DOCUMENT. Vision d’enfer, et vision d’avenir.

Pour Antonio Guterres, l’ONU a été créée précisément pour des moments comme aujourd’hui, où les dangers sont à leur paroxysme et le niveau de consensus au plus bas…

Le Secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres, multiplie les appels et ne cesse de sonner l’alarme devant les urgences, les nouvelles menaces et les risques de la situation mondiale. Le 19 septembre 2023, dans son intervention devant l’Assemblée générale, il montre que des réponses sont possibles et que la crise globale actuelle n’est pas une fatalité. Il s’agit d’un texte important qui mérite d’être lu attentivement pour la vision positive et progressiste qu’il contient. Il lance un appel à surmonter les divisions, défendre la dignité humaine, réaliser le développement durable, agir pour le désarmement et réformer le multilatéralisme. Une fois encore, il rappelle ainsi aux États membres de l’ONU la nécessité de respecter leurs engagements.

On trouvera ci-après, en intégralité, cette allocution du Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, devant l’Assemblée générale, à New York, le 19 septembre 2023 :

https://press.un.org/fr/2023/sgsm21947.doc.htm

Il y a tout juste neuf jours, nous avons découvert une vision d’enfer, un paysage terrible, conséquence d’une compilation de nombre des problèmes auxquels le monde est confronté.

Des milliers de personnes ont perdu la vie à Derna, en Libye, dans des inondations sans précédent aux proportions épiques. Elles ont été victimes de plusieurs fléaux. Victimes d’années de conflit. Victimes du chaos climatique. Victimes des leaders, qui, là et ailleurs, n’ont pas su trouver la voie de la paix.

Les habitantes et les habitants de Derna ont vécu et sont morts à l’épicentre de cette indifférence: en 24 heures, le ciel a déversé l’équivalent de 100 fois le volume d’un mois de précipitations… les barrages ont lâché après des années de guerre et de négligence… et tout ce que la population connaissait a été rayé de la carte.

En ce moment même, les corps des victimes s’échouent sur les plages de la Méditerranée, tandis que des milliardaires prennent le soleil sur leurs super-yachts.

Derna est un triste instantané de l’état de notre monde, emporté par le torrent des inégalités et des injustices, et paralysé devant les défis à relever. Notre monde est sens dessus dessous. Les tensions géopolitiques s’aggravent. Les défis de portée mondiale se multiplient. Et nous semblons incapables d’unir nos forces pour y faire face.

Nous sommes aux prises avec une multitude de menaces existentielles – de la crise climatique aux technologies de rupture – alors même que nous traversons une période de transition chaotique.

Pendant la majeure partie de la guerre froide, les relations internationales ont été largement perçues à travers le prisme des deux superpuissances. Puis vint une brève période d’unipolarité. Nous nous dirigeons maintenant rapidement vers un monde multipolaire.

C’est une évolution positive à bien des égards, porteuse de nouvelles perspectives de justice et d’équilibre dans les relations internationales. Mais la multipolarité ne peut à elle seule être gage de paix.

Au début du XXe siècle, l’Europe était composée de nombreuses puissances. Elle était véritablement multipolaire. Mais elle ne disposait pas d’institutions multilatérales solides. Et quel a été le résultat? La Première Guerre mondiale.

Un monde multipolaire a besoin d’institutions multilatérales fortes et efficaces. Pourtant, la gouvernance mondiale est figée dans le temps.

Il suffit de regarder le Conseil de sécurité de l’ONU et le système de Bretton Woods. Ils reflètent les réalités politiques et économiques de 1945, lorsque de nombreux pays présents dans cette salle étaient encore sous domination coloniale. Le monde a changé. Nos institutions, non.

Nous ne pouvons pas traiter efficacement les problèmes tels qu’ils sont si les institutions ne reflètent pas le monde tel qu’il est.

Au lieu de nous aider à régler les problèmes, nos institutions risquent d’en être une des sources. Et de fait, les clivages ne cessent de s’accentuer. Les clivages entre puissances économiques et militaires. Les clivages entre le Nord et le Sud, l’Est et l’Ouest.

Nous nous rapprochons dangereusement d’une Grande Fracture dans les systèmes économiques et financiers et les relations commerciales, qui met en péril l’existence d’un Internet ouvert et unique, et s’accompagne de stratégies divergentes concernant les technologies et l’intelligence artificielle, le risque étant que les cadres de sécurité soient en conflit.

Il est grand temps de renouveler les institutions multilatérales sur la base des réalités économiques et politiques du XXIe siècle – et de les ancrer dans l’équité, la solidarité et l’universalité – conformément aux principes de la Charte des Nations Unies et du droit international.

Cela demande de réformer le Conseil de sécurité pour l’adapter au monde d’aujourd’hui.

Cela demande de repenser l’architecture financière internationale pour qu’elle devienne véritablement universelle et soit un filet de sécurité mondial pour les pays en développement en difficulté.

Je ne me fais pas d’illusions. Les réformes sont affaire de pouvoir. Je sais qu’il existe de nombreux intérêts concurrents et priorités contradictoires. Mais l’alternative n’est pas entre la réforme et le statu quo. L’alternative est entre la réforme et une fragmentation encore plus grande. C’est la réforme ou la rupture.

Dans le même temps, les fossés se creusent aussi à l’intérieur des pays. La démocratie est menacée. L’autoritarisme est en marche. Les inégalités s’aggravent. Et les discours de haine se propagent.

Face à tous ces défis et à bien d’autres encore, le mot « compromis » semble être devenu tabou.

Ce dont notre monde a besoin, c’est d’une vision politique, pas de manœuvres ni d’une impasse.

Comme je l’ai dit au G20, il est temps de parvenir à un compromis mondial. La politique, c’est le compromis. La diplomatie, c’est le compromis. Un leadership efficace, c’est le compromis.

Les dirigeants du monde ont le devoir de parvenir à un compromis pour construire un avenir commun de paix et de prospérité, dans l’intérêt commun.

Au cours de l’année écoulée, nous avons montré que l’action multilatérale était riche de promesses.

J’en veux pour preuve les nouveaux accords importants sur la sauvegarde de la biodiversité… sur la protection de la haute mer… sur les pertes et les dommages climatiques… sur le droit à un environnement propre, sain et durable.

Nous avons tous les outils et toutes les ressources dont nous avons besoin pour relever ces défis communs. Ce qui nous manque, c’est de la détermination.

Agir avec détermination fait partie de l’ADN de notre Organisation des Nations Unies, comme le montrent les premiers mots de la Charte, en forme d’exhortation:

« Nous, peuples des Nations Unies […] résolus » :

Résolus à en finir avec le fléau de la guerre.

Résolus à proclamer à nouveau leur foi dans les droits humains.

Résolus à faire respecter la justice et le droit international.

Et résolus à favoriser le progrès social et à permettre à tout le monde de vivre une vie meilleure, en restant fidèles à la charte des Nations unies.

Face aux défis d’aujourd’hui, il est de notre devoir d’agir avec détermination.

Cela commence par la détermination de faire respecter la promesse de paix énoncée dans la Charte.

Pourtant, loin d’être débarrassés du fléau de la guerre, nous assistons à une recrudescence des conflits, des coups d’État et du chaos.

Si chaque pays s’acquittait des obligations que lui fait la Charte, le droit à la paix serait garanti.

Lorsque les pays ne respectent pas leurs engagements, ils créent un monde d’insécurité pour toutes et tous.

Preuve numéro 1: l’invasion de l’Ukraine par la Russie.

La guerre, en violation de la Charte des Nations Unies et du droit international, a déclenché une série d’atrocités: des vies détruites, des droits humains bafoués, des familles déchirées, des enfants traumatisés, des espoirs et des rêves brisés.

Au-delà de l’Ukraine, la guerre a de graves répercussions pour tout le monde. Les menaces nucléaires nous mettent toutes et tous en danger. Le mépris des accords et des traités mondiaux nous fragilise collectivement. Et l’empoisonnement de la diplomatie mondiale empêche l’accomplissement de progrès dans tous les domaines.

Nous devons continuer d’œuvrer inlassablement à la recherche de la paix, une paix juste et conforme à la Charte des Nations Unies et au droit international.

Et même si les combats font rage, nous devons explorer toutes les voies possibles pour alléger les souffrances des populations civiles, en Ukraine et au-delà.

L’Initiative de la mer Noire était l’une de ces voies. Le monde a cruellement besoin de denrées alimentaires ukrainiennes et de denrées alimentaires et d’engrais russes pour stabiliser les marchés et garantir la sécurité alimentaire. Je n’abandonnerai pas mes efforts pour y parvenir.

Partout dans le monde, les anciennes tensions s’enveniment et de nouveaux risques voient le jour. Le désarmement nucléaire est au point mort alors que les pays développent de nouvelles armes et profèrent de nouvelles menaces.

Au Sahel, une série de coups d’État déstabilise encore davantage la région, tandis que le terrorisme gagne du terrain.

Le Soudan s’enfonce dans une guerre civile totale, des millions de personnes ont fui et le pays est au bord de l’implosion.

Dans l’est de la République démocratique du Congo, des millions de personnes sont déplacées et les violences de genre sont monnaie courante.

Haïti, un pays qui a subi des siècles d’exploitation coloniale, est aujourd’hui débordé par la violence en bande organisée – et attend toujours l’aide de la communauté internationale.

En Afghanistan, 70% de la population a besoin d’une aide humanitaire, un pourcentage qui donne le vertige, et les droits des femmes et des filles sont systématiquement bafoués.

Au Myanmar, les violences brutales, l’aggravation de la pauvreté et la répression réduisent à néant les espoirs de retour à la démocratie.

Au Moyen-Orient, l’escalade de la violence et l’effusion de sang dans le Territoire palestinien occupé font payer un lourd tribut à la population civile.

Les actions unilatérales se multiplient et éloignent la possibilité d’une solution des deux États, pourtant la seule voie possible vers une paix et une sécurité durables pour les Palestiniens et les Israéliens.

Quant à la Syrie, le pays est toujours un champ de ruines et la paix demeure lointaine.

Pendant ce temps, les conflits –catastrophes créées par l’homme– sont aggravées par les catastrophes naturelles.

Face à toutes ces crises, le système humanitaire mondial est au bord de l’effondrement. Les besoins augmentent. Et les financements se tarissent. Nos opérations humanitaires sont obligées de se résoudre à des coupes massives. Mais si nous ne donnons pas à manger à celles et ceux qui ont faim, c’est le conflit que nous alimentons.

Je demande instamment à tous les pays de se mobiliser et de financer intégralement notre Appel humanitaire mondial. L’architecture de paix et de sécurité est soumise à des pressions sans précédent.

C’est la raison pour laquelle, à l’occasion des préparatifs du Sommet de l’avenir, nous proposons aux États Membres des idées dans le cadre d’un Nouvel Agenda pour la paix, fondé sur la Charte et le droit international.

Ce Nouvel Agenda offre une vision unifiée pour faire face aux menaces qui existent déjà et à celles qui se profilent dans ce monde en transition.

Ce qu’il faut, c’est appeler les États à renouveler leur engagement en faveur d’un monde exempt d’armes nucléaires et à mettre fin à l’érosion du régime de désarmement nucléaire et de maîtrise des armements; renforcer la prévention à l’échelle mondiale en misant le plus possible sur les capacités et le pouvoir de rassemblement de l’ONU et sur nos bons offices pour combler les fossés géopolitiques; renforcer la prévention à l’échelle nationale en faisant le lien entre les actions menées en faveur de la paix et les progrès réalisés sur la voie des objectifs de développement durable; placer le leadership et la participation des femmes au cœur des processus décisionnels et s’engager à éradiquer toutes les formes de violences faites aux femmes; susciter une vaste réflexion sur le maintien de la paix, pour qu’il soit plus souple et plus adaptable et qu’il prévoie, dès le départ, des stratégies de transition et de sortie tournées vers l’avenir; et soutenir les initiatives prises par des organisations régionales –notamment l’Union africaine– pour faire respecter la paix, grâce à des mandats clairs du Conseil de sécurité et à un financement prévisible.

La détermination en faveur de la paix nécessite également de nouveaux cadres de gouvernance pour faire face aux menaces émergentes – qu’il s’agisse de l’intelligence artificielle ou d’armes létales autonomes, qui fonctionnent sans contrôle humain. La paix est inextricablement liée au développement durable.

Dans le monde entier, c’est le même paradigme que l’on observe: plus un pays se rapproche d’un conflit, plus il s’éloigne des objectifs de développement durable.

En vertu de la Charte, nous devons nous montrer résolus à favoriser le progrès social. Au XXIe siècle, cela veut dire œuvrer à la réalisation des objectifs de développement durable. Pourtant, les inégalités sont la caractéristique de notre époque.

Pensons à ces villes, où des gratte-ciel ont une vue surplombante sur des taudis; à ces pays en proie à un dilemme: servir leur peuple ou le sacrifier au service de la dette.

Aujourd’hui, l’Afrique dépense davantage de ressources au remboursement des intérêts de sa dette qu’à la santé.

Le Sommet sur les objectifs de développement durable qui s’est tenu hier était consacré à l’adoption d’un plan de sauvetage mondial, pour que le soutien apporté ne se chiffre plus en milliards, mais en milliers de milliards.

L’architecture financière internationale reste dysfonctionnelle, dépassée et injuste. Les réformes profondes qui sont nécessaires ne pourront pas être menées à bien du jour au lendemain.

Mais nous pouvons dès à présent prendre des mesures énergiques pour aider les pays à surmonter des crises comme la pandémie de COVID-19 et ses conséquences dramatiques.

En faisant progresser d’urgence le Plan de relance des objectifs de développement durable de 500 milliards de dollars par an et en allégeant le fardeau financier qui pèse sur les pays en développement et les économies émergentes.

En augmentant le financement du développement et de l’action climatique, en relevant la base de capital et en changeant le modèle d’activité des banques multilatérales de développement.

En garantissant des mécanismes efficaces d’allégement de la dette et en canalisant l’aide financière d’urgence vers celles et ceux qui en ont le plus besoin.

Nous devons agir avec détermination pour nous attaquer à la menace qui compromet le plus directement notre avenir: la surchauffe de la planète. Les changements climatiques ne sont pas que des changements météorologiques. Les changements climatiques bouleversent ce qu’est la vie même sur notre planète. Ils altèrent chaque aspect de notre travail. Ils tuent des êtres humains et dévaste des communautés.

Partout dans le monde, les thermomètres s’affolent, l’élévation du niveau des mers s’accélère, les glaciers reculent, des maladies mortelles se propagent, des espèces disparaissent et les villes sont menacées. Et ce n’est que le début.

Les jours, les mois et l’été que nous venons de vivre ont été les plus chauds jamais enregistrés. Et à chaque nouveau record de température, ce sont des économies détruites, des vies détruites et des nations entières qui se rapprochent du point de rupture. Aucun continent, aucune région et aucun pays du monde n’est épargné par l’urgence climatique, mais je ne suis pas certain que les leaders se rendent bien toutes et tous compte de l’urgence de la situation.

Les mesures prises ne sont pas du tout à la hauteur de l’enjeu. Il est encore temps de contenir la hausse des températures dans la limite des 1,5 degré fixée dans l’Accord de Paris.

Mais pour cela, il faut prendre dès maintenant des mesures radicales pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et garantir la justice climatique pour celles et ceux qui ont le moins contribué à la crise, mais qui paient le prix fort.

Les preuves sont là. Les pays du G20 sont responsables de 80% des émissions de gaz à effet de serre. C’est à eux de montrer l’exemple. Ils doivent s’affranchir de leur dépendance aux combustibles fossiles, mettre fin à tout nouveau projet d’exploitation du charbon et tenir compte des conclusions de l’Agence internationale de l’énergie, à savoir que toute nouvelle licence d’exploitation du pétrole et du gaz n’est pas compatible avec l’objectif consistant à limiter l’augmentation de la température à 1,5 degré.

Pour avoir une chance d’endiguer l’augmentation de la température mondiale, nous devons renoncer progressivement au charbon, au pétrole et au gaz selon un processus juste et équitable, et stimuler massivement les énergies renouvelables. C’est la seule voie envisageable pour que tout le monde puisse avoir accès aux énergies renouvelables à un coût abordable. Malheureusement, beaucoup d’Africains n’ont toujours pas accès à l’électricité.

L’ère des combustibles fossiles est révolue. Si les entreprises de combustibles fossiles veulent faire partie de la solution, elles doivent être en première ligne de la transition vers les énergies renouvelables. Il faut en finir avec les productions polluantes, les fausses solutions, le financement du déni climatique.

J’ai proposé un Pacte de solidarité climatique afin que tous les grands émetteurs redoublent d’efforts pour réduire leurs émissions et que les pays les plus riches accompagnent les économies émergentes en mettant à leur disposition les financements et technologies dont elles ont besoin sur la voie de la décarbonation.

Par exemple, l’Afrique abrite 60% de la capacité solaire mondiale, mais elle ne reçoit que 2% des investissements dans les énergies renouvelables.

J’ai proposé un Programme d’accélération, pour décupler ces efforts.

Les pays développés doivent atteindre l’objectif de zéro émission nette dès 2040, et les économies émergentes dès 2050, conformément aux responsabilités communes mais différenciées.

Certaines mesures doivent être prises immédiatement: il faut en finir avec le charbon – d’ici à 2030 pour les pays de l’OCDE et à 2040 pour le reste du monde. En finir avec le subventionnement des combustibles fossiles. Et donner un prix au carbone.

Les pays développés doivent aussi consacrer 100 milliards de dollars à l’action climatique dans les pays en développement, comme ils l’ont promis. Ils doivent doubler le montant des financements pour l’adaptation d’ici à 2025, comme ils l’ont encore promis. Et ils doivent reconstituer les ressources du Fonds vert pour le climat, comme ils l’ont promis là encore. Tous les pays doivent s’efforcer de rendre opérationnel cette année le fonds pour les pertes et dommages, et garantir la couverture universelle des systèmes d’alerte rapide d’ici à 2027.

Demain, j’accueillerai des acteurs susceptibles de faire bouger les lignes au Sommet sur l’ambition climatique. La COP28 arrive à grands pas. Le chaos climatique fait exploser de nouveaux records. Nous ne pouvons pas nous permettre la même rengaine que d’habitude et désigner des boucs émissaires ou attendre que d’autres agissent en premier.

Et vous toutes et tous qui vous dépensez sans compter, qui manifestez dans la rue et qui défendez une réelle action climatique, je veux que vous sachiez que vous êtes du bon côté de l’Histoire. Je suis avec vous. Je n’abandonnerai pas cette lutte qui est celle de nos vies.

Nous devons également être déterminés à honorer l’engagement de la Charte en faveur des droits humains fondamentaux.

Seules quatre femmes ont signé notre document fondateur. Un coup d’œil dans cette salle permet de voir que les choses n’ont pas suffisamment changé.

« Nous, les peuples » ne signifie pas « Nous, les hommes ».

Les femmes attendent toujours l’égalité des chances et des salaires; l’égalité devant la loi; la pleine valorisation de leur travail et la prise en compte de leurs opinions. À travers le monde, les droits des femmes –y compris les droits sexuels et reproductifs– sont réduits voire supprimés; leurs libertés, restreintes. Dans certains pays, les femmes et les filles sont punies parce qu’elles portent trop de vêtements; dans d’autres, parce qu’elles n’en portent pas assez.

