Quand la France mène la danse contre l’Iran…

La France, au sein de la troïka dite « E3 » (France Allemagne et Royaume Uni) mène la danse contre Téhéran sur la question du nucléaire iranien. Vendredi 19 septembre, le Conseil de sécurité de l’ONU a rejeté une résolution (1) visant à prolonger l’allègement des sanctions internationales dont Téhéran a pu très relativement bénéficier dans le cadre de l’Accord de Vienne sur le nucléaire, adopté en juillet 2015 (2), voici maintenant 10 ans. Cet Accord parvient à son terme en cette fin d’année 2025. C’est pour cette raison que les puissances occidentales, en particulier les Européens font le forcing, comme on dit, pour pouvoir exercer, à travers cet Accord, une pression maximale sur l’Iran. Et puis, il faut se dépêcher d’agir avant que la Russie ne prenne la présidence tournante du Conseil de sécurité en octobre… La Chine qui veut privilégier la diplomatie et éviter le retour des sanctions, et la Russie qui, dans le même esprit, estime que la démarche de la troïka est dénuée de pertinence juridique, ont vivement critiqué le rejet de cette résolution (3). Les médias français furent plutôt discrets sur cet aspect des choses, comme si l’initiative européenne allait de soi. C’est plus compliqué que cela.

Quel est le problème ?

La France et ses deux partenaires européens ont décidé d’activer le mécanisme dit du snapback prévu par le JCPOA qui réunit l’ensemble complexe des dispositions d’encadrement du programme nucléaire iranien. Ce mécanisme du snapback est une procédure de retour automatique aux sanctions contre Téhéran, retour qui serait justifié par les manquements iraniens au respect de ses obligations découlant de l’Accord de Vienne et du JCPOA. Un compte à rebours est ainsi enclenché qui devrait se terminer bientôt, probablement le 27 septembre, par une nouvelle décision du Conseil de sécurité, conforme à celle déjà prise le 19. Toutes les sanctions internationales en vigueur avant l’adoption du JCPOA en juillet 2015, devraient donc être réintroduites et mises en œuvre. Cette procédure étant automatique, nul État membre permanent du Conseil ne peut y opposer un veto.

Il est vrai que l’Iran, selon Rafael Grossi, Directeur de l’Agence Internationale de l’Énergie Atomique (AIEA), dispose désormais de plus de 400 kilos d’uranium enrichi à 60 %, un seuil qui se rapproche fortement du niveau requis pour fabriquer une arme nucléaire. « Une telle accumulation ne peut s’expliquer par un usage civil crédible », avait souligné Rafael Grossi (4). L’AIEA n’ayant plus la possibilité d’inspections régulières, l’AIEA avait aussi reconnu n’avoir plus de continuité dans la connaissance du programme iranien.

Ajoutons qu’une arme nucléaire ne peut atteindre la crédibilité opérationnelle sans une capacité à sa projection à l’aide d’un véhicule porteur, par exemple un missile (5), ce qui constitue un autre défi technique majeur pour l’Iran. Il reste en tous les cas une évidente interrogation sur le programme et sur les intentions iraniennes. On ne peut exclure de la part de Téhéran, malgré les dénégations officielles multiples, le projet d’accéder à une maîtrise complète de l’arme nucléaire, ou bien d’atteindre le seuil d’une telle capacité militaire, comme système de dissuasion stratégique face à Israël et même face aux États-Unis. L’actualité récente (nous allons y revenir) donne une certaine crédibilité à cette hypothèse. Les dés seraient donc jetés. Les torts seraient entièrement du côté iranien. Et la bonne foi, évidemment, ne peut être qu’occidentale…

Est-ce si simple ?

A l’évidence, il y a un problème du nucléaire militaire au Proche-Orient. Par respect du droit international et des traités, et parce qu’il a signé (dès juillet 1968) le Traité sur la non prolifération (TNP), l’Iran ne doit pas accéder à l’arme nucléaire. Il serait par ailleurs nécessaire que le projet d’un Moyen-Orient exempt d’armes nucléaires puisse être réalisé et assumé par tous, notamment par l’Iran, mais par Israël aussi puisque l’État d’Israël dispose d’un arsenal atomique substantiel, dont l’existence n’est plus un secret pour personne. Ce projet d’un Moyen-Orient exempt d’armes nucléaires a fait l’objet de confrontations récurrentes dans le cadre des conférences d’examen régulières du TNP. Il n’a jamais pu aboutir. On imagine aisément pourquoi il en est ainsi. Avec le soutien des États-Unis et des Européens, Israël veut se garantir une domination sans rivalités stratégiques et militaires régionales possibles, à la fois dans les armements conventionnels et nucléaires. On voit à quel point, et avec quelle vision hégémonique très brutale et criminelle, les dirigeants israéliens utilisent aujourd’hui cette supériorité, au mépris de la Cour Pénale Internationale et de la Cour Internationale de Justice, avec le cumul des crimes de guerre, des crimes contre l’humanité, et du crime de génocide perpétré à Gaza.

On touche ainsi à l’essentiel. On ne peut, en effet, juger de la question nucléaire au Moyen-Orient sans traiter les réalités du conflit israélo-palestinien, sans traiter les dimensions historiques et régionales de ce conflit. Dans cet esprit, on peut naturellement considérer que la crise actuelle sur l’Accord de Vienne, le JCPOA et le nucléaire iranien, porte un grave coup supplémentaire à la stabilité et à la sécurité au Proche-Orient, voire au-delà. Mais il faut alors se demander où sont les responsabilités, et comment en sortir.

Rappelons-nous…

Après avoir accepté et signé le JCPOA, l’Iran l’a respecté pendant plus de 3 ans ! Ce fut un constat de l’AIEA. Le contexte régional en aurait pu être positivement changé. Ce qui a déclenché la déstabilisation et la crise majeure actuelle c’est le retrait des États-Unis en 2018, lors du premier mandat de Donald Trump. En contradiction, notons-le au passage (ce que très peu de personnes soulignent) avec l’article 25 de la Charte des Nations Unies qui rappelle la nécessité pour tous les États membres de respecter les décisions prises collectivement. Mais ce choix américain correspondait si bien aux intérêts stratégiques israéliens… Tout ce qui fut enclenché pour bâtir de nouvelles relations régionales, dans « un tournant fondamental » (c’est le JCPOA qui le formule ainsi) a été détruit par une décision unilatérale de Washington. On en paie encore le prix aujourd’hui. La confiance si difficilement acquise après quelque 12 années de tractations, d’échecs et de négociations difficiles, a été réduite à néant. Le régime iranien s’est installé dans ce contexte pour pousser son projet nucléaire officiellement civil… à potentielle destinée militaire.

Mais aujourd’hui, l’Iran se voit cependant confronté à une « offre » consternante de la part des Européens qui exigent notamment de Téhéran une « reprise de négociations directes et sans conditions avec les États-Unis » (6). Comment les Iraniens pourraient-ils accepter de « négocier sans conditions » avec les premiers responsables de la crise actuelle ? Cette crise qui a produit un contexte de guerre et de sanctions maximales contre leur pays… C’est l’expression caractérisée d’une irresponsabilité européenne, doublée d’une certaine arrogance.

Dans la dégradation progressive de la situation régionale, on est, en effet, parvenu à des affrontements israélo-iraniens directs, jusqu’aux frappes israéliennes de juin dernier sur des infrastructures militaires et stratégiques iraniennes, puis, avec les bombardements américains massifs, d’une puissance conventionnelle réputée maximale, sur 3 sites nucléaire, à Fordo, Natanz et Ispahan. Sans que l’on sache qu’elles sont les conséquences réelles de ces bombardements.

On ne pouvait pas mieux faire pour entraîner le Proche-Orient et l’Iran dans une situation de risques majeurs, d’embrasement régional possible. Le processus engagé par Donald Trump en 2018 a permis une escalade militaire, une escalade de la défiance, avec la destruction pure et simple de l’Accord de Vienne. Dans une telle logique de puissance, on touche effectivement à l’irresponsabilité.

Israël, qui a passé beaucoup de temps politique et diplomatique à mettre en avant la seule menace iranienne, a ainsi gagné l’installation d’un long contexte de guerre et de tensions exacerbées, tellement propice à l’expression de la force militaire. Contexte dans lequel tout est possible… Tout, sauf de pertinentes et nécessaires négociations multilatérales pour le respect du droit international et des résolutions de l’ONU, pour une solution juste et durable à la question de Palestine, pour la sécurité dans l’ensemble du Proche-Orient. Israël sait exactement comment façonner et entretenir ses stratégies et ses hostilités pour que les puissances occidentales, avec empressement, puissent les suivre et les alimenter.

En poussant dans le sens du retour des sanctions, en s’appuyant sur un dispositif de procédure, le snapback, prévu par l’Accord de Vienne, alors que cet Accord a été tué dans son fonctionnement et dans son existence même par Washington et par Tel Aviv… la France entérine l’impasse et en rajoute sur un contexte à propos duquel beaucoup se demandent maintenant non pas si, mais quand d’autres affrontements militaires majeurs vont reprendre. En agissant ainsi, les pays de la troïka, France, Allemagne et Royaume Uni, font à leur façon le boulot d’Israël, pour aider Israël.

Quelles seront pour l’Iran les conséquences de la réinstallation des sanctions internationales ? Notons d’abord qu’une partie seulement des sanctions mises en œuvre avant juillet 2015, avaient été levées. Ensuite, il faut prendre en considération les sanctions unilatérales massives des États-Unis, décidées et mises en œuvre dès 2018. Ainsi que les sanctions européennes additionnelles. Ce cumul visant à étouffer un régime en sérieuse difficulté, fait dire à certains experts que le retour des sanctions n’auraient que des effets limités, tellement l’Iran est déjà sous pression maximale. De « bonnes âmes » justifient cette pression énorme (qui touche durement le peuple iranien) par la nécessité de punir un régime dictatorial… il est vrai ultra-répressif et anti-démocratique. Il n’est pas dit, cependant, que les sanctions économiques pourraient faire céder un pouvoir qui a jusqu’ici résisté aux pressions extérieures depuis… 1979.

Il reste que cette volonté d’étouffement pour « raison démocratique », s’il en est, montre une fois encore à quel point le 2 poids 2 mesures occidental survit à toutes les infamies. Peu importe les crimes israéliens, pourvu qu’on ait la peau des iraniens… voilà une formule qui pourrait faire office de mantra officiel pour cette troïka européenne sans principes, dans une éthique à géométrie très variable.

NOTES :

1) Cette résolution a été rejetée par 9 voix contre : France, Allemagne, Royaume Uni, Danemark, Grèce, Slovénie, Panama, Sierra Leone et Somalie, 4 voix pour : Chine, Russie, Algérie et Pakistan. Guyana et République de Corée se sont abstenus.

2) Cet Accord a été installé par la résolution 2231, adoptée le 20 juillet 2015 à l’unanimité du Conseil de Sécurité. Cette résolution a été négociée par les 5 États membres permanents du Conseil, l’Allemagne, l’UE et l’Iran. Elle contient une longue annexe très précise détaillant l’ensemble des mesures de limites et de contrôles concernant le programme nucléaire iranien. C’est ce que l’on appelle le Joint Comprehensive Plan of Action ou Plan d’Action Global Commun, désigné en général sous l’acronyme anglophone JCPOA. https://undocs.org/fr/S/RES/2231(2015)

3) Voir par exemple « China firmly opposes forcible push for snapback of Iran sanctions: envoy », Global Times September 20, 2025. https://www.globaltimes.cn/page/202509/1344037.shtml

4) « Nucléaire iranien : un cap est franchi au Conseil de sécurité » vers un possible retour des sanctions », ONU Info, 19 septembre 2025.https://news.un.org/fr/story/2025/09/1157516?utm_source=UN+News+-+French&utm_campaign=091c7dd65d-EMAIL_CAMPAIGN_2025_09_20_05_03&utm_medium=email&utm_term=0_0264da9d8f-091c7dd65d-107992745

5) Le JCPOA interdit à l’Iran, les missiles en tant que porteurs d’armements nucléaires.

6) Voir le texte déjà cité « Nucléaire iranien : un cap est franchi au Conseil de sécurité » vers un possible retour des sanctions », ONU Info, 19 septembre 2025 . 

Gaza : l’ONU accuse Israël de génocide. Texte intégral du rapport.

« Analyse juridique du comportement d’Israël à Gaza au regard de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide. »

Document de séance de la Commission internationale indépendante d’enquête sur le territoire palestinien occupé, y compris Jérusalem-Est et Israël

« Legal analysis of the conduct of Israel in Gaza pursuant to the Convention on the Prevention and Punishment of the Crime of Genocide. »

Conference room paper of the Independent International Commission of Inquiry on the Occupied Palestinian Territory, including East Jerusalem, and Israel

Le rapport de 72 pages existe en anglais seulement

16 September 2025 – A /HRC/60/CRP.3 – Le rapport existe en anglais seulement.

Pour le nouveau Pape, Léon XIV, le peuple palestinien compte-t-il vraiment ?

Je veux soulever quelques interrogations suite à la lecture de plusieurs articles publiés dans Zenit, site d’information lié au Vatican, et sur Vatican News (ou Infos du Vatican), service d’information du dicastère pour la communication du Saint-Siège…

Une précision préalable : je suis athée. C’est le politique qui mobilise mon esprit et mes actes. Je respecte les religions, ceux qui les professent ou qui les suivent. Dans cet esprit j’avais apprécié les initiatives très humaines et pertinentes du Pape François sur les armes nucléaires et les migrations. Mais aujourd’hui…

Le 4 septembre dernier, le Pape Léon XIV a reçu en audience le Président de l’État d’Israël, Isaac Herzog (1). Zenit en rend compte (avec une photo), ainsi que Vatican News (2). L’un et l’autre site offrent un traitement semblable de cette information avec un rappel des positions de la diplomatie Vaticane qui ressemblent à celles de la France ou de plusieurs États européens quant à la situation actuelle, mais aussi quant à des enjeux comme la reconnaissance de l’État de Palestine (3). On a le sentiment que le Saint-Siège se contente d’un « service minimum ». Donc, rien de transcendant, si j’ose dire. Mais le problème n’est pas là. Il y a quelque chose de choquant dans cette rencontre, en tous les cas dans la façon dont elle est traduite par les médias du Vatican, des médias très officiels. Voici pourquoi.

Le 4 septembre, jour de cette rencontre israélo-papale au plus haut niveau, on a déjà dépassé, à Gaza, les 60 000 morts, avec quelque 9000 disparus. Chacun comprend cependant que l’on est en réalité beaucoup plus haut dans les conséquences de cette tragédie qui constitue, à l’évidence, un défi de portée éthique et historique à tout ce qui peut définir notre humanité. Comment peut-on rencontrer aujourd’hui le chef de l’État israélien sans faire référence aux dimensions criminelles hors du commun caractérisant ce qui se passe, ce qui est commis par Israël à Gaza et en Cisjordanie aussi ?

Léon XIV ne peut pas ignorer le mandat d’arrêt de la Cour Pénale Internationale contre Benyamin Netanyahou, pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Il ne peut pas faire semblant d’oublier que l’État d’Israël pourrait bien, demain, être lui-même condamné pour crime de génocide par la Cour Internationale de Justice. Il ne peut pas, à la fois, constater que le peuple palestinien doit affronter une famine intentionnelle et organisée… et se permettre de regarder ailleurs. Il ne peut pas faire silence quand on massacre un peuple en détruisant tout son cadre de vie…

Pourtant… pas la moindre formule de remontrance. Pas une critique. Pas une remarque. Même pas une allusion. Silence. Alors, qu’a donc pu dire Léon XIV à Isaac Herzog ? Oui, quoi ?.. Avec quels mots ? Quelle sensibilité? Quelle pertinence ? Quelles intentions ? Faire de la diplomatie (cela peut-être nécessaire) n’oblige pas au silence devant l’inacceptable. Devant l’intolérable.

On se demande vraiment comment le nouveau Pape peut justifier un tel silence alors que les appels à des sanctions contre Israël se font de plus en plus forts et partagés dans le monde. D’ailleurs, le site Zenit du Vatican définit ses missions plutôt clairement en soulignant notamment la nécessité « d’une attention particulière aux questions concernant le respect des droits humains, la paix et le développement dans le monde ». Voilà un bel et juste engagement. Je n’ai pas toujours approuvé les choix du Pape François, mais, je le souligne encore une fois, il a su montrer de la dignité par des actes concrets et des paroles bien senties sur des sujets importants. Alors, si le Saint-Siège veut, à son tour, gagner en crédibilité auprès de toutes celles et ceux qui ont le respect humain comme ligne de vie, il lui faudra montrer, oui montrer et oser bien davantage de discernement. Un séminaire international sera organisé au Vatican les 11 et 12 septembre, ayant comme thème « Création, nature, environnement pour un monde de paix ». Il sera ouvert par le Cardinal Pietro Parolin, Secrétaire d’État du Saint-Siège. Cette initiative sera-t-elle une occasion pour redresser la barre ?..  

Mes interrogations, cependant, ne s’arrêtent pas là. En effet, je découvre sur Zenit, une sorte de « publicité » (je ne trouve pas d’autre mot) pour « le pays de la Bible ». Un texte, et une vidéo du genre « grand spectacle annoncé », avertissent du lancement d’une vaste campagne internationale par le Ministère du tourisme israélien, avec un investissement de 900 000 dollars à la clé, afin de promouvoir ce qui est ainsi désigné comme « le pays de la Bible », c’est à dire… Israël. Cette annonce vise très certainement à corriger l’effondrement de la légitimité des autorités israéliennes dans le contexte actuel de la tragédie criminelle qu’elles conduisent en Palestine. D’ailleurs, le mot Palestine n’apparaît à aucun moment dans cette ahurissante affaire à laquelle les médias du Vatican contribuent donc à leur façon. Pourquoi accepter une telle collaboration ? Pourquoi s’associer à une démarche qui exclut le peuple palestinien? De la part d’Israël, il n’y a aucune surprise. Mais de la part du Vatican… c’est une tout autre question. Le peuple palestinien existe sur cette terre de la Bible ! Bethléem, Nazareth… cela ne vous rappelle rien ? Là encore, aucune critique, aucune remarque, aucune réserve. Consternant. Est-ce pour cela qu’Isaac Herzog a été reçu sans commentaire ? Dans des « échanges cordiaux » selon Zenit…

Dans un rapport d’Amnesty International publié en décembre 2024 (4), Agnès Calamard, sa Secrétaire générale, écrit ceci : « nos conclusions accablantes doivent sonner comme un signal d’alarme pour la communauté internationale : il s’agit d’un génocide qui doit cesser immédiatement » (4). Un génocide de plus en plus tangible… est-ce insuffisant pour que l’Église catholique romaine et son chef daignent prendre quelque distance critique, bien au-delà de la cordialité, avec l’État et les dirigeants politiques qui réalisent ce déni d’humanité ?

Le Pape Léon XIV et le Saint-Siège devront répondre à une question simple : est-ce que le peuple palestinien compte vraiment pour vous ? Oui ou non ?

