêches de l’imam de la mosquée voisine, et qui tuent et mutilent les infidèles, les mécréants, les journalistes. Face aux tueurs, une population qui subit en bêlant comme les moutons de l’Aïd. A aucun moment, l’auteur n’évoque la résistance populaire, les « patriotes », souvent d’anciens mujâhidûn armés par l’État.

Selon Daoud, ces crimes atroces prennent naissance dans la nature cruelle des hommes et dans l’Islam. En lisant les pages qui assimilent les égorgements humains aux sacrifices de l’Aïd, je repensais à cette interrogation de Mohammed Dib dans L’arbre à dires paru en 1998 : « Quelle identité prédomine dans la culture algérienne profondément marquée par l’Islam ? Celle incarnée par Mohammad qui, dans « sa cruauté archaïque », avait décidé de sacrifier son fils ? Ou celle d’Isaac qui lui a substitué un bélier ? Quelle est la référence pour les Algériens, cette tradition sacrificielle ou celle de l’Islam religion d’amour ? » Pour Daoud, il n’y a pas d’Islam « religion d’amour ».

Le chômage et la misère générés par les privatisations d’entreprises après la mort du président Boumediene, conjugués à la baisse mondiale des prix des hydrocarbures, sont totalement absents du roman, alors que c’est sur cette base que l’intégrisme religieux s’est développé.

Peu d’hommes trouvent grâce aux yeux de l’auteur. Il lui en fallait cependant quelques-uns pour se dédouaner lui-même. Il y a Aïssa, le libraire qui a été lui aussi victime des terroristes et qui recueille Aube au bord de l’autoroute. Il y a le fils d’un militaire, Mimoun, un jeune pêcheur au torse d’athlète et aux jambes torses et grêles, rencontré sur la plage des Andalouses à Oran, dont elle deviendra amoureuse et qui sera le père de l’enfant à naître, mais qui l’abandonnera pour s’exiler en Espagne. Il y a le « garçon-soldat » qui rêve des poissons de Norvège ; le colonel Chahid du Centre du renseignement militaire (CTRI) qui note minutieusement les informations fournies par Aïssa et fera exécuter son agresseur, mais à l’opposé son remplaçant mettra en doute son témoignage et lui intimera l’ordre de se taire.

Pour Daoud, la « décennie noire » c’est « la guerre » (p.182), la « vraie guerre » (p.193) en opposition à ce qu’il appelle « la guerre contre la France ». Les mettre sur le même plan déjà en soi pose problème, mais surtout ce n’est pas sous-estimer l’atrocité des 200 000 morts de la « décennie noire » que de rappeler que, selon les historiens, entre 500 000 et 1 million d’Algérien.ne.s sur 10 millions d’habitants ont été tués entre 1954 et 1962. Cela en dit long sur la volonté de Kamel Daoud de séduire la partie revancharde de la population française.

Une guerre que, selon lui, l’État algérien veut faire oublier (p. 240, 297) et dont les auteurs seraient « amnistiés ». « La loi de la « Réconciliation » leur permet d’être accueillis avec du lait et des dattes» (p.296). C’est une escroquerie intellectuelle. La loi de Cohésion civile (N°99-08 du 8 juillet 1999) et la Charte pour la Paix et la Réconciliation nationale (n° 2006-01 du 27 février 2006) que condamne Daoud et qui ont pourtant rétabli la paix en Algérie, ne sont pas des lois d’amnistie comme s’en était expliqué le président Bouteflika dans un meeting à Sétif en août 2005 *. Ces lois éteignaient les poursuites contre les jihadistes qui avaient déposé les armes. « Cette extinction des poursuites ne s’applique pas aux individus impliqués dans des massacres collectifs, les viols et les attentats à l’explosif dans des lieux publics. » (Charte, chapitre II, 2e). Ceux qui n’ont pas déposé les armes ont été impitoyablement traqués. Contrairement à l’interprétation que Daoud donne de l’article 46, il n’est pas interdit de parler des années 90, mais d’en faire l’apologie. La réalité que j’ai pu constater, est que la population répugne à évoquer cette période tragique dans laquelle ont souvent été impliqués, des deux côtés, des membres d’une même famille.

Le rappel des dates et des noms des victimes était nécessaire, de même que les récits des femmes emmenées de force dans la montagne par les « barbus » et violées, mais considérées à leur retour comme terroristes. Etait-il utile de décrire en détail les atrocités commises et de les répéter de façon lancinante jusqu’à la nausée du lecteur ? Comme si l’auteur y prenait du plaisir.

Les dernières pages se terminent sur une note optimiste. Aube n’avortera pas comme elle en avait eu l’intention. Elle accouchera d’une fille, Khaltoum en souvenir de « l’immense chanteuse égyptienne » Oum Khaltoum et elle vivra heureuse auprès d’Aïssa devenu son compagnon et de Khadija enchantée d’être grand-mère.

Houris est un livre complexe dont les qualités littéraires sont au service d’objectifs politiques réactionnaires. De l’agit-prop à rebours.

*Liberté DZ, 27 août 2005

Sur Houris…(2)

Chronique d’un prix Goncourt annoncé, par Christiane Chaulet Achour – 15/11/2024

Christiane Chaulet Achour revient pour histoirecoloniale.net sur les raisons très politiques de l’attribution du Prix Goncourt à l’écrivain algérien Kamel Daoud.

Dans une récente recension du roman Houris de Kamel Daoud, antérieure à son obtention du Prix Goncourt 2024, Christiane Chaulet Achour, professeure de littérature comparée et de littérature française à l’université de Cergy-Pontoise, pronostiquait que ce livre « aura certainement des prix mais sans doute pas pour des raisons littéraires ». Pour histoirecoloniale.net, elle revient ici sur les raisons de ce prix « annoncé », qui témoigne selon elle « une fois de plus de la difficulté hexagonale à regarder en face l’héritage impérial et de l’avidité à s’emparer d’une représentation partielle de l’Algérie, exonérant la France de toute responsabilité dans la transmission de la violence ». Dans un autre article, elle montre que contrairement à ce qu’on peut lire en France, ce roman n’est aucunement « le premier » sur la décennie noire écrit et publié en Algérie. On lira aussi avec intérêt sur Orient XXI « La fascination de Kamel Daoud pour l’extrême droite« , par Fares Lounis, qui fournit quelques clés pour comprendre l’engouement de certains media et acteurs politiques, notamment dans l’extrême droite française, pour cet écrivain et éditorialiste.

La France a occupé l’Algérie pendant 130 ans, fait historique non contestable… Il a fallu un certain temps pour que la domination linguistique, diffusée avec parcimonie il faut le dire – on ne va pas refaire l’histoire de la diffusion du français dans la colonie de peuplement – pour qu’elle produise des effets pérennes par l’entrée dans le champ littéraire français de « colonisés », écrivains talentueux. Inutile de s’attarder tant ils sont connus !

Le prix Goncourt fut créé au tournant du XIXe et XXe s. et le premier prix, décerné en 1903. Depuis plus de cent vingt romans ont été couronnés : c’est la première fois qu’un écrivain algérien est primé, sous colonisation ou sous nation. On ne reviendra pas sur les sept écrivains des Suds primés entre 1921 et 2021 si ce n’est pour souligner le constat : aucun Algérien. Alors la question se pose légitimement : pourquoi ce prix en 2024, au moment où, comme l’écrit le journaliste Makhlouf Mehenni, dans Le Courrier international du 30-09-24, « les nuages sombres continuent de s’amonceler dans le ciel déjà pas trop serein des relations entre la France et l’Algérie. De part et d’autre, les signaux négatifs se multiplient, ce qui n’augure rien de bon pour l’avenir des relations entre les deux pays, qui s’écrit désormais en pointillé ».

Le président du prix a précisé les raison du choix de Houris de Kamel Daoud par les jurés (6 sur 10, après le 5ème tour de vote) : « L’Académie Goncourt couronne un livre où le lyrisme le dispute au tragique, et qui donne voix aux souffrances liées à une période noire de l’Algérie, celle des femmes en particulier. Ce roman montre combien la littérature, dans sa haute liberté d’auscultation du réel, sa densité émotionnelle trace, aux côtés du récit historique d’un peuple, un autre chemin de mémoire ».

La dernière expression est particulièrement intéressante. Quel est cet « autre chemin de mémoire » que trace Houris pour les jurés du prix français le plus prestigieux ? Désigne-t-il la dissidence appréciable au plus haut point aujourd’hui en France d’un écrivain algérien ? On ne nous opposera pas le coup du chef d’œuvre littéraire qui s’impose dans une course où il y a tant de talents. On sait, depuis les études décisives faites qu’un prix littéraire renommé cumule le littéraire, l’économique et le politique et que les deux derniers pèsent de tout leur poids dans le choix. Un exemple parlant du poids du politique est le prix Nobel décerné à Albert Camus en octobre 1957, au moment où la Bataille d’Alger se termine. On appréciera aussi qu’une fois encore ce soit un des trois éditeurs du « triangle des Bermudes » (Le Seuil/Grasset/Gallimard) qui soit honoré en la personne d’un de ses romanciers. Mais chez Gallimard, la même année, un autre roman a été publié sur cette décennie noire, Bientôt les vivants d’Amina Damerdji. Ne proposait-il pas « un autre chemin » pour avoir été laissé au bord de la route, en ne le citant même jamais dans tous les articles qui paraissent sur Houris depuis septembre ?

En 2014, Kamel Daoud avait raté le coche, au profit de Lydie Salvayre, pour Meursault contre-enquête, roman qui reste, de mon point de vue, sa meilleure performance à ce jour. Il n’est pas inutile de rappeler les propos de son éditeur algérien (éditions Barzakh), Sofiane Hadjadj, qui le premier a édité ce roman, au Huffington Post Algérie : « C’est la première fois qu’un auteur algérien est nominé la même année pour les prix les plus prestigieux de la littérature francophone (…) avec un livre paru d’abord dans son pays d’origine. (…) Kamel Daoud est un écrivain algérien vivant en Algérie et qui a été édité en Algérie. Cette reconnaissance française et internationale est donc une grande fierté ».

Après la non-obtention du prix, le romancier avait tweeté : «J’aurais voulu offrir de la joie aux miens, aux gens et aux lecteurs, rentrer au pays avec une belle image de soi».

Dix années ont passé et… beaucoup d’eau sous les ponts ont coulé tant dans les relations franco-algériennes que dans le parcours du romancier. Cette fois-ci, le travail vers le couronnement a été bien fait dans le champ médiatique et littéraire franco-occidental que Kamel Daoud occupe avec talent, provocation, opportunité et opportunisme. Selon ce qui semble être devenues des convictions bien chevillées au corps, tous les petits cailloux blancs ont été posés : positionnement volontairement provocateur sur le conflit Israël/Palestine, dialogues avec certaines personnalités, contempteur inlassable des islamistes, etc…

Il se crée autour de lui une atmosphère de la dissidence qui le distingue parmi les Algériens jamais assez « critiques » sur leur pays. On ne peut multiplier les citations mais les deux mots que les médias français accolent le plus volontiers à son nom sont ceux de lucidité et de courage. Sous le titre : « L’intellectuel qui secoue le monde », Le Point lui consacre un dossier, le 9 février 2017 : « Les prises de position de l’écrivain algérien sur l’islamisme et les dictatures arabes ont un retentissement mondial »… Rien que ça ! Dans Télérama, en février 2020, sous la plume de Marie Cailletet, à propos d’un documentaire sur l’Algérie auquel Kamel Daoud a participé : « ses prises de position sur l’islamisme, la place des femmes, les archaïsmes de la société algérienne, les turpitudes de l’ère Bouteflika ont valu à Kamel Daoud, chroniqueur et écrivain, fatwa, attaques et campagnes de dénigrement virulentes (…) Une parole lucide, sans complaisance et insoumise ». C’est un écho comparable qu’on trouve cette fois dans le « Grand entretien » de Rachel Binhas dans Marianne en septembre 2024 : « L’écrivain Kamel Daoud analyse avec lucidité le Hirak ». Ces exemples montrent que de 2017 à 2024, « l’autre chemin de mémoire » a été bien tracé.

Alors Houris, couronné pour dissidence ? De quelle dissidence s’agit-il ? De celle qui donne à lire un roman entièrement consacré aux islamistes, à leurs méfaits et à leur criminalité – que plus d’un roman algérien a dénoncé et qui n’est pas contestable –, en dehors de toute mise en contexte antérieure, nationale et internationale, et surtout en dehors de tout rappel de la période coloniale, lavant ainsi la France de 130 années de « gestion » algérienne ou y faisant allusion comme un épisode moindre que la guerre de la décennie noire ? Enfin un écrivain algérien, lucide, qui s’en prend aux siens « islamistes », rencontrant un combat actif dans l’hexagone, plutôt qu’à l’ennemi « historique » !… Ce prix décerné l’est, avant tout, sur le plan politique. Il témoigne une fois de plus de la difficulté hexagonale à regarder en face l’héritage impérial et de l’avidité à s’emparer d’une représentation partielle de l’Algérie, exonérant la France de toute responsabilité dans la transmission de la violence.

