DOCUMENT : Stratégie de Sécurité Nationale des États-Unis d’Amérique

TABLE DES MATIÈRES

I. Introduction – Qu’est-ce que la stratégie américaine ?
1. Comment la « stratégie » américaine s’est-elle égarée ?
2. La correction nécessaire et bienvenue du président Trump

II. Que devraient vouloir les États-Unis ?
1. Que voulons-nous globalement ?
2. Que voulons-nous dans et de la part du monde ?

III. De quels moyens l’Amérique dispose-t-elle pour obtenir ce qu’elle veut ?
IV. La stratégie
1. Principes
2. Priorités
3. Les régions
A. L’hémisphère occidental
B. Asie
C. Europe
D. Moyen-Orient
E. Afrique

I. Introduction – Qu’est-ce que la stratégie américaine ?

1. Comment la « stratégie » américaine s’est-elle égarée ?


Pour que l’Amérique reste le pays le plus fort, le plus riche, le plus puissant et le plus prospère du monde pendant les décennies à venir, notre pays a besoin d’une stratégie cohérente et ciblée sur la manière dont nous interagissons avec le monde. Et pour y parvenir, tous les Américains doivent savoir exactement ce que nous essayons de faire et pourquoi. Une « stratégie » est un plan concret et réaliste qui explique le lien essentiel entre les fins et les moyens : elle commence par une évaluation précise de ce qui est souhaité et des outils disponibles, ou pouvant être créés de manière réaliste, pour atteindre les résultats souhaités.


Une stratégie doit évaluer, trier et hiérarchiser. Tous les pays, toutes les régions, toutes les questions ou toutes les causes, aussi louables soient-ils, ne peuvent pas être au centre de la stratégie américaine. L’objectif de la politique étrangère est la protection des intérêts nationaux fondamentaux ; c’est le seul objectif de cette stratégie.


Les stratégies américaines depuis la fin de la guerre froide ont échoué : elles ont été des listes de souhaits ou d’objectifs finaux souhaités ; elles n’ont pas clairement défini ce que nous voulons, mais ont plutôt énoncé des platitudes vagues ; et elles ont souvent mal évalué ce que nous devrions vouloir.


Après la fin de la guerre froide, les élites de la politique étrangère américaine se sont convaincues que la domination permanente des États-Unis sur le monde entier était dans le meilleur intérêt de notre pays. Pourtant, les affaires des autres pays ne nous concernent que si leurs activités menacent directement nos intérêts.


Nos élites ont gravement sous-estimé la volonté des États-Unis d’assumer indéfiniment des responsabilités mondiales que le peuple américain ne considérait pas comme liées à l’intérêt national. Elles ont surestimé la capacité des États-Unis à financer simultanément un État providence réglementaire et administratif massif, ainsi qu’un complexe militaire, diplomatique, de renseignement et d’aide étrangère tout aussi massif. Elles ont fait des paris extrêmement malavisés et destructeurs sur la mondialisation et le soi-disant « libre-échange », qui ont vidé de sa substance la classe moyenne et la base industrielle sur lesquelles reposent la prééminence économique et militaire des États-Unis. Elles ont permis à leurs alliés et partenaires de faire porter le coût de leur défense au peuple américain, et parfois de nous entraîner dans des conflits et des controverses qui sont au cœur de leurs intérêts, mais qui sont périphériques ou sans rapport avec les nôtres. Et ils ont lié la politique américaine à un réseau d’institutions internationales, dont certaines sont animées par un anti-américanisme pur et simple et beaucoup par un transnationalisme qui cherche explicitement à dissoudre la souveraineté des États individuels. En résumé, non seulement nos élites ont poursuivi un objectif fondamentalement indésirable et impossible, mais ce faisant, elles ont sapé les moyens mêmes nécessaires pour atteindre cet objectif : le caractère de notre nation sur lequel reposaient sa puissance, sa richesse et sa décence.

2. La correction nécessaire et bienvenue du président Trump

Rien de tout cela n’était inévitable. Le premier mandat du président Trump a prouvé qu’avec un leadership approprié faisant les bons choix, tout ce qui précède aurait pu — et aurait dû — être évité, et bien d’autres choses auraient pu être accomplies. Lui et son équipe ont réussi à mobiliser les grandes forces de l’Amérique pour corriger le cap et commencer à inaugurer un nouvel âge d’or pour notre pays. Poursuivre dans cette voie est l’ objectif primordial du deuxième mandat du président Trump et du présent document.


Les questions qui se posent à nous sont les suivantes :

1) Que doivent vouloir les États-Unis ?

2) Quels sont les moyens dont nous disposons pour y parvenir ?

et 3) Comment pouvons-nous relier les fins et les moyens dans une stratégie de sécurité nationale viable ?

II. Que doivent vouloir les États-Unis ?

1. Que voulons-nous globalement ?


Tout d’abord, nous voulons la survie et la sécurité continues des États-Unis en tant que république indépendante et souveraine dont le gouvernement garantit les droits naturels accordés par Dieu à ses citoyens et donne la priorité à leur bien-être et à leurs intérêts.

Nous voulons protéger ce pays, son peuple, son territoire, son économie et son mode de vie contre les attaques militaires et les influences étrangères hostiles, qu’il s’agisse d’espionnage, de pratiques commerciales prédatrices, de trafic de drogue et d’êtres humains, propagande destructrice et opérations d’influence, subversion culturelle ou toute autre menace pour notre nation.
Nous voulons un contrôle total sur nos frontières, sur notre système d’immigration et sur les réseaux de transport par lesquels les personnes entrent dans notre pays, légalement ou illégalement. Nous voulons un monde dans lequel la migration n’est pas simplement « ordonnée », mais dans lequel les pays souverains travaillent ensemble pour mettre fin aux flux de population déstabilisateurs plutôt que de les faciliter, et ont un contrôle total sur les personnes qu’ils admettent ou non.

Nous voulons une infrastructure nationale résiliente, capable de résister aux catastrophes naturelles, de résister et de contrer les menaces étrangères, et de prévenir ou d’atténuer tout événement susceptible de nuire au peuple américain ou de perturber l’économie américaine. Aucun adversaire ou danger ne devrait pouvoir mettre l’Amérique en danger.
Nous voulons recruter, former, équiper et déployer l’armée la plus puissante, la plus meurtrière et la plus avancée technologiquement au monde afin de protéger nos intérêts, de dissuader les guerres et, si nécessaire, de les gagner rapidement et de manière décisive, avec le moins de pertes possibles pour nos forces. Et nous voulons une armée dans laquelle chaque militaire est fier de son pays et confiant dans sa mission.
Nous voulons la force de dissuasion nucléaire la plus robuste, la plus crédible et la plus moderne au monde, ainsi que des défenses antimissiles de nouvelle génération, y compris un Golden Dôme pour le territoire américain, afin de protéger le peuple américain, les actifs américains à l’étranger et les alliés américains.

Nous voulons l’économie la plus forte, la plus dynamique, la plus innovante et la plus avancée au monde. L’économie américaine est le fondement du mode de vie américain, qui
promet et assure une prospérité généralisée et étendue, crée une mobilité ascendante et récompense le travail acharné. Notre économie est également le fondement de notre position mondiale et la base nécessaire de notre armée.
Nous voulons la base industrielle la plus solide au monde. La puissance nationale américaine dépend d’un secteur industriel fort, capable de répondre aux demandes de production en temps de paix comme en temps de guerre. Cela nécessite non seulement une capacité de production industrielle directe pour la défense, mais aussi une capacité de production liée à la défense. Cultiver la force industrielle américaine doit devenir la priorité absolue de la politique économique nationale.
Nous voulons le secteur énergétique le plus robuste, le plus productif et le plus innovant au monde, capable non seulement d’alimenter la croissance économique américaine, mais aussi d’être l’une des principales industries d’exportation des États-Unis à part entière.
Nous voulons rester le pays le plus avancé et le plus innovant au monde sur le plan scientifique et technologique, et tirer parti de ces atouts. Et nous voulons protéger notre propriété intellectuelle contre le vol étranger. L’esprit pionnier de l’Amérique est un pilier essentiel de notre domination économique et de notre supériorité militaire continues ; il doit être préservé.
Nous voulons maintenir le « soft power » inégalé des États-Unis, grâce auquel nous
exerçons une influence positive dans le monde entier qui sert nos intérêts. Ce faisant, nous assumerons sans complexe le passé et le présent de notre pays, tout en respectant les religions, les cultures et les systèmes de gouvernement différents des autres pays. Le « soft power » qui sert les véritables intérêts nationaux des États-Unis n’est efficace que si nous croyons en la grandeur et la décence inhérentes à notre pays.
Enfin, nous voulons restaurer et redynamiser la santé spirituelle et culturelle des États-Unis, sans laquelle la sécurité à long terme est impossible. Nous voulons une Amérique qui chérit ses gloires passées et ses héros, et qui aspire à un nouvel âge d’or. Nous voulons un peuple fier, heureux et optimiste, convaincu qu’il laissera à la prochaine génération un pays meilleur que celui qu’il a trouvé.
Nous voulons des citoyens qui ont un emploi rémunérateur, sans que personne ne soit laissé pour compte, et qui tirent satisfaction de savoir que leur travail est essentiel à la prospérité de notre nation et au bien-être des individus et des familles. Cela ne peut être réalisé sans un nombre croissant de familles traditionnelles solides qui élèvent des enfants en bonne santé.

2. Que voulons-nous dans et de la part du monde ?


Pour atteindre ces objectifs, il faut mobiliser toutes les ressources de notre puissance nationale.
Pourtant, cette stratégie est axée sur la politique étrangère. Quels sont les intérêts fondamentaux de la politique étrangère américaine?


Que voulons-nous dans et de la part du monde ?


• Nous voulons nous assurer que l’hémisphère occidental reste suffisamment stable et bien gouverné pour prévenir et décourager les migrations massives vers les États-Unis ; nous voulons un hémisphère dont les gouvernements coopèrent avec nous contre les narco-terroristes, les cartels et autres organisations criminelles transnationales; nous voulons un hémisphère qui reste exempt d’incursions étrangères hostiles ou de propriété d’actifs clés, et qui soutienne les chaînes d’approvisionnement critiques; et nous voulons garantir notre accès continu à des emplacements stratégiques clés. En d’autres termes, nous affirmerons et appliquerons un « corollaire Trump » à
la doctrine Monroe ;


• Nous voulons mettre fin et inverser les dommages continus que les acteurs étrangers infligent
à l’économie américaine tout en maintenant la liberté et l’ouverture de la région indo-pacifique, en préservant la liberté de navigation dans toutes les voies maritimes cruciales et en maintenant
des chaînes d’approvisionnement sûres et fiables ainsi que l’accès aux matériaux essentiels ;


• Nous voulons aider nos alliés à préserver la liberté et la sécurité de l’Europe, tout en restaurant la confiance en soi de la civilisation européenne et l’identité occidentale;


• Nous voulons empêcher une puissance hostile de dominer le Moyen-Orient, ses réserves de pétrole et de gaz, et les points d’étranglement par lesquels elles transitent, tout en évitant les « guerres éternelles » qui nous ont enlisés dans cette région à un coût élevé ;
et


• Nous voulons nous assurer que la technologie et les normes américaines, en particulier dans les domaines de l’IA, des biotechnologies et de l’informatique quantique, font progresser le monde.


Ce sont là les intérêts nationaux fondamentaux et vitaux des États-Unis. Bien que nous en ayons
d’autres, ce sont ceux sur lesquels nous devons nous concentrer avant tout, et que nous ignorons ou négligeons à nos risques et périls.

III. De quels moyens dispose l’Amérique pour obtenir ce que nous voulons ?


Les États-Unis conservent la position la plus enviable au monde, avec des atouts, des ressources et des avantages de premier plan, notamment :


• Un système politique toujours agile, capable de corriger le tir ;
• L’économie la plus importante et la plus innovante au monde, qui génère à la fois des richesses que nous pouvons investir dans des intérêts stratégiques et nous donne un moyen de pression sur les pays qui souhaitent accéder à nos marchés ;
• Le premier système financier et les premiers marchés de capitaux au monde, notamment le statut de monnaie de réserve mondiale du dollar ;
• Le secteur technologique le plus avancé, le plus innovant et le plus rentable au monde, qui sous-tend notre économie, confère un avantage qualitatif à notre armée et renforce notre influence mondiale ;
• L’armée la plus puissante et la plus compétente au monde ;
• Un vaste réseau d’alliances, avec des alliés et des partenaires dans les régions les plus importantes sur le plan stratégique;
• Une situation géographique enviable, avec des ressources naturelles abondantes, aucune puissance concurrente dominant physiquement notre hémisphère, des frontières sans risque d’invasion militaire et d’autres grandes puissances séparées par de vastes océans ;
• Un « soft power » et une influence culturelle inégalés ; et
• Le courage, la volonté et le patriotisme du peuple américain.


En outre, grâce au programme national ambitieux du président Trump, les États-Unis
sont en train de :


• Réinstaurer une culture de la compétence, en éliminant les pratiques dites « DEI » et autres
pratiques discriminatoires et anticoncurrentielles qui dégradent nos institutions et nous freinent ;
• Libérer notre énorme capacité de production énergétique en tant que priorité stratégique pour alimenter la croissance et l’innovation, et pour renforcer et reconstruire la classe moyenne ;
• Réindustrialisent notre économie, là encore pour soutenir davantage la classe moyenne et
contrôler nos propres chaînes d’approvisionnement et capacités de production ;
• Redonnent la liberté économique à nos citoyens grâce à des réductions d’impôts historiques et
des efforts de déréglementation, faisant des États-Unis le premier endroit où faire
des affaires et investir des capitaux ; et
• Investissent dans les technologies émergentes et la science fondamentale, afin de garantir notre prospérité continue, notre avantage concurrentiel et notre domination militaire pour les générations futures.


L’objectif de cette stratégie est de réunir tous ces atouts de premier plan, ainsi que d’autres, afin de renforcer la puissance et la prééminence américaines et de rendre notre pays encore plus grand qu’il ne l’a jamais été.

IV. La stratégie

1. Principes


La politique étrangère du président Trump est pragmatique sans être « pragmatique », réaliste
sans être « réaliste », fondée sur des principes sans être « idéaliste », musclée sans être « belliciste » et modérée sans être « pacifiste ». Elle ne repose pas sur une idéologie politique traditionnelle. Elle est avant tout motivée par ce qui fonctionne pour l’Amérique, ou, en deux mots, « l’Amérique d’abord ». Le président Trump a consolidé son héritage en tant que président de la paix. Outre les succès remarquables obtenus au cours de son premier mandat avec les accords historiques d’Abraham, le président Trump a mis à profit ses talents de négociateur pour instaurer une paix sans précédent dans huit conflits à travers le monde en seulement huit mois de son second mandat. Il a négocié la paix entre le Cambodge et la Thaïlande, le Kosovo et la Serbie, la RDC et le Rwanda, le Pakistan et l’Inde, Israël et l’ Iran, l’Égypte et l’Éthiopie, l’Arménie et l’Azerbaïdjan, et a mis fin à la guerre à Gaza avec le retour de tous les otages vivants dans leurs familles.


Mettre fin aux conflits régionaux avant qu’ils ne dégénèrent en guerres mondiales qui entraînent
des continents entiers dans leur chute mérite l’attention du commandant en chef et constitue une priorité pour cette administration. Un monde en feu, où les guerres s’étendent jusqu’à nos côtes, est mauvais pour les intérêts américains. Le président Trump utilise une diplomatie non conventionnelle, la puissance militaire américaine et son influence économique pour éteindre de manière chirurgicale les braises de la division entre les nations dotées de l’arme nucléaire et les guerres violentes causées par des siècles de haine. Le président Trump a prouvé que les politiques américaines en matière de politique étrangère, de défense et de renseignement doivent être guidées par les principes fondamentaux suivants :


• Définition ciblée de l’intérêt national – Depuis au moins la fin de la guerre froide, les administrations ont souvent publié des stratégies de sécurité nationale qui cherchent à élargir la définition de l’« intérêt national » américain de telle sorte que presque aucune question ou entreprise n’est considérée comme hors de son champ d’application. Mais se concentrer sur tout, c’est ne se concentrer sur rien. Les intérêts fondamentaux de la sécurité nationale américaine doivent être notre priorité.


• La paix par la force – La force est le meilleur moyen de dissuasion. Les pays ou autres acteurs suffisamment dissuadés de menacer les intérêts américains ne le feront pas. En outre, la force peut nous permettre d’atteindre la paix, car les parties qui respectent notre force sollicitent souvent notre aide et sont réceptives à nos efforts pour résoudre les conflits et maintenir la paix. Par conséquent, les États-Unis doivent maintenir l’économie la plus forte, développer les technologies les plus avancées, renforcer la santé culturelle de notre société et disposer de l’armée la plus compétente au monde.


• Prédisposition au non-interventionnisme – Dans la Déclaration d’indépendance, les fondateurs de l’Amérique ont clairement exprimé leur préférence pour le non-interventionnisme dans les affaires des autres nations et en ont clairement exposé les fondements : tout comme tous les êtres humains possèdent des droits naturels égaux donnés par Dieu, toutes les nations ont droit, en vertu des « lois de la nature et du Dieu de la nature », à une « position séparée et égale » les unes par rapport aux autres. Pour un pays dont les intérêts sont aussi nombreux et divers que les nôtres, il n’est pas possible d’adhérer rigoureusement au non-interventionnisme. Cependant, cette prédisposition devrait fixer des critères élevés pour déterminer ce qui constitue une intervention justifiée.


• Réalisme flexible – La politique américaine sera réaliste quant à ce qui est possible et souhaitable dans ses relations avec les autres nations. Nous recherchons de bonnes relations et des relations commerciales pacifiques avec les nations du monde sans leur imposer des changements démocratiques ou sociaux qui diffèrent largement de leurs traditions et de leur histoire. Nous reconnaissons et affirmons qu’il n’y a rien d’ incohérent ou d’hypocrite à agir selon une telle évaluation réaliste ou à entretenir de bonnes relations avec des pays dont les systèmes de gouvernement et les sociétés diffèrent des nôtres, même si nous poussons nos amis partageant les mêmes idées à respecter nos normes communes, favorisant ainsi nos intérêts.


• Primauté des nations – L’unité politique fondamentale du monde est et restera l’État-nation. Il est naturel et juste que toutes les nations fassent passer leurs intérêts en premier et protègent leur souveraineté. Le monde fonctionne mieux lorsque les nations donnent la priorité à leurs intérêts. Les États-Unis feront passer leurs propres intérêts en premier et, dans leurs relations avec les autres nations, les encourageront à donner la priorité à leurs propres intérêts également. Nous défendons les droits souverains des nations, nous nous opposons aux incursions des organisations transnationales les plus intrusives qui sapent la souveraineté, et nous sommes favorables à la réforme de ces institutions afin qu’elles aident plutôt qu’elles n’entravent la souveraineté individuelle et favorisent les intérêts américains.

• Souveraineté et respect – Les États-Unis protégeront sans complexe leur propre souveraineté. Cela implique notamment d’empêcher son érosion par les organisations transnationales et internationales, les tentatives des puissances ou entités étrangères de censurer notre discours ou de restreindre les droits de nos citoyens à la liberté d’expression, les opérations de lobbying et d’influence qui cherchent à orienter nos politiques ou à nous impliquer dans des conflits étrangers, et la manipulation cynique de notre système d’immigration afin de constituer des blocs électoraux fidèles aux intérêts étrangers au sein de notre pays. Les États-Unis traceront leur propre voie dans le monde et détermineront leur propre destin, sans ingérence extérieure.


• Équilibre des pouvoirs – Les États-Unis ne peuvent permettre à aucune nation de devenir
si dominante qu’elle pourrait menacer nos intérêts. Nous travaillerons avec nos alliés et partenaires pour maintenir l’équilibre des pouvoirs au niveau mondial et régional afin d’empêcher l’ émergence d’adversaires dominants. Alors que les États-Unis rejettent le concept malheureux de domination mondiale pour eux-mêmes, nous devons empêcher la domination mondiale, et dans certains cas même régionale, d’autres pays. Cela ne signifie pas gaspiller du sang et des richesses pour réduire l’influence de toutes les grandes et moyennes puissances mondiales. L’influence démesurée des nations plus grandes, plus riches et plus fortes est une vérité intemporelle des relations internationales. Cette réalité implique parfois de travailler avec des partenaires pour contrecarrer les ambitions qui menacent nos intérêts communs.


• Pro-américain Travailleurs – La politique américaine sera favorable aux travailleurs, et pas seulement pro-croissance, et elle donnera la priorité à nos propres travailleurs. Nous devons reconstruire une économie dans laquelle la prospérité est largement répartie et partagée, et non
concentrée au sommet ou localisée dans certaines industries ou dans quelques régions de notre
pays.


• Équité – Des alliances militaires aux relations commerciales et au-delà, les États-Unis insisteront pour être traités équitablement par les autres pays. Nous ne tolérerons plus, et ne pouvons plus nous permettre, le parasitisme, les déséquilibres commerciaux, les pratiques économiques prédatrices et autres atteintes à la bonne volonté historique de notre nation qui nuisent à nos intérêts. Tout comme nous voulons que nos alliés soient riches et compétents, nos alliés doivent comprendre qu’il est dans leur intérêt que les États-Unis restent également riches et compétents. En particulier, nous attendons de nos alliés qu’ils consacrent une part beaucoup plus importante de leur produit intérieur brut (PIB) à leur propre défense, afin de commencer à compenser les énormes déséquilibres accumulés au fil des décennies par les dépenses beaucoup plus importantes des États-Unis.

• Compétence et mérite – La prospérité et la sécurité des États-Unis dépendent du développement et de la promotion de la compétence. La compétence et le mérite font partie de nos plus grands atouts civilisationnels : lorsque les meilleurs Américains sont embauchés, promus et honorés, l’innovation et la prospérité suivent. Si la compétence est détruite ou systématiquement découragée, les systèmes complexes que nous tenons pour acquis – des infrastructures à la sécurité nationale en passant par l’ éducation et la recherche – cesseront de fonctionner. Si le mérite est étouffé, les avantages historiques de l’Amérique dans les domaines de la science, de la technologie, de l’industrie, de la défense et de l’innovation s’évaporeront. Le succès des idéologies radicales qui cherchent à
remplacer la compétence et le mérite par le statut de groupe favorisé rendrait l’Amérique méconnaissable et incapable de se défendre. Dans le même temps, nous ne pouvons pas permettre que la méritocratie soit utilisée comme justification pour ouvrir le marché du travail américain au monde entier au nom de la recherche de « talents mondiaux » qui nuisent aux travailleurs américains. Dans tous nos principes et toutes nos actions, l’Amérique et les Américains doivent toujours passer en premier.

2. Priorités


• L’ère de la migration de masse est révolue – Les personnes qu’un pays accepte sur son territoire, leur nombre et leur provenance, définiront inévitablement l’ avenir de cette nation. Tout pays qui se considère comme souverain a le droit et le devoir de définir son avenir. Tout au long de l’histoire, les nations souveraines ont interdit la migration incontrôlée et n’ont accordé la citoyenneté qu’à de rares étrangers, qui devaient également répondre à des critères exigeants. L’expérience de l’Occident au cours des dernières décennies confirme cette sagesse immuable. Dans les pays du monde entier, la migration de masse a mis à rude épreuve les ressources nationales, augmenté la violence et d’autres formes de criminalité, affaibli la cohésion sociale, faussé les marchés du travail et compromis la sécurité nationale. L’ère de la migration de masse doit prendre fin. La sécurité des frontières est l’élément principal de la sécurité nationale. Nous devons protéger notre pays contre les invasions, non seulement contre l’immigration incontrôlée, mais aussi contre les menaces transfrontalières telles que le terrorisme, le trafic de drogue, l’espionnage et la traite des êtres humains. Une frontière contrôlée par la volonté du peuple américain et mise en œuvre par son gouvernement est fondamentale pour la survie des États-Unis en tant que république souveraine.

• Protection des droits et libertés fondamentaux – Le but du gouvernement américain est de garantir les droits naturels accordés par Dieu aux citoyens américains. À cette fin, les départements et agences du gouvernement des États-Unis se sont vu accorder des pouvoirs redoutables. Ces pouvoirs ne doivent jamais être abusés, que ce soit sous le prétexte de la « déradicalisation », de la « protection de notre démocratie » ou de tout autre prétexte. Lorsque ces pouvoirs sont abusés, les auteurs de ces abus doivent être tenus pour responsables. En particulier, les droits à la liberté d’expression, à la liberté de religion et de conscience, ainsi que le droit de choisir et de diriger notre gouvernement commun sont des droits fondamentaux qui ne doivent jamais être violés. En ce qui concerne les pays qui partagent, ou disent partager, ces principes, les États-Unis plaideront avec force pour qu’ils soient respectés dans leur lettre et leur esprit. Nous nous opposerons aux restrictions antidémocratiques imposées par les élites aux libertés fondamentales en Europe, dans l’anglosphère et dans le reste du monde démocratique, en particulier parmi nos alliés.


• Partage et transfert des charges – L’époque où les États-Unis soutenaient à eux seuls l’ordre mondial comme Atlas est révolue. Nous comptons parmi nos nombreux alliés et partenaires des dizaines de nations riches et sophistiquées qui doivent assumer la responsabilité principale de leurs régions et contribuer beaucoup plus à notre défense collective. Le président Trump a établi une nouvelle norme mondiale avec l’engagement de La Haye, qui engage les pays de l’OTAN à consacrer 5 % de leur PIB à la défense et que nos alliés de l’OTAN ont approuvé et doivent désormais respecter. Poursuivant l’approche du président Trump consistant à demander aux alliés d’assumer la responsabilité principale de leurs régions, les États-Unis organiseront un réseau de partage des charges, avec notre gouvernement comme coordinateur et soutien. Cette approche garantit que les charges sont partagées et que tous ces efforts bénéficient d’une légitimité plus large. Le modèle consistera en des partenariats ciblés qui utilisent des outils économiques pour aligner les incitations, partager les charges avec des alliés partageant les mêmes idées et insister sur des réformes qui ancrent la stabilité à long terme. Cette clarté stratégique permettra aux États-Unis de contrer efficacement les influences hostiles et subversives tout en évitant la surextension et la dispersion des efforts qui ont sapé les efforts passés. Les États-Unis seront prêts à aider, éventuellement par un traitement plus favorable en matière commerciale, de partage de technologies et d’achats de défense, les pays qui acceptent volontairement d’assumer davantage de responsabilités en matière de sécurité dans leur voisinage et d’aligner leurs contrôles à l’exportation sur les nôtres.

• Réalignement par la paix – La recherche d’accords de paix sous la direction du président,
même dans des régions et des pays périphériques à nos intérêts fondamentaux immédiats, est un moyen efficace d’accroître la stabilité, de renforcer l’influence mondiale des États-Unis, de réaligner les pays et les régions sur nos intérêts et d’ouvrir de nouveaux marchés. Les ressources nécessaires se résument à la diplomatie présidentielle, que notre grande nation ne peut adopter qu’avec un leadership compétent. Les dividendes – fin des conflits de longue date, vies sauvées, nouveaux amis – peuvent largement compenser les coûts relativement mineurs en termes de temps et d’attention.