NOTES :

1) « Audience du pape Léon XIV avec les Président de l’État d’Israël », Zenit, 4 septembre 2025, https://fr.zenit.org/2025/09/04/audience-du-pape-leon-xiv-avec-le-president-de-letat-disrael-7-titres-jeudi-4-septembre-2025/

2) «Léon XIV reçoit Isaac Herzog, le président israélien », Vatican News, 4 septembre 2025. https://www.vaticannews.va/fr/pape/news/2025-09/leon-xiv-audience-isaac-herzog-president-israelien.html  

3) «Les enjeux de la reconnaissance de l’État palestinien », radio Vatican, 8 septembre 2025. https://www.vaticannews.va/fr/podcast/les-dossiers-de-la-redaction/2025/09/onu-palestine-reconnaissance-etat-international-assemblee-ny.html  

4) « La population palestinienne de Gaza victime d’un génocide », Amnesty International, 4 décembre 2024.

https://www.amnesty.fr/actualites/rapport-genocide-palestiniens-gaza-commis-par-etat-israel

Gaza : sur la question de la responsabilité du Hamas, et sur une chronique de Jean-Pierre Filiu.

Il en est ainsi quant à la question soulevée par Jean-Pierre Filiu, enseignant à SciencesPo, dans une chronique publiée par Le Monde, le 31 août dernier (1). Cette chronique, centrée sur « l’écrasante responsabilité du Hamas dans la catastrophe palestinienne », a suscité des réactions positives, de nombreuses réprobations, et quelques fortes critiques de personnalités qualifiées. Sur ce registre, on pourra lire le billet de blog (sur mediapart) de Muzna Shihabi (2), ou bien écouter l’entretien de Christophe Oberlin et François Burgat sur le site Mizane (3).

Remarquons que JP Filiu n’est pas tout à fait le premier à s’exprimer dans ce sens. Renaud Girard (chroniqueur au Figaro) et Nicolas Beau (journaliste) ont publié le 26 mars 2025, sur le site d’information « Ici Beyrouth », un article du même esprit intitulé « Le Hamas responsable du malheur palestinien » (4). Il est inévitable de rappeler aussi l’entretien de Yonathan Arfi, Président du Conseil Représentatif des Institutions Juives (CRIF), à FranceInfo le 19 mars 2024. On connaît la disposition persistante du CRIF, quels que soient les contextes, à soutenir la politique israélienne, même dans les moments les plus condamnables de celle-ci. Arfi souligne à sa façon que « la responsabilité revient d’abord et avant tout au Hamas » (5). Évidemment, il ne peut être question de tracer une équivalence de posture politique entre les déclarations du CRIF et le texte de JP Filiu. Cela ne serait pas acceptable.

On comprend bien qu’une responsabilité se rapporte et se jauge à la complexité des contextes. Il y a donc une inévitable part d’histoire pour qui veut comprendre vraiment. Mesurons bien l’évolution très préoccupante de la situation internationale aujourd’hui : le droit international, les conventions sur les droits humains fondamentaux, les principes de la responsabilité collective et de la sécurité collective définis par la Charte des Nations Unies, les buts et les principes mêmes de cette Charte, et les valeurs ont elle est porteuse… tout cela n’a plus de poids dans les relations internationales. Les décisions se prennent de façon discrétionnaire en fonction des rapports de force, des intérêts de puissance et des récits idéologiques privilégiés qui s’y rattachent. Au point où les pouvoirs politique et médiatique n’ont cessé de s’adapter par l’interdiction de la contextualisation (jusqu’au mot lui-même) dans les positionnements et les analyses. Il faudrait de cette façon imposer sa propre vision idéologique. Jamais, le très logique et simple questionnement… pourquoi en est-on arrivé là ?.. ne parvient à prendre le dessus. Comme s’il n’y avait pas d’histoire… Pas d’histoire à décrypter. Pas d’histoire sauf celle officiellement acceptée. Comme si, dans notre monde compliqué, les conflits, les guerres, les occupations militaires, les colonisations, et même les peuples… n’avaient pas d’histoire à nous raconter. Même certains symboles bénéficiant précisément d’une vraie histoire ont été interdits sur la voie publique : le Kefieh et le drapeau palestinien, en particulier. Certaines personnes ont même été condamnées pour avoir bravé les interdictions politiques. Voilà où nous en sommes aujourd’hui.

La pression politique, policière et judiciaire qui, sans oser le dire, repose de facto sur cette question de la responsabilité telle qu’elle est prédéterminée, est d’une violence inouïe… Cette inacceptable situation doit faire réfléchir. Pour éviter de nourrir un tel contexte, pour montrer qu’on en refuse les pratiques et surtout pour faire ressortir le danger de sa banalisation, il est indispensable de contextualiser, de se référer à l’histoire, de faire ressortir la complexité des faits sociaux et politiques dans toutes leurs dimensions.

Concernant la question de Palestine, JP Filiu est probablement, jusqu’ici, le seul à avoir affirmé avec autant d’assurance ce qui produit aujourd’hui autant de légitimes controverses. Cela nous oblige à rappeler les évidences de longue durée que sont l’occupation, la colonisation et la dépossession par la force militaire, et l’injustifiable impunité garantie par les soutiens officiels occidentaux à Israël. Là se situent, naturellement, les vrais responsabilités. Ce qui ne dédouane pas le Hamas pour ses actes. Notons que 6 mois après le 7 octobre 2023, celui-ci a formulé « des excuses » aux Palestiniens « pour les souffrances causées » (6)… Il confirme ainsi lui-même sa part de responsabilité. Mesurons cependant que l’on ne peut, dans la longue durée, maintenir 2,4 millions de Palestiniens de Gaza dans l’étranglement du blocus, dans l’absence d’horizon social, dans la violence désinhibée et le mépris de leur humanité… sans que cela finisse par exploser un jour ou l’autre.

Bien sûr, la responsabilité israélienne est première, au sens d’initiale, parce que tout ce qui se passe aujourd’hui en Palestine est issu des visées explicites et de la politique coloniale d’Israël depuis 1948. Et puis, dès après le 7 octobre 2023, les dirigeants israéliens avaient sciemment averti : « nous allons changer la réalité… » ont-ils alors annoncé. Il s’agissait de signifier que la suite ne consisterait pas à simplement pourchasser le Hamas et d’autres organisations, mais à saisir l’opportunité de la tragédie pour pousser à une transformation politique et stratégique en Palestine et dans l’ensemble du Proche-Orient (7). C’est bien ce qui s’est passé, et c’est encore ce qui se poursuit actuellement dans des violences ahurissantes. On aura noté cette déclaration, en date du 5 septembre dernier, notifiant officiellement le bombardement « d’un immeuble terroriste de plusieurs étages »… Pour cette armée dite « la plus morale du monde » c’est la destruction de l’immeuble qui compte, pas l’histoire des familles qui s’y trouvent… A l’heure où ces lignes sont écrites, on compte 64 231 personnes tuées et 9000 disparus. Nous assistons bien à la continuation de la politique commencée en 1948. Benyamin Netanyahou, et d’autres avec lui, hier et aujourd’hui, auront ainsi instrumentalisé l’Autorité palestinienne maintenant réduite au quasi néant politique, et jusqu’au Hamas qu’ils ont largement financé, grâce au Qatar, pour pouvoir diviser et affaiblir les Palestiniens… Il n’y a pas de responsabilité plus accablante que celle à laquelle Israël ne pourra plus jamais échapper.

Mais il en est une autre, tout aussi accablante, celle des puissances occidentales qui n’ont cessé de légitimer, soutenir et armer Israël au point où se pose maintenant la question de leur complicité. On ne peut faire l’impasse ni sur le mandat d’arrêt de la Cour Pénale Internationale pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité, qui vise en particulier Netanyahou en tant que Premier ministre (8), ni sur la possibilité de voir un jour l’État d’Israël lui même se faire condamner par la Cour Internationale de Justice pour crime de génocide. Un crime devenu très explicite avec l’emprise d’une famine intentionnelle, et l’organisation d’un nettoyage ethnique aux intolérables conséquences. Nul doute que JP Filiu a conscience de tout cela. Mais cela n’est pas vraiment traité dans sa chronique alors que c’est encore plus politiquement essentiel qu’on ne le croit… Voici pourquoi.

La leçon sous-jacente de tout cela est plus générale qu’il apparaît au premier abord. On rencontre, en effet, le même type de problématique concernant par exemple la guerre en Ukraine. La vraie complexité qui marque les causes de cette guerre, et les responsabilités qui s’y rattachent, plus partagées qu’on ne le dit, est niée avec la même insistance, afin de nourrir unilatéralement une seule légitimité occidentale, singulièrement otanienne et américaine. La criminalisation de la politique de Vladimir Poutine (quoi que l’on en pense), et l’évidente responsabilité de celui-ci dans une guerre décidée par lui, ne peuvent suffire à expliquer quelque 35 années de basculements stratégiques majeurs, de crise internationale et de guerre (9).

De la même manière, on peut au moins s’interroger sur l’ensemble des vraies responsabilités dans la crise internationale sur le nucléaire iranien. Évidemment, la grande complexité de cette crise interdit d’espérer pouvoir tout expliquer en quelques mots… Mais ici encore, notons que les responsabilités sont beaucoup plus partagées qu’on ne le dit. Rappelons seulement que premier acte qui déclencha cette crise fut, en 2018, lors du premier mandat de Donald Trump, le retrait américain de l’Accord de Vienne signé en 2015 et acté par une résolution de Conseil de sécurité de l’ONU, rien moins que cela. Accord que le régime de Téhéran respecta durant presque trois années… En sortant de cet accord les États-Unis ont pulvérisé celui-ci, en permettant l’ouverture d’une dangereuse escalade politico-militaire.

On voit ainsi dans les affrontements en cours, et dans la conflictualité actuelle sur l’ordre international, qui ne concerne pas seulement la Chine et les États-Unis, comment chacun dispose ses moyens, ses armes, sa stratégie en cherchant à imposer son propre récit, ses propres valeurs, sa propre « légitimité » afin de pouvoir justifier ses visées et ses ambitions. Cela signifie que la question des responsabilités est majeure. Elle est inscrite dans des enjeux stratégiques, et chaque fois dans une histoire particulière. Il est donc d’une grande importance de ne jamais céder ou faiblir sur cette question des responsabilités, et de la complexité dans laquelle se construit l’histoire. C’est une bataille en soi. Il faut la mener. C’est une question de crédibilité. Il y a, ici aussi, une question… de responsabilité.

Notes :

1) «L’écrasante responsabilité du Hamas dans la catastrophe palestinienne », Jean-Pierre Filiu, Le Monde, 31 août 2025.https://www.lemonde.fr/un-si-proche-orient/article/2025/08/31/l-ecrasante-responsabilite-du-hamas-dans-la-catastrophe-palestinienne_6637570_6116995.html  

2) « La mémoire volée: réponse à Jean-Pierre Filiu », billet de blog, 2 septembre 2025.

3) « Génocide à Gaza : le Hamas est-il responsable ? », Mizane TV, 3 septembre 2025. https://youtu.be/SADrAmVEAcc?feature=shared

4) «Le Hamas responsable du malheur palestinien ! Renaud Girard et Nicolas Beau, 26 mars 2025. 

https://icibeyrouth.com/articles/1311340/le-hamas-responsable-du-malheur-palestinien

5) «Gaza : La responsabilité revient d’abord et avant tout au Hamas, estime le président du Crif », FranceInfo, 19 mars 2024, Le grand témoin carré. https://www.radiofrance.fr/franceinfo/podcasts/le-grand-temoin/gaza-la-responsabilite-revient-d-abord-et-avant-tout-au-hamas-estime-le-president-du-crif-6949613  

6) « Guerre à Gaza : Le Hamas présente des excuses aux Palestiniens pour les souffrances causées », Paul Guyonnet avec AFP, Huffington Post, 1er avril 2024. https://www.huffingtonpost.fr/international/article/guerre-a-gaza-le-hamas-presente-des-excuses-aux-palestiniens-pour-les-souffrances-causees_232001.html  

7) Voir sur ce point « Israël, le Hamas et la question de Palestine », Jacques Fath, éditions du Croquant, 2024.

8) Ce mandat a concerné aussi l’ancien Ministre de la défense israélien Yoav Gallant, ainsi que le commandant du Hamas Mohammed Deif tué par une frappe israélienne en juillet 2024.

9) Voir sur cette question « Poutine, l’OTAN et la guerre », Jacques Fath, éditions du Croquant, 2022, pages 15 et suivantes, pages 37 et suivantes.

Les hôpitaux français dans la préparation à la guerre…

A la demande du Ministère de la santé les hôpitaux français devraient se préparer, d’ici mars 2026, à recevoir des milliers de blessés en cas de conflit de haute intensité en Europe. Cela oblige à une réflexion qui touche à des questions de fond.

Selon le Canard enchaîné en date du 18 juillet 2025 (1), une lettre du Ministère de la santé aurait été adressée aux Agences régionales de santé (ARS) pour demander au hôpitaux d’être prêts, d’ici mars 2026, à l’accueil de milliers de soldats blessés en cas de conflit armé généralisé en Europe. Il s’agirait d’anticiper les conséquences d’une situation de conflit de haute intensité.

Les hôpitaux devraient ainsi constituer une base arrière capable d’assumer l’arrivée de 10 000 à 50 000 soldats français ou étrangers blessés, dans une période de 10 à 180 jours. Les professionnels de santé devraient se préparer à une « engagement majeur ». Ils seraient appelés à intégrer le Service de santé des armées, quel que soit leur secteur d’exercice. Le Ministère envisage la création de centres médicaux à proximité de ports ou d’aéroports afin de pouvoir réacheminer les militaires « vers leur nation d’appartenance ».

Cette information a été répercutée plutôt largement dans les médias et par la presse (2), mais pas par tous les journaux quotidiens. Elle n’a pas été démentie par la Ministre de la santé, Catherine Vautrin. Celle-ci aurait trouvé « normal que le pays anticipe les crises », et qu’il est « nécessaire d’anticiper les modalités du soutien sanitaire en situation de conflit de haute intensité ». Il faut donc considérer cette lettre aux ARS comme vraie. Et remarquer qu’évidemment la décision d’une intégration des hôpitaux, donc du système de santé français, dans la chaîne de défense nationale en cas de guerre, n’est pas une chose banale. Ce qui justifie l’idée que le gouvernement n’est certainement pas mécontent de cette fuite… qui n’en est vraisemblablement pas une. Il s’agit probablement d’une information indirecte souhaitée, voire arrangée…

Cela correspond à ce qui se passe aujourd’hui en France et en Europe : la préparation à la guerre. Préparation psychologique, médiatique, politique, budgétaire, militaire, européenne et internationale. Tout est fait pour crédibiliser la possibilité d’une guerre en Europe avec la mise en exergue d’une « menace existentielle russe ». Les choix effectués par le régime de Vladimir Poutine, avec l’invasion et la guerre (condamnables) en Ukraine, posent évidemment de lourdes questions de sécurité internationale et européenne. Cependant, affirmer que la Russie constitue une vraie menace militaire et stratégique pour les Européens mérite réflexion, et un nécessaire recul de vérité sur les réalités.

Malgré ses offensives quotidiennes, la Russie ne parvient pas à s’imposer en Ukraine. Elle ne peut avancer vraiment dans sa conquête territoriale. Elle n’a plus de rôle dans le Caucase où la Turquie et l’Azerbaïdjan ont pris la main. Elle ne cherche qu’à sauver ses bases en Syrie, sans résultats confirmés pour l’instant. Elle est en difficulté dans une économie de guerre qui a ses limites. Elle manque de puissance globale pour réussir ce que Poutine lui fait entreprendre. Il est vrai qu’elle ne fait plus partie des premières puissances mondiales. Son usage rhétorique de la menace nucléaire le montre. Au-delà d’un manque de crédibilité, on comprend aisément qu’une ou que des frappes nucléaires russes en Ukraine auraient des conséquences sur la Russie elle-même. Sans parler des effets géopolitiques d’isolement, avec une mise à l’index internationale qu’un tel acte ne manquerait pas de provoquer. On a parfois le sentiment de nager dans un bain de fake news. On ne doit pas sous-estimer la gravité de la situation en Europe, mais une approche réaliste et honnête est nécessaire pour en mesurer les contradictions.

Il reste que la question posée par la lettre du Ministère de la santé aux ARS est majeure. Elle est aussi plus complexe que certaines des réactions suscitées le laissent entrevoir. Bien sûr, elle est dans « l’ordre des choses » dominant en France et en particulier en Europe. Le problème, cependant, est toujours le même : à force d’affirmer nécessaire de préparer la guerre et de prendre effectivement des mesures dans ce sens, on la rend très concrètement possible, voire probable, et on finit par en légitimer la perspective. C’est un choix et une logique en soi. Nous sommes bien dans une trajectoire internationale de guerre, alimentée en permanence par ceux et celles qui nous gouvernent. C’est un fait. Certes, il ne suffit pas de s’inquiéter et de s’indigner quant aux choix de la France. Aussi critiquables que ces derniers puissent être. Il est nécessaire de prendre toute la mesure du problème posé.

La France n’est pas la seule à se préparer à la guerre. Elle le fait d’ailleurs avec d’autant plus de célérité et d’initiatives propres qu’elle est, en effet, accompagnée dans ce processus par l’ensemble des grandes puissances du monde, et par d’autres acteurs qui peuvent ou veulent prétendre à un rôle dans le contexte international actuel. Un contexte qui se montre de jours en jours davantage conflictuel, risqué, incertain… C’est une escalade globale dans une trajectoire dangereusement guidée par le bellicisme ambiant. Un bellicisme qui prend ses sources et son « énergie » dans les logiques de puissance, dans les compétitions aiguës de visées stratégiques hégémoniques et sur la nature même de l’ordre international, sur les ressources, sur les zones d’influence, les parts de marché et les profits…

Dans cette confrontation, la France ne joue pas un rôle décisif, alors qu’elle pourrait et devrait être à l’initiative sur des registres totalement différents… Elle laisse faire et elle contribue même activement à cet affaissement historique dans lequel le droit international, la Charte des Nations Unies, les conventions sur les droits humains fondamentaux, l’architecture de sécurité collective (ou ce qu’il en reste), et jusqu’à la justice internationale… tout est structurellement affaibli et soumis aux politiques de force, aux rapports de force et à la hiérarchie des puissances.

Les contradictions impérialistes sont multiples. Elles dominent à plein les relations internationales dont la vitesse et le degré de dégradation posent une question sur l’ordre international lui-même, et sur des enjeux de paix et de sécurité primordiaux. C’est cela l’enjeu principal, dans sa dimension mondiale.

Alors, que faut-il faire ?

Il faut d’abord penser et décrypter cet enjeu dans toutes ses dimensions. La question, en effet, ne se limite pas aux mauvais choix de la France, à ses postures de pure rhétorique, ou bien à ses carences d’action dans les guerres et conflits actuels, en Palestine particulièrement, mais aussi en Ukraine ou au Sahara occidental. Ses échecs en Afrique montrent d’ailleurs l’épuisement du rôle français dans ses traditions très occidentales d’ancienne puissance coloniale, et dans ses incapacités stratégiques à s’imposer ou au moins à peser en Europe. Au Conseil de sécurité, dont elle est un membre permanent, la France n’a plus beaucoup de poids. Elle a beaucoup perdu de sa « charge utile »… La logistique géopolitique du monde actuel lui échappe grandement. La façon dont elle s’est débarrassé, non sans désinvolture, des résolutions de l’ONU quant au conflit sur le Sahara occidental, pour pouvoir confirmer son alliance avec Maroc contre l’Algérie, montre à quel point les autorités françaises se complaisent dans un discours de postiche sur le droit, tout en se montrant incapable de le respecter, et de faire respecter.

La politique française de préparation à la guerre s’inscrit dans cette esprit d’une puissance déchue de ses capacités, qui s’accroche aux plus dominants en espérant pouvoir ainsi jouer encore un certain rôle. C’est une illusion dans le contexte actuel de confrontations de puissances, de tensions internationales, et de risques majeurs. Un contexte qui tient à la fois des « lois » de la jungle et du Far West… Dans un contexte pareil, celui qui choisit prioritairement la posture de la force et des rapports de forces peut tout juste espérer pouvoir survivre dans les affrontements à venir. Est-ce vraiment ce que l’on peut souhaiter pour la France ? Bien sûr que non. Il lui faut une tout autre ambition.