Christiane Chaulet Achour – 7 novembre 2024

*Pour une analyse détaillée de la fabrique du texte, voir mon article dans Collateral, 13 septembre 2024, « Kamel Daoud écrit sa catabase » ; et dans 24HDZ du 6 novembre 2024 : « Houris, « premier » roman algérien sur la décennie noire ? »

« Une guerre d’avance » ou « une paix de retard » ?.. La folie du budget militaire français et de la Loi de programmation militaire.

Le budget du ministère des Armées, qui était de 32 milliards d’euros en 2017 à l’arrivée d’Emmanuel Macron au pouvoir, devrait grimper à 67,4 milliards en 2030, à la faveur de deux Lois de programmation successives, prévoyant une augmentation des crédits de défense, sur fond de guerre en Ukraine. C’est la première fois que le budget militaire français double par temps de paix en deux mandats d’un président de la République. Le budget figurant dans la Loi de finances pour 2025 s’inscrit dans cette trajectoire puisque les budgets militaires français sont pilotés par des Lois de programmation militaire (LPM) généralement quinquennales. Celles-ci existent depuis les années 1960 dans la logique du développement de la dissuasion nucléaire. C’est pourquoi avant de discuter du budget pour 2025, il faut examiner le cadre de la Loi de programmation en cours.

L’augmentation énorme des crédits d’armement dans la LPM

La Loi de programmation militaire 2024-2030 a été discutée à l’Assemblée nationale et au Sénat en mai-juin 2023. Ces LPM viennent après un exercice de prospection stratégique, appelés « Livre Blanc » ou « Revue stratégique ». La LPM votée en 2018 a été précédée par une « Revue stratégique » en 2017. Pour cette LPM, une « Revue nationale stratégique » (RNS) i a été rendue publique le 9 novembre 2022 et une présentation des orientations de cette Loi a été faite par le Président de la République sur la base aérienne de Mont-de-Marsan, le 20 janvier 2023 ii.

En théorie, le processus est parfait mais en fait, seule la discussion au Parlement de la Loi de programmation est médiatisée, essentiellement sous son aspect financier. Les orientations qui ont présidé à ses choix, ont tendance à être mis en arrière-plan, ce qui amène une sous-estimation des analyses politiques qui sous-tendent la décision.

En 2023, le cadre politique avait été fixé par le Président Macron, en janvier, qui avait affirmé « Nous devons donc avoir une guerre d’avance ». Il a ajouté cette phrase audacieuse : « cette loi de programmation militaire devra donc tirer les conclusions de ce que notre époque porte en germe ». Il a résumé le passé récent à une « accumulation des menaces dans tous les ordres et dans toutes les géographies ». Quelle courte vue de résumer le 21e siècle ainsi !

Il ne faut pas s’étonner que cette logique militariste ait conduit à ce que cette Loi de programmation militaire (LPM) augmente considérablement (plus d’un tiers) les crédits de la précédente LPM, qui étaient de 295 milliards d’euros sur cinq ans, en prévoyant une somme totale de 413 milliards d’euros jusqu’en 2030, soit sur sept ans.

Un budget militaire 2025 indécent

Le Projet de loi de finances 2025 affirme respecter cette trajectoire et propose une enveloppe de 50,5 milliards d’euros de crédits budgétaires pour le ministère des Armées et des Anciens combattants, soit une hausse de 3,3 milliards d’euros (soit + 7%) par rapport à 2024. Pourquoi une telle augmentation ? La justification par des prétendues menaces est toujours la même : « L’effort est colossal […] car la programmation militaire obéit à des menaces extérieures qui touchent à la survie du pays et à nos intérêts vitaux », estime Sébastien Lecornu.

La dissuasion nucléaire continue d’être modernisée. Elle bénéficie une hausse de 508 millions d’euros par rapport à 2024, près de +8 %, notamment pour rénover les têtes nucléaires, la trame des missiles de la composante océanique.

Les dépenses pour les munitions sont en hausse de +27 % pour prendre en compte notamment la fourniture d’armes et de munitions à l’Ukraine. Elles représentent un effort important : 1,9 milliard € en 2025, soit 400 millions d’euros en plus par rapport à 2024.

Mais le plus éclairant est la déclaration de Sébastien Lecornu qui affirme « La France remplira l’objectif des 2 % donné par l’Otan, 2 % du PIB en cette année 2024 ». La France est devenue un bon élève de l’OTAN !

Alors que le gouvernement Barnier multiplie les annonces de restrictions de crédits qui toucheront, quoiqu’il en dise, d’abord les plus pauvres, c’est bombance pour les marchands de canon et de mort.

Quel contexte ? Quelles menaces ?

Peut-on affirmer que le contexte international justifie une telle remilitarisation de la France ?

Je pense, au contraire, pour moi, les deux dernières décennies sont marquées par l’échec de toutes les solutions de force, de nature militaire essentiellement, qui ont été appliquées dans les diverses crises ou conflits : Afghanistan, Irak, Syrie, Libye, Afrique centrale et aujourd’hui Ukraine et Palestine.

« Tirer les conclusions de ce que notre époque porte en germe » ? Chiche! Alors, reconnaissons que les solutions militaires ont été en échec depuis vingt ans et qu’il ne peut exister qu’une conclusion : les seules issues viables, crédibles aux conflits et aux crises internationales relèvent de l’action politique et diplomatique et le meilleur cadre pour déployer celle-ci dans le monde d’aujourd’hui est le cadre multilatéral, c’est-à-dire le cadre onusien.

Deuxièmement, Affirmer qu’il faut « avoir une guerre d’avance » ne peut signifier en toute logique qu’une chose : le but de l’action publique aujourd’hui n’est pas ou plus de préparer la paix mais clairement de préparer la guerre…

Cela explique que la France a décidé, non pas d’une simple modernisation, mais d’un renouvellement quasi complet de ses forces nucléaires d’ici 2035.

C’est une véritable fuite en avant ! Comme les programmes nucléaires lancés dans cette LPM ne s’achèveront qu’en 2035-2037, cela signifiera que la LPM suivante comptera une somme équivalente pour les équipements nucléaires. La dépense prévue entre 2024 et 2030 pour les armes nucléaires représente une somme totale minimum de 53,9 milliards d’euros en sept ans ce qui est considérable. Donc sur douze ans, on peut estimer que la construction de nouvelles armes nucléaires et la modernisation de certaines représenteront un coût total en 2035 d’au moins cent milliards d’euros !

Ainsi, l’examen approfondi de la Loi de programmation montre qu’elle est “plombée” par la priorité absolue donnée au renouvellement , des armes nucléaires françaises.

Une période nouvelle :

Je critique la hausse des crédits militaires, car elle se justifie moins que jamais, et ce pour une raison fondamentale. Nous sommes dans une période nouvelle, sur le plan du droit international, avec l’avènement d’un Traité sur l’Interdiction des armes nucléaires (TIAN) – norme de droit international signée par 93 États et qui compte 69 États membres. Personne ne conteste que le processus pour inclure les États nucléaires actuels dans le TIAN sera long et compliqué, mais la France n’a-t-elle pas une carte diplomatique à jouer pour promouvoir cette démarche ? Ne serait-elle pas capable d’obtenir des avancées significatives dans les dix ans à venir ? Ce délai ne permettrait-il pas d’éviter de se précipiter dans le ruineux renouvellement des grands programmes nucléaires, sans compromettre dans la décennie à venir notre sécurité ?

Sans partager mes analyses, un site proche des milieux militaires comme DSI n’est peut-être pas si loin de ce constat lorsqu’il écrit : « 2035 laisse 12 ans au politique pour considérer que la réduction d’une menace russe implique que l’on puisse revoir à la baisse les ambitions budgétaires » iii…

Les deux décennies à venir seront capitales :

– Soit, s’enfoncer dans une militarisation incontrôlable et aller vers les 3 % du PIB en 2030 comme certains le réclament déjà.

– Soit, choisir une politique innovante visant à faire redémarrer et progresser tous les processus de désarmement à l’échelle internationale. Si l’on s’inscrit dans cette deuxième voie, dans cette période transitoire, on peut admettre qu’il faille maintenir en bonnes conditions les programmes d’armement existants terrestres et aériens (visés souvent par les “glissements” et “coupes” dans la LPM) pour conserver une base militaire solide en cas d’impondérables, mais il s’agit plus de décisions « conservatoires » et non de la fuite en avant comme dans la Loi de programmation militaire prévue. Il faut aussi être capable d’assister l’ONU dans ses missions de maintien de la paix.

Mais dans tous les cas de figure, la priorité reste celle-ci : va-t-on ou non à la construction d’une paix mondiale durable, à un « Ci vis pacem, para pacem » et non au mortifère « Ci vis pacem, para bellum » ?

Pour une politique innovante

Que peut signifier une « politique innovante visant à faire redémarrer et progresser tous les processus de désarmement à l’échelle internationale » ? Je vois six axes pour une véritable politique nouvelle, en faveur de la paix dans le monde, six axes qui pourraient inspirer un gouvernement et une majorité politique progressiste :

– éliminer la menace nucléaire en travaillant à universaliser le TIAN

– travailler à la démilitarisation des relations internationales en renforçant le Traité sur le commerce des armes et en aboutissant à un vrai Traité sur la démilitarisation de l’espace

– renforcer le rôle des Nations unies pour qu’elles reprennent le leadership dans la résolution des conflits

– le quatrième enjeu est de reprendre le chantier de la construction d’une infrastructure de sécurité commune en Europe, avec et non contre la Russie, en repartant sur ce qui avait commencé d’être bâti à la fin des années 1990 avec l’OSCE.

– renforcer la place des opinions dans toutes les enceintes internationales où elles doivent pouvoir s’exprimer et être consultées systématiquement. L’exemple des Conférences sur le climat montre que la pression des ONG est de plus en plus essentielle dans les rapports de force internationaux. Cela sera encore pus nécessaire demain, compte tenu du résultat des élections aux États-Unis.

– enfin, le sixième mais sans doute principal enjeu est d’arriver à une prise en compte généralisée par les gouvernements du monde et par les peuples, du sens et de la centralité du Droit international. Il faut rappeler que la Charte des nations unies est la base du droit international, il n’y a rien au-dessus. Le cœur de ce texte dès son article 1 est le refus de la force dans les relations internationales. Tout le reste de la Charte est subordonné à cet objectif.

Il y a un débat qui commence à se développer sur la place du droit international dans les relations mondiales. Certains juristes ou chercheurs estiment que le droit international a échoué face à la puissance des États, qu’en conséquence, la structure qui porte la Charte des Nations unies, l’ONU a également échoué. Donc, selon eux, il n’y aura pas d’avancée sans la reconstruction d’un nouveau système international à partir de zéro iv.

Je ne partage pas cette analyse. Le droit international a avancé, nous avons réussi à imposer une nouvelle structure, la Cour pénale internationale, pour juger les crimes de guerre, elle empêche aujourd’hui Poutine, qui est sous le coup d’un mandat d’arrêt international, de sortir de Russie, demain, elle fera la même chose avec Netanyahou.

De son côté, la Cour internationale de justice aborde pour la première fois de son histoire des questions politiques sensibles : la menace de génocide à Gaza, l’illégalité de l’occupation israélienne. Ces évolutions tiennent à la fois à la nouvelle place des sociétés civiles dans le monde, et à l’apparition de puissances émergentes et d’un Global South qui refusent les « doubles standard ». Le droit international n’est pas condamné à l’impuissance face à la puissance, il peut devenir instrument, au travers de ces exemples, d’une nouvelle puissance, et provoquer ainsi l’impuissance la puissance.

La question des dépenses militaires

J’attire l’attention sur une des dispositions les plus importantes de la Charte des Nations unies c’est l’article 26. Que dit-il ? « Afin de favoriser l’établissement et le maintien de la paix et de la sécurité internationales en ne détournant vers les armements que le minimum des ressources humaines et économiques du monde »,

Cela veut dire que le doublement des dépenses militaires depuis la fin de la guerre froide est proprement scandaleux et illégal. Rien ne justifie qu’on soit passé de 1000 milliards de dollars par an à 2400 milliards comme aujourd’hui avec des armes encore plus perfectionnées.

Je rappelle les chiffres officiels du SIPRI : le total des dépenses militaires mondiales s’élève à 2 443 milliards de dollars en 2023, soit une augmentation de 6,8 % en termes réels par rapport à 2022. Il s’agit de la plus forte augmentation d’une année sur l’autre depuis 2009. En 2023, les dépenses militaires des 31 membres de l’OTAN s’élèvent à 1341 milliards de dollars, soit 55% des dépenses militaires mondiales. Les dépenses militaires des États-Unis ont augmenté de 2,3 % pour atteindre 916 milliards de dollars en 2023, ce qui représente 68 % du total des dépenses militaires de l’OTAN.

Aucune évolution du monde ne justifie qu’un pays comme la France augmente ses dépenses militaires de 35 % : c’est illégal, c’est contraire à la Charte des Nations Unies. Les dépenses militaires n’assurent pas la paix de la planète et ne garantissent pas la sécurité de ses habitants.

