Le Secrétaire général de l’ONU appelle au désarmement nucléaire.

ONU Info – L’actualité mondiale / Un regard humain

Près de 80 ans après l’incinération des villes japonaises d’Hiroshima et de Nagasaki, les armes nucléaires représentent toujours un danger évident et présent pour la paix et la sécurité mondiales, a déclaré le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, au Conseil de sécurité, lundi 18 mars 2024.

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Appelant au désarmement maintenant, il a exhorté les États dotés d’arsenaux nucléaires à montrer la voie dans six domaines d’action qui incluent le dialogue et la responsabilité. « Les armes nucléaires sont les armes les plus destructrices jamais inventées, capables d’éliminer toute vie sur Terre. Aujourd’hui, ces armes gagnent en puissance, en portée et en furtivité. Il suffit d’une mauvaise décision, d’une erreur d’appréciation, d’une action hâtive pour qu’un lancement accidentel se produise », a-t-il prévenu.

L’horloge de la fin du monde fait tic-tac bruyamment

La réunion sur le désarmement nucléaire et la non-prolifération a été convoquée par le Japon, qui occupe la Présidence du Conseil de sécurité pour le mois de mars et, comme l’a souligné M. Guterres, le seul pays qui connaît mieux que tout autre « le coût brutal du carnage nucléaire ».

La réunion a eu lieu à un moment « où les tensions géopolitiques et la méfiance ont fait monter le risque de guerre nucléaire à son plus haut niveau depuis des décennies ». Il a déclaré que l’horloge de la fin du monde – le symbole de la proximité de l’humanité avec l’autodestruction – « tourne assez fort pour que tout le monde puisse l’entendre ». Pendant ce temps, des universitaires et des groupes de la société civile, jusqu’au pape François, des jeunes et des survivants d’Hiroshima et de Nagasaki, connus sous le nom d’Hibakusha, réclament la paix et la fin de la menace existentielle.

Pas de suite à « Oppenheimer »

Même le film hollywoodien Oppenheimer, lauréat d’un Oscar, « a donné vie à la dure réalité de la catastrophe nucléaire pour des millions de personnes dans le monde », a déclaré le Secrétaire général, ajoutant que « l’humanité ne peut pas survivre à une séquelle ». Malgré ces appels au monde pour qu’il recule, « les États possédant des armes nucléaires sont absents de la table du dialogue », a-t-il dit, tandis que « les investissements dans les outils de guerre dépassent les investissements dans les outils de paix ». M. Guterres a souligné que le désarmement est la seule voie pour « vaincre une fois pour toutes cette ombre insensée et suicidaire ».

Dialogue et renforcement de la confiance

Il a appelé les États dotés d’armes nucléaires à prendre l’initiative dans six domaines, en commençant par renouer le dialogue pour développer des mesures de transparence et de confiance afin d’empêcher tout recours à l’arme nucléaire. « Deuxièmement, les bruits de sabres nucléaires doivent cesser », a-t-il déclaré. « Les menaces d’utiliser des armes nucléaires, à quelque titre que ce soit, sont inacceptables. » Les États dotés d’armes nucléaires doivent également réaffirmer les moratoires sur les essais nucléaires, ce qui implique notamment de s’engager à éviter toute action susceptible de porter atteinte au Traité d’interdiction complète des essais nucléaires (TICEN) de 1996, dont l’entrée en vigueur doit être une priorité.

De l’engagement à l’action

En outre, les engagements en matière de désarmement doivent se transformer en actions, accompagnées de responsabilités, dans le cadre du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP). Cet accord historique, signé il y a plus de 50 ans, est le seul engagement contraignant en faveur de l’objectif de désarmement par les États qui stockent officiellement des armes nucléaires. Le Secrétaire général a également souligné la nécessité d’un accord commun de première utilisation. « Les États dotés d’armes nucléaires doivent de toute urgence convenir qu’aucun d’entre eux ne sera le premier à utiliser des armes nucléaires. En fait, personne ne devrait les utiliser, quelles que soient les circonstances », a-t-il déclaré.

Réduire les stocks

Enfin, il a appelé à une réduction du nombre d’armes nucléaires. À cet égard, il a exhorté les États-Unis et la Russie – les plus grands détenteurs d’armes nucléaires au monde – à prendre l’initiative et à trouver un moyen de reprendre les négociations en vue de la mise en œuvre complète du nouveau traité START et de s’entendre sur son successeur. M. Guterres a également souligné la responsabilité des États non dotés d’armes nucléaires de remplir leurs propres obligations de non-prolifération et de soutenir les efforts de désarmement. Il a déclaré que le Conseil de sécurité a également un rôle de leadership, notamment « en regardant au-delà des divisions actuelles et en déclarant clairement que vivre avec la menace existentielle des armes nucléaires est inacceptable ».

Soutien à Édouard Schoene.

La photo ci-dessus montre Édouard Schoene, portant une « kippa-kefieh », lors d’une manifestation de solidarité avec les Palestiniens de Gaza en 2014. L’ancien élu PCF de Fontaine a été victime d’injures et de menaces antisémites durant le week-end du 18 et 19 mars 2023.

Injures et menaces antisémites : une plainte d’Édouard Schoene classée sans suite. Est-ce qu’il y aurait, ici aussi, un 2 poids, 2 mesures ?

Je publie ci-dessous un document de Place Gre’net, média indépendant de la région grenobloise. Par Florent Mathieu, 5 mars 2024 :

FOCUS – Victime d’injures et de menaces antisémites jusqu’à son domicile au mois de mars 2023, Édouard Schoene a appris que sa plainte était finalement classée sans suite. L’ancien élu PCF de Fontaine envisage de se porter partie civile, tout en manifestant une « confiance réduite en la justice ». Le Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples déplore, pour sa part, un classement susceptible de « développer un sentiment d’impunité ».

La plainte déposée par l’ancien élu communiste de Fontaine Édouard Schoene a finalement été classée sans suite, a révélé le Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (MRAP) dans un communiqué en date du lundi 4 mars 2024. L’ex-élu avait déposé plainte en mars 2023, après avoir retrouvé des panneaux jetés dans son jardin comportant des injures et des menaces à caractère antisémite.

Les messages étaient particulièrement orduriers et laissaient peu de place au doute sur l’idéologie prônée par leurs auteurs. Ceux-ci évoquaient « la famille Schoene à Drancy », s’amusaient des chambres à gaz, ou proclamaient « Drancy, Auschwitz, le retour vite! Juif coco, race de merde ». Un autre panneau mentionnait quant à lui le nom d’Édouard Schoene suivi d’une croix gammée (à l’envers) et du texte « a baisé ta grand-mère ».

Édouard Schoene envisage de se porter partie civile

L’intéressé confirme que sa plainte a été classée sans suite et ne cache pas son amertume. « Je n’ai malheureusement pas été surpris. J’ai une confiance réduite en la justice et, en même temps, je pense qu’elle est tellement dépassée par la charge de travail que des choses passent à l’as «  explique-t-il à Place Gre’net. Les raisons du classement sans suite ? Les auteurs des injures et menaces n’ont pas pu être identifiés.

Cette amertume, le MRAP la partage dans son communiqué. L’association considère que le classement sans suite de la plainte « permet de développer un sentiment d’impunité aux auteurs d’agressions antisémites ». L’ancien adjoint PCF de Fontaine ne compte toutefois pas en rester là et envisage de se porter partie civile. « Ça permettra de savoir si une enquête policière a été menée et de demander que certaines personnes puissent être entendues par la police », indique-t-il.