Une tout autre ambition ? Certes, mais il est nécessaire de bien mesurer la portée et la complexité qui s’attache à une telle visée. Les guerres et les confrontations, les régressions du droit, des valeurs et des pratiques censées pourtant définir les relations internationales aujourd’hui puisent leurs origines dans une histoire longue et compliquée, dans des logiques de puissance qui se régénèrent, dans des volontés de revanche et des conflits durables qui s’exacerbent parce volontairement non réglés… Il y a aussi les urgences, O combien impérieuses… auxquelles il n’est pas répondu au prix de la mort, de la destruction et des pires criminalités : crimes de guerre et crimes contre l’humanité, jusqu’au crime de génocide. On ne le voit que trop en Palestine.

Surmonter les contradictions d’une telle histoire, agir pour contribuer à peser dans cette histoire-là … voilà un défi des plus élevés. C’est sur les violences extrêmes et sur les enjeux essentiels de ce temps long qu’il faut, en effet, peser. Cela impose d’aller aux sources des conflits et des crises majeures de notre temps. Et poser les bonnes questions. Pourquoi en est-on arrivé là ? Que s’est-il passé dans la durée pour qu’on en soit là aujourd’hui ? Et il faut y répondre en allant chercher les causes dans l’histoire et dans la contextualisation nécessaire des événements. Il faut aller chercher les origines réelles des problèmes dans leur complexité pour pouvoir donner du sens aux réponses que l’on veut apporter. Le reste, la plus part du temps, relève surtout de l’idéologie, du mensonge politique et de la manipulation médiatique des esprits. Le complotisme et tous les simplismes complaisants y trouvent aussi leurs moteurs.

A force de mépriser le travail et la réflexion politiques, mais aussi les impératifs de la rationalité et des valeurs humaines essentielles, on finit par nourrir les débats et les orientations les plus politiquement réactionnaires et les plus éthiquement régressives. Il y a donc une reconstruction politique indispensable à réaliser. D’abord concernant l’ordre international actuel, tel qu’il fut défini en 1945, après la Seconde guerre mondiale, afin de penser et pouvoir reconstruire un monde différent. Les choix de la France doivent s’appuyer sur ce qui, fondamentalement, définit cet ordre, malgré ses insuffisances et ses contradictions : la Charte des Nations Unies, l’ONU en elle-même, comme institution seule capable d’exprimer une légitimité universelle, le droit international, et tout ce qui a été constitué depuis la fin de la Seconde guerre mondiale comme références internationales reconnues comme nécessaires pour surmonter les crises, assurer la sécurité internationale et la paix, favoriser le désarmement, éliminer les armes nucléaires, fonder les choix communs sur le principe de la responsabilité collective, négocier des solutions au sein de l’ONU ou sous son égide. Ce devrait être l’obsession positive et permanente de la France.

Alors, faut-il se préparer à la guerre, et refuser ainsi de se poser les questions décisives ? Choisir de se préparer la guerre parce que ses alliés stratégiques semblent tous la vouloir, ou bien parce qu’il n’y aurait pas d’autres issue que celle-ci, ou encore parce que l’on ne peut pas « faire confiance à Poutine », comme si c’était la seule problématique … voilà qui est une faiblesse et une faute, une forme d’indignité au regard des très grandes leçons que nous ont laissées les immenses tragédies du 20ème siècle. Faut-il aujourd’hui accepter, et même envisager de recommencer, ce qui a, hier, conduit les peuples aux pires catastrophes de notre histoire ? Ceux qui nous gouvernent, au-delà des simples logiques stratégiques qui sont les leurs, mesurent-ils vraiment l’avenir des relations internationales, et le destin qu’ils sont en train de nous construire ? N’y a-t’il pas de la hauteur à prendre ?

Demandons-nous, devant les grands défis globaux de notre période, celui de la paix et tous les autres… de quoi nous serons vraiment capables en ce 21ème siècle … Comment faut-il être au monde aujourd’hui ? Il n’y a pas de réponse à ces questions fondamentales. D’ailleurs, elles ne sont même pas posées…

Bien souvent, les mêmes qui prétendent nous rappeler l’importance (parfaitement incontournable) de ces enjeux globaux climatiques, sanitaires, sociaux, technologiques, sécuritaires… nous présentent aujourd’hui la guerre, sans retenue ni pudeur, comme une évidente possibilité, et une nécessité à laquelle il faudrait se préparer… Cette incapacité, ou ce refus explicite, à penser et construire l’ordre du monde et l’avenir de l’humanité autrement, comme une responsabilité collective, constitue une démission de l’esprit et du politique. C’est pourtant à ce niveau d’exigence que le problème doit aussi, sinon d’abord, être posé. On ne peut pas faire comme si l’histoire ne servait à rien.

1) « Le Ministère de la santé mobilise les hôpitaux pour la guerre », Le Canard enchaîné, Fanny Ruz-Guindos, 26 août 2025. https://www.lecanardenchaine.fr/defense/51669-la-sante-requisitionne-les-hopitaux-pour-la-guerre-en-europe

2) Voir par exemple «Le ministère de la Santé a demandé aux hôpitaux français de se préparer à la guerre d’ici mars 2026 », Jonas Denis, Ouest France, 28 août 2025. https://www.ouest-france.fr/sante/hopital/le-ministere-de-la-sante-a-demande-aux-hopitaux-francais-de-se-preparer-a-la-guerre-dici-mars-2026-846bf248-83eb-11f0-b7f6-35541b8d2287 ou encore « Le ministère de la Santé a envoyé une lettre aux ARS pour leur demander de préparer l’installation, en cas de besoin, de plateformes pour accueillir des milliers de soldats blessés au front », Armêl Balogog, Radio France, 29 août 2025.https://www.franceinfo.fr/replay-radio/le-vrai-du-faux/le-gouvernement-se-prepare-t-il-discretement-a-partir-en-guerre-comme-l-affirme-thierry-mariani_7356228.html

États-Unis : mille milliards de dollars pour le militaire en 2026…

Afin de pouvoir adopter un budget général pour 2026, le Congrès US emploie régulièrement une procédure spécifique dite « loi de réconciliation ». Celle-ci concerne strictement les questions liées aux recettes et aux dépenses. Cette loi permet d’ajouter des financements obligatoires, et d’appliquer des règles d’adoption parlementaires accélérées : majorité simple et débat limité à 20 heures maximum. C’est évidemment une méthode favorable à la majorité en place…

La loi de réconciliation pour 2026 comprend aujourd’hui des coupes drastiques dans les programmes sociaux : Médicaire et aide alimentaire. Selon le chef des démocrates à la Chambre des Représentants, près de 14 millions de personnes (sur 70) vont voir ainsi leur couverture de santé directement attaquée. Cette agression antisociale suscite évidemment de très vives controverses.

Cette loi de réconciliation comprend aussi un financement de grande ampleur et fortes conséquences quant à l’immigration et à la « sécurité frontalière ». Plus de 170 milliards de dollars (!) sont prévus pour le financement de murs frontaliers, de la surveillance, du développement des centres de rétention ($ 45 milliards), et des opérations d’expulsion ($ 30 milliards)… non sans susciter des heurts et des contestations dans certaines villes. C’est MAGA dans son essence de violence nationaliste et xénophobe.

Enfin, pour cette année 2026, les dépenses militaires devraient accéder à des sommets particulièrement élevés. A l’évidence, l’ensemble de ces dépenses devraient de toutes façons atteindre au moins les 960 milliards de dollars. Soit 848,3 milliards de budget de base (personnels, opérations, maintenance, acquisitions d’équipement, recherche, logistique, etc…), base à laquelle il faut ajouter 113,3 milliards de financements obligatoires au titre du mécanisme de réconciliation (certains avancent pour ces financements des montants supérieurs, de 150 à 160 milliards).

Il faut aussi se souvenir que le budget du DoD (Department of Defense) n’inclut pas toutes les dépenses militaires américaines. Pour pouvoir mesurer le niveau des dépenses militaires des Etats-Unis, il faut ajouter un certain nombre de chapitres :

– financement des têtes nucléaires (budget énergie) (1)

– pensions de retraites militaires

– soins de santé ou services pour les vétérans

– remboursements des intérêts sur les dettes de guerres passées

– aide militaire étrangère ou ventes d’armes financées par le State Department

– activités hors DoD : Homeland Security, opérations anti-terroristes du FBI, travail de renseignement de la NSA

Au total, pour 2026, on parviendrait à des dépenses militaires supérieures à 1 trillion de dollars, soit plus de 1000 milliards de dollars. Le président Donald Trump a lui-même présenté ces grandes lignes budgétaires comme un « budget de la défense de 1 000 milliards de dollars » (2). Il faut encore que le Congrès approuve… Pour gagner la paix, dit-on, il faut préparer la guerre. Franchement, vous y croyez ?..

Sources :

https://breakingdefense.com

https://www.militarytimes.com

ChatGPT et DeepSeek

1) Pour le nucléaire, le DoD finance la modernisation et l’entretien des vecteurs : bombardiers, missiles, sous-marins. Soit 62 milliards de dollars pour 2026. Mais la partie recherche, production et maintenance des têtes nucléaires, ainsi que les infrastructures de l’arsenal, relèvent de la Sécurité Nucléaire Nationale (NNSA) sous la tutelle du Department of Energy.

2) Voir « House advances $832 billion military budget plan for next fiscal year », Leo Shane III, MilitaryTimes.com https://www.militarytimes.com/news/pentagon-congress/2025/07/18/house-advances-832-billion-military-budget-plan-for-next-fiscal-year/

DOCUMENT : Haïti, c’est l’enfer sur terre.

Je reproduis ci-dessous l’intégralité de l’entretien d’un expert de l’ONU, William O’Neill, publié par Naïma Sawaya le 18 août 2025 sur le site ONU Info, concernant la situation d’une extrême gravité en Haïti.

En Haïti, gangs et groupes d’autodéfense prolifèrent et le désespoir règne…

Lentement mais sûrement, Haïti est en train de devenir une sorte de Far West : les gangs armés étendent leur influence, des groupes d’autodéfense ressemblent à des gangs et des fonctionnaires agissent en toute impunité. C’est le constat de William O’Neill, l’expert de l’ONU sur la situation des droits humains dans cette nation des Caraïbes. Et si vous lui demandez ce qui crée les conditions proches du Far West, sa réponse est le désespoir. Avec plus de 1,3 million d’Haïtiens déplacés et la moitié du pays souffrant de la faim, le désespoir n’est pas une idée abstraite en Haïti mais une réalité vécue. Néanmoins, M. O’Neill estime qu’il est possible de mettre fin à cette situation catastrophique, à condition que la communauté internationale soit prête à s’impliquer.

William O’Neill : Je n’ai jamais rencontré de chef de gang. J’ai rencontré des jeunes garçons qui faisaient partie d’un gang et qui avaient été arrêtés par la police.

L’un des garçons que nous avons interrogés avait environ 12 ans et était un enfant des rues. Sa famille l’avait abandonné. Il se débrouillait tout seul, volant et mendiant. À un moment donné, un membre d’un gang s’est approché de lui et lui a dit : « On te donnera un repas chaud par jour. On te donnera un peu d’argent chaque semaine, mais tu feras le guet ».

Le garçon a fait cela pendant plusieurs mois, jusqu’à ce que la police s’en aperçoive et l’arrête. Les autres personnes que nous avons interrogées avaient des histoires similaires : pauvreté extrême, absence totale d’options et désespoir. Dans de nombreuses régions, croyez-le ou non, les gangs ont une image positive.

William O’Neill : C’est l’enfer sur Terre. Chaque jour, je reçois des informations, et les gens me décrivent à quel point c’est horrible. C’est comme une mafia, une mafia criminelle qui vit aux crochets de la population.

Je n’ai jamais rien vu de tel. L’impact de la violence sur les droits économiques, sociaux et culturels – ainsi que sur le droit à la vie, le droit à l’intégrité physique et le droit à l’alimentation, aux soins de santé, à l’eau potable, au logement et à l’éducation. Ces droits sont gravement compromis.

William O’Neill : C’est l’un des aspects frustrants de notre travail. Les humanitaires ont parfois un sac de riz à leur donner, ce que je n’ai pas. C’est difficile. Nous insistons sur l’importance de décrire la réalité. Cela passe notamment par notre rôle de plaidoyer, afin de faire comprendre aux décideurs politiques la réalité.

Nous espérons qu’à un moment donné, les auteurs de ces crimes seront traduits en justice. Mais nous ne pouvons pas faire de fausses promesses. Nous affirmons qu’il est important de rétablir la vérité et de lutter contre l’impunité, qui est l’un des plus gros problèmes en Haïti. Il est fréquent que des meurtres soient commis impunément, et un pays ne peut survivre ainsi.

William O’Neill : Paradoxalement, la population a un point de vue opposé : il est extrêmement populaire. On le considère comme quelqu’un qui s’oppose aux gangs et qui assure la « sécurité » des gens.

J’ai évoqué son cas auprès de deux ministres de la Justice lors de mes visites. Je leur ai dit : « C’est impossible. On ne peut pas avoir un procureur qui exécute des gens ». Ils ont acquiescé, disant qu’ils étaient au courant, mais qu’en raison de sa popularité, les gens ont peur de l’affronter.

Pourquoi est-il populaire ? C’est parce que les institutions ont échoué. C’est ce cercle vicieux : tant que les institutions sont faibles, c’est le Far West, comme dans les vieux films américains, où le shérif est à la fois juge, jury et bourreau. Et c’est pourquoi il existe aussi des groupes d’autodéfense.

William O’Neill : Cela dépend. Ces groupes sont très controversés. Dans certains cas, ils se comportent comme des gangs : ils exigent de l’argent et deviennent très violents. Si vous êtes un jeune homme qu’ils ne reconnaissent pas, qui a un tatouage ou n’a pas de pièce d’identité, ils le tuent sur-le-champ et brûlent son corps.

William O’Neill : Encore une fois, le désespoir est là : les chefs de gangs sont retranchés dans des zones très bien protégées et bien gardées. Il est physiquement très difficile pour une police nationale sous-équipée et une force multinationale dirigée par le Kenya d’arrêter un chef de gang.

Les problèmes de droits humains sont très graves avec cette approche. Haïti n’est pas techniquement dans un conflit armé. La police n’est autorisée à recourir à la force meurtrière que dans des circonstances très limitées, lorsque la vie des policiers est en danger, celle d’une tierce personne l’est ou que la police n’a pas d’autre choix.

Et c’est là un problème : le chef de gang représente une menace, mais à ce moment-là, menace-t-il le policier ou une tierce personne ? Et existe-t-il d’autres méthodes non mortelles que vous pourriez encore essayer ?

J’ai du mal à voir comment ces drones remplissent ces conditions. On les appelle des drones kamikazes. On les envoie simplement en espérant que leur explosion tuera un chef de gang.

William O’Neill : Haïti n’est pas une cause perdue. C’est faisable. Ce n’est pas facile. Si c’était facile, cela serait déjà arrivé. Mais le Conseil de sécurité a identifié trois mesures clés : une force multinationale entièrement équipée, des sanctions et l’arrêt du flux d’armes en provenance des États-Unis.

Et si vous faites ces trois choses à la fois, avec fermeté, vous pouvez vaincre les gangs assez rapidement, car ils ne sont pas populaires. La population les déteste.

Quand je regarde le Soudan, Gaza ou l’Ukraine, il m’arrive de baisser les bras. Mais en Haïti, nous pouvons vraiment y parvenir si nous nous contentons de faire ce qui est déjà autorisé par le Conseil de sécurité.

https://docs.un.org/fr/A/79/36

DOCUMENT :

Pour information. 550 anciens hauts responsables de la sécurité israéliens ont lancé un appel public pour « mettre fin immédiatement à la guerre à Gaza », avertissant que sa poursuite prolongée et acharnée conduit le pays vers « la perte de sa sécurité et de sa liberté ». Au nom du mouvement Commanders for Israel’s security, ils ont adressé une lettre à Donald Trump lui demandant instamment de s’engager afin d’arrêter la guerre à Gaza. Cette initiative traduit l’impasse tragique de la politique actuelle d’Israël, et l’affirmation d’oppositions de plus en plus déterminées.

Voici, en anglais, avec une traduction en français, le texte intégral de cette lettre :

Cher Monsieur le Président,

Arrêter la guerre à Gaza !

Au nom du CIS, le plus important groupe d’anciens généraux du Mossad, du Shin Bet, de la police et d’équivalents du corps diplomatique, nous vous demandons instamment de mettre fin à la guerre à Gaza.

Vous l’avez fait au Liban, Le temps est venu de le faire aussi à Gaza.

L’armée a depuis longtemps accompli les deux objectifs qui pouvaient être réalisés par la force : le démantèlement du Hamas en tant que formation militaire et de gouvernance. Le troisième, beaucoup plus important, peut être réalisé seulement par un accord : ramener les otages à la maison.

Notre jugement professionnel est que le Hamas n’est plus une menace stratégique pour Israël, et notre expérience nous dit qu’Israël a tout ce qu’il faut pour faire face à ses capacités terroristes résiduelles, à distance ou autrement.

La poursuite des responsables opérationnels restant du Hamas peut être engagée plus tard. Nos otages ne peuvent attendre.

Votre crédibilité auprès d’une large majorité d’Israéliens renforce votre capacité à guider le Premier ministre Netanyahou et son gouvernement dans la bonne direction : la fin de la guerre, le retour des otages, l’arrêt des souffrances et l’installation d’une coalition régionale et internationale afin d’aider l’autorité palestinienne (une fois réformée) à offrir au gazaouis et à tous les Palestiniens une alternative aux Hamas et à sa vicieuse idéologie.

– Major général (retraité) Matan Vilnay, ancien chef d’État major adjoint de l’armée israélienne, et Président du CIS.

– Amiral (retraité) Ami Ayalon, ancien directeur du Shin Bet .

Tamir Pardo, ancien directeur du Mossad.

– Ambassadeur (retraité) Jeremy Issacharoff, ancien vice-directeur général du Ministère des affaires étrangères.

Assaf Hefetz, ancien commissaire de la Police israélienne.

Sur la stratégie d’Israël… et où peut-elle conduire.

Voici, en intégralité, le texte adopté par la Knesset, le Parlement israélien, le 23 juillet 2025 :

Cette déclaration appelant à « l’application de la souveraineté sur la Judée-Samarie et la Vallée du Jourdain » a été adoptée par une très large majorité de droite et d’extrême droite (71 pour et 13 contre). Les partis considérés comme d’opposition (Yesh Adid et Blue et White qualifiés de partis centristes) n’ont pas participé au vote. La gauche (Ra’am et Hadash dont le PCI) ont voté contre. Le député du Hadash Ofer Cassif a notamment déclaré : « le gouvernement génocidaire a présenté une motion à l’ordre du jour : l’annexion de la Cisjordanie. Ma réponse est la fin de l’occupation, l’arrêt des effusions de sang et la reconnaissance de la Palestine !.. » Notons au passage que ce député, en séance plénière du Parlement, et de forte manière, accuse pertinemment le gouvernement de Benyamin Netanyahou de génocide …

Ce texte adopté par la Knesset est censé n’avoir aucune conséquence législative ou « opérationnelle » (politiquement concrète) puisqu’il s’agit d’une déclaration ou motion ne pouvant en rien modifier le statut juridique du territoire palestinien occupé. On ne peut cependant en sous-estimer l’importance, d’autant qu’il succède à un autre texte de semblable visée, adopté en juillet 2024, qui rejetait « fermement » la création d’un État palestinien entre le Jourdain et la Méditerranée, y compris dans le cadre d’un éventuel accord de paix.