Grâce aux générations de militantes des droits de femmes, les temps changent. Des terrains de sport aux écoles en passant par les places publiques, les filles et les femmes défient le patriarcat – et triomphent. Je suis à leurs côtés.

J’ai pris mes fonctions en m’engageant à garantir la parité hommes-femmes au sein des Nations unies. Nous y sommes parvenus aux échelons supérieurs et sommes en bonne voie pour le faire à travers l’ensemble du système des Nations unies. Car l’égalité des genres n’est pas un problème. L’égalité des genres est la solution. L’égalité, ce n’est pas une faveur faite aux femmes, mais une condition fondamentale pour assurer un meilleur avenir pour tous.

Nous devons être déterminés à répondre à l’Appel à l’action pour placer les droits humains au cœur de notre travail. Soixante-quinze ans après la Déclaration universelle des droits de l’homme, d’énormes progrès ont été accomplis sur certains sujets – qu’il s’agisse de mettre fin à la colonisation et à la ségrégation ou de garantir le droit de vote des femmes.

Mais nous n’avons pas atteint les droits fondamentaux pour tous, quand 1,2 milliard de personnes vivent encore dans l’extrême pauvreté et que la faim atteint des niveaux inégalés depuis 2005. Quand la discrimination fondée sur la couleur de peau et l’origine ethnique est parfaitement légale dans bien des pays. Quand des personnes doivent risquer la mort pour chercher une vie meilleure. Quand les réfugiés, les migrants et les minorités sont régulièrement traqués et diabolisés. Quand déclarer son identité de genre ou simplement qui l’on aime peut conduire à l’emprisonnement, voire à l’exécution. Quand le fait même de s’exprimer peut avoir des conséquences dangereuses.

Les droits humains –politiques, civils, économiques, sociaux et culturels– sont la clef de voûte pour résoudre de nombreux problèmes mondiaux interdépendants. Il faut que des lois visant à protéger les personnes vulnérables soient adoptées et appliquées; il faut cesser de cibler les minorités et il faut placer les droits et la dignité humaine au cœur des politiques sociales, économiques et migratoires. Il faut que tous les gouvernements respectent engagements qu’ils ont pris dans la Déclaration universelle des droits de l’homme

Nous devons également faire face aux menaces imminentes que les nouvelles technologies font peser sur les droits humains. L’intelligence artificielle générative, quoique riche de promesses, risque de nous faire franchir le Rubicon et de nous exposer à des dangers face auxquels nous serions démunis. Lorsque j’ai évoqué l’intelligence artificielle dans mon discours à l’Assemblée générale en 2017, seuls deux autres dirigeants ont mentionné le terme.

Aujourd’hui, l’intelligence artificielle est sur toutes les lèvres, suscitant à la fois la fascination et la crainte. Même certains des concepteurs de l’intelligence artificielle générative réclament une plus grande réglementation.

Or, nombre des dangers liés aux technologies numériques ne sont pas imminents. Ils sont déjà là. La fracture numérique aggrave les inégalités. Les discours de haine, la désinformation et les théories du complot sur les réseaux sociaux sont propagés et amplifiés par l’intelligence artificielle, sapant ainsi la démocratie et attisant la violence et les conflits dans le monde réel. La surveillance en ligne et la collecte de données donnent lieu à des violations massives des droits humains.

Les entreprises de technologie et les gouvernements sont loin d’avoir trouvé des solutions. Nous devons agir vite et réparer les dégâts. Les nouvelles technologies exigent des formes de gouvernance nouvelles et innovantes, auxquelles doivent contribuer les créateurs de ces technologies et les parties prenantes chargées de la surveillance des violations.

Nous avons besoin de toute urgence d’un pacte numérique mondial qui engagerait les gouvernements, les organisations régionales, le secteur privé et la société civile à atténuer les risques liés aux technologies numériques et à déterminer les moyens de mettre les atouts de ces outils au service de l’humanité.

Il a aussi été demandé que l’on envisage la possibilité de créer une nouvelle entité mondiale sur l’intelligence artificielle, qui pourrait constituer une source d’information et d’expertise pour les États Membres.

Il existe de nombreux modèles différents, inspirés notamment de l’Agence internationale de l’énergie atomique, de l’Organisation de l’aviation civile internationale ou du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat.

L’ONU est prête à accueillir les discussions mondiales et inclusives qui s’imposent, en fonction de ce que décideront les États Membres.

Pour faire avancer la recherche de solutions concrètes en matière de gouvernance, je mettrai sur pied ce mois-ci un organe consultatif de haut niveau sur l’intelligence artificielle, qui sera chargé de formuler des recommandations d’ici à la fin de l’année.

Le Sommet de l’avenir qui aura lieu l’an prochain (septembre 2024) est une occasion unique de progresser dans la lutte contre ces nouvelles menaces, conformément à la vision énoncée dans la Charte des Nations Unies.

Les États Membres décideront de la suite à donner au Nouvel Agenda pour la paix, au pacte numérique mondial, aux réformes de l’architecture financière internationale et à de nombreuses autres propositions visant à relever les défis et à ancrer davantage la gouvernance mondiale dans la justice et l’équité.

L’ONU a été créée précisément pour des moments comme aujourd’hui, où les dangers sont à leur paroxysme et le niveau de consensus au plus bas. Nous pouvons et devons utiliser les outils à notre disposition en faisant preuve de souplesse et de créativité.

Le mois dernier, notre détermination a porté ses fruits au large des côtes du Yémen. Le FSO Safer, un superpétrolier en décomposition chargé d’un million de barils de pétrole, était une véritable bombe à retardement et faisait craindre une catastrophe écologique imminente en mer Rouge.

Mais personne n’a proposé de solution. L’ONU a alors pris les devants et rassemblé la communauté internationale. Nous avons mobilisé des ressources, réuni des experts, facilité des négociations difficiles et instauré un climat de confiance. Il nous reste encore beaucoup à faire, et davantage de ressources sont nécessaires.

Mais le mois dernier, la cargaison de pétrole du Safer a été transbordée avec succès. Cet effort mené par l’ONU a sauvé la mer Rouge. Lorsque personne d’autre n’en avait la capacité ou la volonté, la détermination des Nations Unies a permis d’accomplir cette tâche.

Malgré la longue liste des problèmes mondiaux, ce même esprit de détermination peut guider notre action future. Montrons-nous résolus à surmonter les divisions et à bâtir la paix. Résolus à défendre la dignité et la valeur de chaque personne. Résolus à atteindre les Objectifs de développement durable et à ne vraiment laisser personne de côté. Résolus à réformer le multilatéralisme au XXIe siècle et à unir nos forces afin d’agir pour le bien commun.

DOCUMENT. Pour le développement durable.

Objectifs de développement durable (ODD) : à mi-parcours de l’échéance de 2030, « les yeux du monde sont rivés sur vous », déclare le Secrétaire général des Nations Unies aux délégations.

On trouvera, ci-après, en intégralité, l’allocution du Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, prononcée au forum politique de haut niveau pour le développement durable, à New York, le 18 septembre 2023.

https://press.un.org/fr/2023/sgsm21945.doc.htm

Il y a huit ans, les États Membres se sont réunis dans cette salle pour adopter les objectifs de développement durable. Sous le regard du monde entier -dont 193 jeunes dans la tribune tenant des lampes bleues d’espoir- vous avez fait une promesse solennelle. La promesse de construire un monde de santé, de progrès et d’opportunités pour tous. La promesse de ne laisser personne de côté. Et la promesse de financer cela.

Il ne s’agissait pas d’une promesse faite aux uns et aux autres en tant que diplomates dans le confort de cette salle. C’était -toujours- une promesse envers les gens. Des personnes écrasées sous les roues implacables de la pauvreté. Des personnes qui meurent de faim dans un monde d’abondance. Des enfants privés d’une place dans une salle de classe. Des familles fuyant les conflits, à la recherche d’une vie meilleure. Des parents qui assistent, impuissants, à la mort de leurs enfants, victimes de maladies évitables. Des personnes qui perdent espoir parce qu’elles ne trouvent pas d’emploi – ou de filet de sécurité lorsqu’elles en ont besoin. Des communautés entières aux portes de la dévastation en raison du changement climatique.

Les ODD ne sont pas qu’une simple liste d’objectifs. Ils portent les espoirs, les rêves, les droits et les attentes de personnes du monde entier. Et ils constituent le moyen le plus sûr de respecter nos obligations envers la Déclaration universelle des droits de l’homme, dont nous célébrons le soixante-quinzième anniversaire.

Pourtant, aujourd’hui, seuls 15% des objectifs sont en bonne voie. Nombre d’entre eux reculent. Au lieu de ne laisser personne de côté, nous risquons de laisser les ODD de côté. Les ODD ont besoin d’un plan de sauvetage mondial. Je suis profondément encouragé par le projet de déclaration politique détaillée et de grande ampleur dont nous discutons ici aujourd’hui, en particulier par son engagement à améliorer l’accès des pays en développement au carburant nécessaire à la réalisation des ODD: le financement.

Cela inclut un soutien clair à un plan de relance des ODD d’au moins 500 milliards de dollars par an, ainsi qu’à un mécanisme efficace d’allègement de la dette qui soutienne les suspensions de paiement, des conditions de prêt prolongées et des taux plus bas.

Cela inclut un appel à recapitaliser et à modifier le modèle économique des Banques multilatérales de développement afin qu’elles puissent mobiliser massivement des financements privés à des taux abordables au profit des pays en développement.

Cela inclut également un accord sur la nécessité d’une réforme de l’architecture financière internationale, que je considère aujourd’hui dépassée, dysfonctionnelle et injuste. Cela peut changer la donne et accélérer la réalisation des ODD.

J’ai appelé à un nouveau Bretton Woods et à l’élaboration de solutions pratiques d’ici au Sommet de l’avenir en septembre prochain. Mais les pays peuvent agir dès maintenant pour mettre les ODD sur la bonne voie.

Avec les entreprises, les autorités locales, le système de développement des Nations unies et d’autres, vous avez contribué à montrer la voie avec des initiatives à fort impact pour soutenir six domaines ciblés où des transitions urgentes sont nécessaires.

Premièrement, nous devons agir contre la faim. Dans notre monde d’abondance, la faim est une tache choquante sur l’humanité et une violation monumentale des droits humains. Le fait que des millions de personnes meurent de faim à notre époque est un acte d’accusation à l’égard de chacun d’entre nous. En nous appuyant sur le bilan du Sommet sur les systèmes alimentaires de juillet dernier, nous mobilisons des moyens financiers, scientifiques, des données, des innovations, ainsi qu’un soutien en matière de politique et de gouvernance pour aider les pays à transformer les systèmes alimentaires afin que chaque personne puisse avoir accès à une alimentation saine et nutritive.

Deuxièmement, la transition vers les énergies renouvelables n’est pas assez rapide. Nous proposons de nouveaux Pactes énergétiques dans lesquels les gouvernements, les entreprises et les organisations mondiales unissent leurs forces pour investir dans la décarbonisation des systèmes énergétiques et assurer une transition juste et équitable des combustibles fossiles vers les énergies renouvelables.

Troisièmement, les avantages et les possibilités du numérique ne sont pas assez largement partagés. Pour combler ce fossé, nous avons lancé une initiative visant à stimuler la transformation numérique dans 100 pays, en soutenant le renforcement des capacités technologiques, une meilleure gouvernance et un financement innovant. Le Pacte mondial pour le numérique que nous proposons aidera également les pays à mettre en place des systèmes numériques sûrs offrant un accès à Internet pour tous, y compris aux étudiants des communautés difficiles d’accès.

Quatrièmement, trop d’enfants et de jeunes pâtissent d’une éducation de mauvaise qualité, ou ne reçoivent aucune éducation. Nous devons bâtir de véritables « sociétés apprenantes » ancrées dans une éducation de qualité, et notamment sur la formation continue – dès le plus jeune âge et tout au long de la vie, réduisant la fracture numérique et soutenant les enseignants à chaque étape. Un groupe émergent de « pays pionniers » montre la voie pour stimuler les investissements et transformer les systèmes éducatifs du monde entier.

Cinquièmement, chaque personne a besoin d’un travail décent et d’une protection sociale. Grâce à la collaboration avec les gouvernements et le secteur privé, notre Accélérateur mondial pour l’emploi et la protection sociale pour des transitions justes vise à créer 400 millions de nouveaux emplois décents –en particulier dans l’économie verte, les services à la personne et l’économie numérique– ainsi qu’à étendre la protection sociale à plus de quatre milliards de personnes. Les investissements dans la protection sociale doivent massivement augmenter.

Sixièmement, la guerre menée contre la nature doit cesser. Nous devons mettre fin à la triple crise planétaire du changement climatique, de la pollution et de la perte de biodiversité. Nous mettons sur pied un groupe de pays champions qui étudiera les mesures à prendre pour réformer les politiques économiques et placer la nature et la biodiversité au cœur de toute décision. Le besoin d’assurer une égalité totale entre les hommes et les femmes est au cœur de toutes ces transitions. Il est grand temps de mettre fin à la discrimination, de garantir la pleine participation des femmes et des filles à la prise de décisions et de mettre fin au fléau des violences fondées sur le genre.

À mi-parcours de l’échéance pour la réalisation des Objectifs de développement durable, les yeux du monde sont de nouveau rivés sur vous. Au cours du week-end, des jeunes et des groupes de la société civile se sont rendus à l’ONU –ou défilé à travers le monde– pour réclamer une action urgente. L’heure est venue de prouver que vous êtes à leur écoute.

Nous pouvons réussir. Si nous agissons maintenant. Si nous agissons ensemble. Si nous tenons notre promesse envers les milliards de personnes dont les espoirs, les rêves et l’avenir sont entre vos mains. L’heure est venue.

DOCUMENT. Un nouveau Bretton Woods…

Un nouveau Bretton Woods : le Secrétaire général des Nations Unies renouvelle son appel à réformer l’architecture financière mondiale et à sauver les Objectifs du Développement Durable (ODD).

Ci-après, l’intégralité du texte de l’allocution du Secrétaire général de l’ONU, M. António Guterres, prononcée à l’occasion du Dialogue de haut niveau de l’Assemblée générale sur le financement du développement, à New York, le 20 septembre 2023 :

https://press.un.org/fr/2023/sgsm21950.doc.htm

De toutes les questions que nous aborderons cette semaine, la finance est peut-être la plus cruciale.

Car le financement du développement est le carburant qui fait avancer le Programme 2030 et l’Accord de Paris.

Aujourd’hui, ce carburant s’épuise et le moteur du développement durable a des ratés, cale, s’enflamme.

Alors que nous arrivons à mi-parcours de l’échéance fixée pour la réalisation des Objectifs de développement durable, nous constatons, pour la première fois depuis des décennies, un recul des progrès accomplis dans la réduction de la pauvreté et de la faim, nos priorités les plus fondamentales.

La pandémie de COVID-19 et la crise climatique ont un effet dévastateur et durable sur les économies en développement.

L’invasion russe de l’Ukraine a exacerbé la volatilité et augmenté les prix des denrées alimentaires, de l’énergie et du financement.

Une crise mondiale du coût de la vie affecte des milliards de personnes.

Les États croulent sous la dette. La flambée des taux d’intérêt étrangle les pays en développement.

Les engagements en matière d’aide publique au développement et de financement de l’action climatique ne sont pas respectés.

Le fossé se creuse entre les pays qui peuvent accéder à des financements à des conditions raisonnables et ceux qui ne le peuvent pas et se retrouvent encore plus à la traîne.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. En voici trois exemples.

Le déficit de financement des Objectifs de développement durable est devenu un gouffre, estimé à 3,900 milliards de dollars par an.

Les pays en développement se trouvent face à des coûts d’emprunt jusqu’à huit fois supérieurs à ceux notamment des pays européens et c’est le piège de l’endettement.

Et un pays sur trois dans le monde est aujourd’hui exposé à un risque élevé de crise budgétaire. Plus de 40% des personnes vivant dans l’extrême pauvreté se trouvent dans des pays confrontés à de graves problèmes d’endettement.

Plusieurs mesures de bonne foi ont été prises pour aider les économies en développement à survivre à cette crise du financement, comme l’Initiative du G20 pour la suspension du service de la dette et l’allocation de droits de tirage spéciaux par le Fonds monétaire international.

Mais cela n’a pas suffi.

Il est évident que les problèmes systémiques du financement du développement durable exigent une solution systémique: une réforme de l’architecture financière mondiale.

Cette architecture a été créée à une époque où de nombreux pays en développement étaient encore sous domination coloniale. Elle est profondément déséquilibrée en faveur des pays développés.

Et elle n’a pas évolué au même rythme que la croissance de l’économie mondiale. Le capital versé de la Banque mondiale, par exemple, exprimé en pourcentage du PIB mondial, représente un cinquième de ce qu’il était en 1960.

Je renouvelle mon appel en faveur d’un nouveau Bretton Woods, une occasion pour les pays de se réunir pour convenir d’une architecture financière mondiale qui reflète les réalités économiques et les rapports de force d’aujourd’hui.

Je compte sur vous pour soutenir ces propositions de réformes, tout au long du Sommet de l’avenir et par la suite.

Mais ces réformes structurelles essentielles prendront du temps. Or, le temps presse.

Le Programme 2030 risque d’être hors de notre portée avant de pouvoir porter ses fruits.

C’est pourquoi j’exhorte les États à prendre immédiatement des mesures pour sauver les objectifs de développement durable.

Le plan de relance des objectifs que je propose permettrait de dégager au moins 500 milliards de dollars par an de financements à long terme abordables au profit du développement durable et de l’action climatique.

L’augmentation du capital des banques multilatérales de développement et la modification de leur modèle économique permettraient aux États d’accroître considérablement les investissements dans les domaines du climat et du développement.

La recapitalisation et un engagement plus fort auprès des agences de notation de crédit permettraient aux banques de transformer leur approche du risque, en améliorant leurs conditions de prêt et en mobilisant des quantités massives de financements privés à un coût raisonnable pour les pays en développement.

Les États pourraient mettre en place un mécanisme efficace de renégociation de la dette qui permette les suspensions de paiement, associe les créanciers privés et soit ouvert aux pays à revenu intermédiaire.

Ils peuvent également accroître les financements d’urgence lorsque les pays rencontrent des difficultés. Je préconise la réorientation de 100 milliards de dollars supplémentaires de droits de tirage spéciaux, principalement par l’intermédiaire des banques multilatérales de développement, ainsi que la mise au point d’autres moyens innovants d’aider les pays dans le besoin.

Les pays développés doivent respecter leurs engagements financiers à l’égard des pays en développement, y compris en ce qui concerne le climat.

Ils doivent tenir la promesse de mobiliser 100 milliards de dollars, augmenter considérablement le financement de l’adaptation, reconstituer les ressources du Fonds vert pour le climat, et rendre opérationnel le fonds pour les pertes et les préjudices d’ici à la COP28.

Et tous les pays doivent aligner les budgets nationaux sur les objectifs de développement durable et s’attaquer aux problèmes du dégrèvement fiscal et des flux financiers illicites.

De Bridgetown à Paris en passant par Delhi, la réforme de l’architecture de financement est au cœur des discussions.

Je me félicite du soutien que le G20 a apporté au plan de relance des objectifs de développement durable, au renforcement des banques multilatérales de développement et à l’augmentation du financement du développement et de l’action climatique.

La déclaration du Sommet sur les objectifs de développement durable traduit un appui retentissant en faveur de mesures de financement solides pour sauver les objectifs.

Il nous faut maintenant passer d’urgence des paroles aux actes.