Édouard Schoene n’avait pas été le seul à être visé par des messages de haine en mars 2023. Des injures et menaces contre le PCF, réalisées en utilisant les affiches du Travailleur Alpin, avaient également été découvertes. De même qu’un départ de feu près du local du parti. Là encore, des plaintes avaient été déposées, finalement classées sans suites elles aussi, indique Édouard Schoene. Ce dont les communistes n’auraient même pas été informés.

Enfin, la plainte d’Édouard Schoene faisant suite aux injures antisémites n’étaient pas sa première. L’ancien élu explique en effet avoir été menacé de mort en 2019 par Franck Sinisi lors du procès en appel de cet ancien élu FN de Fontaine, condamné pour incitation à la haine raciale après des propos anti-Roms. Des menaces « devant deux témoins » qui avaient donné lieu à une plainte… dont l’ancien adjoint indique n’avoir aucune nouvelle.

Un soutien du CRIF plus modéré que lors des faits ?

Sollicité par Place Gre’net, le parquet n’a (pas) encore apporté d’éléments supplémentaires sur les raisons du classement sans suite. Le procureur de la République, Eric Vaillant, avait pourtant été interpellé par le Président du CRIF Grenoble-Dauphiné, Hervé Gerbi, à ce sujet au moment des faits. Une réaction dont Édouard Schoene avait d’ailleurs salué la célérité. La police judiciaire s’était alors emparée de l’affaire. « Je m’étais dit que ça allait avancer », s’agace aujourd’hui l’ancien élu.

Si le Président du CRIF indique ne pas avoir d’éléments sur le classement sans suite de la plainte, il tient pour sa part à rappeler « que la lutte contre l’antisémitisme dépasse toutes les barrières et que les autorités judiciaires dont pleinement mobilisées sur cette question qui est traitée avec célérité et la conscience de l’enjeu politique pour notre société ». Une opinion, on l’aura compris, que ne partage « pas du tout » Édouard Schoene.

Le communiste se demande même si la légende d’une photo publiée (et présentée ci-dessus) sur Place Gre’net marquant son soutien à la cause palestinienne n’a pas refroidi les ardeurs du CRIF dans son soutien à son égard. « Ce n’est qu’une hypothèse, mais j’ai l’impression que ça n’a pas plu à Hervé Gerbi qui n’a pas franchement de sympathie pour les actions de solidarité avec les Palestiniens », conclut-t-il.

« Sortir de l’impasse… »

Rapport 2023-24 du Programme des Nations Unies pour le Développement.

Le Rapport sur le développement humain du PNUD appelle à une action collective pour lutter contre les inégalités croissantes et relever d’autres défis mondiaux.

RAPPORT COMPLET (français) :

https://report.hdr.undp.org/?_gl=1*17bmzu1*_ga*MTAwMjgyNTgyNS4xNzEwNTIxMDQ2*_ga_3W7LPK0WP1*MTcxMDUyMTA0Ni4xLjEuMTcxMDUyMTA1Mi41NC4wLjA

Voici quelques-unes de ses indications préoccupantes :

Le monde a atteint un nouveau record en matière de développement humain. Après une période de fléchissements importants en 2020 et 2021, l’indice de développement humain – un indicateur synthétique prenant en compte le revenu par habitant, l’éducation et l’espérance de vie – a atteint son niveau le plus élevé jamais enregistré au niveau mondial. Mais ce titre du Rapport sur le développement humain 2023-2024 du PNUD masque des réalités très préoccupantes.

Avant la crise, le monde était en bonne voie pour atteindre un IDH moyen « très élevé » à l’horizon 2030, année coïncidant avec l’échéance fixée pour la réalisation des Objectifs de développement durable (ODD). Aujourd’hui, nous ne sommes plus sur la bonne voie, chaque région se trouvant en deçà de sa trajectoire d’avant 2019.

Certaines pertes de développement humain ne seront peut-être jamais compensées. Tout d’abord, quelque 15 millions de personnes sont décédées des suites de la COVID-19. Ce sont des millions de vies écourtées, un potentiel illimité qui ne sera jamais réalisé. Parmi les survivants, d’aucuns souffrent de séquelles à long terme qui limitent leurs choix, et d’aucuns ont perdu des années d’éducation qu’ils ne pourront jamais rattraper.

Une autre ombre au tableau de la reprise du développement humain est sa nature inégale. Si les pays riches montrent des signes d’une reprise soutenue, les plus pauvres sont à la peine. Tous les pays riches ont dépassé leur niveau d’IDH de 2019. En revanche, seul un pays moins avancé sur deux a retrouvé son niveau d’IDH d’avant la crise, qui était déjà faible.

Cette reprise « partielle, incomplète et inégale » laisse de côté les plus pauvres, exacerbe les inégalités et attise la polarisation politique. Pendant 20 ans, les pays les plus pauvres du monde ont réalisé des progrès dans la réduction de l’écart d’IDH avec les pays plus riches. Cette tendance s’est aujourd’hui inversée et les inégalités entre pays sont en hausse.

L’incapacité à gérer correctement nos liens d’interdépendance fait payer un lourd tribut au bien-être humain. À six ans seulement de la date butoir convenue, le monde est plus en retard dans la réalisation des ODD qu’il y a quatre ans, et régresse sur les objectifs clés concernant l’action climatique, la perte de biodiversité, la sécurité alimentaire, la pauvreté, l’inégalité et les inégalités de genre.

En 2022, le monde a connu le plus grand nombre de conflits armés étatiques depuis la Seconde Guerre mondiale. La même année, le nombre de personnes contraintes de fuir leur foyer en raison de conflits, de persécutions ou de violations des droits humains a atteint un niveau record.

Tout ne va pas bien, et nous le ressentons tous. Dans les pays riches comme dans les pays pauvres, le Rapport sur le développement humain révèle que les gens sont plus tristes et plus stressés qu’il y a 10 ans.

Le sentiment généralisé d’insécurité contribue à la polarisation qui nous empêche d’unir nos forces pour affronter les défis communs, au sein des pays et au niveau mondial. Pour sortir de l’impasse et intensifier l’action collective, le rapport préconise :

Le renforcement de la capacité d’agir : le développement doit être axé sur le renforcement de la capacité d’agir des individus, leur sentiment d’être en mesure de décider de leur propre avenir.

La réduction de la polarisation politique grâce à de nouvelles approches de gouvernance axées sur le renforcement de la voix des citoyens dans les délibérations et la lutte contre la désinformation.

L’utilisation des biens publics mondiaux au service de la stabilité climatique, pour agir face aux défis sans précédent de l’Anthropocène ; financer et bâtir une architecture du 21e siècle pour compléter la coopération internationale fondée sur l’aide humanitaire et l’aide au développement des pays à faible revenu.

Mon nouveau livre disponible en Librairie dès le 21 mars…

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Ukraine : ce que le Pape a vraiment dit.

Les médias ont commenté, sans lui donner son contexte, une phrase du Pape François sur la guerre en Ukraine: « N’ayez pas honte de négocier » a-t-il dit. Ce fut interprété sans nuances comme un appel à l’Ukraine à céder et à faire des compromis sur sa souveraineté. Le sens des paroles du Pape est différent. Il s’inscrit notamment dans une négociation internationale.