Évidemment, la volonté israélienne de refuser et d’empêcher la création d’un État palestinien ne date pas d’aujourd’hui. Elle a accompagné des décennies de colonisation et d’occupation militaire, de mépris du droit international et des résolutions de l’ONU, de mise en échec de toutes les tentatives de solution négociée… Il est cependant manifeste que le gouvernement Netanyahou a saisi ce que certains désignent aujourd’hui comme une « fenêtre d’opportunité » pour imposer, comme s’il s’agissait d’une réalité politique maintenant acquise, les paramètres de l’annexion de la Cisjordanie, de la (re)colonisation de Gaza, de l’expulsion des Palestiniens de Gaza dans un nettoyage ethnique dûment préparé sous une pression militaire rarement égalée. Tout cela dans le contexte d’une violence armée totalement désinhibée, et d’une violence d’action criminelle des colons en Cisjordanie, sous le regard bienveillant des soldats israéliens… La violence israélienne a d’ailleurs atteint un tel niveau d’intensité que la Cour Internationale de Justice (CIJ) a souligné la plausibilité d’un génocide. Tandis que la Cour Pénale Internationale (CPI) a lancé des mandats d’arrêt en particulier contre Benyamin Netanyahou pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Il n’existe pas de charges plus lourdes que celles-ci pour la justice internationale.

Le massacre du 7 octobre 2023 perpétré par le Hamas, dans son extrême ampleur (près de 1200 personnes assassinées, dont une majorité de civils, ce qui en fait une hécatombe terroriste) a été utilisé de façon spécifique par les autorités israéliennes. Celles-ci, dès les lendemains du 7 octobre, ont en effet annoncé… ce qui allait suivre : plusieurs des plus hauts dirigeants de l’État ont affirmé la volonté israélienne de « changer la réalité » (2)… Cette formule d’apparence anodine avait une signification particulière. Il ne s’agissait pas (seulement) de pourchasser le Hamas et ses responsables, mais de saisir le contexte de ce 7 octobre pour renverser stratégiquement toute la table, transformer par la force la plus brutale le traitement des Palestiniens et le « règlement » de la question de Palestine, et changer les rapports de forces régionaux, ce qui, pour l’essentiel, a été militairement réalisé. Nous ne reviendrons pas sur ce dernier aspect qui mériterait d’amples explications.

Il a été souvent reproché à Netanyahou de ne pas avoir de politique pour une « sortie de crise ». Mais la stratégie du Premier ministre israélien, c’est précisément de ne pas chercher une solution politique. L’objectif n’est pas celui d’une issue politique. Il est justement celui d’imposer la fin d’une telle perspective, la fin du droit, la mort de l’idée d’une souveraineté palestinienne, l’écrasement physique et politique de la nation palestinienne afin de conquérir toute la terre de Palestine par la force, dans le nettoyage ethnique, et dans un processus génocidaire aujourd’hui clairement identifiable. Et d’autant plus identifiable que la famine est intentionnellement utilisée comme une arme de destruction majeure contre les Palestiniens. Tout cela est clairement dit dans cette déclaration de la Knesset du 23 juillet 2025, comme dans d’autres déclarations officielles. Ce fut aussi rappelé par des experts et des rapporteurs spéciaux des Nations Unies. Pas seulement par la remarquable Francesca Albanese, chargée, pour l’ONU, des droits humains en Palestine.

Netanyahou lui-même s’est explicitement exprimé dans ce sens à plusieurs reprises. A l’occasion de la journée dite du souvenir des soldats tombés au combat (29 avril 2025), il a ouvertement affirmé que « l’expulsion forcée des Palestiniens de Gaza est inévitable ». Il déclara dans la même période, devant la Commission des Affaires étrangères de la Knesset, que les forces israéliennes « détruisent de plus en plus de maisons » et que « la seule issue inévitable sera le souhait des Gazaouis d’émigrer de la Bande de Gaza » (3).

Naturellement, la déclaration de la Knesset est totalement contraire au droit international et aux résolutions des Nations Unies, notamment les plus historiquement pertinentes : la 242 (1967), la 338 (1973), mais aussi la 2334 (2016)… Israël impose sa stratégie par la force contre les Palestiniens, et contre tout ce que le droit a pu construire pour affirmer la légitimité des aspirations nationales et des droits du peuple palestinien. Cette déclaration de la Knesset n’est donc pas seulement une escalade dangereuse (une de plus) pour les Palestiniens et pour le Moyen-Orient. C’est l’imposition d’un fait accompli : le vol de la terre palestinienne par la force militaire, et le massacre des Palestiniens : près de 60 000 morts et en majorité des civils, des femmes et des enfants…assassinés par cette armée dite « la plus morale du monde », selon cette vieille formule totalement mythique et stupide.

L’hubris israélien atteint des sommets dans la criminalité et l’ignominie. On aura jamais accédé, dans l’histoire récente, à un tel degré de sauvagerie. Ce qui se déroule sous nos yeux est une page d’inhumanité inédite et de portée historique. Inédite et historique comme l’est aussi la déshonorante démission des principales puissances et des pays du monde occidental : les États-Unis, la France, l’Allemagne… et y compris l’Union européenne. Il vaut donc la peine de nommer les 6 pays européens ayant choisi de dénoncer la politique israélienne et de reconnaître l’État de Palestine : Espagne, Irlande, Islande, Luxembourg (4), Norvège et Slovénie. Sur les 50 pays d’Europe, dont 27 de l’Union européenne, c’est peu… mais cela signale pourtant un affaiblissement du soutien aveugle à Israël. Ce que confirme l’organisation, notamment en Europe, de nombreuses manifestations populaires qui traduisent des opinions publiques bouleversées et politiquement mobilisées par tant de crimes, tant cynisme et d’irresponsabilité.

Certes, la France s’apprête à reconnaître l’État palestinien. Le Président Macron l’a officiellement annoncé. On voit mal comment il pourrait, encore une fois, surseoir ou abandonner, tellement l’émotion et l’indignation atteignent elles aussi des sommets devant la dimension de l’inacceptable moral et politique. Cette reconnaissance est une chose utile. Elle peut avoir un certain poids politique, en particulier en Europe. Mais on restera bien loin du compte. Ce qui domine, en effet, c’est une stratégie israélienne mise en œuvre dans l’impunité totale, sans limite dans la force et la violence, sans respect d’une éthique à minima. Les dirigeants israéliens ne rencontrent aujourd’hui aucune opposition suffisante qui puisse les arrêter. Rien ne semble pouvoir freiner Israël dans cette tragédie voulue et planifiée, sinon la résilience épuisée, mais déterminée du peuple palestinien.

La motion de la Knesset révèle cependant une réalité plus contradictoire. Elle a suscité une très ferme réaction de 10 pays du monde arabe et d’Afrique, et y compris celle de la Ligue arabe (22 États), et celle de l’Organisation de la Coopération Islamique (OCI). L’OCI, notons-le, représente environ la moitié du continent africain, l’ensemble du Moyen-Orient et l’Asie centrale. Ces pays et organisations ont en effet publié une déclaration de condamnation très nette, et réaffirmé leur attachement à la solution à deux États fondée sur la légitimité internationale et l’initiative de paix arabe. Et puis, ce que montre cette réaction, c’est un engagement de l’Égypte, de la Jordanie, des Émirats Arabes Unis et du Bahrein. C’est à dire l’engagement de 4 États ayant des relations diplomatiques avec Tel Aviv, dont 2 signataires d’un accord dit d’Abraham, avec Israël. Benyamin Netanyahou devrait donc y regarder à deux fois avant d’aller plus loin s’il en reste à sa volonté, jusqu’ici explicite, d’établir des relations apaisées voire institutionnalisées et diplomatiques avec le monde arabe et au-delà. Remarquons, parmi les pays ayant signé la déclaration de condamnation, la République d’Indonésie (premier pays musulman par sa population : 285 millions d’habitants), et le Nigeria (pays d’Afrique le plus peuplé : 216 millions d’habitants). Ce n’est pas rien. Enfin notons la signature de la Turquie dont la réaction, dans sa tonalité, pourrait être considérée comme une menace à peine voilée. Le monde actuel est donc un peu plus compliqué qu’il n’y paraît au premier abord. Même pour Israël.

Il reste que l’on ne fait jamais monter la violence impunément, sans tenir compte des conséquences possibles. On se demande d’ailleurs jusqu’où l’irresponsabilité criminelle du gouvernement Netanyahou pourra conduire Israël.

De la même manière, on utilise jamais la force impunément, sans tenir compte des effets possibles et des impasses où elle peut conduire. D’ailleurs, se pose aujourd’hui clairement la question d’une réponse reposant précisément sur l’usage de la force. La nécessité d’imposer à Israël des sanctions générales (c’est à dire dans tous les domaines, et notamment dans le militaire), mais aussi un boycott et un processus de désinvestissement, serait un pas significatif dans le choix de la force. Faudrait-il aller plus loin ? La question est posée car le comportement israélien constitue un véritable défi à la sécurité internationale, à l’ordre international et aux valeurs censées fonder cet ordre. C’est un défi de très grande portée éthique et politique. Un défi à la conscience mondiale, dit le Secrétaire général de l’ONU.

Alors, posons-nous la question : pourquoi Netanyahou déciderait-il d’arrêter la mise en œuvre de son offensive politico-militaire de dévastation criminelle organisée en Palestine, si aucune puissance, en particulier celles du monde occidental, ne réagit à la hauteur, et laisse faire le pire en faisant le choix d’un soutien honteux ? La question des initiatives et des moyens nécessaires pour arrêter cette infinie descente aux enfers est donc bien posée. Il faut y répondre. Maintenant. Pourtant, ni la France ni l’Union européenne n’ont l’air de vouloir relever ce défi existentiel pour leur crédibilité.

Notes :

1) Voir « By majority of 71 MKs, Knesset Plenum votes in favor of declaration calling to apply sovereignty to Judea and Samaria and the Jordan Valley », Knesset, July 23, 2025. https://main.knesset.gov.il/EN/News/PressReleases/Pages/press23725r.aspx  

2) Voir « Israël, le Hamas et la question de Palestine », Jacques Fath, éditions du Croquant, février 2024, pages 29, 93 et 94.

3) « Netanyahou says forced expulsion of Palestiniens from Gaza inevitable », Middle East Eye, May 12, 2024. Netanyahu says forced expulsion of Palestinians from Gaza ‘inevitable’. https://www.middleeasteye.net/news/netanyahu-says-forced-expulsion-palestinians-gaza-inevitable

4) Le Luxembourg s’est engagé à reconnaître l’État palestinien, dès lors que les otages israéliens seront libérés.

On Israel’s strategy… and where it may lead.

Here is the full text adopted by the Knesset, the Israeli Parliament, on July 23, 2025 :

« Judea, Samaria, and the Jordan Valley are an integral part of Eretz Israel, the historical, cultural, and spiritual homeland of the Jewish people. Hundreds and thousands of years before the establishment of the State, the ancestors and prophets of the nation lived and acted in these regions, where the foundations of Jewish culture and faith were laid. Cities such as Hebron, Shechem, Shiloh, and Beit El are not only historical sites, they are a living expression of the continuity of Jewish existence in this land.

« Sovereignty in Eretz Israel is an inseparable part of the fulfillment of Zionism and the national vision of the Jewish people who have returned to their homeland. The massacre on Shemini Atzeret, October 7, 2023, proved that the creation of a Palestinian state poses an existential danger to Israel, its citizens, and the entire region.

« The Knesset, in its resolution of July 18, 2024, decided that it opposes the establishment of a Palestinian state west of the Jordan River, and that the establishment of such a state would constitute an existential danger to the State of Israel and its citizens, perpetuate the Israeli-Palestinian conflict, and destabilize the region. In making [this declaration], the Knesset removed the idea of a Palestinian state from the agenda.

« The Knesset believes that the State of Israel has a natural, historical and legal right to all the territories of Eretz Israel, the historic homeland of the Jewish people. The Knesset calls on the Israeli government to take steps as soon as possible to apply sovereignty—Israeli law, jurisdiction, and administration—to all areas of Jewish settlement, in all their forms, in Judea, Samaria, and the Jordan Valley.

This measure will strengthen the State of Israel and its security, and prevent any challenge to the fundamental right of the Jewish people to peace and security in their homeland. On behalf of the Hebrew nation sitting in Zion, we call upon our friends around the world to join us in returning to Zion and to the vision of the prophets, and to support the State of Israel in its natural, historical, and legal right to Eretz Israel and to the application of its sovereignty. »
(1)

This declaration calling for “the application of sovereignty over Judea, Samaria, and the Jordan Valley” was adopted by a very large majority of the right and far right (71 in favor and 13 against). The parties considered to be in opposition (Yesh Adid and Blue and White, described as centrist parties) did not participate in the vote. The left (Ra’am and Hadash, including the PCI) voted against. Hadash MP Ofer Cassif said: « The genocidal government has put a motion on the agenda: the annexation of the West Bank. My response is an end to the occupation, an end to the bloodshed, and recognition of Palestine! » It should be noted that this MP, speaking in a plenary session of Parliament, strongly and pertinently accused Benjamin Netanyahu’s government of genocide…

This text adopted by the Knesset is not supposed to have any legislative or “operational” (politically concrete) consequences, as it is a declaration or motion that cannot in any way change the legal status of the occupied Palestinian territory. However, its importance cannot be underestimated, especially as it follows another text with a similar aim, adopted in July 2024, which “firmly” rejected the creation of a Palestinian state between the Jordan River and the Mediterranean Sea, including within the framework of a possible peace agreement. Of course, Israel’s determination to reject and prevent the creation of a Palestinian state is nothing new. It has been accompanied by decades of colonization and military occupation, disregard for international law and UN resolutions, and the thwarting of all attempts at a negotiated solution. However, it is clear that the Netanyahu government has seized what some refer to as a “window of opportunity” to impose, as if it were now a political reality, the parameters for the annexation of the West Bank, the (re)colonization of Gaza, and the expulsion of Palestinians from Gaza in a carefully planned ethnic cleansing operation carried out under military pressure rarely seen before. All this is taking place in a context of completely uninhibited armed violence and criminal acts by settlers in the West Bank, under the benevolent gaze of Israeli soldiers… Israeli violence has reached such a level of intensity that the International Court of Justice (ICJ) has warned of the plausibility of genocide. Meanwhile, the International Criminal Court (ICC) has issued arrest warrants against Benjamin Netanyahu in particular for war crimes and crimes against humanity. There are no charges more serious than these in international law.

The massacre of October 7, 2023, perpetrated by Hamas, in its extreme magnitude (nearly 1,200 people murdered, the majority of them civilians, making it a terrorist massacre), was used in a specific way by the Israeli authorities. In the aftermath of October 7, they announced… what was to follow: several of the highest-ranking state officials affirmed Israel’s determination to “change reality” (2)… This seemingly innocuous phrase had a particular meaning. It was not (only) a question of hunting down Hamas and its leaders, but of seizing the context of October 7 to strategically overturn the entire situation, transform the treatment of the Palestinians and the “settlement” of the Palestinian question by the most brutal force, and change the regional balance of power, which, for the most part, has been achieved militarily. We will not return to this last aspect, which deserves a full explanation.

Netanyahu has often been criticized for not having a policy for a “way out of the crisis.” But the Israeli prime minister’s strategy is precisely not to seek a political solution. The objective is not to find a “solution.” It is, precisely, to impose the end of such a prospect, the end of law, the death of the idea of Palestinian sovereignty, the physical and political crushing of the Palestinian nation in order to conquer all the land of Palestine by force, through ethnic cleansing and in a genocidal process that is now clearly identifiable. And all the more identifiable because famine is intentionally used as a weapon of mass destruction against the Palestinians. All this is clearly stated in this Knesset declaration of July 23, 2025. It has been reiterated by experts and special rapporteurs of the United Nations. Not only by the remarkable Francesca Albanese, the UN Special Rapporteur on human rights in Palestine.

Netanyahu himself has explicitly stated this on several occasions. On the so-called Memorial Day for Fallen Soldiers (April 29, 2025), he openly stated that “the forced expulsion of Palestinians from Gaza is inevitable.” During the same period, he told the Knesset Foreign Affairs Committee that Israeli forces were “destroying more and more houses” and that “the only inevitable outcome will be the desire of Gazans to emigrate from the Gaza Strip” (3).

Naturally, the Knesset’s statement is completely contrary to international law and United Nations resolutions, particularly the most historically relevant ones: 242 (1967), 338 (1973), but also 2334 (2016)… Israel is imposing its strategy by force against the Palestinians and against everything that has been built through the law to affirm the legitimacy of the national aspirations and rights of the Palestinian people. This Knesset statement is therefore not only a dangerous escalation (yet another) for the Palestinians and for the Middle East. It is the imposition of a fait accompli: the theft of Palestinian land by military force and the massacre of Palestinians: nearly 60,000 dead, mostly civilians, women and children… murdered by this army described as “the most moral in the world,” according to that old, totally mythical and stupid phrase.

Israeli hubris has reached new heights of criminality and ignominy. Never in recent history has such a degree of savagery been reached. What is unfolding before our eyes is an unprecedented and historic chapter of inhumanity. Unprecedented and historic, as is the dishonorable resignation of the major powers and countries of the Western world: the United States, France, Germany… and the European Union with them. It is therefore worth naming the six European countries that have chosen to denounce Israeli policy and recognize the State of Palestine: Spain, Ireland, Iceland, Luxembourg (4), Norway, and Slovenia. Out of the 50 countries in Europe, including 27 in the European Union, this is not many… but it nevertheless signals a weakening of blind support for Israel. This is confirmed by the organization, particularly in Europe, of numerous popular demonstrations that reflect public opinion, which has been shaken and politically mobilized by so many crimes, so much cynicism, and so much irresponsibility.

Admittedly, France is preparing to recognize the Palestinian state. President Macron has officially announced this. It is difficult to see how he could, once again, postpone or abandon this move, given that emotion and indignation are also reaching fever pitch in the face of the moral and political unacceptability of the situation. This recognition is a useful thing. It may carry some political weight, particularly in Europe. But it will fall far short of what is needed. What prevails, in fact, is an Israeli strategy implemented with total impunity, without limits on force and violence, and without respect for even the most basic ethics. Israeli leaders currently face no opposition strong enough to stop them. Nothing seems to be able to stop Israel in this deliberate and planned tragedy, except the exhausted but determined resilience of the Palestinian people.

However, the Knesset motion reveals a more contradictory reality. It has provoked a very strong reaction from 10 countries in the Arab world and Africa, including the Arab League (22 states) and the Organization of Islamic Cooperation (OIC). It should be noted that the OIC represents about half of the African continent, the entire Middle East, and Central Asia. These countries and organizations have issued a strong statement of condemnation and reaffirmed their commitment to the two-state solution based on international legitimacy and the Arab Peace Initiative. What this strong reaction shows is a commitment on the part of Egypt, Jordan, the United Arab Emirates, and Bahrain. That is to say, the commitment of four states that have diplomatic relations with Tel Aviv, including two signatories of the so-called Abraham Accords with Israel. Benjamin Netanyahu should therefore think twice before going any further if he remains committed to his hitherto explicit desire to establish peaceful, even institutionalized and diplomatic relations with the Arab world and beyond. Among the countries that signed the statement of condemnation, it is worth noting the Republic of Indonesia (the largest Muslim country by population, with 285 million inhabitants) and Nigeria (the most populous country in Africa, with 216 million inhabitants). This is no small matter. Finally, let us note the signature of Turkey, whose reaction, in tone, could be considered a thinly veiled threat. The world today is therefore a little more complicated than it appears at first glance. Even for Israel.