• Sécurité économique – Enfin, la sécurité économique étant fondamentale pour la sécurité nationale, nous nous efforcerons de renforcer davantage l’économie américaine, en mettant l’accent sur :


o Équilibre commercial – Les États-Unis donneront la priorité au rééquilibrage de nos relations commerciales, à la réduction des déficits commerciaux, à la lutte contre les barrières à nos
exportations et à la fin du dumping et des autres pratiques anticoncurrentielles qui nuisent aux industries et aux travailleurs américains. Nous recherchons des accords commerciaux équitables et réciproques avec les nations qui souhaitent commercer avec nous sur la base d’un avantage et d’un respect mutuels. Mais nos priorités doivent être et seront nos propres travailleurs, nos propres industries et notre propre sécurité nationale.


o Garantir l’accès aux chaînes d’approvisionnement et aux matériaux essentiels – Comme l’a fait valoir Alexander Hamilton aux débuts de notre république, les États-Unis ne doivent jamais dépendre d’une puissance étrangère pour les composants essentiels – des matières premières aux pièces détachées en passant par les produits finis – nécessaires à la défense ou à l’économie du pays. Nous devons rétablir notre propre accès indépendant et fiable aux biens dont nous avons besoin pour nous défendre et préserver notre mode de vie. Cela nécessitera d’élargir l’ accès des États-Unis aux minéraux et matériaux essentiels tout en luttant contre les pratiques économiques prédatrices. De plus, la communauté du renseignement surveillera les chaînes d’approvisionnement clés et les avancées technologiques dans le monde entier afin de nous assurer que nous comprenons et atténuons les vulnérabilités et les menaces qui pèsent sur la sécurité et la prospérité des États-Unis.


o Réindustrialisation – L’avenir appartient aux fabricants. Les États-Unis vont réindustrialiser leur économie, « relocaliser » la production industrielle et encourager et attirer les investissements dans notre économie et notre main-d’œuvre, en mettant l’accent sur les technologies critiques et émergentes qui définiront l’avenir. Nous y parviendrons grâce à l’utilisation stratégique des droits de douane et des nouvelles technologies qui favorisent la production industrielle à grande échelle dans tous les coins de notre pays, améliorent le niveau de vie des travailleurs américains et garantissent que notre pays ne dépendra plus jamais d’un adversaire, actuel ou potentiel, pour des produits ou composants essentiels.


o Relancer notre base industrielle de défense – Une armée forte et compétente ne peut exister sans une base industrielle de défense forte et performante. L’énorme fossé, mis en évidence lors des conflits récents, entre les drones et les missiles à bas coût et les systèmes coûteux nécessaires pour se défendre contre eux a mis en évidence notre besoin de changement et d’adaptation. L’Amérique a besoin d’une mobilisation nationale pour innover en matière de défenses puissantes à faible coût, pour produire à grande échelle les systèmes et les munitions les plus performants et les plus modernes, et pour rapatrier nos chaînes d’approvisionnement industrielles de défense. En particulier, nous devons fournir à nos combattants toute la gamme des capacités, allant des armes à faible coût capables de vaincre la plupart des adversaires aux systèmes haut de gamme les plus performants nécessaires pour un conflit avec un ennemi sophistiqué. Et pour réaliser la vision du président Trump d’une paix par la force, nous devons agir rapidement. Nous encouragerons également la revitalisation des bases industrielles de tous nos alliés et partenaires afin de renforcer la défense collective.


o Domination énergétique – Rétablir la domination énergétique américaine (dans les domaines du pétrole, du gaz, du charbon et du nucléaire) et relocaliser les composants énergétiques clés nécessaires est une priorité stratégique absolue. Une énergie bon marché et abondante permettra de créer des emplois bien rémunérés aux États-Unis, de réduire les coûts pour les consommateurs et les entreprises américains, de stimuler la réindustrialisation et de contribuer à maintenir notre avantage dans les technologies de pointe telles que l’IA. L’augmentation de nos exportations nettes d’énergie permettra également d’approfondir nos relations avec nos alliés tout en réduisant l’influence de nos adversaires, de protéger notre capacité à défendre nos côtes et, lorsque cela est nécessaire, de nous permettre de projeter notre puissance. Nous rejetons les idéologies désastreuses du « changement climatique » et du « zéro net » qui ont tant nui à l’Europe, menacent les États-Unis et subventionnent nos adversaires.


o Préserver et renforcer la domination du secteur financier américain – Les États-Unis possèdent les principaux marchés financiers et de capitaux au monde, qui sont les piliers de l’influence américaine et offrent aux décideurs politiques un levier et des outils importants pour faire progresser les priorités de l’Amérique en matière de sécurité nationale. Mais notre position de leader ne peut être considérée comme acquise. Préserver et renforcer notre domination implique de tirer parti de notre système de libre marché dynamique et de notre leadership en matière de finance numérique et d’innovation afin de garantir que nos marchés restent les plus dynamiques, les plus liquides et les plus sûrs, et continuent de faire l’envie du monde entier.

3. Les régions


Il est devenu habituel que des documents tels que celui-ci mentionnent toutes les régions du
monde et tous les problèmes, en partant du principe que toute omission équivaut à un angle mort ou à un mépris. En conséquence, ces documents deviennent trop volumineux et manquent de précision, ce qui est contraire à ce que devrait être une stratégie. Se concentrer et établir des priorités, c’est faire des choix, reconnaître que tout n’a pas la même importance pour tout le monde. Cela ne signifie pas pour autant que certains peuples, certaines régions ou certains pays sont intrinsèquement sans importance. Les États-Unis sont à tous égards la nation la plus généreuse de l’histoire, mais nous ne pouvons pas nous permettre d’accorder la même attention à chaque région et à chaque problème dans le monde. L’objectif de la politique de sécurité nationale est la protection des intérêts nationaux fondamentaux, certaines priorités transcendant les frontières régionales. Par exemple, l’activité terroriste dans une région par ailleurs moins importante pourrait exiger notre attention urgente. Mais passer de cette nécessité à une attention soutenue à la périphérie est une erreur.


A. Hémisphère occidental : le corollaire Trump à la doctrine Monroe


Après des années de négligence, les États-Unis réaffirmeront et appliqueront la doctrine Monroe
afin de restaurer la prééminence américaine dans l’hémisphère occidental et de protéger notre patrie et notre accès aux zones géographiques clés de la région. Nous refuserons à nos concurrents non hémisphériques la possibilité de positionner des forces ou d’autres capacités menaçantes, ou de posséder ou contrôler des actifs stratégiquement vitaux dans notre hémisphère. Ce « corollaire Trump » à la doctrine Monroe est une restauration sensée et puissante de la puissance et des priorités américaines, conforme aux intérêts de sécurité des États-Unis.


Nos objectifs pour l’hémisphère occidental peuvent se résumer ainsi : « Recruter et étendre ».
Nous enrôlerons nos amis établis dans l’hémisphère pour contrôler les migrations, mettre fin aux flux de drogue et renforcer la stabilité et la sécurité sur terre et en mer. Nous nous développerons en cultivant et en renforçant de nouveaux partenariats tout en renforçant l’attrait de notre propre nation en tant que partenaire économique et sécuritaire de choix dans l’hémisphère.


Enrôler


La politique américaine devrait se concentrer sur l’enrôlement de champions régionaux capables de contribuer à créer une stabilité tolérable dans la région, même au-delà des frontières de ces partenaires. Ces nations nous aideraient à mettre fin à la migration illégale et déstabilisatrice, à neutraliser les cartels, à développer la fabrication à proximité des côtes et à développer les économies privées locales, entre autres. Nous récompenserons et encouragerons les gouvernements, les partis politiques et les mouvements de la région qui s’alignent largement sur nos principes et notre stratégie. Mais nous ne devons pas négliger les gouvernements qui ont des perspectives différentes, mais avec lesquels nous partageons néanmoins des intérêts et qui souhaitent travailler avec nous. Les États-Unis doivent reconsidérer leur présence militaire dans l’hémisphère occidental. Cela implique quatre choses évidentes :


• Un réajustement de notre présence militaire mondiale afin de faire face aux menaces urgentes dans notre hémisphère, en particulier les missions identifiées dans cette stratégie, et de nous éloigner des théâtres dont l’importance relative pour la sécurité nationale américaine a diminué au cours des dernières décennies ou années ;


• Une présence plus appropriée de la garde côtière et de la marine pour contrôler les voies maritimes, contrer l’immigration illégale et autres migrations indésirables, réduire la traite des êtres humains et le trafic de drogue et contrôler les principales routes de transit en cas de crise ;


• Des déploiements ciblés pour sécuriser la frontière et vaincre les cartels, y compris, si nécessaire, le recours à la force létale pour remplacer la stratégie exclusive de maintien de l’ordre qui a échoué au cours des dernières décennies ; et


• L’établissement ou l’élargissement de l’accès à des endroits stratégiquement importants. Les États-Unis donneront la priorité à la diplomatie commerciale afin de renforcer leur propre économie et leurs industries, en utilisant les droits de douane et les accords commerciaux réciproques comme des outils puissants. L’objectif est que nos pays partenaires renforcent leur économie nationale, tandis qu’un hémisphère occidental économiquement plus fort et plus sophistiqué devient un marché de plus en plus attractif pour le commerce et les investissements américains.

Le renforcement des chaînes d’approvisionnement critiques dans cet hémisphère réduira les dépendances et augmentera la résilience économique américaine. Les liens créés entre les États-Unis et nos partenaires profiteront aux deux parties tout en rendant plus difficile pour les concurrents non hémisphériques d’accroître leur influence dans la région. Et même si nous
accordons la priorité à la diplomatie commerciale, nous nous efforcerons de renforcer nos partenariats en matière de sécurité, qu’il s’agisse de la vente d’armes, du partage de renseignements ou d’exercices conjoints.


Développer


Tout en approfondissant nos partenariats avec les pays avec lesquels les États-Unis entretiennent actuellement des relations solides, nous devons chercher à étendre notre réseau dans la région. Nous voulons que les autres nations nous considèrent comme leur partenaire de premier choix, et nous allons (par divers moyens) à ne pas collaborer avec d’autres. L’hémisphère occidental recèle de nombreuses ressources stratégiques que les États-Unis devraient exploiter en partenariat avec leurs alliés régionaux, afin de rendre les pays voisins ainsi que leur propre pays plus prospères. Le Conseil national de sécurité va immédiatement lancer un processus interinstitutionnel solide afin de charger les agences, avec le soutien de notre, afin d’identifier les points stratégiques et les ressources de l’hémisphère occidental en vue de leur protection et de leur développement conjoint avec les partenaires régionaux.Des concurrents non hémisphériques ont fait des percées importantes dans notre hémisphère, à la fois pour nous désavantager économiquement dans le présent et d’une manière qui pourrait nous nuire stratégiquement à l’avenir. Permettre ces incursions sans riposte sérieuse est une autre grande erreur stratégique américaine de ces dernières décennies. Les États-Unis doivent occuper une position prééminente dans l’hémisphère occidental pour garantir leur sécurité et leur prospérité, ce qui leur permet de s’affirmer avec confiance dans la région, là où et quand ils en ont besoin. Les termes de nos alliances et les conditions auxquelles nous fournissons toute forme d’aide doivent être subordonnés à la réduction de l’influence hostile extérieure, qu’il s’agisse du contrôle des installations militaires, des ports et des infrastructures clés ou de l’achat d’actifs stratégiques au sens large.


Certaines influences étrangères seront difficiles à inverser, compte tenu des alignements politiques entre certains gouvernements latino-américains et certains acteurs étrangers. Cependant, de nombreux gouvernements ne sont pas idéologiquement alignés sur les puissances étrangères, mais sont plutôt attirés par la possibilité de faire des affaires avec elles pour d’autres raisons, notamment les faibles coûts et la réduction des obstacles réglementaires. Les États-Unis ont réussi à réduire l’influence extérieure dans l’hémisphère occidental en démontrant, de manière précise, combien de coûts cachés (en matière d’espionnage, de cybersécurité, de pièges de la dette et autres) sont inhérents à l’aide étrangère prétendument « peu coûteuse ». Nous devons accélérer ces efforts, notamment en utilisant l’influence des États-Unis dans les domaines financier et technologique pour inciter les pays à rejeter cette aide.


Dans l’hémisphère occidental, et partout dans le monde, les États-Unis devraient clairement faire savoir que les biens, services et technologies américains sont un bien meilleur achat à long terme, car ils sont de meilleure qualité et ne sont pas assortis des mêmes conditions que l’aide d’autres pays. Cela dit, nous réformerons notre propre système afin d’accélérer les approbations et les autorisations, là encore dans le but de devenir le partenaire de premier choix. Le choix auquel tous les pays doivent faire face est le suivant : veulent-ils vivre dans un monde dirigé par les États-Unis, composé de pays souverains et d’économies libres, ou dans un monde parallèle où ils sont influencés par des pays situés à l’autre bout du globe ?


Tous les responsables américains travaillant dans ou sur la région doivent être parfaitement informés de l’influence néfaste exercée de l’extérieur, tout en exerçant des pressions et en offrant des incitations aux pays partenaires afin de protéger notre hémisphère. Pour protéger efficacement notre hémisphère, il faut également une collaboration plus étroite entre le gouvernement américain et le secteur privé américain. Toutes nos ambassades doivent être conscientes des opportunités commerciales importantes dans leur pays, en particulier les contrats gouvernementaux majeurs. Tous les fonctionnaires américains qui interagissent avec ces pays doivent comprendre qu’une partie de leur travail consiste à aider les entreprises américaines à être compétitives et à réussir. Le gouvernement américain identifiera les opportunités stratégiques d’acquisition et d’investissement pour les entreprises américaines dans la région et les soumettra à l’évaluation de tous les programmes de financement du gouvernement américain, y compris, mais sans s’y limiter, ceux des départements d’État, de la Guerre et de l’Énergie, de la Small Business Administration, de l’International Development Finance Corporation, de l’Export-Import Bank et de la Millennium Challenge Corporation. Nous devons également nous associer aux gouvernements et aux entreprises régionaux pour construire des infrastructures énergétiques évolutives et résilientes, investir dans l’accès aux minéraux essentiels et renforcer les réseaux de communication cybernétiques existants et futurs qui tirent pleinement parti du potentiel américain en matière de cryptage et de sécurité. Les entités gouvernementales américaines susmentionnées devraient être utilisées pour financer une partie des coûts d’achat de produits américains à l’étranger. Les États-Unis doivent également résister et renverser les mesures telles que la taxation ciblée, la réglementation déloyale et l’expropriation qui désavantagent les entreprises américaines. Les termes de nos accords, en particulier avec les pays qui dépendent le plus de nous et sur lesquels nous avons donc le plus d’influence, doivent être des contrats à fournisseur unique pour nos entreprises. Dans le même temps, nous devons tout mettre en œuvre pour évincer les entreprises étrangères qui construisent des infrastructures dans la région.


B. Asie : gagner l’avenir économique, prévenir les affrontements militaires


Diriger depuis une position de force


Le président Trump a, à lui seul, renversé plus de trois décennies d’hypothèses erronées
des États-Unis sur la Chine, à savoir qu’en ouvrant nos marchés à la Chine, en encourageant les entreprises américaines à investir en Chine et en externalisant notre production vers la Chine, nous faciliterions l’entrée de la Chine dans ce qu’on appelle « l’ordre international fondé sur des règles ». Cela ne s’est pas produit. La Chine s’est enrichie et est devenue puissante, et a utilisé sa richesse et sa puissance à son avantage considérable. Les élites américaines, au cours de quatre administrations successives des deux partis politiques, ont soit volontairement facilité la stratégie de la Chine, soit refusé de la voir. La région indo-pacifique représente déjà près de la moitié du PIB mondial en termes de parité de pouvoir d’achat (PPA) et un tiers en termes de PIB nominal. Cette part augmentera certainement au cours du XXIe siècle. Cela signifie que la région indo-pacifique est déjà et restera l’un des principaux terrains d’affrontement économiques et géopolitiques du siècle prochain. Pour prospérer chez nous, nous devons réussir à y être compétitifs, et c’est ce que nous faisons. Le président Trump a signé des accords majeurs lors de ses voyages en octobre 2025, qui renforcent encore nos liens puissants en matière de commerce, de culture, de technologie et de défense, et réaffirment notre engagement en faveur d’une région indo-pacifique libre et ouverte.
Les États-Unis disposent d’atouts considérables – l’économie et l’armée les plus puissantes au monde, une innovation de pointe, un « soft power » inégalé et un historique de bénéfices pour nos alliés et partenaires – qui nous permettent d’être compétitifs. Le président Trump établit des alliances et renforce des partenariats dans la région indo-pacifique qui constitueront le fondement de la sécurité et de la prospérité à long terme.

Économie : l’enjeu ultime


Depuis la réouverture de l’économie chinoise au monde en 1979, les relations commerciales
entre nos deux pays ont été et restent fondamentalement déséquilibrées. Ce qui a commencé comme une relation entre une économie mature et riche et l’un des pays les plus pauvres du monde s’est transformé en une relation entre deux pays presque égaux, même si, jusqu’à très récemment, la position des États-Unis restait ancrée dans ces hypothèses passées. La Chine s’est adaptée au changement de politique tarifaire américaine qui a débuté en 2017, en partie en renforçant son emprise sur les chaînes d’approvisionnement, en particulier dans les pays à faible et moyen revenu (c’est-à-dire dont le PIB par habitant est inférieur ou égal à 13 800 dollars), qui constituent l’un des principaux champs de bataille économiques des prochaines décennies. Les exportations chinoises vers les pays à faible revenu ont doublé entre 2020 et 2024. Les États-Unis importent des produits chinois indirectement par l’intermédiaire d’intermédiaires et d’usines construites par la Chine dans une douzaine de pays, dont le Mexique. Les exportations chinoises vers les pays à faible revenu sont aujourd’hui près de quatre fois supérieures à ses exportations vers les États-Unis. Lorsque le président Trump a pris ses fonctions en 2017, les exportations chinoises vers les États-Unis représentaient 4 % de son PIB, mais elles sont depuis tombées à un peu plus de 2 % de son PIB. La Chine continue toutefois d’ exporter vers les États-Unis par l’intermédiaire d’autres pays intermédiaires. À l’avenir, nous rééquilibrerons les relations économiques entre les États-Unis et la Chine, en donnant la priorité à la réciprocité et à l’équité afin de rétablir l’indépendance économique américaine. Le commerce avec la Chine doit être équilibré et axé sur des facteurs non sensibles. Si les États-Unis restent sur la voie de la croissance et parviennent à la maintenir tout en entretenant des relations économiques véritablement mutuellement avantageuses avec Pékin, nous devrions passer de notre économie actuelle de 30 000 milliards de dollars en 2025 à 40 000 milliards de dollars dans les années 2030, ce qui placera notre pays dans une position enviable pour conserver son statut de première économie mondiale. Notre objectif ultime est de jeter les bases d’une vitalité économique à long terme. Il est important de noter que cela doit s’accompagner d’une attention soutenue et continue portée à la dissuasion afin de prévenir toute guerre dans la région indo-pacifique. Cette approche combinée peut devenir un cercle vertueux, car une forte dissuasion américaine ouvre la voie à une action économique plus disciplinée, tandis qu’une action économique plus disciplinée conduit à une augmentation des ressources américaines pour maintenir la dissuasion à long terme. Pour y parvenir, plusieurs éléments sont essentiels.


Tout d’abord, les États-Unis doivent protéger et défendre notre économie et notre population contre tout préjudice, quelle qu’en soit la source ou le pays d’origine. Cela signifie notamment mettre fin à :


• Les subventions prédatrices et les stratégies industrielles dirigées par l’État ;
• Les pratiques commerciales déloyales ;
• La destruction d’emplois et la désindustrialisation ;
• Le vol à grande échelle de propriété intellectuelle et l’espionnage industriel ;
• Les menaces contre nos chaînes d’approvisionnement qui compromettent l’accès des États-Unis à des ressources essentielles, notamment les minéraux et les éléments de terres rares ;
• Les exportations de précurseurs du fentanyl qui alimentent l’épidémie d’opioïdes en Amérique ; et
• La propagande, les opérations d’influence et autres formes de subversion culturelle.


Deuxièmement, les États-Unis doivent travailler avec leurs alliés et partenaires signataires de traités, qui apportent ensemble 35 000 milliards de dollars supplémentaires à notre économie nationale de 30 000 milliards de dollars (représentant ensemble plus de la moitié de l’économie mondiale), afin de contrecarrer les pratiques économiques prédatrices et utiliser notre puissance économique combinée pour aider à préserver notre position de premier plan dans l’économie mondiale et veiller à ce que les économies alliées ne deviennent pas subordonnées à une puissance concurrente. Nous devons continuer à améliorer nos relations commerciales (et autres) avec l’Inde afin d’encourager New Delhi à contribuer à la sécurité de la région indo-pacifique, notamment par le biais d’une coopération quadrilatérale continue avec l’Australie, le Japon et les États-Unis (« le Quad ») . De plus, nous nous efforcerons également d’aligner les actions de nos alliés et partenaires sur notre intérêt commun à empêcher la domination d’une seule nation concurrente. Les États-Unis doivent en même temps investir dans la recherche afin de préserver et de renforcer leur avantage dans les technologies militaires et à double usage de pointe, en mettant l’accent sur les domaines où les avantages américains sont les plus marqués. Il s’agit notamment des domaines sous-marin, spatial et nucléaire, ainsi que d’autres domaines qui détermineront l’avenir de la puissance militaire, tels que l’intelligence artificielle, l’informatique quantique et les systèmes autonomes, sans oublier l’énergie nécessaire pour alimenter ces domaines. En outre, les relations essentielles du gouvernement américain avec le secteur privé américain contribuent à maintenir la surveillance des menaces persistantes qui pèsent sur les réseaux américains, y compris les infrastructures critiques. Cela permet au gouvernement américain de procéder à la détection, à l’attribution et à la réponse en temps réel (c’est-à-dire la défense des réseaux et les cyberopérations offensives) tout en protégeant la compétitivité de l’économie américaine et en renforçant la résilience du secteur technologique américain. L’amélioration de ces capacités nécessitera également une déréglementation considérable afin d’améliorer encore notre compétitivité, de stimuler l’innovation et d’accroître l’accès aux ressources naturelles américaines. Ce faisant, nous devons viser à rétablir un équilibre militaire
favorable aux États-Unis et à nos alliés dans la région. Outre le maintien de leur prééminence économique et la consolidation de leur système d’alliances en un groupe économique, les États-Unis doivent mener une action diplomatique et économique solide, menée par le secteur privé, dans les pays où la majeure partie de la croissance économique mondiale devrait se produire au cours des prochaines décennies.


La diplomatie « America First » vise à rééquilibrer les relations commerciales mondiales. Nous avons clairement fait savoir à nos alliés que le déficit courant américain n’est pas viable. Nous
devons encourager l’Europe, le Japon, la Corée, l’Australie, le Canada, le Mexique et d’autres
pays importants à adopter des politiques commerciales qui contribuent à rééquilibrer l’économie chinoise en faveur de la consommation des ménages, car l’Asie du Sud-Est, l’Amérique latine et le Moyen-Orient ne peuvent à eux seuls absorber l’énorme surcapacité de la Chine. Les pays exportateurs d’Europe et d’Asie peuvent également se tourner vers les pays à revenu intermédiaire, qui constituent un marché limité mais en pleine croissance pour leurs exportations. Les entreprises chinoises dirigées et soutenues par l’État excellent dans la construction d’infrastructures physiques et numériques, et la Chine a recyclé environ 1 300 milliards de dollars de ses excédents commerciaux en prêts à ses partenaires commerciaux. Les États-Unis et leurs alliés n’ont pas encore élaboré, et encore moins mis en œuvre, de plan commun pour ce qu’on appelle le « Sud global », mais ensemble, ils possèdent d’énormes ressources. L’Europe, le Japon, la Corée du Sud et d’autres pays détiennent des actifs étrangers nets de 7 000 milliards de dollars. Les institutions financières internationales, y compris les banques multilatérales de développement, possèdent des actifs combinés de 1 500 milliards de dollars. Si la dérive des missions a sapé l’efficacité de certaines de ces institutions, l’administration actuelle est déterminée à utiliser sa position de leader pour mettre en œuvre des réformes qui garantissent qu’elles servent les intérêts américains. Ce qui différencie les États-Unis du reste du monde — notre ouverture, notre transparence, notre fiabilité, notre engagement en faveur de la liberté et de l’innovation, et notre capitalisme de libre marché — continuera à faire de nous le partenaire mondial de premier choix.


Les États-Unis occupent toujours une position dominante dans les technologies clés dont le monde a besoin. Nous devons présenter à nos partenaires une série d’incitations, par exemple la coopération dans le domaine des hautes technologies, les achats dans le domaine de la défense et l’accès à nos marchés financiers, qui feront pencher la balance en notre faveur. Les visites d’État du président Trump dans les pays du golfe Persique en mai 2025 ont démontré la puissance et l’attrait de la technologie américaine. Le président y a obtenu le soutien des États du Golfe pour la technologie américaine supérieure en matière d’intelligence artificielle, renforçant ainsi nos partenariats. Les États-Unis devraient de la même manière rallier leurs alliés et partenaires européens et asiatiques, y compris l’Inde, afin de consolider et d’améliorer leurs positions communes dans l’hémisphère occidental hémisphère occidental et, en ce qui concerne les minéraux critiques, en Afrique. Nous devrions former des coalitions qui utilisent nos avantages comparatifs en matière de finance et de technologie pour créer des marchés d’exportation avec les pays coopérants. Les partenaires économiques des États-Unis ne devraient plus espérer tirer des revenus des États-Unis grâce à la surcapacité et aux déséquilibres structurels, mais plutôt rechercher la croissance grâce à une coopération gérée liée à un alignement stratégique et en recevant des investissements américains à long terme. Grâce à ses marchés financiers les plus profonds et les plus efficaces au monde, l’Amérique peut aider les pays à faible revenu à développer leurs propres marchés financiers et à lier plus étroitement leurs monnaies au dollar, garantissant ainsi l’avenir du dollar en tant que monnaie de réserve mondiale. Nos plus grands avantages restent notre système de gouvernement et notre économie de marché libre et dynamique. Cependant, nous ne pouvons pas supposer que les avantages de notre système prévaudront par défaut. Une stratégie de sécurité nationale est donc essentielle.


Dissuader les menaces militaires


À long terme, le maintien de la prééminence économique et technologique des États-Unis est le moyen le plus sûr de dissuader et de prévenir un conflit militaire à grande échelle. Un équilibre militaire conventionnel favorable reste un élément essentiel de la concurrence stratégique. L’attention se concentre à juste titre sur Taïwan, en partie en raison de la domination de Taïwan dans la production de semi-conducteurs, mais surtout parce que Taïwan offre un accès direct à la deuxième chaîne d’îles et divise l’Asie du Nord-Est et du Sud-Est en deux théâtres distincts. Étant donné qu’un tiers du trafic maritime mondial transite chaque année par la mer de Chine méridionale, cela a des implications majeures pour l’ économie américaine. Il est donc prioritaire de dissuader tout conflit autour de Taïwan, idéalement en préservant la supériorité militaire. Nous maintiendrons également notre politique déclaratoire de longue date sur Taïwan, ce qui signifie que les États-Unis ne soutiennent aucun changement unilatéral du statu quo dans le détroit de Taïwan. Nous construirons une armée capable de contrer toute agression n’importe où dans la première chaîne d’îles. Mais l’armée américaine ne peut pas, et ne devrait pas avoir à le faire seule. Nos alliés doivent se mobiliser et dépenser – et surtout agir – beaucoup plus pour la défense collective. Les efforts diplomatiques américains devraient se concentrer sur la pression exercée sur nos alliés et partenaires de la première chaîne d’îles afin de permettre à l’armée américaine un meilleur accès à leurs ports et autres installations, de dépenser davantage pour leur propre défense et, surtout, d’investir dans des capacités visant à dissuader toute agression. Cela permettra de relier les questions de sécurité maritime le long de la première chaîne d’îles tout en renforçant la capacité des États-Unis et de leurs alliés à empêcher toute tentative de s’emparer de Taïwan ou d’atteindre un équilibre des forces si défavorable à notre égard qu’il rendrait impossible la défense de cette île. Un autre défi sécuritaire connexe est la possibilité pour tout concurrent de contrôler la mer de Chine méridionale. Cela pourrait permettre à une puissance potentiellement hostile d’imposer un système de péage sur l’une des voies commerciales les plus importantes au monde ou, pire encore, de la fermer et de la rouvrir à sa guise. L’une ou l’autre de ces deux issues serait préjudiciable à l’économie américaine et aux intérêts américains au sens large. Des mesures énergiques doivent être élaborées parallèlement à la dissuasion nécessaire pour maintenir ces voies ouvertes, exemptes de « péages » et non soumises à une fermeture arbitraire par un seul pays. Cela nécessitera non seulement de nouveaux investissements dans nos capacités militaires, en particulier navales, mais aussi une coopération étroite avec tous les pays qui risquent de souffrir, de l’Inde au Japon et
au-delà, si ce problème n’est pas résolu. Compte tenu de l’insistance du président Trump pour que le Japon et la Corée du Sud partagent davantage la charge, nous devons exhorter ces pays à augmenter leurs dépenses de défense, en mettant l’accent sur les capacités, y compris les nouvelles capacités, nécessaires pour dissuader les adversaires et protéger la première chaîne d’îles. Nous allons également renforcer et consolider notre présence militaire dans le Pacifique occidental, tout en maintenant, dans nos relations avec Taïwan et l’Australie, notre discours déterminé sur l’augmentation des dépenses de défense.


Pour prévenir les conflits, il faut adopter une posture vigilante dans la région indo-pacifique, renouveler la base industrielle de défense, accroître les investissements militaires de notre part et de celle de nos alliés et partenaires, et remporter la compétition économique et technologique sur le long terme.

C. Promouvoir la grandeur de l’Europe


Les responsables américains ont pris l’habitude de considérer les problèmes européens en
termes de dépenses militaires insuffisantes et de stagnation économique. Cela est vrai,
mais les véritables problèmes de l’Europe sont encore plus profonds. L’Europe continentale a perdu des parts du PIB mondial, passant de 25 % en 1990 à 14 % aujourd’hui, en partie à cause des réglementations nationales et transnationales qui sapent la créativité et l’esprit d’initiative. Mais ce déclin économique est éclipsé par la perspective réelle et plus sombre d’une disparition de la civilisation. Parmi les problèmes majeurs auxquels l’Europe est confrontée, on peut citer les activités de l’Union européenne et d’autres organismes transnationaux qui sapent la liberté politique et la souveraineté, les politiques migratoires qui transforment le continent et créent des conflits, la censure de la liberté d’expression et la répression de l’opposition politique, la chute des taux de natalité et la perte des identités nationales et de la confiance en soi. Si les tendances actuelles se poursuivent, le continent sera méconnaissable dans 20 ans ou moins. Dans ces conditions, il est loin d’être évident que certains pays européens disposeront d’ économies et d’armées suffisamment solides pour rester des alliés fiables. Bon nombre de ces nations redoublent actuellement d’efforts dans la voie qu’elles ont empruntée. Nous voulons que l’Europe reste européenne, qu’elle retrouve sa confiance en elle en tant que civilisation et qu’elle abandonne son orientation erronée vers une réglementation étouffante.


