Liban : naufrage d’un système…et rôle du FMI.

La crise libanaise atteint la dimension d’un effondrement économique, social et politique majeur. Le chômage frappe au moins 35 % de la population active. La moitié de la population vit dans la pauvreté. La hausse vertigineuse des prix contribue à étrangler jusqu’ aux classes moyennes, et aggrave les situations de détresse sociale et de faim.

Les autorités du pays négocient depuis des mois avec le FMI afin d’obtenir une aide d’urgence… sous condition, naturellement. Et quelle conditions ! Jean-Yves le Drian, Ministre des affaires étrangères est allé jusqu’ à s’exclamer : « aidez-nous à vous aider », c’est à dire acceptez les conditions du FMI et faites les réformes qu’on vous demande. C’est inacceptable. Mais la pression est considérable.

Bien sûr, la situation libanaise est d’une très grande complexité. Les causes ne ont pas seulement économiques et financières. C’est tout le système, jusqu’ à sa structure confessionnelle sur le plan institutionnel, qui est en cause, en passant par l’affairisme, le clientélisme, la corruption… Mais une question doit être ici posée : comment le peuple libanais, écrasé par la pauvreté et les inégalités, pourrait-il s’en sortir, comment pourrait-il échapper à l’écroulement économique et social et espérer pouvoir vivre dignement quand le FMI lui demande d’appliquer un programme néolibéral d’austérité ? Ce qu’exige le FMI est écrit en toutes lettres dans un document du 10 juillet 2019, pudiquement appelé :

« Déclaration de fin de mission. Conclusions de la mission de consultation de 2019 au titre de l’article IV » ( https://www.imf.org/fr/News/Articles/2019/07/02/mcs070219-lebanon-staff-concluding-statement-of-the-2019-article-iv-mission ).

La logique de ce programme est fondée sur des mécanismes « d’ajustement » connus depuis bien longtemps. Voici quelques exemples de ce que le document énonce : « seule une nette amélioration du climat des affaires et de la gouvernance peut stimuler l’investissement, la croissance et les exportations ». Dans cet esprit, il faudrait promouvoir « une longue trajectoire vers la viabilité et la croissance qui devra passer par d’importants ajustements budgétaires supplémentaires et des réformes structurelles radicales…», stimuler « la compétitivité extérieure », « relever la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) et les droits d’accise sur les carburants », « réaliser une revue des dépenses publiques pour repérer d’autres économies potentielles », pousser à une « réforme de la masse salariale et des retraites ». Le FMI propose « une augmentation des aides aux foyers modestes et vulnérables » (comment faire autrement ?), mais il souligne aussitôt que « le coût des affaires au Liban doit diminuer »… Avec de telle recettes, ce coût risque bien d’augmenter encore pour les Libanais. Les raisons qui aboutissent au blocage des réformes ne sont certainement pas seulement d’ordre économique. Mais il est indispensable de rappeler ce qu’est la politique d’ajustement structurel du FMI. Cela doit faire partie du débat sur les enjeux sociaux et politiques concernant ce pays historiquement si proche de la France, et qui mérite davantage de respect. 16 juillet 2020

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