Le deuxième point est le gaspillage de ressources qu’elles représentent au regard des besoins dans le monde. Que l’on songe que les besoins de financement pour réaliser les Objectifs de développement durable dans les 59 pays en développement à faible revenu s’élèvent à 400 milliards de dollars par an, à comparer aux 2400 milliards de dollars de dépenses militaires. Que l’on songe aux 3,3 milliards d’euros d’augmentation des dépenses militaires françaises face aux diminutions de ressources prévues pour l’éducation et la santé par exemple !

Ce sont ces choses simples et claires qu’il faut rendre accessible au plus grand nombre pour que la population, les citoyens et citoyennes de cette planète exercent une pression complètement différente sur leurs gouvernements, partout, pour changer de direction, pour changer de cap et pour faire respecter nos règles de vie communes, fondamentales telles qu’elles ont été pensées à l’origine des Nations unies en 1945.

Réagir !

La présentation biaisée des conflits actuels, la déformation systématique de la nécessité et de la possibilité de trouver des issues politiques négociées, de construire ou renforcer des règles de vie et de sécurité commune, a conduit à un recul dans l’opinion sur la nécessité de réduire et non d’augmenter les dépenses d’armement. Il faut inverser cette vision. Il y a besoin de relancer des campagnes d’information, des actions de sensibilisation et de pression v sur l’urgence de réduire partout les dépenses d’armement. Ce n’est pas le seul moyen mais c’est un élément essentiel pour combattre la remilitarisation des relations internationales et pour travailler à un monde plus sûr et plus pacifié.

NOTES

i – https://www.vie-publique.fr/rapport/287163-revue-nationale-strategique-2022 – vu le 21 avril 2023

ii- https://www.elysee.fr/emmanuel-macron/2023/01/20/transformer-nos-armees-le-president-de-la-republique-presente-le-nouveau-projet-de-loi-de-programmation-militaire – vu le 21 avril 2023

iii- https://twitter.com/DSI_Magazine/status/1643895501895479297?s=20 – vu le 21 avril 2023

iv- Interview de Monique Chemillier-Gendreau dans l’Humanité du 10 octobre 2024

v- À noter la pétition du Mouvement de la paix pour réduire les dépenses d’armement nucléaires françaises sur https://www.change.org/non-au-doublement-des-depenses-pour-les-armes-nucleaires

DOCUMENT : Situation des droits de l’homme dans les territoires palestiniens occupés depuis 1967.

Rapport de la Rapporteuse spéciale sur la situation des droits

de l’homme dans les territoires palestiniens occupés depuis 1967,

Francesca Albanese – 1er octobre 2024

L’effacement colonial par le génocide

Résumé :

Dans le présent rapport, la Rapporteuse spéciale sur la situation des droits de

l’homme dans les territoires palestiniens occupés depuis 1967, Francesca Albanese,

examine les horreurs qui se produisent dans le territoire palestinien occupé. La

destruction systématique de Gaza se poursuit sans relâche, et d’autres régions du

territoire ne sont pas non plus épargnées. La violence qu’Israël déchaîne contre les

Palestiniens depuis l’après-7 octobre ne surgit pas du néant, mais s’inscrit dans une

campagne orchestrée intentionnellement au niveau de l’État pour provoquer

systématiquement le déplacement forcé et le remplacement à long terme des

Palestiniens. Cette trajectoire risque de causer un tort irréparable à l’existence même

du peuple palestinien en Palestine. Les États Membres doivent intervenir maintenant

pour empêcher de nouvelles atrocités qui laisseront des stigmates encore plus

profonds dans l’histoire de l’humain.

VII. Conclusions 

83. Le génocide à Gaza est l’histoire d’une tragédie annoncée, qui risque de

s’étendre à d’autres Palestiniens placés sous l’autorité israélienne. Depuis sa

création, Israël traite le peuple occupé comme un fardeau honni et une menace

à éradiquer, et soumet des millions de Palestiniens, depuis des générations, à des

indignités quotidiennes, à des massacres, à des incarcérations massives, à des

déplacements forcés, à la ségrégation raciale et à l’apartheid. La poursuite de

l’objectif du « Grand Israël » menace d’effacer la population palestinienne

autochtone.

84. Grimée sous les fards d’une propagande israélienne mensongère de guerre

menée en « légitime défense », la conduite génocidaire d’Israël doit être examinée

dans un contexte plus large, entendue comme des actes multiples (totalité de la

conduite) qui convergent tous vers la prise pour cible des Palestiniens comme

tels (totalité d’un peuple) sur l’ensemble du territoire où ils habitent (totalité du

territoire), au service des ambitions politiques d’Israël consistant à asseoir une

souveraineté sur l’ensemble de l’ancienne Palestine mandataire. Aujourd’hui, le

génocide de la population palestinienne apparaît comme le moyen de parvenir à

une fin : l’expulsion complète ou l’éradication des Palestiniens de la terre à

laquelle est rattachée une part si essentielle de leur identité et qui est illégalement

et ouvertement convoitée par Israël.

85. Les déclarations et les actes des dirigeants israéliens traduisent une

intention et une ligne de conduite génocidaires ; ils ont souvent convoqué le récit

biblique d’Amalek pour justifier l’extermination des « Gazaouis », en effaçant

Gaza et en déplaçant violemment les Palestiniens, faisant ainsi des Palestiniens

dans leur ensemble des cibles légitimes.

86. Les personnes clairement identifiables comme étant les auteurs de ces actes

doivent être poursuivies en justice. Toutefois, c’est l’ensemble de l’appareil

d’État qui a conçu, formulé et exécuté la violence génocidaire, par des actes qui,

pris dans leur totalité, peuvent conduire à la destruction du peuple palestinien.

Cela doit cesser ; il faut agir d’urgence pour garantir la pleine application de la

Convention sur le génocide et assurer une pleine protection aux Palestiniens.

87. Ce génocide en cours est sans nul doute la conséquence du statut

exceptionnel et de l’impunité prolongée octroyés à Israël. Israël a violé de

manière systématique et flagrante le droit international, y compris les

résolutions du Conseil de sécurité et les ordonnances rendues par la Cour

internationale de Justice. Cela a conforté l’hubris d’Israël et son mépris du droit

international. Comme l’a prévenu le Procureur de la Cour pénale internationale,

« si nos actes ne traduisent pas notre volonté d’appliquer le droit de manière

impartiale, si notre application du droit est perçue comme étant sélective, nous

aurons contribué à son effondrement. Tel est le risque bien réel qui se dessine en

ce moment charnière ».

88. Alors que le monde assiste au premier génocide colonial diffusé en direct,

seule la justice peut panser les blessures que l’opportunisme politique a laissé

s’envenimer. La dévastation de tant de vies fait outrage à l’humanité et à tout ce

que le droit international défend.

VIII. Recommandations 

89. Le génocide actuel s’inscrit dans le cadre d’un projet séculaire de

colonisation de peuplement exterminatoire en Palestine, au déshonneur du

système international et de l’humanité, auquel il faut mettre fin et qui doit faire

l’objet d’enquêtes et de poursuites.

90. La Rapporteuse spéciale rappelle à tous les États qu’ils ont l’obligation de

s’acquitter de leur devoir de précaution, compte tenu du risque grave réel de

violation continue de la Convention sur le génocide et des Conventions de

Genève, et exhorte les États à examiner les leviers dont ils disposent pour

atténuer ce risque et à parvenir sans délai à une décision officielle, qu’ils agissent

seuls ou avec d’autres États, y compris dans le cadre de l’ONU ; ainsi qu’à

expliquer au grand public et à la communauté internationale les mesures qu’ils

prennent et les raisons qui les ont motivés.

91. Que ce soit dans l’exercice de leur devoir de précaution susmentionné ou

dans un autre cadre, la Rapporteuse spéciale exhorte les États Membres à :

a) User de toute leur influence politique − en commençant par un

embargo total sur les armes et l’imposition de sanctions − pour qu’Israël arrête

l’assaut contre les Palestiniens, accepte un cessez-le-feu et se retire complètement

du territoire palestinien occupé, conformément à l’avis consultatif de la Cour

internationale de Justice du 19 juillet 2024 ;

b) Reconnaître officiellement qu’Israël est un État d’apartheid et qu’il

viole constamment le droit international, à réactiver le Comité spécial contre

l’apartheid pour qu’il se saisisse de la situation en Palestine, et à avertir Israël

qu’il risque d’être exclu de l’Organisation en application de l’Article 6 de la

Charte des Nations Unies ;

c) Appuyer le déploiement d’une présence internationale de protection

dans l’ensemble du territoire palestinien occupé ;

d) Élaborer un cadre de protection pour les Palestiniens déplacés en

dehors de Gaza, conformément au droit international des droits humains et au

droit international des réfugiés, tout en préservant pleinement leur droit au

retour ;

e) Appuyer la ou les enquêtes indépendantes et approfondies sur les

conduites criminelles, y compris le génocide et l’apartheid, notamment par

l’application, au sein des juridictions nationales, de la compétence universelle

envers les personnes soupçonnées d’avoir commis des actes criminels, y compris

toutes les infractions accessoires ;

f) Prendre des mesures d’enquête et de poursuite contre les entreprises

et les personnes ayant une double nationalité qui sont impliquées dans des crimes

commis dans le territoire palestinien occupé, y compris les soldats, les

mercenaires et les colons ;

g) Garantir l’acheminement sans entrave d’une aide humanitaire à Gaza

ainsi que le financement intégral et la protection totale de l’UNRWA, y compris

contre les attaques visant ses locaux et son personnel et contre les campagnes de

diffamation, et assurer la continuité de tous les volets de son mandat.

92. La Rapporteuse spéciale demande instamment au Procureur de la Cour

pénale internationale d’enquêter sur la commission des crimes de génocide et

d’apartheid par Israël, et d’ouvrir des enquêtes sur d’autres personnalités de

premier plan mentionnées dans le présent rapport.

93. La Rapporteuse spéciale demande instamment à la Commission

internationale indépendante chargée d’enquêter dans le Territoire palestinien

occupé, y compris Jérusalem-Est, et en Israël de mener une enquête sur le

contexte plus large des intentions et pratiques exterminatoires d’Israël contre

tous les Palestiniens (en appliquant la méthode du triple prisme), y compris ceux

qui ont la citoyenneté israélienne et les réfugiés, ainsi que sur les actes récents de

génocide.

Conférence-débat à l’Espace Niemeyer le 27 novembre…

Voici plus d’un an que le Moyen-Orient est plongé dans la guerre. Après le massacre du 7 octobre, la pluie incessante de missiles sur Gaza, enfin le front libanais, demain peut-être l’Iran. C’est toute la région qui est au bord du précipice.

Pour mieux comprendre la situation, Recherches Internationales a rassemblé, pour une conférence débat exceptionnelle certains des meilleurs spécialistes de la région:

Agnès Levallois, Vice-Présidente de l’IReMMO

Thomas Vescovi, Historien et doctorant à l’ULB

Myriam Benraad, Politologue, Schiller University

Pierre Barbancey, Grand Reporter à l’Humanité

Jacques Fath, Politologue

Sous la présidence de Michel Rogalski, introduction Alexis Coskun

Je m’inscris à la conférence débat en cliquant ici :

ou par courriel au redaction.recherchesinter@gmail.com

DOCUMENT – Ukraine

Texte officiel du « Plan de la Victoire » présenté par Volodymyr Zelenskyy

Président à la Verkhovna Rada

16 octobre 2024

Chère population ukrainienne!

Monsieur le Président de la Verkhovna Rada d’Ukraine!

Monsieur le Premier Ministre!

Monsieur le général, commandant en chef des forces armées de l’Ukraine!

Les chefs de nos agences de renseignement respectées, le service de sécurité de l’Ukraine, les estimés fonctionnaires du gouvernement, les chefs de toutes les institutions de l’État de l’Ukraine!.

Députés du peuple d’Ukraine!

Diplomates ukrainiens!

Représentants de nos États partenaires, qui sont ici aujourd’hui, ambassadeurs en Ukraine!

Tous ceux qui sont présents aujourd’hui dans cette salle!

L’urgence du plan de victoire, c’est maintenant. Il s’agit de points dont la plupart s’inscrivent dans le temps.

Si nous commençons dès maintenant à suivre cette idée, ce plan de victoire concret, il sera peut-être possible de mettre fin à la guerre au plus tard l’année prochaine.

Tous ceux d’entre nous qui ressentent la douleur de la guerre entendent que des noms comme Pokrovsk, Vovchansk, Kharkiv, Sumy, notre Orikhiv, Zaporizhzhia, Kherson, ainsi que Donetsk, Luhansk, Crimée, ne concernent pas seulement le sort de l’Ukraine.

Il s’agit aussi du sort d’autres pays – les États baltes. La Finlande. Les pays qui sont nos voisins. Les Balkans, les pays d’Asie centrale, la Géorgie, la Moldavie.

Et des pays d’autres régions du monde qui sont loin de nous en Ukraine, mais très proches de nos partenaires – il s’agit de la Libye, de la Syrie et des pays de la région du Sahel.

Les batailles dans lesquelles les Ukrainiens se battent actuellement, ici même en Ukraine, pour leur indépendance, décident si le monde plongera dans d’autres guerres.