Ce manque de confiance en soi est particulièrement évident dans les relations de l’Europe avec la Russie. Les alliés européens jouissent d’un avantage significatif en matière de puissance militaire sur la Russie dans presque tous les domaines, à l’exception des armes nucléaires. À la suite de la guerre menée par la Russie en Ukraine, les relations entre l’Europe et la Russie sont désormais profondément détériorées, et de nombreux Européens considèrent la Russie comme une menace existentielle. La gestion des relations entre l’Europe et la Russie nécessitera un engagement diplomatique important de la part des États-Unis, à la fois pour rétablir les conditions d’une stabilité stratégique sur le continent eurasien et d’atténuer le risque de conflit entre la Russie et les États européens.


Il est dans l’intérêt fondamental des États-Unis de négocier un cessez-le-feu rapide en Ukraine, afin de stabiliser les économies européennes, d’empêcher une escalade ou une extension involontaire de la guerre, de rétablir la stabilité stratégique avec la Russie, et de permettre la reconstruction de l’Ukraine après les hostilités afin de lui permettre de survivre en tant qu’État viable. La guerre en Ukraine a eu pour effet pervers d’accroître la dépendance extérieure de l’Europe, en particulier de l’Allemagne. Aujourd’hui, les entreprises chimiques allemandes construisent certaines des plus grandes usines de transformation au monde en Chine, en utilisant du gaz russe qu’elles ne peuvent pas obtenir chez elles. L’administration Trump se trouve en désaccord avec les responsables européens qui ont des attentes irréalistes concernant la guerre, perchés dans des gouvernements minoritaires instables, dont beaucoup bafouent les principes fondamentaux de la démocratie pour réprimer l’opposition. Une grande majorité des Européens souhaite la paix, mais ce désir ne se traduit pas en politique, en grande partie à cause de la subversion des processus démocratiques par ces gouvernements. Cela revêt une importance stratégique pour les États-Unis, précisément parce que les États européens ne peuvent se réformer s’ils sont pris au piège d’une crise politique.


Pourtant, l’Europe reste stratégiquement et culturellement vitale pour les États-Unis. Le commerce transatlantique reste l’un des piliers de l’économie mondiale et de la prospérité américaine. Les secteurs européens, de l’industrie manufacturière à la technologie en passant par l’ énergie, restent parmi les plus solides au monde. L’Europe abrite des institutions culturelles de premier plan et des centres de recherche scientifique de pointe. Non seulement nous ne pouvons pas nous permettre de faire une croix sur l’Europe, mais cela irait à l’encontre des objectifs de cette stratégie. La diplomatie américaine doit continuer à défendre la démocratie authentique, la liberté d’expression et la célébration sans complexe du caractère et de l’histoire propres à chaque nation européenne. Les États-Unis encouragent leurs alliés politiques en Europe à promouvoir ce renouveau spirituel, et l’influence croissante des partis patriotiques européens est en effet source d’un grand optimisme.
Notre objectif devrait être d’aider l’Europe à corriger sa trajectoire actuelle. Nous aurons besoin d’une Europe forte pour nous aider à être compétitifs et pour travailler de concert avec nous afin d’empêcher tout adversaire de dominer l’Europe.


Les États-Unis sont, naturellement, attachés sentimentalement au continent européen et, bien sûr, à la Grande-Bretagne et à l’Irlande. Le caractère de ces pays est également important sur le plan stratégique, car nous comptons sur des alliés créatifs, compétents, confiants et démocratiques pour établir des conditions de stabilité et de sécurité. Nous voulons travailler avec des pays alignés qui souhaitent retrouver leur ancienne grandeur.

À long terme, il est plus que plausible que d’ici quelques décennies au plus tard, certains membres de l’OTAN deviendront majoritairement non européens. À ce titre, la question reste ouverte de savoir s’ils considéreront leur place dans le monde, ou leur alliance avec les États-Unis, de la même manière que ceux qui ont signé la charte de l’OTAN. Notre politique générale pour l’Europe devrait donner la priorité aux éléments suivants :


• Rétablir les conditions de stabilité en Europe et la stabilité stratégique avec la Russie ;
• Permettre à l’Europe de voler de ses propres ailes et de fonctionner comme un groupe de nations souveraines alignées, notamment en assumant la responsabilité principale de sa propre défense, sans être dominée par une puissance adverse ;
• Cultiver la résistance à la trajectoire actuelle de l’Europe au sein des nations européennes;
• Ouvrir les marchés européens aux biens et services américains et garantir un traitement équitable aux travailleurs et aux entreprises américains ;
• Renforcer les nations prospères d’Europe centrale, orientale et méridionale grâce à des liens commerciaux, à la vente d’armes, à la collaboration politique et aux échanges culturels et éducatifs ;
• Mettre fin à la perception, et empêcher la réalité, d’une OTAN comme une alliance en perpétuelle expansion ; et
• Encourager l’Europe à prendre des mesures pour lutter contre la surcapacité mercantiliste, le vol technologique, le cyberespionnage et d’autres pratiques économiques hostiles.

D. Le Moyen-Orient : transférer les charges, construire la paix


Depuis au moins un demi-siècle, la politique étrangère américaine accorde la priorité au Moyen-Orient par rapport à toutes les autres régions. Les raisons sont évidentes : pendant des décennies, le Moyen-Orient a été le plus important fournisseur d’énergie au monde, le théâtre principal de la concurrence entre les superpuissances et le théâtre de conflits qui menaçaient de s’étendre au reste du monde et même à nos propres côtes. Aujourd’hui, au moins deux de ces dynamiques ont disparu. L’approvisionnement énergétique s’est considérablement diversifié, les États-Unis redevenant un exportateur net d’énergie. La rivalité entre superpuissances a cédé la place à une lutte d’influence entre grandes puissances, dans laquelle les États-Unis conservent une position enviable, renforcée par la revitalisation réussie par le président Trump de nos alliances dans le Golfe, avec d’autres partenaires arabes et avec Israël.


Les conflits restent la dynamique la plus problématique au Moyen-Orient, mais ce problème est aujourd’hui moins grave que les gros titres pourraient le laisser croire. L’Iran, principale force déstabilisatrice de la région, a été considérablement affaibli par les actions israéliennes depuis
le 7 octobre 2023 et par l’opération Midnight Hammer menée par le président Trump en juin 2025, qui a considérablement affaibli le programme nucléaire iranien. Le conflit israélo-palestinien reste épineux, mais grâce au cessez-le-feu et à la libération des otages négociés par le président Trump, des progrès ont été réalisés vers une paix plus durable. Les principaux soutiens du Hamas ont été affaiblis ou se sont retirés. La Syrie reste un problème potentiel, mais avec le soutien des États-Unis, des pays arabes, d’Israël et de la Turquie, elle pourrait se stabiliser et reprendre la place qui lui revient en tant qu’acteur intégral et positif dans la région. À mesure que cette administration abroge ou assouplit les politiques énergétiques restrictives et que la production énergétique américaine augmente, la raison historique pour laquelle les États-Unis se concentrent sur le Moyen-Orient s’estompera. Au contraire, la région deviendra de plus en plus une source et une destination d’investissements internationaux, et ce dans des secteurs bien au-delà du pétrole et du gaz, notamment l’énergie nucléaire, l’intelligence artificielle et les technologies de défense. Nous pouvons également travailler avec nos partenaires du Moyen-Orient pour faire progresser d’autres intérêts économiques, qu’il s’agisse de sécuriser les chaînes d’approvisionnement ou de renforcer les opportunités de développer des marchés amicaux et ouverts dans d’autres parties du monde, comme l’Afrique.

Les partenaires du Moyen-Orient démontrent leur engagement à lutter contre le radicalisme, une tendance que la politique américaine devrait continuer à encourager. Mais pour ce faire, il faudra abandonner l’expérience malavisée des États-Unis consistant à intimider ces nations, en particulier les monarchies du Golfe, pour qu’elles abandonnent leurs traditions et leurs formes historiques de gouvernement. Nous devons encourager et applaudir les réformes lorsqu’elles émergent de manière organique, sans essayer de les imposer de l’extérieur. La clé d’une relation fructueuse avec le Moyen-Orient est d’accepter la région, ses dirigeants et ses nations tels qu’ils sont, tout en travaillant ensemble dans des domaines d’intérêt commun. Les États-Unis auront toujours un intérêt fondamental à veiller à ce que les approvisionnements énergétiques du Golfe ne tombent pas entre les mains d’un ennemi déclaré, que le détroit d’Ormuz reste ouvert, que la mer Rouge reste navigable, que la région ne soit pas un incubateur ou un exportateur de terrorisme contre les intérêts américains ou le territoire américain, et qu’Israël reste en sécurité. Nous pouvons et devons faire face à cette menace sur le plan idéologique et militaire sans nous lancer dans des décennies de guerres stériles pour « reconstruire la nation ». Nous avons également tout intérêt à étendre les accords d’Abraham à d’autres pays de la région et à d’autres pays du monde musulman.


Mais l’époque où le Moyen-Orient dominait la politique étrangère américaine, tant dans la planification à long terme que dans l’exécution quotidienne, est heureusement révolue, non pas parce que le Moyen-Orient n’a plus d’importance, mais parce qu’il n’est plus la source constante d’irritation et potentielle de catastrophe imminente qu’il était autrefois. Il apparaît plutôt comme
un lieu de partenariat, d’amitié et d’investissement, une tendance qui doit être saluée et encouragée. En fait, la capacité du président Trump à unir le monde arabe à Charm el-Cheikh dans la poursuite de la paix et de la normalisation permettra aux États-Unis de donner enfin la priorité aux intérêts américains.


Afrique de l’Est


Pendant trop longtemps, la politique américaine en Afrique s’est concentrée sur la fourniture, puis la diffusion, de l’idéologie libérale. Les États-Unis devraient plutôt chercher à s’associer avec certains pays pour atténuer les conflits, favoriser des relations commerciales mutuellement avantageuses et passer d’un paradigme d’aide étrangère à un paradigme d’investissement et de croissance capable d’exploiter les ressources naturelles abondantes et le potentiel économique latent de l’Afrique.
Les possibilités d’engagement pourraient inclure la négociation d’accords pour régler les conflits en cours (par exemple, RDC-Rwanda, Soudan) et prévenir de nouveaux conflits (par exemple, Éthiopie-Érythrée-Somalie), ainsi que des mesures visant à modifier notre approche de l’aide et de l’investissement (par exemple, la loi sur la croissance et les opportunités en Afrique). Et nous devons rester vigilants face à la résurgence des activités terroristes islamistes dans certaines régions d’Afrique, tout en évitant toute présence ou tout engagement américain à long terme. Les États-Unis devraient passer d’une relation avec l’Afrique axée sur l’aide à une relation axée sur le commerce et l’investissement, en privilégiant les partenariats avec des États compétents et fiables, engagés à ouvrir leurs marchés aux biens et services américains. Un domaine immédiat pour les investissements américains en Afrique, avec des perspectives de bon retour sur investissement, comprend le secteur de l’énergie et le développement des minéraux critiques.


Le développement des technologies soutenues par les États-Unis dans les domaines de l’énergie nucléaire, du gaz de pétrole liquéfié et du gaz naturel liquéfié peut générer des profits pour les entreprises américaines et nous aider dans la concurrence pour les minéraux critiques et autres ressources.

DOCUMENT : Texte intégral de la contre-proposition européenne au plan de paix américain pour l’Ukraine.

Par Reuters – 23 novembre 2025

https://www.reuters.com/business/finance/full-text-european-counter-proposal-us-ukraine-peace-plan-2025-11-23/

BRUXELLES, 23 novembre (Reuters) – Voici le texte de la contre-proposition européenne au projet de plan de paix américain en 28 points pour l’Ukraine, consulté par Reuters dimanche.
La contre-proposition, rédigée par les trois puissances européennes que sont la Grande-Bretagne, la France et l’Allemagne, s’appuie sur le plan américain, mais le passe en revue point par point en proposant des modifications et des suppressions.

Texte des Européens :

1. La souveraineté de l’Ukraine doit être réaffirmée.

2. Un accord de non-agression total et complet sera conclu entre la Russie, l’Ukraine et l’OTAN. Toutes les ambiguïtés des 30 dernières années seront résolues.

(Le point 3 du plan américain est supprimé. Une ébauche de ce plan consultée par Reuters stipulait : « Il sera attendu de la Russie qu’elle n’envahisse pas ses voisins et de l’OTAN qu’elle ne s’étende pas davantage. »)

4. Après la signature d’un accord de paix, un dialogue entre la Russie et l’OTAN sera organisé afin d’aborder toutes les préoccupations en matière de sécurité et de créer un environnement propice à la désescalade afin de garantir la sécurité mondiale et d’accroître les possibilités de connectivité et les opportunités économiques futures.

5. L’Ukraine bénéficiera de garanties de sécurité solides.

6. La taille de l’armée ukrainienne sera plafonnée à 800 000 soldats en temps de paix.

7. L’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN dépend du consensus des membres de l’OTAN, qui n’existe pas.

8. L’OTAN accepte de ne pas stationner de manière permanente des troupes sous son commandement en Ukraine en temps de paix.

9. Des avions de combat de l’OTAN seront stationnés en Pologne.

10. Garantie américaine similaire à l’article 5
a. Les États-Unis recevront une compensation pour cette garantie.
b. Si l’Ukraine envahit la Russie, elle perdra cette garantie.
c. Si la Russie envahit l’Ukraine, en plus d’une réponse militaire coordonnée solide, toutes les sanctions mondiales seront rétablies et toute reconnaissance du nouveau territoire et tous les autres avantages découlant de cet accord seront retirés.

11. L’Ukraine est éligible à l’adhésion à l’UE et bénéficiera d’un accès préférentiel à court terme au marché européen pendant que sa candidature est évaluée

12. Un programme mondial de reconstruction solide pour l’Ukraine, comprenant notamment :
a. La création d’un fonds de développement ukrainien pour investir dans les industries à forte croissance, notamment la technologie, les centres de données et les efforts en matière d’intelligence artificielle
b. Les États-Unis s’associeront à l’Ukraine pour restaurer, développer, moderniser et exploiter conjointement les infrastructures gazières ukrainiennes, notamment les pipelines et les installations de stockage.
c. Un effort conjoint sera déployé pour réhabiliter les zones touchées par la guerre afin de restaurer, réaménager et moderniser les villes et les zones résidentielles.
d. Développement des infrastructures.
e. Extraction des ressources minérales et naturelles.
f. Un programme de financement spécial sera élaboré par la Banque mondiale afin de fournir des fonds pour accélérer ces efforts.

13. Réintégration progressive de la Russie dans l’économie mondiale
a. L’allègement des sanctions sera discuté et convenu par étapes et au cas par cas.
b. Les États-Unis concluront un accord de coopération économique à long terme afin de poursuivre le développement mutuel dans les domaines de l’énergie, des ressources naturelles, des infrastructures, de l’IA, des centres de données, des terres rares, des projets communs dans l’Arctique, ainsi que diverses autres opportunités commerciales mutuellement avantageuses.
c. La Russie sera invitée à réintégrer le G8

14. L’Ukraine sera entièrement reconstruite et indemnisée financièrement, notamment grâce aux actifs souverains russes qui resteront gelés jusqu’à ce que la Russie indemnise l’Ukraine pour les dommages causés.

15. Un groupe de travail conjoint sur la sécurité sera créé avec la participation des États-Unis, de l’Ukraine, de la Russie et des Européens afin de promouvoir et de faire respecter toutes les dispositions du présent accord.

16. La Russie inscrira dans sa législation une politique de non-agression envers l’Europe et l’Ukraine.

17. Les États-Unis et la Russie conviennent de prolonger les traités de non-prolifération et de contrôle nucléaires, y compris le traité Fair Start.

18. L’Ukraine accepte de rester un État non nucléaire dans le cadre du TNP.

19. La centrale nucléaire de Zaporizhzhia sera remise en service sous la supervision de l’AIEA, et l’électricité produite sera répartie équitablement à parts égales entre la Russie et l’Ukraine.

20. L’Ukraine adoptera les règles de l’UE en matière de tolérance religieuse et de protection des minorités linguistiques.

21. Territoires
L’Ukraine s’engage à ne pas récupérer son territoire souverain occupé par des moyens militaires. Les négociations sur les échanges territoriaux commenceront à partir de la ligne de contact.

22. Une fois que les futurs arrangements territoriaux auront été convenus, la Fédération de Russie et l’Ukraine s’engagent à ne pas modifier ces arrangements par la force. Aucune garantie de sécurité ne s’appliquera en cas de violation de cette obligation

23. La Russie n’empêchera pas l’Ukraine d’utiliser le Dniepr à des fins commerciales, et des accords seront conclus pour permettre le libre transport des céréales par la mer Noire.

24. Un comité humanitaire sera créé pour résoudre les questions en suspens :
a. Tous les prisonniers et corps restants seront échangés selon le principe « tous contre tous ».
b. Tous les détenus civils et otages seront libérés, y compris les enfants.
c. Un programme de réunification familiale sera mis en place.
d. Des dispositions seront prises pour remédier aux souffrances des victimes du conflit.

25. L’Ukraine organisera des élections dès que possible après la signature de l’accord de paix.

26. Des dispositions seront prises pour remédier aux souffrances des victimes du conflit.

27. Cet accord sera juridiquement contraignant. Sa mise en œuvre sera contrôlée et garantie par un Conseil de paix, présidé par le président Donald J. Trump. Des
sanctions seront prévues en cas de violation.

28. Une fois que toutes les parties auront accepté ce mémorandum, un cessez-le-feu entrera immédiatement en vigueur dès que les deux parties se seront retirées aux points convenus pour que la mise en œuvre de l’accord puisse commencer. Les modalités du cessez-le-feu, y compris le contrôle, seront convenues par les deux parties sous la supervision des États-Unis.

Ukraine : sur le plan Trump.

Au-delà des positionnements rhétoriques gouvernementaux et des polémiques politico-médiatiques, la question principale est celle-ci : sommes-nous rentrés dans un vrai processus de négociations pour un règlement politique, et une fin éventuelle de la guerre en Ukraine ? C’est à partir de cette question qu’il faut réfléchir et juger de ce qui va suivre dans les jours et semaines à venir. Ce qui se dessine avec le plan Trump semble d’ailleurs plus compliqué que les premières réactions ne le laissent entendre. Certes, instruits par le plan Trump concernant Gaza, il est légitime de manifester au moins de la prudence, sinon de la méfiance. C’est même nécessaire. Mais il faut avancer.

Constatons d’abord que chacun des acteurs principaux cherche à s’inscrire dans ce plan, ou plutôt dans ce qu’il pourrait produire : Zelensky ne veut pas se mettre à l’écart. Il cherche à s’adapter positivement. Il n’est pas en position de dire non. Poutine se dit favorable à un plan qui lui donne, il est vrai, une part essentielle de ce qu’il revendique sur le plan territorial. Les Européens râlent, à juste titre, sur le fait qu’ils n’ont pas été associés, mais ils suivent pour pouvoir peser… Quand à Donald Trump, il pose d’abord quelques sommations (à l’Ukraine) dans l’esprit d’un « c’est à prendre ou à laisser… », pour ensuite abandonner les deux conditions avancées comme des injonctions : sur la date butoir du 27 novembre, et même sur les contenus qui pourraient donc se modifier… On pourrait penser que ce semblant de pragmatisme d’ensemble fait la force du plan Trump. Tout serait possible… En vérité, c’est sa première faiblesse, car il ne détermine pas les principes de base et les termes de référence de droit devant étayer un projet solide de règlement. C’est ce qui se produit lorsque l’on refuse le cadre du droit international, du multilatéralisme et des Nations Unies. Finir une guerre en Europe, dont les causes remontent au basculement et aux conséquences géopolitiques de la fin de la Guerre froide, de la fin de l’URSS … ce n’est pas une petite affaire à régler à quelques uns, en quelques jours, en quelques formules…sous la houlette d’un Président américain sans vision de la complexité du monde et des relations internationales. Mais il faut quand même avancer…

Rappeler les causes.

Pour pouvoir réfléchir à une issue véritable à cette guerre, il faut en rappeler les causes. Je les ai expliquées dans mon livre « Poutine, l’OTAN et la guerre » (2022, éditions du Croquant). Pour aller au plus direct, soulignons, premièrement, qu’il s’agit d’abord d’une guerre OTAN/Russie sur le « champ » de l’Ukraine et de l’État ukrainien. A la faveur de l’effondrement de l’Union soviétique, les logiques de puissance américaines (engagées par Clinton) ont alors projeté l’ascendant stratégique occidental jusqu’aux frontières de la Russie, ce que Moscou n’a jamais accepté. C’est la racine des problèmes. Deuxièmement, en déclenchant l’invasion militaire de ce pays, dont il avait reconnu l’indépendance en 1994 (mémorandums de Budapest), Vladimir Poutine bafoue ses propres engagements, outrepasse la légalité internationale et la Charte des Nations Unies.

On voit ainsi qu’une des causes fondamentales de cette guerre se situe dans la prééminence des stratégies de puissance des uns et des autres. Après le basculement majeur de 1989/1991, il fallait négocier la mise en place d’un nouvel ordre international et d’un nouveau système de sécurité en Europe. Cette exigence n’a pas été prise en considération. On le paie cher aujourd’hui en Europe. L’hubris de Washington auquel répond celui de Moscou conduisent à une impasse, et surtout à une escalade qui nourrit une dangereuse trajectoire des relations internationales. Il ne s’agit donc pas seulement de régler la fin des combats, des arrangements russo-ukrainiens, et des garanties de sécurité en Europe si importants puissent-ils être pour la suite. Il faut penser l’Europe, la sécurité collective en Europe, l’exigence de la responsabilité collective dans le règlement des conflits. Il faut chercher à réaliser ce nouvel ordre de sécurité, de coopération et de paix dont nul n’a voulu après la fin de la Guerre froide. En tous les cas exprimer l’idée que tel est l’enjeu principal et s’en rapprocher le plus possible. Personne ne dit que c’est un chemin facile tellement, dans le monde occidental et européen, les uns et les autres restent prioritairement sur la voie de l’exercice de la force (interdit par les Nations Unies) et de l’affirmation de la puissance.

Une neutralité garantie est une solution de sécurité collective.

Le plan Trump, évidemment, n’offre ni le cadre, ni l’ambition déclarée d’une approche politique et d’une vision de cette nature. Mais il est pour le moment le seul élément sur la table. En conséquence, tout doit être entrepris pour pousser à une véritable négociation ouverte sur l’ensemble des conditions devant mener à un arrêt des combats et à un règlement politique. Tout doit être mis sur la table. Rien ne doit être imposé à l’Ukraine, que les autorités de Kiev n’auraient pas accepté. Il est nécessaire aussi de réintroduire les Nations Unies dans le processus pour favoriser le travail diplomatique, acter et garantir les avancées acquises, apporter une légitimité. La France et les Européens, enfin, doivent insister sur le lien entre la souveraineté et la sécurité de l’Ukraine et les enjeux de sécurité en Europe. Une solution globale comprenant des compromis des uns et des autres semble maintenant incontournable, si l’on veut installer un règlement juste dans la durée.

Dans une issue globale de sécurité collective, le statut politico-institutionnel de l’Ukraine devrait constituer un élément décisif. Il faut en effet une réponse à cette crise géopolitique majeure qui dure maintenant depuis le début des années 2000, avec le réarmement russe et les avertissements de Poutine que les Occidentaux n’ont pas voulu entendre. Une solution européenne de neutralité, de non adhésion à l’OTAN devrait permettre un chemin possible, à condition que cette option s’inscrive explicitement dans un nouveau système de sécurité en Europe, avec l’engagement non seulement les États-Unis et de la Russie, mais aussi de l’ensemble des États membres du Conseil de sécurité de l’ONU. Il s’agit donc d’apporter une garantie internationale sous forme de mission formulée par une résolution du Conseil de sécurité, voire par l’Assemblée générale.

Alors, le plan Trump offre-t-il une chance d’aller dans ce sens ?

Ce plan traite en premier les questions de sécurité européenne en formulant des propositions floues, mais ayant une vocation manifeste à installer quelque chose comme un statut quo de sécurité régionale avec une Ukraine non membre de l’OTAN (pas de troupes de l’OTAN en Ukraine selon l’article 8), mais possible État membre de l’Union européenne. L’esprit est donc, selon moi, favorable à des avancées, et à des garanties de sécurité pour l’Ukraine et plus globalement. Cela reste cependant à discuter et préciser avec nettement plus de rigueur et d’assurance. Il s’agit de quelque chose d’essentiel pour l’avenir. C’est une lourde responsabilité pour qui saura se charger de négocier et de prendre des initiatives pour cela. Notons que le plan Trump s’est accompagné d’une annexe sur les garanties de sécurité (voir sur ce blog le texte précédent), ce qui est utile pour montrer le caractère déterminant de cette question dans la recherche d’une solution pertinente.

L’article 6 du plan fait beaucoup réagir parce qu’il propose de limiter ultérieurement l’armée ukrainienne à 600 000 soldats, ce qui est interprété comme une volonté d’obtenir un affaiblissement militaire de ce pays. Le souhait de fixer une limite aux capacités de défense ukrainiennes parait ainsi assez évident. Il faut cependant mesurer que l’armée de l’Ukraine compte aujourd’hui environ 850 000 personnels (200 à 250 000 avant 2022). Il faut mesurer qu’en cas de cessation des combats, les effectifs ukrainiens diminueraient mécaniquement de façon substantielle. Il en serait probablement de même pour la Russie. Notons qu’une armée de 600 000 soldats en Europe constituerait une exception. Aujourd’hui 600 000 personnels c’est à peu près la somme des effectifs cumulés correspondant aux armées de la France, de la Pologne et de l’Allemagne. Il faut comprendre que la guerre finie, l’armée de l’Ukraine serait, par chiffrage, la plus forte d’Europe occidentale. Il reste que si l’on recherche une sécurité collective et une solution juste au conflit, il n’y a aucune raison de proposer une limite militaire à l’Ukraine, sans rien proposer de raisonnablement équivalent pour la Russie. Ce n’est pas acceptable.

Le plan Trump inclut une disposition (article 17) qui souligne que « les États-Unis et la Russie conviendront de prolonger la validité des traités sur la non-prolifération et le contrôle des armes nucléaires, y compris le traité START I ». Cet article pourrait-il permettre enfin de garantir la fin de l’incertitude sur la validité et la prolongation nécessaire des accords nucléaires de réduction et de contrôle (notamment le plus récent, le New Start qui arrive à échéance le 5 février 2026) signés entre Washington et Moscou depuis le début des années 90 ? Ce serait une avancée importante qui mériterait d’être elle-même prolongée par de nouveaux accords (incluant la Chine ?..) dans un contexte où toutes les puissances disposant un arsenal atomique ont, depuis des années, annoncé des mesures importantes de modernisation et de renforcement très significatives témoignant d’un nouveau et préoccupant processus de course aux armements nucléaires. Il y aurait ici la possibilité d’une relance des batailles pour l’élimination des armes nucléaires, le respect du TNP et du Traité d’interdiction des armes nucléaires. A noter que le plan (article 18) acte l’Ukraine comme « État non nucléaire ». C’est le prolongement de la réalité actuelle, ou plutôt une prudence russe et américaine…

Territoires et souveraineté

Naturellement, l’article 21 du plan pose les problèmes les plus aigus puisqu’il y est question des territoires faisant l’objet des combats acharnés dans la guerre. Selon ce plan, le Donbass et la Crimée seraient reconnus russes « de facto ». Ce qui veut dire que la souveraineté formelle (donc « de jure ») ne serait pas attribuée à la Russie. La partie de l’oblast de Donestk toujours contrôlée par l’Ukraine serait considérée comme territoire « appartenant à la Russie » et comme zone tampon neutre et démilitarisée. Mais que veut dire « appartenant à » ? La souveraineté formelle resterait-elle à l’Ukraine ? Ce n’est pas précisé… Il y a donc des questions de fait et de droit qui restent dans l’indécis. Peut-être s’agit-il de laisser la place aux tractations dans un contexte où beaucoup d’experts soulignent qu’en raison du rapport des forces, l’Ukraine ne pourra pas recouvrir la totalité des territoires conquis par la Russie, ceux du Donbass et de la Crimée notamment. En dépit du premier article du plan Trump (« la souveraineté de l’Ukraine sera confirmée »), il est évident que les subtilités de vocabulaire ne vont pas rendre les solutions plus faciles, tellement cette question de la souveraineté, notamment territoriale, est importante pour l’Ukraine, puisqu’elle est au centre du conflit depuis l’invasion russe le 24 février 2022.