Parce que les Objectifs de développement durable – cette promesse faite aux peuples du monde – ne peuvent pas attendre.

Un monde à deux vitesses, partagé entre nantis et démunis, est déjà à l’origine d’une crise de confiance à l’échelle mondiale.

Je vous demande instamment de faire de ce dialogue de haut niveau une plateforme d’engagement constructif, en mettant l’accent sur des solutions de financement créatives et pratiques qui peuvent être mises en œuvre dans les mois et les années à venir.

Ensemble, nous devons transformer la crise actuelle en opportunité, trouver des solutions de financement communes pour rebâtir la solidarité mondiale et insuffler un nouvel élan en faveur du développement durable et de l’action climatique.

L’ONU, Mayotte et le colonialisme français…

Le Secrétariat de l’ONU a diffusé ce mardi 19 septembre l’ordre du jour de l’Assemblée générale des Nations Unies, en sa 78ème session. Doc A/78/251

https://documents-dds-ny.un.org/doc/UNDOC/GEN/N23/264/29/PDF/N2326429.pdf?OpenElement

Cet ordre du jour comporte une originalité à remarquer. Son point 37 est en effet rédigé ainsi :

« 37. Question de l’île comorienne de Mayotte (2). »

Remarquons qu’en note de bas de page (2) il est précisé que cette question figure dans la liste des questions mises à l’ordre du jour, mais qu’elle ne sera pas examinée.

Qu’est-ce que cela veut dire ? Ce point 37 de l’ordre du jour signifie que l’Assemblée Générale de l’ONU ne reconnaît pas la souveraineté de la France sur l’île de Mayotte, ou qu’il n’y a pas de consensus de l’Assemblée pour reconnaître un tel fait. Ce qui revient au même. Il s’agit effectivement d’un fait accompli du colonialisme français. On se souvient en effet que l’île de Mayotte a été extorquée, on peut dire volée, aux Comores à l’occasion d’un référendum d’autodétermination organisé par la France en 1974. Les autorités coloniales ont utilisé les résultats de ce référendum dans une seule île pour pouvoir manipuler le droit international et conserver ainsi la main-mise sur Mayotte, une des quatre îles de l’archipel. Ces quatre îles devaient pourtant constituer ensemble la République des Comores. Oui, ensemble car la souveraineté ne peut faire l’objet de tels charcutages pour convenance politiques au mépris des réalités nationales et historiques. La souveraineté ne peut se découper au gré des intérêts stratégiques du colonisateur. Le peuple comoriens a vu ainsi son intégrité bafouée et son unité brisée. Ce vol, cette manipulation constituent une forfaiture acceptée, voire revendiquée par tous les Présidents de la République depuis Valérie Giscard d’Estaing. De plus, comme la violente crise sociale à Mayotte le montre, force est de constater que la « départementalisation » de Mayotte, et son intégration forcée dans la souveraineté française n’ont pas apporté les réponses politiques, sociales, économiques et démocratiques attendues et promises… Il est nécessaire que ces choses-là soient rappelées.

Vous trouverez sur ce blog un article daté du 24 octobre 2019 sur la question. Cet article avait été écrit à l’occasion d’une visite d’Emmanuel Macron à Mayotte.

Sur les indignités officielles françaises en Afrique…

Résumons…

Premièrement, fin août, la France suspend les « mobilités étudiantes » avec le Niger, le Mali et le Burkina Faso. Des étudiants de ces trois pays ont reçu un message du Ministère des affaires étrangères les informant de l’annulation de leur séjour en France en raison de la crise diplomatique en cours. Le problème est d’abord politique, mais des étudiants sont ainsi mis dans des situations très difficiles sur les plans universitaire et financier.

Deuxièmement, à la mi-septembre, la consternante suspension de la coopération culturelle avec les artistes du Mali, du Niger et du Burkina Faso (les trois mêmes pays) suscite l’indignation du monde de la culture. Un courrier des directions générales des affaires culturelles (DRAC) demande effectivement l’arrêt immédiat de tout projet de coopération avec les ressortissants de ces trois pays.

Ainsi les autorités françaises, malgré les dénégations gênées à posteriori, sanctionnent les artistes et les étudiants de ces trois pays alors qu’ils n’ont pas de responsabilité dans les coups d’État intervenus. C’est inacceptable.

La prise du pouvoir par des militaires dans ces trois pays pose de multiples et sérieux problèmes, notamment celui de la « gestion » de la relation franco-africaine. Et le traitement de l’enjeu démocratique, évidemment. Mais une question se pose. Si la France, pour cause de coup d’État, croit légitime de sanctionner les artistes et les étudiants du Mali, du Burkina et du Niger…pourquoi ne le fait-elle pas pour le Gabon ? Y aurait-il des coups d’État condamnables… et des coups d’État acceptables, ou défendables ? Est-ce qu’il y aurait, aussi, des changements dynastiques et autoritaires du pouvoir qui soient tolérables, comme au Tchad ? Décidément, les autorités françaises perdent leur crédibilité.

La politique de la France… Où est-elle ?.. Quelle est -elle ?.. Les valeurs et les principes seraient-ils à géométrie variable ? Ce chaos présidentiel et ministériel face aux crises politiques en Afrique ferait pitié s’il n’était pas synonyme de mépris pour des peuples africains. C’est indigne. Mesurons cependant, c’est le plus important, qu’il s’agit des derniers soubresauts d’un néocolonialisme en perdition dans un monde qui n’en veut plus. JFi 16 09 2023

En homage à Jelloul Ben Hamida.

NOTRE AMI ET CAMARADE JELLOUL BEN HAMIDA NOUS A QUITTE.

PAIX A SON ÂME ET RESPECT POUR SON ENGAGEMENT !

J’ai bien connu Jelloul. Pour lui rendre hommage, je me joins à la déclaration de la Fédération des Tunisiens des Deux Rives (FTCR) :

Nous avons appris le décès ce Jeudi 14 Septembre 2023 de Jelloul Ben Hamida suite à une longue maladie.

Jelloul Ben Hamida a été durant de longues années un des membres actifs et dirigeant de la FTCR (ex UTIT) et un militant exigeant sur les valeurs et les principes qui guidaient son engagement au sein de notre association comme dans sa vie politique.

Jelloul Ben Hamida a été, notamment dans les années 80 à 2000, celui qui a impulsé les nombreuses actions et initiatives qui ont conduit à la constitution des sections dans le sud de la France et notamment à Nîmes et Marseille.

Jelloul Ben Hamida a également joué un rôle important dans la dynamique des Marches contre le racisme et en particulier lors de l’accueil de la 3ème Marche à Marseille en 1985.

De même Jelloul est connu pour son combat pour les libertés et la démocratie en Tunisie et au Maghreb. Adhérant au CRLDHT et ce jusqu’à la veille de la Révolution de la liberté et de la dignité en Tunisie, il a participé à la création du Forum social Maghrébin et a été très actif dans l’organisation du 1er Forum social maghrébin à El Jadida au Maroc en 2008.

De plus chacun sait la position de Jelloul au sujet de la cause palestinienne et son soutien indéfectible au combat du peuple palestinien.

De même – et il faut le rappeler – Jelloul Ben Hamida a été aussi et surtout un homme, intransigeant certes, mais un homme généreux, disponible et plein de vie, qualités que lui reconnaissent tous ceux et celles qui l’ont connu.

Certes nos chemins s’étaient séparés il y a de cela quelques années mais cela n’occulte en rien le respect que nous portons à notre ami et camarade et à ses multiples engagements tant associatifs, syndicaux que politiques. Et pour cela nous lui rendons hommage.

La FTCR, ses militant.e.s, ses ancien.e.s militant.e.s, lui expriment tout leur respect à la mémoire de Jelloul et ses plus sincères condoléances à sa fille Sophie et ses petits-enfants, toute sa famille, ses proches et ami.e.s.

La FTCR Paris, le 14 Septembre 2023

Niger : Une contribution française à une intervention militaire serait une tragique imbécillité.

N’a-t’on rien appris des guerres en Afghanistan, en Irak, en Libye, au Yémen ?..

N’a-t’on pas encore compris à quel point l’intervention militaire occidentale, y compris française, a pu déstabiliser durablement le Sahel ?

Quels désastres géopolitiques, sociaux et humains faudra-t-il encore provoquer en Afrique pour que l’on prenne enfin la mesure des échecs stratégiques associés à des guerres conduites au nom d’un anti-terrorisme qui montre sa vanité et son hypocrisie ?

Est-ce vraiment aux pays de la CEDEAO, divisés, de décider et de préparer, en dehors de la légalité et la légitimité internationale, une intervention militaire aussi périlleuse qui demanderait d’ailleurs des moyens opérationnels très conséquents?

Alassane Ouatara, Président ivoirien, est le plus va-t-en-guerre dans cette crise dangereuse. Lui qui doit son pouvoir à l’intervention des blindés et des militaires de la France de Nicolas Sarkozy en 2011… est-il bien placé pour donner des leçons de démocratie ?

Il est consternant que la France ait pu s’aventurer à appuyer les décisions inconsidérées de certains régimes africains ayant peur pour leur propre pérennité et stabilité. Après tant de coups d’État ou de successions dynastiques dans une Afrique où la politique de la France est en faillite, n’est-il pas temps de réfléchir aux causes véritables de ces crises, aux vulnérabilités du développement, aux dérives politiques de certains régimes, aux grands intérêts économiques qui les ont entretenues ? Et cesser de prétendre que l’ingérence néocoloniale pourrait apporter des solutions alors qu’elle est elle-même à l’origine des problèmes.

La France et ses partenaires de l’Union européenne auront-ils le courage de mettre sur la table leurs déroutes politiques communes et respectives : la Françafrique jamais démantelée pour l’une, et la débâcle néolibérale de la coopération UE/ACP née à Lomé en 1975 ? Aujourd’hui, on peut évidemment en douter… C’est une bataille à mener.

Dans l’immédiat, la France ne doit pas contribuer, de quelque manière que ce soit, à une opération militaire au Niger au côté de certains États de la CEDEAO. Une telle politique serait d’une tragique imbécillité. Ne pas ajouter un fiasco politique aux autres déjà consommés…

Les autorités de notre pays doivent, enfin, prendre la mesure des changements mondiaux et des grands défis globaux, de la fin du néocolonialisme français et de l’exigence dans ce contexte d’une nouvelle politique internationale. Dans les meilleurs délais les forces françaises doivent être retirées des pays d’Afrique où elles stationnent encore. C’est un premier acte nécessaire qui devrait appeler d’autres radicales transformations. JF 24 août 2023

Pour l’arrêt des opérations militaires et des ingérences de la France au Niger et en Afrique.

Mediapart – Les invités le 23 août 2023

Face à l’escalade dangereuse au Niger voulue par le président Macron, nous estimons que les organisations politiques, syndicales, associatives et les forces pacifistes ou anti-impérialistes peuvent et doivent employer tous les recours pour exiger de l’exécutif et de la représentation parlementaire des réponses claires, avertissent plusieurs personnalités du mouvement social.

https://blogs.mediapart.fr/les-invites-de-mediapart/blog/230823/pour-l-arret-des-operations-militaires-et-des-ingerences-de-la-france-au-niger-et-en-a

L’heure est grave : le président Macron tente d’utiliser les réseaux de la Françafrique (certains pays de la CEDEAO [1]) pour fomenter une guerre au Niger suite au coup d’État militaire [2]. C’est l’un des pays les plus pauvres de la planète, dans une région, le Sahel, déjà traumatisée par deux décennies de guerre du fait du djihadisme. Cela dans l’ignorance voire l’indifférence de l’opinion publique nationale et au cœur de l’été, saison des congés parlementaires.

Face à cette escalade dangereuse, nous estimons que les organisations politiques, syndicales, associatives et les forces pacifistes ou anti-impérialistes peuvent et doivent employer tous les recours pour exiger de l’exécutif et de la représentation parlementaire des réponses à ces questions impérieuses :

– Quel est le bilan des opérations militaires menées depuis 2013 (Serval au Mali, Barkhane au Sahel, Sangaris en Centrafrique) pour éradiquer le terrorisme islamiste dans ces régions ? Comment expliquer le manque de résultats probants de ces opérations ?

– Quelle relation établir entre ces opérations militaires et les putschs menés au Mali en 2020, au Burkina-Faso en 2021 et désormais au Niger ? N’y aurait-il pas là une relation de cause à effet, dans le sens d’établir un rapport de forces proportionné à l’égard d’une armée d’occupation de facto, armée dont le budget est le 7e ou le 8e du monde et le 2e de l’Union européenne ? Les accords historiques de coopération militaire contractés avec la France de même que la sujétion de la CEDEAO sont rejetés dans la dernière période. Ceci dans un contexte où les annonces de processus démocratiques maintes fois répétées par les dirigeants ne sont pas respectées – y compris par les militaires qui s’emparent fréquemment du pouvoir – et qu’elles s’effacent devant les rivalités géopolitiques et la capture du pouvoir d’État par les élites, en violation de la volonté de souveraineté nationale exprimée par les peuples.

– Comment expliquer que l’exécutif invoque à la fois la souveraineté de l’Ukraine et s’ingère dans les affaires intérieures du Niger ? Comment expliquer qu’il condamne le coup d’État au Niger et qu’il soutienne des processus électoraux frauduleux, qui maintiennent des dictatures au pouvoir, comme au Gabon et au Togo ? Ces “deux poids et deux mesures” en matière de relations internationales ne sont-ils pas révélateurs d’une politique néocoloniale menée au nom d’intérêts illégitimes en matière d’exploitation de richesses minières ? Il est avéré que, loin d’enrichir le pays, l’exploitation de l’uranium par ORANO (ex AREVA) a et aura des conséquences considérables sur les populations en matière de santé publique et de contamination de l’environnement (conséquences passées sous silence jusqu’à présent).

– Une intervention militaire au Niger ne serait-elle pas insupportable pour un peuple déjà durement impacté tant par les crises climatique qu’économique du fait des répercussions de la guerre en Ukraine ? Et ne serait-elle pas source de déstabilisation d’une région dont les jeunes n’ont plus souvent déjà que le choix de l’émigration ou du djihadisme pour survivre ?

– L’exécutif a dû accepter de retirer ses troupes du Mali et du Burkina-Faso. Pourquoi fomenterait-il une guerre au Niger ?

– Les peuples du Sahel doivent-ils subir la concurrence des pays impérialistes comme la France, la Russie (dont le groupe Wagner est au Mali depuis la fin de l’opération Barkhane), les USA (qui ont des bases au Niger)…?

– N’est-ce pas le rôle de la France, si elle ne veut pas une fois de plus tourner le dos à son héritage historique comme « pays de la déclaration des droits de l’homme », de privilégier avec d’autres acteurs la diplomatie ? Cela dans un contexte international marqué par la progression parasite des conflits armés et des budgets militaires correspondants. Au profit du lobby militaro-industriel, pour lequel devraient s’endetter les pays de la CEDAO.

A tous ces titres, face à ce diktat présidentiel, il est urgent :

– de sortir d’un certain silence relatif aux questions Afrique-France comme à celles qui relèvent de la gestion du secteur militaire. Ainsi, la loi de programmation, qui prévoit le doublement du budget des armées et l’instauration d’une « économie de guerre », a été votée sans opposition organisée et avec l’appui des droites.

– D’exiger l’ouverture :

⋅ d’une commission d’enquête parlementaire qui fasse le bilan des OPEX (opérations extérieures) en Afrique et notamment au Sahel ;

commission d’enquête parlementaire qui fasse le bilan de la gestion d’Orano (ex-Areva) au Niger ;

⋅ d’une commission d’enquête parlementaire sur le bilan de la gestion de la monnaie franc CFA, objet comme les opérations militaires, d’une hostilité grandissante des peuples francophones.

– De collaborer activement et de manière pérenne avec les organisations démocratiques nigériennes, sahéliennes et africaines, dans l’objectif d’en finir avec cette gestion néocoloniale et de respecter les souverainetés nationales et régionales.

– de médiatiser largement une pétition inter-organisationnelle qui, dans une perspective de mobilisation sous une forme ou une autre, informe le peuple français de la politique menée en son nom, politique criminelle et de ce fait nuisible à ses intérêts bien compris.

Une telle démarche d’élargissement de nos objectifs démocratiques ne peut que favoriser le renouveau du débat citoyen et politique, qui est largement dominé actuellement par les programmes autoritaires et xénophobes des droites.

Premier·es signataires :

Abderrahim AFARKI, défenseur des droits humains

Nils ANDERSSON, ancien éditeur, spécialiste de géo-politique, auteur de Le capitalisme c’est la guerre (2021)

Adda BEKKOUCHE maire-adjoint de Colombes, co-auteur de La Colère des peuples ou la mondialisation du ras-le-bol (2021

Jean-Louis BERLAND, retraité fonction publique, conseiller municipal militant

Gilles BOSCA, citoyen région Occitanie, Gérant SSII

Martine BOUDET didacticienne (université de Paris Diderot), directrice de Résistances africaines à la domination néo-coloniale (2021)

Michel CAHEN, directeur de recherche émérite du CNRS à Sciences Po Bordeaux, membre de la Gauche démocratique et sociale

Claude CALAME historien anthropologue, directeur d’études EHESS Paris, CS d’ATTAC, LDH, Ensemble! codirecteur de Migrations forcées, discriminations et exclusions (2021)

Anne CAUWEL militante altermondialiste

Eliane CESARIN MAYOUSSIER citoyenne militante, membre d’Attac

Françoise CLEMENT économiste

Gérard COLLET enseignant retraité, militant associatif

Patrice COULON membre du réseau « international » du MAN, de la commission Paix et désarmement (EELV), de Abolition des armes nucléaires, d’Attac

Pierre COURS-SALIES sociologue, professeur émérite Paris 8, CS d’ATTAC, LDH, Ensemble !

Alexis CUKIER philosophe

Christian DELARUE membre du Conseil national du MRAP-Délégué à l’altermondialisme (ATTAC – CADTM – Forum)

Monique DEMARE membre de la commission Démocratie Attac

Françoise DUTHU, ancienne députée au Parlement Européen du groupe Verts/ALE, membre du bureau de la commission Paix et Désarmement EELV

Didier EPSZTAJN, animateur du blog « Entre les lignes entre les mots »

Tosse EKUE animateur culturel (Toulouse)

Jules FALQUET, philosophie, Université Paris 9 St Denis

Patrick FARBIAZ PEPS Pour une Ecologie Populaire et Sociale

Jacques FATH spécialiste en relations internationales

Georges Yoram FEDERMANN psychiatre –Fondation Copernic (Strasbourg)

Gérard FILOCHE Gauche démocratique et sociale

Sylviane FRANZETTI citoyenne occitaniste

Michelle GARCIA, Rejoignons-nous

Jean-Luc GAUTERO, maître de conférences en philosophie des sciences, Université Côte d’Azur (Nice)

Charlotte GEHIN, enseignante, syndiquée au Snes

Robert JOUMARD, directeur de recherche retraité

Frédéric LEBARON professeur en sociologie, université Paris-Saclay- Association Savoir/Agir

Laurent LINTANF, membre du bureau de la commission Paix et désarmement d’EELV, militant antinucléaire

Michèle LECLERC-OLIVE chercheure CNRS-EHESS, présidente de CORENS (Collectif Régional pour la Coopération Nord-Sud – Hauts de France) et de CIBELE (Collectif Régional pour la Coopération Nord-Sud – Ile de France) ‌‌

Philippe LE CLERRE co-secrétaire de la commission Paix et Désarmement (EELV)

Olivier LONG artiste plasticien, universitaire Paris 1 Panthéon-Sorbonne

Pascal MAILLARD, universitaire, militant syndical

Jean MALIFAUD militant écosocialiste

Fabien MARCOT, Rejoignons-nous

Jean-Pierre MARTIN, psychiatre, militant d’Ensemble !