La Russie – et ses complices – veulent plus de guerres. C’est un fait.

Ils apprennent. Plus ils auront de temps pour apprendre à répandre des ruines, et seulement des ruines, plus le monde paiera inévitablement plus tard, malheureusement, pour le droit à la vie, pour le droit à la paix.

Aujourd’hui, pour nos partenaires, aider l’Ukraine, c’est assurer le maintien d’un ordre fondé sur des règles dans le monde.

Si la guerre de la Russie contre l’Ukraine prend fin lors d’un sommet de paix et sur la base du droit international, cela dissuadera d’autres agresseurs potentiels de déclencher d’autres guerres.

Et si Poutine atteint ses objectifs insensés – géopolitiques, militaires, idéologiques et économiques -, les autres agresseurs potentiels, notamment dans la région du Golfe, l’Indo-Pacifique et l’Afrique, auront l’impression que les guerres d’agression pourraient être bénéfiques pour eux aussi.

C’est pourquoi le destin des prochaines décennies se joue dans les actions de notre coalition mondiale pour la défense de l’Ukraine et du droit international.

Pour nous, il est tout à fait légitime de nous tourner vers nos partenaires pour qu’ils nous soutiennent dans cette bataille.

Pour nos partenaires, il est tout à fait pratique de nous aider non seulement à supporter, mais aussi à gagner la guerre pour notre vie. Ce faisant, ils s’aideront eux-mêmes tout autant.

Dans la coalition des criminels aux côtés de Poutine, il y a déjà la Corée du Nord – la famille Kim, qui tient en esclavage plus de vingt millions de Coréens.

Nos services de renseignement documentent non seulement le transfert d’armes de la Corée du Nord vers la Russie, mais aussi le transfert de personnes.

Il s’agit de travailleurs pour les usines russes, qui remplacent les citoyens russes tués pendant la guerre, et de personnel pour l’armée russe. Et c’est déjà un fait.

En fait, il s’agit maintenant de la participation d’un deuxième État à la guerre contre l’Ukraine aux côtés de la Russie.

Tout le monde voit le soutien du régime iranien à Poutine, ainsi que la coopération de la Chine avec la Russie.

Malgré ses déclarations, Pékin s’abstient de prendre des mesures vraiment sérieuses et efficaces pour arrêter Poutine, pour mettre un terme à l’agression de la Russie et à ses violations de la Charte des Nations unies.

Et nous devons parler honnêtement – les Ukrainiens et tous nos partenaires – si nous ne nous renforçons pas de manière significative maintenant, Poutine parviendra à se renforcer de manière significative l’année prochaine, à se renforcer au point que la diplomatie sera définitivement abandonnée.

La Russie doit perdre la guerre contre l’Ukraine.

Il ne s’agit pas d’un « gel ».

Il ne s’agit pas non plus d’échanger le territoire ou la souveraineté de l’Ukraine.

Nous devons mettre en œuvre le plan de la victoire pour forcer la Russie à participer au sommet de la paix et à accepter de mettre fin à la guerre.

Le plan se compose donc de cinq points et de trois annexes secrètes.

Le premier point est géopolitique.

Les deuxième et troisième points sont militaires.

Le quatrième point est économique.

Le cinquième point du plan de victoire est lié à la sécurité.

Les points sont programmés dans le temps. Très précisément. Les quatre premiers points concernent le temps de guerre, pour y mettre fin. Le cinquième point est pour l’après-guerre, pour garantir la sécurité.

Le premier point est une invitation à l’OTAN. Dès maintenant.

Nous sommes une nation démocratique qui a prouvé qu’elle était capable de défendre la région euro-atlantique et notre mode de vie commun – celui d’autres nations démocratiques.

Pendant des décennies, la Russie a exploité l’incertitude géopolitique en Europe, en particulier le fait que l’Ukraine n’est pas membre de l’OTAN. C’est ce qui a incité la Russie à empiéter sur notre sécurité. Et maintenant, le fait que l’Ukraine soit invitée à rejoindre l’OTAN pourrait devenir vraiment fondamental pour la paix.

Nous comprenons que l’adhésion à l’OTAN est une question d’avenir, pas de présent.

Mais Poutine doit voir que ses calculs géopolitiques échouent.

Le peuple russe doit sentir que son « tsar » a perdu sur le plan géopolitique face au monde.

Je tiens à remercier tous nos partenaires qui soutiennent l’idée qu’une invitation de l’Ukraine à l’OTAN maintenant, avec une adhésion plus tard, ne nous renforce pas seulement nous, mais nous renforce tous.

L’invitation est une décision puissante qui n’exige rien d’autre que de la détermination.

Et aujourd’hui, l’invitation symbolise bien plus que l’OTAN.

Pour nous, la détermination de l’Ukraine sur la question de l’OTAN signifie également l’inévitabilité de l’intégration européenne pour l’Ukraine et le fait qu’il n’y a pas d’alternative à la démocratie en Ukraine.

C’est pourquoi il s’agit du point initial du Plan de la Victoire. Le premier et le plus important. Le signe de la détermination. Voilà ce qu’est l’invitation. Une invitation inconditionnelle dès maintenant.

Cela signifie une certitude quant à la manière dont nos partenaires perçoivent réellement notre place à tous, la place de l’Ukraine dans l’architecture de sécurité.

Je vous invite tous à travailler à la détermination de nos partenaires à reconnaître l’Ukraine comme un égal dans l’architecture de sécurité de l’Europe.

Le deuxième point est la défense.

Il s’agit d’un renforcement irréversible de la défense de l’Ukraine contre l’agresseur.

Il est réaliste de défendre nos positions sur le champ de bataille tout en veillant à ce que la guerre soit ramenée sur le territoire de la Russie, afin que les Russes sachent ce qu’est la guerre et que, malgré la propagande russe, ils commencent à retourner leur haine contre le Kremlin.

Nous ne sommes pas naïfs. L’Ukraine ne croit pas et ne croira pas que la majorité des Russes se rendront vraiment compte de la profondeur du déclin moral de leur État.

Mais ils doivent sentir le déclin de l’armée russe.

Et ce sera la défaite de leur idéologie guerrière.

Il existe une liste précise d’armes qui peuvent soutenir une telle force de nos guerriers. Et grâce à l’opération Koursk, nous avons vu que Poutine n’a pas assez de forces pour tenir lorsque nous poussons, et nous poussons très fort.

Par conséquent, les clés de la mise en œuvre de ce deuxième point du plan de victoire sont les suivantes

– la poursuite réussie des opérations des forces de défense et de sécurité de l’Ukraine dans les zones définies du territoire de l’ennemi afin d’empêcher la création de zones tampons sur notre territoire ;

– le renforcement irréversible des positions des forces de défense et de sécurité de l’Ukraine et la destruction du potentiel offensif de la Fédération de Russie dans le territoire occupé de l’Ukraine;

– ensuite, l’aide de nos partenaires à la constitution de brigades de réserve pour les forces armées ukrainiennes ;

– porter le système de défense aérienne de l’Ukraine à un niveau suffisant, vraiment suffisant, pour protéger nos villes et nos villages des missiles russes et des drones ennemis, et mener des opérations de défense conjointes avec nos voisins européens pour abattre les missiles et les drones russes dans le rayon d’action des boucliers aériens des partenaires ;

– ainsi que l’expansion des opérations impliquant nos missiles et drones ukrainiens et l’investissement dans l’augmentation de leur production en Ukraine ;

– lever les restrictions imposées par notre partenaire à l’utilisation d’armes à longue portée sur l’ensemble du territoire ukrainien occupé par la Russie et sur le territoire russe – sur les infrastructures militaires ennemies, et fournir à l’Ukraine des capacités appropriées à longue portée – missiles, drones et autres moyens de destruction ;

– fournir à l’Ukraine des données satellitaires en temps réel et des données obtenues par d’autres moyens de renseignement.

Pour chacun des sous-points de défense de notre plan de victoire, l’Ukraine fournit à ses partenaires une justification claire, tous les détails – quels sont exactement nos objectifs, comment nous les atteignons, et dans quelle mesure cela réduira la capacité de la Russie à poursuivre cette guerre.

Le point défense du plan comporte une annexe secrète, et il n’est accessible qu’aux partenaires qui disposent des capacités d’assistance militaire appropriées.

Le troisième point du Plan de Victoire est un point appelé dissuasion.

Il comporte également une annexe secrète correspondante. Les États-Unis, les dirigeants du Royaume-Uni, de la France, de l’Italie et de l’Allemagne l’ont déjà reçu.

Il sera également reçu par d’autres États, qui pourront compléter ce concept de dissuasion très connu dans le monde en y ajoutant un contenu pour l’Ukraine.

Les dirigeants russes n’agissent de manière agressive que lorsqu’ils sont convaincus qu’ils ne recevront pas de réponse destructrice adéquate.

Lorsque la Russie sait que la réponse viendra, et qu’elle comprend quel type de réponse ce sera, elle choisit la négociation et la coexistence stable, même avec des adversaires stratégiques. Nous connaissons ces exemples.

Grâce à ce point précis, il est possible de dissuader la Russie d’agresser l’Ukraine et l’Europe dans son ensemble.

L’Ukraine propose de déployer sur son territoire un ensemble complet de mesures de dissuasion stratégique non nucléaire qui suffira à protéger l’Ukraine de toute menace militaire posée par la Russie et qui limitera, autant que possible, la variabilité des actions de la Russie à ces perspectives : soit rejoindre un processus diplomatique honnête pour mettre fin à la guerre de manière juste, soit perdre certainement la capacité de poursuivre une guerre agressive à la suite de l’utilisation par l’Ukraine de l’ensemble de mesures de dissuasion fourni, conformément aux objectifs militaires définis par la Russie.

En d’autres termes, le paquet de dissuasion est le fait que la Russie entre dans la diplomatie ou qu’elle va… perdre sa machine de guerre.

La paix par la force.

Cela fonctionne aussi bien des deux côtés de l’Atlantique. Et ce point peut être assuré notamment par des financements, et ces détails ont également été transmis, par des financements dans le cadre des accords de sécurité déjà conclus avec nos partenaires et des volumes de soutien financier définis.

Point quatre – potentiel économique stratégique.

L’Ukraine est riche en ressources naturelles, notamment en métaux essentiels d’une valeur de plusieurs billions de dollars américains. Il s’agit notamment de l’uranium, du titane, du lithium, du graphite et d’autres ressources stratégiques et stratégiquement précieuses qui renforceront soit la Russie et ses alliés, soit l’Ukraine et le monde démocratique dans la concurrence mondiale.

Les gisements de ressources critiques en Ukraine, ainsi que le potentiel de production énergétique et alimentaire de l’Ukraine, d’importance mondiale, font partie des principaux objectifs prédateurs de la Fédération de Russie dans cette guerre.

Et c’est là notre chance de croissance.

La croissance économique des Ukrainiens, de notre État tout entier. Renforcement économique de l’Union européenne – dans l’intérêt de l’autonomie économique et, à bien des égards, sécuritaire de l’Europe. C’est l’occasion pour les États-Unis et leurs partenaires du G7 de travailler avec l’Ukraine, l’allié qui peut fournir un retour sur investissement.

Le point économique de notre stratégie comporte une annexe secrète, qui n’est partagée qu’avec certains partenaires.

L’Ukraine propose aux États-Unis, ainsi qu’à des partenaires sélectionnés, dont l’Union européenne, dont l’Ukraine fera partie, et d’autres partenaires dans le monde qui sont nos partenaires, de conclure un accord spécial sur la protection conjointe des ressources critiques disponibles en Ukraine, l’investissement conjoint et l’utilisation du potentiel économique correspondant.

C’est aussi la paix par la force. La force économique.

Il s’agit d’un accord qui complétera et renforcera organiquement le système existant de pression économique sur la Russie, à savoir toutes les sanctions existantes contre la Fédération de Russie, les restrictions sur les prix du pétrole, les restrictions sur les exportations vers la Russie et d’autres mesures de pression.

Les alliés de la Russie dans le monde doivent réaliser, savoir et voir que ce régime n’a pas d’avenir économique.

Et le cinquième point. Le cinquième point est conçu pour la période d’après-guerre.

Après cette guerre, l’Ukraine disposera de l’un des contingents militaires les plus expérimentés et les plus importants. Et il s’agit de personnes, de vraies personnes – nos guerriers, qui auront une véritable expérience de la guerre moderne, une expérience réussie de l’utilisation des armes occidentales et une expérience diversifiée de l’interaction, bien sûr, avec nos partenaires, avec les troupes de l’OTAN.

Cette expérience ukrainienne doit être mise à profit pour renforcer la défense de l’ensemble de l’Alliance et assurer la sécurité en Europe.

C’est une mission digne de nos héros.

Nous envisageons, si nos partenaires sont d’accord, de remplacer certains contingents militaires des forces armées américaines stationnées en Europe par des unités ukrainiennes. Après la guerre.

Les Ukrainiens ont prouvé qu’ils peuvent être la force que le mal russe ne peut vaincre.