Vatican News a publié le texte intégral d’un entretien substantiel accordé début février par le Pape François à Lorenzo Buccella, journaliste de la Radio Télévision Suisse, que la chaîne suisse doit diffuser le 20 mars. Je publie ci-après les extraits les plus significatifs de ce long entretien du Pape, au cours duquel cette phrase a été prononcée :

Dans une interview accordée le 20 février dernier à la Radiotelevisione Svizzera italiana (RSI, chaîne publique suisse en langue italienne, ndlr) pour le magazine culturelle « Cliché », et qui sera diffusée le 20 mars prochain, le Saint-Père évoque les guerres qui défigurent le monde, à commencer par celles en Terre Sainte et en Ukraine. Il revient sur la signification du blanc pour lui et sur toutes les taches qui le salissent. Nous publions ci-dessous le texte intégral selon la retranscription de la RSI (avec quelques modifications).

Comment trouver une boussole pour s’orienter sur ce qui se passe entre Israël et la Palestine?

Nous devons aller de l’avant. Tous les jours, à 19 heures, j’appelle la paroisse de Gaza. 600 personnes y vivent et racontent ce qu’elles voient: c’est la guerre. Et cette guerre est menée par deux camps, pas par un seul. Les responsables sont ces deux camps-là qui se font la guerre. Et puis il n’y a pas que la guerre militaire conventionnelle, il y a aussi la « guérilla », pourrait-t-on dire, celle du Hamas par exemple, un mouvement qui n’est pas une armée. C’est une mauvaise chose.

Mais devons-nous garder espoir en tentant une médiation?

Regardons l’histoire: les guerres que nous avons vécues se terminent toutes par un accord.

En Ukraine, certains appellent au courage de la reddition, du drapeau blanc. Mais d’autres disent que cela légitimerait le camp le plus fort. Qu’en pensez-vous?

C’est une interprétation. Mais je pense que le plus fort est celui qui voit la situation, qui pense au peuple, et qui a le courage du drapeau blanc, c’est-à-dire de négocier. Et aujourd’hui, on peut négocier avec l’aide des puissances internationales. Il y en a! Le verbe « négocier » est un verbe courageux. Quand on voit qu’on est vaincu, que les choses vont mal, il faut avoir le courage de négocier. Vous avez honte, mais si tu continues comme cela, combien de morts y-aura-t-il ensuite? Ça finira plus mal encore. Négocier tant qu’il est temps, chercher un pays médiateur. Aujourd’hui, par exemple dans la guerre en Ukraine, beaucoup veulent servir de médiateurs. La Turquie s’est proposée pour cela. N’ayez pas honte de négocier avant que la situation n’empire.

Avez-vous vous-même proposé de négocier?

Moi je suis ici, c’est tout. J’ai envoyé une lettre aux Juifs d’Israël pour qu’ils réfléchissent à cette situation. Négocier n’est jamais une reddition. C’est le courage de ne pas conduire le pays au suicide. Les Ukrainiens, avec leur histoire, les pauvres, les Ukrainiens à l’époque de Staline, combien ils ont souffert…

Est-ce le blanc du courage?

On peut dire que c’est le blanc du courage. Mais parfois, la colère qui vous conduit au courage n’est pas blanche…

(…)

Il y a les taches individuelles et les taches collectives, les grandes taches qui jonchent le sol comme des guerres. Que peut-on faire?

Il s’agit d’une tache collective. Il y a un mois le secrétaire pour l’économie m’a fait un compte rendu de la situation au Vatican -toujours en déficit- il m’a dit: “savez-vous où se trouvent aujourd’hui les investissements qui rapportent le plus? L’industrie des armes“. Vous gagnez de l’argent en tuant, en faisant des bénéfices grâce à l’industrie des armes. La guerre est terrible. Et il n’y a pas de guerre blanche. La guerre est rouge ou noire. Je raconte souvent ceci: lorsque je me suis rendu en 2014 (au cimetière militaire) à Redipuglia, j’ai pleuré. Il m’est arrivé la même chose à Anzio, et tous les 2 novembre, je vais dans un cimetière pour célébrer la messe. La dernière fois, je suis allé au cimetière britannique et j’ai regardé l’âge des garçons. C’est terrible. Je l’ai déjà dit, mais je le répète: lors de la commémoration du débarquement en Normandie, tous les chefs de gouvernement ont célébré cette date, mais personne n’a dit que 20 000 garçons avaient laissé la vie sur cette plage.

L’homme comprend très bien ce qu’impliquent les guerres, mais il y succombe toujours. Je pense aussi à vous avec vos appels… Comment se fait-il que vous ne parveniez pas à faire passer le message sur le nombre de victimes que la guerre entraîne?

Je prends deux images. Une qui me touche toujours et je le dis: l’image de la mère lorsqu’elle reçoit cette lettre: « Madame, nous avons l’honneur de vous dire que votre fils est un héros et voici la médaille ». Je m’intéresse au fils, pas à la médaille. On a enlevé leur fils à ces familles et on leur a donné une médaille. Elles sentent que l’on se moque un peu d’elles. Et puis une autre image. J’étais en Slovaquie. Je devais aller d’une ville à l’autre en hélicoptère. Mais à cause du mauvais temps, ce n’était pas possible. J’ai donc fait le voyage en voiture. J’ai traversé plusieurs petits villages. Les gens ont entendu à la radio que le Pape passait et sont descendus dans la rue pour me voir. Il y avait des enfants, des petites filles, des jeunes couples, et puis des grands-mères. Mais ils manquaient les grands-pères: c’est à cause de la guerre. Il n’y a plus de grands-pères.

Il n’y a pas d’image plus forte que celle-ci pour exprimer l’héritage laissé par la guerre.

La guerre est une folie, une folie.

La colombe est le symbole de la paix, c’est le signal de la fin de la guerre. Mais il y a l’après-guerre, qui est de toute façon une autre période où toutes ces blessures doivent être recousues…

Il y a une image qui me vient toujours à l’esprit. Lors d’une commémoration, je devais parler de la paix et lâcher deux colombes. La première fois que je l’ai fait, un corbeau s’est immédiatement envolé depuis la place Saint-Pierre, a attrapé la colombe et l’a emportée. C’est dur. Et cela ressemble un peu à ce qui se passe avec la guerre.

Tant d’innocents ne peuvent pas grandir, tant d’enfants n’ont pas d’avenir. Des enfants ukrainiens viennent souvent me saluer ici, ils reviennent de la guerre. Aucun d’entre eux ne sourit, ils ne savent pas comment sourire. Un enfant qui ne sait pas sourire semble ne pas avoir d’avenir. Réfléchissons à ces choses, s’il vous plaît. La guerre est toujours une défaite, une défaite humaine, pas une défaite géographique.

Comment les puissants de la terre vous répondent-ils lorsque vous leur demandez la paix?

Certains disent: «C’est vrai, mais nous devons nous défendre»… Et vous vous rendez compte qu’ils ont des usines d’aviation pour bombarder les autres. Se défendre, non, mais détruire. Comment se termine une guerre? Par la mort, la destruction, par des enfants sans parents. Il y a toujours une situation géographique ou historique qui provoque une guerre… Il peut s’agir d’une guerre qui semble n’être motivée que par des raisons pratiques. Mais derrière une guerre, il y a l’industrie de l’armement, et donc de l’argent.

(…)

La société elle-même peut également être hypocrite, par exemple en faisant des guerres et en envoyant ensuite de l’aide humanitaire…

Les interventions humanitaires? Oui, elles sont parfois humanitaires, mais elles servent aussi à couvrir un sentiment de culpabilité. Et ce n’est pas facile.

Les responsables religieux chrétiens de France pour le cessez-le-feu et la libération des otages à Gaza.