The fact remains that violence can never be escalated with impunity, without considering the possible consequences. One wonders how far the criminal irresponsibility of the Netanyahu government will take Israel.

Similarly, force can never be used with impunity, without considering the possible effects and the dead ends it may lead to. Moreover, the question of a response based precisely on the use of force is now clearly on the table. The need to impose general sanctions on Israel (i.e., in all areas, including the military) would be a significant step toward the use of force. Should we go further? The question is being asked because Israel’s behavior constitutes a real challenge to international security, to the international order, and to the values that are supposed to underpin that order. It is a challenge of great ethical and political significance. A challenge to the global conscience, says the UN Secretary-General.

Let us ask ourselves: why would Netanyahu decide to halt the implementation of his criminal political and military offensive of organized devastation in Palestine if no power, particularly those of the Western world, reacts appropriately and allows the worst to happen by choosing to give shameful support? The question of the initiatives and means necessary to stop this endless descent into hell is therefore clearly raised. It must be answered. Now. Yet neither France nor the European Union seems willing to take up this existential challenge to their credibility.

Notes :

1) See “By majority of 71 MKs, Knesset Plenum votes in favor of declaration calling to apply sovereignty to Judea and Samaria and the Jordan Valley,” Knesset, July 23, 2025. https://main.knesset.gov.il/EN/News/PressReleases/Pages/press23725r.aspx
2) See “Israel, Hamas and the Palestinian Question,” Jacques Fath, Éditions du Croquant, February 2024, pages 29, 93 and 94.
3) “Netanyahu says forced expulsion of Palestinians from Gaza inevitable,” Middle East Eye, May 12, 2024. https://www.middleeasteye.net/news/netanyahu-says-forced-expulsion-palestinians-gaza-inevitable
4) Luxembourg has pledged to recognize the Palestinian state once the Israeli hostages are released.

Mon nouveau livre à la fnac.

« La guerre, le droit et la Paix », éditions du Croquant, dans les rayons de la fnac Les Halles…

Déclaration de l’Assemblée des lauréats du prix Nobel pour la prévention de la guerre nucléaire.

En cette 80e année de l’ère nucléaire, le monde se trouve à un tournant décisif. La méfiance et la discorde marquent le discours international, et les défis auxquels la communauté mondiale est confrontée sont écrasants. Mais un seul défi pourrait mettre fin à la civilisation en un après-midi.

En 1955 et en 2024, les lauréats du prix Nobel se sont réunis à Mainau pour mettre en garde le monde contre la menace existentielle que représente la guerre nucléaire. Des progrès considérables ont été accomplis dans la réduction des stocks nucléaires mondiaux et des risques nucléaires, mais nous nous engageons aujourd’hui dans la mauvaise direction. À l’aube d’une nouvelle course aux armements nucléaires complexe et dangereuse, les lauréats du prix Nobel et les experts en matière de politique nucléaire doivent désormais s’exprimer d’une seule voix.

Nous ne nions pas que la crainte d’une guerre nucléaire ait contribué à préserver une certaine stabilité entre les nations, mais une structure de sécurité mondiale dépendant éternellement de la peur est en fin de compte un pari imprudent. Même si nous avons évité des catastrophes nucléaires dans le passé, le temps et la loi des probabilités ne sont pas de notre côté. Sans efforts clairs et soutenus de la part des dirigeants mondiaux pour prévenir la guerre nucléaire, il ne fait aucun doute que notre chance finira par tourner.

Si la seule façon d’éliminer véritablement les risques de guerre nucléaire est de supprimer les armes nucléaires, il existe des mesures importantes et opportunes qui peuvent soutenir les efforts à long terme en faveur du désarmement nucléaire. Dans cette optique, les lauréats du prix Nobel et les experts en politique nucléaire soussignés appellent les dirigeants mondiaux à utiliser leur pouvoir, leurs capacités et leur influence pour mettre en œuvre cette liste non exhaustive de mesures pragmatiques :

À l’occasion du 80e anniversaire de l’essai Trinity, rappelant les graves conséquences des essais nucléaires pour la santé humaine, l’environnement et la paix et la sécurité internationales, nous appelons tous les États à réaffirmer leur engagement en faveur d’un moratoire sur les essais nucléaires explosifs et à faire le nécessaire pour garantir l’entrée en vigueur rapide du Traité d’interdiction complète des essais nucléaires.

Reconnaissant que les mesures et accords visant à assurer la stabilité stratégique et à réduire les risques nucléaires constituent un bien public mondial, nous appelons la Russie et les États-Unis à entamer immédiatement des négociations sur un accord succédant au Traité de 2010 sur la réduction des armes stratégiques, à rester attachés aux limites centrales du traité dans l’intervalle et à élargir le dialogue afin d’aborder la question de l’ensemble de leurs arsenaux nucléaires. Nous appelons la Chine à entamer immédiatement des discussions substantielles et soutenues sur son arsenal nucléaire en expansion rapide. Tous les États dotés d’armes nucléaires doivent s’engager dans des discussions sur le nucléaire sans conditions préalables ni idées préconçues sur les résultats. Nous appelons en outre tous les États et leurs dirigeants à engager des dialogues bilatéraux et multilatéraux sur la réduction des risques nucléaires.

Préoccupés par les risques sans précédent et graves que posent l’intelligence artificielle (IA) et d’autres technologies émergentes, nous appelons tous les États à renforcer le dialogue coopératif sur les implications scientifiques, juridiques et militaires de ces technologies. Reconnaissant la faillibilité de l’IA, nous appelons tous les États dotés d’armes nucléaires à garantir un contrôle et une surveillance humains significatifs et renforcés sur le commandement et le contrôle nucléaires, et à allonger les délais de prise de décision pour déterminer la fiabilité des informations reçues et la prudence de toute décision relative à l’utilisation de la force militaire. Reconnaissant en outre la faillibilité des êtres humains, nous appelons tous les États dotés d’armes nucléaires à instaurer la « règle des deux personnes », qui garantit qu’au moins deux personnes participent à toute décision relative à l’utilisation de la force nucléaire.

Conscients du caractère déstabilisateur des tentatives visant à compromettre la viabilité et l’efficacité des arsenaux nucléaires stratégiques offensifs, nous appelons la Chine, la Russie et les États-Unis à reconnaître l’interdépendance entre les armes stratégiques offensives et défensives et à renoncer à des investissements massifs dans la défense antimissile stratégique.

Reconnaissant que l’espace est un bien commun mondial et que le placement potentiel d’armes nucléaires dans l’espace représente un danger extrême, nous appelons toutes les nations à réaffirmer les principes et les obligations du Traité sur l’espace extra-atmosphérique et à œuvrer à la mise à jour de cet accord essentiel afin de tenir compte des technologies nouvelles et en constante évolution.

Conscients du risque d’accidents nucléaires et d’erreurs d’appréciation, nous appelons tous les États dotés d’armes nucléaires à renforcer leurs lignes de communication sécurisées entre eux et à multiplier et intensifier les dialogues multilatéraux sur les outils et mécanismes de prévention et de gestion des crises.

Affirmant que le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires est la pierre angulaire de l’architecture internationale de contrôle des armements et de non-prolifération, nous appelons toutes les nations à réaffirmer publiquement leur engagement envers tous les objectifs et obligations de non-prolifération et de désarmement énoncés dans le traité et à rejeter et condamner la prolifération par tout État, y compris les alliés. Nous appelons en outre tous les États à renforcer et à élargir leur soutien politique et substantiel à la diplomatie nucléaire multilatérale et aux institutions qui la soutiennent.

Conscients des ravages causés par les bombardements atomiques d’Hiroshima et de Nagasaki et des graves conséquences humanitaires d’une guerre nucléaire, nous appelons tous les États à accroître leurs investissements et leur coopération en matière de recherche sur les impacts environnementaux, sociaux, militaires et économiques d’un conflit nucléaire, y compris dans des scénarios limités ou régionaux, et à soutenir le prochain Panel scientifique indépendant des Nations unies sur les effets de la guerre nucléaire.

Conscients que l’absence de volonté politique entrave la réduction des risques nucléaires, nous appelons les scientifiques, les universitaires, la société civile et les communautés religieuses à contribuer à exercer la pression nécessaire sur les dirigeants mondiaux afin qu’ils mettent en œuvre des mesures de réduction des risques nucléaires.

Il n’y a pas d’obligation plus importante que celle de prévenir la catastrophe d’une guerre nucléaire. Ces mesures concrètes et réalisables aideront les dirigeants mondiaux dans cette tâche solennelle. Nous leur demandons à tous de s’inspirer des paroles des lauréats du prix Nobel Bertrand Russell et Albert Einstein : « Nous appelons les êtres humains à se souvenir de leur humanité et à oublier le reste. »

Notre survie et celle des générations futures sont en jeu.

Signataires lauréats du prix Nobel :

Wolfgang Ketterle (Prix Nobel de physique 2001)

William E. Moerner (Prix Nobel de chimie 2014)

Martin Chalfie (Prix Nobel de chimie 2008)

Roger Myerson (Prix de la Banque de Suède pour l’économie en mémoire d’Alfred Nobel 2007)

Jody Williams (Prix Nobel de la paix 1997)

Jack W. Szostak (Prix Nobel de physiologie ou médecine 2009)

Richard J. Roberts (Prix Nobel de physiologie ou médecine 1993)

Saul Perlmutter (prix Nobel de physique 2011)

Wole Soyinka (prix Nobel de littérature 1986)

Brian P. Schmidt (prix Nobel de physique 2011)

David Gross (prix Nobel de physique 2004)

Ruth Mitchell (Association internationale des médecins pour la prévention de la guerre nucléaire (IPPNW), prix Nobel de la paix 1985)*

Karen Hallberg (Conférences Pugwash sur la science et les affaires mondiales, prix Nobel de la paix 1995)*
*Signature à titre personnel

COMITÉ ORGANISATEUR :

Alexandra Bell
Présidente, Bulletin of the Atomic Scientists
Owen Gaffney

Responsable de l’impact chez Nobel Prize Outreach (observateur)
Francesca Giovannini

Directrice exécutive, Managing the Atom, Harvard
David Gross

Prix Nobel de physique 2004
Karen Hallberg

Secrétaire générale, Pugwash, prix Nobel de la paix 1995
Daniel Holz

Président, SASB du Bulletin of the Atomic Scientists ; UChicago
Scott Sagan

Codirecteur du CISAC, Stanford
Juan Manuel Santos

Prix Nobel de la paix 2016
Brian Schmidt

Prix Nobel de physique 2011
Masako Wada

Secrétaire générale adjointe, Nihon Hidankyo, Prix Nobel de la paix 1924

***

ENGLISH TRANSLATION :

In this 80th year of the nuclear age, the world finds itself at a reckoning point. Distrust and discord mark the international discourse, and the volume of challenges facing the global community is overwhelming. But there is only one challenge that could end civilization in an afternoon.

In 1955 and 2024, Nobel Laureates gathered at Mainau to issue warnings to the world about the existential threat posed by nuclear war. Tremendous progress has been made in reducing global nuclear stockpiles and nuclear risks, but we are now heading in the wrong direction. Poised at the beginning of a new, complex, and dangerous nuclear arms race, Nobel Laureates and nuclear weapons policy experts must now speak together.

We do not deny that the fear of nuclear war has played a role in preserving some stability among nations, but a global security structure forever dependent on fear is ultimately a reckless gamble. Despite having avoided nuclear catastrophes in the past, time and the law of probability are not on our side. Without clear and sustained efforts from world leaders to prevent nuclear war, there can be no doubt that our luck will finally run out.

While the only way to truly eliminate the risks of nuclear war is to eliminate nuclear weapons, there are important, timely steps that can support the longer-term effort to achieve nuclear disarmament. With this in mind, the undersigned Nobel Laureates and nuclear weapons policy experts call on world leaders to use their power, abilities, and influence to implement this non-exhaustive list of pragmatic actions:

On the 80th anniversary of the Trinity test, recalling the grave consequences of nuclear testing for human health, the environment, and international peace and security, we call on all states to reiterate their commitment to a moratorium on nuclear explosive testing and do what is necessary to secure the prompt entry into force of the Comprehensive Nuclear Test Ban Treaty.

Recognizing that the strategic stability and nuclear risk reduction measures and agreements are a global public good, we call on Russia and the United States to immediately enter into negotiations on a successor to the 2010 New Strategic Arms Reduction Treaty, remain committed to the treaty’s central limits in the meantime, and expand dialogue to address their full nuclear arsenals. We call on China to immediately enter into substantive and sustained discussions on their rapidly expanding nuclear arsenal. All nuclear weapons states must engage in nuclear discussions without preconditions or preconceived notions of outcomes. We further call on all states and their leaders to engage in bilateral and multilateral dialogues on nuclear risk reduction.

Seized by the unprecedented and serious risks posed by artificial intelligence (AI) and other emerging technologies, we call on all states to engage in increased cooperative dialogue on the scientific, legal, and military implications of these technologies. Acknowledging the fallibility of AI, we call on all nuclear armed states to ensure meaningful and enhanced human control and oversight over nuclear command and control, and increase decision-making timelines for determining the reliability of information received and the prudence of any decision on whether to use military force. Further acknowledging the fallibility of human beings, we call on all nuclear armed states to institute the “two-person rule” that ensures at least two individuals are involved in any decision about the use of nuclear force.

Understanding the destabilizing nature of attempts to undermine the viability and effectiveness of strategic offensive nuclear arsenals, we call on China, Russia, and the United States to acknowledge the interrelationship between strategic offensive and defensive arms and forgo massive investments in strategic missile defense.

Recognizing space as a global commons and the extreme danger posed by the potential placement of nuclear weapons in space, we call on all nations to reaffirm the principles and obligations of the Outer Space Treaty and work to update this pivotal agreement to account for new and evolving technologies.

Accepting the potential for nuclear accidents and miscalculations, we call on all nuclear armed states to expand secure communications lines between and among them and increase the number and frequency of multilateral dialogues on tools and mechanisms for crisis prevention and management.

Affirming that the Treaty on the Non-Proliferation of Nuclear Weapons is the cornerstone of the international arms control and nonproliferation architecture, we call on every nation to publicly recommit to all nonproliferation and disarmament objectives and obligations in the treaty and reject and condemn proliferation by any state, including allies. We further call on all states to enhance and expand political and substantive support for multilateral nuclear diplomacy and the institutions that uphold it.

Reflecting on the devastation wrought by the atomic bombings of Hiroshima and Nagasaki and the grave humanitarian consequences of nuclear war, we call on all states to increase investments and cooperative research on the environmental, social, military, and economic impacts of nuclear conflict, including limited or regional scenarios, and to support the upcoming UN Independent Scientific Panel on Nuclear War Effects.

Understanding that the lack of political will impedes the reduction of nuclear risks, we call on scientists, academics, civil society, and communities of faith to help create the necessary pressure on global leaders to implement nuclear risk reduction measures.

There is no greater obligation than to prevent the catastrophe of nuclear war. These actionable and attainable steps will aid global leaders in this solemn task. We ask that they each be guided by the words of Nobel Laureates Bertrand Russell and Albert Einstein: “We appeal as human beings to human beings: remember your humanity, and forget the rest.”

Our survival and the survival of future generations are at stake.

Nobel Laureate Signatories :

Wolfgang Ketterle (Nobel Prize in Physics 2001)

William E. Moerner (Nobel Prize in Chemistry 2014)

Martin Chalfie (Nobel Prize in Chemistry 2008)

Roger Myerson (The Sveriges Riksbank Prize in Economic Sciences in Memory of Alfred Nobel 2007)

Jody Williams (Nobel Peace Prize 1997)

Jack W. Szostak (Nobel Prize in Physiology or Medicine 2009)

Richard J. Roberts (Nobel Prize in Physiology or Medicine 1993)

Saul Perlmutter (Nobel Prize in Physics 2011)

Wole Soyinka (Nobel Prize in Literature 1986)

Brian P. Schmidt (Nobel Prize in Physics 2011)

David Gross (Nobel Prize in Physics 2004)

Ruth Mitchell (International Physicians for the Prevention of Nuclear War (IPPNW), Nobel Peace Prize 1985)*

Karen Hallberg (Pugwash Conferences on Science and World Affairs, Nobel Peace Prize 1995)*

*Signed in a personal capacity

ORGANIZING COMMITTEE

Alexandra Bell

President, Bulletin of the Atomic Scientists

Owen Gaffney

Chief Impact Officer at Nobel Prize Outreach (observer)

Francesca Giovannini

Executive Director, Managing the Atom, Harvard

David Gross

Nobel Prize in Physics ‘04

Karen Hallberg

Secretary General, Pugwash, Nobel Peace Prize ‘95

Daniel Holz

Chair, SASB of the Bulletin of the Atomic Scientists; UChicago

Scott Sagan

Co-director of CISAC, Stanford

Juan Manuel Santos

Nobel Peace Prize ‘16

Brian Schmidt

Nobel Prize in Physics ‘11

Masako Wada

Assistant Secretary General, Nihon Hidankyo, Nobel Peace Prize ‘24

80 ans après, la première explosion nucléaire n’est pas oubliée.

« Il y a 80 ans, les États-Unis ont fait exploser la première bombe atomique sur le territoire colonisé des Premières Nations. Sans avertissement. Sans consentement. Seulement le secret, la souffrance et l’injustice.« 

English at the end of this post

https://www.icanw.org/80_years_later_the_first_nuclear_blast_is_not_forgotten?utm_campaign=commemoration_80_trinity&utm_medium=email&utm_source=ican

ICAN se joint à ceux qui commémorent la première explosion nucléaire, appelée Trinity, au Nouveau-Mexique, aux États-Unis. ICAN est sur le terrain avec d’autres groupes pour écouter les personnes et les communautés dont la santé et l’environnement ont été affectés par la première utilisation d’une arme nucléaire et pour honorer leur campagne en faveur de la réparation et de l’abolition des armes nucléaires.

Les événements qui se sont déroulés au Nouveau-Mexique il y a 80 ans sont souvent négligés. Avant de larguer les bombes sur Hiroshima et Nagasaki, les États-Unis ont bombardé leur propre population.

Trinity était le nom de code de la première utilisation d’une arme nucléaire. La bombe au plutonium qui a explosé le 16 juillet 1945 sur le site d’essai d’Alamogordo (rebaptisé plus tard White Sands Proving Ground) au Nouveau-Mexique était de conception identique à celle utilisée quelques semaines plus tard contre Nagasaki, qui a causé la mort d’au moins 70 000 personnes. La bombe qui a tué 140 000 personnes à Hiroshima était une bombe à l’uranium.

Le bombardement au Nouveau-Mexique a été qualifié d’essai, mais cela ne rend pas compte de la puissance destructrice et des dommages causés par l’explosion nucléaire aux personnes vivant à proximité – il ne s’agissait pas d’une région inhabitée comme on le prétend souvent et comme le montre le film Oppenheimer sorti en 2023 – ni à l’environnement. Les retombées de l’explosion ont atteint 46 États américains et se sont propagées jusqu’au Canada et au Mexique.