Et je suis reconnaissant à tous les partenaires. De nombreux signaux de soutien ont déjà été envoyés, l’idée leur plaît beaucoup. Je vous remercie. À tous ceux avec qui nous avons discuté de cette perspective pour l’après-guerre, je suis reconnaissant de votre respect pour les Ukrainiens et pour notre capacité à nous allier irrésistiblement à nos partenaires.

Chère assistance ! Chère population ukrainienne!

Les partenaires de l’Ukraine, à qui ce plan a déjà été présenté, l’ont pris très au sérieux. Avec attention. Les équipes se concentrent maintenant sur les détails pour assurer un soutien efficace. Les équipes ont commencé leur travail.

Demain, je présenterai le plan de victoire lors d’une réunion du Conseil européen. Publiquement. Mais il était très important pour moi de vous le présenter à tous aujourd’hui.

Toutefois, je tiens également à être franc avec vous sur la manière dont la situation est traitée aujourd’hui dans certaines communications non publiques et multi-formats avec l’Ukraine.

Certains de nos partenaires parlent de « négociations » et le mot « justice » est beaucoup moins prononcé.

L’Ukraine, comme je l’ai souligné à maintes reprises, est ouverte à la diplomatie, mais à une diplomatie honnête en position de force.

C’est pourquoi nous avons la formule de paix. Il s’agit d’une garantie de négociations sans que l’Ukraine ne soit contrainte à l’injustice. Les Ukrainiens méritent une paix décente.

Le Plan de la Victoire ouvrira la voie à cela. Le plan de victoire est une garantie que les fous du Kremlin perdront la capacité de poursuivre la guerre. C’est pourquoi le plan de victoire est un pont vers la mise en œuvre de la formule, vers la mise en œuvre du sommet et vers une diplomatie honnête.

Mais sur cette voie, l’Ukraine doit être forte. Unie. Et conscients – conscients que la Russie ne peut pas nous laisser partir ; elle ne peut pas nous laisser partir, mais la Russie peut et doit perdre l’Ukraine.

La Russie doit perdre définitivement le contrôle de l’Ukraine et même le désir de ce contrôle. Toutes ces possibilités.

Et en même temps, c’est une garantie de paix pour toute l’Europe.

Pour y parvenir, je vous demande à tous de travailler, de servir l’Ukraine, d’œuvrer à l’unité de l’Ukraine et à l’unité entre l’Ukraine et ses partenaires. Convainquez nos partenaires. Être ceux qui travaillent sans relâche.

Je remercie chacun d’entre vous qui travaille ainsi pour le bien de l’Ukraine. Ceux qui se battent pour l’Ukraine.

Je remercie tous ceux sur les épaules desquels l’Ukraine se tient.

Parfois, en temps de guerre, la société – il y a des exemples historiques de cela – se polarise. Mais c’est grâce au respect mutuel et à la gratitude que la société perdure. Malgré tout. Tous les défis. Malgré la polarisation.

Nous ne sommes pas en guerre les uns contre les autres.

Nous sommes en guerre contre la Russie. C’est notre ennemi. Nous sommes en guerre avec eux sur le champ de bataille, dans les relations internationales, dans l’économie, dans la sphère de l’information et dans le cœur des gens. Ils sont l’ennemi. Il n’y a pas d’ennemis en Ukraine.

Nous avons obtenu et continuons d’obtenir des résultats dans les batailles grâce à notre unité.

Alors, s’il vous plaît, ne perdons pas notre unité.

Travaillons ensemble. Pour le bien de l’Ukraine.

Pour la victoire de l’Ukraine.

Si nous perdons l’unité de l’Ukraine, nous perdrons définitivement l’unité de l’Europe.

Si nous perdons l’unité en Europe, nous perdrons définitivement le soutien du monde. Tout le monde nous observe.

Si nous perdons le soutien du monde, nous perdrons cette guerre, comme ce fut le cas il y a un siècle.

Le plan de victoire, entre autres, permet à tous les Ukrainiens de s’unir davantage autour d’un objectif commun.

C’est pourquoi je m’adresse à vous maintenant.

Puisse notre travail collectif dans le cadre du Plan de la Victoire aboutir à la paix pour l’Ukraine le plus rapidement possible.

Je vous remercie tous, je remercie tous ceux qui sont aux côtés de l’Ukraine !

Je suis fier de tous nos concitoyens.

Je crois vraiment en l’Ukraine.

Gloire à l’Ukraine!.

Liban : sur la résolution 1701.

Quelle solution juridico-sécuritaire pour un problème politico-militaire ?

La résolution 1701 (1) ne couvre pas le conflit à Gaza. Elle concerne principalement les frontières libanaises avec la Palestine occupée par Israël(2). Ainsi, cette résolution − déjà en déshérence (3) −, pourrait être applicable actuellement pour éteindre le feu de l’agression israélienne contre le Liban, si  » l’unité des arènes  » (4) concernant le conflit en cours à Gaza depuis le 7 octobre 2023, se dissociait.

La 1701 : un statu-quo négatif pour Israël et pour l’Iran

L’application de la 1701 n’est plus bénéfique ni pour l’Iran, ni pour Israël. Ces deux États en conflit, sont actuellement en train de bloquer et d’obstruer l’application de cette résolution pour plusieurs raisons.

Pour l’Iran, un cessez-le-feu au Liban sud, en application de la 1701, signifierait une solution unilatérale qui écarte le principe de « l’unité des arènes », alors que l’Iran estime puiser son rôle régional à travers un contrôle en convergences de cinq fronts militaires. L’affaiblissement de la résistance islamique au Liban, au cœur de la guerre régionale à laquelle l’Iran contribue par ses proxys (« proxy wars »), fracture son plan de résistance et sa capacité à se présenter en tant que puissance forte, indispensable à la table des négociations. Éteindre le conflit entre Israël et le Hezbollah, en conséquence, voudrait dire éteindre le front le plus brûlant en brisant ce principe de « l’unité des arènes ». Dans cette situation, l’Iran serait forcé de négocier sur chaque front séparément. Il devrait négocier directement avec l’Arabie Saoudite sur la question des Houthistes…alors qu’il cherche à profiter du conflit au Yémen et au Liban pour pouvoir exercer des pressions sur Israël, et participer à une recherche, qui lui soit favorable, d’une solution pour les Palestiniens à la suite du conflit de Gaza.

L’Iran cherche donc à entraver toute initiative française et tout effort international portant la possibilité d’un cessez-le-feu en application de la 1701, puisque celle-ci brise « l’unité des arènes ». L’Iran cherche une approche globale par une démonstration de forces dans les arènes, c’est à dire dans tous les champs conflictuels. Enflammer tous les champs de bataille pour gêner l’armée israélienne selon la doctrine de l’Ayatollah Sayed Ali Husseini Khamenei, Guide suprême de la Révolution islamique guidée par le Wilâyat al-faqîh (5).

Ce qui précède se comprend d’autant mieux que la 1701 en son article 15, « décide » (donc dans les termes du chapitre VII) que tous les États devront prendre toutes les mesures nécessaires pour empêcher la vente et la fourniture d’armes et de matériel connexe de tous types à toute entité ou individu situé au Liban, y compris les armes et leurs munitions, les véhicules et le matériel militaire, les matériels paramilitaires, et leurs pièces de rechange, ainsi que la fourniture de toute formation ou moyen technique lié à la fourniture, à la fabrication, à l’entretien ou à l’utilisation desdits matériels. Cette disposition est certainement une entrave à l’aide et au soutien militaire iranien au Hezbollah et aux autres organisations armées.

Pour Israël, l’application de la 1701, ferme la porte à toute ambition d’éliminer le Hezbollah, alors que celui-ci est considéré, par une bonne majorité politique libanaise, comme une force de résistance anti-occupation.

Les garanties sécuritaires inefficaces de la 1701

Il est certain qu’en exigeant la mise en œuvre de la résolution 1701, le gouvernement libanais entend bien sûr accepter la mise en œuvre des dispositions du paragraphe 8 (b) de cette résolution, paragraphe qui exige « l’établissement, entre la Ligne bleue et le Litani, d’une zone d’exclusion de tous personnels armés, biens et armes autres que ceux déployés dans la zone par le Gouvernement libanais et les forces de la FINUL (…) ». Cependant, cette zone démilitarisée ainsi exigée par la 1701, n’est plus efficace pour Israël. Elle ne protège plus le nord d’Israël, du fait que le Hezbollah a montré qu’il détient des missiles longue-portée et qu’il est capable d’atteindre Tel-Aviv, en tirant des missiles dont la portée dépasse les 150 km, alors que la profondeur maximale de la zone démilitarisée « Zone Sud-Litani » ne dépasse pas les 35 km.

La 1701 et la limitation des envies politiques de Netanyahou

Au niveau politique, Netanyahou, n’offrira jamais la paix avant la présidentielle américaine. Il essaie d’utiliser le choc de l’opération du 7 Octobre, le « déluge d’Al-Aqsa », pour faire oublier à la communauté internationale les crimes odieux et haineux que son armée continue de perpétrer à Gaza. Il essaie de démontrer aux forces politiques israéliennes qui lui sont hostiles, qu’il mène Israël à la victoire, et qu’il élimine les menaces pouvant affaiblir l’État d’Israël. Mais ce faisant, Israël, ne respecte pas le droit international. Sa stratégie unilatérale prime le droit international.

En fait, il existe une compétition irano-israélienne pour « séduire » Washington, Accord nucléaire versus Accords d’Abraham, qui, déjà conclus en septembre 2020 à l’initiative de l’Administration Trump prévoyant la normalisation des rapports diplomatiques entre Israël d’une part et les Émirats arabes unis et le Bahreïn d’autre part (ces accords sont prolongés par ceux avec le Soudan, et le Maroc).

La 1701, un besoin indispensable mais dangereux pour le Liban

L’application totale, complète et inconditionnelle de la résolution 1701 demandée par l’ONU et quelques puissances dont la France, dépasse les capacités du gouvernement libanais. La question la plus épineuse et dangereuse est celle de la question du désarmement de toutes les milices libanaises et étrangères approuvée par la 1701. Son paragraphe 8 (section 3) exige l’application des résolutions 1559 (2005) et 1680 (2006). Ce paragraphe dispose littéralement que « le Conseil de sécurité appelle à l’application intégrale des dispositions pertinentes des Accords de Taëf (6) et des résolutions 1559 et 1680 qui exigent le désarmement de tous les groupes armés au Liban, afin que seul l’État libanais soit autorisé à détenir des armes et à exercer son autorité au Liban ».

La résolution 1701 constitue donc un système juridique complet. Elle a élevé le statut de la résolution 1559, d’une décision adoptée sous Chapitre VI, au statut d’obligation contraignante au titre du Chapitre VII. Alors, plusieurs questions se posent. Les responsables au pouvoir sont-ils vraiment favorables à l’application de la résolution 1701 ? Le Hezbollah armé par l’Iran serait-t-il en position – ou autorisé – à déposer ses armes, ou à les offrir à l’Armée libanaise, de façon similaire à ce que devrait faire la majorité des milices après l’Accord de Taëf ?7 Cette hypothèse parait fictive et même prohibée par l’Iran. L’Armée libanaise est-elle prête ou capable de démilitariser le Hezbollah et les autres milices libanaises et non libanaises ? Pour une bonne majorité de libanais, l’application de la 1559 (8) exigée par la résolution 1701, ouvrirait la porte à une guerre civile au Liban avec la communauté chiite et ses alliés. Une guerre qui n’est pas souhaitée, mais l’application de la résolution 1701 impliquerait le désarmement de tous les partis politiques libanais, et celui des camps de réfugiés Palestiniens, donc toutes les factions politiques alliées entre elles et alliées à la Résistance Islamique. Le désarmement forcé du Hezbollah, que cela se fasse par le gouvernement libanais, ou à travers des forces étrangères sous parapluie onusien, aboutirait à une guerre civile communautaire.

La portée du coté syrien de la 1701

S’ajoute à cela la question de la sécurisation des frontières libano-syriennes, et le contrôle des points d’entrée de manière à empêcher l’entrée au Liban sans son consentement, d’armes ou de matériels connexes, en vertu du paragraphe 14 de la 1701. Cela nécessiterait le renforcement de l’armée libanaise avec des armements adaptés qui lui permettrait, seule, de dissuader les attaques israéliennes, en l’équipant à tous les niveaux militaires, technologiques et logistiques, et d’ouvrir la porte au recrutement d’au moins 15000 soldats. Ce qui dépasse les possibilités du budget national, toujours en déficit. Dans un tel contexte, le régime syrien du Président Assad a-t-il un intérêt quelconque à sécuriser et légaliser les frontières avec le Liban en vertu de la résolution 1680 exigée par la 1701 ?

L’étendu du caractère obligatoire de la 1701

Juridiquement parlant, la résolution 1701 adoptée par le Conseil de sécurité sous Chapitre VII est obligatoire. Il s’agit, conformément à l’article 25 de la Charte, d’une décision « contraignante » pour tous les États membres de l’ONU, dont principalement les États impliqués par le conflit entre Israël et le Hezbollah, à savoir le Liban, Israël, l’Iran et la Syrie. Toutefois, les États-Unis d’Amérique sont tenus de respecter la résolution 1701 – notamment le paragraphe 15 susmentionné –, alors qu’ils ne cessent de procurer des armes et des munitions à Israël, pour que Tel Aviv les utilise dans sa guerre contre le Hamas, le Hezbollah, la Syrie et l’Iran.