– Pasteur Christian Krieger, coprésident du CECEF, Président de la Fédération protestante de France

– Mgr Éric de Moulins-Beaufort, coprésident du CECEF, Président de la Conférence des évêques de France

– Le Métropolite Dimitrios, coprésident du CECEF, Président de l’Assemblée des évêques orthodoxes de France. mars 08, 2024 10:10Eglises locales, Justice et paix

Communiqué du 8 mars 2024.

Nous, responsables religieux chrétiens de France, sommes solidaires de toutes les victimes de la guerre entre Israël et le Hamas et appelons au cessez-le-feu. Porteurs des valeurs de l’Évangile, nous souffrons de la désespérante situation que connaissent plus de deux millions de personnes vivant dans la bande de Gaza. Nous tenons à affirmer que la restriction d’accès à des ressources essentielles tels que les soins médicaux, la nourriture et l’eau est fondamentalement inhumaine.

Nous nous sentons solidaires de toutes les victimes de cette guerre, particulièrement des populations civiles, mais aussi des soldats ou des combattants qui portent et porteront les conséquences des actions qu’ils doivent mener. Nous avons exprimé notre solidarité au lendemain de l’attaque terroriste du 7 octobre 2023. Nous la redisons, comme c’est notre devoir, après la tuerie de plus d’une centaine de gazaouis affamés qui a eu lieu le jeudi 29 février 2024, et oblige à voir ce qu’il y a d’inhumain dans la situation présente.

Les objectifs militaires et les intérêts politiques poursuivis par cette guerre ne peuvent négliger la priorité que revêt la sauvegarde de toute vie humaine. Nous réprouvons les actes de violence qui exacerbent la souffrance humaine et empêchent l’émergence d’une paix durable. Nous exhortons les parties prenantes de cette guerre à faire de la protection de la vie humaine et de la dignité des civils, leur plus haute priorité.

Dans cet esprit, nous demandons instamment à tous les responsables politiques et religieux, d’intensifier leur action pour mettre fin à cette violence et de prendre les mesures essentielles dans le cadre d’un processus visant à instaurer une paix durable entre Israéliens et Palestiniens.

Nous demandons notamment :

– Un cessez-le-feu immédiat, pour assurer l’acheminement d’une aide humanitaire indispensable, en premier lieu les soins médicaux, la nourriture et l’eau.

– La libération immédiate de tous les otages, conformément au droit international humanitaire et aux droits humains.

– Des efforts internationaux pour ouvrir, par le dialogue, une nouvelle voie politique vers une paix durable, relancer le débat sur une solution viable à deux États, et entamer le travail sur la guérison des mémoires de tous les habitants de la région.

En ce temps de Carême, nous invitons les chrétiens de toutes les confessions, à continuer de porter instamment la situation du Proche-Orient dans leur prière, à ne pas s’habituer à cette situation de guerre et de violence, à être facilitateurs de dialogue et de rencontre là où les sensibilités des uns et des autres s’opposent, à prier et travailler sans relâche pour que tous puisent dans leur religion des raisons de servir la paix et dépasser les peurs et les colères.

Stop Génocide à Vitry, 2 mars à 16h30…

J’y serai pour dédicacer mon nouveau livre : Israël, le Hamas et la question de Palestine

Gaza : un rapport du Conseil de sécurité de l’ONU sur la famine.

Insights on the work of the UN Security Council

Security Council Report – Mardi 27 février 2024

Cet après-midi (27 février), le Conseil de sécurité tiendra une réunion d’information sur l’insécurité alimentaire à Gaza dans le cadre du point de l’ordre du jour consacré à la protection des civils dans les conflits armés. Des réunions d’information sont attendues du chef du Bureau de la coordination au service de la coordination à Genève et du Directeur de la Division de la coordination, Ramesh Rajasingham, Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), M. Maurizio Martina, Directeur adjoint du Programme alimentaire mondial (PAM), Carl Skau. La Guyane et la Suisse, points focaux du Conseil pour les conflits et la faim, auxquelles se sont joints l’Algérie et la Slovénie, ont demandé à la réunion, après que le Bureau de la coordination des affaires humanitaires eut envoyé aux membres du Conseil une note blanche, datée du 22 février, sur l’insécurité alimentaire dans la bande de Gaza.

Le Bureau de la coordination des affaires humanitaires a présenté la note blanche conformément à la résolution 2417 du 24 mai 2018, dans laquelle il demandait au Secrétaire général de faire rapidement rapport sur le risque de famine causée par le conflit et d’insécurité alimentaire généralisée. Depuis plusieurs mois, les agences de l’ONU ont tiré la sonnette d’alarme sur l’insécurité alimentaire et le risque de famine dans la bande de Gaza dans le contexte de la guerre en cours entre les Israéliens et le Hamas. En décembre 2023, la Classification de la phase de sécurité alimentaire intégrée (IPC) – utilisée par les organismes de secours pour mesurer les niveaux de la faim – a publié une note spéciale estimant qu’entre le 24 novembre et le 7 décembre 2023, plus de 90 % de la population de Gaza, soit environ 2,08 millions de personnes, connaissaient des « niveaux élevés d’insécurité alimentaire », qu’il classe les conditions de crise ou pire. Il prévoyait que l’ensemble de la population, qui compterait 2,2 millions d’habitants, serait confronté à une telle insécurité alimentaire d’ici à février 2024 en raison du conflit armé. C’est la part la plus élevée de personnes confrontées à un niveau élevé d’insécurité alimentaire jamais classée dans le monde, selon le mandat. Sur ce total, environ la moitié de la population (1,17 million de personnes) devrait faire face à des niveaux d’urgence (phase 4 de l’IPC) et plus d’un demi-million de personnes devraient faire face à des conditions catastrophiques (phase 5 de l’IPC).

Le 18 février, le Groupe mondial de la nutrition a indiqué qu’environ un enfant de moins de deux ans sur six dans le nord de Gaza était en train de subir la forme de malnutrition la plus mortelle. Dans l’ensemble de Gaza, on estime que 90 % des enfants de moins de 5 ans souffrent d’une ou plusieurs maladies alors qu’ils se nourrissaient de régimes alimentaires extrêmement médiocres.

Sur la base de ces projections, la note blanche du Bureau de la coordination des affaires humanitaires indique qu’au moins 576 000 personnes à Gaza sont « loin de la famine » et « font face à des niveaux catastrophiques de privation et de famine ». La note blanche décrit les projections de décembre 2023 comme des chiffres conservateurs et dit que le risque de famine jusqu’au mois de mai 2024 augmente chaque jour que la guerre se poursuive et que les restrictions à l’accès humanitaire persistent ou s’aggravent. Se référant au rapport du Groupe mondial sur la nutrition, la note blanche fait observer que la faim et la malnutrition dans l’enfance causent des déficiences physiques et cognitives irréparables et « sapent la capacité d’apprentissage de toute une génération ». Une nouvelle analyse de l’IPC devrait être publiée à la mi-mars, selon la note.

Lors de la réunion d’aujourd’hui, Rajasingham pourrait décrire comment la guerre est à l’origine de la crise alimentaire, que la note blanche attribue aux « insensibilisation et aux hostilités qui se sont fortement intensifiées à la suite de l’attaque du Hamas le 7 octobre 2023 ». La note décrit en outre les effets directs du conflit sur la production alimentaire, l’impact indirect de la guerre sur les moyens de subsistance, les marchés et l’offre et les graves problèmes que pose l’acheminement de l’approvisionnement humanitaire en vivres à Gaza et à l’intérieur de Gaza. Il note que la bande de Gaza était déjà vulnérable à l’insécurité alimentaire en raison de la pauvreté structurelle et des problèmes économiques qu’elle avait posé depuis les 16 années précédentes de restrictions imposées par les Israéliens sur le territoire. Les opérations militaires depuis le déclenchement de la guerre ont causé la perte de terres arables et détruit l’infrastructure agricole. En outre, le déplacement forcé de personnes et les ordres d’évacuation répétés – 67 % du territoire de Gaza, qui abritait auparavant 1,78 million de personnes, a été placé sous des ordres d’évacuation – a causé l’abandon ou l’inaccessibilité des terres cultivées et d’autres moyens de production alimentaire, selon la note blanche.