Enfin, concernant la reconstruction, le plan prévoit surtout un bénéficiaire, les États-Unis, qui recevront 50 % des bénéfices de cette entreprise. Celle-ci devrait aussi profiter de 100 milliards de dollars provenant d’actifs russes actuellement gelés. Il n’est pas spécifié si la Russie devrait participer financièrement d’une autre manière à la reconstruction. On peut toujours poser la question. Les Européens qui ne sont pas d’accords entre eux sur la façon d’utiliser les fonds russes gelés, auront d’autant plus de choses à négocier qu’ils devraient aussi verser 100 milliards de dollars pour augmenter les investissements de la reconstruction. La Banque mondiale devrait mettre au point un programme de financement spécial. La Russie sera invitée à rejoindre le G8 et « réintégrée dans dans l’économie mondiale ». C’est aussi l’objectif de Washington : reprendre le cours des affaires avec la Russie. Essayer de la distancier de la Chine, ce qui n’est pour l’heure pas évident.

Pour conclure ces quelques remarques, il faut souligner l’importance des négociations nécessaires si l’on veut aboutir à un règlement juste et durable, et à une sécurité collective en Europe. Un règlement de ce type me semble non seulement indispensable pour en terminer avec la guerre, mais aussi, de façon très liée, pour assurer une tout autre situation en Europe. Une paix juste pourrait en effet briser ou infléchir de façon décisive la trajectoire actuelle des relations internationales marquée par une montée permanente des tensions, par une consternante course aux armements, par des dangers de grandes guerres en Europe et ailleurs. Il faut s’en préoccuper.

Il est donc possible d’entraver cette prédisposition appartenant à bien des commentateurs, bien des responsables politiques et même militaires (quand bien même ce n’est pas de leurs prérogatives) à soutenir qu’il faut maintenant préparer la guerre. Une guerre qui, selon eux, nous attendrait inévitablement pour demain. Pour 2029 selon le Ministre allemand de la défense, pour 2030 selon le Chef d’état-major des armées françaises…Tandis que pour de hauts gradés américains (1) c’est en 2027 que Pékin attaquerait Taiwan… Et qui d’autre encore osera nous donner la date à partir de laquelle nos enfants seront en danger de mort, et notre pays « en risque » ?.. N’y-a-t-il pas autre chose qui soit possible de faire ? Donald Trump a engagé un processus qui, hélas, lui ressemble. Il ne tient qu’aux Européens (et pas seulement à eux) d’intervenir pour en faire un processus de règlement qui ait une pertinence, un sens et une fin. C’est possible. Il faut le vouloir.

1) Voir par exemple «House intel’s Himes: Chinese invasion of Taiwan in 2027 would be really dumb », Breaking Defense, december 6, 2024. https://breakingdefense.com/2024/12/house-intels-himes-chinese-invasion-of-taiwan-in-2027-would-be-really-dumb/?utm_medium=email&_hsenc=p2ANqtz-8lj_LUx_NObOxD51yrwR4A7GmsMyc8fJaSbM_o775YBsbSu4A_vR5DnOGZpBMe2Jf_2FC0Rp7sLRErIS2YN7Imk3Kpdg&_hsmi=337470920&utm_content=337470920&utm_source=hs_email  

DOCUMENT : Annexe au plan Trump pour l’Ukraine comprenant une garantie de sécurité « de type OTAN »

https://www.axios.com/2025/11/21/ukraine-security-guarantee-nato-article-5-trump

Projet de texte :

Le présent cadre établit les conditions d’un armistice entre l’Ukraine et la Fédération de Russie et prévoit une garantie de sécurité inspirée des principes de l’article 5 du Traité de l’Atlantique Nord, adaptée aux circonstances du conflit et aux intérêts des États-Unis et de leurs partenaires européens.

1) Les États-Unis affirment qu’une attaque armée significative, délibérée et soutenue de la Fédération de Russie à travers la ligne d’armistice convenue sur le territoire ukrainien sera considérée comme une attaque menaçant la paix et la sécurité de la communauté transatlantique. Dans un tel cas, le président des États-Unis, dans l’exercice de son autorité constitutionnelle et après consultation immédiate avec l’Ukraine, l’OTAN et les partenaires européens, déterminera les mesures nécessaires pour rétablir la sécurité. Ces mesures peuvent inclure le recours à la force armée, une assistance en matière de renseignement et de logistique, des actions économiques et diplomatiques, ainsi que toute autre mesure jugée appropriée. Un mécanisme d’évaluation conjoint avec l’OTAN et l’Ukraine évaluera toute violation alléguée.

2) Les membres de l’OTAN, notamment la France, le Royaume-Uni, l’Allemagne, la Pologne et la Finlande, affirment que la sécurité de l’Ukraine fait partie intégrante de la stabilité européenne et s’engagent à agir de concert avec les États-Unis pour répondre à toute violation admissible, garantissant ainsi une posture de dissuasion unifiée et crédible.

3) Le présent cadre entre en vigueur dès sa signature et reste valable pendant dix ans, renouvelable d’un commun accord. Une commission de surveillance conjointe dirigée par les partenaires européens et à laquelle participent les États-Unis veillera au respect des dispositions.
Signataires prévus :
– Ukraine
– Fédération de Russie
– États-Unis d’Amérique
– Union européenne
– OTAN

Document : le plan Trump pour l’Ukraine

Ukraine : un plan Trump en 28 points pour mettre fin à la guerre

Axios, site web des États-Unis, a publié les 18 et 19 novembre 2025, deux articles importants sur un plan Trump en 28 points, visant à mettre fin à la guerre en Ukraine.

Selon Axios, l’Administration Trump travaille secrètement avec Moscou pour élaborer un tel plan. Celui-ci devrait inclure les questions territoriales, la sécurité en Europe, les relations entre les États-Unis, la Russie et l’Ukraine. Il y est question notamment de compromis incluant des cessions de territoires de la part de Kiev, et des garanties de sécurité américaines pour l’Ukraine.

Le Président Zelensky s’appuierait sur un autre plan, conçu dans un cadre plus large, avec les Européens. Une rencontre se serait tenue entre le Conseiller de Trump, Steve Witkoff et Rustem Umerov, Conseiller à la sécurité nationale pour l’Ukraine.

Axios souligne que le plan américain « s’inspire de la réussite du Président Trump dans la conclusion d’un accord à Gaza ». Une telle « réussite » reste une hypothèse liée à une rhétorique dans laquelle excelle Donald Trump… Les réalités ne tendent pas, en effet, à confirmer que nous sommes là sur une voie positive. Cependant, alors que la Russie, lentement, progresse sur le terrain des combats, il reste important de suivre les avancées éventuelles et les problèmes posés dans le contexte de ce processus de tractations diplomatiques pour l’instant confidentiel ou discret.

Les jours et les semaines à venir montreront si nous sommes effectivement rentrés dans un véritable processus de négociations, alors que tout démontre l’exigence et l’urgence de mettre un terme à cette guerre qui porte un tort historique aux peuples ukrainien et russe, et qui pourrait avoir des conséquences redoutables quant à l’avenir de l’Europe, pour la sécurité et la paix sur le continent. A suivre.

Je publie ci-dessous, en intégralité et en français, les deux articles d’Axios :

L’administration Trump travaille secrètement en consultation avec la Russie pour élaborer un nouveau plan visant à mettre fin à la guerre en Ukraine, ont déclaré des responsables américains et russes à Axios.

Pourquoi est-ce important ? Le plan américain en 28 points s’inspire de la réussite du Président Trump dans la conclusion d’un accord à Gaza. Un haut responsable russe a déclaré à Axios qu’il était optimiste quant à ce plan. On ne sait pas encore quelle sera la réaction de l’Ukraine et de ses soutiens européens.

Zoom : Selon des sources proches d’Axios, les 28 points du plan se répartissent en quatre grandes catégories : la paix en Ukraine, les garanties de sécurité, la sécurité en Europe et les relations futures des États-Unis avec la Russie et l’Ukraine.

  • On ne sait pas encore comment le plan aborde les questions controversées telles que le contrôle territorial dans l’est de l’Ukraine, où les forces russes ont progressé petit à petit, mais contrôlent toujours beaucoup moins de territoire que ce que le Kremlin exigeait.

Dans les coulisses : Steve Witkoff, l’envoyé de Trump, dirige la rédaction du plan et en a longuement discuté avec l’envoyé russe Kirill Dmitriev, a déclaré un responsable américain.

  • Dmitriev, qui dirige le fonds souverain russe et est également très impliqué dans la diplomatie autour de l’Ukraine, a déclaré lundi à Axios lors d’une interview qu’il avait passé trois jours en réunion avec Witkoff et d’autres membres de l’équipe de Trump lors de sa visite à Miami du 24 au 26 octobre.
  • Dmitriev s’est montré optimiste quant aux chances de succès de l’accord car, contrairement aux efforts passés, « nous avons le sentiment que la position russe est vraiment entendue ».

De l’autre côté : Witkoff devait rencontrer le président ukrainien Volodymyr Zelensky mercredi en Turquie, mais il a reporté son voyage, ont déclaré des responsables ukrainiens et américains.

  • Witkoff a discuté du plan avec le conseiller à la sécurité nationale de Zelensky, Rustem Umerov, lors d’une réunion qui s’est tenue en début de semaine à Miami, a confirmé un responsable ukrainien à Axios.
  • « Nous savons que les Américains travaillent sur quelque chose », a déclaré le responsable ukrainien.
  • « Le président a clairement indiqué qu’il était temps de mettre fin aux tueries et de conclure un accord pour mettre fin à la guerre. Le président Trump estime qu’il est possible de mettre fin à cette guerre absurde si l’on fait preuve de souplesse », a déclaré un responsable de la Maison Blanche à Axios.

État d’avancement : Dmitriev a déclaré à Axios que l’idée de base était de s’appuyer sur les principes convenus par Trump et le président russe Vladimir Poutine en août en Alaska et d’élaborer une proposition « visant à résoudre le conflit ukrainien, mais aussi à rétablir les relations entre les États-Unis et la Russie [et] à répondre aux préoccupations de la Russie en matière de sécurité ».

« Il s’agit en fait d’un cadre beaucoup plus large, qui revient essentiellement à se demander comment apporter enfin une sécurité durable à l’Europe, et pas seulement à l’Ukraine », a-t-il déclaré.

Selon Dmitriev, l’objectif est de rédiger un document écrit allant dans ce sens avant la prochaine rencontre entre Trump et Poutine. Les projets de sommet à Budapest entre les deux dirigeants restent pour l’instant en suspens.

Point de friction : M. Dmitriev a déclaré que cette initiative n’avait aucun rapport avec la pression exercée par le Royaume-Uni pour élaborer un plan de paix de type Gaza pour l’Ukraine, qui, selon lui, n’avait aucune chance de réussir car il ne tenait pas compte des positions de la Russie.

  • L’envoyé russe a déclaré que les États-Unis étaient actuellement en train d’expliquer les « avantages » de leur approche actuelle aux Ukrainiens et aux Européens.
  • « Cela se produit dans un contexte où la Russie remporte clairement de nouveaux succès sur le champ de bataille », a-t-il ajouté, affirmant que l’influence de Moscou ne cessait de croître.

À surveiller : Le responsable américain a confirmé que la Maison Blanche avait commencé à informer les responsables européens du nouveau plan, en plus des Ukrainiens.

  • Le responsable a déclaré que la Maison Blanche pensait qu’il y avait de réelles chances d’obtenir l’adhésion des Ukrainiens et des Européens, et a ajouté que le plan serait adapté en fonction des contributions des différentes parties.
  • « Nous pensons que le moment est propice pour ce plan. Mais les deux parties doivent faire preuve de pragmatisme et de réalisme », a déclaré le responsable américain.

https://www.axios.com/2025/11/19/ukraine-peace-plan-trump-russia-witkoff#:~:text=Skip%20to%20main,Media%20Inc.%2C%202025

                           ***

Le nouveau plan Trump visant à mettre fin à la guerre en Ukraine accorderait à la Russie des parties de l’est de l’Ukraine qu’elle ne contrôle pas actuellement, en échange d’une garantie de sécurité américaine pour l’Ukraine et l’Europe contre toute future agression russe, a déclaré à Axios un responsable américain directement informé.

Pourquoi est-ce important ? L’Ukraine et ses soutiens considéreraient cela comme une énorme concession à la Russie. Selon le responsable américain, la Maison Blanche estime que l’Ukraine risque de perdre ce territoire de toute façon si la guerre se poursuit et qu’« il est donc dans l’intérêt de l’Ukraine de parvenir à un accord dès maintenant ».

Analyse : Les deux questions les plus épineuses dans les négociations sur l’Ukraine ont jusqu’à présent été de savoir qui contrôlera quel territoire une fois la guerre terminée et comment l’Ukraine peut être assurée que la Russie ne reprendra pas simplement la guerre à une date ultérieure.

  • Le plan en 28 points de Trump prévoit que la Russie obtienne le contrôle de facto total de Louhansk et Donetsk (collectivement appelées le Donbass), bien que l’Ukraine contrôle encore environ 14,5 % du territoire, selon la dernière analyse de l’Institute for the Study of War.
  • Bien qu’elles soient sous contrôle russe, les zones du Donbass dont l’Ukraine se retirerait seraient considérées comme une zone démilitarisée, la Russie ne pouvant y positionner de troupes.
  • Dans deux autres régions déchirées par la guerre, Kherson et Zaporizhzhia, les lignes de contrôle actuelles seraient pour l’essentiel gelées, la Russie restituant certaines terres, sous réserve de négociations.

Entre les lignes : selon le plan Trump, les États-Unis et d’autres pays reconnaîtraient la Crimée et le Donbass comme des territoires légalement russes, mais l’Ukraine ne serait pas tenue de le faire.

  • Un responsable ukrainien a affirmé que le plan prévoyait également des limitations sur la taille de l’armée ukrainienne et sur ses armes à longue portée en échange de garanties de sécurité de la part des États-Unis.
  • Le responsable ukrainien a également confirmé que le plan américain prévoit des concessions territoriales ukrainiennes dans le Donbass.
  • On ne sait pas exactement ce que les garanties de sécurité américaines impliqueraient au-delà d’une promesse de défense contre toute nouvelle agression russe.

L’intrigue : selon deux sources directement informées, le Qatar et la Turquie participent à l’élaboration du nouveau plan Trump et soutiennent les efforts de médiation américains.

  • « La médiation du Qatar et de la Turquie a contribué à mettre fin à la guerre à Gaza et pourrait aider à mettre fin à la guerre en Ukraine », a déclaré l’une des sources.
  • Un haut responsable qatari a participé aux discussions entre l’envoyé de Trump, Steve Witkoff, et le conseiller à la sécurité nationale du président ukrainien Volodymyr Zelensky, Rustem Umerov, le week-end dernier, ont indiqué les sources.

En coulisses : Une source directement informée a déclaré que M. Umerov avait été mandaté par M. Zelensky pour négocier avec M. Witkoff, et que bon nombre de ses commentaires avaient été intégrés dans le texte du plan en 28 points.

  • La source a affirmé que de nombreux accords avaient été conclus lors des discussions avec M. Umerov.
  • Un responsable ukrainien a confirmé que M. Zelensky avait envoyé M. Umerov pour être informé du plan américain. Il a toutefois précisé qu’il s’agissait d’un briefing oral et qu’Umerov n’avait pas reçu de proposition écrite de Witkoff.
  • Le responsable ukrainien a nié que le conseiller de Zelensky ait accepté les termes du plan lors de la réunion et a affirmé que l’Ukraine s’opposait à de nombreux points.
  • Avant de rencontrer Umerov, Witkoff a eu des discussions approfondies sur le plan avec l’envoyé russe Kirill Dmitriev.
  • Certains détails du plan Trump ont d’abord été rapportés par le Financial Times.

Point de friction : dans le cadre du soutien turc à l’initiative de paix de Trump, Witkoff prévoyait de se rendre à Ankara mercredi et d’organiser une réunion trilatérale avec Zelensky et le ministre turc des Affaires étrangères Hakan Fidan, a déclaré un responsable américain.

  • Le responsable américain a affirmé que la réunion avait été reportée lorsqu’il est apparu clairement que Zelensky revenait sur les accords conclus avec Umerov et n’était pas intéressé par la discussion du plan Trump. Zelensky se rendait plutôt à Ankara avec un autre plan élaboré avec des partenaires européens, que la Russie n’acceptera jamais, a déclaré le responsable américain.
  • Un responsable ukrainien a déclaré que la réunion avait été reportée parce que Zelensky avait demandé à discuter du plan dans un cadre plus large, incluant les pays européens.
  • Un deuxième responsable américain a déclaré qu’un scandale politique interne en Ukraine, impliquant des enquêtes pour corruption contre certains des plus proches conseillers de Zelensky, était une autre raison du report de la réunion.
  • Le responsable a déclaré que Trump avait autorisé Witkoff à tenter de parvenir à un accord avec Zelensky en Turquie et avait soutenu la décision d’annuler la réunion avec le président ukrainien .

Prochaines étapes : « Nous allons maintenant attendre. La balle est dans le camp de Zelensky », a déclaré le responsable américain. Ce dernier a affirmé que Zelensky pouvait se rendre à Washington pour discuter du nouveau plan américain s’il le souhaitait.

Malakoff -Festival des solidarités.

Avec l’ASIAM : Agir pour la Solidarité Internationale à Malakoff, et le soutien de la ville de Malakoff

17H30 : Débat « Quel avenir pour la Palestine ? » à Salle de fêtes Jean Jaurès

Au regard «du plan de paix Trump », quelle place pour la justice et le droit international,

pour les palestiniens, et quel avenir pour la Palestine (Cisjordanie, Gaza et Jérusalem-Est) ?

Quelles perspectives d’actions et de solidarité du local à l’international ?

Les intervenants :

Yassar Ayoub, membre de l’ambassade de la Palestine en France

Jacques Fath, spécialiste des relations internationales.

Sarra Grira, journaliste, rédactrice en Cheffe d’Orient XXI

Isabelle Tordjman, membre de l’AJPF

Catherine Margaté, Modératrice

Présence de Sept membres du Comité Populaire du camp de réfugiés

d’El Far’a dont Amar Abuhasan, président du Comité et Fadwa Kadher,

présidente de l’association Sun Flower.

19H00 : Projection du film « Nissan Rilov » (1922-2007)

Le destin d’un peintre juif palestinien

Présentation par le réalisateur Jean-Louis Zivelongh

19H15 : Partie artistique

https://www.facebook.com/100000700447144/videos/pcb.25652130101060320/1882711229261015

Lecture de poèmes de Marie Hélène Nocent, Ziad Medoukh

Fida Zyad, Mahmoud Darwich et Ahmad Al Souq

Par Philippe Guerin, Alice Billon, Malalasoa, Marc Noyer et Eric Meuwes

20H30 : Repas Palestinien

Sur l’important colloque de l’Association 13onze15.


10 ans après les attaques terroristes du 13 novembre 2015, un moment de mémoire et de réflexion marquant. Voici des photos, des informations, mon intervention…

Mon intervention :

1) D’abord une question essentielle. Voilà des décennies que le terrorisme se développe, change de formes, de modes opératoires, d’espaces ou de milieux dans lesquels il frappe…

Malgré les stratégies sécuritaires et judiciaires entreprises (avec souvent des résultats) le terrorisme ne cesse de se redéployer.

Manifestement, les réponses engagées ne sont pas vraiment capables de faire reculer durablement cette violence politique spécifique qui persiste. Elle reste un phénomène politique et social de longue durée. Il y a donc quelque chose qui ne fonctionne pas.

D’où, pour moi, la nécessité impérative d’aller chercher les causes du terrorisme. On a besoin de connaître les causes pour contrer les effets. Contrairement à ce qui fut trop souvent affirmé, il faut contextualiser, c’est à dire aller chercher dans l’histoire, ancienne et récente, les processus sociaux qui sous-tendent cette violence politique. Non pas pour justifier ou excuser, évidemment, mais pour pouvoir assécher les causes qui servent de moteur à cette violence.

Pour me faire bien comprendre, je dirai que la question « qui est l’ennemi ? » (vous vous souvenez… elle a fait florès) est légitime au sens où il faut savoir… qui vient pour tuer. Évidemment. Mais pour faire face, il y a une autre question à poser : « quels sont les problèmes que nous avons à résoudre ? »

Je pense donc qu’une réponse efficace aux urgences sécuritaires doit s’accompagner d’une réflexion de fond sur ce qu’est le terrorisme. En terme de définition. En terme de processus sociaux et politiques.

2) Il découle de cela une autre problématique qui prend beaucoup d’importance depuis le début de ce 21è siècle, et que je résume par cette autre interrogation : comment penser la sécurité et comment construire de la sécurité ? Cela fait partie des enjeux globaux auxquels nous sommes confrontés.

On constate aisément à quel point, dans nombre de pays, pas seulement dans le monde arabe, la nature et la violence des pouvoirs, la répression des libertés, les corruptions, la pauvreté massive, les déliquescences institutionnelles et étatiques… fabriquent des contextes favorables au recrutement d’acteurs du terrorisme.

A propos de ces acteurs nous avons souvent entendu cette interrogation teintée d’angoisse : « mais qu’est-ce qu’ils ont dans la tête ?.. » Naturellement, le terrorisme n’est pas le seul fruit de déterminations ou de pathologies individuelles, même si les fanatismes idéologiques, en particulier religieux, pèsent lourd. Ils apportent une valorisation spirituelle factice à l’action violente. Alors que nous sommes dans l’expression complexe de problématiques sociales. Si des monstres existent, alors il faut aller aux contextes qui les font naître et qui les nourrissent.

Enfin, dans ce contexte, il y a aussi la longue histoire d’un ordre international sous hégémonie occidentale. On oublie trop facilement que l’histoire politique du monde arabe, depuis le 16è siècle, est en particulier une histoire des empires, des dominations étrangères, des colonisations, des humiliations et de leurs conséquences, avec des déstabilisations de longue durée elles aussi. C’est encore la réalité dans le contexte actuel. La colonisation et la domination sont certainement des paradigmes majeurs de l’islamisme politique. C’est donc aussi l’histoire des logiques de puissance. D’ailleurs, c’est bien dans l’hubris, dans la démesure américaine au Moyen-Orient que Al-Qaïda, puis Daech ont pu apparaître. Ne sommes nous pas, au fond, dans les manifestations d’un ordre en décomposition ?

Pour la crédibilité même du politique je crois qu’il faut tenir compte de ces réalités. Comme les Nations Unies ont pu le faire en établissant une « Stratégie antiterroriste mondiale de l’ONU », adoptée en septembre 2006. Cette stratégie pointe le doigt notamment sur la marginalisation socio-économique, la violation des droits, l’impact des conflits… et bien d’autres facteurs. Cette stratégie a de la pertinence pour une approche politique des réponses nécessaires. Il nous faut aussi nous approprier le concept de « sécurité humaine » défini en 1994 par les Nations Unies dans l’esprit de ce que l’on nomme la responsabilité collective et la sécurité collective face aux problèmes qu’il faut résoudre. Ce que je ne peux pas développer davantage ici.

3) Enfin, dès après le 13 novembre, j’ai lu sous la plume d’éditorialistes ou de responsables politiques la formule suivante : « maintenant, il nous faudra vivre avec le terrorisme »… Mais pourquoi « avec » ?..

Cette formule n’est pas banale. C’est une forme de défaite de la pensée. Comme s’il pouvait y avoir des espaces sociaux, des espaces nationaux, européens ou régionaux non gérables, dans lesquels il faudrait accepter l’emprise du terrorisme et de cette violence politique particulière… sans trop chercher à en surmonter les réalités et les causes.

Non. Il faut une ambition qui soit à la hauteur de l’enjeu global et des valeurs démocratiques et sociales auxquelles nous nous référons.

Le 13 novembre est un événement d’une telle portée nationale et même mondiale que cela nous oblige. Je comprends que ce colloque a été organisé pour marquer, cela est très clair, un moment qui soit d’exception, un moment de mémoire, de réflexion et de sublimation… je pense aux artistes.

Il y a donc, sous différentes formes, une aspiration au dépassement du tragique dans la dignité, et dans une vision pour l’avenir. C’est en tous les cas ce qui doit s’imposer pour être à la hauteur du défi.

Je pense qu’il ne faut jamais perdre cette dimension-là. Face au terrorisme, il nous faut aussi donner ou redonner du sens avec les armes de l’éthique et du politique.

Nous vivons dans un monde où la violence monte dangereusement, sous toutes ses formes. Et ce monde… c’est le nôtre. Nous devons donc réfléchir à toutes les responsabilités, y compris les nôtres comme citoyens d’un pays qui peut et doit assumer les siennes.

SAHARA OCCIDENTAL : UNE TRÈS GRAVE DÉCISION

Le Conseil de sécurité a adopté, aujourd’hui, par 11 voix pour et les abstentions de la Chine, de la Fédération de Russie et du Pakistan, la résolution 2797 (2025) par laquelle il proroge le mandat de la Mission des Nations Unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (MINURSO) jusqu’au 31 octobre 2026. Comme l’an dernier, l’Algérie n’a pas pris part au vote.

Aux termes de ce texte présenté par son porte-plume, les États-Unis, le Conseil appuie pleinement les efforts que font le Secrétaire général et son Envoyé personnel pour faciliter et conduire les négociations en se fondant sur le plan d’autonomie proposé par le Maroc pour parvenir au règlement juste, durable et mutuellement acceptable d’un différend qui affecte le Maghreb depuis plus de 50 ans.

L’Algérie a longuement expliqué sa non-participation au vote en critiquant un texte qui ne reflète pas la doctrine onusienne en matière de décolonisation, puisque le peuple du Sahara occidental n’a toujours pas la possibilité de décider de son avenir. Citant l’ancien Président américain Woodrow Wilson, elle a souligné que le principe d’autodétermination n’est pas un simple mot: c’est un principe d’action.

Pour l’Algérie, la résolution a le défaut rédhibitoire de proposer un cadre étriqué de négociation qui met nettement en exergue les ambitions territoriales d’une partie au différend tout en passant sous silence les aspirations légitimes du peuple du Sahara occidental. Après avoir fait observer que le texte ignore les propositions que le Front POLISARIO a transmises au Secrétaire général de l’ONU et à son Envoyé personnel, l’Algérie a estimé que la résolution adoptée aujourd’hui suscite les interrogations juridiques les plus sérieuses: si le cadre de négociations proposé était dupliqué dans d’autres zones de conflit, l’ordre international même s’en trouverait fissuré.

La Fédération de Russie n’a pas dit autre chose lorsqu’elle a déploré que les États-Unis ont, dans « une démarche de cowboys », utilisé le Conseil de sécurité pour privilégier une stratégie nationale. Ce texte, a-t-elle tranché, est une sorte de monologue qui politise la recherche d’une solution mutuellement acceptable et dont la substance et les paramètres se trouvent seulement dans les résolutions pertinentes du Conseil de sécurité. Nous nous sommes abstenus, a expliqué la Fédération de Russie, pour ne pas bloquer la prorogation du mandat de la MINURSO et donner, ce faisant, une chance au processus de paix.

Nous nous sommes également abstenus, ont embrayé la Chine et le Pakistan, en raison des déséquilibres persistants du texte, et malgré les efforts d’ouverture de la délégation américaine. Nous voulions aussi souligner, ont-ils expliqué, que les efforts de médiation et de paix de l’ONU ne connaîtront le succès qu’avec l’implication, sur un pied d’égalité, de toutes les parties et ce, sur la base des résolutions du Conseil de sécurité, des principes de la Charte des Nations Unies et de la doctrine onusienne en matière de décolonisation.

Les États-Unis ont, à l’inverse, salué un texte « historique », capable d’ouvrir, sous l’égide de l’ONU, une nouvelle ère de paix et de prospérité dans la région. Ils ont dit avoir consenti des efforts sans précédent pour intégrer les propositions de « tout le monde ». Ils ont aussi insisté sur le fait que la version finale de la résolution reflète la détermination du Président Trump à appuyer la recherche de la paix au Sahara occidental, conformément au plan d’autonomie proposé par le Maroc le 11 avril 2007 au Secrétaire général, comme unique base d’un règlement juste, durable et mutuellement acceptable du différend.

La France s’est voulue plus claire encore: le présent et l’avenir du Sahara occidental s’inscrivent « dans le cadre de la souveraineté marocaine ». L’autonomie sous souveraineté marocaine est le cadre dans lequel cette question doit être résolue et notre soutien au plan d’autonomie proposé par le Maroc est clair et constant, a-t-elle déclaré.

Pour le Royaume-Uni, la résolution marque le début d’un processus conscient que le moment est venu de régler un conflit vieux de 50 ans. Enfin, la Slovénie, la République de Corée et le Danemark ont souligné que toute solution à venir devra tenir compte du droit à l’autodétermination du peuple du Sahara occidental et que l’année prochaine, l’ensemble des parties devra coopérer de manière accrue avec l’Envoyé personnel du Secrétaire général.