Gustave MASSIAH économiste

Christophe MILESCHI professeur des universités, Nanterre

Martine MONIER, retraitée d’un Groupement d’Intérêt Public (formation professionnelle)

Luigi MOSCA, physicien, membre de l’association Abolition des Armes Nucléaires – Maison de Vigilance, partenaire d’ICAN

Alain MOUETAUX retraité, ancien syndicaliste Sudptt et bureau d’Attac Réunion.

Evelyne PERRIN présidente de Stop Précarité

Jean-Luc PICARD-BACHELLERIE membre de la commission Démocratie d’Attac

Alain REFALO co-porte-parole du Mouvement pour une Alternative Non-violente (MAN), auteur de Démilitariser la France : un projet politique au service de la paix (2022)

Patrick SAURIN, employé de banque retraité, Syndicaliste Sud Solidaires BPCE

Claude SERFATI, économiste, auteur de L’Etat radicalisé : La France à l’ère de la mondialisation armée (2022)

Nicole SMOLSKI médecin hospitalier en retraite

Gérard TAUTIL militant et auteur occitaniste (Le roman national français au défi de l’extrême-droite, 2016)

Jacques TESTART directeur de recherches honoraire Inserm

Jean-Michel TOULOUSE, directeur d’hôpital honoraire. Essayiste

Jean-Paul VANHOOVE militant du commerce équitable avec l’Afrique

Pedro VIANNA économiste, poète, homme de théâtre, enseignant universitaire

Christiane VOLLAIRE philosophe (laboratoire CRTD du CNAM et Institut Convergences Migrations au Collège de France), auteure de Pour une philosophie de terrain (2017)

Documents ressources :

Aminata Dramane Traoré, figure de l’altermondialisme africain 
CEDEAO,  : faites taire les armes, pas les peuples  

Niger : la France doit cesser de jouer les incendiaires et sortir du déni en évacuant ses militaires (Survie, 14 août 2023)

Au Niger, développons la démocratie, protégeons les droits des travailleur·euse·s ! (CGT, 1er août)

La Confédération paysanne dénonce le risque d’intervention militaire au Niger et affirme son soutien aux populations et paysans du Sahel (17 août 2023)

La France ne doit pas s’ingérer dans les affaires internes au Niger ! (MAN, Mouvement pour une alternative non-violente, 18 août) 


Beaucoup en France semblent ne pas mesurer ce qu’a été la colonisation au Niger (Mediapart, entretien avec Camille Lefebvre du CNRS)

Kako Nubukpo économiste (UEMOA), La Cedeao connaît une dérive 


Le projet de loi de programmation militaire: vers une « économie de guerre » parasite et dangereuse (tribune collective, avril 2023)


Loi de programmation militaire 2024-2030 : la France se prépare à la guerre (Alain Refalo)

Notes :

(1) CEDEAO : Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest. Des sanctions économiques très dures ont été mises en place, dont l’ONU demande l’arrêt.

(2) L’armée a destitué le 26 juillet dernier le président Mohamed Barzoum, qui avait été élu en 2021. Le Niger a connu cinq coups d’État depuis son indépendance et six des dix présidents ont été des militaires.

DOCUMENT : le 6 août à Hiroshima, message d’Antonio Guterres pour l’élimination des armes nucléaires.

Voici le message du Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, lu par la Secrétaire générale adjointe et Haute Représentante pour les affaires de désarmement, Izumi Nakamitsu, à l’occasion du soixante-dix-huitième anniversaire du bombardement atomique d’Hiroshima :

Il y a près de huit décennies, une arme nucléaire a brûlé Hiroshima. Pourtant, comme le savent tous ceux qui l’ont visitée, les souvenirs ne s’estompent jamais. Le dôme de la bombe A, le cénotaphe et les courageux hibakusha rappellent en permanence les conséquences catastrophiques des armes nucléaires.

Depuis 78 ans, la ville d’Hiroshima et les hibakusha travaillent sans relâche pour que les armes nucléaires ne soient plus jamais utilisées. Lors de mes visites à Hiroshima, mes rencontres avec les valeureux hibakusha – le visage humain du cataclysme nucléaire – n’ont jamais manqué de m’émouvoir et de m’inspirer. Ils sont un puissant symbole de rémission, d’espoir et de résilience. Ils ont transcendé la tragédie.

Je m’engage à les soutenir alors qu’ils continuent à partager leurs récits – la terreur, la douleur, la perte incalculable et, par-dessus tout, la leçon de ce qui s’est passé ici le 6 août 1945. Des dirigeants du monde entier ont visité cette ville, vu ses monuments, parlé avec ses courageux survivants et en sont ressortis enhardis pour défendre la cause du désarmement nucléaire.

Ils devraient être plus nombreux à le faire, car les tambours de la guerre nucléaire battent à nouveau. La méfiance et la division sont en hausse. L’ombre nucléaire qui planait sur la guerre froide est réapparue. Et certains pays brandissent à nouveau le sabre nucléaire de manière inconsidérée, menaçant d’utiliser ces outils d’anéantissement.

Face à ces menaces, la communauté mondiale doit parler d’une seule voix. Tout recours aux armes nucléaires est inacceptable. Nous ne resterons pas les bras croisés alors que les États dotés de l’arme nucléaire se lancent dans une course à la création d’armes encore plus dangereuses. C’est pourquoi le désarmement est au cœur de la note d’orientation récemment lancée sur le nouvel agenda pour la paix.

Cet agenda invite les États membres à s’engager à nouveau, de toute urgence, en faveur d’un monde exempt d’armes nucléaires et à renforcer les normes mondiales contre l’utilisation et la prolifération de ces armes. En attendant leur élimination totale, les États possédant des armes nucléaires doivent s’engager à ne jamais les utiliser. La seule façon d’éliminer le risque nucléaire est d’éliminer les armes nucléaires.

Les Nations Unies continueront à travailler avec les dirigeants mondiaux pour renforcer le régime mondial de désarmement et de non-prolifération, notamment par le biais du traité sur la non-prolifération des armes nucléaires et du traité sur l’interdiction des armes nucléaires.

L’élimination des armes nucléaires reste la priorité absolue des Nations Unies en matière de désarmement. Nous ne nous arrêterons pas tant que l’ombre nucléaire n’aura pas été levée une fois pour toutes. Plus d’Hiroshima. Plus de Nagasaki.

Le désarmement n’est pas un rêve utopique. Le désarmement est la seule voie vers un monde plus sûr pour tous. Les Nations Unies sont fières de se tenir aux côtés des habitants d’Hiroshima et des hibakusha pour perpétuer le souvenir de ce qui s’est passé ici et des leçons que l’humanité doit tirer si nous voulons garantir des lendemains plus pacifiques. Nous nous réjouissons de travailler avec le peuple japonais dans cet effort essentiel.

107 revues médicales du monde entier appellent à l’élimination des armes nucléaires.

107 revues médicales des États-Unis, d’Europe, d’Afrique, d’Asie, dont certaines (The Lancet, BMJ, JAMA…) – considérées comme des revues de référence internationale – font autorité, alertent contre la menace d’une guerre nucléaire provoquée par intention, par erreur ou par mauvais calcul. Ces revues soutiennent le Traité d’interdiction des armes nucléaires. Elles demandent aux associations de professionnels de la santé d’informer leurs membres dans le monde entier de la menace qui pèse sur la survie de l’humanité. Cet appel, publié la même semaine qu’une réunion, à Vienne, du Comité préparatoire à un nouvel examen du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP), est une contribution positive, pertinente et marquante au désarmement et à l’exigence de l’élimination de toutes les armes nucléaires comme le demande le Traité d’interdiction adopté dans le cadre des Nations Unies.

Réduire les risques de guerre nucléaire – le rôle des professionnels de la santé
https://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736(23)01526-X/fulltext
The Lancet, Volume 402, ISSUE 10400, P. 431-433, 05 août 2023

Par : Kamran Abbasi, Parveen Ali,Virginia Barbour, Kirsten Bibbins-Domingo, Marcel G M Olde Rikkert, Andy Haines, Ira Helfand, Richard Horton, Bob Mash, Arun Mitra, Carlos Monteiro, Elena N Naumova, Eric J Rubin, Tilman Ruff, Peush Sahni, James Tumwine, Paul Yonga, Chris Zielinski

https://doi.org/10.1016/S0140-6736(23)01526-X

En janvier 2023, le Science and Security Board du Bulletin of the Atomic Scientists a avancé les aiguilles de l’horloge de la fin du monde à 90 secondes avant minuit, reflétant le risque croissant de guerre nucléaire1.

En août 2022, le Secrétaire général des Nations unies, António Guterres, a averti que le monde vivait « une période de danger nucléaire sans précédent depuis l’apogée de la guerre froide » 2.
Ce danger a été souligné par les tensions croissantes entre de nombreux États dotés d’armes nucléaires 3.

En tant que rédacteurs en chef de revues médicales et de santé du monde entier, nous appelons les professionnels de la santé à alerter le public et nos dirigeants sur ce danger majeur pour la santé publique et les systèmes vitaux essentiels de la planète, et à les inciter à prendre des mesures pour l’éviter.

Les efforts actuels de contrôle des armes nucléaires et de non-prolifération ne suffisent pas à protéger la population mondiale contre la menace d’une guerre nucléaire provoquée par une intention, une erreur ou un mauvais calcul. Le traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) engage chacune des 190 nations participantes à « poursuivre de bonne foi des négociations sur des mesures efficaces relatives à la cessation de la course aux armements nucléaires à une date rapprochée et au désarmement nucléaire, et sur un traité de désarmement général et complet sous un contrôle international strict et efficace  » 4.

Les progrès ont été décevants et la dernière conférence d’examen du TNP, qui s’est tenue en 2022, s’est achevée sans qu’aucune déclaration n’ait été adoptée 5. De nombreux exemples de quasi-catastrophes ont mis en évidence les risques de dépendre de la dissuasion nucléaire pour un avenir indéfini6 . La modernisation des arsenaux nucléaires pourrait accroître les risques : par exemple, les missiles hypersoniques réduisent le temps disponible pour distinguer une attaque d’une fausse alerte, augmentant ainsi la probabilité d’une escalade rapide.Toute utilisation d’armes nucléaires serait catastrophique pour l’humanité. Même une guerre nucléaire « limitée » n’impliquant que 250 des 13 000 armes nucléaires existant dans le monde pourrait tuer 120 millions de personnes et provoquer un dérèglement climatique mondial conduisant à une famine nucléaire, mettant en danger 2 milliards de personnes 7.

Une guerre nucléaire à grande échelle entre les États-Unis et la Russie pourrait tuer 200 millions de personnes ou plus à court terme, et potentiellement provoquer un « hiver nucléaire » mondial qui pourrait tuer 5 à 6 milliards de personnes, menaçant la survie de l’humanité 8. Une fois qu’une arme nucléaire est déclenchée, l’escalade vers une guerre nucléaire totale peut se produire rapidement. La prévention de toute utilisation d’armes nucléaires est donc une priorité urgente de santé publique et des mesures fondamentales doivent également être prises pour s’attaquer à la cause première du problème, à savoir l’abolition des armes nucléaires.

La communauté de la santé a joué un rôle crucial dans les efforts visant à réduire le risque de guerre nucléaire et doit continuer à le faire à l’avenir 9. Dans les années 1980, les efforts des professionnels de la santé, menés par l’International Physicians for the Prevention of Nuclear War (IPPNW), ont contribué à mettre fin à la course aux armements de la guerre froide en informant les décideurs politiques et le public des deux côtés du rideau de fer des conséquences médicales d’une guerre nucléaire. Cette action a été reconnue lorsque le prix Nobel de la paix 1985 a été décerné à l’IPPNW 10.

En 2007, l’IPPNW a lancé la Campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires, qui s’est transformée en une campagne mondiale de la société civile avec des centaines d’organisations partenaires. L’adoption du traité sur l’interdiction des armes nucléaires en 2017, qui a valu à la Campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires le prix Nobel de la paix 2017, a ouvert la voie à l’abolition nucléaire. Les organisations médicales internationales, notamment le Comité international de la Croix-Rouge, l’IPPNW, l’Association médicale mondiale, la Fédération mondiale des associations de santé publique et le Conseil international des infirmières, ont joué un rôle clé dans le processus menant aux négociations et dans les négociations elles-mêmes, en présentant les preuves scientifiques des conséquences catastrophiques des armes nucléaires et de la guerre nucléaire sur la santé et l’environnement. Ils ont poursuivi cette importante collaboration lors de la première réunion des États parties au traité sur l’interdiction des armes nucléaires, qui compte actuellement 92 signataires, dont 68 États membres 11.
Nous demandons maintenant aux associations de professionnels de la santé d’informer leurs membres dans le monde entier de la menace qui pèse sur la survie de l’humanité et de se joindre à l’IPPNW pour soutenir les efforts visant à réduire les risques de guerre nucléaire à court terme, y compris trois mesures immédiates de la part des États dotés d’armes nucléaires et de leurs alliés : premièrement, adopter une politique de non-recours en premier 12; deuxièmement, retirer leurs armes nucléaires de l’état d’alerte permanente ; et troisièmement, exhorter tous les États impliqués dans des conflits actuels à s’engager publiquement et sans équivoque à ne pas utiliser d’armes nucléaires dans le cadre de ces conflits. Nous leur demandons également d’œuvrer pour mettre un terme définitif à la menace nucléaire en soutenant l’ouverture urgente de négociations entre les États dotés d’armes nucléaires en vue d’un accord vérifiable, assorti d’un calendrier, visant à éliminer leurs armes nucléaires conformément aux engagements pris dans le cadre du TNP, ouvrant ainsi la voie à l’adhésion de toutes les nations au traité sur l’interdiction des armes nucléaires.

Le danger est grand et croissant. Les États dotés d’armes nucléaires doivent éliminer leurs arsenaux nucléaires avant de nous éliminer. La communauté de la santé a joué un rôle décisif pendant la guerre froide et, plus récemment, dans l’élaboration du traité sur l’interdiction des armes nucléaires. Nous devons relever ce défi comme une priorité urgente, en travaillant avec une énergie renouvelée à la réduction des risques de guerre nucléaire et à l’élimination des armes nucléaires.

Pour l’International Physicians for the Prevention of Nuclear War, voir http://www.ippnw.org
Pour la liste complète des revues, voir https://www.bmj.com/content/full-list-authors-and-signatories-nuclear%20risk-editorial-august-2023
***

KB-D est employé à plein temps par l’American Medical Association, en tant que rédacteur en chef du JAMA et du JAMA Network. AH est chercheur principal de l’initiative Pathfinder 2020-2025, co-investigateur du programme de recherche Sustainable Healthy Food Systems 2017-2023, et co-investigateur de Complex Urban Systems for Sustainability and Health 2017-2023, tous financés par le Wellcome Trust, avec un financement supplémentaire de la Oak Foundation pour l’initiative Pathfinder, et il déclare des redevances de Cambridge University Press pour l’ouvrage Planetary Health qu’il a coécrit ; des honoraires de consultant versés à son institution par le Wellcome Trust pour son rôle de conseiller principal sur le changement climatique et la santé en 2021 ; des aides aux voyages/réunions de l’OMS et du Human Frontiers Science Program ; Il est membre du comité de pilotage de l’essai Cool Roofs, Centre de recherche de Nouna, Burkina Faso/Université de Heidelberg, coprésident du comité consultatif international, NIHR Clean-Air (Africa) Global Health Research Unit, membre du groupe consultatif indépendant, Collaboration for the Establishment of an African Population Cohort Consortium (collaboration pour la création d’un consortium de cohortes de populations africaines), et il a été coprésident de l’InterAcademy Partnership, Climate Change and Health Working Group 2019-2022 et coprésident de l’Academy of Medical Sciences/Royal Society working group on « A healthy future-tackling climate change mitigation and human health together » 2020-2021 (toutes ces fonctions n’étant pas rémunérées). IH fait état d’honoraires pour plusieurs conférences, tous reversés à Back from the Brink, à l’International Physicians for the Prevention of Nuclear War ou à Physicians for Social Responsibility ; d’une aide aux déplacements/réunions pour le sommet des lauréats du prix Nobel de la paix, le congrès mondial de la Fédération mondiale des associations de santé publique et le sommet de la jeunesse de la Commission des droits de l’homme de l’ONU ; Il est membre du comité directeur de Back from the Brink et du groupe directeur international de la Campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires, membre du conseil d’administration de l’International Physicians for the Prevention of Nuclear War et de Physicians for Social Responsibility, et administrateur de la Phillips Exeter Academy (toutes ces fonctions sont non rémunérées). MGMOR fait état de subventions de recherche du Conseil néerlandais de la recherche, NOW (numéro de subvention COMPL.21COV.001) et de l’Organisation néerlandaise pour la recherche en santé ZonMw (numéro de subvention 09120012010063) et il est président du comité néerlandais d’orientation sur les déficiences cognitives et la démence. TR fait état d’un contrat avec l’Institute for Energy and Environmental Research (États-Unis) pour des articles traitant des conséquences sanitaires et environnementales des essais nucléaires dans de nombreux endroits, notamment en Australie, en Polynésie française, dans le Pacifique central et en Chine ; honoraires du groupe de presse Choisun Ilbo en Corée du Sud pour une conférence sur les armes nucléaires en 2022 et pour des présentations sur les armes nucléaires de la Hyogo Medical Practitioners Association (Japon), de Peace Boat (Japon) et de l’université de Sydney ; il a été témoin expert sur les rayonnements et la santé pour Environmental Justice Australia, agissant pour Mine-Free Glenaladale concernant le projet de mine de sables minéraux de Fingerboards auprès du Victorian Government Fingerboards Inquiry and Advisory Committee (comité consultatif et d’enquête sur les Fingerboards) ; il est membre du conseil scientifique consultatif pour le développement du vaccin RV3 contre le rotavirus, Murdoch Children’s Research Institute/Royal Children’s Hospital ; il est membre du comité de l’International Campaign to Abolish Nuclear Weapons Australia ; il est membre du comité du prix Internet de la paix (Sunfull Foundation, Corée du Sud) ; il a été membre du Victorian International Humanitarian Law Advisory Committee (comité consultatif de droit humanitaire international de Victoria), Australian Red Cross ; Il est membre du conseil d’administration de l’Initiative for Peacebuilding, Faculty of Arts, University of Melbourne ; il est membre du conseil d’administration de l’International Physicians for the Prevention of Nuclear War ; il a été coprésident de l’International Physicians for the Prevention of Nuclear War 2012-23 ; et il est Honorary Principal Fellow, Melbourne School of Population and Global Health, University of Melbourne. PY déclare des subventions d’Atea Pharmaceuticals ; des honoraires pour des conférences, des présentations et des événements éducatifs de bioMérieux et Pfizer Pharmaceuticals ; des honoraires pour la participation à un conseil consultatif de Pfizer Pharmaceuticals ; et il est membre du Comité exécutif du groupe d’étude sur la gestion des antimicrobiens (2022-2024) et du groupe d’orientation de la pratique clinique sur les vaccinations chez les hôtes immunodéprimés pour la Société européenne de microbiologie clinique et des maladies infectieuses. CZ déclare des honoraires de consultant pour son rôle de conseiller principal sur le projet de revues internationales de l’Association internationale des médecins pour la prévention de la guerre nucléaire (International Physicians for the Prevention of Nuclear War). Tous les autres auteurs ne déclarent aucun intérêt concurrent