Malgré les avis médicaux des experts, le gouvernement n’a fait aucun effort pour évacuer la population avant ou après l’explosion, et certaines personnes ont même joué dans les flocons blancs qui tombaient sur elles. Les habitants de Tularosa, à 64 kilomètres de là, ont été projetés hors de leur lit par le souffle et les cendres sont tombées pendant des jours, « se déposant partout, sur le sol, dans l’eau… Tout ce qu’ils mangeaient ou buvaient en 1945 après l’essai était contaminé, mais ils ne le savaient pas ». C’est ce que raconte Tina Cordova, dont le père était enfant à l’époque, mais qui a souffert toute sa vie d’un cancer et est décédé de cette maladie à l’âge de 71 ans.

ICAN se joint à ses partenaires du Nouveau-Mexique pour écouter, s’informer et exprimer sa solidarité envers la campagne acharnée menée par les habitants de la région. Les problèmes qui ont commencé au Nouveau-Mexique ont déclenché une série d’événements qui ont conduit à 2 000 explosions dites « expérimentales » dans le monde entier au cours des décennies suivantes. Les communautés exposées aux radiations ont vu leurs terres, leur air et leur eau contaminés, causant des dommages intergénérationnels.

Reconnaissance et réparation

La récente extension de la loi sur l’indemnisation des victimes d’exposition aux rayonnements (RECA) à un plus grand nombre de personnes et l’augmentation des indemnités sont une mesure bienvenue, mais malheureusement insuffisante. Les militants souhaitaient que cette loi soit étendue à l’ensemble du Nevada, de l’Arizona, du Montana, de Guam et d’autres endroits touchés par les essais nucléaires.

Les communautés touchées par les essais nucléaires dans le monde entier, y compris aux États-Unis, se sont organisées et ont fait pression sur les gouvernements pour qu’ils fournissent des soins de santé, un soutien et une indemnisation aux personnes qu’ils ont lésées. Ces communautés sont également à l’avant-garde des efforts mondiaux visant à abolir les armes nucléaires par le biais du Traité sur l’interdiction des armes nucléaires (TPNW), qui est le seul traité à rendre obligatoire le soutien aux personnes victimes d’armes nucléaires et le nettoyage des environnements contaminés.

Plus jamais ça

Depuis la première utilisation au Nouveau-Mexique, les États dotés d’armes nucléaires ont fait d’innombrables victimes en faisant exploser des armes nucléaires à des fins d’essai. Tous les pays qui possèdent des armes nucléaires ont bombardé des populations dont ils avaient le devoir de protéger dans le cadre de leurs programmes d’essais. Les communautés choisies pour ces explosions étaient généralement des peuples colonisés ou autochtones qui n’avaient pas leur mot à dire.

Les gouvernements qui possèdent des armes nucléaires ne se soucient pas de l’impact de ces armes sur les populations, certains d’entre eux vont même jusqu’à tenter d’empêcher la recherche scientifique sur les effets des armes nucléaires sur les personnes et l’environnement. S’ils se souciaient de leur population, ils ne se contenteraient pas de soutenir cette recherche, ils élimineraient leurs arsenaux nucléaires.

La directrice exécutive de l’ICAN, Melissa Parke, a déclaré : «Ce n’était pas un désert vide, comme certains le prétendent, c’était le foyer de peuples autochtones et d’autres communautés locales composées de familles, d’enfants, de travailleurs et d’agriculteurs. Il y avait une vie végétale et animale, ainsi que des sites sacrés. Ce que nous commémorons ici aujourd’hui n’est pas un événement historique vieux de 80 ans et sans grande pertinence pour aujourd’hui. L’explosion Trinity n’était que le début de l’histoire des armes nucléaires, et nous sommes honorés de nous joindre à tous ceux qui sont ici pour en écrire la fin. »

English translation


80 Years later, the first nuclear blast is not forgotten

ICAN is joining those commemorating the first nuclear detonation, called Trinity, in New Mexico USA. ICAN is on the ground with other groups to listen to the people and communities whose health and environment were harmed by the first ever use of a nuclear weapon and to honour their campaigning for redress and for an end to nuclear weapons.

« The events in New Mexico 80 years ago are often neglected. Before the bombs were dropped on Hiroshima and Nagasaki, the United States bombed their own people.

Trinity was the codename for the first ever use of a nuclear weapon. The plutonium bomb exploded at Alamogordo bombing range (later renamed White Sands Proving Ground) in New Mexico on 16 July 1945 was the same design as the one used a few weeks later against Nagasaki, which led to the deaths of at least 70,000 people. The bomb used to kill 140,000 people at Hiroshima was a uranium bomb.

The bombing in New Mexico was labelled a test, but this doesn’t convey the destructive power and the harm the nuclear explosion unleashed on the people living in the vicinity – it was not an unpopulated region as often claimed and as portrayed in the 2023 film Oppenheimer – and the environment. Fallout from the explosion reached 46 states throughout the US and spread to Canada and Mexico.

In spite of expert medical advice, the government made no effort to evacuate people either before or after the explosion and some people even played in the white flakes that came floating down on them. People living in Tularosa 40 miles (64 kilometers) away were thrown out of their beds by the blast and ash fell for days which “got on everything, went everywhere, the soil, the water, … everything they were eating or drinking in 1945 after the test was contaminated, but they didn’t know it.” Says Tina Cordova whose father was a child at the time but suffered a lifetime of cancers and died of the disease aged 71.

ICAN is joining partners in New Mexico to listen, learn and express solidarity for the relentless campaigning carried out by those in the region. The problems that began in New Mexico set off a chain of events that led to 2000 so-called test explosions all over the world over the following decades. Communities exposed to radiation and having their land, air and water contaminated, causing intergenerational harm.

Recognition and restitution

The recent extension of the Radiation Exposure Compensation Act (RECA) to more people and the increase in compensation is a welcome step, but, unfortunately, it doesn’t go far enough. Campaigners were looking for it to be extended to cover all of Nevada, Arizona, Montana, Guam and other places impacted by nuclear weapons testing.

The communities affected by nuclear test explosions all over the world, including in the US, have organised themselves and pushed for governments to provide healthcare, support and compensation for people they have harmed. These communities are also at the forefront of global efforts to abolish nuclear weapons through the Treaty on the Prohibition of Nuclear Weapons (TPNW) that is the only treaty to mandate support for people harmed by nuclear weapons and the clean up of contaminated environments.

Never Again

Since the first use in New Mexico, nuclear-armed states have harmed countless people by exploding nuclear weapons to test them. Every country that has nuclear weapons bombed people it had a duty of care for through their testing programmes. The communities selected for these explosions were usually either colonised or indigenous peoples and were given no choice.

Governments that have nuclear weapons don’t care about the impact of those weapons on people, some of them even try to stop scientific research into how nuclear weapons harm people and the environment. If they cared about their people, they would not just support such research, they would eliminate their nuclear arsenals.

ICAN’s Executive Director, Melissa Parke said “This was not an empty desert, as some claim, it was home to Indigenous Peoples and other local communities made up of families, children, workers, and farmers. There was plant and animal life, and sacred sites. What we commemorate here today was not some historical event of 80 years ago with little relevance to today. The Trinity explosion was only the beginning of the nuclear weapons story, and we’re honoured to join together with everyone here to write its ending. »



Macron s’adresse aux armées.

Finalement, malgré une préparation médiatique très calculée, le discours d’Emmanuel Macron sur la défense et les armées, ce dimanche 13 juillet, n’a rien apporté de vraiment nouveau. Ce fut pourtant bien organisé. Avec en particulier une conférence de presse du Chef d’état-major des Armées (CEMA) le 11 juillet. L’intervention du Chef des Armées sur la menace, ou sur les menaces concernant la France, donna le ton de ce qui suivit avec ce discours du Président de la République à l’Hôtel de Brienne, puis le défilé du 14 juillet marqué par la volonté de montrer une armée prête au combat. Notons aussi l’entretien, le 8 juillet sur LCI, de Nicolas Lerner, Directeur général de la DGSE (Direction générale de la sécurité extérieure). Cet entretien sur un média grand public, depuis le siège même de la DGSE, visait manifestement à nourrir, à l’avance, la pertinence du discours d’Emmanuel Macron.

Il fallait donc s’attendre (ce fut annoncé) à des informations, des décisions, des orientations de première importance… Il n’en fut rien. Rien sur la diplomatie, sur le règlement politique des conflits. Rien sur le rôle et l’importance des Nations Unies. Rien sur cette question essentielle : comment peut-on construire aujourd’hui de la sécurité en Europe et sur le plan international ? Pourtant, le raisonnement actuellement dominant est fondé sur la montée (réelle) de la conflictualité internationale, sur le nombre croissant de conflits et de guerres. On était en droit d’attendre quelque chose, des options, des idées sur le politique. Rien ne vint…

De la même manière, on aurait pu estimer nécessaire une approche sur les causes et les responsabilités, plus complexes et plus partagées qu’on ne le dit, dans le contexte préoccupant d’aujourd’hui. Toujours rien. Enfin, soulignons que l’absence de l’ONU dans les préoccupations présidentielles soulève un problème de fond : comment justifier cette absence marquante et problématique, alors que l’ordre international actuel, reste fondamentalement défini par la Charte des Nations Unies et par le droit international ? Faudrait-il s’accommoder des effondrements politiques et juridiques d’aujourd’hui pour être crédible ?

Comment parler sérieusement de la sécurité internationale sans référence à ces bases fondatrices des relations internationales ? Comment faire silence sur ce que la Charte définit depuis 1945 : l’exigence d’une sécurité collective dans l’esprit, les règles et les pratiques du multilatéralisme. Tout ceci est d’autant plus important que l’effondrement des principes et du droit international dans le contexte actuel est une problématique centrale, un enjeu qu’il faut traiter prioritairement. La France et les pays de l’Union européenne devraient donc assumer un engagement majeur pour remettre au centre des politiques conduites, cette exigence d’un ordre qui soit solidement normé et respecté.

Cet enjeu est mis en exergue par la réponse strictement militaire que le Président de la République a apporté, ce 13 juillet, à la décomposition de l’ordre international libéral installé en 1945. De ce point de vue, son discours ne fut pas à la hauteur du moment politique que nous traversons aujourd’hui.

Enfin, on peut aussi remarquer la faiblesse étrange du discours sur les contributions européennes possibles en matière de sécurité de défense et de financement. Rien, ici encore. Il ne fut pas question des 800 milliards d’euros censés pouvoir être engagés par l’UE pour financer le réarmement. Concernant la France, il faudra attendre le débat budgétaire général et les propositions du Premier ministre, même si l’objectif du doublement du budget défense est annoncé pour 2027, et non plus pour 2030. D’où le vide du discours présidentiel sur les coûts et surtout sur la façon de les assumer.

On peut d’ailleurs (il le faut) poser la question de la légitimité et de la pertinence de ce réarmement. Présenter la Russie comme LA menace essentielle dans le contexte actuel est une affirmation plus que discutable. Alors que l’armée de Vladimir Poutine n’est pas capable d’amener l’Ukraine à résipiscence, comment pourrait-elle représenter une menace « existentielle » pour la France et pour l’Europe ? Malgré une économie de guerre (au sens propre du terme), et, depuis le début des années 2000, des efforts réels pour reconstruire une force militaire majeure, la Russie vit un problème durable de puissance globale, qui s’est manifesté depuis le 24 février 2022. Certes, en Ukraine, les forces militaires russes avancent. Mais elles gagnent peu de terrain. Si bien que la guerre de Poutine risque de ressembler davantage à un enlisement qu’à une conquête véritable.

Alors, quelles sont les intentions, les motivations réelles du réarmement en France et en Europe ? Pour répondre à cela, il faut prendre du recul et replacer la question à son échelle pertinente : les rapports de forces mondiaux, les stratégies mises en œuvre dans les fractures et les contradictions majeures des relations internationales, les logiques de puissance, les affrontements pour la domination dans le processus d’une mutation de crise de l’ordre international.

Il est ainsi devenu indispensable de présenter la menace russe comme premier enjeu stratégique, qualifié « d’existentiel », afin de permettre aux États-Unis de concentrer leur approche politique, leur puissance et leurs forces sur l’Asie et sur la Chine… en laissant ainsi aux Européens le soin de contrer Moscou, au nom d’une autonomie stratégique hautement revendiquée, mais inscrite dans les faits (cela est officiellement exprimé) dans les convergences d’intérêts du monde occidental, et même dans l’Alliance Atlantique et son organisation militaire. Donald Trump a d’ailleurs clairement répété l’intérêt de Washington pour l’OTAN… qui assure un lien organique et stratégique de dépendance pour les Européens.

C’est dans ce cadre, qui mériterait de beaucoup plus amples explicitations, qu’il faut situer la politique de réarmement en France et en Europe. Il est tellement plus facile, n’est-ce pas, de nommer un ennemi, la Russie, que d’inscrire le choix de la course aux armements dans l’échiquier complexe et récusable des rapports de forces mondiaux et des contradictions de puissance. Emmanuel Macron, à sa façon, l’a assez clairement exprimé : « pour être libre, a-t-il dit, il faut être craint. Pour être craint, il faut être puissant ». Il souhaite manifestement que les citoyens français se réapproprient d’urgence le langage et les obligations de la puissance et de la force comme légitimation du réarmement et de la course aux armements.

Dans le discours du Président de la République, il y a d’ailleurs une volonté d’appuyer le choix politique français sur la liberté, sur le « salut de la patrie », sur la Nation… en espérant probablement que les bons vieux réflexes nationalistes et la désignation de l’ennemi puissent l’emporter, et masquer ainsi une vérité moins reluisante et beaucoup moins médiatique que ce patriotisme de façade, instrumentalisé à des fins géopolitiques et surtout de politique intérieure.

A mesure que les tensions internationales s’exacerbent dans une trajectoire de risques majeurs et de très grandes guerres possibles, le discours officiel français tend à s’affaiblir quant aux valeurs, quant à la pertinence stratégique nécessaire, et quant au sens politique. La vérité tend à perdre ce que gagne un récit d’abord idéologique. Il y a dans ce processus quelque chose d’un abaissement national et d’une distance grandissante avec ce que l’on appelle les valeurs républicaines. On a déjà connu ça dans notre histoire.

Et puis, contrairement à l’insistance présidentielle, ce n’est pas la Liberté (si importante soit-elle comme valeur fondamentale) qui est au centre des questions ainsi soulevées. D’autant que la liberté est ici utilisée, à l’évidence, comme paramètre non dit de confrontation avec la Russie et ses alliés… Ce qui est au centre des enjeux, et de ce débat en cours, c’est la sécurité. C’est LA question clé des relations internationales. La sécurité pour les peuples. C’est bien la nécessité de la sécurité collective et de ses conditions qu’il faut donc remettre au centre des efforts politiques afin de reconstruire un contexte, sinon un nouvel ordre, qui puisse contribuer à nous faire sortir de l’actuelle trajectoire périlleuse des relations internationales. JF 14 07 25

ENGLISH TRADUCTION

Macron addresses the armed forces.

Here, in a few words, is my reaction to this speech, which must be interpreted for what it does not say… and for what it does not dare to announce.

In the end, despite very calculated media preparation, Emmanuel Macron’s speech on defense and the armed forces on Sunday, July 13, did not really bring anything new to the table. It was, however, well organized, with a press conference by the Chief of the Armed Forces Staff (CEMA) on July 11. The Chief of the Armed Forces’ comments on the threat, or threats, to France set the tone for what followed with the President’s speech at the Hôtel de Brienne, followed by the July 14 parade, which was marked by a desire to show an army ready for combat. Also noteworthy was the interview on July 8 on LCI with Nicolas Lerner, Director General of the DGSE (Directorate-General for External Security). This interview on a mainstream media outlet, from the very headquarters of the DGSE, was clearly intended to reinforce the relevance of Emmanuel Macron’s speech in advance.

We should therefore have expected (as announced) information, decisions, and guidelines of the utmost importance… But nothing came of it. Nothing on diplomacy or political conflict resolution. Nothing on the role and importance of the United Nations. Nothing on the essential question: how can we build security in Europe and internationally today? Yet the prevailing thinking is based on the (real) rise of international conflict and the growing number of conflicts and wars. We had a right to expect something, options, ideas on politics. Nothing came…

Similarly, we might have thought it necessary to address the causes and responsibilities, which are more complex and shared than is acknowledged, in today’s worrying context. Again, nothing. Finally, it should be emphasized that the absence of the UN from the president’s concerns raises a fundamental question: how can this striking and problematic absence be justified, when the current international order remains fundamentally defined by the UN Charter and international law? Must we accept today’s political and legal collapses in order to be credible?

How can we seriously talk about international security without reference to these founding principles of international relations? How can we remain silent on what the Charter has defined since 1945: the requirement for collective security in the spirit, rules, and practices of multilateralism? All this is all the more important given that the collapse of principles and international law in the current context is a central issue, a challenge that must be addressed as a matter of priority. France and the countries of the European Union should therefore make a major commitment to putting this requirement for a firmly established and respected order back at the heart of their policies.

This challenge is highlighted by the strictly military response given by the President of the Republic on July 13 to the breakdown of the liberal international order established in 1945. From this point of view, his speech did not rise to the political moment we are currently experiencing.

Finally, we can also note the strange weakness of the speech on possible European contributions to defense security and financing. Once again, nothing was said. There was no mention of the €800 billion that the EU is supposed to be able to commit to financing rearmament. As far as France is concerned, we will have to wait for the general budget debate and the Prime Minister’s proposals, even if the objective of doubling the defense budget has been announced for 2027, and no longer for 2030. Hence the void in the presidential speech on costs and, above all, on how to bear them.

One might also (and indeed one must) question the legitimacy and relevance of this rearmament. Presenting Russia as THE key threat in the current context is a highly debatable assertion. When Vladimir Putin’s army is unable to bring Ukraine to heel, how could it represent an “existential” threat to France and Europe? Despite a war economy (in the literal sense of the term) and, since the early 2000s, real efforts to rebuild a major military force, Russia has been experiencing a lasting problem of global power, which has been evident since February 24, 2022. Admittedly, Russian military forces are advancing in Ukraine. But they are gaining little ground. So much so that Putin’s war risks looking more like a quagmire than a real conquest.

So what are the real intentions and motivations behind the rearmament in France and Europe? To answer this question, we need to take a step back and put it into perspective: the global balance of power, the strategies implemented in the major fractures and contradictions of international relations, the logic of power, and the clashes for domination in the process of a crisis and transformation of the international order.

It has thus become essential to present the Russian threat as the primary strategic issue, described as “existential,” in order to allow the United States to focus its political approach, power, and forces on Asia and China… This leaves it up to the Europeans to counter Moscow, in the name of a highly claimed strategic autonomy, but one that is in fact (as officially stated) part of the Western world’s converging interests, and even of the Atlantic Alliance and its military organization. Donald Trump has, moreover, clearly reiterated Washington’s interest in NATO… which provides an organic and strategic link of dependence for Europeans.

It is in this context, which deserves much fuller explanation, that the policy of rearmament in France and Europe must be situated. It is so much easier, isn’t it, to name an enemy, Russia, than to place the choice of the arms race within the complex and contestable chessboard of global power relations and contradictions. Emmanuel Macron, in his own way, has expressed this quite clearly: “To be free,” he said, “you must be feared. To be feared, you must be powerful.” He clearly wants French citizens to urgently reclaim the language and obligations of power and force as justification for rearmament and the arms race.

In the President’s speech, there is also a desire to base France’s political choices on freedom, on the “salvation of the nation,” , » on the nation… probably hoping that good old nationalist reflexes and the designation of an enemy will prevail, thus masking a less glamorous and much less media-friendly truth than this facade of patriotism, which is being exploited for geopolitical and, above all, domestic political ends.