***

https://press.un.org/fr/2025/cs16208.doc.htm

La situation au Sahara occidental (MINURSO) (S/2025/612)

Le Conseil de sécurité,

– Rappelant et réaffirmant toutes ses résolutions antérieures sur le Sahara occidental,

– Appuyant pleinement les efforts que font le Secrétaire général et son Envoyé personnel, Staffan de Mistura, pour appliquer les résolutions du Conseil et faire avancer le processus politique, notamment par la poursuite des consultations que l’Envoyé personnel mène avec le Maroc, le Front POLISARIO, l’Algérie et la Mauritanie pour faire fond sur les progrès accomplis,

– Réaffirmant sa volonté d’aider les parties à parvenir à une solution politique juste, durable et mutuellement acceptable qui soit fondée sur le compromis et conforme aux buts et principes énoncés dans la Charte des Nations Unies, dont le principe de l’autodétermination, et notant le rôle et les responsabilités des parties à cet égard, soulignant qu’il est urgent pour les parties de mettre en œuvre une solution à ce différend, ayant conscience que la dynamique est lancée et qu’il faut agir vite, et considérant le rôle important que joue la MINURSO en aidant l’Envoyé personnel à parvenir à une solution politique mutuellement acceptable,

– Prenant note à cet égard du soutien exprimé par de nombreux États Membres en faveur du plan d’autonomie proposé par le Maroc et présenté le 11 avril 2007 au Secrétaire général comme la base d’un règlement juste, durable et mutuellement acceptable du différend, affirmant qu’une véritable autonomie sous souveraineté marocaine pourrait être une solution des plus réalistes, et se félicitant de l’engagement pris par les membres du Conseil de favoriser les progrès,

– Accueillant avec satisfaction l’initiative prise par l’Envoyé personnel de réunir les parties pour poursuivre sur cette lancée et saisir cette occasion sans précédent d’instaurer une paix durable, exhortant les parties à apporter tout l’appui voulu aux négociations et à y participer de bonne foi, et se félicitant de la disposition des États-Unis à accueillir les négociations dans le cadre de la mission menée par l’Envoyé personnel pour parvenir à une solution pour le Sahara occidental et la région,

– Soulignant qu’il importe que le cessez-le-feu soit respecté et que soit évité tout acte susceptible de compromettre le processus politique,

– Notant avec une grave préoccupation l’insuffisance des fonds alloués aux réfugiés sahraouis et engageant vivement les donateurs à verser des fonds supplémentaires, tout en demandant à nouveau que les réfugiés soient dûment enregistrés,

– Ayant examiné le rapport du Secrétaire général en date du 30 septembre 2025 (S/2025/612),

1. Décide de proroger le mandat de la MINURSO jusqu’au 31 octobre 2026;

2. Appuie pleinement les efforts que font le Secrétaire général et son Envoyé personnel pour faciliter et conduire les négociations en se fondant sur le plan d’autonomie proposé par le Maroc pour parvenir à un règlement juste, durable et mutuellement acceptable du différend, conformément à la Charte des Nations Unies, et attend avec intérêt de recevoir les propositions constructives que lui feront les parties au regard du plan d’autonomie;

3. Demande aux parties de participer aux discussions sans conditions préalables et sur la base du plan d’autonomie proposé par le Maroc afin de parvenir à une solution politique définitive et mutuellement acceptable qui assure l’autodétermination du peuple du Sahara occidental, considère qu’une autonomie véritable pourrait représenter une solution des plus réalistes et encourage les parties à faire part de leurs idées à l’appui d’une solution définitive mutuellement acceptable;

4. Invite les États Membres à apporter l’aide et le soutien appropriés à ces négociations et aux efforts de l’Envoyé personnel;

5. Prie le Secrétaire général de lui faire régulièrement des exposés, à chaque fois qu’il le jugera utile au cours de la période du mandat, et le prie également de présenter, dans les six mois suivant la prorogation du mandat, un examen stratégique relatif au futur mandat de la MINURSO, en tenant compte de l’issue des négociations;

6. Décide de rester saisi de la question.

Dix ans après les attentats du 13 novembre 2015… mémoire et réflexion.

Qu’est-ce que le plan Trump pour Gaza ?

Il faut remarquer que ce plan Trump, dès le début, considère d’abord les Palestiniens, et même Gaza en tant que tel, comme une menace contre Israël. Nous allons voir qu’il n’y a là, rien d’un constat banal. A l’évidence, la première exigence de ce plan, tient en ces quelques mots : déradicalisation, démilitarisation, sécurisation, stabilisation… Cela, bien sûr, ne vise et ne met en cause que les Palestiniens. Le premier problème à résoudre, sinon le seul, serait donc le problème d’une Bande de Gaza devant nécessairement devenir, selon les premières formules du plan, une « zone exempte de terrorisme »…

Notons au passage le terme choisi : « zone ». Une zone c’est… la fraction d’une superficie. Dans la langue française, il n’existe guère de vocable plus socialement et plus politiquement non significatif. Alors qu’en l’occurrence, il s’agit de nommer un territoire peuplé de 2,4 millions d’habitants, avec l’enjeu majeur d’un destin national et étatique, d’une souveraineté pour l’ensemble du peuple palestinien. Dès le départ, on constate ainsi un esprit manifeste d’irrespect et de disqualification.

Mais attachons-nous à discerner le sens premier du plan Trump, avec en particulier cette volonté initiale de concentrer l’approche sur la question de la sécurité. Ce n’est pas nouveau, évidemment. Mais cela prend ici une dimension très significative. On est là, en effet, dans une forme de prolongement de la politique coloniale israélienne. D’ailleurs, Benyamin Netanyahou le dit clairement dans cette consternante formulation : « je soutiens votre plan, dit-il à Trump, pour mettre un terme à la guerre à Gaza, qui satisfait nos objectifs de guerre » (1). Pour Netanyahou, la légitimité est forcément israélienne. La menace est forcément palestinienne. Et le plan Trump s’inscrit dans cette seule ordonnance.

On voit comment le débat politico-médiatique français en découle directement. Vous êtes priés de répondre sans barguigner à la question prioritaire : êtes-vous favorable à la démilitarisation du Hamas ? Vous êtes ainsi sommé d’approuver et de vous approprier une démarche totalement unilatérale qui évacue rien moins que l’histoire récente et le long vécu dramatique des Palestiniens de Gaza : 18 ans de blocus, des décennies de coercitions/occupation militaire, autant de phases d’agression et de bombardements massifs, une constante dans le mépris du droit et des droits appartenant aux Palestiniens de ce territoire, comme à tous les Palestiniens. Un chemin d’épreuves interminables et de résistances difficiles. Cela ne signifie pas qu’il faudrait approuver ou justifier le massacre du 7 octobre 2023… Évidemment. Cela veut dire qu’il faut regarder l’histoire telle qu’elle se fait, et l’ensemble des responsabilités telles qu’elles doivent être assumées dans leur complexité.

La question à résoudre n’est pas, et ne sera jamais, la seule question de la sécurité d’Israël. Il est évident que l’État d’Israël ne sera jamais en sécurité tant que les Palestiniens ne le seront pas. Tant que leurs droits seront bafoués, écrasés comme ils le sont depuis si longtemps, et aujourd’hui par la mise en œuvre d’une stratégie israélienne hautement criminelle, mais très largement condamnée sur les fondements des droits humains fondamentaux, par les instances de la Justice internationale, sur la base du droit international et de l’ensemble des résolutions pertinentes des Nations Unies.… La responsabilité israélienne est donc première. Politiquement première. Historiquement première. Un plan de paix digne de ce nom ne peut pas exister sans en tenir compte. Mais le plan Trump ose faire le contraire. Il est une forme de prolongement de la politique israélienne.

Si l’on veut obtenir un Hamas démilitarisé, alors il faut que la démilitarisation soit totale, comme un bien commun, et sanctionnée par le droit, dans des formes légitimes. Israël doit s’engager dans un retrait réel, confirmé et garanti de toutes ses troupes hors de Gaza, comme de tout le territoire palestinien aujourd’hui illégalement occupé. La question de la sécurité doit être traitée dans le cadre d’un processus politique multilatéral conduisant au plus tôt à une autorité nationale palestinienne capable d’exercer une telle prérogative pour l’ensemble du peuple palestinien, au-delà des formations politiques, avec la perspective d’un État indépendant doté de toutes les compétences de souveraineté, y compris la police et la défense. Le peuple palestinien a un droit inaliénable à la sécurité. A sa sécurité. Dans ses propres institutions, il doit aussi assumer sa part de sécurité collective régionale en fonction des résolutions des Nations Unies. Comme tout les acteurs de souveraineté.

Il faut absolument recadrer ainsi les exigences qui devraient figurer dans un plan à vocation de règlement définitif. Avec le plan Trump, on en est loin. Ce plan ne tient aucun compte des réalités. Il ne permet pas de prendre de la hauteur afin d’apporter des solutions crédibles et justes. Il poursuit d’une autre manière la longue histoire du refoulement par la force, aujourd’hui par la force désinhibée, de la légitimité nationale palestinienne. Ce plan doit être rejeté.

Certains vont alors prétendre qu’il ne faut pas… contextualiser. Le mot de contextualisation, on s’en souvient, fut outrageusement utilisé au début de la guerre en Ukraine pour exprimer le refus, voire l’interdiction d’aller chercher les causes des événements et du mouvement du monde dans ses contradictions. Aujourd’hui, il s’agit d’une crise majeure à laquelle les pouvoirs européens, y compris en France, ont durablement contribué en accordant aux dirigeants israéliens une impunité garantie et un soutien constant… y compris militaire. Il y a là une évidente forme de démission politique et morale. On ne peut, en effet, s’exonérer de la responsabilité : la sienne propre, et la responsabilité collective devant un conflit de portée internationale, et au moins séculaire. Le plan Trump, à son échelle politicienne, confirme cette consternante démission historique alors que le génocide, les crimes de guerre et des crimes contre l’humanité, pour l’instant, se poursuivent.

D’ailleurs, cherchez bien dans le texte de ce plan. Il n’y a rien qui touche à l’essentiel. Rien sur la Cisjordanie (c’est un comble). Rien sur la colonisation. Rien sur les droits nationaux du peuple palestinien. Rien sur les conditions de l’accès de ce peuple à la souveraineté. Rien sur les résolutions de l’ONU. Rien sur l’ONU elle-même comme cadre de légalité pour des négociations multilatérales. Rien sur le projet et les conditions d’élections générales en Palestine. Rien sur la démocratie et les droits humains fondamentaux. Rien sur le blocus installé en 2007. Rien sur l’UNRWA… Il n’y a rien. Rien qui puisse porter, indiquer ou même seulement suggérer une forme de justice pour un peuple aujourd’hui massacré. Un peuple sous génocide.

Bien sûr, le plan Trump indique que « personne ne sera contraint de quitter Gaza » (point 12), et « Israël n’occupera, ni n’annexera Gaza » (point 16). Il est heureux de savoir que les Palestiniens pourraient (verbe au conditionnel) rester chez eux et éviter une annexion… Il fallait ce minimum incompressible pour pouvoir rendre ce plan à peu près acceptable dans le monde musulman et en particulier dans le monde arabe. Pour Trump aussi, nécessité fait loi. Mais évidemment ce n’est pas en rejetant formellement le pire que l’on peut construire une véritable perspective.

Quant à l’État palestinien, Netanyahou a déjà affirmé, en dépit d’une approbation officielle du plan, qu’il n’en est pas question. Tout ce qui est destiné aux Palestiniens dans le plan Trump, c’est une instance internationale mal définie dotée d’un pouvoir sans contrôle au sein duquel les Palestiniens n’auraient aucun poids réel. Les choses se préparent et se décident sans eux. C’est bien un prolongement de la colonisation. Malgré l’affirmation d’une « voie crédible vers l’autodétermination » (point 19), on reste dans l’hypocrisie et le mensonge.

On ne peut donc pas dire qu’il y aurait, dans ce plan, « du bon et du mauvais »… comme on l’entend trop souvent. Ce plan est certainement le plus dangereux et le plus illégitime parmi ceux qui furent mis sur pieds depuis les années 70. Dans l’histoire du conflit au Proche-Orient, il s’agit du pire projet jamais échafaudé. La question de Palestine n’est pas « maltraitée ». Elle est totalement évacuée en quelques formules faciles dans les deux dernières paragraphes (19 et 20). La dernière (No 20) évoque un « dialogue » afin de « convenir d’un horizon politique pour une coexistence pacifique et prospère ». Mais en vérité, on ne pouvait pas faire moins afin de montrer qu’il n’y aura pas d’État palestinien, pas de souveraineté, pas de réelle autodétermination… alors que la déclaration de New York adoptée le 12 septembre 2025, soit 17 jours plus tôt seulement, par 140 pays de l’Assemblée générale de l’ONU, prend soin de développer les conditions d’une perspective de solution réelle (2). Même la « feuille de route » adoptée en 2003 par le Quartet (3) était beaucoup plus sérieuse que ce plan Trump. Mais à l’époque, c’est Tony Blair, chargé de piloter le Quartet, qui enterra toute possibilité d’avancée. Il ne fit… rien. Les dirigeants israéliens peuvent toujours compter sur lui.

Mais alors, d’où vient cet effarant plan Trump, censé offrir une fin immédiate du désastre, avec un cessez-le-feu, une solution pour Gaza et un règlement de la question de Palestine… tout en excluant les Palestiniens de l’équation politique ? (4)

On sait que Tony Blair est à l’origine de la concrétisation de ce projet. Il avait déjà travaillé sur un plan concernant Gaza avec sa société de conseil et d’affaires, le Tony Blair Institute for Global Change (TBI). Le 27 août dernier il s’est rendu à la Maison Blanche pour le présenter à Donald Trump, et manifester ainsi son désir de s’engager à nouveau. Blair, en effet, fut donc l’envoyé spécial du Quartet de 2007 à 2015. Il s’est déclaré aujourd’hui candidat à la direction d’une sorte de gouvernement provisoire à Gaza, avec le soutien de Steve Witkoff, envoyé spécial de Trump, et du gendre de Trump, Jared Kushner qui veut lui aussi reprendre du service, après avoir assumé quelques fonctions et nombre d’affaires durant le premier mandat de Donald Trump (5).

Mais ce n’est pas tout. La société de Blair, TBI, est soutenue par le milliardaire américain Larry Ellison, chargé de gérer la version US de Tik Tok. Ce géant de la Tech, cofondateur d’Oracle, est considéré comme un nationaliste autoritaire, proche de Trump et de l’extrême droite américaine. C’est dans ce contexte que Blair a pu participer au projet fantasmatique, dit Gaza Riviera, conçu avec le Boston Consulting Group (BCG) qui a modélisé un plan de « reconstruction » de Gaza prévoyant le déplacement de quelque 500 000 Palestiniens hors de l’enclave (6). Dans le même esprit, Curtis Yarvin, intellectuel connu appartenant à une mouvance néoréactionnaire, proche de Peter Thiel (7), avait lui aussi présenté un projet « Gaza Inc. » pour transformer la Bande de Gaza en une sorte « d’État entreprise » vidée de ses habitants, dans une approche à dominante ultra-technocratique.

On retrouve ainsi derrière la candidature de Blair pour la direction d’une autorité internationale de transition à Gaza, une belle brochette de technocrates ultra-conservateurs dont certains sont prêts à transformer Gaza en zone d’investissements, ou zone économique spéciale privilégiée mais vidée de l’essentiel de ses habitants.

La nature de cette mouvance politique, dont Tony Blair manifestement profite, explique en bonne partie l’esprit du plan Trump, son insistance sur une gouvernance capable d’attirer les investissements, et sur la nécessité d’une zone économique spéciale à créer. Cette idée est explicitement inscrite dans le plan Trump (voir les points 9, 10 et 11). Mais cela explique aussi et surtout la carence totale de ce plan en termes de droit(s), de démocratie, de légitimité et de pertinence politique. Investir, faire de l’immobilier, réaliser des profits… et vider Gaza de ses habitants dans un processus de nettoyage ethnique, ce n’est probablement pas ce qui se devrait se réaliser. Les problèmes (au-delà des 60 millions de tonnes de gravats…) et les enjeux de la reconstruction sont d’ailleurs d’une tout autre nature. Mais, dans le contexte d’une crise majeure qui marquera à jamais l’histoire du peuple palestinien, l’histoire du Proche-Orient et même au-delà, ce projet, dans son esprit et ses options, est bien un prolongement et non une rupture, et encore moins une solution. En vérité, le plan Trump ne pourra se traduire ni en sortie de conflit, ni en projet de règlement définitif, et certainement pas non plus en réponse de justice à la question de Palestine.

Nous sommes et nous restons dans une impasse majeure. Dans un tel contexte, seuls quelques gouvernements européens, dont celui d’Espagne, ont sauvé l’honneur, avec des centaines de milliers de manifestants, quelques millions probablement, ayant exprimé en Europe, en dépit des répressions, leur solidarité avec le peuple palestinien.

Une question reste cependant posée. Pourquoi l’ONU a-t-elle apporté son soutien à un tel plan ? Il faut d’abord constater, hélas, que ce plan constitue aujourd’hui le seul projet concret sur la table, puisque personne (la Déclaration de New York n’ayant pas vocation à la construction d’un règlement négocié), n’a proposé une initiative concrète, avec notamment une démarche, des conditions, des moyens, des étapes, un calendrier…donc une initiative susceptible de répondre aux urgences humanitaires et sociales, et aux enjeux politiques essentiels. L’absence criante des Européens et de la France particulièrement, au-delà des reconnaissances obtenues pour l’État palestinien, a des conséquences redoutables.

Malgré la dimension exceptionnelle des crimes commis par Israël, aucune pression suffisante n’aura été exercée, aucune sanction à la hauteur n’aura été mise en œuvre. Globalement, le soutien occidental à Tel Aviv se poursuit au-delà des actions engagées par quelques acteurs et gouvernements. Et puis, l’ONU ne peut faire autrement que d’appuyer le seul projet qui pourrait, peut-être, aboutir à un cessez le feu, arrêter ainsi le massacre et permettre une reprise massive de l’aide humanitaire. A l’heure où ces lignes sont écrites, on y est pas encore. Le Secrétaire général de l’ONU s’est donc exprimé dans le sens d’une réponse d’urgence absolue. L’ONU se dit ainsi prête à « inonder d’aide l’enclave ravagée par la guerre » (8).

Les Nations Unies ne cessent de proposer des idées, avancer des projets et des stratégies… mais elles ne peuvent faire que ce leurs États membres décident de faire. La responsabilité de ceux-ci est première. Pour la question de Palestine, plus encore que pour tout autre question. Décidément, la démission morale et politique pèse lourd dans notre histoire, et singulièrement dans l’histoire du peuple palestinien. Mais nous ne sommes pas à la fin de l’histoire…

NOTES :

1) « Gaza : le plan de Donald Trump, un compromis à l’architecture fragile, peu contraignant pour Israël », Piotr Smolar, Le Monde, 30 septembre 2025 https://www.lemonde.fr/international/article/2025/09/30/gaza-le-plan-de-paix-de-donald-trump-un-compromis-a-l-architecture-fragile-peu-contraignant-pour-israel_6643661_3210.html

2) « Déclaration de New York sur le règlement pacifique de la question de Palestine et la mise en œuvre de la solution à deux États », A/CONF.243/2025/1 https://docs.un.org/fr/A/CONF.243/2025/1

3) « Feuille de route axée sur des résultats en vue d’un règlement permanent du conflit israélo-palestinien prévoyant deux États », S/2003/529, 7 mai 2003 https://docs.un.org/fr/S/2003/529

4) Voir sur cette question « Que cache le plan de Tony Blair pour Gaza », Arnaud Miranda, Le Grand Continent, 1er octobre 2025. https://legrandcontinent.eu/fr/2025/10/01/que-cache-le-plan-de-tony-blair-pour-gaza-texte-integral/

5) Voir « Chaos. La crise de l’ordre international libéral. La France et l’Europe dans l’ordre américain », Jacques Fath, éditions du Croquant, 2020, pages 50 à 52.

6) Voir « Le BCG a modélisé un plan de reconstruction de Gaza prévoyant le déplacement de 500 000 Palestiniens », Consultor, 7 juillet 2025. https://www.consultor.fr/articles/le-bcg-a-modelise-un-plan-de-reconstruction-de-gaza-prevoyant-le-deplacement-de-500-000-palestiniens A noter que le BCG a installé une charte de principes et un comité d’approbation des projets humanitaires, afin de surmonter le scandale provoqué par l’implication de l’une de ses équipes dans la création de la tristement célèbre Gaza Humanitarian Foundation (GHF). 

7) Peter Thiel est Président de Palantir, autre géant de la Tech, connu pour son opposition au multilatéralisme et à la diversité. il est considéré comme un libertaire national-conservateur.

8) « Plan de paix américain pour Gaza : l’ONU prête à inonder d’aide l’enclave ravagée par la guerre », ONU Info, 30 septembre 2025. https://news.un.org/fr/story/2025/09/1157592?utm_source=UN+News+-+French&utm_campaign=c9a109298f-EMAIL_CAMPAIGN_2025_09_30_01_23&utm_medium=email&utm_term=0_0264da9d8f-c9a109298f-107992745

***

TRANSLATION INTO ENGLISH :

What is Trump’s plan for Gaza?

Is Trump’s plan really a peace plan? What is it really about? And does this plan have any chance of succeeding? It is doubtful. Here’s why.

It should be noted that, from the outset, Trump’s plan considers the Palestinians, and even Gaza itself, as a threat to Israel. We will see that this is not a trivial observation. Clearly, the first requirement of this plan can be summed up in a few words: deradicalization, demilitarization, security, stabilization… This, of course, targets and implicates only the Palestinians. The first problem to be solved, if not the only one, would therefore be the problem of the Gaza Strip, which, according to the initial wording of the plan, must necessarily become a “terrorism-free zone”…

Let us note in passing the term chosen: “zone.” A zone is… a fraction of an area. In the French language, there is hardly a word that is more socially and politically meaningless. In this case, however, we are talking about a territory populated by 2.4 million inhabitants, with the major issue at stake being the national and state destiny and sovereignty of the entire Palestinian people. From the outset, there is a clear spirit of disrespect and disqualification.

But let us focus on discerning the primary meaning of Trump’s plan, in particular its initial desire to concentrate the approach on the issue of security. This is not new, of course. But here it takes on a very significant dimension. This is, in fact, a continuation of Israeli colonial policy. Moreover, Benjamin Netanyahu makes this clear in his appalling statement: “I support your plan,” he tells Trump, “to end the war in Gaza, which meets our war objectives” (1). For Netanyahu, legitimacy is necessarily Israeli. The threat is necessarily Palestinian. And Trump’s plan is part of this single order.

We can see how the French political and media debate stems directly from this. You are asked to answer the priority question without hesitation: are you in favor of the demilitarization of Hamas? You are thus summoned to approve and embrace a totally unilateral approach that disregards nothing less than the recent history and long dramatic experience of the Palestinians in Gaza: 18 years of blockade, decades of coercion/military occupation, numerous phases of aggression and massive bombardments, and constant disregard for the law and the rights of Palestinians in this territory, as well as all Palestinians. A path of endless trials and difficult resistance. This does not mean that we should approve or justify the massacre of October 7, 2023… Obviously not. It means that we must look at history as it unfolds, and at all the responsibilities that must be assumed in all their complexity.

The issue to be resolved is not, and never will be, solely that of Israel’s security. It is clear that the State of Israel will never be secure as long as the Palestinians are not. As long as their rights are violated, crushed as they have been for so long, and today through the implementation of a highly criminal Israeli strategy, but one that has been widely condemned on the basis of fundamental human rights by international judicial bodies, on the basis of international law and all relevant United Nations resolutions… Israel’s responsibility is therefore primary. Politically primary. Historically primary. A peace plan worthy of the name cannot exist without taking this into account. But the Trump plan dares to do the opposite. It is a form of extension of Israeli policy.

If we want to achieve a demilitarized Hamas, then demilitarization must be total, as a common good, and sanctioned by law, in legitimate forms. Israel must commit to a real, confirmed, and guaranteed withdrawal of all its troops from Gaza, as well as from all Palestinian territory currently under illegal occupation. . The issue of security must be addressed within the framework of a multilateral political process leading as soon as possible to a Palestinian national authority capable of exercising such a prerogative for the entire Palestinian people, beyond political formations, with the prospect of an independent state endowed with all the powers of sovereignty, including police and defense. The Palestinian people have an inalienable right to security. To their own security. Within their own institutions, they must also assume their share of regional collective security in accordance with United Nations resolutions. Like all sovereign actors.

It is essential to reframe the requirements that should be included in a plan for a final settlement. Trump’s plan is far from this. It takes no account of reality. It does not allow for the necessary perspective to come up with credible and fair solutions. It continues, in a different way, the long history of the suppression, now by uninhibited force, of Palestinian national legitimacy. This plan must be rejected.

Some will then claim that we must not… contextualize. The word “contextualization,” as we remember, was outrageously used at the beginning of the war in Ukraine to express the refusal, even the prohibition, to seek the causes of events and world movements in their contradictions. Today, we are facing a major crisis to which European powers, including France, have contributed over the long term by granting Israeli leaders guaranteed impunity and constant support… including military support. This is a clear form of political and moral abdication. We cannot, in fact, exempt ourselves from responsibility: our own responsibility and our collective responsibility in the face of a conflict of international scope, and at least centuries-old. The Trump plan, on its political scale, confirms this appalling historical resignation, while genocide, war crimes, and crimes against humanity continue for the time being.

Moreover, look closely at the text of this plan. There is nothing that touches on the essentials. Nothing on the West Bank (which is the last straw). Nothing on colonization. Nothing on the national rights of the Palestinian people. Nothing on the conditions for this people’s access to sovereignty. Nothing on UN resolutions. Nothing about the UN itself as a legal framework for multilateral negotiations. Nothing about the plan and conditions for general elections in Palestine. Nothing about democracy and fundamental human rights. Nothing about the blockade imposed in 2007. Nothing about UNRWA… There is nothing. Nothing that could bring, indicate, or even suggest any form of justice for a people who are currently being massacred. A people undergoing genocide.

Of course, the Trump plan states that “no one will be forced to leave Gaza” (point 12), and “Israel will not occupy or annex Gaza” (point 16). It is good to know that Palestinians could (conditional verb) stay in their homes and avoid annexation… This minimum requirement was necessary to make the plan somewhat acceptable in the Muslim world, particularly in the Arab world. For Trump, too, necessity is the law. But obviously, formally rejecting the worst is not enough to build a real future.

As for the Palestinian state, Netanyahu has already stated, despite officially approving the plan, that it is out of the question. All that is intended for the Palestinians in Trump’s plan is a vaguely defined international body with unchecked power, in which the Palestinians would have no real influence. Things are being prepared and decided without them. This is clearly a continuation of colonization. Despite the assertion of a “credible path to self-determination” (point 19), the plan remains hypocritical and deceitful.

We cannot therefore say that there is “good and bad” in this plan… as we hear too often. This plan is certainly the most dangerous and illegitimate of those that have been put forward since the 1970s. In the history of the conflict in the Middle East, it is the worst plan ever devised. The question of Palestine is not “mistreated.” It is completely dismissed in a few facile phrases in the last two paragraphs (19 and 20). The last one (No. 20) refers to a ‘dialogue’ in order to “agree on a political horizon for peaceful and prosperous coexistence.” . » But in truth, no less could have been done to show that there will be no Palestinian state, no sovereignty, no real self-determination… whereas the New York declaration adopted on September 12, 2025, just 17 days earlier, by 140 countries of the UN General Assembly, takes care to develop the conditions for a real solution (2). Even the “road map” adopted in 2003 by the Quartet (3) was much more serious than Trump’s plan. But at the time, it was Tony Blair, who was in charge of leading the Quartet, who buried any possibility of progress. He did… nothing. Israeli leaders can always count on him.

So where does this appalling Trump plan come from, which is supposed to offer an immediate end to the disaster, with a ceasefire, a solution for Gaza and a settlement of the Palestinian question… while excluding the Palestinians from the political equation? (4)

We know that Tony Blair is behind the implementation of this project. He had already worked on a plan for Gaza with his consulting and business company, the Tony Blair Institute for Global Change (TBI). On August 27, he visited the White House to present it to Donald Trump, thus demonstrating his desire to get involved again. Blair was, in fact, the Quartet’s special envoy from 2007 to 2015. He has now declared himself a candidate to lead a kind of provisional government in Gaza, with the support of Steve Witkoff, Trump’s special envoy, and Trump’s son-in-law, Jared Kushner, who also wants to return to service after holding several positions and handling a number of affairs during Donald Trump’s first term (5).