Dès lors, quelles mesures ces États ont-ils prises depuis 2006 pour mettre en œuvre cette décision du Conseil de sécurité ? Quel est le mécanisme onusien qui puisse garantir l’arrêt du bellicisme forcené d’Israël, mais aussi du financement des mouvements de résistance, des anciennes et nouvelles milices par les régimes qui utilisent encore le Liban comme carte politique de pression, comme arène d’échange de « messages » politico-militaires, ou comme un espace de confrontation irano-israélienne ?

Le Conseil de sécurité, en raison de la bipolarité produite avec la guerre en Ukraine, est incapable d’adopter une nouvelle résolution exigeant un cessez-le-feu, sans agrandir le fardeau du Gouvernement libanais. Ainsi, la 1701 est la seule résolution disponible, obligatoire et crédible qui peut servir de piste positive pour une trêve… qui parait très lointaine. Tout d’abord, la visite à Beyrouth (le 4 octobre 2024) du Ministre iranien des Affaires étrangères M. Araghchi, notifiant le Gouvernement libanais de son refus de séparer les arènes, ainsi que le discours de Netanyahou (le 5 octobre 2024) en réponse au Président français Macron appelant à la cessation des hostilités selon la 1701, et considérant la position officielle française comme « haineuse »… tout cela ferme la porte au moins pour un moment à toute tentative d’aboutir à un cessez-le-feu.

L’applicabilité de la 1701 et la FINUL face aux problématiques insurmontables

La résolution 1701 reste pourtant le seul instrument disponible qui pourrait en quelque sorte apporter des garanties synallagmatiques aux parties du conflit. Les problématiques qui entravent l’application de la 1701 pour le moment peuvent être résumées comme suit :

• L’absence d’un consensus international et local entre les vraies parties au conflit pour la « réanimation » de la 1701 comme solution de trêve durable

• L’absence d’un mécanisme spécial pour sa mise en œuvre

• Sa dépendance à l’application des résolutions 1559 et 1680 concernant le désarmement des milices.

• L’impossibilité des forces intérimaires de l’ONU (la FINUL) à intervenir en tant que forces de dissuasion des violations commises.

• L’absence de consensus politique local, régional et international pour le déploiement de l’armée au sud du Liban

• L’assujettissement de son application au rôle de l’armée libanaise qui ne bénéficie pas d’un soutien international adapté en termes d’armement et d’équipement afin de lui permettre de faire face à toute agression extérieure contre le Liban.

Une forme de solution pourrait résider dans le renforcement des pouvoirs de la FINUL et l’élargissement du champ d’application de ses opérations. Afin que la FINUL, dans la perception libanaise, ne soit plus considérée comme un gendarme partial chargé de sécuriser les frontières d’Israël au nord. La résolution 2749 du Conseil de sécurité − adoptée le 28 août 2024 − pour la prorogation régulière de la FINUL, a reconduit à statut constant cette force de l’ONU, ce qui fait obstacle à la mise en œuvre de la résolution 1701. Car celle-ci, avec toujours les mêmes pouvoirs, fait de la stabilité sécuritaire l’otage des interventions extérieures, contradictoires avec les fondements mêmes de la souveraineté des États en droit international public.

La violation d’Israël du droit humanitaire au Liban et le silence inquiétant de la communauté internationale

En attendant, l’appareil militaire criminel israélien continue de tuer des civils libanais, de bombarder et de détruire des biens civils, de déplacer par la force des centaines de milliers d’habitants, de détruire des villages, d’utiliser des armes et des munitions prohibées par le droit international humanitaire.

La majorité des libanais, dont le gouvernement qui rassemble des ministres représentant le Hezbollah, considère qu’après l’assassinat du Secrétaire général du Hezbollah Sayyed Hassan Nasrallah, un cessez-le-feu parait indispensable, d’autant que le combat mené par le Hezbollah au Liban-Sud depuis le 8 octobre 2023 n’a pas pu créer d’effet dissuasif qui puisse obliger l’armée israélienne de sortir de Gaza ou d’éteindre le front du nord. Le Hezbollah a jusqu’ici payé pas moins de 2000 morts (martyrs) et 10 000 blessés, dont des dizaines de ses dirigeants politiques et militaires assassinés et piégés.

Quelle(s) puissance(s) a (ont) la possibilité de convaincre Israël à un cessez-le-feu au Liban et de convoquer une conciliation pour la négociation d’une trêve selon les principes de la résolution 1701 ? La question vaut d’être posée alors que l’on voit bien à quel point Netanyahou se moque des prisonniers de guerre israéliens du Hamas. Il est clair qu’il cherche une victoire politique qui puisse lui éviter d’être traduit en justice pour une grande série de délits et de crimes en tous genre.

1) La résolution 1701 du Conseil de sécurité des Nations Unies a été adoptée le 11 août 2006, à l’unanimité des États membres du Conseil, après l’offensive israélienne de 34 jours au Liban en juillet-août 2006. Cette résolution a été votée sous le chapitre 7 de la Charte de l’ONU, ce qui la rend obligatoire pour tous les acteurs concernés.

2)La 1701 délimite la zone démilitarisée, communément nommée « zone sud-Litani », allant des frontières libanaises avec la Palestine occupée jusqu’au bord de la rivière Litani (Voir la carte officielle du déploiement de la FINUL).

3) Des rapports périodiques du Secrétaire général de l’ONU soulignent des violations régulières de cette résolution qui n’a été respectée ni par Israël, ni par le Hezbollah. Voir par exemple « Application de la résolution 1701 (2006) du Conseil de sécurité au cours de la période allant du 21 février au 20 juin 2024 », Rapport du Secrétaire général, S/2024/548, 12 juillet 2024.

4) « L’unité des arènes », pour le Hezbollah, est le principe de la convergence ou de l’unité des fronts du combat. Au-delà de cette approche spécifique au Hezbollah, il est évident que des liens objectifs existent entre toutes les problématiques conflictuelles au Proche-Orient.

5) Cette théorie confère au théologien-juriste le pouvoir exclusif de gouverner la oumma.

6) Accord signé en 1989 à Taëf (Arabie Saoudite), avec l’appui de plusieurs chefs d’États de la région et des États-Unis, pour mettre fin à la guerre intérieure au Liban de 1975 à 1990.

7) Sachant que plusieurs partis politiques libanais avaient un armement et constituaient des milices durant la guerre civile libanaise ; mais désormais après la conclusion de l’Accord de Taëf, les partis politiques libanais à l’exception des milices chiites (sous prétexte de la résistance contre Israël) se sont démilitarisés en offrant leurs armes au Gouvernement.

8) La résolution 1559 (2004) prévoit non seulement le désarmement et le démantèlement de toutes les milices au Liban (y compris le Hezbollah) mais aussi le retrait de toutes les forces étrangères : la Syrie et Israël occupe encore des territoires au sud (les Fermes de Chebaa).

***

Un an après le 7 octobre…

Un an après le 7 octobre, ce livre reste pleinement une approche critique et une analyse très utile pour identifier et mieux comprendre les enjeux, les causes et les responsabilités. Mais aussi pour penser l’après, et l’exigence d’une (difficile) solution politique. Il faut savoir nommer les choses. Ce livre a été écrit dans cet esprit-là.

Un important colloque sur la paix

« Construire la paix, lutter sans violence, une idée révolutionnaire » – Saint-Malo, octobre 2023

Pour commander les actes :

FSU Bretagne – Conseil Fédéral Régional : 14, rue Papu, 35000 Rennes – fsu.bretagne@fsu.fr

06 78 39 72 68

DOCUMENT : CONSÉQUENCES JURIDIQUES DÉCOULANT DES POLITIQUES ET PRATIQUES D’ISRAËL DANS LE TERRITOIRE PALESTINIEN OCCUPÉ, Y COMPRIS JÉRUSALEM-EST.

COUR INTERNATIONALE DE JUSTICE

Palais de la Paix, Carnegieplein 2, 2517 KJ La Haye, Pays-Bas

Le 19 juillet 2024, la Cour a rendu son avis consultatif sur les Conséquences juridiques découlant des politiques et pratiques d’Israël dans le Territoire palestinien occupé, y compris Jérusalem-Est.

Cet avis de grande portée déclare illicite l’occupation du territoire palestinien par Israël depuis 1967. De façon pertinente, il lie occupation et colonisation. L’article 268 souligne en conséquence qu’Israël est « dans l’obligation de mettre un terme à ces faits illicites. À cet égard, il doit immédiatement cesser toute nouvelle activité de colonisation. Israël est également tenu d’abroger toutes lois et mesures créant ou maintenant la situation illicite, y compris celles qui sont discriminatoires à l’égard du peuple palestinien dans le Territoire palestinien occupé, ainsi que toutes mesures destinées à modifier la composition démographique de quelque partie de ce territoire ».

L’article 269 établit qu’Israël a également l’obligation de réparer intégralement les dommages causés par ses faits internationalement illicites à toutes les personnes physiques ou morales concernées. La Cour rappelle le principe essentiel selon lequel « la réparation doit, autant que possible, effacer toutes les conséquences de l’acte illicite et rétablir l’état qui aurait vraisemblablement existé si ledit acte n’avait pas été commis. La réparation comprend la restitution, l’indemnisation ou la satisfaction ».

L’avis de la CIJ installe ainsi un ensemble d’obligations précises pour Israël, mais aussi pour tous les États. Dans son article 279, en effet, la Cour considère que, « compte tenu de la nature et de l’importance des droits et obligations en cause, tous les États sont tenus de ne pas reconnaître comme licite la situation découlant de la présence illicite d’Israël dans le Territoire palestinien occupé. Ils sont également tenus de ne pas prêter aide ou assistance au maintien de la situation créée par cette présence. Tous les États doivent veiller, dans le respect de la Charte des Nations Unies et du droit international, à ce qu’il soit mis fin à toute entrave à l’exercice du droit du peuple palestinien à l’autodétermination résultant de la présence illicite d’Israël dans le Territoire palestinien occupé. En outre, tous les États parties à la quatrième convention de Genève ont l’obligation, dans le respect de la Charte des Nations Unies et du droit international, de s’assurer qu’Israël respecte le droit international humanitaire tel que consacré par cette convention ».

On peut dire que l’avis de la Cour Internationale de Justice possède une dimension historique quant au conflit israélo-palestinien. On n’oubliera pas les obligations juridiques et politiques qu’il crée pour tous les États, y compris pour ceux (la France, les Européens, les puissances occidentales) qui n’ont cessé, dans la durée, de soutenir, d’aider et d’armer Israël dans sa politique illégale et illégitime d’occupation et de colonisation.

Israël-Palestine : une initiative intéressante.

Voici mon point de vue avec quelques remarques sur ce texte important.

Un texte de cette nature visant à accréditer la possibilité d’une solution au conflit israélo-palestinien ne peut être que bienvenu. Redonner quelques raisons d’espérer avec un texte réflexion qui veut traiter des questions essentielles et nous projeter vers l’avenir… voilà qui est une bonne idée. Vouloir placer au centre du débat une initiative centrée sur l’exigence de paix… cela mérite vraiment d’être regardé de prêt. Et puis, vouloir aller au fond n’enlève rien, au contraire, aux nécessités les plus urgentes : un cessez-le-feu, la libération des otages, l’arrêt inconditionnel de tout ce qui nourrit immédiatement cet insupportable enfer.

Ce texte comporte nombre d’assertions justes. Il souligne notamment l’entrée dans une phase nouvelle et inquiétante du conflit, la possibilité de prolongements catastrophiques, l’effet de traumatisme du 7 octobre en Israël, la logique de guerre dominante, le poids de l’échec d’Oslo… Il appuie le principe d’une reconnaissance de l’État palestinien par les Européens. Il propose d’enclencher un nouveau processus de paix sur l’option des deux États, avec un « retour aux sources de la question de Palestine », et la mise en place d’une coalition (d’États) pour la paix. Il porte une critique sur les pratiques internationales du « deux poids deux mesures ». Le processus politique proposé dans ce texte serait scandé par des initiatives et des étapes visant à lui donner de la crédibilité. Je ne vais pas les rappeler ici. Il faut lire ce texte pour en saisir la logique d’ensemble et les explications apportées. Je note au passage que ce texte retient quelques idées figurant dans mon livre (« Israël, le Hamas et la question de Palestine », aux éditions du Croquant).

Cette initiative politique publiée par l’IReMMO, soulève cependant un certain nombre de questions.

