
Je publie ci-dessous 4 extraits significatifs de mon livre « Israël, le Hamas et la question de Palestine », paru en février 2024 aux éditions du Croquant.
Trois ans après, la lecture de ces courts extraits contribuent à montrer comment les dirigeants israéliens, dès les 7 et 8 octobre 2023, ont volontairement choisi d’interpréter et de s’appuyer sur le massacre perpétré et la terreur engendrée par le Hamas et quelques autres acteurs, afin de pouvoir non pas (seulement) pourchasser le Hamas et tous les auteurs des atrocités collectivement commises, en particulier sur des civils, mais pousser jusqu’à l’extrême, de façon désinhibée, leur stratégie coloniale. Pour changer définitivement la totalité du rapport d’Israël avec les Palestiniens et transformer l’ensemble du contexte régional. Ce qui se passe aujourd’hui avec des mois de génocide, de nettoyage ethnique, de destruction absolue, et toute une région sous le feu de la guerre… en est la réalisation. Et ce n’est pas terminé. Malgré les controverses, il est est maintenant de plus en plus clairement établi, et commenté dans le débat public (je l’ai signalé dans mon livre, page 19) : les plus hautes autorités israéliennes (et pas seulement elles) savaient que le Hamas préparait une action armée de grande envergure. Un débat est ouvert – y compris en Israël – qui n’est pas sans rapport avec la façon dont Benyamin Netanyahou, qui a financé le Hamas par l’intermédiaire du Qatar (plus d’un milliard de dollars en une dizaine d’années), refuse avec obstination que la vérité soit officiellement établie. On comprend pourquoi…

« Le Hamas s’est filmé dans l’exécution de ses crimes du 7 octobre 2023. Il a choisi de faire voir son massacre, essentiellement sur des civils, et de provoquer ainsi la terreur la plus extrême possible. C’est la matrice du terrorisme : montrer la violence dont on est capable, et faire peur avant toute chose. Produire un choc. Le choc a bien eu lieu. Ce fut une sidération. (…)
« Avant même qu’on leur demande de préciser les objectifs de guerre, ou bien les objectifs politiques qui sous-tendent l’action militaire israélienne, les principaux dirigeants du cabinet de guerre, Benyamin Netanyahou, Benny Gantz, ou le Ministre de la défense Yoav Gallant, ont chacun à son tour utilisé la même formule, le même élément de langage : « nous allons changer la réalité… ». (…)
Mais proclamer que l’on va « changer la réalité… » recouvre cependant un certain sens. Pour Israël, et notamment pour Netanyahou, cette formulation indique logiquement des incertitudes, en tous les cas des interrogations, sur l’issue de la guerre et sur « l’après ». Elle signifie surtout une détermination à frapper Gaza dans sa totalité, frapper indistinctement les Palestiniens et terrasser le Hamas, détruire le cadre de vie, briser toute forme de résistance possible et ainsi éteindre au maximum la référence politique à la question de Palestine. Il faut que le coup porté soit celui d’un écrasement social et politique décisif pour l’avenir, ou plutôt pour qu’il n’y ait plus d’avenir national palestinien. Il s’agit, en quelque sorte, de se débarrasser de ce qu’une journaliste (sur la chaîne France 24) a scandaleusement désigné comme la « purulence » de Gaza… Toujours, cette importance des mots. (-…)
« L’exigence est évidemment celle d’une issue politique à construire. La question la plus importante n’est donc pas, et ne doit pas être, « comment tuer l’ennemi ? », mais « quel est le problème, et comment le résoudre ? » Bien sûr, cette idée-là ne donne pas de solution immédiate… Mais elle permet de comprendre la raison des échecs historiques enregistrés dans les négociations pour des « solutions » au conflit israélo-palestinien, tout en soulignant l’effort politique qui doit donc nécessairement porter sur les causes du conflit. L’importance accordée à la seule formule « Israël a le droit de se défendre » trahit le choix politique qui a été imposé depuis si longtemps : ne pas soulever la question de Palestine et les enjeux politiques de fond qui vont avec, et, comme puissance occupante, privilégier la question de la sécurité par la force, dans l’esprit de la politique israélienne conduite depuis des décennies. En ce mois d’octobre 2023, le choix stratégique prédominant d’Israël à la sécurité par la force… a tué la sécurité d’Israël. (…)
En savoir plus sur jacquesfath.international
Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.