Les causes indirectes comprennent l’infirmation du secteur commercial de Gaza par l’incapacité de produire des denrées alimentaires localement et les restrictions importantes imposées aux importations commerciales. Cela a entraîné une pénurie de stocks, des pénuries de marchandises sur les marchés et une flambée des prix. La perturbation des moyens de subsistance a aggravé la crise de la faim. Par exemple, la pêche, qui a été une source importante de nutrition et de revenus, a complètement cessé en raison de l’interdiction de l’accès des bateaux par l’armée israélienne à la mer, selon la note blanche. Avec environ la moitié de la population entassée dans une zone étroite dans le sud de Gaza, ce qui représente une multiplication par cinq de la population de la région avant la guerre, les marchés du sud ne peuvent pas répondre aux besoins alimentaires de la population.

Malgré la dépendance à l’égard des fournitures humanitaires pour les articles essentiels en raison des restrictions imposées à la circulation des biens du secteur privé, la note blanche indique que la communauté humanitaire continue de se heurter à d’importants obstacles pour fournir les mesures nécessaires à la prévention de la famine. « Il s’agit notamment des fermetures de points de passage frontaliers, de graves restrictions à la liberté de circulation, des refus d’accès, de procédures de vérification onéreuses, des risques pour la sécurité, des incidents commis par des civils désespérés, une rupture de l’ordre public et des restrictions sur les communications et l’équipement de protection », selon la note. Il ajoute qu’il a pris des mesures pour faciliter l’aide, notamment en rouvrant le point de passage de Kerem Shalom en décembre 2023, mais que la livraison de vivres et de carburant nécessaires à sa distribution a été limitée.

Rajasingham pourrait demander que le Conseil de sécurité et d’autres États membres prennent une action immédiate pour prévenir la famine provoquée par le conflit à Gaza. Il peut réitérer les recommandations de la note blanche, qui appellent le Conseil et les autres États membres à user de leur influence, entre autres, pour garantir le respect du droit international humanitaire, pour faciliter l’accès humanitaire et accroître le financement de l’aide humanitaire multisectorielle, et pour faciliter un cessez-le-feu.

Martina et Skau devraient également parler de l’ampleur et de la gravité de l’insécurité alimentaire induite par les conflits et du risque de famine sur la base de la Classification de la phase de sécurité alimentaire intégrée (IPC) de décembre 2023. Il est également probable qu’ils feront référence à une récente mise à jour conjointe de la FAO et du PAM préparée à l’intention des membres du Conseil sur le suivi de la sécurité alimentaire en Palestine et au Soudan. Des responsables de la FAO et du PAM ont informé les membres du Conseil du rapport informel le 19 février. Selon le rapport, « la conduite des hostilités dans la bande de Gaza – y compris les bombardements aériens, terrestres et maritimes israéliens, les opérations terrestres et un blocus économique et humanitaire – a entraîné » plus de 90 % de la population dans la crise ou dans des niveaux plus graves d’insécurité alimentaire d’ici début décembre 2023.

Martina pourrait parler des effets de la guerre sur les systèmes alimentaires à Gaza du fait de la destruction des infrastructures agricoles, de la coupure de l’électricité décidée par Israël depuis le 12 octobre, des pénuries de carburant et d’eau et de la destruction totale du secteur commercial. Skau pourrait mettre l’accent sur les restrictions imposées à l’aide humanitaire. Le rapport de la FAO et du PAM indique que les restrictions, parallèlement aux hostilités en cours, ont « rendu impossibles toute opération humanitaire significative » et contribuent au risque de famine. Selon un appel éclair de la Commission en novembre 2023, selon un appel éclair de la part de la Commission en novembre 2023, selon le rapport de la FAO et du PAM, selon un appel éclair de la Banque au titre de la Cisjordanie en novembre 2023.

Martina et Skau pourraient faire remarquer qu’en vertu du droit international, les parties qui ont ordonné l’évacuation de civils sont responsables de la prise en charge adéquate des civils déplacés, notamment en assurant l’accès à la nourriture, aux conditions d’hygiène et aux abris. Toutefois, le rapport conjoint de la FAO et du PAM cite le Secrétaire général de l’ONU, M. Antonio Guterres, ainsi que d’autres organismes des Nations Unies et d’autres organismes internationaux, qui ont déclaré qu’Israël a confiné des centaines de milliers de personnes dans le sud de Gaza sans fournir d’installations sanitaires adéquates et l’accès à une alimentation, en eau et en fournitures sanitaires suffisantes.

Les membres du Conseil devraient souligner que toutes les parties doivent respecter le droit international humanitaire. Ils peuvent souligner la nécessité d’autoriser d’urgence l’aide humanitaire en raison du risque de famine. À cet égard, ils peuvent souligner qu’un cessez-le-feu humanitaire est crucial.

Les membres sont censés rappeler d’autres obligations des parties belligérantes que la résolution 2417 a réitérées. Il s’agit notamment de l’appel lancé par la résolution à toutes les parties à un conflit armé pour qu’elles protègent les civils en menant des hostilités conformément aux principes d’humanité, de distinction et de proportionnalité, ainsi que de leur responsabilité de protéger des biens indispensables à la survie de la population civile. Les membres peuvent également mentionner l’interdiction, telle qu’elle est rappelée dans la résolution 2417, contre le recours à la famine comme méthode de guerre. S’appuyant sur les recommandations de la note blanche et de la mise à jour conjointe de la FAO et de la Commission, les membres du Conseil pourraient demander la réouverture de tous les points de passage de la frontière et le rétablissement des services de base dans la bande de Gaza, y compris les gazoducs transfrontaliers, la distribution d’électricité et la reprise des marchandises commerciales sur le territoire. Les membres du Conseil devraient également souligner la nécessité d’assurer le financement des opérations de secours. Certains pourraient mentionner que cela devrait inclure le financement de l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA). Plusieurs pays donateurs ont suspendu leur aide à l’UNRWA après que 12 de ses membres du personnel eurent participé à l’attaque menée par le Hamas le 7 octobre 2023.

Israël, le Hamas et la question de Palestine

Disponible chez l’éditeur dès le début du mois de Mars, et ensuite en librairie.

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Le Mexique de la 4eme transformation…

Les Mexicains votent le 2 juin prochain. Ce qui est en jeu : la poursuite du processus de transformation du pays entamé en 2018 avec l’élection du gouvernement progressiste de Andrés Manuel Lopez Obrador. Une certitude : pour la première fois dans son histoire le Mexique sera gouverné par une femme.

Une interview d’Obey Ament, spécialiste de l’Amérique latine. Cet entretien est une version actualisée de l’interview réalisée par Luis Reygada pour le journal L’Humanité, pages numériques, en date du 4/12/2023.

Luis Reygada : Claudia Sheinbaum a été investie pour porter les couleurs du Mouvement de régénération nationale (MORENA), fondé par Andrés Manuel López Obrador (AMLO) en 2011. Comment s’est-il imposé en si peu de temps comme le principal parti de la gauche mexicaine ?