But that’s not all. Blair’s company, TBI, is backed by American billionaire Larry Ellison, who is in charge of managing the US version of TikTok. This tech giant, co-founder of Oracle, is considered an authoritarian nationalist, close to Trump and the American far right. It is in this context that Blair was able to participate in the fantastical project known as Gaza Riviera, designed with the Boston Consulting Group (BCG), which modeled a plan for the “reconstruction” of Gaza that would involve the displacement of some 500,000 Palestinians from the enclave (6). In the same vein, Curtis Yarvin, a well-known intellectual belonging to a neo-reactionary movement close to Peter Thiel (7), also presented a “Gaza Inc.” project to transform the Gaza Strip into a kind of “corporate state” emptied of its inhabitants, in a predominantly ultra-technocratic approach.

Behind Blair’s candidacy for the leadership of an international transitional authority in Gaza, we find a fine array of ultra-conservative technocrats, some of whom are ready to transform Gaza into an investment zone, or a privileged special economic zone, but emptied of most of its inhabitants.

The nature of this political movement, from which Tony Blair clearly benefits, largely explains the spirit of Trump’s plan, his insistence on governance capable of attracting investment, and the need to create a special economic zone. This idea is explicitly stated in Trump’s plan (see points 9, 10, and 11). . But it also explains, above all, the plan’s total lack of rights, democracy, legitimacy, and political relevance. Investing, developing real estate, making profits… and emptying Gaza of its inhabitants in a process of ethnic cleansing is probably not what should be done. The problems (beyond the 60 million tons of rubble…) and challenges of reconstruction are of a completely different nature. But in the context of a major crisis that will forever mark the history of the Palestinian people, the history of the Middle East and beyond, this project, in its spirit and its options, is indeed a continuation and not a break, and even less a solution. In truth, the Trump plan cannot be translated into an end to the conflict, a definitive settlement, and certainly not a just response to the question of Palestine.

We are and remain in a major impasse. In such a context, only a few European governments, including Spain, have saved face, with hundreds of thousands of demonstrators, probably several million, expressing their solidarity with the Palestinian people in Europe, despite the repression.

One question remains, however. Why did the UN support such a plan? First of all, it must be noted, that this plan is currently the only concrete project on the table, since no one (the New York Declaration not being intended to build a negotiated settlement) has proposed a concrete initiative, including a process, conditions, means, steps, a timetable… in other words, an initiative capable of responding to humanitarian and social emergencies and essential political issues. The glaring absence of the Europeans, and France in particular, beyond the recognition obtained for the Palestinian state, has dire consequences.

Despite the exceptional nature of the crimes committed by Israel, no sufficient pressure has been exerted, no appropriate sanctions have been implemented. Overall, Western support for Tel Aviv continues beyond the actions taken by a few actors and governments. And then, the UN can do nothing but support the only project that could, perhaps, lead to a ceasefire, thus stopping the massacre and allowing a massive resumption of humanitarian aid. At the time of writing, this has not yet happened. The UN Secretary-General has therefore called for an urgent response. The UN says it is ready to “flood the war-torn enclave with aid” (8).

The United Nations continues to propose ideas, put forward projects and strategies… but it can only do what its member states decide to do. The responsibility lies primarily with them. This is even more true for the question of Palestine than for any other issue. Moral and political resignation weighs heavily on our history, and particularly on the history of the Palestinian people. But we are not at the end of the story…

NOTES :


1) “Gaza: Donald Trump’s plan, a compromise with a fragile architecture, not very binding on Israel,” Piotr Smolar, Le Monde, September 30, 2025 https://www.lemonde.fr/international/article/2025/09/30/gaza-donald-trump’s-peace-plan-a-fragile-compromise-with-few-constraints-for-israel_6643661_3210.html


2) “New York Declaration on the Peaceful Settlement of the Palestine Question and the Implementation of the Two-State Solution,” A/CONF.243/2025/1 https://docs.un.org/fr/A/CONF.243/2025/

3) “Results-oriented road map to a permanent two-state solution to the Israeli-Palestinian conflict,” S/2003/529, May 7, 2003 https://docs.un.org/fr/S/2003/529

4) See on this issue “What lies behind Tony Blair’s plan for Gaza,” Arnaud Miranda, Le Grand Continent, October 1, 2025. https://legrandcontinent.eu/fr/2025/10/01/que-cache-le-plan-de-tony-blair-pour-gaza-texte-integral/


5) See « Chaos. The crisis of the liberal international order. France and Europe in the American order,“ Jacques Fath, Éditions du Croquant, 2020, pages 50 to 52.


6) See ”BCG has modeled a plan for the reconstruction of Gaza involving the displacement of 500,000 Palestinians, » Consultor, July 7, 2025. https://www.consultor.fr/articles/le-bcg-a-modelise-un-plan-de-reconstruction-de-gaza-prevoyant-le-deplacement-de-500-000-Palestinians It should be noted that BCG has established a charter of principles and a committee for the approval of humanitarian projects in order to overcome the scandal caused by the involvement of one of its teams in the creation of the infamous Gaza Humanitarian Foundation (GHF).

7) Peter Thiel is President of Palantir, another tech giant, known for his opposition to multilateralism and diversity. He is considered a national-conservative libertarian.
8) “US peace plan for Gaza: UN ready to flood war-torn enclave with aid,” UN Info, September 30, 2025. https://news.un.org/fr/story/2025/09/1157592?utm_source=UN+News+-+English&utm_campaign=c9a109298f-EMAIL_CAMPAIGN_2025_09_30_01_23&utm_medium=email&utm_term=0_0264da9d8f-c9a109298f-107992745

Quand la France mène la danse contre l’Iran. C’est aujourd’hui 27 septembre que cela se décide…

La troïka européenne, France, Allemagne et Royaume Uni, se contente d’un service minimum hypocrite sur la question de Palestine, mais sur le nucléaire iranien, elle n’a pas cessé de faire le boulot pour Israël…

La France, au sein de la troïka dite « E3 » (France Allemagne et Royaume Uni) mène la danse contre Téhéran sur la question du nucléaire iranien. Vendredi 19 septembre, le Conseil de sécurité de l’ONU a rejeté une résolution (1) visant à prolonger l’allègement des sanctions internationales dont Téhéran a pu très relativement bénéficier dans le cadre de l’Accord de Vienne sur le nucléaire, adopté en juillet 2015 (2), voici maintenant 10 ans. Cet Accord parvient à son terme en cette fin d’année 2025. C’est pour cette raison que les puissances occidentales, en particulier les Européens font le forcing, comme on dit, pour pouvoir exercer, à travers cet Accord, une pression maximale sur l’Iran. Et puis, il faut se dépêcher d’agir avant que la Russie ne prenne la présidence tournante du Conseil de sécurité en octobre… La Chine qui veut privilégier la diplomatie et éviter le retour des sanctions, et la Russie qui, dans le même esprit, estime que la démarche de la troïka est dénuée de pertinence juridique, ont vivement critiqué le rejet de cette résolution (3). Les médias français furent plutôt discrets sur cet aspect des choses, comme si l’initiative européenne allait de soi. C’est plus compliqué que cela.

Quel est le problème ?

La France et ses deux partenaires européens ont décidé d’activer le mécanisme dit du snapback prévu par le JCPOA qui réunit l’ensemble complexe des dispositions d’encadrement du programme nucléaire iranien. Ce mécanisme du snapback est une procédure de retour automatique aux sanctions contre Téhéran, retour qui serait justifié par les manquements iraniens au respect de ses obligations découlant de l’Accord de Vienne et du JCPOA. Un compte à rebours est ainsi enclenché qui devrait se terminer bientôt, probablement le 27 septembre, par une nouvelle décision du Conseil de sécurité, conforme à celle déjà prise le 19. Toutes les sanctions internationales en vigueur avant l’adoption du JCPOA en juillet 2015, devraient donc être réintroduites et mises en œuvre. Cette procédure étant automatique, nul État membre permanent du Conseil ne peut y opposer un veto.

Il est vrai que l’Iran, selon Rafael Grossi, Directeur de l’Agence Internationale de l’Énergie Atomique (AIEA), dispose désormais de plus de 400 kilos d’uranium enrichi à 60 %, un seuil qui se rapproche fortement du niveau requis pour fabriquer une arme nucléaire. « Une telle accumulation ne peut s’expliquer par un usage civil crédible », avait souligné Rafael Grossi (4). L’AIEA n’ayant plus la possibilité d’inspections régulières, l’AIEA avait aussi reconnu n’avoir plus de continuité dans la connaissance du programme iranien.

Ajoutons qu’une arme nucléaire ne peut atteindre la crédibilité opérationnelle sans une capacité à sa projection à l’aide d’un véhicule porteur, par exemple un missile (5), ce qui constitue un autre défi technique majeur pour l’Iran. Il reste en tous les cas une évidente interrogation sur le programme et sur les intentions iraniennes. On ne peut exclure de la part de Téhéran, malgré les dénégations officielles multiples, le projet d’accéder à une maîtrise complète de l’arme nucléaire, ou bien d’atteindre le seuil d’une telle capacité militaire, comme système de dissuasion stratégique face à Israël et même face aux États-Unis. L’actualité récente (nous allons y revenir) donne une certaine crédibilité à cette hypothèse. Les dés seraient donc jetés. Les torts seraient entièrement du côté iranien. Et la bonne foi, évidemment, ne peut être qu’occidentale…

Est-ce si simple ?

A l’évidence, il y a un problème du nucléaire militaire au Proche-Orient. Par respect du droit international et des traités, et parce qu’il a signé (dès juillet 1968) le Traité sur la non prolifération (TNP), l’Iran ne doit pas accéder à l’arme nucléaire. Il serait par ailleurs nécessaire que le projet d’un Moyen-Orient exempt d’armes nucléaires puisse être réalisé et assumé par tous, notamment par l’Iran, mais par Israël aussi puisque l’État d’Israël dispose d’un arsenal atomique substantiel, dont l’existence n’est plus un secret pour personne. Ce projet d’un Moyen-Orient exempt d’armes nucléaires a fait l’objet de confrontations récurrentes dans le cadre des conférences d’examen régulières du TNP. Il n’a jamais pu aboutir. On imagine aisément pourquoi il en est ainsi. Avec le soutien des États-Unis et des Européens, Israël veut se garantir une domination sans rivalités stratégiques et militaires régionales possibles, à la fois dans les armements conventionnels et nucléaires. On voit à quel point, et avec quelle vision hégémonique très brutale et criminelle, les dirigeants israéliens utilisent aujourd’hui cette supériorité, au mépris de la Cour Pénale Internationale et de la Cour Internationale de Justice, avec le cumul des crimes de guerre, des crimes contre l’humanité, et du crime de génocide perpétré à Gaza.

On touche ainsi à l’essentiel. On ne peut, en effet, juger de la question nucléaire au Moyen-Orient sans traiter les réalités du conflit israélo-palestinien, sans traiter les dimensions historiques et régionales de ce conflit. Dans cet esprit, on peut naturellement considérer que la crise actuelle sur l’Accord de Vienne, le JCPOA et le nucléaire iranien, porte un grave coup supplémentaire à la stabilité et à la sécurité au Proche-Orient, voire au-delà. Mais il faut alors se demander où sont les responsabilités, et comment en sortir.

Rappelons-nous…

Après avoir accepté et signé le JCPOA, l’Iran l’a respecté pendant plus de 3 ans ! Ce fut un constat de l’AIEA. Le contexte régional en aurait pu être positivement changé. Ce qui a déclenché la déstabilisation et la crise majeure actuelle c’est le retrait des États-Unis en 2018, lors du premier mandat de Donald Trump. En contradiction, notons-le au passage (ce que très peu de personnes soulignent) avec l’article 25 de la Charte des Nations Unies qui rappelle la nécessité pour tous les États membres de respecter les décisions prises collectivement. Mais ce choix américain correspondait si bien aux intérêts stratégiques israéliens… Tout ce qui fut enclenché pour bâtir de nouvelles relations régionales, dans « un tournant fondamental » (c’est le JCPOA qui le formule ainsi) a été détruit par une décision unilatérale de Washington. On en paie encore le prix aujourd’hui. La confiance si difficilement acquise après quelque 12 années de tractations, d’échecs et de négociations difficiles, a été réduite à néant. Le régime iranien s’est installé dans ce contexte pour pousser son projet nucléaire officiellement civil… à potentielle destinée militaire.

Mais aujourd’hui, l’Iran se voit cependant confronté à une « offre » consternante de la part des Européens qui exigent notamment de Téhéran une « reprise de négociations directes et sans conditions avec les États-Unis » (6). Comment les Iraniens pourraient-ils accepter de « négocier sans conditions » avec les premiers responsables de la crise actuelle ? Cette crise qui a produit un contexte de guerre et de sanctions maximales contre leur pays… C’est l’expression caractérisée d’une irresponsabilité européenne, doublée d’une certaine arrogance.

Dans la dégradation progressive de la situation régionale, on est, en effet, parvenu à des affrontements israélo-iraniens directs, jusqu’aux frappes israéliennes de juin dernier sur des infrastructures militaires et stratégiques iraniennes, puis, avec les bombardements américains massifs, d’une puissance conventionnelle réputée maximale, sur 3 sites nucléaire, à Fordo, Natanz et Ispahan. Sans que l’on sache qu’elles sont les conséquences réelles de ces bombardements.

On ne pouvait pas mieux faire pour entraîner le Proche-Orient et l’Iran dans une situation de risques majeurs, d’embrasement régional possible. Le processus engagé par Donald Trump en 2018 a permis une escalade militaire, une escalade de la défiance, avec la destruction pure et simple de l’Accord de Vienne. Dans une telle logique de puissance, on touche effectivement à l’irresponsabilité.

Israël, qui a passé beaucoup de temps politique et diplomatique à mettre en avant la seule menace iranienne, a ainsi gagné l’installation d’un long contexte de guerre et de tensions exacerbées, tellement propice à l’expression de la force militaire. Contexte dans lequel tout est possible… Tout, sauf de pertinentes et nécessaires négociations multilatérales pour le respect du droit international et des résolutions de l’ONU, pour une solution juste et durable à la question de Palestine, pour la sécurité dans l’ensemble du Proche-Orient. Israël sait exactement comment façonner et entretenir ses stratégies et ses hostilités pour que les puissances occidentales, avec empressement, puissent les suivre et les alimenter.

En poussant dans le sens du retour des sanctions, en s’appuyant sur un dispositif de procédure, le snapback, prévu par l’Accord de Vienne, alors que cet Accord a été tué dans son fonctionnement et dans son existence même par Washington et par Tel Aviv… la France entérine l’impasse et en rajoute sur un contexte à propos duquel beaucoup se demandent maintenant non pas si, mais quand d’autres affrontements militaires majeurs vont reprendre. En agissant ainsi, les pays de la troïka, France, Allemagne et Royaume Uni, font à leur façon le boulot d’Israël, pour aider Israël.

Quelles seront pour l’Iran les conséquences de la réinstallation des sanctions internationales ? Notons d’abord qu’une partie seulement des sanctions mises en œuvre avant juillet 2015, avaient été levées. Ensuite, il faut prendre en considération les sanctions unilatérales massives des États-Unis, décidées et mises en œuvre dès 2018. Ainsi que les sanctions européennes additionnelles. Ce cumul visant à étouffer un régime en sérieuse difficulté, fait dire à certains experts que le retour des sanctions n’auraient que des effets limités, tellement l’Iran est déjà sous pression maximale. De « bonnes âmes » justifient cette pression énorme (qui touche durement le peuple iranien) par la nécessité de punir un régime dictatorial… il est vrai ultra-répressif et anti-démocratique. Il n’est pas dit, cependant, que les sanctions économiques pourraient faire céder un pouvoir qui a jusqu’ici résisté aux pressions extérieures depuis… 1979.

Il reste que cette volonté d’étouffement pour « raison démocratique », s’il en est, montre une fois encore à quel point le 2 poids 2 mesures occidental survit à toutes les infamies. Peu importe les crimes israéliens, pourvu qu’on ait la peau des iraniens… voilà une formule qui pourrait faire office de mantra officiel pour cette troïka européenne sans principes, dans une éthique à géométrie très variable.

NOTES :

1) Cette résolution a été rejetée par 9 voix contre : France, Allemagne, Royaume Uni, Danemark, Grèce, Slovénie, Panama, Sierra Leone et Somalie, 4 voix pour : Chine, Russie, Algérie et Pakistan. Guyana et République de Corée se sont abstenus.

2) Cet Accord a été installé par la résolution 2231, adoptée le 20 juillet 2015 à l’unanimité du Conseil de Sécurité. Cette résolution a été négociée par les 5 États membres permanents du Conseil, l’Allemagne, l’UE et l’Iran. Elle contient une longue annexe très précise détaillant l’ensemble des mesures de limites et de contrôles concernant le programme nucléaire iranien. C’est ce que l’on appelle le Joint Comprehensive Plan of Action ou Plan d’Action Global Commun, désigné en général sous l’acronyme anglophone JCPOA. https://undocs.org/fr/S/RES/2231(2015)

3) Voir par exemple « China firmly opposes forcible push for snapback of Iran sanctions: envoy », Global Times September 20, 2025. https://www.globaltimes.cn/page/202509/1344037.shtml

4) « Nucléaire iranien : un cap est franchi au Conseil de sécurité » vers un possible retour des sanctions », ONU Info, 19 septembre 2025.https://news.un.org/fr/story/2025/09/1157516?utm_source=UN+News+-+French&utm_campaign=091c7dd65d-EMAIL_CAMPAIGN_2025_09_20_05_03&utm_medium=email&utm_term=0_0264da9d8f-091c7dd65d-107992745

5) Le JCPOA interdit à l’Iran, les missiles en tant que porteurs d’armements nucléaires.

6) Voir le texte déjà cité « Nucléaire iranien : un cap est franchi au Conseil de sécurité » vers un possible retour des sanctions », ONU Info, 19 septembre 2025.

Palestine : sur le sens de la reconnaissance. Sur l’avenir et les enjeux du monde.

La reconnaissance de l’État de Palestine est un acte politique dont le sens et la portée font controverse et enjeu. Chacun a compris que cela n’aura pas de conséquences immédiates et concrètes – d’où la qualification de « symbolique » – sur le territoire même, en Palestine, où s’exerce l’occupation militaire, l’extrême violence coloniale israélienne et les crimes qui vont avec.

Elias Sanbar, écrivain et ancien Ambassadeur de Palestine à l’UNESCO, critique cette désignation de symbolique pour retenir un essentiel politique. Il qualifie de « rupture fondamentale » cet acte de reconnaissance. Il est vrai que celui-ci rend visible un peuple contre lequel tout a été entrepris, dans la longue durée, pour organiser sa disparition politique, de la Nakba jusqu’à aujourd’hui. Ce peuple, en effet, a une existence, une légitimité et une longue histoire sur sa terre… Une terre de vie, mais aussi une terre de sang. Cette histoire constitue en soi une contradiction de principe et de réalité à la stratégie coloniale israélienne depuis 1948, mais aussi au comportement occidental dominant depuis des décennies. Ce comportement consista à soutenir, financer et armer Israël comme seul partenaire privilégié, seul titulaire de droits reconnaissables. Au mépris des Palestiniens et du droit international.

Quand tout est fait pour que disparaisse le peuple occupé et dépossédé, y compris aujourd’hui par le nettoyage ethnique, la famine et le processus génocidaire, il serait effectivement peu approprié de sous-estimer ce qui peut faire revivre son droit politique essentiel à l’autodétermination. Le droit d’un peuple résistant et digne face à tant d’épreuves et de désastres imposés.

Désormais, 158 pays sur 193 reconnaissent la légitimité d’un État palestinien. La question de Palestine n’est pas résolue, mais 80 % des pays membres des Nations Unies disent ainsi à leur façon, même si cela est insuffisant, qu’elle devrait l’être. Elle devrait l’être, en effet, au-delà des logiques de puissance et des calculs d’intérêts qui étouffent les relations internationales, y compris le monde arabe. Les acteurs les plus stupides soutiennent maintenant que ces reconnaissances sont un cadeau fait au Hamas. Comme si autant de gouvernements sur tous les continents pouvaient avoir autant d’attention pour cette organisation coupable du massacre du 7 octobre 2023… L’accusation est à la fois dérisoire et méprisable.

Il reste qu’il faudra, enfin, trouver et imposer une solution pour réaliser le droit à la souveraineté du peuple palestinien. La nouvelle situation politique remet cette exigence-là au centre des débats sur les enjeux majeurs du conflit au Proche-Orient. Il faut saisir cette opportunité. Mais il faut aussi comprendre à quel point ce qui se passe en Palestine et dans la région nous interpelle plus globalement sur l’ordre du monde et quant aux risques majeurs du contexte actuel.

La guerre totale d’Israël contre le peuple palestinien, dans sa vérité hautement criminelle, sera considérée et qualifiée, n’en doutons pas, comme la première grande tragédie humaine du 21è siècle. A la fois par la dimension effarante des horreurs commises, des crimes de guerre, des crimes contre l’humanité et du crime de génocide, dans le plus grand cynisme, mais aussi par la passivité, et la complicité objective des principales puissances occidentales avec Israël.

Cependant, ce qui se passe en Palestine n’est pas la seule alarme. Le roulement des tambours de guerre se fait entendre ailleurs. Dans ce moment inquiétant de notre histoire, nous assistons à un processus d’effondrement moral, à une trahison délibérée des Nations Unies, du multilatéralisme et de la responsabilité collective. Nous mesurons l’inconsistance des prétextes avancés afin de justifier une course folle aux armements, une compétition suicidaire pour la domination et la prédation néo-impériale au sein de l’ordre international… Les ressources, la sécurité, la paix, le climat, la dignité humaine et jusqu’au vivant… tout est mis en question dans une trajectoire de catastrophes et de très grandes guerres possibles. En Europe où les menaces se précisent de jour en jour. En Asie où un éventuelle affrontement majeur sino-américain pourrait changer la face du monde. Et ailleurs encore, là où les tensions montent, entretenues par des politiques de force, des désirs de revanche sur l’histoire, des volontés d’emprise et de conquête… et la loi de la jungle.

Les conséquences des stratégies mises en œuvre sont en même temps des causes et des facteurs déclenchant d’aggravation et d’escalades. Par cet effet de cliquet cette trajectoire se poursuit sans qu’un retour vers l’absolue nécessité de responsabilité et de sécurité humaine puisse s’imposer. Davantage qu’une impasse c’est une sinistre mécanique pour un avenir de menaces directes et de risques primordiaux.

Ce qui domine, c’est le choix de la puissance dans l’arrogance, comme paramètre déterminant des politiques mises en œuvre, contre le droit international, contre la Charte des Nations Unies, contre le besoin de sécurité et, au moins, de maîtrise prudentielle des relations internationales. Il est consternant que cette trajectoire de danger majeur ne soit pas prise en considération comme il le faut et au niveau où il le faut. C’est l’irresponsabilité collective qui tend à dominer. Jusqu’où ira-t-on ainsi ?

Cette question doit être posée en grand pour qu’un débat politique de fond puisse se tenir quant à la vision et à la construction d’un futur différent pour le monde, et pour ce que l’on appelle l’humanité. Réaliser les droits inaliénables du peuple palestinien serait, dans cet esprit, un des meilleurs exemples de ce que cette humanité pourrait faire et devrait être.

UNRWA – Rapport du Commissaire général Philippe Lazarini.

Nations Unies • New York, 2024

Assemblée générale – Documents officiels

https://docs.un.org/fr/A/79/13

Lettre de Philippe Lazarini, Commissaire général de l’UNRWA. Par cette lettre, datée du 14 août 2024, adressée au Président de l’Assemblée générale de l’ONU, le Commissaire général de l’UNRWA transmet le rapport annuel 2024 sur les travaux de l’UNRWA :

« J’ai le plaisir de transmettre à l’Assemblée générale le rapport annuel sur les

travaux menés par l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les

réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA) en 2023, conformément aux

dispositions que l’Assemblée générale a énoncées au paragraphe 21 de sa résolution

302 (IV) en date du 8 décembre 1949, modifié par le paragraphe 11 de sa résolution

1018 (XI), et au paragraphe 8 de sa résolution 1315 (XIII) en date du 12 décembre

1958.

Au troisième trimestre de 2023, les réfugiés de Palestine et l’UNRWA

connaissaient déjà une année exceptionnellement difficile, marquée par des

tremblements de terre en République arabe syrienne, un conflit dans le camp d’Aïn

el-Héloué au Liban, une escalade de la violence due aux attaques de colons et aux

affrontements entre les forces de sécurité israéliennes et des groupes armés

palestiniens en Cisjordanie, ainsi qu’une détérioration des conditions socio –

économiques dans toutes les communautés d’accueil. L’impact de ces crises a

toutefois largement été surpassé par la gravité des terribles attentats perpétrés en

Israël le 7 octobre 2023 et par la tragédie du conflit qui s’en est suivi à Gaza.

Depuis le 7 octobre, malgré des difficultés opérationnelles et financières sans

précédent, l’UNRWA s’est mobilisé pour devenir la principale plateforme

humanitaire pour 2,2 millions de personnes à Gaza. Qu’il s’agisse de la gestion des

abris, de la livraison de carburant, de nourriture et de médicaments ou de

l’organisation, dans ses locaux, de réunions de coordination quotidiennes pour toutes

les agences humanitaires, l’UNRWA reste l’épine dorsale de l’action humanitaire.

Jusqu’à 1,9 million de personnes ont trouvé refuge dans les locaux de l’Office ou dans

les environs, où notre personnel – lui-même déplacé et endeuillé – a fourni une

assistance vitale. Pendant près d’un an, le personnel s’est acquitté de cette mission

sous des bombardements incessants et au milieu d’innombrables vagues de

déplacement.

Je reste consterné par l’ampleur des pertes en vies humaines, de la destruction

et de la souffrance qu’a provoquées ce conflit et par le mépris flagrant du droit

international humanitaire et des Nations Unies. Plus de 200 membres du personnel de

l’UNRWA ont été tués à Gaza. Quelque 190 locaux de l’UNRWA ont été endommagés

ou détruits, cependant que les forces de sécurité israéliennes et les groupes armés

palestiniens, dont le Hamas, ont utilisé les locaux de l’Office à des fins militaires. Au

moins 560 personnes déplacées ont été tuées alors qu’elles avaient trouvé refuge dans

des écoles et autres structures de l’UNRWA. Les forces de sécurité israéliennes ont

régulièrement détenu le personnel de l’UNRWA à Gaza, qui a fait état de tortures et

de mauvais traitements. Les convois d’aide ont été frappés malgré une coordination

préalable avec les autorités et ont été pillés en plein effondrement de l’ordre civil.

Je condamne sans équivoque les attaques contre le personnel, les locaux et les

opérations des Nations Unies, ainsi que les violations du droit international qui en

découlent à Gaza, et j’appelle à ce que les responsables de ces actes rendent

pleinement et rapidement des comptes.

Les difficultés extraordinaires auxquels l’UNRWA doit faire face depuis octobre

2023 ont été aggravées par les allégations du Gouvernement israélien selon lesquelles

19 des 33 000 membres du personnel de l’Office auraient été impliqués dans les

attaques du 7 octobre. Le Secrétariat et l’UNRWA ont pris des mesures rapides et

décisives en réponse à ces allégations.

L’Office des services de contrôle interne a lancé une enquête indépendante sur

certains membres du personnel. Il a récemment conclu que, s’ils sont authentifiés et

corroborés, les éléments de preuve disponibles pourraient indiquer que neuf

personnes auraient été impliquées dans les attaques. Ces membres du personnel ont

été licenciés dans l’intérêt de l’Office.

Le recrutement par des acteurs armés de membres du personnel des Nations

Unies et leur participation à des attaques et à des atrocités comptent parmi les atteintes

les plus graves commises par les Nations Unies et portent préjudice à l’Organisation,

à son personnel, à son mandat et à tous ceux qu’elle sert. Ces faits sont intolérables

et doivent être condamnés avec la plus grande fermeté.

Le Secrétaire général a également fait réaliser une étude indépendante sur la

neutralité de l’Office, qui a conclu que les systèmes institués par l’UNRWA pour

garantir sa neutralité étaient plus élaborés que ceux mis en place par des entités des

Nations Unies ou des entités non gouvernementales similaires. L’étude a mis en

évidence le fait qu’Israël et d’autres États membres partageaient, avec l’UNRWA

comme avec tous les organismes des Nations Unies, la responsabilité de préserver la

neutralité des Nations Unies dans des contextes opérationnels à haut risque.

L’UNRWA s’est engagé à mettre pleinement en œuvre les recommandations de l’étude

et a sollicité l’appui des États membres.

Les premières allégations ont incité 16 États membres à suspendre leur

financement à l’UNRWA, ce qui s’est traduit par un manque à gagner de 438 millions

de dollars. Aujourd’hui, les résultats de l’examen indépendant et une concertation

approfondie avec les États Membres ont conduit à la reprise du financement de

l’Office par tous les donateurs, à l’exception d’un seul.