Cet appel est publié simultanément dans plusieurs revues (107). La liste complète peut être consultée sur le site web du BMJ : https://www.bmj.com/content/full-list-authors-and-signatories-nuclear-risk-editorial-august-2023

Liste complète :
Acta Obstetricia et Gynecologica Scandinavica
Acta Paediatrica
Sciences de la santé en Afrique
African Journal for Physical Activity and Health Sciences (Revue africaine des sciences de l’activité physique et de la santé)
African Journal of Clinical and Experimental Microbiology (Journal africain de microbiologie clinique et expérimentale)
Journal africain de la recherche médicale actuelle
Revue africaine de gastro-entérologie et d’hépatologie
Revue africaine des soins de santé primaires et de la médecine familiale
Revue africaine de santé reproductive
Journal afro-égyptien des maladies infectieuses et endémiques
Allergie
AlQalam Journal of Medical and Applied Sciences (Journal AlQalam des sciences médicales et appliquées)
Journal américain de psychiatrie
Journal d’anatomie d’Afrique
Annales Africaines de Médecine
Arabian Journal of Scientific Research (Journal arabe de la recherche scientifique)
Bayero Journal of Medical Laboratory Science (Journal de Bayero des sciences de laboratoire médical)
Biomolecules & Biomedicine
BJU International
BMC Pregnancy and Childbirth (en anglais)
BMJ
Thérapies complémentaires en médecine
Croatian Medical Journal
Recherche et opinion médicales actuelles
Cytopathologie
Maladies du côlon et du rectum
Journal néerlandais de médecine
Journal médical d’Afrique de l’Est
ESC Heart Failure (Insuffisance cardiaque)
Journal éthiopien des sciences de la santé
European Journal of Heart Failure (Journal européen de l’insuffisance cardiaque)
Santé et nutrition des animaux de ferme
Ghana Medical Journal
Oncologie hématologique
Indian Journal of Medical Ethics (Journal indien d’éthique médicale)
International Journal of Gynecology & Obstetrics (Journal international de gynécologie et d’obstétrique)
Journal international de la politique et de la gestion de la santé
Journal international des étudiants en médecine
Revue internationale des soins infirmiers
JAMA
JAMA Cardiologie
JAMA Dermatologie
JAMA Forum Santé
JAMA Médecine Interne
JAMA Network Open
JAMA Neurologie
JAMA Oncologie
JAMA Ophtalmologie
JAMA Pédiatrie
JAMA Psychiatrie
JAMA Chirurgie
Journal de médecine Jos
Journal de la Faculté de Médecine d’Oran
Journal des sciences pharmaceutiques appliquées
Journal de la recherche linguistique contemporaine
Journal de recherche exploratoire en pharmacologie
Journal de médecine interne
Journal de la recherche sur les animaux de laboratoire
Revue des sciences de l’imagerie médicale et des radiations
Revue des neurosciences en pratique rurale
Revue de pathologie
Revue de pathologie : Recherche clinique
Revue d’endocrinologie pédiatrique et de diabète
Revue de phytomédecine et de thérapeutique
Journal de l’Institut médical postuniversitaire
Journal de la politique de santé publique
Journal de la radiographie et des sciences de la radiation
Journal des sciences chirurgicales
Journal de l’Association médicale norvégienne
Journal de la Société royale de médecine (JRSM)
Journal de physiologie et de pathologie vétérinaires
Journal of World’s Poultry Science (en anglais)
Journal of World’s Poultry Research (JWPR) (en anglais)
Journal de l’université médicale de Khyber
Journal médical du Malawi
Maternal and Child Nutrition (Nutrition maternelle et infantile)
Journal médical d’Australie
Medical Journal of Indonesia (en anglais)
Medscape
Medwave
Microbes et maladies infectieuses
National Medical Journal of India (Journal médical national de l’Inde)
New England Journal of Medicine (en anglais)
Pratique hospitalière nigériane
Nigerian Journal of Medical and Dental Education (Journal nigérian de l’enseignement médical et dentaire)
Online Journal of Animal and Feed Research (Journal en ligne de la recherche sur les animaux et les aliments pour animaux)
Open Access Macedonian Journal of Medical Sciences (en anglais)
Orapuh Journal
Épidémiologie pédiatrique et périnatale
Journal pakistanais des sciences médicales
Philippine Journal of Otolaryngology Head and Neck Surgery (Journal philippin d’oto-rhino-laryngologie et de chirurgie cervico-faciale)
Santé reproductive, féminine et infantile
Research in Biotechnology and Environmental Science (Recherche en biotechnologie et en sciences de l’environnement)
Revista Cirujano General
Revista de Saúde Pública
Revista Medica Hondureña
Romanian Journal of Clinical Research (Revue roumaine de recherche clinique)
RUHS Journal of Health Sciences (Journal des sciences de la santé)
Small Animal Advances
Sokoto Journal of Medical Laboratory Science (Journal de Sokoto des sciences de laboratoire médical)
Sokoto Journal of Veterinary Sciences (en anglais)
The Cerebellum
The Lancet
Tunisie Medicale
VOICE
West African Journal of Medicine (Journal de médecine d’Afrique de l’Ouest)
Revue vétérinaire mondiale (WVJ)

1) ) Science and Security Board Bulletin of the Atomic Scientists. A time of unprecedented danger: it is 90 seconds to midnight. 2023 Doomsday Clock Statement, Jan 24, 2023 https://thebulletin.org/doomsday-clock/current-time/

2) UN, Future generations counting on our commitment to step back from abyss, lift cloud of nuclear annihilation for good, Secretary-General tells Review Conference. Press release. Aug 1, 2022. SG/SM/21394. https://press.un.org/en/2022/sgsm21394.doc.htm

3) ) Tollefson J., Is nuclear war more likely after Russia’s suspension of the new START treaty? Nature. 2023; 615: 386.

4) UN, 2005 Review Conference of the Parties to the Treaty on the Non-Proliferation of Nuclear Weapons (NPT), May 2–27, 2005. https://www.un.org/en/conf/npt/2005/npttreaty.html

5) Mukhatzhanova G., 10th NPT Review Conference: why it was doomed and how it almost succeeded.

Arms Control Association, October, 2022.

https://www.armscontrol.org/act/2022-10/features/10th-npt-review-conference-why-doomed-almost-succeeded

6) Lewis P Williams, H Pelopidas, B. Aghlani S., Too close for comfort, cases of near nuclear use and options for policy. Chatham House Report. April, 2014.

https://www.chathamhouse.org/2014/04/too-close-comfort-cases-near-nuclear-use-and-options-policy

7) Bivens M., Nuclear famine, IPPNW, August, 2022.

8) Xia L, Robock A, Scherrer K et al, Global food insecurity and famine from reduced crop, marine fishery and livestock production due to climate disruption from nuclear war soot injection, Nat Food. 2022; 3: 586-596.

9) Helfand I, Lewis P, Haines A, Reducing the risks of nuclear war to humanity, Lancet. 2022; 399: 1097-1098.

10) Nobel Prize Outreach AB, IPPNW—facts, 1985. https://www.nobelprize.org/prizes/peace/1985/physicians/facts/

11) ) UN Office for Disarmament Affairs, Treaties database. Treaty on the Prohibition of Nuclear Weapons, status of the Treaty, 2023. https://treaties.unoda.org/t/tpnw

12) Center for Arms Control and Non-Proliferation, No first use: frequently asked questions, 2023.

L’ONU tire la sonnette d’alarme…

Une fois encore Antonio Guterres, Secrétaire général, exhorte les pays à atteindre les Objectifs de développement durable. Plus de la moitié de la population dans le monde, a-t-il déclaré devant les ambassadeurs, est laissée pour compte à mi-parcours de la réalisation du Programme de développement durable à l’horizon 2030. A l’occasion de la publication du Rapport sur l’état d’avancement des Objectifs de développement durable (ODD), il a averti que la promesse collective faite en 2015 d’un avenir mondial plus vert, juste et équitable, est en péril.

https://news.un.org/fr/story/2023/04/1134572

« Si nous n’agissons pas maintenant, le Programme 2030 deviendra l’épitaphe d’un monde qui aurait pu être », a-t-il encore déclaré.

Hausse de la pauvreté et de la faim

Le rapport révèle que seulement 12% des 169 cibles des ODD sont en bonne voie, tandis que les progrès sur 50% d’entre elles sont faibles et insuffisants. Le pire de tout, a-t-il dit, est le fait que les progrès sont au point mort ou même inversés sur plus de 30% des objectifs.

Les 17 ODD sont dans un triste état en raison des impacts de la pandémie de COVID-19 et de la « triple crise » dévastatrice du climat, de la biodiversité et de la pollution, amplifiée par l’invasion russe de l’Ukraine.

Par conséquent, le nombre de personnes vivant dans l’extrême pauvreté est plus élevé qu’il y a quatre ans. La faim a également augmenté et est maintenant revenue aux niveaux de 2005, et l’égalité des sexes ne sera réalisée que dans environ 300 ans. Parmi les autres retombées, il y a des inégalités record et une augmentation des émissions de gaz à effet de serre.

Des changements fondamentaux nécessaires

Le chef de l’ONU a noté que de nombreux pays en développement ne peuvent pas investir dans les ODD en raison d’une lourde dette, tandis que le financement climatique est bien en deçà des engagements. Les nations les plus riches n’ont pas encore honoré les 100 milliards de dollars de soutien promis chaque année, a-t-il rappelé, entre autres promesses climatiques.

« Le Programme 2030 est un programme de justice et d’égalité, de développement inclusif et durable, de droits humains et de dignité pour tous. Cela nécessite des changements fondamentaux dans la manière dont l’économie mondiale est organisée », a-t-il déclaré.

« Les ODD sont la voie pour combler les fossés économiques et géopolitiques ; pour restaurer la confiance et reconstruire la solidarité », a-t-il ajouté. « Soyons clairs : aucun pays ne peut se permettre de les voir échouer ».

Relance des Objectifs de Développement Durable (ODD)

M. Guterres a appelé à un plan de relance des ODD d’au moins 500 milliards de dollars par an et à des réformes profondes de l’architecture financière internationale, deux recommandations clés du rapport.

Le plan de relance des ODD vise à augmenter le financement à long terme abordable pour tous les pays dans le besoin, à lutter contre la dette et à étendre le financement d’urgence – des domaines qui nécessitent tous une action.

Bien que ces mesures puissent aider à renverser la situation, il a souligné qu’elles ne résoudront pas le problème fondamental du système financier mondial injuste et dysfonctionnel actuel, qui nécessitera des réformes profondes.

Une mondialisation qui profite à tous

Réitérant son appel à « un nouveau moment Bretton Woods » – lorsque les premières règles monétaires internationales négociées ont été établies en 1944, y compris le Fonds monétaire international – M. Guterres a déclaré que les pays en développement devaient être mieux représentés dans les institutions financières mondiales.

« Nous avons besoin d’un système financier qui garantisse à tous les bénéfices de la mondialisation, en plaçant les besoins des pays en développement au centre de toutes ses décisions », a-t-il déclaré.

Le rapport d’étape sur les ODD contient également cinq autres recommandations importantes.

Le premier appelle tous les États membres de l’ONU à s’engager à nouveau à atteindre les objectifs, aux niveaux national et international, en renforçant le contrat social et en orientant leurs économies vers la transition verte.

Le deuxième point exhorte les gouvernements à définir et à respecter des critères de référence nationaux pour réduire la pauvreté et les inégalités d’ici 2027 et 2030, ce qui nécessite de se concentrer sur des domaines tels que l’expansion de la protection sociale et de l’emploi, mais aussi l’éducation, l’égalité des sexes et « l’inclusion numérique ».

Le rapport appelle tous les pays à s’engager « à mettre fin à la guerre contre la nature ». Les gouvernements sont invités à soutenir le programme d’accélération de l’action climatique, dans le cadre duquel les dirigeants des pays développés s’engagent à atteindre zéro émission nette, et à mettre en œuvre le nouveau cadre mondial pour la biodiversité, signé en décembre.

Soutien au développement

Le quatrième pointporte sur la nécessité pour les gouvernements de renforcer les institutions nationales et la reddition des comptes. « Cela nécessitera de nouveaux cadres réglementaires et une infrastructure numérique publique et une capacité de données plus solides », a déclaré M. Guterres.

Son dernier point souligne la nécessité d’un plus grand soutien multilatéral au système de développement des Nations Unies et d’une action décisive lors du Sommet du futur qui se tiendra l’année prochaine.

Dans l’intervalle, les dirigeants mondiaux se réuniront à l’ONU en septembre pour le Sommet des ODD. Ce sera un moment de vérité, a déclaré M. Guterres, tout en ajoutant que cela doit également être un moment d’espoir pour relancer une nouvelle dynamique pour atteindre les objectifs.

Le Secrétaire général a insisté sur le fait que « les progrès des ODD ne sont pas des lignes sur un graphique », mais plutôt des mères et des bébés en bonne santé, des enfants acquérant les compétences nécessaires pour réaliser leur potentiel, des énergies renouvelables et de l’air pur, et d’autres réalisations de développement similaires.

« Le chemin à parcourir est escarpé. Le rapport d’aujourd’hui nous montre à quel point il est raide », a-t-il déclaré. « Mais c’est celui que nous pouvons et devons emprunter – ensemble – pour les personnes que nous servons ».

DOCUMENT : Le Saint-Siège appelle à une paix durable en Ukraine.

ZENIT – mercredi 19 juillet 2023

ONU : « Entamer des négociations en vue d’une paix juste et durable », par Mgr Caccia

Déclaration du Saint-Siège – juillet 19, 2023

« Le Saint-Siège appelle à nouveau à un cessez-le-feu et à entamer des négociations en vue d’une paix juste et durable », a déclaré Mgr Gabriele Caccia, observateur permanent du Saint-Siège auprès des Nations Unies.

Il est intervenu lors d’une séance plénière de l’Assemblée générale des Nations Unies sur « la situation dans les territoires temporairement occupés de l’Ukraine », le 18 juillet 2023, à New York.

L’observateur permanent souligne que le Saint-Siège « continue d’être gravement préoccupé par la guerre sanglante en Ukraine et réitère son appel à faire taire les armes », exhortant « tous les protagonistes de la vie internationale et les dirigeants politiques des nations à faire tout leur possible pour mettre fin à la guerre ».

Le Saint-Siège, poursuit Mgr Caccia, « implore que les déplacés continuent de recevoir un soutien humanitaire jusqu’à ce qu’ils puissent rentrer chez eux en toute sécurité, volontairement et dans la dignité ».

D’autre part, le Saint-Siège « demande instamment qu’aucun effort ne soit épargné pour assurer la réunification rapide de toutes les familles séparées par la violence actuelle en Ukraine, en veillant à ce que l’intérêt supérieur des enfants concernés soit respecté ».

Mgr Caccia évoque une mission confiée par le pape François au cardinal Matteo Zuppi : il s’agit de la mission « d’écoute et d’identification des gestes humanitaires qui pourraient guider vers le chemin de la paix ». Le Saint-Siège appelle « toutes les parties à soutenir ces efforts humanitaires afin d’alléger certaines des immenses souffrances causées par cette guerre odieuse ».

De plus, souligne l’observateur permanent, « il est urgent, comme le dit le pape François, ‘d’utiliser tous les moyens diplomatiques, même ceux qui n’ont peut-être pas été utilisés jusqu’à présent, pour mettre fin à cette terrible tragédie. La guerre en soi est une erreur et une horreur ! ».

Israël : crimes de guerre en Palestine…

Trois rapporteurs spéciaux du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies ont déclaré que les opérations militaires israéliennes récentes en Palestine « peuvent, à première vue, constituer un crime de guerre ».

Mais au-delà des traditionnelles déclarations de circonstances, y compris françaises… on reste dans l’impunité et dans l’absence totale d’initiatives politiques et d’actes crédibles pour pouvoir mettre un terme aux crimes de l’État d’Israël et de ses forces militaires d’occupation en Palestine.

Voici le lien nécessaire pour accéder à l’intégralité du texte diffusé par le Secrétariat de l’ONU en préparation d’une consultation à huis clos du Conseil de Sécurité sur le Moyen-Orient, y compris la question palestinienne :

Conseil de Sécurité des Nations-Unies – What’s In Blue Posted – Jeudi 6 juillet 2023

VOICI UN EXTRAIT DE CE TEXTE :

Il s’agit de la deuxième opération en deux semaines dans le camp de réfugiés de Jénine qui implique l’utilisation de frappes aériennes par Israël après une interruption d’environ 20 ans. (Les FDIforces de défense israéliennes – ont également mené une opération dans le camp de réfugiés de Jénine le 19 juin, au cours de laquelle cinq Palestiniens ont été tués et deux autres ont succombé à leurs blessures par la suite). Dans un tweet du 3 juillet, Hastings (coordinateur spécial adjoint pour le processus de paix au Moyen-Orient) s’est alarmé de l’ampleur de l’opération des FDI à Jénine, car  » [d]es frappes aériennes ont été utilisées dans le camp de réfugiés densément peuplé « . Dans une déclaration à la presse le 6 juillet, le Secrétaire général António Guterres a déclaré que « les frappes aériennes et les opérations terrestres d’Israël dans un camp de réfugiés surpeuplé ont été les pires violences en Cisjordanie depuis de nombreuses années, avec un impact significatif sur les civils, y compris plus d’une centaine de blessés et des milliers de personnes forcées de fuir ». Dans une déclaration du 5 juillet, trois rapporteurs spéciaux du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies ont déclaré que « les frappes aériennes et les opérations terrestres israéliennes en Cisjordanie occupée visant le camp de réfugiés de Jénine et tuant au moins 12 Palestiniens peuvent, à première vue, constituer un crime de guerre ».

Au cours de l’opération, plusieurs rapports ont fait état d’ambulances empêchées d’accéder à des zones du camp de réfugiés, y compris pour atteindre des personnes gravement blessées. Dans une déclaration du 3 juillet, la coordinatrice des opérations de Médecins Sans Frontières (MSF) à Jénine, Jovana Arsenijevic, a indiqué que  » les aides sur le camp de Jénine ont commencé à suivre un schéma familier  » dans lequel  » les ambulances ont été éperonnées par des voitures blindées, et les patients et le personnel de santé se sont vus régulièrement refuser l’entrée et la sortie dans le camp « . Dans une mise à jour du 4 juillet, MSF a rapporté que les FDI ont tiré des gaz lacrymogènes à l’intérieur de l’hôpital Khalil Suleiman à Jénine, rendant la salle d’urgence inutilisable et forçant l’organisation à « traiter les blessés dans le hall principal, à même le sol ».

J’ai lu « Une vie », de Bernard Deschamps.

Bernard Deschamps est instituteur, député du Gard de 1978 à 1981 et de 1986 à 1988, conseiller général du Gard, canton de Beaucaire, de 1982 à 2001, membre du Comité central du PCF de 1987 à 1996, titulaire de la médaille du 50è anniversaire de l’Indépendance décernée par la République Algérienne démocratique et populaire.