Dans l’analyse (forcément rapide) de la situation, le texte me paraît problématique, à l’image de la première phrase. « A l’origine de cette crise, il y a l’inflexion stratégique opérée par le Hamas depuis 2021 ». Cette première phrase tend à résumer ou condenser l’origine de la crise majeure d’aujourd’hui à la stratégie du Hamas. Il y a, certes, une réalité des choix (et des débats internes) du Hamas. Il me paraît pourtant difficile d’approuver tel quel ce positionnement. Il est en effet indispensable d’identifier LES responsabilités. Celles du Hamas et celles d’Israël. Évidemment, elles ne sont ni de même nature, ni de même portée. Le massacre de masse du 7 octobre constitue le dramatique et criminel élément déclencheur de la crise majeure actuelle dans une stratégie de guerre totale. Mais on ne peut pas ne pas poser la question : pourquoi en est-on arrivé-là ? Et pas seulement comment… Donc pourquoi cette explosion de violence inédite dans l’histoire d’un conflit qui n’a pas manqué de funestes confrontations armées ?

On ne peux comprendre et faire comprendre ce qui se passe aujourd’hui à Gaza et en Cisjordanie sans rappeler plus de 76 années de colonisation, 57 ans d’occupation illégale, 3 décennies de cynisme diplomatique autour d’Oslo, 17 ans de blocus inhumain de Gaza. Selon moi, cela devrait être rappelé fortement afin d’assurer la pertinence d’une initiative qui doit naturellement être confrontée aux racines historiques et politiques du conflit.

Ce rappel est aussi nécessaire en raison des responsabilités appartenant aux principales puissances occidentales qui ont, dans la durée, affirmé leur solidarité avec Israël, quelle que soit la politique mise en œuvre par ses dirigeants. Ces puissances ne devraient pas pouvoir s’en tirer à bon compte, comme « d’impartiaux faiseurs de paix », alors qu’elles n’ont cessé, dans la durée, d’être les acteurs les plus engagés dans l’aide militaire et politique à Israël, au mépris du droit et des résolutions de l’ONU. Et c’est ce qui se passe aujourd’hui encore, alors que l’État israélien lui-même, mais aussi deux de ses principaux dirigeants sont mis sur la sellette par la justice internationale : l’État d’Israël par la Cour Internationale de Justice (CIJ) pour suspicion de crime de génocide. Et puis Benyamin Netanyahou et Yoav Gallant (Ministre de la défense) par la Cour Pénale Internationale (CPI) pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité.

Ceci constitue un tragique aboutissement. L’aboutissement de décennies de colonisation, de domination, de répression, de discrimination jusqu’à la mise en place d’un système d’apartheid. C’est un basculement politique dans l’identification des responsabilités d’Israël ET de ses alliés occidentaux, alors que ni Tel Aviv, ni Washington et les Européens ne veulent accepter quoi que ce soit en la matière. Leur responsabilité est pourtant évidente et primordiale. Il est dommageable que cette réalité ne soit pas explicitement mentionnée.

Ne pas avoir évoqué cela me paraît relever d’un choix (si je ne me trompe pas). Le choix de proposer un processus politique et diplomatique dans lequel les dirigeants israéliens et leurs soutiens occidentaux pourraient éventuellement accepter de rentrer… Est-ce une illusion ? Ou un optimisme de la volonté… Certes, ne nous étonnons pas de devoir faire face à la contradiction rémanente et complexe entre deux exigences, celle de la justice, et celle du règlement politique. Mais alors, une autre question politique se pose : dans le contexte actuel, à quel prix, et au prix de quels renoncements peut-on, doit-on envisager une solution au conflit ? Faut-il vraiment, dès le départ, en rabattre sur certaines des réalités parmi les plus structurantes ?

A cette première remarque s’en ajoutent quelques autres. Par exemple, je crois que l’argument (utilisé avec une certaine insistance) de la sécurité d’Israël (et celle des Palestiniens?..) est plus difficile à manier qu’on ne le laisse entendre dans le débat politico-médiatique général que nous connaissons tous. Certes, il y a des enjeux de sécurité internationale à traiter. Le conflit israélo-palestinien, comme d’autres confrontations importantes, est lui aussi surdéterminé par des enjeux géopolitiques complexes auxquels nul ne peux échapper. C’est une évidence. Mais dans ce texte la question de la sécurité (comme argument privilégié d’Israël) nourrit l’irrépressible sentiment qu’elle est d’abord traitée pour obtenir une (hypothétique ?) bonne volonté israélienne… Est-ce réaliste ? Est-ce approprié ? Est-ce juste ?

Notons aussi que le processus politique décrit par le texte publié par l’IReMMO, et la coalition proposée pour conduire l’initiative présentée, est à l’évidence « d’essence » occidentale. Disons qu’elle octroie une priorité intégrale à un rôle occidental. Le premier cercle de cette coalition est dans cet esprit constitué de pays occidentaux et de pays arabes ayant dans l’ensemble de bonnes relations, anciennes ou récentes, avec Washington et les Européens, y compris dans le cadre des récents accords dits d’Abraham.

On peut aisément en saisir quelques raisons. Ce sont les États avec lesquels Israël peut possiblement discuter/négocier. Mais comment ne pas mettre tous les pays arabes sur le même plan, et choisir quelques uns parmi eux ? Ne faut-il pas exprimer très clairement la nécessité d’en revenir au plan de paix arabe acté par la Ligue arabe en 2002 (il est cité dans le texte) ? Autre remarque : pourquoi aucun pays dits de ce que l’on appelle le « Sud global » (Mexique, Brésil ?..) ne figure dans les acteurs majeurs possibles ? Enfin, le texte exprime des choses « raisonnables » sur l’Iran et notamment sur ses relations avec l’Arabie Saoudite. Il y a là une vraie question. Mais quid de la Chine qui, précisément, a permis sous son égide, qu’un pas positif soit effectué dans une forme de normalisation saoudo-iranienne ?.. En dépit de sa confrontation avec Washington, ne faut-il pas associer Pékin ? Bref, cette idée d’une coalition d’acteurs majeurs peut probablement se révéler productive… mais elle semble complexe à réaliser. Personne ne dira que c’est simple… Disons que cela mérite réflexion.

Le texte reprend la formule (que personnellement j’appuie) d’un nouvel ordre au Proche-Orient. Mais il faut être, ici aussi, très clair. Les Accords d’Abraham, dans leur esprit et leur réalité, constituent en eux-mêmes un projet de « nouvel ordre » au Proche-Orient. Un projet hypocrite et dangereux qui exclut les Palestiniens et la réalisation de leurs droits. Qui exclut ainsi toute raisonnable perspective de solution juste. Il faut donc, je le crois, affirmer la nécessité d’une rupture avec ces accords, tels qu’ils ont été conçus. L’idée devrait être celle d’un nouvel ordre permettant pour l’avenir les plus larges coopérations, pas seulement au Proche-Orient, et accompagnant positivement les Palestiniens sur le chemin de la construction nationale et de l’indépendance, y compris sur le plan des enjeux régional et international. Cela en dissociation très nette avec ce qui s’est passé jusqu’ici au bénéfice d’Israël, avec le soutien enthousiaste et volontariste de Donald Trump. Il est d’autant plus utile de rappeler cela qu’au moment où ces lignes sont écrites, la perspective d’un retour de Donald Trump à la Maison Blanche se fait de plus en plus crédible.

Enfin, dernière remarque générale, ce texte insiste sur un double aspect politique : d’une part, les deux protagonistes n’auraient plus « ni la capacité, ni la volonté de négocier » pour un accord final. Il faudrait dès lors « retirer les clefs du règlement du conflit israélo-palestinien des mains d’Israël et des acteurs palestiniens ». D’autre part, même si le texte dit vouloir redonner leur rôle aux Nations Unies et au Conseil de Sécurité, il est précisé ceci : « l’histoire a montré que l’ONU ne peut pas par elle-même assurer l’application de ses principes sur le terrain. Elle ne peut donc pas être à elle seule le nouveau cadre de règlement du conflit israélo-palestinien ». Que signifie vraiment cette réserve ? Il y a là de gênantes ambiguïtés. Peut-être des questions de formulation. Des clarifications seraient bienvenues.

Affirmer vouloir retirer les clefs du règlement politique aux protagonistes directs est un choix qui ne peut se comprendre que si cela signifie ne plus jamais laisser le sort d’un processus politique au seul face à face israélo-palestinien. L’expérience montre, en effet, comment Israël réussit, dans un écrasant rapport de forces, à imposer ses vues et à faire échec à tout accord dans un contexte qui s’est montré, il est vrai, de plus en plus difficile et compliqué. Je ne doute pas que les signataires du texte (éminents spécialistes) en ont pleinement conscience. Je crois simplement qu’un processus politique doit impérativement s’intégrer dans un cadre multilatéral universel, celui des Nations Unies, même s’il faut une coalition spécifique, un moteur politique efficace pour obtenir des avancées, pour construire le chemin d’une solution. Cela va de soi. Cela va mieux en le disant clairement. Il est donc nécessaire que les Nations Unies se voient renforcées par leurs États membres. Cela dépend d’eux.

Mais il faudrait aussi être plus précis sur ce que l’on appelle un « cadre de règlement du conflit ». Je pense que l’ONU doit être le cadre légal, légitimant et « constituant » en termes de droit et de choix fondamentaux. Les Nations Unies doivent être ainsi le décisionnaire initial et final. La coalition, selon moi, n’est pas « un cadre » capable d’offrir notamment les termes de référence d’une négociation, une légalité reconnue, des garanties collectives…mais un moyen, un instrument décisif, un « conducteur de travaux politiques »… si l’on peut formuler la chose ainsi. Le texte l’exprime par ailleurs très bien puisqu’il y est mentionné qu’il s’agit d’un groupe opérationnel d’États « agissant comme facilitateurs, arbitres et garant de la construction du jour d’après, et donc doté d’objectifs et de leviers d’action ». Oui, et cela confirme, me semble-t-il, que l’ONU, doit rester très explicitement le seul cadre légitime pour dire le droit et acter le règlement du conflit, en conformité avec la Charte. Il ne faut pas risquer d’affaiblir de quelque manière que ce soit le rôle des Nations Unies, même (et surtout) lorsque l’on voit au quotidien à quel point les dirigeants israéliens méprisent et refusent cette institution fondatrice de l’ordre international installé après 1945… Parce que l’ONU rappelle, depuis des décennies, à force de résolutions et d’actes politiques, les responsabilités essentielles d’Israël dans le conflit israélo-palestinien et dans « l’installation » durable dans le paysage international, de ce que l’ont a nommé, dès 1948, la question de Palestine.

Il faut absolument inscrire le processus politique nécessaire dans le cadre de l’ONU dont le respect doit s’imposer comme une exigence primordiale… C’est d’ailleurs le seul cadre qui mérite la qualificatif « d’inclusif », selon le souhait exprimé dans le texte.

En conclusion, je constate qu’il y aurait bien d’autres remarques à faire sur ce texte qui a le mérite de dire, à sa façon et de manière opportune, qu’il faut se saisir de la très dangereuse et dramatique situation actuelle pour proposer une initiative de sortie de crise et de construction pour l’avenir. C’est particulièrement utile en tant que vision et engagement, mais aussi pour pousser à la réflexion sur le fond des problèmes et des enjeux. Et cela manque beaucoup dans le contexte politico-médiatique actuel.

Je regrette que la dimension coloniale de ce conflit ne soit pas assez traitée, car c’est bien là que se situe l’origine, la racine du conflit. Cette question est primordiale. Elle peut d’ailleurs permettre d’effectuer ce que le texte présente comme « un retour aux source de la question de Palestine ». Excellente formule. Je pense qu’une solution juste et durable devra être une solution non coloniale. La Cour Internationale de Justice vient d’ailleurs de donner, sur ces questions, un avis consultatif (le 19 juillet 2024) obligeant tous les États à s’y conformer. Dans ses conclusions, la CIJ souligne en particulier que l’État d’Israël est dans l’obligation de mettre fin à sa présence illicite dans le Territoire palestinien occupé dans les plus brefs délais, mais aussi de cesser immédiatement toute nouvelle activité de colonisation, et d’évacuer tous les colons du Territoire palestinien occupé. Les choses sont ici formulées on ne peut plus clairement. Il faut effectivement lier étroitement occupation, colonisation et processus d’annexion, comme marche forcée privant le peuple palestinien de son droit à l’autodétermination.

Remarquons aussi que l’ensemble des gouvernements (à l’exception des autorités israéliennes) admettent ou soutiennent que la solution à la crise majeure actuelle implique la création d’un État palestinien indépendant au côté de l’État d’Israël. C’est en soi une façon de souligner qu’avec la poursuite de l’occupation et de la colonisation, la non résolution de la question de Palestine est bien à l’origine de cette crise.

Je pense aussi que la question de la reconstruction de Gaza devra être posée en raison de la dimension inédite de la destruction en cours, et de la nature politique de cette destruction. Car il s’agit d’un choix israélien délibérément pensé et mis en œuvre. Cela mériterait quelques explications quant aux visées de la stratégie israélienne, mais ce n’est pas l’objet ces quelques remarques. On sait qu’il faudra des dizaines d’années et des dizaines de milliards de dollars pour pouvoir reconstruire un cadre de vie acceptable pour les Palestiniens. Si cette guerre finit par s’arrêter vraiment… La façon dont cette question sera abordée (qui touche aux conditions mêmes d’un règlement) sera significative de l’attention que l’ensemble des puissances occidentales et bien au-delà, accorderont à la vie, à la société et aux droits des Palestiniens. Il faudra de la vigilance.