Malgré les dispositions rapides et diligentes qu’il a prises pour restaurer la

confiance des partenaires et des donateurs, l’Office reste la cible d’une démarche

persistante visant à ternir sa réputation et à saper ses opérations. Alimenté par des

campagnes de désinformation, un projet de loi déposé à la Knesset vise à expulser

l’UNRWA des locaux qu’il occupe depuis plus de 70 ans à Jérusalem-Est, à révoquer

ses privilèges et immunités et à le qualifier d’organisation terroriste. Le personnel de

l’UNRWA, ainsi que de nombreux autres membres du personnel des Nations Unies et

d’organisations non gouvernementales internationales – notamment celles et ceux qui

assument des fonctions de responsabilité ou sont associés à des activités de

sensibilisation ou de protection – se sont vu refuser ou limiter à un ou deux mois leur

visa pour Israël et le Territoire palestinien occupé, ce qui a considérablement entravé

les opérations. Le personnel a également été victime de harcèlement et d’intimidation

aux points de contrôle et à l’intérieur ou à proximité des locaux officiels.

Sous le prétexte de préoccupations concernant la question de la neutralité, ces

mesures, qui s’emploient à saper les opérations de l’UNRWA et de la communauté

humanitaire internationale dans son ensemble, modifient ainsi unilatéralement les

paramètres d’une future solution politique dans le Territoire palestinien occupé.

L’existence et le mandat de l’UNRWA constituent des obstacles pour celles et ceux

qui cherchent à saper les principes d’un règlement du conflit fondés sur le droit

international, qui ont été adoptés par l’Assemblée générale et le Conseil de sécurité

au fil de plusieurs décennies.

Les attaques menées contre l’UNRWA doivent également être analysées à la

lumière de l’avis consultatif de la Cour internationale de justice du 19 juillet 2024.

La Cour a constaté que les Palestiniens du territoire palestinien occupé, dont une

grande partie de la population desservie par l’UNRWA, vivent aujourd’hui dans des

conditions qui violent les obligations qu’impose à Israël le regard droit international.

Les attaques menées contre l’UNRWA et les préjudices causés à ses activités sont à

l’origine de multiples violations recensées par la Cour.

Je voudrais conclure sur deux points.

Tout d’abord, les attaques menées contre l’UNRWA et d’autres entités des

Nations Unies – qu’il s’agisse de l’assassinat de membres du personnel, de la

destruction de locaux, du refus de délivrer des visas ou du harcèlement – sont d’une

ampleur et d’une nature sans précédent dans l’histoire des Nations Unies. Elles

constituent de dangereux précédents, qui compromettent les opérations des Nations

Unies dans le monde entier et effritent l’ordre international fondé sur des règles.

Je demande que l’on mette en place une commission d’étude ou d’enquête pour

connaître des actions menées contre l’UNRWA et, d’une manière générale, contre

l’Organisation des Nations Unies et la communauté humanitaire internationale, afin

de mettre un terme aux violations en cours et d’établir des responsabilités. J’exhorte

également les États Membres à s’opposer aux tentatives visant à désigner un

organisme des Nations Unies comme étant une organisation terroriste, accusation

susceptible de causer un préjudice incalculable à l’Organisation des Nations Unies,

qui constitue la principale instance établie pour servir la paix, le développement et

les droits humains, en réaction aux horreurs de la Seconde Guerre mondiale. (souligné par J.Fath)

Deuxièmement, l’UNRWA ne peut fonctionner si son mandat ne jouit pas du

respect et de l’appui des États Membres, y compris Israël. En outre, le bien -être de

millions de personnes et l’avenir de Gaza ne peuvent continuer de dépendre d’un

financement volontaire, qui pourrait disparaître du jour au lendemain. Pour ne prendre

que l’exemple de l’éducation – les 625 000 enfants de Gaza doivent reprendre le

chemin de l’école, faute de quoi une génération entière – ou plus généralement la

société palestinienne – subira des dommages irréversibles. En l’absence d’un État,

seul l’UNRWA peut reprendre l’éducation à grande échelle à Gaza. J’en appelle à

l’Assemblée générale afin qu’elle prenne des mesures fermes pour garantir le respect

du mandat et des opérations de l’Office et qu’elle adopte un modèle de financement

plus stable.

Troisièmement, alors qu’il était doté, à sa création, du statut d’entité temporaire,

l’UNRWA commémore cette année son soixante-quinzième anniversaire. L’existence

de l’Office jusqu’à nos jours est la conséquence de l’échec de la communauté

internationale à assurer la paix et une solution politique juste pour les Palestiniens et

les Israéliens. L’Assemblée générale est pleinement consciente de l’ampleur de la

crise à laquelle la région doit faire face. Il faut, de toute urgence, trouver une solution

politique qui garantisse la protection des Palestiniens et des Israéliens dans les limites

établies par le droit international, en commençant par un cessez-le-feu à Gaza.

L’UNRWA constitue une ressource inestimable dans la quête de la stabilité et du

relèvement à Gaza et il y a donc lieu de préserver son mandat, qui fait partie intégrante d’une transition limitée dans le temps et appelée à aboutir à une solution politique

attendue de longue date.

Le Commissaire général, Philippe Lazzarini

RÉSUMÉ du RAPPORT :

1. L’année 2023 a été sans précédent pour l’Office de secours et de travaux des

Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA), ainsi

que pour les réfugiés palestiniens et l’ensemble de la région. Elle a été marquée par

des crises en cascade, dont des tremblements de terre en République arabe syrienne,

en février, une grève de 120 jours menée par le syndicat du personnel de Cisjordanie,

durant le premier semestre de 2023, le conflit dans le camp d’Aïn el-Héloué, au Liban,

pendant l’été, l’opération militaire des forces de défense israéliennes dans le camp de

Jénine, en Cisjordanie occupée, en juillet, le déclenchement d’une guerre dévastatrice

dans la bande de Gaza à la suite de l’attaque du Hamas contre Israël le 7 octobre et

l’escalade du conflit à la frontière israélo-libanaise et en Cisjordanie, y compris à

Jérusalem-Est1.

2. Avant le 7 octobre, la situation des réfugiés palestiniens dans la région était déjà

sombre. La violence en Cisjordanie avait atteint un niveau record. La bande de Gaza

en était à sa seizième année de blocus, d’escalades récurrentes de conflits et de

régression du développement. Le Liban faisait face à une crise économique et à des

défis politiques importants. Le coût de la vie en République arabe syrienne avait

doublé. Dans la bande de Gaza, en République arabe syrienne et au Liban, plus de

80 % des réfugiés de Palestine vivaient dans la pauvreté. En Jordanie, les réfugiés

palestiniens qui avaient fui la République arabe syrienne et Gaza en 1967 vivaient de

plus en plus dans la pauvreté et se trouvaient de plus en plus endettés. À tous égards,

l’inquiétude grandissait de voir s’éloigner l’horizon politique d’une solution juste et

durable à la situation tragique des réfugiés palestiniens, vieille de 75 ans, d’où

l’émergence d’un sentiment de désespoir.

3. Sur cette toile de fond, la préoccupation est allée croissante chez les réfugiés

palestiniens, face à la situation de l’Office qui avait pour mandat de leur prêter son

concours dans l’attente d’une solution politique durable. Des années de sous –

financement se sont traduites par une lente détérioration des services de l’UNRWA et

par l’incapacité de l’Office à investir convenablement dans des priorités stratégiques.

Les déficits budgétaires chroniques et la résistance au changement ont poussé

l’UNRWA vers une implosion financière. En raison de cet affaiblissement, l’Office a

éprouvé davantage de difficultés à faire face aux crises qui se sont produites tout au

long de l’année 2023.

4. Après le 7 octobre, l’Office est immédiatement passé aux opérations d’urgence

à Gaza et a transformé 154 de ses locaux en abris, où 1,37 million de personnes ont

cherché protection, nourriture et soins médicaux avant la fin de 2023 2. Toutefois, s’il

a suspendu ses opérations régulières, l’UNRWA est rapidement devenu l’épine

dorsale d’une intervention humanitaire vitale menée par plusieurs institutions des

Nations Unies et par la communauté internationale au profit de l’ensemble de la

population de Gaza. La majorité des membres du personnel de l’UNRWA à Gaza ont

rapidement été déplacés avec leurs familles, tandis que des parents et des amis

perdaient la vie. Malgré cela, au moins 3 000 membres du personnel de l’Office sont

restés en service actif en tant qu’intervenants humanitaires de première ligne.

5. À la fin de 2023, l’UNRWA, qui était devenu une artère vitale pour la population

civile de la bande de Gaza, assurait la fourniture d’une importante aide alimentaire à

1,12 million de Gazaouis, la distribution de 15,1 millions de litres d’eau et la

réalisation d’une moyenne quotidienne de 24 600 consultations médicales, en même

temps qu’il touchait près de 140 000 personnes par le truchement de premiers secours

psychosociaux et d’autres services de protection spécialisés. L’Office est également

devenu l’un des principaux défenseurs de la population civile de Gaza, en faveur de

laquelle il a appelé à un cessez-le-feu humanitaire et au respect du droit international

humanitaire.

6. Le déroulement du conflit s’est caractérisé par un mépris flagrant du droit

international, provoquant des pertes civiles considérables, le déplacement de la quasi –

totalité de la population de Gaza, une destruction massive des infrastructures civiles,

des centaines d’attaques contre les locaux des Nations Unies qui abritaient des

personnes en quête de sécurité, le refus de l’accès humanitaire et la restriction de

l’aide nécessaire à la survie. Fin décembre, au moins 135 membres du personnel de

l’UNRWA avaient été tués dans la bande de Gaza, soit le nombre le plus élevé de

travailleurs humanitaires des Nations Unies tués dans un conflit. Quelque 136

installations de l’Office avaient été endommagées, souvent de manière irrémédiable.

Le 7 décembre, l’UNRWA a informé la présidence de l’Assemblée générale que la

capacité de l’Office de s’acquitter de son mandat dans la bande de Gaza s’était

fortement détériorée, ce qui, d’ores et déjà, affectait de façon désastreuse

l’intervention humanitaire des Nations Unies et la vie des civils dans la bande de Gaza

et comportait aussi des risques graves pour la paix et la sécurité régionales.

7. Après le 7 octobre, Israël a imposé des obstacles sans précédent aux opérations

de l’UNRWA dans l’ensemble du Territoire palestinien occupé, notamment des

restrictions de circulation et d’accès et des violations des privilèges et immunités, qui

ont gravement entravé la mise en œuvre du mandat de l’Office. Des campagnes

coordonnées visant à ébranler l’UNRWA se sont multipliées à la fin de 2023, se

traduisant souvent par la diffusion d’informations erronées, l’objectif consistant à

susciter la méfiance à l’égard de l’Office et à compromettre son financement. À la fin

de 2023, les responsables israéliens avaient commencé à critiquer, à discréditer et à

miner publiquement l’UNRWA, en recourant souvent à des allégations

approximatives et gratuites.

8. En 2023, malgré la crise à Gaza, l’UNRWA a continué à fournir des services à

des millions de réfugiés palestiniens à Gaza, en Cisjordanie, en République arabe

syrienne, au Liban et en Jordanie (à partir du 7 octobre, à Gaza, seuls des services

d’urgence ont été assurés), conformément à son plan stratégique pour la période

2023-2028. L’UNRWA a assuré près de 7 millions de consultations de soins de santé

primaires à plus de 2 millions de patients, dispensé un enseignement à près de 550 000

filles et garçons, offert un filet de protection sociale, comprenant une aide financière

et alimentaire, à plus de 330 000 personnes, dispensé un enseignement et une

formation techniques et professionnels pour 8 000 jeunes, accordé des prêts de

microfinance à plus de 27 000 clients et appuyé l’amélioration des infrastructures et

des camps. Il a également continué à fournir une aide d’urgence, notamment une aide

financière et alimentaire, à 1,7 million de personnes parmi les plus vulnérables, ainsi

que des services de protection, un soutien psychosocial et des possibilités de travail

contre rémunération. Ce faisant, l’Office a sensiblement contribué à contenir la

situation dans une région instable.

9. L’UNRWA a entamé 2023 avec un déficit record de 75 millions de dollars,

reporté de 2022. Tout au long de l’année, l’Office a pris langue avec ses hôtes et ses

partenaires dans une série de discussions politiques stratégiques sur son avenir et sa

viabilité. Il a continué à rechercher un financement pluriannuel souple, un

développement des partenariats et une augmentation des crédits imputés sur le budget

ordinaire de l’ONU. Malgré plusieurs résultats encourageants, aucune de ces pistes

n’a permis d’atteindre la viabilité financière. En glissement annuel, le financement a

augmenté de 290 millions de dollars, principalement dans le cadre des appels éclairs,

à l’exception de l’appel d’urgence pour la Syrie, le Liban et la Jordanie, dont le taux

de financement a chuté à 27 %. La crise financière est restée en l’état et l’Office a

reporté 35 millions de dollars d’éléments de passif à son budget -programme de 2024

NOTES :

1- Dans le présent rapport, toutes les références à la Cisjordanie doivent être comprises comme

incluant Jérusalem-Est.

2- UNRWA, UNRWA situation report #59 on the situation in the Gaza Strip and the West Bank,

including East Jerusalem (UNRWA, Rapport sur la situation dans la bande Gaza et en Cisjordanie,

y compris Jérusalem-Est), 2 janvier 2024.

Quand la France mène la danse contre l’Iran…

La France, au sein de la troïka dite « E3 » (France Allemagne et Royaume Uni) mène la danse contre Téhéran sur la question du nucléaire iranien. Vendredi 19 septembre, le Conseil de sécurité de l’ONU a rejeté une résolution (1) visant à prolonger l’allègement des sanctions internationales dont Téhéran a pu très relativement bénéficier dans le cadre de l’Accord de Vienne sur le nucléaire, adopté en juillet 2015 (2), voici maintenant 10 ans. Cet Accord parvient à son terme en cette fin d’année 2025. C’est pour cette raison que les puissances occidentales, en particulier les Européens font le forcing, comme on dit, pour pouvoir exercer, à travers cet Accord, une pression maximale sur l’Iran. Et puis, il faut se dépêcher d’agir avant que la Russie ne prenne la présidence tournante du Conseil de sécurité en octobre… La Chine qui veut privilégier la diplomatie et éviter le retour des sanctions, et la Russie qui, dans le même esprit, estime que la démarche de la troïka est dénuée de pertinence juridique, ont vivement critiqué le rejet de cette résolution (3). Les médias français furent plutôt discrets sur cet aspect des choses, comme si l’initiative européenne allait de soi. C’est plus compliqué que cela.

Quel est le problème ?

La France et ses deux partenaires européens ont décidé d’activer le mécanisme dit du snapback prévu par le JCPOA qui réunit l’ensemble complexe des dispositions d’encadrement du programme nucléaire iranien. Ce mécanisme du snapback est une procédure de retour automatique aux sanctions contre Téhéran, retour qui serait justifié par les manquements iraniens au respect de ses obligations découlant de l’Accord de Vienne et du JCPOA. Un compte à rebours est ainsi enclenché qui devrait se terminer bientôt, probablement le 27 septembre, par une nouvelle décision du Conseil de sécurité, conforme à celle déjà prise le 19. Toutes les sanctions internationales en vigueur avant l’adoption du JCPOA en juillet 2015, devraient donc être réintroduites et mises en œuvre. Cette procédure étant automatique, nul État membre permanent du Conseil ne peut y opposer un veto.

Il est vrai que l’Iran, selon Rafael Grossi, Directeur de l’Agence Internationale de l’Énergie Atomique (AIEA), dispose désormais de plus de 400 kilos d’uranium enrichi à 60 %, un seuil qui se rapproche fortement du niveau requis pour fabriquer une arme nucléaire. « Une telle accumulation ne peut s’expliquer par un usage civil crédible », avait souligné Rafael Grossi (4). L’AIEA n’ayant plus la possibilité d’inspections régulières, l’AIEA avait aussi reconnu n’avoir plus de continuité dans la connaissance du programme iranien.

Ajoutons qu’une arme nucléaire ne peut atteindre la crédibilité opérationnelle sans une capacité à sa projection à l’aide d’un véhicule porteur, par exemple un missile (5), ce qui constitue un autre défi technique majeur pour l’Iran. Il reste en tous les cas une évidente interrogation sur le programme et sur les intentions iraniennes. On ne peut exclure de la part de Téhéran, malgré les dénégations officielles multiples, le projet d’accéder à une maîtrise complète de l’arme nucléaire, ou bien d’atteindre le seuil d’une telle capacité militaire, comme système de dissuasion stratégique face à Israël et même face aux États-Unis. L’actualité récente (nous allons y revenir) donne une certaine crédibilité à cette hypothèse. Les dés seraient donc jetés. Les torts seraient entièrement du côté iranien. Et la bonne foi, évidemment, ne peut être qu’occidentale…

Est-ce si simple ?

A l’évidence, il y a un problème du nucléaire militaire au Proche-Orient. Par respect du droit international et des traités, et parce qu’il a signé (dès juillet 1968) le Traité sur la non prolifération (TNP), l’Iran ne doit pas accéder à l’arme nucléaire. Il serait par ailleurs nécessaire que le projet d’un Moyen-Orient exempt d’armes nucléaires puisse être réalisé et assumé par tous, notamment par l’Iran, mais par Israël aussi puisque l’État d’Israël dispose d’un arsenal atomique substantiel, dont l’existence n’est plus un secret pour personne. Ce projet d’un Moyen-Orient exempt d’armes nucléaires a fait l’objet de confrontations récurrentes dans le cadre des conférences d’examen régulières du TNP. Il n’a jamais pu aboutir. On imagine aisément pourquoi il en est ainsi. Avec le soutien des États-Unis et des Européens, Israël veut se garantir une domination sans rivalités stratégiques et militaires régionales possibles, à la fois dans les armements conventionnels et nucléaires. On voit à quel point, et avec quelle vision hégémonique très brutale et criminelle, les dirigeants israéliens utilisent aujourd’hui cette supériorité, au mépris de la Cour Pénale Internationale et de la Cour Internationale de Justice, avec le cumul des crimes de guerre, des crimes contre l’humanité, et du crime de génocide perpétré à Gaza.

On touche ainsi à l’essentiel. On ne peut, en effet, juger de la question nucléaire au Moyen-Orient sans traiter les réalités du conflit israélo-palestinien, sans traiter les dimensions historiques et régionales de ce conflit. Dans cet esprit, on peut naturellement considérer que la crise actuelle sur l’Accord de Vienne, le JCPOA et le nucléaire iranien, porte un grave coup supplémentaire à la stabilité et à la sécurité au Proche-Orient, voire au-delà. Mais il faut alors se demander où sont les responsabilités, et comment en sortir.

Rappelons-nous…

Après avoir accepté et signé le JCPOA, l’Iran l’a respecté pendant plus de 3 ans ! Ce fut un constat de l’AIEA. Le contexte régional en aurait pu être positivement changé. Ce qui a déclenché la déstabilisation et la crise majeure actuelle c’est le retrait des États-Unis en 2018, lors du premier mandat de Donald Trump. En contradiction, notons-le au passage (ce que très peu de personnes soulignent) avec l’article 25 de la Charte des Nations Unies qui rappelle la nécessité pour tous les États membres de respecter les décisions prises collectivement. Mais ce choix américain correspondait si bien aux intérêts stratégiques israéliens… Tout ce qui fut enclenché pour bâtir de nouvelles relations régionales, dans « un tournant fondamental » (c’est le JCPOA qui le formule ainsi) a été détruit par une décision unilatérale de Washington. On en paie encore le prix aujourd’hui. La confiance si difficilement acquise après quelque 12 années de tractations, d’échecs et de négociations difficiles, a été réduite à néant. Le régime iranien s’est installé dans ce contexte pour pousser son projet nucléaire officiellement civil… à potentielle destinée militaire.

Mais aujourd’hui, l’Iran se voit cependant confronté à une « offre » consternante de la part des Européens qui exigent notamment de Téhéran une « reprise de négociations directes et sans conditions avec les États-Unis » (6). Comment les Iraniens pourraient-ils accepter de « négocier sans conditions » avec les premiers responsables de la crise actuelle ? Cette crise qui a produit un contexte de guerre et de sanctions maximales contre leur pays… C’est l’expression caractérisée d’une irresponsabilité européenne, doublée d’une certaine arrogance.

Dans la dégradation progressive de la situation régionale, on est, en effet, parvenu à des affrontements israélo-iraniens directs, jusqu’aux frappes israéliennes de juin dernier sur des infrastructures militaires et stratégiques iraniennes, puis, avec les bombardements américains massifs, d’une puissance conventionnelle réputée maximale, sur 3 sites nucléaire, à Fordo, Natanz et Ispahan. Sans que l’on sache qu’elles sont les conséquences réelles de ces bombardements.

On ne pouvait pas mieux faire pour entraîner le Proche-Orient et l’Iran dans une situation de risques majeurs, d’embrasement régional possible. Le processus engagé par Donald Trump en 2018 a permis une escalade militaire, une escalade de la défiance, avec la destruction pure et simple de l’Accord de Vienne. Dans une telle logique de puissance, on touche effectivement à l’irresponsabilité.

Israël, qui a passé beaucoup de temps politique et diplomatique à mettre en avant la seule menace iranienne, a ainsi gagné l’installation d’un long contexte de guerre et de tensions exacerbées, tellement propice à l’expression de la force militaire. Contexte dans lequel tout est possible… Tout, sauf de pertinentes et nécessaires négociations multilatérales pour le respect du droit international et des résolutions de l’ONU, pour une solution juste et durable à la question de Palestine, pour la sécurité dans l’ensemble du Proche-Orient. Israël sait exactement comment façonner et entretenir ses stratégies et ses hostilités pour que les puissances occidentales, avec empressement, puissent les suivre et les alimenter.

En poussant dans le sens du retour des sanctions, en s’appuyant sur un dispositif de procédure, le snapback, prévu par l’Accord de Vienne, alors que cet Accord a été tué dans son fonctionnement et dans son existence même par Washington et par Tel Aviv… la France entérine l’impasse et en rajoute sur un contexte à propos duquel beaucoup se demandent maintenant non pas si, mais quand d’autres affrontements militaires majeurs vont reprendre. En agissant ainsi, les pays de la troïka, France, Allemagne et Royaume Uni, font à leur façon le boulot d’Israël, pour aider Israël.

Quelles seront pour l’Iran les conséquences de la réinstallation des sanctions internationales ? Notons d’abord qu’une partie seulement des sanctions mises en œuvre avant juillet 2015, avaient été levées. Ensuite, il faut prendre en considération les sanctions unilatérales massives des États-Unis, décidées et mises en œuvre dès 2018. Ainsi que les sanctions européennes additionnelles. Ce cumul visant à étouffer un régime en sérieuse difficulté, fait dire à certains experts que le retour des sanctions n’auraient que des effets limités, tellement l’Iran est déjà sous pression maximale. De « bonnes âmes » justifient cette pression énorme (qui touche durement le peuple iranien) par la nécessité de punir un régime dictatorial… il est vrai ultra-répressif et anti-démocratique. Il n’est pas dit, cependant, que les sanctions économiques pourraient faire céder un pouvoir qui a jusqu’ici résisté aux pressions extérieures depuis… 1979.

Il reste que cette volonté d’étouffement pour « raison démocratique », s’il en est, montre une fois encore à quel point le 2 poids 2 mesures occidental survit à toutes les infamies. Peu importe les crimes israéliens, pourvu qu’on ait la peau des iraniens… voilà une formule qui pourrait faire office de mantra officiel pour cette troïka européenne sans principes, dans une éthique à géométrie très variable.

NOTES :

1) Cette résolution a été rejetée par 9 voix contre : France, Allemagne, Royaume Uni, Danemark, Grèce, Slovénie, Panama, Sierra Leone et Somalie, 4 voix pour : Chine, Russie, Algérie et Pakistan. Guyana et République de Corée se sont abstenus.

2) Cet Accord a été installé par la résolution 2231, adoptée le 20 juillet 2015 à l’unanimité du Conseil de Sécurité. Cette résolution a été négociée par les 5 États membres permanents du Conseil, l’Allemagne, l’UE et l’Iran. Elle contient une longue annexe très précise détaillant l’ensemble des mesures de limites et de contrôles concernant le programme nucléaire iranien. C’est ce que l’on appelle le Joint Comprehensive Plan of Action ou Plan d’Action Global Commun, désigné en général sous l’acronyme anglophone JCPOA. https://undocs.org/fr/S/RES/2231(2015)

3) Voir par exemple « China firmly opposes forcible push for snapback of Iran sanctions: envoy », Global Times September 20, 2025. https://www.globaltimes.cn/page/202509/1344037.shtml

4) « Nucléaire iranien : un cap est franchi au Conseil de sécurité » vers un possible retour des sanctions », ONU Info, 19 septembre 2025.https://news.un.org/fr/story/2025/09/1157516?utm_source=UN+News+-+French&utm_campaign=091c7dd65d-EMAIL_CAMPAIGN_2025_09_20_05_03&utm_medium=email&utm_term=0_0264da9d8f-091c7dd65d-107992745

5) Le JCPOA interdit à l’Iran, les missiles en tant que porteurs d’armements nucléaires.

6) Voir le texte déjà cité « Nucléaire iranien : un cap est franchi au Conseil de sécurité » vers un possible retour des sanctions », ONU Info, 19 septembre 2025 . 

Gaza : l’ONU accuse Israël de génocide. Texte intégral du rapport.

« Analyse juridique du comportement d’Israël à Gaza au regard de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide. »

Document de séance de la Commission internationale indépendante d’enquête sur le territoire palestinien occupé, y compris Jérusalem-Est et Israël

« Legal analysis of the conduct of Israel in Gaza pursuant to the Convention on the Prevention and Punishment of the Crime of Genocide. »

Conference room paper of the Independent International Commission of Inquiry on the Occupied Palestinian Territory, including East Jerusalem, and Israel

Le rapport de 72 pages existe en anglais seulement

16 September 2025 – A /HRC/60/CRP.3 – Le rapport existe en anglais seulement.

Pour le nouveau Pape, Léon XIV, le peuple palestinien compte-t-il vraiment ?

Je veux soulever quelques interrogations suite à la lecture de plusieurs articles publiés dans Zenit, site d’information lié au Vatican, et sur Vatican News (ou Infos du Vatican), service d’information du dicastère pour la communication du Saint-Siège…

Une précision préalable : je suis athée. C’est le politique qui mobilise mon esprit et mes actes. Je respecte les religions, ceux qui les professent ou qui les suivent. Dans cet esprit j’avais apprécié les initiatives très humaines et pertinentes du Pape François sur les armes nucléaires et les migrations. Mais aujourd’hui…

Le 4 septembre dernier, le Pape Léon XIV a reçu en audience le Président de l’État d’Israël, Isaac Herzog (1). Zenit en rend compte (avec une photo), ainsi que Vatican News (2). L’un et l’autre site offrent un traitement semblable de cette information avec un rappel des positions de la diplomatie Vaticane qui ressemblent à celles de la France ou de plusieurs États européens quant à la situation actuelle, mais aussi quant à des enjeux comme la reconnaissance de l’État de Palestine (3). On a le sentiment que le Saint-Siège se contente d’un « service minimum ». Donc, rien de transcendant, si j’ose dire. Mais le problème n’est pas là. Il y a quelque chose de choquant dans cette rencontre, en tous les cas dans la façon dont elle est traduite par les médias du Vatican, des médias très officiels. Voici pourquoi.

Le 4 septembre, jour de cette rencontre israélo-papale au plus haut niveau, on a déjà dépassé, à Gaza, les 60 000 morts, avec quelque 9000 disparus. Chacun comprend cependant que l’on est en réalité beaucoup plus haut dans les conséquences de cette tragédie qui constitue, à l’évidence, un défi de portée éthique et historique à tout ce qui peut définir notre humanité. Comment peut-on rencontrer aujourd’hui le chef de l’État israélien sans faire référence aux dimensions criminelles hors du commun caractérisant ce qui se passe, ce qui est commis par Israël à Gaza et en Cisjordanie aussi ?

Léon XIV ne peut pas ignorer le mandat d’arrêt de la Cour Pénale Internationale contre Benyamin Netanyahou, pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Il ne peut pas faire semblant d’oublier que l’État d’Israël pourrait bien, demain, être lui-même condamné pour crime de génocide par la Cour Internationale de Justice. Il ne peut pas, à la fois, constater que le peuple palestinien doit affronter une famine intentionnelle et organisée… et se permettre de regarder ailleurs. Il ne peut pas faire silence quand on massacre un peuple en détruisant tout son cadre de vie…

Pourtant… pas la moindre formule de remontrance. Pas une critique. Pas une remarque. Même pas une allusion. Silence. Alors, qu’a donc pu dire Léon XIV à Isaac Herzog ? Oui, quoi ?.. Avec quels mots ? Quelle sensibilité? Quelle pertinence ? Quelles intentions ? Faire de la diplomatie (cela peut-être nécessaire) n’oblige pas au silence devant l’inacceptable. Devant l’intolérable.