As international tensions escalate, with the risk of major conflicts and even large-scale wars looming, the official French discourse is becoming weaker in terms of values, strategic relevance, and political meaning. The truth is losing ground to an increasingly ideological narrative. There is something in this process that smacks of national degradation and a growing distance from what are known as republican values. We have already seen this in our history.

And then, contrary to the president’s insistence, it is not Liberty (however important it may be as a fundamental value) that is at the heart of the issues raised, but security. Security for the people. It is indeed the need for collective security and the conditions for it that must be placed at the center of political efforts to rebuild a context, if not a new order, that will bring us out of the current perilous trajectory of international relations. We are far from that.

IRAN / PALESTINE – Tribune du 11 juillet 2025

De nombreux syndicats, associations, partis politiques et personnalités expriment ici leur solidarité avec les peuples d’Iran de Palestine. Et exigent une série de mesures pour mettre fin à l’embrasement généralisé de la région. « L’État d’Israël et les États-Unis ne sont pas les seuls États au monde à s’absoudre du droit international, mais ils sont les seuls à le faire avec cette ampleur, sans faire l’objet d’aucune sanction. Ce double standard est un scandale. »

https://blogs.mediapart.fr/les-invites-de-mediapart/blog/110725/solidarite-avec-les-peuples-en-lutte-contre-la-guerre-le-colonialisme-et-la-dictature

La guerre déclenchée le 12 juin dernier par l’État colonialiste et criminel d’Israël contre la République Islamique d’Iran, et rejointe par l’administration Trump est un point de bascule pour les peuples du Moyen-Orient.

En bombardant les sites nucléaires iraniens, Donald Trump a voulu à la fois :

– montrer, en situation réelle, l’efficacité destructrice des technologies dernier cri dont il dispose, et faire une démonstration de force adressée également aux autres États impérialistes,

– imposer à l’État d’Israël un cessez-le-feu dont personne ne sait combien de temps celui-ci pourrait durer. Malgré ce cessez-le-feu entré en vigueur le 24 juin, c’est bien le chaos qui progresse dans la région.

Cette guerre illégitime et illégale au regard du droit international, est le résultat direct de l’impunité dont bénéficie Netanyahou et son gouvernement suprémaciste. La même impunité qui, malgré le mandat d’arrêt international dont il fait l’objet, lui permet de poursuivre le génocide à Gaza. C’est cette immunité qui permet à l’État d’Israël d’occuper une partie du Liban et de la Syrie, invoquant le « droit de se défendre ». L’État d’Israël a intensifié sa politique permanente visant à massacrer les Palestinien·nes pour aboutir à un génocide.

L’affrontement militaire entre une puissance surarmée soutenue par son parrain étasunien, et la République Islamique d’Iran, un État dictatorial qui se maintient depuis plus de 46 ans par la répression et la terreur, est un désastre pour les peuples.

À l’abri derrière le parapluie militaire et politique occidental, l’État d’Israël entend écraser l’Iran, soumettre les pays environnants, garder dans la région le monopole de l’arme nucléaire, et devenir la principale puissance régionale, une puissance coloniale et occidentale dominant les pays et les peuples depuis la rive Sud de la méditerranée jusqu’au détroit d’Ormuz. Rien ne permet de penser que l’État d’Israël ne poursuivra pas sa politique actuelle, tant le projet stratégique de ses élites dirigeantes est ancré. D’ores et déjà Trump se refait menaçant à l’égard de l’Iran.

Netanyahou et la fuite en avant meurtrière

Dans sa fuite en avant belliciste, le gouvernement de Benjamin Nétanyahou s’en est pris directement à l’Iran, en prétendant se défendre contre une hypothétique menace nucléaire. Cela malgré les déclarations de l’AIEA et des services de renseignement étatsuniens affirmant ne pas avoir de preuves de l’existence d’une programme nucléaire militaire. Cela alors même que l’État d’Israël n’est pas signataire du traité de non-prolifération nucléaire et qu’il ne rend aucun compte concernant son propre arsenal nucléaire.

Netanyahou a ouvert un nouveau front alors que son gouvernement était de plus en plus impopulaire, y compris en Israël. Il a déclenché cette nouvelle guerre alors que le mouvement mondial de contestation contre le génocide en cours à Gaza s’amplifie, que des initiatives citoyennes et militantes pour briser le blocus imposé à Gaza se sont multipliées ces derniers temps.

En s’en prenant à l’Iran, Netanyahou a cherché à invisibiliser les crimes et le génocide qu’il poursuit à Gaza. Il a également fait taire les critiques qui commençaient à s’exprimer timidement dans les chancelleries occidentales soumises à la pression des mobilisations publiques.

Enfin, cette intervention, soutenue par Trump, a pour but d’obtenir une capitulation complète de la République Islamique, voire de mener à un renversement du régime, ce que les négociations autour de son programme nucléaire n’auraient pas permis. La partition de l’Iran est même à craindre tant la politique israélo-étatsunienne consiste à remodeler la région.

L’armée israélienne a certes bombardé des cibles militaires mais aussi des administrations publiques, des sites et infrastructures énergétiques stratégiques ainsi que des populations civiles. Les bombardements effectués par l’État d’Israël et les États-Unis sur les sites nucléaires sont contraires au droit international. Ils font courir un risque de dégâts irréversibles d’un point environnemental et humain.

Acculée à la riposte, la République Islamique d’Iran a répondu par des tirs de missiles balistiques et de drones à la précision aléatoire, faisant des victimes civiles en Israël.

Enfin, la précision avec laquelle les hauts gradés des Gardiens de la révolution ont été éliminés indique à quel point l’État d’Israël bénéficie de complicités, et ce jusqu’au sommet de la République islamique d’Iran. Netanyahou mise sur certains secteurs du régime islamique pour provoquer un changement de pouvoir en Iran.

Aux peuples d’Iran de décider de leur avenir !

L’histoire le montre clairement : il n’y a pas de voie vers la démocratie dans l’ombre de la guerre et des interventions impérialistes. De l’Irak à l’Afghanistan, les exemples d’interventions militaires ayant conduit à des désastres humains et politiques ne manquent pas.

Cette guerre a fait au moins 1190 mort·es (435 militaires, 436 civils et 319 non identifié·es), ainsi que 4475 blessé·es (256 militaires, 2071 civils et 2138 non identifié·es).

Elle a également freiné la longue et courageuse lutte des peuples d’Iran contre un régime répressif, dont le dernier point culminant a été le mouvement « Femme, Vie, Liberté ». Ces derniers mois les mobilisations sociales en Iran étaient dans une phase montante. Par cette guerre, Netanyahou a mis un coup d’arrêt momentané à cette dynamique. En cela, il a rendu un fier service à la République islamique.

Le bombardement israélien contre la prison d’Evin, où sont détenu·es de nombreux·euses opposant·es au régime, ainsi que deux otages français·es, montre à quel point Nétanyahou est l’ennemi des peuples et de leurs combats pour l’émancipation. Ce bombardement aura fait 71 morts parmi lesquels de nombreux détenu·es.

Au nom de la « chasse aux espion·nes » et à la faveur de l’intervention israélo-étatsunienne, la République islamique a renforcé sa répression contre les opposant·es. Elle multiplie notamment les arrestations et les exécutions.

La République Islamique d’Iran est une dictature fondée sur le sang de ses opposant·es, sur les privations de libertés, sur la répression systématique des femmes et de la jeunesse, sur l’écrasement des mouvements sociaux et des aspirations nationales.

Nous nous tenons fermement aux côtés des peuples d’Iran, tant dans leur résistance continue à la dictature que dans leur droit à vivre libres de toute agression militaire étrangère.

À l’unisson avec toutes celles et ceux qui luttent en Iran depuis des décennies pour la liberté, l’égalité et la justice sociale, nous refusons tout changement de régime « par en haut » et par des interventions étrangères. Le renversement de la République Islamique ne doit résulter que de la lutte des peuples d’Iran.

À l’heure où les États-Unis ont participé militairement à la guerre contre l’Iran, il est urgent que s’expriment les voix opposées à l’embrasement généralisé, aux désastres humains et environnementaux.

Nous exigeons que la « communauté internationale » fasse pression pour mettre fin immédiatement à cette escalade irresponsable.

L’État d’Israël et les États-Unis ne sont pas les seuls États au monde à s’absoudre du droit international, mais ils sont les seuls à le faire avec cette ampleur, sans faire l’objet d’aucune sanction. Ce double standard est un scandale.

Les gouvernements qui arment et soutiennent Israël, à commencer par les États-Unis et les pays de l’Union européenne dont la France, sont complices de l’expansion de l’agression israélienne contre les peuples de la région. Ils sont tous partenaires dans ces massacres de masse.

Nous l’affirmons, Netanyahou et Trump sont une menace pour le monde. Il faut les arrêter !

Nous exigeons de toute urgence :

– l’arrêt immédiat de l’escalade guerrière régionale ;

– la solidarité avec les prisonnier·es politiques et les défenseurs des droits humains en Iran ;

– le soutien aux revendications sociales et démocratiques, ainsi qu’aux réseaux militants, syndicats et associations qui les portent ;

– la fin de la répression menée par la République islamique d’Iran.

Comme nous le faisons depuis des mois, nous continuons à exiger :

– la levée immédiate du blocus de Gaza, et la fin de la colonisation en Cisjordanie ;

– des sanctions immédiates contre Israël ;

– la fin immédiate de tout commerce d’armes avec Israël ;

– la rupture de l’accord d’association entre l’Union européenne et l’État d’Israël ;

– une mobilisation mondiale pour mettre fin au génocide, à l’apartheid et la colonisation en Palestine.

Tribune proposée par Solidarité Socialiste avec les Travailleurs en Iran (SSTI)

SIGNATAIRES :

Fédération syndicale unitaire (FSU)

Confédération générale du Travail (CGT)

Union syndicale Solidaires

Fédération SUD éducation

Réseau syndical international de solidarité et de luttes

……………………………………………………………………….

Association France Palestine Solidarité (AFPS)

ATTAC France

Pour une Écologie Populaire et Sociale (PEPS)

Comité pour le respect des libertés et des droits de l’Homme en Tunisie (CRLDHT)

Réseau Bastille

Association Égalités (France)

AIAK association iséroise des amis des Kurdes

Collectif 17 octobre 1961, Isère

Association Nationale des Pieds Noirs Progressiste et leurs Amis (ANPNPA)

…………………………………………………………….

Magazine “Viento SUR » (Etat espagnol)

Europe Solidaires sans frontières

Revue Adresses Internationalisme et démocr@tie

histoirecoloniale.net

Inprecor, revue en français de la IVe Internationale

Cerises la coopérative

……………………………………..

La France Insoumise, LFI

Nouveau parti anticapitaliste, NPA L’Anticapitaliste

Ensemble ! Mouvement pour une Alternative de Gauche Écologiste et Solidaire

Gauche Ecosocialiste

Union Communiste Libertaire

Lutte ouvrière (LO)

AntiCapitalist Resistance (Angleterre et Pays de Galles)

Groupe Internationaliste de solidaritéS-Genève (Suisse)

Fourth International Programmatic Tendency) & Magazine « 4 » (greek section of the 4th International)

……………………………………………………..

Pierre ABECASSIS, ancien médecin

Gilbert ACHCAR, professeur émérite, SOAS, Université de Londres (Royaume-Uni)

Hassan AGLAGAL, président de l’AMDH Paris Ile-de-France (Association Marocaine des Droits Humains)

Tino j. Prieto AGUILAR (Canarias)

Yvette ANDRE-FABRE, Ensemble, Dijon

Michel ANGOT, syndicaliste FSU Territoriale

Behrouz AREFI, militant de SSTI

Nathalie ARTHAUD, porte-parole de Lutte Ouvrière

Eric AUDRAIN syndicaliste

Isabelle AVRAN, journaliste et militante associative

Olivier AZAM, réalisateur

Ludivine BANTIGNY, historienne

Alain BARON, commission internationale de l’Union syndicale Solidaires

Jean BATOU, professeur d’histoire contemporaine, Université de Lausanne (Suisse)

Olivier BESANCENOT, NPA-L’anticapitaliste

Jean BIGOT, producteur de films, militant d’Ensemble

Mariève BODOU, retraitée, militante NPA L’Anticapitaliste (64)

Manuel BOMPARD, député LFI, coordinateur de la France Insoumise

Mariano BONA, militant anticolonialiste (France)

Jérôme BONNARD, secrétaire national de l’Union syndicale Solidaires

Martine BOUDET, membre du Conseil scientifique d’Attac France

Michela BOVOLANTA, féministe, secrétaire syndicale (Suisse)

Maurice BROCHOT, instituteur retraité, syndicaliste FSU

Jacky BRU, retraité des Banques

Jean BRUNACCI syndicaliste Union syndicale Solidaires

Claude CALAME, directeur d’études, EHESS, Paris

Leila CHAIBI, députée européenne LFI

Deborah CHRISMANN, chargée de clientèle à La Poste

Nara CLADERA, co-secrétaire fédérale SUD-Education, commission internationale de l’Union syndicale Solidaires, co-animatrice du Réseau syndical international de solidarité et de luttes

Marc CASANOVAS, magazine “Viento SUR » (Etat espagnol)

Francoise CLEMENT, chercheuse retraitée

Alexis CUKIER, philosophe

Alain CYROULNIK, syndicaliste FSU retraité

Philippe CYROULNIK

Joseph DAHER : chercheur, spécialiste du Moyen-Orient, militant internationaliste

Christian DANDRES, membre du Parlement Suisse (Suisse)

Sébastien DELOGU, député LFI, Commissaire aux Finances

Bernard DREANO, président du CEDETIM

Arnaud DUBIAU, militant de SolidaritéS (Suisse) et doctorant en géographie politique à l’université de Genève (Suisse)

Penelope DUGGAN, Editor, International Viewpoint

Josu EGIREUN, membre de la rédaction de Viento Sur (Euskal Herria)

Didier EPSZTAJN, Revue Adresses Internationalisme et démocr@tie

Annie ERNAUX, écrivaine

Herminia FAJARDO

Berouse FARAHANY, militant de SSTI

Jacques FATH, spécialiste des relations internationales

Georges Yoram FEDERMAN, Psychiatre Gymnopediste

Roland FICHET, Solidaires 74

Gérard FILOCHE, L’après

Carlos Pedro FREYTES (Argentine)

Jacques FROCHEN Secrétaire général de l’Association France Palestine Solidarité

André GARÇON, syndicaliste Union syndicale Solidaires, Finistère

Manuel GARI, Economista, Coordinadora Confederal de Anticapitalistas (Estado español)

Phil GASPER, philosophe (Etats-Unis)

Franck GAUDICHAUD, historien, Université Toulouse Jean Jaurès, Revue Contretemps web

Liliane GIRAUDON, poétesse

Karl GRÜNBERG, activiste antiraciste et socialiste

Gerard GUENIFFEY, militant internationaliste, Sant Nazer BZH

Michelle GUERCI, journaliste émérite, féministe antiraciste

Clémence GUETTE, députée LFI, vice-présidente de l’Assemblée nationale

Sébastien GUEX Professeur honoraire de l’Université de Lausanne (Suisse)

Jacqueline GUILLOTIN, retraitée

Alain GUIRAUDIE, cinéaste

Manuel de la Rosa HERNANDEZ, miembro del Secretariado Permanente de la CGT Tenerife, Confederación General del Trabajo (CGT)

Simon HANNAH, secretary AntiCapitalist Resistance

Norbert HOLCBLAT, économiste, retraité

Gilles HOUDOIN, Ensemble ! l’Après, Ancien conseiller régional de Normandie

Samy JOHSUA, universitaire émérite

Rudi KENNES, député au Parlement européen (Belgique)

Pierre KHALFA, économiste Fondation Copernic

Babak KIA, militant de SSTI

Aurore KOECHLIN, sociologue, militante féministe et anticapitaliste

Daniel KUPFERSTEIN réalisateur

Abdelkader LAHMAR, député LFI

Jean-Yves LALANNE, membre de la CEN de l’APRES, ancien maire de Billère

Michel LANSON, Revue Adresses Internationalisme et démocr@tie

Frédéric LEBARON, sociologue

Philippe LEBRUN, syndicaliste, militant des Droits de l’Homme

Olivier LE COUR GRANDMAISON, universitaire

Arnaud LE GALL, député LFI

Kévin LE TETOUR, co-secrétaire fédéral SUD Education

Maurizio LOCCIOLA, avocat, Genève (Suisse)

Michael LOWY, directeur de recherches émérite au CNRS

Christian MAHIEUX, syndicaliste SUD-Rail, commission internationale de l’Union syndicale Solidaires, co-animateur du Réseau syndical international de solidarité de luttes.

Jan MALEWSKI, militant internationaliste

Jean MALIFAUD, militant internationaliste

Jean-Claude MAMET, syndicaliste

Rossana MANDUJANO, coordinadora de Movimiento Anticapitalista (Pérou)

Patrick MARGATE, militant communiste

Maguy MARIN, chorégraphe

Fabien MARCOT co-secrétaire d’Égalites

Jean-François MARQUIS, membre du Syndicat des services publics (SSP), Suisse (Suisse)

Denis MARX, militant associatif

Gérard MAS (Quimper 29)

Gustave MASSIAH, Altermondialiste

Maryvonne MATHEOUD, association iséroise des amis des kurdes (AIAK)

Daniel MATHEWS CARMELINO, coordinador de Palestina Libre (Pérou)

Eric MELCHIOR retraité

Isabelle METRAL

Romolo MOLO, avocat, Genève (Suisse)

Chantal MOREL, metteure en scène

Paul MURPHY, TD, People Before Profit, Member of Parliament (Ireland)

Ruben NAVARRO, syndicaliste, France

Olivier NEVEUX, Professeur des Universités (France)

Françoise NYFFELER, membre de la Grève féministe et ancienne députée – Genève (Suisse)

Josiane OLFF-NATHAN, militante pour la Palestine

Mathilde PANOT, députée LFI – présidente du groupe La France Insoumise

Thomas PORTES, député LFI

Christine POUPIN, porte-parole du NPA l’Anticapitaliste

Jaime PASTOR, Politólogo y miembro de la redacción de la revista « Viento Sur », (Estado español)

Evelyne PERRIN, économiste

Charles POST, Professor, Graduate Center-City University of New York (USA)

Jamshid POURANPIR, secrétaire syndical du Syndicat Services Publics (SSP) de l’aéroport de Genève (Suisse)

Philippe POUTOU, porte-parole du NPA l’Anticapitaliste

Jacques PRADEL, président de l’Association Nationale des Pieds Noirs Progressiste et leurs Amis (ANPNPA)

Stefanie PREZIOSO, Professeure d’Université, ancienne députée nationale (Suisse)

Gérard QUILLAUD, Sotteville les Rouen (76) Gauche écosocialiste (GES)

Renée RAVOTEUR

Caroline RENOLD, avocate, élue au Parlement de Genève (Suisse)

Fabrice RICEPUTI, historien

Frédérique RIEDLIN

Laurent RIPART, historien et professeur des Universités

François RIPPE, Vice président de l’Association France Palestine Solidarité (AFPS)

Pierre ROUSSET, président Europe solidaire sans frontières (ESSF)

Alain RUSCIO, historien

Arash SAEIDI, député européen LFI

Henri SAINT JEAN, responsable associatif

Cheikh SAKHO histoirecoloniale.net

Catherine SAMARY, économiste altermondialiste, membre de l’UJFP

Sara SELAMI, militante de SSTI

Mariana SANCHEZ, militante syndicale et internationaliste

Bernard SCHMID, militant internationaliste

Linda SEHILI, commission internationale de l’Union syndicale Solidaires

Houshang SEPEHR, militant de SSTI, Editor Echo d’Iran

Nedjib SIDI MOUSSA, auteur et enseignant

Francis SITEL, directeur revue trimestrielle ContreTemps (France)

Patrick SILBERSTEIN, Revue Adresses Internationalisme et démocr@tie

Ashley SMITH, production Manager at Spectre Journal (USA)

Léna STRASSER, députée socialiste – Genève (Suisse)

Claude SZATAN, membre du CEDETIM

Taoufiq TAHANI, président d’honneur de l’association France Palestine Solidarité (AFPS)

Drass TECLES, membre du NPA L’Anticapitaliste

Juan TORTOSA, Groupe Internationaliste de solidarités-Genève (Suisse)

Jean-louis TOUTON enseignant en histoire (Luxembourg)

Tarek TOUKABRI, président de l’Association Démocratique des Tunisiens en France (ADTF)

Josette TRAT, maîtresse de conférences à l’université de Paris 8, retraitée

Anne TUAILLON, présidente de l’Association France Palestine Solidarité (AFPS)

Christian TUTIN

Julien TROCCAZ, secrétaire fédéral SUD-Rail, commission internationale de l’Union syndicale Solidaires

Charles-André UDRY, économiste, éditeur, Lausanne, (Suisse)

Roseline VACHETTA (NPA-L’Anticapitaliste, ancienne députée européenne)

Pierre VANDEVOORDE, ancien militant de la solidarité avec les prisonniers politiques syriens

Christian VARIN, syndicaliste et internationaliste

Flavia VERRI, Gauche Ecosocialiste

Pedro VIANNA, poète, homme de théâtre, enseignant universitaire

Christiane VOLLAIRE, Philosophe

Hervé VULLION, syndicaliste FSU

Béatrice WHITAKER, Docteure en Sciences Politiques – Unicamp – SP Brésil/Paris VIII

K.W. Kenneth YEUNG, doctorant en philosophie et science politique de l’Université de Paris Cité, membre du Laboratoire LCSP

Sophie ZAFARI, syndicaliste

Livia ZBINDEN, ancienne présidente du Conseil municipal, conseillère municipale Ensemble à Gauche/SolidaritéS Genève

J’AI LU « LA GUERRE, LE DROIT ET LA PAIX » DE JACQUES FATH

Par Bernard Deschamps

Comme en écho à l’ouvrage de Jacques Fath, le Président des États-Unis se targue abusivement depuis 48 heures d’avoir rétabli la paix au Proche-Orient grâce aux frappes américaines contre des installations nucléaires iraniennes dans la nuit du 21 au 22 juin.