Obey Ament : Le Mexique avait besoin d’une grande force de transformation, et il y avait une grande aspiration à un changement capable de mettre fin à un régime corrompu qui avait transformé le pays en objet de prédation. Le virage à droite du Parti de la révolution démocratique (PRD) a encouragé la naissance du mouvement qui s’est structuré autour de la candidature d’Andrés Manuel Lopez Obrador (AMLO) à la présidence. AMLO a été l’un des fondateurs et président du PRD – qui réunissait initialement des communistes, des socialistes, des nationalistes révolutionnaires de l’aile gauche du Parti révolutionnaire institutionnel (PRI) et des militants de la gauche sociale – ; il l’a quitté pour créer le mouvement Morena en 2011, revendiquant l’héritage historique des luttes de la gauche et des progressistes mexicains.
La plupart des meilleurs cadres et militants du PRD l’ont suivi. AMLO a su s’imposer très rapidement dans tout le pays. Il a créé une dynamique politique dans un grand soutien populaire autour de sa personne et avec de l’objectif de sortir d’une longue période de néolibéralisme. Pour AMLO, qui avait été chef du gouvernement de la ville de Mexico, et avait parcouru tout le pays à plusieurs reprises, l’élection de 2018 représentait une troisième tentative de victoire. Tout le Mexique le connaissait, et c’est cette combinaison de facteurs qui lui a permis de gagner cette année-là.

Bien que Morena soit devenu un parti politique en 2014, il continue en réalité de fonctionner comme un mouvement d’une grande pluralité, avec ses avantages et ses inconvénients. C’est un outil qui a permis la mobilisation de millions de personnes ayant pour objectif la perspective d’un changement profond dans le pays. Dans un style qui a brisé le moule du politicien mexicain classique éduqué dans les grandes universités à l’étranger, AMLO, parle un langage simple dans lequel, indéniablement, le peuple se reconnaît. Il s’est toujours positionné fermement du côté des plus pauvres et s’est opposé avec énergie et sans compromis à ce qu’il appelle « la mafia du pouvoir », c’est-à-dire les politiciens de l’ancien régime liés au grand capital national.

LR : Après cinq ans de mandat, ce dernier jouit toujours d’une grande popularité. Son projet de « 4e transformation du pays » (4T) semble avoir convaincu de nombreux Mexicains, notamment dans les secteurs populaires… Comment l’expliquer ?

OA : En 2018, AMLO a eu la capacité de fédérer le rejet d’un système vieux de 90 ans, symbolisé par l’hégémonie du Parti de la révolution institutionnelle, et de créer une perspective de réel progrès social. Il y avait une grande lassitude face aux niveaux très élevés de corruption ayant imprégné les institutions et la vie économique et politique du pays. L’option présentée par le Parti d’action nationale (PAN, conservateur, démocrate-chrétien), qui a gouverné entre 2000 et 2012 en permettant une continuité aux politiques néolibérales du PRI, a également été rejetée. AMLO a ouvert la possibilité de démanteler ce régime, ce qui n’a pas laissé indifférents de nombreux Mexicains qui ont salué une lutte concrète et, dans une certaine mesure, efficace contre le cancer de la corruption. Le gouvernement actuel est également déterminé à s’attaquer à l’évasion fiscale organisée avec la complicité de certaines autorités.

LR : Lors de sa campagne, le slogan d’AMLO était « d’abord les pauvres »…

OA : En effet, la lutte contre la pauvreté a été la priorité de la 4T. Dans une certaine mesure, elle a été couronnée de succès. Les dernières enquêtes indiquent qu’entre 2018 et 2023, cinq millions de personnes sont sorties de la pauvreté principalement grâce à l’augmentation du salaire minimum (+88%), un fait historique puisqu’il avait perdu 70% au cours des 36 dernières années, et grâce à une multitude de programmes sociaux destinés aux familles, aux jeunes, aux personnes âgées, aux agriculteurs, aux étudiants…. 34% des ménages bénéficient de ces programmes. De nouveaux droits ont également été créés pour les travailleurs, par exemple en limitant la sous-traitance (externalisation) ou en démocratisant la vie syndicale. Autre point important, les peuples indigènes font partie des bénéficiaires de la lutte contre la pauvreté.

LR : La droite avait prédit un effondrement économique et une « vénézuélisation » du pays. Nous sommes loin du chaos annoncé…

OA : Les résultats macro-économiques sont très encourageants grâce à une politique qui combine la lutte contre la grande corruption et la récupération des ressources naturelles, une dose d’austérité pour un État clientéliste, une réduction des salaires des hauts fonctionnaires et la priorité aux classes populaires. Le Mexique connaît une période de stabilité, malgré l’impact du Covid-19, et une amélioration du niveau de vie. Selon AMLO, l’État doit avoir un rôle moteur dans l’économie et le développement national. Il a lancé de grands projets d’infrastructure visant à stimuler la croissance dans les régions les plus pauvres du pays, comme le Train Interocéanique et le Train Maya, la construction du nouvel aéroport international de Mexico. Mais aussi la construction et la rénovation des raffineries de pétrole, qui ont réduit les importations en provenance des États-Unis de 900.000 à 250.000 barils par jour. Il a réussi un contrôle sur la hausse du prix du carburant, du gaz et de l’électricité pour les Mexicains. Autre point important, les privatisations de la compagnie pétrolière mexicaine Pemex et de la Compagnie fédérale d’électricité ont été stoppées, malgré les menaces des entreprises étrangères et du gouvernement américain. Il reste encore beaucoup à faire, mais les changements sont sensibles et structurels dans la mesure où ils reposent sur une idéologie qui modifie complètement le rôle de l’État dans le cadre de la société mexicaine.

LR : Claudia Sheinbaum représentait la meilleure option pour poursuivre le 4T initié par López Obrador ?

OA : Elle s’est toujours imposée comme l’option préférée au sein du bloc progressiste. Elle est perçue comme la meilleure garantie pour la continuité du projet de Morena. C’est une militante aux convictions bien ancrées à gauche depuis sa jeunesse, et son action à la tête de Mexico l’a rendue très populaire.

Claudia Sheinbaum aura de grands défis à relever : elle devra consolider les changements en cours et obtenir une majorité qualifiée qui lui permettra d’apporter à la Constitution les modifications nécessaires pour faire avancer la transformation. Elle devra également s’affirmer comme la nouvelle dirigeante du MORENA, maintenir la cohérence du projet et l’unité d’un mouvement aussi divers que le Morena.

Claudia Sheinbaum a dévoilé les « 17 points de vision stratégique » qui serviront de colonne vertébrale à son programme. Parmi eux figurent le renforcement des programmes sociaux et la consolidation du pouvoir d’achat ainsi que le renforcement des droits des travailleurs et la promotion de l’égalité réelle des femmes. Il poursuivra les efforts pour renforcer les services publics de santé et d’éducation ainsi que l’accès à un logement décent. Elle est également préoccupée par les questions que le gouvernement de Lopez Obrador, axé sur la lutte contre la pauvreté, la corruption et la récupération du pétrole, du lithium et de l’électricité pour la nation, n’avait pas incluses dans ses premières priorités : la transition énergétique vers les sources renouvelables, la garantie de la souveraineté énergétique, la protection de la biodiversité et l’atténuation du changement climatique, ainsi que la promotion du développement scientifique et technologique et de la création culturelle. Claudia Sheinbaum a démontré son style de leadership avec la création d’une équipe de personnalités diverses et compétentes. Des députés, anciens ministres, scientifiques, universitaires coordonneront une série de forums thématiques, appelés « Dialogue pour la transformation », où sera élaboré un plan de gouvernement et de développement avec la participation de différents secteurs de la société.