Bernard a insisté. Au téléphone, il m’a dit (en substance) : « fais une critique objective. Écris vraiment ce que tu penses… ». J’ai donc essayé de lire « Une vie » dans cet esprit. Ma lecture, cependant, a suivi un cours différent. Un bon livre, on le sait, c’est un livre qui vous embarque. Le livre de Bernard Deschamps m’a embarqué.

C’est évidemment un livre politique. Il traite surtout de politique et de vécu politique. C’est un généreux témoignage politique. C’est le livre d’une personnalité, d’une figure politique légitime et reconnue comme telle. Avec modestie, cet ouvrage rend compte de son auteur : un militant, un combattant, un élu, un responsable (à tous les sens du terme). Il témoigne aussi de la personnalité de Bernard. Un esprit marqué par la sensibilité, par la délicatesse, la loyauté et le respect des autres. Avec une vraie solidité rationnelle et une capacité persévérante à la pédagogie, à la précision et à la vérité.

Le livre de Bernard Deschamps… c’est vraiment le livre d’une vie. Je l’ai lu avec attention, avec respect, et avec de l’émotion. Le chapitre intitulé « doucement Annie s’en est allée » vous rappelle avec force et douceur ce que peut être, aussi, la vie et ses épreuves. J’aime beaucoup la réécriture pudique et délicate du magnifique poème de Victor Hugo « demain dès l’aube… ». Ce poème d’amour… comme une quête de dignité humaine.

En vérité, il faut une hauteur de vue, qui n’appartient pas à tout le monde, pour pouvoir, avec autant de constance, réunir l’élégance des sentiments, les valeurs humaines et l’action politique. Les écris politiques, en effet, traduisent rarement cette capacité d’associer avec ce naturel l’éthique et le politique. Bernard réussit à un faire un livre combatif et optimiste.

Voilà, c’est comme cela que j’ai lu le livre de Bernard. Je vous conseillerais volontiers de le lire, mais il n’est pas en vente publique. En tous les cas pas pour le moment…

Et puis, « Une vie » – une vie aussi dense que celle de Bernard Deschamps – fait défiler, pour les délices de la mémoire, tellement de célébrités, de personnalités, d’élus, de dirigeants et de militant(e)s de France et d’ailleurs… Certes, Bernard m’a dit regretter de n’avoir tout traiter de ses archives, d’en avoir peut-être un peu oublié… Pourtant, la lecture vous permet de vous rappeler (surtout pour celles et ceux qui sont passés par là), les années 50, 60, 70, 80 et jusque aujourd’hui. C’est plusieurs vies dans une société et dans un monde en mutation. C’est considérable. Avec des moments, des épisodes, des questions et des enjeux de fond, des batailles qui ont marqué l’histoire politique de la France. Pour Bernard, c’est en particulier la solidarité et l’engagement anticolonialiste. « J’ai deux amours – dit-il – mon pays et l’Algérie ». C’est aussi le nucléaire (civil et militaire), le combat contre l’extrême droite, la démocratie, le refus des discriminations… et tant d’autres sujets.

C’est la vie bien remplie, et mieux que cela, d’un Communiste, un citoyen de son temps, à la fois bienveillant, fidèle et quelques fois critique, avec toujours cette hauteur de vue intellectuelle et morale qui donne à une pensée politique la crédibilité nécessaire. Merci Bernard.

Tunisie : retour de la répression… et nécessité de la solidarité.

Une réunion très importante s’est tenue le 30 juin dernier à la Bourse du Travail de Paris, à l’invitation du Comité pour le Respect des Libertés et des Droits de l’Homme en Tunisie (CRLDHT). Cette rencontre a rassemblé de nombreuses personnalité(e)s et représentant(e)s de forces politiques et sociales tunisiennes et françaises sur le thème du retour de la répression en Tunisie et, comme la souligné Kamel Jendoubi en conclusion, afin de recréer les conditions du combat pour les libertés et la démocratie alors que le sentiment de peur s’est développé dans la société. Instrumentalisation et perversion de la loi, du droit et de l’État de droit, extrême concentration d’un pouvoir redevenu dictatorial dans des formes spécifiques, justice et institutions bafouées et précarisées, étouffement de la liberté d’expression, liberté de la presse bafouée… Le constat nécessaire de ce qu’est devenu le régime tunisien est atterrant. Mais en Tunisie, la résistance existe et s’exprime avec un fort espoir de luttes et de solidarités. C’était le message essentiel de cette soirée. Kamel Jendoubi a annoncé des initiatives majeures pour contribuer et développer le mouvement de résistance et des soutiens en France et ailleurs en Europe. Il y aura donc des suites politiques marquantes et des événements à venir. Cela concerne en particulier toutes les forces politiques et sociales françaises et européennes qui ont soutenu, hier, il y a un peu plus d’une douzaine d’années, la révolution tunisienne qui mit à bas le régime de Ben Ali.

Parmi les personnalités présentes, plusieurs se sont exprimées par visioconférence depuis Tunis :

  • Sana Ben Achour, professeur à l’université, Présidente de l’association Beity (contre les discriminations, les violences et la vulnérabilité sociale des femmes)
  • Maître Ayachi Hammami, avocat, Président du Comité de Défense des détenus politiques.
  • Maître Bassem Trifi, avocat, Président de la Ligue tunisienne de Défense des Droits de l’Homme
  • Maître Brahim Belghith, avocat auprès de la Cour africaine des Droits de l’Homme et des Peuples.
  • Thameur Mekki, journaliste, Directeur de la rédaction du site Nawaat.
  • Romdhane Ben Amor, Membre du Forum tunisien des Droits économiques et sociaux (FTDES).

Liban : sur une crise majeure et sur la bien curieuse politique de la France…

Une interview d’Antonios Abou Kasm, avocat international, professeur de droit international. Antonios Abou Kasm a assuré la défense de la famille Haoui en sa qualité de Conseil principal – représentant légal des victimes au Tribunal spécial pour le Liban (TSL) lors du procès concernant l’assassinat de Georges Haoui, figure politique importante au Liban et ancien Secrétaire général du Parti communiste libanais. Ce procès n’aura pas lieu dans les circonstances actuelles, avec la fermeture du TSL à la fin de l’année 2023.

English translation below

JF :Après 15 ans d’une guerre civile commencée en 1975, et malgré les Accords de Taëf qui, en 1989, mirent fin à cette longue épreuve, il semble que le Liban ne soit jamais sorti d’une crise profonde touchant à la fois au contexte politique intérieur, et à la place singulière de ce pays au Proche-Orient. Mais aujourd’hui on a le sentiment que jamais la situation n’a été aussi grave, voire menaçante pour le pays lui-même… Êtes-vous d’accord avec cette appréciation ?

Antonios Abou Kasm : Plusieurs facteurs rendent la situation au Liban désastreuse. Évidemment, le Liban d’aujourd’hui ne ressemble plus à cette « Suisse de l’Orient » dont on parlait jadis. La mise en œuvre sélective et lacunaire de l’Accord de Taëf, a créé des usages politico-constitutionnels qui ont abouti à la destruction de l’État de droit, au partage du pouvoir sur des bases communautaires et féodales, par des interprétations dolosives de la Constitution. La corruption est devenue « monnaie courante ». Les deniers publics sont distribués entre les clans dominants. Le pouvoir judiciaire est transformé en une autorité au service de l’exécutif et des services. La démographie a été bouleversée avec l’arrivée de 2 millions et demi de réfugiés syriens sur le territoire, alors que la population libanaise n’atteint même plus les 4 millions du fait d’une émigration croissante des jeunes libanais. Les finances publiques connaissent un déficit insoutenable alors que la Banque centrale est accusée de conduire d’une politique suspecte en complicité avec le secteur bancaire. Les banques ont confisqué les avoirs des libanais faute de solvabilité. L’inflation monte jusqu’à des taux alarmants, aux alentours de 172%, avec une hausse de la valeur d’échange du dollar américain de 1500 livres libanaises (LL) pour atteindre les 150 000 LL en mars dernier ! Le prix du dollar, la panne d’électricité – devenue continuelle – et les prix très élevés du carburant ont entraîné la fermeture de nombreux hôpitaux, écoles et hôtels, et même d’industries. Les agents du secteur public ainsi que les juges et les enseignants des écoles publiques sont presque toujours en grève à cause de la diminution drastique des salaires. Ainsi, l’effondrement des institutions étatiques et la crise sociale majeure donnent à la crise libanaise une dimension « existentielle » exposant l’État lui-même à un danger imminent d’altération de sa pérennité.

JF : Quel est le rapport entre cette longue et dramatique évolution libanaise et, en août 2020, la gigantesque explosion au Port de Beyrouth (avec la détonation de 2750 tonnes de nitrate d’ammonium) qui fit 240 morts et détruisit une vaste partie de la ville ? Est-ce une catastrophe circonstancielle, ou bien est-ce un aspect de la crise générale au Liban ?

AAK : L’explosion du port de Beyrouth est le résultat de la corruption. La politique et celle du secteur public. A quoi s’ajoute un trafic mafieux d’armes illégales en relation avec le conflit armé en Syrie. Le Liban reste considéré comme une chasse privée pour certaines puissances régionales, là où elles installent et nourrissent des milices toujours disposées à mener leurs opérations dans le cadre de guerres que l’on appelle « proxy ». Juridiquement parlant, l’explosion du port de Beyrouth, pourrait être qualifiée de crime contre l’humanité. Un crime incontestablement commis dans le cadre d’une attaque généralisée et systématique contre la population civile, et bien sûr en toute connaissance de cause. L’ampleur de ce crime a poussé des puissances étrangères, en relations avec des dirigeants locaux, à orienter l’enquête afin de masquer les éléments de preuve pour pouvoir, selon une procédure illégale et en violation du Code de procédure pénale, bloquer l’accusation et laisser en liberté tous les vrais et les faux suspects pourtant déjà arrêtés.

JF : On sait que le Tribunal Spécial pour le Liban (TSL) créé par les Nations-Unies en février 2007 pour juger des attentats terroristes qui ont déstabilisé le Liban en 2005, ne sera pas en mesure d’aller au bout de son travail judiciaire. On se souvient en particulier de l’attentat majeur qui a tué l’ancien Premier ministre Rafic Hariri ainsi que 21 autres personnes en février 2005. En réalité, ce fut alors une suite d’attentats contre des personnalités publiques et politiques, par exemple Georges Haoui, ancien Secrétaire général du Parti communiste libanais, ou Gebran Tueni, directeur du grand quotidien An Nahar, et bien d’autres encore… En quoi ces attentats ont eux aussi traduit cette crise profonde du Liban, dans sa vie politique intérieure et dans son contexte régional ?

AAK : La perpétration de ces crimes visait plusieurs objectifs : limiter la liberté d’expression, assiéger la vie politique, tuer la démocratie au Liban, et terrifier la scène politique afin qu’elle devienne inactive et soumise au pouvoir. On a ainsi essayé de déposséder le Liban de ses atouts au sein d’un monde arabe dans lequel se sont installés des régimes autoritaires et religieux. Le modèle libanais initial se référant à la démocratie et à la diversité est effectivement un problème pour les régimes politiques du Moyen-Orient.

Le pire vient de ce que l’on appelle la « communauté internationale ». Celle-ci n’a pas réussi à ce que justice soit rendue aux victimes à travers le TSL (qui tient son existence d’une résolution du Conseil de Sécurité de l’ONU). Ce tribunal a jugé seulement, par défaut, 5 membres du Hezbollah accusés d’avoir tué le Premier ministre Rafic Hariri. Puis, il en a terminé avec ses activités en vertu d’un arrêt rendu par la Chambre d’appel confirmant la culpabilité de 3 desdits membres du Hezbollah. Cependant, le TSL (financé par des contributions facultatives) a été incapable de mener des procès dans les affaires connexes à l’attentat contre Rafic Hariri, à savoir l’assassinat de Monsieur Georges Haoui – ancien Secrétaire général du parti communiste libanais, et les attaques contre les anciens ministres Marwan Hamadé et Elias El-Murr. Sans notification préalable, cette « communauté internationale » a décidé subitement de ne plus financer le TSL… alors que le gouvernement libanais était incapable de continuer à assumer le financement de la Cour. Et le Secrétaire général de l’ONU n’a pas réussi à trouver des moyens alternatifs. On constate enfin que les autorités libanaises n’osent pas arrêter les condamnés du TSL, et que la justice libanaise n’ose pas non plus examiner les affaires relatives aux assassinats politiques survenus à la suite de l’attentat contre Hariri.

JF : Pour certains commentateurs français les causes de la crise libanaise se réduiraient à l’incapacité d’une « classe politique » dépassée et corrompue à faire face aux défis politiques et sociaux du pays. Il y a là certainement une grande part de vérité… Des mobilisations sociales importantes l’ont montré. Mais est-ce le seul paramètre explicatif de ce qui se passe au Liban depuis tant d’années ? Comment sortir de cette crise ?

AAK : Il faut rappeler qu’en vérité cette classe politique corrompue a été soutenue et financée par des puissances régionales et internationales. Le Liban après Taëf a été mis sous tutelle syrienne par compromis. Ce n’est qu’en 2004, que la politique occidentale a sérieusement changé, à la suite de l’importance que le Président Jacques Chirac avait consacré à la situation au Liban. Du fait de son amitié avec Rafic Hariri. La résolution 1559 a été adoptée en septembre 2004 par le Conseil de sécurité. Elle demandait le retrait des forces armées syriennes du territoire libanais et la démilitarisation des milices libanaises et non-libanaises. En application de cette résolution, les Syriens ont retiré leurs troupes du Liban début 2005. Mais le 14 février, une tonne de TNT explosait au passage du convoi du Premier ministre en tuant 21 autres personnes. La classe politique a alors profité du retrait syrien pour tisser de nouvelles alliances, parfois contradictoires, leur assurant une main-mise commune sur le pouvoir et sur le financement de leurs projets politiques.

La solution, c’est d’abord la dissolution de la Chambre des députés et l’élection de nouveaux parlementaires en suivant une nouvelle loi électorale qui soit conforme à la Constitution, et conforme aux critères d’égalité et d’équitable représentation. Le nouveau parlement, devra initier des réformes législatives radicales, dont principalement une garantie de l’indépendance de l’autorité judiciaire pour qu’elle devienne un vrai pouvoir indépendant. Des législations relatives à la restructuration des organes de contrôle de l’appareil administratif sont aussi nécessaires. Sur un autre plan, le pays a besoin de dispositions législatives qui comblent les lacunes constitutionnelles, par exemple afin d’empêcher un vide du pouvoir, comme c’est le cas pour la présidence actuellement, ou bien quant aux délais relatifs à la composition du gouvernement par le Premier ministre désigné. Le Liban a besoin d’un Chef d’État qui croit sérieusement à l’État de droit. Un Président qui assume le respect de la souveraineté libanaise dans le cadre de la légalité et de la légitimité internationale.

La récupération de la confiance dans le Liban comme nation viable exige une application non-sélective de la Constitution. Les réformes institutionnelles en application des accords de Taëf sont restées malheureusement lettre morte. Et le comité national pour la suppression du confessionnalisme politique exigé par ces accords Taëf, n’a pas été formé. La suppression du système confessionnel, l’un des objectifs de Taëf, ne pourra être atteinte qu’à travers l’établissement d’un Sénat (où seront représentées toutes les familles spirituelles) à la suite de l’élection de la Chambre des députés sur une base nationale et non confessionnelle. Cependant, la société civile au Liban, avec la gauche libanaise – faiblement représentée au Parlement – ne réussissent pas à prendre la relève des partis traditionnels progressistes et réformistes pionniers de la laïcité. Le combat contre le système confessionnel est sauvage, tellement certains partis politiques comptent sur leur appartenance confessionnelle pour prendre pouvoir.

Au surplus, le Liban ne dispose pas de frontières clairement définies avec la Syrie. Et Israël occupe une partie du territoire libanais en violant de façon permanente sa souveraineté nationale. A la suite de la décision de la gauche libanaise de se démilitariser en application de Taëf, une résistance militaire islamique (sous le nom Hezbollah) a réussi à s’emparer du rôle qui avait été gagné par le Front de la résistance nationale libanaise, la première résistance militaire contre l’occupation israélienne. Le Hezbollah s’est donc organisé afin de chasser l’armée israélienne des zones qu’elle occupe. La résistance islamique s’est par la suite développée – avec l’aide de l’Iran – en un groupe armé organisé à caractère régional.

JF : Comment analyser l’implication directe de certains États au Liban, en particulier l’Iran, à travers le Hezbollah, et l’Arabie Saoudite ? Le Hezbollah constitue une vraie force politique et militaire libanaise, militairement très engagée en Syrie au côté du régime de Bachar El Assad. Pourquoi en est-il ainsi ? Quant à l’Arabie Saoudite, comment ne pas rappeler ses pratiques politiques violentes, en particulier l’horrible assassinat du journaliste Jamal Kashoggi en 2018 ? On se souvient aussi qu’en novembre 2017, Saad Hariri, alors Premier ministre du Liban, a été pris en otage durant 18 jours par Mohamed Ben Salman, principal dirigeant du Royaume saoudien, afin de peser sur les choix internes du Liban et obliger Saad Hariri à démissionner. Le Liban est souvent qualifié de « caisse de résonance des contradictions régionales ». N’est-il pas en réalité un terrain d’affrontement régional et international direct sur lequel les États-Unis et la Russie ne sont jamais absents. Pouvez-vous nous expliquer de façon la plus pédagogique possible cette géopolitique très complexe ?

AAK : Le Liban, le maillon faible, fut hier choisi comme le territoire à travers lequel on exerce le « devoir de résistance » contre Israël, l’ennemi des États arabes auparavant… mais plus maintenant. On voit par exemple que la Syrie, malgré le fait qu’Israël occupe le Golan, n’a jamais ouvert la moindre bataille sur ses frontières afin de libérer les territoires occupés. Malgré les raids israéliens qui ciblent Damas et ses alliés iraniens presque chaque semaine, et sur tout le territoire syrien, on ne voit aucune réponse syrienne. Le conflit avec Israël se déroule dans une guerre de proxy menée principalement par l’Iran en accord avec son allié syrien. Le Hezbollah, dans ce rôle-là, et du fait de son idéologie, de sa discipline, a renforcé son pouvoir. Ce qui a contribué à élargir le champ d’action de Téhéran dans la majorité des pays arabes.

L’engagement du Hezbollah dans la guerre au Yémen et son soutien militaire aux attaques houthistes contre l’Arabie Saoudite, a fait de cette organisation un ennemi des saoudiens. Leur confrontation directe s’est déplacée à Beyrouth. En revanche, le Hezbollah a réussi à conclure une entente politique avec Saad Hariri, qui est en principe l’allié premier des saoudiens. La cohabitation politique positive entre Saad Hariri et le Hezbollah, accusé par le TSL à La Haye du meurtre de son père le Cheikh Rafic, a posé problème au régime saoudien. Celui-ci a effectivement voulu forcer Saad Hariri à démissionner de sa fonction de Premier ministre… du fait qu’il est d’origine saoudienne. Alors que Riyad s’attendait à ce que Saad Hariri exploite sa position officielle pour isoler le Hezbollah, Saad a cherché la paix avec la majorité chiite, pour assurer au moins une continuité au pouvoir.

