
Le Pentagone a récemment annoncé qu’un ancien psychiatre de l’armée, Nidal Malik Hasan, ayant été reconnu coupable de 13 meurtres en 2009, dans un attentat inspiré par Al Qaïda, sera fusillé le 3 décembre prochain, par peloton d’exécution. En accord avec Donald Trump. Cette exécution fera l’objet d’une diffusion publique, en direct, depuis la Base de Fort Hood au Texas, là où Nidal Hasan avait donc tué 13 personnes dont 12 militaires.
Ce n’est pas la condamnation à mort qui a posé problème aux États-Unis, on s’en doute, mais la décision, annoncée sur un ton martial par le Secrétaire à la guerre Pete Hegseth, décision en vertu de laquelle cet homme sera fusillé en public. Pour la télé, en quelque sorte…
Certes, Trump a donné son accord pour le peloton d’exécution, mais il n’aurait pas encore confirmé son approbation d’une diffusion publique de la mise à mort. Celle-ci a tout de même créé de l’indignation, y compris chez certains Républicains faisant remarquer que ce genre de comportement sordide correspond à ce que font les djihadistes, les Talibans et le pouvoir iranien…
Ces réactions critiques, couplées à l’obscénité d’une telle décision, n’a cependant pas eu l’air de faire reculer Hegseth, alors même que tout cela s’apparente à de la sauvagerie davantage qu’à n’importe quelle forme de justice. En France, cela nous rappelle l’exécution des Résistants par les nazis.
A noter que le Vice Président J.D. Vance a déclaré que si cette exécution était rendue publique… « il ne la regarderai pas ». Cachez ce sang que je ne saurais voir… Comme courage politique, on peut faire mieux. Les plateformes Meta, You Tube, Tik Tok et X n’ont pas annoncé leur participation à la scène. Il n’est probablement pas si simple, même aux États-Unis, d’acter une telle exécution comme un spectacle légitime.
A noter aussi que la dernière exécution militaire aux États-Unis a eu lieu en 1961. Aucune autre exécution militaire n’a été réalisée depuis, malgré plusieurs condamnations. On peut légitimement penser qu’il y a dans cette consternante initiative la volonté de faire un exemple, de montrer la volonté d’une radicalisation sécuritaire d’État. La conception de l’engagement militaire de Pete Hegseth apparaissait déjà en décalage avec le minimum d’éthique requis pour pouvoir assumer une mission officielle nationale, celle de Ministre de la guerre. Mais ce crétin d’Hegseth ne se sent pas concerné. N’a-t-il pas décidé de tester le taux de testostérone des militaires, femmes comprises… avec traitement substitutif au besoin. Toujours plus forts, toujours plus durs… pour l’Administration Trump, la force et la masculinité désinhibée constituent un modèle de société et de culture.
Évidemment, la cruauté imposée, gratuite et stupide de cette mise à mort par peloton d’exécution public a été mise en relation avec, le 30 septembre dernier, l’exécution manquée d’une autre personne condamnée, Christa Pike, qui a survécu malgré deux injections létales. Ce désastre moral doit faire réfléchir. C’est un fiasco intellectuel et culturel qui souligne l’illégitimité éthique et sociale de la condamnation à mort. Et puis, il faut se demander où vont les États-Unis aujourd’hui. Cette Administration Trump ne sait donc pas, et ne veut pas savoir, ni comment faire vivre la démocratie, ni comment elle pourrait faire mourir « de façon civilisée » ceux et celles dont elle veut… se débarrasser. Il est vrai que la condamnation à mort n’est certainement pas la meilleure preuve de civilisation. C’est un effondrement des valeurs qui définissent notre humanité.
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