Pour sa part, le président Lopez Obrador a proposé le 5 février une série de propositions qui donneront un statut constitutionnel aux programmes sociaux pour les personnes âgées, aux bourses pour les étudiants les plus pauvres, à la gratuité des soins médicaux, à l’augmentation du salaire minimum toujours supérieure à l’inflation et, en même temps, à la réforme du système injuste de pensions mis en place par les gouvernements du PRI et du PAN, et au statut public de la Compagnie fédérale d’électricité. Ces propositions, qui seront soumises au vote des députés et des sénateurs, constitueront également un défi pour l’opposition, qui devra déterminer sa position, pour ou contre, à quatre mois de l’élection présidentielle. Par crainte de s’opposer à ces réformes, qui bénéficient du soutien de la majorité des Mexicains, la droite a déjà annoncé qu’elle voterait en faveur de deux d’entre elles : celle sur les retraites et celle sur le salaire minimum.

LR : C’est la force de Morena qui a poussé toute l’opposition – PAN, PRI et PRD – à s’unir pour les prochaines élections ?

OA : Les anciens partis dominants sont sortis très affaiblis des dernières élections présidentielles (2018). Le PRI a obtenu à peine 17% des voix, ce qui est très peu pour un parti hégémonique depuis 1929 (avec une pause de 2000 à 2012 où le PAN était au pouvoir). Le PAN a obtenu 22,7%. Aujourd’hui, les deux partis ne dirigent que 7 des 32 États du pays, et continuent de souffrir du discrédit et de la méfiance de la majorité des Mexicains. C’est ainsi qu’est née l’idée d’une alliance qui a proposé la candidature de la sénatrice du PAN, Xochitl Galvez au sein de ce que l’on appelle le Front large, qui comprend également le PRD, et bénéficie du soutien majeur du secteur patronal. Ils ont tenté de présenter Xochitl Galvez comme une candidate « citoyenne », fille d’une famille pauvre, qui serait étrangère aux partis d’opposition. La manœuvre n’a pas fonctionné, et la campagne de la droite avance difficilement, tout le monde se souvient de sa participation aux gouvernements du PAN et une série de révélations a mis en évidence des cas de conflits d’intérêts liés à Xochitl Galvez et à ses entreprises.

LR : Que peut-on attendre de la prochaine campagne ? L’ancien président Calderon a récemment demandé l’intervention des États-Unis pour surveiller les élections…

OA : … et la candidate de droite Xochitl Galvez, invitée récemment par le think tank Wilson Center à Washington, a appelé les États-Unis à « inscrire la démocratie dans l’agenda bilatéral », c’est-à-dire à interférer dans le processus électoral et à faire pression sur le gouvernement mexicain. Prenant le parti en faveur des critiques et de l’opposition de Washington, et des grandes capitales américaines dont les intérêts ont été malmenés par les politiques de récupération des ressources naturelles, Xochitl Galvez s’est prononcée en faveur d’une relation qui ne serait pas seulement de « partenaires » mais « d’alliés géostratégiques ».

La droite, discréditée et incapable de présenter un projet, a recours à une campagne sale, faite de fausses nouvelles, de calomnies, de manipulations médiatiques et de coups bas. La candidature de Xochitl Galvez ne décolle pas et les sondages lui donnent 20% des préférences contre 60% à Claudia Sheinbaum. Il ne reste plus à la droite que les sales campagnes, la calomnie et l’appel à l’aide de forces étrangères.

Dès le premier jour de sa présidence, la droite a attaqué le gouvernement d’AMLO en l’accusant d’être communiste, chaviste. Sheinbaum a déjà été attaquée pour ses origines juives… Il est possible que la droite essaie de construire un récit sur une soi-disant fraude possible de Morena. Il est également possible qu’il y ait des tentatives de judiciarisation du processus électoral. Il convient de rappeler que le pouvoir judiciaire n’est pas indépendant et qu’il est encore largement entre les mains de l’opposition. Cependant, les victoires du Morena à ce jour ont été écrasantes et ont laissé peu de place à de telles accusations. L’une des dernières tentatives de campagne contre le gouvernement 4T a sans doute été lancée par la DEA pour tenter d’associer Lopez Obrador au trafic de drogue. La manœuvre à laquelle la droite s’est associée a échoué, mais elle montre jusqu’où peuvent aller les ennemis du processus de changement. 13 février 2024

Israël : la France et les Européens ont-ils des principes et une éthique ?

Israël veut participer à HYDEF, un vaste programme européen de défense antimissile hypersonique. La France et l’UE vont-elles accepter de coopérer sur le plan militaire avec un État suspecté de génocide par la Cour Internationale de Justice ?

L’Union européenne, ses États membres et les groupes industriels de la défense ont lancé, non sans de vives concurrences et rivalités nationales, la mise au point de projets militaires de haute technologie, en particulier ce que l’on appelle des « intercepteurs hypersoniques », c’est à dire des systèmes de défense contre les menaces dites hyper-véloces ou hypersoniques (plus de 5 fois au moins la vitesse du son). Ces systèmes d’armements très sophistiqués permettent de faire échec à des tirs de missiles hypersoniques en les détruisant en plein vol. La France est très engagée dans ce type de projets.

En 2022, la Commission européenne a confié, pour l’horizon 2035, la conception d’un programme de cette nature, nommé HYDEF, à un groupement européen couvrant 7 pays, piloté par l’Espagne (groupe SENER) en coopération avec 14 sociétés européennes (Espagne, Allemagne, Belgique, Pologne, République tchèque, Suède, Norvège). On apprend aujourd’hui qu’Israël aurait proposé son « assistance », c’est à dire de s’inscrire dans la réalisation de ce projet européen. Il est vrai qu’Israël dispose de capacités technologiques, et d’expérience en la matière, comme en témoigne le système de protection aérienne Dôme de fer, réalisé avec une aide américaine, censé protéger Israël contre les frappes de missiles, mais dont l’efficacité est souvent mise en doute du fait d’un manque de transparence sur ses résultats réels.

Évidemment, ces armements posent de multiples questions liées en particulier à leur pertinence stratégique et militaire et à leur coût (le tir d’un seul missile d’interception avec le système Dôme de fer est évalué entre 50 et 62 000 dollars). Notons aussi au passage l’absence de compétence directe de la Commission européenne en matière de défense. Toutes ces questions doivent être examinées avec soin et faire l’objet des critiques nécessaires. Mais dans le contexte actuel cette proposition israélienne pose immédiatement de très sérieux problèmes.

Premièrement, la question est posée de la légitimité même d’une telle coopération, qu’il s’agisse d’armements de haute technologie ou autre, avec un État dont le comportement politico-militaire à Gaza a été considéré comme potentiellement génocidaire par l’ordonnance de la Cour Internationale de Justice (CIJ) en date du 26 janvier 2024. Dans son jugement quant à l’action d’Israël à Gaza, la CIJ a souligné, en effet, ce que l’on doit bien appeler une suspicion légitime de génocide. Comment les Européens pourraient-ils accepter une telle coopération ? Comment pourraient-ils justifier qu’ils sanctionnent la Russie pour sa guerre en Ukraine, tout en s’associant avec Israël dans un vaste projet militaire, alors que ce pays est suspecté de crime de génocide par la Cour Internationale de Justice ? On quitterait ici le deux poids, deux mesures pour gagner des rives morales et politiques hors de toute mesure.