Le Liban désigné comme « État-tampon », a ainsi servi de terrain de bataille pour le conflit irano-saoudien, et le pays s’est coupé en deux clans principaux, aboutissant à un blocage institutionnel. Les Chrétiens se sont à leur tour divisés entre pro-saoudiens et pro-iraniens. Une majorité chrétienne ne disposant pas de moyens, a ainsi décidé de rester à l’abri de cette bipolarisation. Le front régional et occidental anti-Hezbollah avait commencé à jouer la carte des réfugiés syriens au Liban – en majorité sunnites et hostiles au régime de Bachar Al-Assad – afin de changer la donne démographique au Liban.

Malgré l’entente embryonnaire saoudo-iranienne et saoudo-syrienne aujourd’hui, l’Iran ne cesse de jouer la carte du Hezbollah sur la table des négociations autour d’une paix lointaine au Yémen. Devenue d’abord hostile à la politique saoudienne dans la région, l’Administration Biden a cherché à accentuer ses pressions sur le régime syrien. Celui-ci a pourtant réussi à récupérer une légitimité arabe. Le facteur perturbateur américain complique la nouvelle politique saoudienne au Liban, et offre une chance au Hezbollah de rester une résistance face aux violations israéliennes de la « ligne bleue » au Liban-sud. Des violations qui deviennent fréquentes en suivant un rythme ascendant. La Russie a réussi à stabiliser le régime Bachar Al-Assad en l’inscrivant dans le nouveau « modèle » d’alliance conclu avec l’Arabie saoudite sur, si on peut dire, l’axe chinois. Les États-Unis sont encerclés au Moyen-Orient. La carte israélienne leur paraît la plus inflammable et la plus utile pour pouvoir briser les nouvelles alliances ou ententes, et acculer ainsi les États arabes à une bataille contre l’Iran.

JF : Quelle appréciation porter sur l’implication française ? En particulier sur les tentatives, jusqu’ici sans résultats, engagées par Emmanuel Macron pour dépasser les impasses politiques libanaises actuelles ? Pensez-vous que la France devrait jouer un rôle, dans quel esprit et pour quels objectifs ?

AAK : l’implication française n’a jamais été interprétée comme une interférence dans les affaires internes du Liban. Les Libanais ont toujours recours à la France pour leur venir en aide dans des circonstances difficiles. Mais la France, alliée historique des chrétiens du Liban et leur « tendre mère », a changé d’alliances… La France a engagé une ouverture vers d’autres composantes de la société libanaise. Elle avait tenté des alliances tantôt avec les Sunnites, tantôt avec les Chiites sans succès réel. En revanche, les nouvelles alliances françaises ont compliqué le rôle de Paris qui a réussi à établir des relations amicales avec le Hezbollah. Celui-ci devient ainsi, petit à petit, un allié stratégique pour la France. Cette entente avec le Hezbollah repose sur des intérêts commerciaux et pétroliers, en plus d’intérêts politiques dépassant le territoire du Liban pour concerner l’Iran, sponsor mondial du Hezbollah.

Historiquement, la France soutient la Présidence libanaise, la seule chrétienne dans le monde arabe. Le fait qu’Emmanuel Macron, pour la Présidence à élire, avait essayé de soutenir durant plusieurs mois la candidature de chrétiens, ceux choisis exclusivement par le Hezbollah, prouve que la France brise de facto la décision politique chrétienne. Le Président de la République constitue le dernier socle des chrétiens au Liban. C’est le garant de la Constitution, de la diversité et du dialogue islamo-chrétien. C’est le « médiateur » qui assure l’équilibre entre sunnites et chiites.

Le revirement de la politique française, au motif de l’ouverture politique, a coûté cher à la France. Les deux visites exceptionnelles du président Macron à la suite de l’explosion au Port de Beyrouth ont connu malheureusement des échecs impitoyables. Les promesses du Président français aux Libanais n’ont pas pu être réalisées à cause de la division bipolaire radicale de la scène politique libanaise.

Il est conseillé à la France de changer de politique au Liban afin de remédier à l’affaiblissement du rôle des chrétiens, de maintenir la diversité afin d’aboutir à un État de droit civil… sinon le Liban se transformera bientôt en république islamique. La France a cherché un allié fort au Liban. Elle a trouvé le Hezbollah. Mais ce type d’alliance porte le risque d’aboutir à un changement radical de l’identité culturelle du Liban. La France doit contribuer à l’intégration du Hezbollah dans la société libanaise, et non pas l’inverse.

La France, avec diligence, doit veiller à ne pas assurer le soutien politique à des personnalités politiques libanaises corrompues. Ce type de soutien à des businessmen libanais entache l’image de la France qui devrait penser le Liban futur avec des élites libanaises ne cherchant que l’intérêt de la nation. Le Liban c’est presque la seule empreinte francophone dans le monde arabe, grâce à des relations historiques basées sur des valeurs comme la liberté, la fraternité et l’égalité, qui sont contraires aux valeurs du fanatisme, aux discours de haine et à la discrimination religieuse et politique.

La France est invitée à initier un dialogue interlibanais, basé sur les principes de l’État de droit, de la démocratie et du règlement pacifique des différends, et sur une administration libanaise non-corrompue pour tout le monde. Malheureusement, le fonctionnement de la Constitution libanaise suivant les principes de Taëf exige toujours la présence d’un parrain extérieur exerçant un pouvoir « régulateur ». Ce rôle, avant 2005, a été amplement joué par le régime syrien. La protection du système politique libanais nécessite le courage d’amender la Constitution afin de clarifier le rôle des institutions et de mettre des limites claires à tous les pouvoirs discrétionnaires. La France devrait jouer un rôle de médiateur fort, afin de conforter la démocratie consensuelle consociative conforme au pacte national (ou pactiste) comme un atout du système multiculturel libanais. Contre tout projet de partition, de division ou d’application de la « démocratie du nombre » à des fins discriminatoires, éliminatoires et inégalitaires.

La visite exceptionnelle au Liban de l’ancien ministre Jean-Yves Le Drian, envoyé personnel du Président Macron, constitue une occasion inédite. Ce signal de l’Élysée manifeste une volonté française de mettre la situation au Liban sur les bons rails. L’impartialité et l’objectivité doivent constituer les deux piliers d’une mission réussie, qui puisse encourager les Libanais à résoudre leurs problèmes à travers le dialogue sur le futur de la nation, loin de la corruption et du fanatisme.

Lebanon: on a major crisis and France’s curious policy…

An interview with Antonios Abou Kasm, international lawyer and professor of international law. Antonios Abou Kasm defended the Haoui family in his capacity as Principal Counsel – legal representative of the victims at the Special Tribunal for Lebanon (STL) during the trial concerning the assassination of Georges Haoui, an important political figure in Lebanon and former Secretary General of the Lebanese Communist Party. This trial will not take place under current circumstances, with the closure of the TSL at the end of 2023.

JF : After 15 years of a civil war that began in 1975, and despite the Taif Accords that put an end to this long ordeal in 1989, it seems that Lebanon has never emerged from a deep crisis affecting both the domestic political context and the country’s unique place in the Middle East. Today, however, we have the feeling that the situation has never been so serious, even threatening for the country itself… Do you agree with this assessment?

Antonios Abou Kasm : The situation in Lebanon is disastrous for a number of reasons. Obviously, today’s Lebanon no longer resembles the « Switzerland of the Orient » we once spoke of. The selective and incomplete implementation of the Taif Agreement has created political and constitutional practices that have led to the destruction of the rule of law, power-sharing on a communal and feudal basis, and fraudulent interpretations of the Constitution. Corruption has become commonplace. Public funds are distributed among dominant clans. The judiciary has been transformed into an authority at the service of the executive and the services. Demographics have been turned upside down with the arrival of 2.5 million Syrian refugees, while the Lebanese population has shrunk to less than 4 million due to the increasing emigration of young Lebanese. Public finances are running an unsustainable deficit, while the Central Bank is accused of pursuing a suspicious policy in collusion with the banking sector. Banks have confiscated the assets of the Lebanese for lack of solvency. Inflation is rising to alarming levels, at around 172%, with the exchange value of the US dollar rising from 1,500 Lebanese pounds (LL) to 150,000 LL last March! The price of the dollar, the ongoing power cuts and the very high price of fuel have led to the closure of many hospitals, schools, hotels and even industries. Public sector workers, judges and public school teachers are almost always on strike because of the drastic reduction in salaries. Thus, the collapse of state institutions and the major social crisis give the Lebanese crisis an « existential » dimension, exposing the state itself to the imminent danger of altering its sustainability.

JF : What is the connection between this long and dramatic evolution in Lebanon and, in August 2020, the gigantic explosion at the Port of Beirut (involving the detonation of 2,750 tonnes of ammonium nitrate), which killed 240 people and destroyed a large part of the city? Was this a circumstantial catastrophe, or is it part of the general crisis in Lebanon?

AAK : The Beirut port explosion was the result of corruption. Political and public sector corruption. Added to this is a mafia-style traffic in illegal arms linked to the armed conflict in Syria. Lebanon is still considered a private hunting ground for certain regional powers, where they install and nurture militias always ready to carry out their operations within the framework of so-called « proxy » wars. Legally speaking, the explosion in the port of Beirut could be qualified as a crime against humanity. A crime unquestionably committed as part of a widespread and systematic attack against the civilian population, and of course with full knowledge of the facts. The scale of this crime has prompted foreign powers, with connections to local leaders, to steer the investigation in such a way as to conceal the evidence, so as to be able to block the prosecution, using illegal procedures and in violation of the Code of Criminal Procedure, and let all the real and false suspects go free, despite the fact that they had already been arrested.

JF : We know that the Special Tribunal for Lebanon (STL), set up by the United Nations in February 2007 to judge the terrorist attacks that destabilized Lebanon in 2005, will not be able to complete its judicial work. We remember in particular the major attack that killed former Prime Minister Rafic Hariri and 21 other people in February 2005. In reality, it was a series of attacks on public and political figures, such as Georges Haoui, former Secretary General of the Lebanese Communist Party, or Gebran Tueni, director of the leading daily An Nahar, and many others… In what way did these attacks also reflect this deep crisis in Lebanon, in its domestic political life and in its regional context?

AAK : The perpetration of these crimes had several aims: to limit freedom of expression, to lay siege to political life, to kill democracy in Lebanon, and to terrify the political scene so that it becomes inactive and subservient to power. The aim was to deprive Lebanon of its assets in an Arab world where authoritarian and religious regimes have taken over. The original Lebanese model of democracy and diversity is indeed a problem for political regimes in the Middle East.

The worst comes from the so-called « international community ». It has failed to deliver justice to the victims through the TSL (which owes its existence to a UN Security Council resolution). This tribunal only tried, in absentia, 5 members of Hezbollah accused of killing Prime Minister Rafik Hariri. It then ended its activities by virtue of a ruling by the Appeals Chamber confirming the guilt of 3 of the said Hezbollah members. However, the TSL (funded by voluntary contributions) has been unable to conduct trials in cases related to the attack on Rafik Hariri, namely the assassination of Mr Georges Haoui – former Secretary General of the Lebanese Communist Party, and the attacks on former ministers Marwan Hamadé and Elias El-Murr. Without prior notice, this « international community » suddenly decided to stop funding the TSL… while the Lebanese government was unable to continue financing the Court. And the UN Secretary-General was unable to find alternative means. Finally, we note that the Lebanese authorities do not dare arrest those convicted by the TSL, and that the Lebanese justice system does not dare examine the cases relating to the political assassinations that took place following the attack on Hariri.

JF : For some French commentators, the causes of the Lebanese crisis boil down to the inability of an outmoded and corrupt « political class » to face up to the country’s political and social challenges. There is certainly a great deal of truth in this… Major social mobilizations have demonstrated this. But is this the only explanation for what has been happening in Lebanon for so many years? How can we get out of this crisis?

AAK : We must remember that the corrupt political class has been supported and financed by regional and international powers. After Taif, Lebanon was placed under Syrian trusteeship as a compromise. It was only in 2004 that Western policy seriously changed, following President Jacques Chirac’s focus on the situation in Lebanon. Because of his friendship with Rafic Hariri. Resolution 1559 was adopted by the Security Council in September 2004. It called for the withdrawal of Syrian armed forces from Lebanese territory and the demilitarization of Lebanese and non-Lebanese militias. In application of this resolution, the Syrians withdrew their troops from Lebanon in early 2005. But on February 14, a ton of TNT exploded as the Prime Minister’s convoy passed, killing 21 other people. The political class then took advantage of the Syrian withdrawal to forge new, sometimes contradictory alliances, ensuring a shared hold on power and the financing of their political projects.

The solution lies first and foremost in dissolving the Chamber of Deputies and electing new members of parliament in accordance with a new electoral law that complies with the Constitution and the criteria of equality and fair representation. The new parliament will have to initiate radical legislative reforms, principally guaranteeing the independence of the judiciary so that it becomes a truly independent power. Legislation is also needed to restructure the supervisory bodies of the administrative apparatus. On another level, the country needs legislative provisions to fill constitutional gaps, for example to prevent a power vacuum, as is currently the case with the presidency, or with regard to deadlines for the composition of the government by the Prime Minister-designate. Lebanon needs a Head of State who seriously believes in the rule of law. A President who assumes respect for Lebanese sovereignty within the framework of international legality and legitimacy.

Recovering confidence in Lebanon as a viable nation requires a non-selective application of the Constitution. Institutional reforms in application of the Taif Accords have unfortunately remained a dead letter. And the national committee for the abolition of political confessionalism required by the Taëf agreements has not been formed. The abolition of the confessional system, one of the Taif objectives, can only be achieved through the establishment of a Senate (where all spiritual families will be represented) following the election of the Chamber of Deputies on a national and non-confessional basis. However, civil society in Lebanon, along with the Lebanese left – which is poorly represented in Parliament – has not succeeded in taking over from the traditional progressive and reformist parties that pioneered secularism. The battle against the denominational system is a savage one, with some political parties relying so heavily on their denominational affiliation to gain power.

Moreover, Lebanon has no clearly defined borders with Syria. And Israel occupies part of Lebanese territory, permanently violating its national sovereignty. Following the Lebanese left’s decision to demilitarize in application of Taif, an Islamic military resistance (under the name Hezbollah) succeeded in seizing the role that had been won by the Lebanese National Resistance Front, the first military resistance against Israeli occupation. Hezbollah organized itself to drive the Israeli army out of the areas it occupied. The Islamic resistance then developed – with the help of Iran – into an organized regional armed group.

JF : How do you analyze the direct involvement of certain states in Lebanon, in particular Iran, through Hezbollah, and Saudi Arabia? Hezbollah is a real Lebanese political and military force, militarily very much involved in Syria alongside Bashar El Assad’s regime. Why is this so? As for Saudi Arabia, how can we fail to recall its violent political practices, in particular the horrific murder of journalist Jamal Kashoggi in 2018? We also recall that in November 2017, Saad Hariri, then Prime Minister of Lebanon, was taken hostage for 18 days by Mohamed Ben Salman, the Saudi Kingdom’s top leader, in order to influence Lebanon’s internal choices and force Saad Hariri to resign. Lebanon is often described as a « sounding board for regional contradictions ». Is it not, in fact, an arena of direct regional and international confrontation in which the United States and Russia are never absent? Could you explain this highly complex geopolitics to us in the most educational way possible?

AAK : Lebanon, the weakest link, was chosen yesterday as the territory through which to exercise the « duty of resistance » against Israel, previously the enemy of the Arab states… but no longer. We can see, for example, that Syria, despite Israel’s occupation of the Golan Heights, has never opened the slightest battle on its borders to liberate the occupied territories. Despite Israeli raids targeting Damascus and its Iranian allies almost every week, and all over Syrian territory, there has been no Syrian response. The conflict with Israel is taking place in a proxy war waged mainly by Iran in agreement with its Syrian ally. In this role, Hezbollah’s ideology and discipline have strengthened its power. This has helped to expand Teheran’s sphere of action in most Arab countries.

Hezbollah’s involvement in the war in Yemen and its military support for the Houthist attacks on Saudi Arabia have made it an enemy of the Saudis. Their direct confrontation has moved to Beirut. On the other hand, Hezbollah has managed to reach a political agreement with Saad Hariri, who is in principle the Saudi’s main ally. The positive political cohabitation between Saad Hariri and Hezbollah, accused by the TSL in The Hague of the murder of his father Sheikh Rafic, posed a problem for the Saudi regime. The latter wanted to force Saad Hariri to resign as Prime Minister… because he is of Saudi origin. While Riyadh expected Saad Hariri to exploit his official position to isolate Hezbollah, Saad sought peace with the Shiite majority, to ensure at least continuity of power.

Lebanon, designated as a « buffer state », thus served as a battleground for the Iranian-Saudi conflict, and the country split into two main clans, leading to institutional deadlock. The Christians, in turn, were divided between pro-Saudi and pro-Iranian. A Christian majority, lacking the means to do so, decided to remain sheltered from this bipolarization. The regional and Western anti-Hezbollah front had begun to play the Syrian refugee card in Lebanon – mostly Sunni and hostile to Bashar Al-Assad’s regime – in order to change the demographic situation in Lebanon.

Despite the embryonic Saudi-Iranian and Saudi-Syrian entente today, Iran continues to play the Hezbollah card at the negotiating table for a distant peace in Yemen. Initially hostile to Saudi policy in the region, the Biden administration has sought to step up pressure on the Syrian regime. However, the Syrian regime has managed to regain Arab legitimacy. The American disruptive factor complicates the new Saudi policy in Lebanon, and offers Hezbollah a chance to maintain its resistance to Israeli violations of the « blue line » in southern Lebanon. Violations that are becoming more frequent as the pace increases. Russia has succeeded in stabilizing the Bashar Al-Assad regime by making it part of the new « model » alliance with Saudi Arabia on, so to speak, the Chinese axis. The United States is surrounded in the Middle East. The Israeli card seems to them the most inflammable and the most useful for breaking new alliances or agreements, and thus cornering the Arab states into a battle against Iran.

JF : How would you assess France’s involvement? In particular, how would you assess Emmanuel Macron’s so far fruitless attempts to overcome the current political impasse in Lebanon? Do you think France should play a role, in what spirit and for what objectives?

AAK : French involvement has never been interpreted as interference in Lebanon’s internal affairs. The Lebanese have always turned to France for help in difficult circumstances. But France, the historic ally of Lebanon’s Christians and their « tender mother », has changed alliances… France has opened up to other components of Lebanese society. It had tried alliances with both the Sunnis and the Shiites, without any real success. On the other hand, the new French alliances have complicated the role of Paris, which has succeeded in establishing friendly relations with Hezbollah. As a result, Hezbollah is gradually becoming a strategic ally for France. This entente with Hezbollah is based on commercial and oil interests, as well as political interests that extend beyond Lebanon to Iran, Hezbollah’s global sponsor.

Historically, France has supported the Lebanese Presidency, the only Christian one in the Arab world. The fact that Emmanuel Macron, for the Presidency to be elected, had tried for several months to support the candidacy of Christians, those chosen exclusively by Hezbollah, proves that France is de facto breaking the Christian political decision. The President of the Republic is the last base for Christians in Lebanon. He is the guarantor of the Constitution, of diversity and of Islamic-Christian dialogue. He is the « mediator » who ensures the balance between Sunnis and Shiites.

The reversal of French policy, on the grounds of political openness, has cost France dearly. President Macron’s two exceptional visits in the wake of the explosion in the Port of Beirut were, unfortunately, ruthless failures. The French President’s promises to the Lebanese could not be fulfilled due to the radical bipolar division of the Lebanese political scene.