J’approuve par principe et par préférence politique l’optimisme relatif qui se dégage de ce texte diffusé par l’IReMMO, mais au regard des évolutions du monde aujourd’hui, pas seulement au Proche-Orient… j’ai quand même peur d’avoir tort.

Compter les morts à Gaza…

« Compter les morts à Gaza : difficile mais essentiel »

https://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736(24)01169-3/fulltext

Rasha Khatib, Martin McKee, Salim Yusuf – The Lancet, le 05 juillet 2024 – extrait.

« Le nombre total de décès devrait être élevé compte

tenu de l’intensité du conflit, de la destruction des

infrastructures de soins de santé, des graves pénuries

de nourriture, d’eau et d’abris, de l’incapacité de la

population à fuir vers des lieux sûrs et de la perte

de financement de l’UNRWA, l’une des rares

organisations humanitaires encore actives dans la

bande de Gaza.

« Dans les conflits récents, ces décès indirects sont

de trois à quinze fois plus nombreux que les décès

directs. En appliquant une estimation prudente

de quatre décès indirects pour un décès direct.

Si l’on ajoute les 37 396 décès signalés, il n’est

pas invraisemblable d’estimer que jusqu’à 186 000

décès, voire plus, pourraient être attribués au

conflit actuel dans la bande de Gaza. Si l’on se

base sur l’estimation de la population de la bande

de Gaza en 2022, soit 2 375 259 personnes, cela

représenterait 7 à 9 % de la population totale

de la bande de Gaza. (…)

La revue souligne aussi qu’ « il est essentiel de

documenter l’ampleur réelle des souffrances pour

garantir la responsabilité historique et reconnaître

le coût total de la guerre. Il s’agit également

d’une obligation légale. Les mesures provisoires

définies par la Cour internationale de justice en

janvier 2024 exigent qu’Israël « prenne des mesures

efficaces pour empêcher la destruction et assurer

la préservation des éléments de preuve liés aux

allégations d’actes relevant de la Convention

sur le génocide ».

Recherches Internationales

« Indescriptible destruction »

Je publie ci-dessous un article particulièrement « parlant », issu du site « Palestine Chronicle », concernant les destructions et les conséquences humaines tragiques de la stratégie israélienne contre Gaza et le peuple palestinien. J’accompagne cet article avec, ci-dessous, une photo diffusée par WAFA, l’agence de presse palestinienne : « même les roses de Gaza résistent… »

https://www.palestinechronicle.com/destruction-indescribable-majority-of-buildings-in-gaza-destroyed-by-israel/
June 10, 2024 Blog, News By Palestine Chronicle Staff

WWW.PALESTINECHRONICLE.COM

« Le déblaiement des décombres prendra des années. « La guérison du traumatisme psychologique de cette guerre prendra encore plus de temps. Cette souffrance doit prendre fin.

Plus de la moitié des bâtiments de la bande de Gaza ont été détruits par les attaques israéliennes sur l’enclave assiégée depuis le 7 octobre, selon les Nations Unies.

« La destruction de Gaza est indescriptible. Plus de la moitié des bâtiments ont été détruits, selon UNOSAT », a déclaré l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine (UNRWA) sur X lundi.

« Le déblaiement des décombres prendra des années », a ajouté l’agence. « La guérison du traumatisme psychologique de cette guerre prendra encore plus de temps. Cette souffrance doit prendre fin. #CeasefireNow ».

La destruction de #Gaza est indescriptible. Plus de la moitié des bâtiments ont été détruits, selon @UNOSAT. Il faudra des années pour déblayer les décombres. Il faudra encore plus de temps pour guérir des traumatismes psychologiques causés par cette guerre. Ces souffrances doivent cesser. #CeasefireNow pic.twitter.com/cRQoYo8ZZQ – UNRWA (@UNRWA) 10 juin 2024

Appel à des enquêtes

Juliette Touma, directrice de la communication de l’UNRWA, a déclaré que l’agence a enregistré qu' »au moins 180 de nos bâtiments ont été touchés ». En conséquence, « plus de 400 personnes qui cherchaient un abri sous le drapeau de l’ONU ont été tuées ».

M. Touma a demandé que « des enquêtes soient menées sur toutes les violations commises à l’encontre des Nations Unies, y compris les attaques contre nos bâtiments ».

Selon les experts en déminage de l’ONU, outre les bâtiments détruits, débarrasser Gaza des bombes non explosées pourrait prendre jusqu’à 14 ans.

Pehr Lodhammar, officier supérieur du service de déminage des Nations Unies (UNMAS), a déclaré en avril que la guerre d’Israël contre Gaza, depuis le 7 octobre, avait laissé environ 37 millions de tonnes de débris.

« Tout ce que je peux dire, c’est qu’au moins 10 % des munitions tirées risquent de ne pas fonctionner… Avec 100 camions, nous parlons de 14 ans de travail, donc 14 ans pour enlever les débris avec environ 750 000 jours de travail – des jours de travail de personnes – pour enlever les débris », a expliqué M. Lodhammar.

Un nombre impressionnant de morts

Actuellement jugé par la Cour Internationale de Justice pour génocide à l’encontre des Palestiniens, Israël mène une guerre dévastatrice contre Gaza depuis le 7 octobre.

Selon le ministère de la santé de Gaza, 37 124 Palestiniens ont été tués et 84 712 blessés. En outre, au moins 11 000 personnes sont portées disparues, présumées mortes sous les décombres de leurs maisons dans toute la bande de Gaza.

Les organisations palestiniennes et internationales affirment que la majorité des personnes tuées et blessées sont des femmes et des enfants.

La guerre israélienne a provoqué une famine aiguë, principalement dans le nord de la bande de Gaza, entraînant la mort de nombreux Palestiniens, surtout des enfants.

L’agression israélienne a également entraîné le déplacement forcé de près de deux millions de personnes dans toute la bande de Gaza, la grande majorité des personnes déplacées étant contraintes de se réfugier dans la ville très peuplée de Rafah, au sud, près de la frontière avec l’Égypte, dans ce qui est devenu le plus grand exode de masse de la Palestine depuis la Nakba de 1948.

Israël affirme que 1 200 soldats et civils ont été tués lors de l’opération « Al-Aqsa Flood » du 7 octobre. Les médias israéliens ont publié des rapports suggérant que de nombreux Israéliens ont été tués ce jour-là par des « tirs amis ».

Israël-Palestine : comment construire une solution politique ?

Soumya Bourouaha, Députée de Seine Saint Denis :

« J’ai eu l’immense plaisir d’accueillir à nouveau Imane Maarifi, première infirmière et urgentiste en mission à Gaza. Son témoignage sur ce qu’elle a vécu à l’hôpital de Rafah est toujours aussi émouvant. Ravie également d’avoir accueilli Jacques Fath, spécialiste des relations internationales et auteur du livre : « Israël, le Hamas et la question de la Palestine » pour une discussion productive sur la construction d’une solution politique en Israël-Palestine. Il a rappelé que l’ONU doit être le moteur d’une décision institutionnelle pour avancer vers la paix. Les Palestiniens ont le droit à l’autodétermination et à leur souveraineté. 146 pays ont reconnu l’État de Palestine. Comme l’Espagne, l’Irlande et la Norvège, la France doit suivre cet exemple et reconnaître l’État palestinien pour permettre aux Israéliens et aux Palestiniens de vivre en paix.  » #dugny #freepalestine #paix

Tunisie Solidarité

« Le Comité pour le respect des libertés et des droits de l’Homme en Tunisie (CRLDHT) observe avec consternation les événements tragiques et honteux qui se déroulent dans notre pays ces jours-ci où on assiste à une chasse des migrants subsahariens et, dans la foulée, aux associations et organisations qui œuvrent à la sauvegarde de la dignité humaine.

Après l’arrestation du président du Conseil tunisien pour les réfugiés et de son vice-président, pour avoir publié des offres destinées aux hôtels tunisiens afin de pouvoir héberger des migrants africains, la présidente de l’association de lutte contre le racisme Mnamty, Saadia Mesbah, a été arrêtée, et son domicile perquisitionné le lundi 6 octobre. Elle est accusée d’avoir aidé les migrants africains subsahariens.

Ces arrestations font suite au discours raciste prononcé par le président de la République en 2023, et relancé le 6 mai 2024 lors de la réunion du Conseil national de sécurité. Discours suivi par un mémorandum d’entente avec l’Union européenne. Ce mémorandum a été signé alors que les migrants subsahariens sont l’objet de campagnes sécuritaire violente, de déportations forcées et de déplacements dans le désert, causant des dizaines de décès. Ce mémorandum reflète une approche sécuritaire des deux parties signataires au mépris des principes des droits humains et des droits des migrants et demandeurs d’asile…

Les récentes arrestations s’inscrivent dans le cadre des attaques répétées menées par le pouvoir tunisien contre les associations et organisations de la société civile indépendante dans le but de réprimer leurs activités sous prétexte de “inféodation et allégeance aux puissances étrangères ainsi que de financements étrangers”.

Le CRLDHT :

– exprime sa totale solidarité avec Saadia Mosbeh, présidente de l’association Mnemty et avec Cherifa Riahi, ancienne directrice de l’association “Tunisie, terre d’asile” et avec toutes celles et tous ceux qui sont arrêtés ainsi qu’avec les organisations qui sont harcelées et poursuivies. L’aide aux migrants est un devoir humain qui mérite d’être promue et non niée et criminalisée ;

– appelle le pouvoir à renoncer aux discours racistes et à la diabolisation des migrants et à leur stigmatisation, ainsi qu’à abandonner l’approche sécuritaire de l’immigration qui éloigne la Tunisie de ses racines et ancrages africains en la transformant en gardien des frontières européennes ;

– exhorte le procureur général d’appliquer la loi contre le racisme n° 50 de 2018 pour contrecarrer ces discours de haine et de racisme sur les réseaux sociaux et dans les médias, en particulier ceux proches du pouvoir ;

– en appelle à la lucidité du peuple tunisien face aux dangers du discours raciste que le pouvoir cherche à instaurer et à instrumentaliser pour justifier son projet autoritaire et son échec économique et social

– appelle toutes les organisations de droits humains en Tunisie et dans le monde à rejeter les politiques racistes du régime tunisien, menées avec la bénédiction de la droite et l’extrême-droite européennes, et à œuvrer pour une coopération tuniso-européenne basée sur le respect des droits humains et des droits des migrants, et non sur des approches sécuritaires qui font de la Tunisie une base avancée du combat contre l’immigration.

Ce rassemblement du 15 mai s’est tenu à l’appel des organisations suivantes :

ADTF _ Association Démocratique Des Tunisiens En France

ATF _ Association des Tunisiens en France

CRLDHT _ Le Comité pour le Respect des Libertés et Droits de l’Homme en Tunisie

FTCR _ Fédération des Tunisiens citoyens des deux Rives

UTIT _ Union des Travailleurs Immigrés Tunisiens

Partis politiques Tunisiens :

Attayar France

Al Jomhouri France

Avec les soutiens suivant :

ACDA _ Agir pour le Changement Démocratique en Algérie

ACORT – L’Assemblée Citoyenne des Originaires de Turquie

AFAPREDESA _ Association des Familles des Prisonniers et Disparus Sahraouis

AMF _ Association des Marocains en France

ASDHOM _ Association de Défense des Droits de l’Homme au Maroc

Association Femmes Plurielles

ATMF _ Association des Travailleurs Maghrébins de France

ATTAC France

CEDETIM _ Centre d’études et d’initiatives de solidarité internationale

CIBELE _ Collectif Régional pour la coopération Nord-Sud – Ile de France

CISPM _ Coalition internationale des Sans-Papiers et Migrants

CMODH _ Coordination Maghrébine des Organisations des Droits Humains

Comité de sauvegarde de la Ligue Algérienne de Défense des Droits de l’Homme

CORENS _ Collectif Régional pour la coopération Nord-Sud – Hauts de France

DAL _ Droit Au Logement

DIEL _ Droits Ici Et Là-bas

FASTI _ Fédération des associations de solidarité avec tout-e-s les immigré-e-s

FIDH _ Fédération Internationale pour les Droits Humains

Fondation Frantz Fanon

GISTI _ Groupe d’Information et de soutien aux travailleurs immigrés

La marche des solidarités

LDH _ Ligue des Droits de l’Homme

MRAP _ Mouvement contre le Racisme et pour l’Amitié entre les Peuples

PADA Algérie

RAAR _ Réseau d’Actions contre l’Antisémitisme et tous les Racismes

Réseau Féministe Ruptures

Riposte Internationale

SIL _ Solidarité internationale LGBTQI+

SOS Racisme

Syndicats :

CFDT _ La Confédération française démocratique du travail

CGT _ Confédération Générale du Travail

FSU _ Fédération Syndicale Unitaire

Union Syndicale Solidaires

Partis Politiques :

ENSEMBLE !

NPA _ Nouveau Parti Anticapitaliste

PEPS _ Pour une Ecologie Populaire et Sociale