« La paix par la force ».C’est précisément le sujet majeur de ce livre (1) dont la postface a été rédigée par l’universitaire libanais Antonios Abou Kasm, qui prend le contre-pied de cette théorie, chère hier à Bush junior et aujourd’hui au président fascisant Ronald Trump, alors que toutes les guerres engagées par l’Occident ont été « des échecs stratégiques et politiques […] Somalie, Afghanistan, Irak, Libye ».

Dans une première partie, l’auteur s’interroge : « Qu’est-ce que la guerre ? La violence serait-elle dans les gênes de l’être humain, dans son ADN ? Certes, l’être humain a un potentiel de violence, mais, citant de nombreuses études sur ce sujet, il montre que la guerre – comme « conflit légitimé par la société et organisé par les hommes qui détiennent le pouvoir » (P.12), est « un fait social et politique, une construction sociale » (P.12). Les « actes de violence sont rares dans les sociétés de chasseurs-cueilleurs paléolithiques : l’Homme n’est donc pas le descendant d’un singe tueur, la violence n’est pas inscrite dans ses gènes » (P.13). Ce n’est qu’à partir des premières civilisations agricoles que l’homme créé des richesses, des surplus, une capitalisation qui attise les convoitises et produit de la concurrence, d’où le développement de conflits intra- et inter communautaires. Les premières guerres remonteraient à l’Age de Bronze, « après le Néolithique » (P.12), avec l’invention de l’arme comme outil spécifiquement dédié à la guerre et qui va devenir à son tour un moteur économique et social, amorçant la course aux armements. La guerre par un besoin de centralisation est à l’origine de la création des États qui acquièrent le monopole de « la violence physique légitime » (P.22). Une échelle de valeurs va en découler qui vont être le fondement de la bataille idéologique toujours en cours : l’exaltation de la patrie et de la bravoure apanage de la virilité. L’idée que les conflits ne peuvent se régler que par l’usage de la force. Ce qui conduit certains chercheurs à s’interroger sur la notion de progrès. L’humanité a-t-elle progressé ? L’être humain maîtrise-t-il les techniques de plus en plus sophistiquées qu’il invente ? « Les pouvoirs politiques se montrent de moins en moins capables de maîtriser les effets d’un système qui manifestement, atteint des limites et même des impasses face à la montée des problématiques globales d’insécurités majeures, de transformation climatique, de destructions écologiques, de reculs démocratiques, d’inégalités sociales dans des contextes de militarisation » (P.33). L’intervention US en Iran sans consultation du Congrès américain ni l’aval du Conseil de sécurité de l’ONU, en est une grave illustration.

Nous sommes entrés dans une « « période de violences armées désinhibées » où tous les domaines sont investis, cybernétique, spatial, spectre électromagnétique, la robotisation issue de l’intelligence artificielle, les technologies de « l’augmentation», «l’homme augmenté », etc. De nombreuses pages sont consacrées par l’auteur aux thèmes de la propagande militariste : « guerre dite indirecte », « guerre hybride » », « guerre avant la guerre »… Et la « guerre préventive » thème majeur utilisé par Israël et les États-Unis pour justifier leurs agressions. C’est se situer volontairement dans un contexte de guerre permanente.

Après la « réduction drastique » des arsenaux nucléaires dans les années qui suivirent l’effondrement de l’URSS et la fin de l’antagonisme Est-Ouest, y-a-t-il aujourd’hui un retour du nucléaire ? Les pages 92 à 103 sont consacrées à la guerre en Ukraine qui se déroule à nos portes, en Europe. L’auteur analyse avec minutie le contexte politique et militaire dans lequel s’est produite l’agression injustifiable et condamnable de la Russie, ainsi que les responsabilités de l’OTAN et des Occidentaux dans son déclenchement. Cette guerre est le prétexte à une course dangereuse aux armements y compris nucléaires dont la puissance destructrice est infiniment supérieure aux bombes d’Hiroshima et de Nagasaki en 1945. La notion de « dissuasion » est un leurre. « Nous ne sommes pas à l’abri, d’un accident, d’une erreur, d’une escalade non maîtrisée »

Comme l’affirme l’auteur, dès la préface (P.9) : « Face aux défis de la guerre et de la paix, les réponses appellent donc à des changements fondamentaux dans la façon de penser et d’agir sur le monde (soulignés par moi, BD)» « Il faut laisser la place à la diplomatie, à des solutions négociées possibles, et refuser la pression prioritaire à la militarisation » (P.47).

C’est cette logique nouvelle qui avait été inaugurée par la Société des Nations (SDN, 1919), le Pacte Briand-Kellog (1928) et enfin l’Organisation des Nations Unies (ONU, 1945) dont la Charte installa le principe de l’interdiction de la menace et du recours à la force. « Ce fut une avancée politique considérable dans l’histoire des relations internationales » (P.124). On assiste aujourd’hui, avec la remise en cause où la fin des Traités de limitation ou d’interdiction de certaines armes dont l’arme nucléaire (P.73), à une « décomposition de l’ordre international libéral instauré après 1945 » (P.50) qui peut conduire au pire. Cette évolution n’est pas irréversible comme en témoignent certains mouvements tels la naissance des BRICS longuement étudiée avec leurs contradictions, des pages 82 à 87.

L’ONU, « parfois très critiquée », a pourtant a joué un «rôle crucial » pour prévenir des conflits et promouvoir des solutions pacifiques, et les Agences qui en dépendent jouent un rôle positif. Pensons à l’UNRWA et à son action à Gaza. Mais elle a été impuissante face à certaines situations, en Palestine par exemple. Ce qui ne remet pas en cause sa nécessité, elle représente la légalité internationale, ni la justesse de ses décisions, mais Il nous faut « restaurer le droit contre la force » dans les conditions d’aujourd’hui. Ainsi du Conseil de sécurité qui n’est pas représentatif du Monde actuel et qui est paralysé par le droit de veto hérité de 1945, dont bénéficient les 5 membres permanents, Chine, États-Unis, France, Royaume-Uni et Russie.

La réforme de l’ONU est le sujet de la postface passionnante rédigée par Antonios Abou Kasm, ancien doyen de la Faculté de Science politique et des Relations internationales de l’Université La Sagesse (Liban). Celui-ci, en spécialiste du droit lui consacre une étude très fouillée que je m’abstiendrai de résumer de crainte d’en édulcorer la richesse. Un livre qui arrive à son heure, à lire assurément.

Le 30 juin 2025

Bernard DESCHAMPS

1-Jacques Fath, La guerre, le droit et la paix, éditions du Croquant, avril 2025.

La bénédiction de Trump pour la Wilayat al-Faqih afin d’assurer la reconstruction du Temple de Jérusalem du Cèdre du Liban

On a le droit de se détendre…par Antonios Abou Kasm

Le Président américain Donald Trump a réussi une manœuvre grâce à laquelle il a pu atteindre plusieurs objectifs : il s’est érigé en grand protecteur de la sécurité internationale à la place du Conseil de sécurité, et en arbitre inspiré pour la paix. Il a dépassé la MAGA (Make America Great Again) dans un discours bénissant le cessez-le-feu entre Israël et l’Iran, s’élevant ainsi à la MIIGA (Make Israel and Iran Great Again). Trump a fait de l’Imam Khamenei un nouveau Shah après avoir protégé son régime de la chute, le mettant à l’abri de tous les ennemis intérieurs et extérieurs qui conspiraient pour le renverser. L’Ayatollah Khamenei a été libéré de l’obligation de futurs accords sur l’enrichissement de l’uranium. L’exploit remporté avec l’opération des bombardiers furtifs B2 a conduit à la sortie officielle de l’Iran du Traité de non-prolifération des armes nucléaires, et par conséquent au succès de l’Amérique dans la subversion des effets de ce traité, à l’instar de la réussite obtenue dans le torpillage du Statut de Rome établissant la Cour Pénale Internationale.

La libéralisation de l’armement nucléaire des règles du droit international

La désactivation du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires, que l’Iran avait ratifié en 1970, a légitimé le statut nucléaire israélien. Israël, en effet, n’avait pas adhéré à cet accord malgré ses activités nucléaires à des fins militaires. La généralisation de l’agonie du droit international initiée par la MIIGA a été précédée par plusieurs étapes, dont la plus notable est la complaisance de l’Iran face aux crimes d’Israël à Gaza. Pour l’Iran, il ne reste du droit international que son invocation du principe de légitime défense, et rien d’autre ! Le dénominateur commun entre les États-Unis d’Amérique, Israël et l’Iran est l’échec du rôle du Conseil de sécurité, avec ses affrontements et l’entrave à l’exécution de ses résolutions. La MIIGA a conduit à la neutralisation du rôle européen au Conseil de sécurité et à la mise à l’écart des États européens hors des affaires du Moyen-Orient. L’Amérique a mené des attaques contre le nucléaire iranien sans l’approbation du Conseil de sécurité et sans former de coalition avec certaines puissances européennes, à l’exemple des comportements américains pendant les guerres en Irak et en Syrie. L’Amérique de Trump a légitimé son intervention unilatérale sous les auspices du principe de la responsabilité de protéger (R2P), et la protection de la sécurité internationale du Nucléaire. Ces nouveaux comportements pourraient annoncer des aventures unilatérales américaines, et celles-ci pourraient servir de prétexte à la Chine et à la Russie pour s’affranchir en toute légitimité des règles du droit international.

L’Iran : un nouveau bras armé américain ?

Il est établi que le régime iranien – en tant que phénomène mythologique moderne – répond à un besoin stratégique pour les États-Unis, pour faire chanter leurs alliés et pour que les États-Unis s’imposent comme un recours urgent et permanent pour les régimes du Moyen-Orient, et spécifiquement pour les États du Golfe. Ces derniers, avant l’arrivée de Trump, commençaient à s’orienter vers l’Extrême-Orient en coordination avec le Tsar de Russie en pleine agression contre l’Ukraine. Les États-Unis d’Amérique ne laisseront pas aux Arabes le plaisir du contrôle unilatéral des détroits maritimes et de l’exportation du pétrole. Trump a donc choisi de briser l’excédent de puissance dont jouissent les régimes du Moyen-Orient, en imposant l’élargissement de la portée des Accords d’Abraham par un nouveau statu quo, la « MIIGA », sous les auspices de la MAGA.

Les comportements défensifs cryptés de l’Iran

L’exercice par l’Iran du droit de légitime défense n’a jamais été absolu. Il a respecté un ensemble de règles d’engagement avec Israël qui ne peuvent s’expliquer que par le cryptage des secrets enfouis sous le Temple de Jérusalem. Malgré le bombardement des installations nucléaires iraniennes par Israël, puis par l’Amérique, l’Iran n’a ni riposté réciproquement, ni bombardé les installations israéliennes de Dimona, qui produisent également du plutonium. De même, l’Iran n’a pas utilisé son aviation de combat, et personne n’a pu voir la vertu des « Kowsar » (1) au-dessus de la Sainte Jérusalem ou au-dessus du ciel de Gaza. Ce n’est pas la première fois que le monde s’interroge sur le silence iranien ou sur l’engagement de ne pas riposter malgré une atteinte à sa puissance, et l’assassinat de ses hautes figures de la sécurité. Il y a des précédents iraniens en tant que modèle d’absence de riposte : premièrement, quant aux massacres dans la bande de Gaza ; deuxièmement, quant à l’opération des « Pager » à Beyrouth ; troisièmement, quant à l’assassinat de Sayyed Hassan Nasrallah. L’Iran a observé la guerre de soutien qui semble l’avoir embarrassé. Le Hezbollah a été trompé jusqu’à le faire entrer dans une guerre de soutien à Gaza. Cela l’a conduit à sa quasi-disparition militaire et au démantèlement de ses capacités de renseignement avec l’augmentation des agents « technologiques »2. La mutation du Hezbollah est l’une des conditions de la MIIGA, basée sur le principe de l’abandon non public des bras armés, les proxys de l’Iran.

Le Hezbollah, avait acquis une envergure régionale. Aucune des ailes du régime révolutionnaire iranien n’a pu accepter qu’il prenne une telle ampleur, au milieu d’une concurrence secrète dont la Syrie était le théâtre. Il faut ajouter le succès du Hezbollah à édifier une indépendance financière hors des dons et du soutien des États alliés ou parrains, mais provenant d’une activité d’investissement dynamique sur tous les continents. Après la chute du régime d’Assad et la défaite iranienne avec la bénédiction implicite de la Russie, l’intérêt du régime iranien est devenu celui d’un retrait tactique afin de s’épargner une guerre en défense du Hezbollah, que ce soit aux frontières syriennes ou aux frontières de la Palestine occupée.

Le Liban dans l’équation MIIGA

En contrepartie, l’autre aile de la MIIGA, « Israël », après la bénédiction de Trump pour la quasi-défaite représentée par la destruction de Tel Aviv, n’est pas en mesure de riposter à l’Iran, sauf en attaquant les bras armés de l’Iran qui sont à portée de main. La riposte consistera-t-elle à s’en prendre au Hezbollah en exploitant la faiblesse du système libanais et son incapacité à trouver une solution pour contrôler ses armes ? Les règles d’engagement entre Israël et l’Iran, en présence d’un arbitrage américain tellement avisé, placent le pouvoir au Liban dans un état de peur et de grande confusion, allant du sentiment d’impuissance à celui de culpabilité, en passant par le déni. Le dialogue avec le “duo chiite”(Mouvement Amal et Hezbollah) n’a pas dépassé le seuil de la question de la reconstruction des régions détruites par Israël. L’armement au-delà du sud du Litani (notamment la région du nord) n’est pas à l’ordre du jour du Parti de Dieu, qui le considère en dehors du champ d’application de la résolution 1701 du Conseil de sécurité. L’armement palestinien à l’intérieur des camps des réfugiés palestiniens au Liban est une “ligne rouge” (selon les propos de feu Sayed Hassan Nasrallah) qui n’a pas changé depuis l’opération de démilitarisation du camp de Nahr el-Bared en 2007. Et avant d’examiner toute question au-delà du sud du Litani, le retrait israélien est une condition essentielle au déploiement de l’armée libanaise, dont le commandement est soumis à l’autorité collective du Conseil des ministres. Et qui ne peut donc agir de manière indépendante ou de façon contraire à la politique du gouvernement en respect du principe de légalité constitutionnelle.

Toute agression israélienne contre le Liban n’entraînera absolument pas l’Iran à riposter aux attaques contre ses proxys. Après que l’Iran se soit abstenu de défendre ses alliés participant à la guerre de soutien, il ne se soucie plus que d’une chose, gagner le Liban officiel en participant aux investissements de reconstruction des régions “chiites” comme tentative d’embrasser le public de la résistance, et pour affirmer une présence par le biais des relations culturelles et commerciales. Il s’agit de compenser la perte de sa présence en Syrie. Le Hezbollah est devenu un fardeau pour l’Iran. Bien que la loyauté du Parti de Dieu et de son public envers le Wilayat al-Faqih se soit imposée comme une dette envers le régime des Gardiens de la Révolution. Cela s’applique également à l’autre bras armé palestinien libanisé, représenté par le mouvement Hamas – qui est en train de devenir l’un des proxys du Hezbollah3. La question demeure : pourquoi l’Iran n’est-il pas intervenu militairement contre le blocus de Gaza ? Et, au moins, pourquoi la question de Gaza n’a-t-elle pas été soulevée comme un point de l’accord de cessez-le-feu entre Israël et l’Iran ?

La théorie du “renforcement du Hezbollah et de ses alliés grâce à l’Iran” est tombée. Quant au renforcement par Israël, même indirectement avec les résultats de ses agressions flagrantes, il ne produira pas une nouvelle autorité politique libanaise, car la nouvelle autorité ne peut être le résultat d’une victoire d’Israël – jusqu’à présent déclaré officiellement l’ennemi du Liban. Les leçons de la guerre libanaise confirment l’échec de l’équation vainqueur-vaincu dans le processus de gouvernement du pays, d’autant plus que les partis libanais ne maîtrisent pas la bonne gouvernance, mais excellent dans l’art d’exercer le pouvoir par tous les moyens disponibles, qu’ils soient illicites… ou qu’ils deviennent licites.

Espérons que le Temple de Salomon ne sera pas à nouveau construit avec le bois des Cèdres libanais, d’autant plus que les Cèdres de Dieu au Liban sont devenus rares car ils symbolisent la chevalerie, la noblesse et l’élévation de l’âme.

1) Avions de chasse de l’armée de l’air iranienne.

2 Beaucoup d’officiers de Hezbollah ont été déclarés espions pour le compte d’Israël. Ils communiquaient à Israël des informations sensibles relatives aux réseaux télécom du Hezbollah, et des données strictement confidentielles des centres militaires ou des bureaux de renseignement, avec des moyens de haute technologie.

3 Le Hezbollah assure un soutien militaire et financier au Hamas, et les chefs militaires de Hamas exécutent les plans opérationnels après discussion avec les chefs militaires de Hezbollah. A Beyrouth, l’été passé, Israël a tué des officiers de Hamas qui étaient en réunion avec des officiers de Hezbollah à la banlieue sud. Le Hezbollah, gouverne une partie des camps palestiniens au Liban à travers Hamas.