France is advised to change its policy in Lebanon in order to remedy the weakening of the role of Christians, to maintain diversity in order to achieve a state based on civil law… otherwise Lebanon will soon turn into an Islamic republic. France sought a strong ally in Lebanon. It found Hezbollah. But this type of alliance carries the risk of leading to a radical change in Lebanon’s cultural identity. France must help integrate Hezbollah into Lebanese society, not the other way round.
France must be diligent in ensuring that it does not provide political support to corrupt Lebanese politicians. This type of support for Lebanese businessmen tarnishes the image of France, which should be thinking of Lebanon’s future with Lebanese elites seeking only the interests of the nation. Lebanon is almost the only French-speaking footprint in the Arab world, thanks to historical relations based on values such as liberty, fraternity and equality, which are contrary to the values of fanaticism, hate speech and religious and political discrimination.

France is invited to initiate an inter-Lebanese dialogue, based on the principles of the rule of law, democracy and the peaceful settlement of disputes, and on a non-corrupt Lebanese administration for all. Unfortunately, the operation of the Lebanese Constitution according to the Taif principles still requires the presence of an external sponsor exercising « regulatory » power. Prior to 2005, this role was amply fulfilled by the Syrian regime. Protecting Lebanon’s political system requires the courage to amend the Constitution in order to clarify the role of institutions and set clear limits to all discretionary powers. France should play a strong mediating role, in order to consolidate consensual consociative democracy in line with the national (or pactist) pact as an asset of the Lebanese multicultural system. Against any plans to partition, divide or apply « democracy of numbers » for discriminatory, eliminatory and unequal purposes.

The exceptional visit to Lebanon by former minister Jean-Yves Le Drian, President Macron’s personal envoy, represents an unprecedented opportunity. This signal from the Élysée demonstrates France’s determination to put the situation in Lebanon on the right track. Impartiality and objectivity must be the two pillars of a successful mission, which can encourage the Lebanese to solve their problems through dialogue on the nation’s future, away from corruption and fanaticism.

DOCUMENT – Afghanistan : une sombre situation…

Selon un rapport au Conseil de sécurité de l’ONU, le pays connaît « la plus grande crise humanitaire du monde ». Elle s’est aggravée au fur et à mesure que l’année 2023 avançait, le nombre de personnes nécessitant une assistance humanitaire passant de 28,3 millions au début de l’année à 28,8 millions à la fin du mois de mai. Soit plus de la moitié de la population totale du pays (41 millions d’habitants).

Ce document d’information issu du Secrétariat des Nations-Unies donne une idée de la situation dramatique de l’Afghanistan d’aujourd’hui.

https://www.securitycouncilreport.org/whatsinblue/2023/06/afghanistan-briefing-and-consultations-6.php?utm_medium=email&utm_campaign=20%20june%202023%20campaign%20ii&utm_content=20%20june%202023%20campaign%20ii+CID_add79fec9e20a5ab54825ae98b4f0f14&utm_source=Email%20Newsletter&utm_term=Afghanistan%20Briefing%20and%20Consultations
What’s In Blue – Posted Tuesday 20 Jun. 2023 – Security Council Report

Texte intégral du rapport :

Demain (21 juin), le Conseil de sécurité se réunira pour une séance d’information publique, suivie de consultations à huis clos, sur l’Afghanistan. La représentante spéciale du Secrétaire général et chef de la Mission d’assistance des Nations Unies en Afghanistan (MANUA), Roza Otunbayeva, et une représentante de la société civile afghane sont attendues. Le chef et représentant de l’OCHA (Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations-Unies) à Genève et directeur de la division de la coordination, Ramesh Rajasingham, informera également le Conseil par vidéoconférence pendant les consultations à huis clos. M. Rajasingham s’exprimera au nom du Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et coordinateur des secours d’urgence, M. Martin Griffiths, conformément à la résolution 2615 du 22 décembre 2021, qui prévoit une exception humanitaire au régime de sanctions de 1988 à l’encontre de l’Afghanistan et demande que le coordinateur des secours d’urgence informe le Conseil, tous les six mois, de l’acheminement de l’aide humanitaire dans ce pays.

La situation humanitaire en Afghanistan reste sombre. Selon la mise à jour humanitaire de mai de l’OCHA sur l’Afghanistan, qui a été publiée le 15 juin, le pays connaît « la plus grande crise humanitaire du monde ». La mise à jour note également que la crise s’est aggravée au fur et à mesure que l’année 2023 avançait, le nombre de personnes nécessitant une assistance humanitaire passant de 28,3 millions au début de l’année à 28,8 millions à la fin du mois de mai.

Le 5 juin, l’OCHA a annoncé que le budget du plan d’intervention humanitaire pour l’Afghanistan en 2023 avait été révisé, passant de 4,6 milliards de dollars à 3,2 milliards de dollars. La mise à jour humanitaire de mai de l’OCHA attribue cette réduction à plusieurs facteurs, notamment le sous-financement, la capacité de ses partenaires humanitaires, l’évolution de l’environnement opérationnel, les dernières projections en matière d’insécurité alimentaire et l’accent mis sur les groupes les plus vulnérables du pays.

Les politiques et les pratiques des Talibans, notamment l’interdiction faite au personnel féminin de travailler pour les ONG et le décret interdisant aux femmes afghanes de travailler pour les Nations-Unies, ont eu un impact particulièrement négatif sur la réponse humanitaire en Afghanistan. Le dernier rapport du Secrétaire général sur la MANUA, qui a été remis aux membres du Conseil le 19 juin, indique qu’il est de plus en plus difficile d’accéder aux femmes dans le besoin, et que les composantes essentielles de la promotion de l’hygiène, de la communication sur les risques et des activités axées sur l’engagement communautaire sont particulièrement touchées. Le rapport note également que la communauté humanitaire a continué à « négocier pour étendre les autorisations ». À cet égard, le Conseil norvégien pour les réfugiés (NRC) a annoncé le 5 juin qu’il avait repris ses opérations dans certaines parties du pays après que les tTlibans ont accepté de permettre à son personnel féminin de retourner au travail. Dans un tweet du 5 juin, le Secrétaire général du NRC, Jan Egeland, a déclaré que le NRC « a pu reprendre la plupart de ses opérations humanitaires à Kandahar ainsi que dans un certain nombre d’autres régions d’Afghanistan » et que le travail du NRC implique « une participation égale de nos collègues humanitaires féminins et masculins ».

D’autres pratiques et politiques des Talibans ont également eu un impact négatif sur la fourniture de l’aide humanitaire. L’aperçu de l’accès humanitaire de l’OCHA pour le mois de mars, publié le 25 mai, indique que les incidents d’interférence avec les activités humanitaires, y compris le détournement de l’aide et l’interférence avec la sélection des bénéficiaires et le recrutement du personnel, ont triplé par rapport à la même période de l’année dernière. Des rapports ont également été publiés qui suggèrent que les Talibans pourraient continuer à étendre leurs politiques de perturbation des activités humanitaires. Dans une déclaration du 8 juin, Samantha Mort, porte-parole de l’UNICEF, a déclaré que « l’UNICEF est profondément préoccupée par les informations selon lesquelles plus de 500 000 enfants, dont plus de 300 000 filles, pourraient être privés d’un apprentissage de qualité grâce à l’éducation communautaire en l’espace d’un mois si les organisations non gouvernementales internationales travaillant dans le domaine de l’éducation n’étaient plus autorisées à opérer ».

Lors de l’examen de la situation humanitaire en Afghanistan demain, les membres du Conseil exprimeront probablement leur inquiétude face à l’ampleur de la crise et souligneront l’importance de faciliter l’aide humanitaire. Certains membres pourraient demander aux Talibans de se conformer à la résolution 2681 du 27 avril, qui, entre autres, réitère la demande du Conseil que toutes les parties autorisent un accès humanitaire complet, rapide, sûr et sans entrave au personnel des Nations-Unies et aux autres acteurs humanitaires, quel que soit leur sexe. Les membres pourraient également exhorter les Talibans à s’abstenir d’émettre de nouveaux décrets qui entraveraient davantage la capacité des organisations humanitaires à mener à bien leur travail.

Les membres du Conseil sont également susceptibles de se concentrer sur la menace terroriste émanant de l’Afghanistan au cours de la réunion de demain. Le dernier rapport de l’équipe de surveillance soutenant le Comité des sanctions contre l’Afghanistan de 1988, publié le 1er juin, conclut que les liens entre les Talibans et Al-Qaeda et le Tehrik-e-Taliban Pakistan (TTP) restent « forts et symbiotiques » et que « toute une série de groupes terroristes jouissent d’une plus grande liberté de mouvement sous le régime des Talibans ». Le rapport note également qu’Al-Qaida semble reconstituer ses capacités opérationnelles, que le TTP lance des attaques au Pakistan avec le soutien des Talibans et que ces derniers n’ont pas tenu les promesses de lutte contre le terrorisme faites dans l’accord de Doha.

Des attentats terroristes ont également continué à être perpétrés dans tout l’Afghanistan. Le 6 juin, le gouverneur par intérim de la province de Badakhshan a été tué dans un attentat-suicide qui a été revendiqué par l’État islamique en Irak et au Levant – Province de Khorasan (ISIL-K), la filiale afghane de l’État islamique en Irak et au Levant (ISIL/Daesh). Une autre personne a été tuée et au moins six autres ont été blessées au cours de l’attaque. Dans leurs déclarations de demain, les membres du Conseil pourraient souligner que l’Afghanistan ne doit pas devenir un refuge pour le terrorisme et appeler les Talibans à respecter les engagements qu’ils ont pris à cet égard.

La situation des droits de l’homme en Afghanistan, en particulier pour les femmes et les jeunes filles, est un autre sujet susceptible d’être abordé lors de la réunion de demain. Le dernier rapport du rapporteur spécial sur la situation des droits de l’homme en Afghanistan, rédigé conjointement avec le groupe de travail sur la discrimination à l’égard des femmes et des filles, et publié le 15 juin, constate que les Talibans sont responsables « des formes les plus extrêmes de discrimination fondée sur le sexe, et de censure généralisée par le biais de restrictions visant les femmes et les filles, de l’abolition des protections juridiques et des mécanismes de responsabilisation en cas de violence fondée sur le sexe, ainsi que du déni permanent des droits ». De manière plus générale, le rapport du Secrétaire général fait référence à une série de violations des droits de l’homme perpétrées par les Talibans, notamment les exécutions extrajudiciaires, les arrestations et détentions arbitraires, la torture, le recours aux châtiments corporels et les restrictions à la liberté d’expression. Les membres du Conseil peuvent condamner ces violations dans leurs déclarations de demain et exhorter les Talibans à cesser de violer les droits de l’homme. Les membres peuvent également se référer à la résolution 2681 du 27 avril, qui appelle à la participation pleine, égale et significative des femmes et des filles en Afghanistan et demande aux Talibans de revenir rapidement sur leurs politiques et pratiques qui restreignent la jouissance par les femmes et les filles de leurs droits fondamentaux.

Les affrontements frontaliers du 27 mai entre les forces de sécurité iraniennes et talibanes, qui ont fait au moins trois morts et sont survenus dans le cadre d’un différend entre l’Iran et les Talibans sur les droits d’utilisation de l’eau de la rivière Helmand, pourraient également faire l’objet d’un débat. Les membres du Conseil pourraient être intéressés par l’analyse d’Otunbayeva sur les circonstances qui ont conduit aux combats et sur la mesure dans laquelle le changement climatique a contribué à ce différend.

Le 25 avril, l’ONU a annoncé que Feridun Sinirlioğlu avait été nommé coordinateur spécial de l’évaluation indépendante sur l’Afghanistan demandée par la résolution 2679 du 16 mars. (Pour plus d’informations, voir notre article « What’s in Blue » du 16 mars.) Certains députés pourraient se réjouir de la nomination de Sinirlioğlu et exprimer leur soutien à l’évaluation indépendante dans leurs déclarations de demain. L’évaluation indépendante doit être achevée pour le 17 novembre.

Sabotage des gazoducs Nord Stream (Suite)…

La CIA aurait été mise au courant d’un projet ukrainien de destruction.

Maëlane LOAËC (avec AFP) – Publié le 7 juin 2023

– Une enquête du « Washington Post » révèle que la CIA avait été informée par une agence de renseignement d’un pays européen que des forces ukrainiennes s’apprêtaient à saboter le gazoduc Nord Stream.

– C’est ce que dévoilent des documents classifiés, divulgués en ligne au printemps.

– Les services américains auraient été informés en détail de ce plan en juin 2022, soit trois mois avant l’attaque.

Depuis plus de huit mois, le mystère reste épais autour du sabotage des gazoducs Nord Stream 1 et 2. Mais l’enquête progresse, avec de nouvelles révélations du Washington Post. Selon une enquête du quotidien américain, publiée mardi 6 juin, une agence de renseignement d’un pays européen avait prévenu la CIA en juin 2022 que des forces spéciales ukrainiennes comptaient faire exploser le gazoduc Nord Stream. Un plan présenté en détail, trois mois avant l’attaque.

Les gazoducs Nord Stream 1 et 2, devant transporter du gaz naturel de la Russie vers l’Allemagne, avaient été frappés par des explosions sous-marines le 26 septembre et ainsi rendus inopérants, privant potentiellement Moscou de milliards de dollars de revenus. Plusieurs pays, dont la Russie, l’Ukraine et les États-Unis, avaient été accusés d’en porter la responsabilité, mais tous s’en étaient défendus.

Le journal s’appuie sur des informations issues des nombreux documents confidentiels qui auraient été publiés en ligne par le jeune militaire américain Jack Teixeira, avant que la fuite ne soit découverte par l’armée et le suspect appréhendé mi-avril. Ces documents indiquaient qu’une agence de renseignement d’un pays européen non spécifié avait informé la CIA dans un rapport, quatre mois après le début de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, que des plongeurs militaires répondant directement au commandant en chef des forces armées ukrainiennes prévoyaient cette attaque contre Nord Stream.

« Des raisons de soupçonner Kiev d’être à l’origine du sabotage »

Toujours selon le Washington Post, les États-Unis, après avoir été prévenus du supposé projet de sabotage, en avaient averti des alliés dont l’Allemagne, d’après plusieurs fonctionnaires connaissant bien le dossier, qui ont témoigné auprès du journal sous couvert d’anonymat. « Les détails très précis, qui comprennent le nombre d’agents et les méthodes d’attaque, montrent que depuis près d’un an, les alliés occidentaux ont des raisons de soupçonner Kiev d’être à l’origine du sabotage », note le quotidien.

D’après les fonctionnaires interrogés, les auteurs présumés de l’attaque auraient été informés du fait que ces renseignements avaient été partagés avec plusieurs pays, et auraient donc modifié certains éléments de leur plan. Pour l’agence européenne de renseignement à l’origine de ces informations, l’opération était supervisée par le général ukrainien Valeriï Zaloujniï, à l’insu du président Volodymyr Zelensky, ce qui aurait ensuite permis au dirigeant ukrainien de nier l’implication de son pays dans une attaque susceptible de fissurer le soutien de ses alliés, en particulier européens.

Les révélations du journal américain corroborent des informations d’enquêteurs allemands, selon lesquelles une équipe de six personnes équipées de faux passeports, probablement des plongeurs expérimentés, aurait emprunté un voilier depuis le port de Rostock, en Allemagne, pour conduire l’opération. La société polonaise ayant loué le voilier serait en fait détenue par des Ukrainiens, et au moins un militaire ukrainien aurait participé à l’offensive.

Contactés par le Washington Post, des responsables ukrainiens, la Maison Blanche et la CIA ont refusé de commenter le rapport de l’agence de renseignement. En privé, les responsables du gouvernement de Joe Biden reconnaissent seulement ne pas disposer de preuves concluantes sur l’implication de Moscou dans l’attaque. Des médias danois ont toutefois récemment informé qu’un navire de la marine russe spécialisé dans les opérations sous-marines avait été photographié près de la zone du sabotage peu avant les explosions.

Selon le Washington Post, les services de renseignements américains s’inquiètent depuis longtemps des opérations que l’Ukraine souhaiterait diriger contre la Russie, qui pourraient faire basculer la guerre dans un conflit direct opposant Moscou aux États-Unis et leurs alliés de l’Otan. En février dernier, l’agence de renseignement militaire ukrainienne a accepté, « à la demande de Washington », de reporter des frappes prévues sur Moscou, selon un autre document classifié divulgué. Depuis, un raid de drones a été lancé sur la capitale russe le 30 mai dernier, une offensive inédite, et des incursions armées se multiplient dans la région russe de Belgorod, frontalière de l’Ukraine. Kiev continue de se défendre de toute implication dans ces attaques.

Sabotage de Nord Stream : de nouvelles pistes semblent mener à l’Ukraine.

Une interprétation plus crédible commencerait-elle à se faire un chemin ?..

Manon MICHEL TF1 26 mai 2023

Ce vendredi, l’hebdomadaire « Der Spiegel » révèle de nouvelles informations sur l’affaire du sabotage des gazoducs Nord Stream en mer baltique en septembre 2022.Les investigations policières se concentrent sur le voilier « l’Andromède », qui semblerait lié à l’Ukraine.Des traces d’un explosif fréquemment utilisé ont notamment été retrouvées dans le bateau.

De nouvelles pistes semblent mener à l’Ukraine dans l’enquête sur le sabotage des deux gazoducs Nord Stream reliant la Russie à l’Allemagne. Ce vendredi 26 mai, l’hebdomadaire allemand Der Spiegel a rapporté que les investigations policières se concentraient notamment sur un voilier, l' »Andromède », susceptible d’avoir servi au transport des explosifs utilisés pour le sabotage en septembre 2022 en mer Baltique. Les métadonnées d’un mail envoyé lors de la location du voilier mèneraient en effet à l’Ukraine.

En début de semaine, d’autres médias allemands, membres d’un consortium international de journalistes, ont remonté le fil de la location du bateau, effectuée par une société polonaise qui serait en fait détenue par des Ukrainiens. Et cette découverte n’est pas la seule. En effet, l’hebdomadaire, repris par l’AFP, fait aussi état de la découverte dans le bateau de traces d’un explosif, l’octogène, « très répandu tant à l’Ouest que dans l’ancien bloc de l’Est ».

Commando incontrôlé ? Services secrets ?

Le bateau serait parti de Rostock (port du nord de l’Allemagne) le 6 septembre, avec une équipe de six personnes à bord, dont des plongeurs et un médecin. Un des passagers du voilier, doté d’un passeport roumain, « s’est révélé être un ressortissant ukrainien » qui « aurait servi dans le passé dans une unité d’infanterie ». Tous ces indices « concordent avec les estimations de plusieurs services de renseignement, selon lesquelles les auteurs seraient à chercher en Ukraine », résume le Spiegel. La question reste désormais de savoir si « l’acte a pu être exécuté par un commando incontrôlé ou par les services secrets ukrainiens et dans quelle mesure certains éléments de l’appareil gouvernemental ukrainien étaient au courant ».

Pour rappel, quatre énormes fuites de gaz précédées d’explosions sous-marines avaient été détectées dans ces conduites reliant la Russie à l’Allemagne et acheminant l’essentiel du gaz russe vers l’Europe, le 26 septembre 2022. Une attaque avait rapidement été soupçonnée, suscitant des conjectures tous azimuts sur les auteurs de cette opération logistiquement complexe et diplomatiquement ultra-sensible. Aujourd’hui encore, la responsabilité de l’attaque sous-marine reste un mystère malgré des enquêtes criminelles dans les pays de la région (Allemagne, Suède et Danemark).