On se demande vraiment comment le nouveau Pape peut justifier un tel silence alors que les appels à des sanctions contre Israël se font de plus en plus forts et partagés dans le monde. D’ailleurs, le site Zenit du Vatican définit ses missions plutôt clairement en soulignant notamment la nécessité « d’une attention particulière aux questions concernant le respect des droits humains, la paix et le développement dans le monde ». Voilà un bel et juste engagement. Je n’ai pas toujours approuvé les choix du Pape François, mais, je le souligne encore une fois, il a su montrer de la dignité par des actes concrets et des paroles bien senties sur des sujets importants. Alors, si le Saint-Siège veut, à son tour, gagner en crédibilité auprès de toutes celles et ceux qui ont le respect humain comme ligne de vie, il lui faudra montrer, oui montrer et oser bien davantage de discernement. Un séminaire international sera organisé au Vatican les 11 et 12 septembre, ayant comme thème « Création, nature, environnement pour un monde de paix ». Il sera ouvert par le Cardinal Pietro Parolin, Secrétaire d’État du Saint-Siège. Cette initiative sera-t-elle une occasion pour redresser la barre ?..  

Mes interrogations, cependant, ne s’arrêtent pas là. En effet, je découvre sur Zenit, une sorte de « publicité » (je ne trouve pas d’autre mot) pour « le pays de la Bible ». Un texte, et une vidéo du genre « grand spectacle annoncé », avertissent du lancement d’une vaste campagne internationale par le Ministère du tourisme israélien, avec un investissement de 900 000 dollars à la clé, afin de promouvoir ce qui est ainsi désigné comme « le pays de la Bible », c’est à dire… Israël. Cette annonce vise très certainement à corriger l’effondrement de la légitimité des autorités israéliennes dans le contexte actuel de la tragédie criminelle qu’elles conduisent en Palestine. D’ailleurs, le mot Palestine n’apparaît à aucun moment dans cette ahurissante affaire à laquelle les médias du Vatican contribuent donc à leur façon. Pourquoi accepter une telle collaboration ? Pourquoi s’associer à une démarche qui exclut le peuple palestinien? De la part d’Israël, il n’y a aucune surprise. Mais de la part du Vatican… c’est une tout autre question. Le peuple palestinien existe sur cette terre de la Bible ! Bethléem, Nazareth… cela ne vous rappelle rien ? Là encore, aucune critique, aucune remarque, aucune réserve. Consternant. Est-ce pour cela qu’Isaac Herzog a été reçu sans commentaire ? Dans des « échanges cordiaux » selon Zenit…

Dans un rapport d’Amnesty International publié en décembre 2024 (4), Agnès Calamard, sa Secrétaire générale, écrit ceci : « nos conclusions accablantes doivent sonner comme un signal d’alarme pour la communauté internationale : il s’agit d’un génocide qui doit cesser immédiatement » (4). Un génocide de plus en plus tangible… est-ce insuffisant pour que l’Église catholique romaine et son chef daignent prendre quelque distance critique, bien au-delà de la cordialité, avec l’État et les dirigeants politiques qui réalisent ce déni d’humanité ?

Le Pape Léon XIV et le Saint-Siège devront répondre à une question simple : est-ce que le peuple palestinien compte vraiment pour vous ? Oui ou non ?

NOTES :

1) « Audience du pape Léon XIV avec les Président de l’État d’Israël », Zenit, 4 septembre 2025, https://fr.zenit.org/2025/09/04/audience-du-pape-leon-xiv-avec-le-president-de-letat-disrael-7-titres-jeudi-4-septembre-2025/

2) «Léon XIV reçoit Isaac Herzog, le président israélien », Vatican News, 4 septembre 2025. https://www.vaticannews.va/fr/pape/news/2025-09/leon-xiv-audience-isaac-herzog-president-israelien.html  

3) «Les enjeux de la reconnaissance de l’État palestinien », radio Vatican, 8 septembre 2025. https://www.vaticannews.va/fr/podcast/les-dossiers-de-la-redaction/2025/09/onu-palestine-reconnaissance-etat-international-assemblee-ny.html  

4) « La population palestinienne de Gaza victime d’un génocide », Amnesty International, 4 décembre 2024.

https://www.amnesty.fr/actualites/rapport-genocide-palestiniens-gaza-commis-par-etat-israel

Gaza : sur la question de la responsabilité du Hamas, et sur une chronique de Jean-Pierre Filiu.

Il en est ainsi quant à la question soulevée par Jean-Pierre Filiu, enseignant à SciencesPo, dans une chronique publiée par Le Monde, le 31 août dernier (1). Cette chronique, centrée sur « l’écrasante responsabilité du Hamas dans la catastrophe palestinienne », a suscité des réactions positives, de nombreuses réprobations, et quelques fortes critiques de personnalités qualifiées. Sur ce registre, on pourra lire le billet de blog (sur mediapart) de Muzna Shihabi (2), ou bien écouter l’entretien de Christophe Oberlin et François Burgat sur le site Mizane (3).

Remarquons que JP Filiu n’est pas tout à fait le premier à s’exprimer dans ce sens. Renaud Girard (chroniqueur au Figaro) et Nicolas Beau (journaliste) ont publié le 26 mars 2025, sur le site d’information « Ici Beyrouth », un article du même esprit intitulé « Le Hamas responsable du malheur palestinien » (4). Il est inévitable de rappeler aussi l’entretien de Yonathan Arfi, Président du Conseil Représentatif des Institutions Juives (CRIF), à FranceInfo le 19 mars 2024. On connaît la disposition persistante du CRIF, quels que soient les contextes, à soutenir la politique israélienne, même dans les moments les plus condamnables de celle-ci. Arfi souligne à sa façon que « la responsabilité revient d’abord et avant tout au Hamas » (5). Évidemment, il ne peut être question de tracer une équivalence de posture politique entre les déclarations du CRIF et le texte de JP Filiu. Cela ne serait pas acceptable.

On comprend bien qu’une responsabilité se rapporte et se jauge à la complexité des contextes. Il y a donc une inévitable part d’histoire pour qui veut comprendre vraiment. Mesurons bien l’évolution très préoccupante de la situation internationale aujourd’hui : le droit international, les conventions sur les droits humains fondamentaux, les principes de la responsabilité collective et de la sécurité collective définis par la Charte des Nations Unies, les buts et les principes mêmes de cette Charte, et les valeurs ont elle est porteuse… tout cela n’a plus de poids dans les relations internationales. Les décisions se prennent de façon discrétionnaire en fonction des rapports de force, des intérêts de puissance et des récits idéologiques privilégiés qui s’y rattachent. Au point où les pouvoirs politique et médiatique n’ont cessé de s’adapter par l’interdiction de la contextualisation (jusqu’au mot lui-même) dans les positionnements et les analyses. Il faudrait de cette façon imposer sa propre vision idéologique. Jamais, le très logique et simple questionnement… pourquoi en est-on arrivé là ?.. ne parvient à prendre le dessus. Comme s’il n’y avait pas d’histoire… Pas d’histoire à décrypter. Pas d’histoire sauf celle officiellement acceptée. Comme si, dans notre monde compliqué, les conflits, les guerres, les occupations militaires, les colonisations, et même les peuples… n’avaient pas d’histoire à nous raconter. Même certains symboles bénéficiant précisément d’une vraie histoire ont été interdits sur la voie publique : le Kefieh et le drapeau palestinien, en particulier. Certaines personnes ont même été condamnées pour avoir bravé les interdictions politiques. Voilà où nous en sommes aujourd’hui.

La pression politique, policière et judiciaire qui, sans oser le dire, repose de facto sur cette question de la responsabilité telle qu’elle est prédéterminée, est d’une violence inouïe… Cette inacceptable situation doit faire réfléchir. Pour éviter de nourrir un tel contexte, pour montrer qu’on en refuse les pratiques et surtout pour faire ressortir le danger de sa banalisation, il est indispensable de contextualiser, de se référer à l’histoire, de faire ressortir la complexité des faits sociaux et politiques dans toutes leurs dimensions.

Concernant la question de Palestine, JP Filiu est probablement, jusqu’ici, le seul à avoir affirmé avec autant d’assurance ce qui produit aujourd’hui autant de légitimes controverses. Cela nous oblige à rappeler les évidences de longue durée que sont l’occupation, la colonisation et la dépossession par la force militaire, et l’injustifiable impunité garantie par les soutiens officiels occidentaux à Israël. Là se situent, naturellement, les vrais responsabilités. Ce qui ne dédouane pas le Hamas pour ses actes. Notons que 6 mois après le 7 octobre 2023, celui-ci a formulé « des excuses » aux Palestiniens « pour les souffrances causées » (6)… Il confirme ainsi lui-même sa part de responsabilité. Mesurons cependant que l’on ne peut, dans la longue durée, maintenir 2,4 millions de Palestiniens de Gaza dans l’étranglement du blocus, dans l’absence d’horizon social, dans la violence désinhibée et le mépris de leur humanité… sans que cela finisse par exploser un jour ou l’autre.

Bien sûr, la responsabilité israélienne est première, au sens d’initiale, parce que tout ce qui se passe aujourd’hui en Palestine est issu des visées explicites et de la politique coloniale d’Israël depuis 1948. Et puis, dès après le 7 octobre 2023, les dirigeants israéliens avaient sciemment averti : « nous allons changer la réalité… » ont-ils alors annoncé. Il s’agissait de signifier que la suite ne consisterait pas à simplement pourchasser le Hamas et d’autres organisations, mais à saisir l’opportunité de la tragédie pour pousser à une transformation politique et stratégique en Palestine et dans l’ensemble du Proche-Orient (7). C’est bien ce qui s’est passé, et c’est encore ce qui se poursuit actuellement dans des violences ahurissantes. On aura noté cette déclaration, en date du 5 septembre dernier, notifiant officiellement le bombardement « d’un immeuble terroriste de plusieurs étages »… Pour cette armée dite « la plus morale du monde » c’est la destruction de l’immeuble qui compte, pas l’histoire des familles qui s’y trouvent… A l’heure où ces lignes sont écrites, on compte 64 231 personnes tuées et 9000 disparus. Nous assistons bien à la continuation de la politique commencée en 1948. Benyamin Netanyahou, et d’autres avec lui, hier et aujourd’hui, auront ainsi instrumentalisé l’Autorité palestinienne maintenant réduite au quasi néant politique, et jusqu’au Hamas qu’ils ont largement financé, grâce au Qatar, pour pouvoir diviser et affaiblir les Palestiniens… Il n’y a pas de responsabilité plus accablante que celle à laquelle Israël ne pourra plus jamais échapper.

Mais il en est une autre, tout aussi accablante, celle des puissances occidentales qui n’ont cessé de légitimer, soutenir et armer Israël au point où se pose maintenant la question de leur complicité. On ne peut faire l’impasse ni sur le mandat d’arrêt de la Cour Pénale Internationale pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité, qui vise en particulier Netanyahou en tant que Premier ministre (8), ni sur la possibilité de voir un jour l’État d’Israël lui même se faire condamner par la Cour Internationale de Justice pour crime de génocide. Un crime devenu très explicite avec l’emprise d’une famine intentionnelle, et l’organisation d’un nettoyage ethnique aux intolérables conséquences. Nul doute que JP Filiu a conscience de tout cela. Mais cela n’est pas vraiment traité dans sa chronique alors que c’est encore plus politiquement essentiel qu’on ne le croit… Voici pourquoi.

La leçon sous-jacente de tout cela est plus générale qu’il apparaît au premier abord. On rencontre, en effet, le même type de problématique concernant par exemple la guerre en Ukraine. La vraie complexité qui marque les causes de cette guerre, et les responsabilités qui s’y rattachent, plus partagées qu’on ne le dit, est niée avec la même insistance, afin de nourrir unilatéralement une seule légitimité occidentale, singulièrement otanienne et américaine. La criminalisation de la politique de Vladimir Poutine (quoi que l’on en pense), et l’évidente responsabilité de celui-ci dans une guerre décidée par lui, ne peuvent suffire à expliquer quelque 35 années de basculements stratégiques majeurs, de crise internationale et de guerre (9).

De la même manière, on peut au moins s’interroger sur l’ensemble des vraies responsabilités dans la crise internationale sur le nucléaire iranien. Évidemment, la grande complexité de cette crise interdit d’espérer pouvoir tout expliquer en quelques mots… Mais ici encore, notons que les responsabilités sont beaucoup plus partagées qu’on ne le dit. Rappelons seulement que premier acte qui déclencha cette crise fut, en 2018, lors du premier mandat de Donald Trump, le retrait américain de l’Accord de Vienne signé en 2015 et acté par une résolution de Conseil de sécurité de l’ONU, rien moins que cela. Accord que le régime de Téhéran respecta durant presque trois années… En sortant de cet accord les États-Unis ont pulvérisé celui-ci, en permettant l’ouverture d’une dangereuse escalade politico-militaire.

On voit ainsi dans les affrontements en cours, et dans la conflictualité actuelle sur l’ordre international, qui ne concerne pas seulement la Chine et les États-Unis, comment chacun dispose ses moyens, ses armes, sa stratégie en cherchant à imposer son propre récit, ses propres valeurs, sa propre « légitimité » afin de pouvoir justifier ses visées et ses ambitions. Cela signifie que la question des responsabilités est majeure. Elle est inscrite dans des enjeux stratégiques, et chaque fois dans une histoire particulière. Il est donc d’une grande importance de ne jamais céder ou faiblir sur cette question des responsabilités, et de la complexité dans laquelle se construit l’histoire. C’est une bataille en soi. Il faut la mener. C’est une question de crédibilité. Il y a, ici aussi, une question… de responsabilité.

Notes :

1) «L’écrasante responsabilité du Hamas dans la catastrophe palestinienne », Jean-Pierre Filiu, Le Monde, 31 août 2025.https://www.lemonde.fr/un-si-proche-orient/article/2025/08/31/l-ecrasante-responsabilite-du-hamas-dans-la-catastrophe-palestinienne_6637570_6116995.html  

2) « La mémoire volée: réponse à Jean-Pierre Filiu », billet de blog, 2 septembre 2025.

3) « Génocide à Gaza : le Hamas est-il responsable ? », Mizane TV, 3 septembre 2025. https://youtu.be/SADrAmVEAcc?feature=shared

4) «Le Hamas responsable du malheur palestinien ! Renaud Girard et Nicolas Beau, 26 mars 2025. 

https://icibeyrouth.com/articles/1311340/le-hamas-responsable-du-malheur-palestinien

5) «Gaza : La responsabilité revient d’abord et avant tout au Hamas, estime le président du Crif », FranceInfo, 19 mars 2024, Le grand témoin carré. https://www.radiofrance.fr/franceinfo/podcasts/le-grand-temoin/gaza-la-responsabilite-revient-d-abord-et-avant-tout-au-hamas-estime-le-president-du-crif-6949613  

6) « Guerre à Gaza : Le Hamas présente des excuses aux Palestiniens pour les souffrances causées », Paul Guyonnet avec AFP, Huffington Post, 1er avril 2024. https://www.huffingtonpost.fr/international/article/guerre-a-gaza-le-hamas-presente-des-excuses-aux-palestiniens-pour-les-souffrances-causees_232001.html  

7) Voir sur ce point « Israël, le Hamas et la question de Palestine », Jacques Fath, éditions du Croquant, 2024.

8) Ce mandat a concerné aussi l’ancien Ministre de la défense israélien Yoav Gallant, ainsi que le commandant du Hamas Mohammed Deif tué par une frappe israélienne en juillet 2024.

9) Voir sur cette question « Poutine, l’OTAN et la guerre », Jacques Fath, éditions du Croquant, 2022, pages 15 et suivantes, pages 37 et suivantes.

Les hôpitaux français dans la préparation à la guerre…

A la demande du Ministère de la santé les hôpitaux français devraient se préparer, d’ici mars 2026, à recevoir des milliers de blessés en cas de conflit de haute intensité en Europe. Cela oblige à une réflexion qui touche à des questions de fond.

Selon le Canard enchaîné en date du 18 juillet 2025 (1), une lettre du Ministère de la santé aurait été adressée aux Agences régionales de santé (ARS) pour demander au hôpitaux d’être prêts, d’ici mars 2026, à l’accueil de milliers de soldats blessés en cas de conflit armé généralisé en Europe. Il s’agirait d’anticiper les conséquences d’une situation de conflit de haute intensité.

Les hôpitaux devraient ainsi constituer une base arrière capable d’assumer l’arrivée de 10 000 à 50 000 soldats français ou étrangers blessés, dans une période de 10 à 180 jours. Les professionnels de santé devraient se préparer à une « engagement majeur ». Ils seraient appelés à intégrer le Service de santé des armées, quel que soit leur secteur d’exercice. Le Ministère envisage la création de centres médicaux à proximité de ports ou d’aéroports afin de pouvoir réacheminer les militaires « vers leur nation d’appartenance ».

Cette information a été répercutée plutôt largement dans les médias et par la presse (2), mais pas par tous les journaux quotidiens. Elle n’a pas été démentie par la Ministre de la santé, Catherine Vautrin. Celle-ci aurait trouvé « normal que le pays anticipe les crises », et qu’il est « nécessaire d’anticiper les modalités du soutien sanitaire en situation de conflit de haute intensité ». Il faut donc considérer cette lettre aux ARS comme vraie. Et remarquer qu’évidemment la décision d’une intégration des hôpitaux, donc du système de santé français, dans la chaîne de défense nationale en cas de guerre, n’est pas une chose banale. Ce qui justifie l’idée que le gouvernement n’est certainement pas mécontent de cette fuite… qui n’en est vraisemblablement pas une. Il s’agit probablement d’une information indirecte souhaitée, voire arrangée…

Cela correspond à ce qui se passe aujourd’hui en France et en Europe : la préparation à la guerre. Préparation psychologique, médiatique, politique, budgétaire, militaire, européenne et internationale. Tout est fait pour crédibiliser la possibilité d’une guerre en Europe avec la mise en exergue d’une « menace existentielle russe ». Les choix effectués par le régime de Vladimir Poutine, avec l’invasion et la guerre (condamnables) en Ukraine, posent évidemment de lourdes questions de sécurité internationale et européenne. Cependant, affirmer que la Russie constitue une vraie menace militaire et stratégique pour les Européens mérite réflexion, et un nécessaire recul de vérité sur les réalités.

Malgré ses offensives quotidiennes, la Russie ne parvient pas à s’imposer en Ukraine. Elle ne peut avancer vraiment dans sa conquête territoriale. Elle n’a plus de rôle dans le Caucase où la Turquie et l’Azerbaïdjan ont pris la main. Elle ne cherche qu’à sauver ses bases en Syrie, sans résultats confirmés pour l’instant. Elle est en difficulté dans une économie de guerre qui a ses limites. Elle manque de puissance globale pour réussir ce que Poutine lui fait entreprendre. Il est vrai qu’elle ne fait plus partie des premières puissances mondiales. Son usage rhétorique de la menace nucléaire le montre. Au-delà d’un manque de crédibilité, on comprend aisément qu’une ou que des frappes nucléaires russes en Ukraine auraient des conséquences sur la Russie elle-même. Sans parler des effets géopolitiques d’isolement, avec une mise à l’index internationale qu’un tel acte ne manquerait pas de provoquer. On a parfois le sentiment de nager dans un bain de fake news. On ne doit pas sous-estimer la gravité de la situation en Europe, mais une approche réaliste et honnête est nécessaire pour en mesurer les contradictions.

Il reste que la question posée par la lettre du Ministère de la santé aux ARS est majeure. Elle est aussi plus complexe que certaines des réactions suscitées le laissent entrevoir. Bien sûr, elle est dans « l’ordre des choses » dominant en France et en particulier en Europe. Le problème, cependant, est toujours le même : à force d’affirmer nécessaire de préparer la guerre et de prendre effectivement des mesures dans ce sens, on la rend très concrètement possible, voire probable, et on finit par en légitimer la perspective. C’est un choix et une logique en soi. Nous sommes bien dans une trajectoire internationale de guerre, alimentée en permanence par ceux et celles qui nous gouvernent. C’est un fait. Certes, il ne suffit pas de s’inquiéter et de s’indigner quant aux choix de la France. Aussi critiquables que ces derniers puissent être. Il est nécessaire de prendre toute la mesure du problème posé.

La France n’est pas la seule à se préparer à la guerre. Elle le fait d’ailleurs avec d’autant plus de célérité et d’initiatives propres qu’elle est, en effet, accompagnée dans ce processus par l’ensemble des grandes puissances du monde, et par d’autres acteurs qui peuvent ou veulent prétendre à un rôle dans le contexte international actuel. Un contexte qui se montre de jours en jours davantage conflictuel, risqué, incertain… C’est une escalade globale dans une trajectoire dangereusement guidée par le bellicisme ambiant. Un bellicisme qui prend ses sources et son « énergie » dans les logiques de puissance, dans les compétitions aiguës de visées stratégiques hégémoniques et sur la nature même de l’ordre international, sur les ressources, sur les zones d’influence, les parts de marché et les profits…

Dans cette confrontation, la France ne joue pas un rôle décisif, alors qu’elle pourrait et devrait être à l’initiative sur des registres totalement différents… Elle laisse faire et elle contribue même activement à cet affaissement historique dans lequel le droit international, la Charte des Nations Unies, les conventions sur les droits humains fondamentaux, l’architecture de sécurité collective (ou ce qu’il en reste), et jusqu’à la justice internationale… tout est structurellement affaibli et soumis aux politiques de force, aux rapports de force et à la hiérarchie des puissances.

Les contradictions impérialistes sont multiples. Elles dominent à plein les relations internationales dont la vitesse et le degré de dégradation posent une question sur l’ordre international lui-même, et sur des enjeux de paix et de sécurité primordiaux. C’est cela l’enjeu principal, dans sa dimension mondiale.

Alors, que faut-il faire ?

Il faut d’abord penser et décrypter cet enjeu dans toutes ses dimensions. La question, en effet, ne se limite pas aux mauvais choix de la France, à ses postures de pure rhétorique, ou bien à ses carences d’action dans les guerres et conflits actuels, en Palestine particulièrement, mais aussi en Ukraine ou au Sahara occidental. Ses échecs en Afrique montrent d’ailleurs l’épuisement du rôle français dans ses traditions très occidentales d’ancienne puissance coloniale, et dans ses incapacités stratégiques à s’imposer ou au moins à peser en Europe. Au Conseil de sécurité, dont elle est un membre permanent, la France n’a plus beaucoup de poids. Elle a beaucoup perdu de sa « charge utile »… La logistique géopolitique du monde actuel lui échappe grandement. La façon dont elle s’est débarrassé, non sans désinvolture, des résolutions de l’ONU quant au conflit sur le Sahara occidental, pour pouvoir confirmer son alliance avec Maroc contre l’Algérie, montre à quel point les autorités françaises se complaisent dans un discours de postiche sur le droit, tout en se montrant incapable de le respecter, et de faire respecter.

La politique française de préparation à la guerre s’inscrit dans cette esprit d’une puissance déchue de ses capacités, qui s’accroche aux plus dominants en espérant pouvoir ainsi jouer encore un certain rôle. C’est une illusion dans le contexte actuel de confrontations de puissances, de tensions internationales, et de risques majeurs. Un contexte qui tient à la fois des « lois » de la jungle et du Far West… Dans un contexte pareil, celui qui choisit prioritairement la posture de la force et des rapports de forces peut tout juste espérer pouvoir survivre dans les affrontements à venir. Est-ce vraiment ce que l’on peut souhaiter pour la France ? Bien sûr que non. Il lui faut une tout autre ambition.

Une tout autre ambition ? Certes, mais il est nécessaire de bien mesurer la portée et la complexité qui s’attache à une telle visée. Les guerres et les confrontations, les régressions du droit, des valeurs et des pratiques censées pourtant définir les relations internationales aujourd’hui puisent leurs origines dans une histoire longue et compliquée, dans des logiques de puissance qui se régénèrent, dans des volontés de revanche et des conflits durables qui s’exacerbent parce volontairement non réglés… Il y a aussi les urgences, O combien impérieuses… auxquelles il n’est pas répondu au prix de la mort, de la destruction et des pires criminalités : crimes de guerre et crimes contre l’humanité, jusqu’au crime de génocide. On ne le voit que trop en Palestine.

Surmonter les contradictions d’une telle histoire, agir pour contribuer à peser dans cette histoire-là … voilà un défi des plus élevés. C’est sur les violences extrêmes et sur les enjeux essentiels de ce temps long qu’il faut, en effet, peser. Cela impose d’aller aux sources des conflits et des crises majeures de notre temps. Et poser les bonnes questions. Pourquoi en est-on arrivé là ? Que s’est-il passé dans la durée pour qu’on en soit là aujourd’hui ? Et il faut y répondre en allant chercher les causes dans l’histoire et dans la contextualisation nécessaire des événements. Il faut aller chercher les origines réelles des problèmes dans leur complexité pour pouvoir donner du sens aux réponses que l’on veut apporter. Le reste, la plus part du temps, relève surtout de l’idéologie, du mensonge politique et de la manipulation médiatique des esprits. Le complotisme et tous les simplismes complaisants y trouvent aussi leurs moteurs.

A force de mépriser le travail et la réflexion politiques, mais aussi les impératifs de la rationalité et des valeurs humaines essentielles, on finit par nourrir les débats et les orientations les plus politiquement réactionnaires et les plus éthiquement régressives. Il y a donc une reconstruction politique indispensable à réaliser. D’abord concernant l’ordre international actuel, tel qu’il fut défini en 1945, après la Seconde guerre mondiale, afin de penser et pouvoir reconstruire un monde différent. Les choix de la France doivent s’appuyer sur ce qui, fondamentalement, définit cet ordre, malgré ses insuffisances et ses contradictions : la Charte des Nations Unies, l’ONU en elle-même, comme institution seule capable d’exprimer une légitimité universelle, le droit international, et tout ce qui a été constitué depuis la fin de la Seconde guerre mondiale comme références internationales reconnues comme nécessaires pour surmonter les crises, assurer la sécurité internationale et la paix, favoriser le désarmement, éliminer les armes nucléaires, fonder les choix communs sur le principe de la responsabilité collective, négocier des solutions au sein de l’ONU ou sous son égide. Ce devrait être l’obsession positive et permanente de la France.

Alors, faut-il se préparer à la guerre, et refuser ainsi de se poser les questions décisives ? Choisir de se préparer la guerre parce que ses alliés stratégiques semblent tous la vouloir, ou bien parce qu’il n’y aurait pas d’autres issue que celle-ci, ou encore parce que l’on ne peut pas « faire confiance à Poutine », comme si c’était la seule problématique … voilà qui est une faiblesse et une faute, une forme d’indignité au regard des très grandes leçons que nous ont laissées les immenses tragédies du 20ème siècle. Faut-il aujourd’hui accepter, et même envisager de recommencer, ce qui a, hier, conduit les peuples aux pires catastrophes de notre histoire ? Ceux qui nous gouvernent, au-delà des simples logiques stratégiques qui sont les leurs, mesurent-ils vraiment l’avenir des relations internationales, et le destin qu’ils sont en train de nous construire ? N’y a-t’il pas de la hauteur à prendre ?

Demandons-nous, devant les grands défis globaux de notre période, celui de la paix et tous les autres… de quoi nous serons vraiment capables en ce 21ème siècle … Comment faut-il être au monde aujourd’hui ? Il n’y a pas de réponse à ces questions fondamentales. D’ailleurs, elles ne sont même pas posées…

Bien souvent, les mêmes qui prétendent nous rappeler l’importance (parfaitement incontournable) de ces enjeux globaux climatiques, sanitaires, sociaux, technologiques, sécuritaires… nous présentent aujourd’hui la guerre, sans retenue ni pudeur, comme une évidente possibilité, et une nécessité à laquelle il faudrait se préparer… Cette incapacité, ou ce refus explicite, à penser et construire l’ordre du monde et l’avenir de l’humanité autrement, comme une responsabilité collective, constitue une démission de l’esprit et du politique. C’est pourtant à ce niveau d’exigence que le problème doit aussi, sinon d’abord, être posé. On ne peut pas faire comme si l’histoire ne servait à rien.

1) « Le Ministère de la santé mobilise les hôpitaux pour la guerre », Le Canard enchaîné, Fanny Ruz-Guindos, 26 août 2025. https://www.lecanardenchaine.fr/defense/51669-la-sante-requisitionne-les-hopitaux-pour-la-guerre-en-europe

2) Voir par exemple «Le ministère de la Santé a demandé aux hôpitaux français de se préparer à la guerre d’ici mars 2026 », Jonas Denis, Ouest France, 28 août 2025. https://www.ouest-france.fr/sante/hopital/le-ministere-de-la-sante-a-demande-aux-hopitaux-francais-de-se-preparer-a-la-guerre-dici-mars-2026-846bf248-83eb-11f0-b7f6-35541b8d2287 ou encore « Le ministère de la Santé a envoyé une lettre aux ARS pour leur demander de préparer l’installation, en cas de besoin, de plateformes pour accueillir des milliers de soldats blessés au front », Armêl Balogog, Radio France, 29 août 2025.https://www.franceinfo.fr/replay-radio/le-vrai-du-faux/le-gouvernement-se-prepare-t-il-discretement-a-partir-en-guerre-comme-l-affirme-thierry-mariani_7356228.html