Deuxièmement, le développement d’armements de très hautes technologies est manifestement issu, en France, de décisions confidentielles, en tous les cas hors de toute expression officielle transparente. La France est engagée dans le développement de ce type d’armes depuis des lustres sans que cela fasse l’objet d’une information véritable et d’un nécessaire débat public portant notamment sur la pertinence de ces armes et sur les responsabilités françaises et européennes dans le contexte international actuel. Il faudra bien sortir de cette situation antidémocratique. La proposition israélienne, par son caractère provocateur et inacceptable sur le fond, devrait être l’opportunité d’une mise au point sévère et d’une transformation des règles et des pratiques devant être appliquées dans ces domaines comme dans d’autres. C’est ce qu’exigent un État de droit et la démocratie.

Gaza et les vidéastes de l’inacceptable.

Le New York Times (NYT) a publié dans son numéro des samedi 10, et dimanche 11 février 2024 un reportage très révélateur sur les méthodes de l’armée israélienne, sur son mépris des règles pourtant imposées par le droit international humanitaire en temps de guerre (1).

Ce reportage a le mérite de montrer les finalités véritables de la guerre israélienne à Gaza. C’est une explicitation, avec forces détails, des vidéos réalisées par des soldats israéliens au cours de la guerre. Le grand quotidien américain a examiné des centaines de ces vidéos. Lorsque l’on se reporte au site du NYT, on peut visionner quelques unes d’entre elles, particulièrement éloquentes d’une violence désinhibée contre les Palestiniens, contre leur cadre de vie, leur territoire, et contre leur dignité.

Avec ces vidéos, on constate très concrètement que la stratégie israélienne n’est pas seulement l’éradication du Hamas, mais aussi – et surtout – la volonté de détruire tout l’environnement des Palestiniens : l’habitat, les bâtiments publics, des écoles, des magasins, des véhicules… Ces vidéos confirment clairement que les opérations militaires engagées visent l’ensemble du peuple palestinien dans une vaste entreprise de destruction de Gaza, d’écrasement par la force militaire du cadre de l’existence sociale de ce peuple à Gaza. Une vidéo publiée par le NYT (et visible sur son site) montre des soldats faisant exploser un bâtiment. Les images de l’explosion sont associées (on voit un militaire jouant le rôle du DJ comme dans une soirée électro) à un rythme musical dansant connu en Israël… Un véritable clip de joyeux vidéastes amateurs… Certes, la direction de l’armée a condamné en parlant de comportement déplorable ne respectant pas les ordres de l’armée. Mais le reportage le souligne, de nouvelles vidéos continuent d’apparaître en ligne.

Et puis, quelles que soient les réactions officielles, ces « clips » constituent désormais une démonstration in vivo quant à la vérité de la guerre israélienne à Gaza. Parmi les centaines de vidéos examinées par le NYT, certaines apparaissent comme banales, mais d’autres, nombreuses, traduisent à ce point la stratégie israélienne qu’elles pèseront dans la qualification des crimes commis par l’armée qui se fait désigner comme « la plus morale du monde ». Selon le NYT « l’une d’entre elles a été visionnée et cinq autres ont également été citées comme preuves dans l’affaire que l’Afrique du Sud a portée devant la Cour Internationale de Justice, accusant Israël de génocide ».

Dans une vidéo TikTok, les soldats dédient la destruction d’un bâtiment aux victimes du 7 octobre et à Eyal Golan, un chanteur israélien qui a appelé à la destruction complète de Gaza. L’Afrique du Sud a cité cette vidéo comme preuve de ce qu’elle a appelé le discours génocidaire des soldats. Certaines vidéos montrent d’ailleurs des tortures et des exécutions, mais aussi des soldats appelant à la construction de colonies israéliennes dans la Bande de Gaza. Dans un autre enregistrement, on peut voir un soldat israélien levant le pouce tandis qu’il conduit un bulldozer dans une rue de Beit Layia. Dans la légende de cette vidéo on peut lire les propos tenus par le conducteur : « j’ai arrêté de compter, dit-il, le nombre de quartiers que j’ai effacé ».

Il est possible de rapprocher tout ceci d’un autre reportage, celui-ci publié le 10 février sur le site de France Info (2). Cet article raconte l’engagement et les convictions d’Eliott (ce n’est pas son vrai prénom). Il s’agit d’un franco-israélien, aujourd’hui tireur d’élite au sein d’un commando des forces spéciales de l’armée israélienne. Dans ce reportage, Eliott n’a pas l’air de se poser beaucoup de questions, même s’il voit bien l’ampleur des destructions. Il a bien appris les éléments de langage israéliens… Pour lui, la masse consternante des victimes civiles représente « des dommages collatéraux, impossibles à éviter ». Il se permet même de légitimer politiquement ce désastre humain et politique en affirmant que, certes, tous les civils ne sont pas des terroristes, mais il l’affirme : « c’est une population qui a élu le terrorisme ». Vous avez bien lu : « une population qui a élu le terrorisme ». Ce crétin ne se rend même pas compte que la formule d’un peuple « qui a élu le terrorisme » (au-delà de son ridicule et de son absence totale de crédibilité), confirme en elle-même l’intention d’une punition collective assumée par Israël pour faire payer militairement à l’ensemble du peuple palestinien à Gaza, le prix du massacre commis par le Hamas le 7 octobre. De quoi confirmer la pertinence de l’ordonnance de la Cour Internationale de Justice visant Israël, en date du 26 janvier : une suspicion légitime de génocide.

Il faut enfin correctement mesurer la nature et l’ampleur de l’intention israélienne. Les Nations Unies ont récemment dénoncé la destruction généralisée d’infrastructures civiles par l’armée de Tel Aviv en réduisant à néant tous les bâtiments de la Bande de Gaza à moins d’un kilomètre de la barrière entre Israël et Gaza. On ne peut pas ne pas constater aussi que les destructions de blocs et de quartiers de résidences populaires dans de multiples zones de la Bande de Gaza, poussent au déplacement massif des Palestiniens vivant dans ces zones, et rendent impossibles leur retour. Le Haut commissaire des Nations Unies aux droits de l’Homme, Volker Türk, a rappelé que le transfert forcé de civils peut constituer un crime de guerre (3). On retrouve, ici encore, cette même problématique du nettoyage ethnique qui fit de la Nakba (la catastrophe de 1948) un moment fondateur du sionisme politique et du colonialisme israélien.

Est-ce qu’il y aura, en France et en Europe, suffisamment de justes courageux pour résolument dénoncer et mettre en garde contre les conséquences de cette inacceptable stratégie israélienne sur le plan des valeurs et sur celui du politique ?

NOTES :

1) « What Israeli Soldiers’ Videos Reveal: Cheering Destruction and Mocking Gazans », by Aric Toler, Sarah Kerr, Adam Sella, Arijeta Lajka and Chevaz Clarke. The New York Times, February 6, 2014.

2) « Dans mon viseur, j’ai des milliers de civils qui défilent » : un tireur d’élite franco-israélien raconte l’offensive à Gaza de l’intérieur », Pierre-Louis Caron, 10 février 2024. https://www.francetvinfo.fr/monde/proche-orient/israel-palestine/temoignage-dans-mon-viseur-j-ai-des-milliers-de-civils-qui-defilent-un-tireur-d-elite-franco-israelien-raconte-l-offensive-a-gaza-de-l-interieur_6347386.html#at_medium=5&at_campaign_group=1&at_campaign=best-of&at_offre=3&at_variant=V3&at_send_date=20240210&at_recipient_id=726375-1620827107-c932ded8

3) « L’ONU dénonce la destruction généralisée d’infrastructures civiles par l’armée israélienne », paix et sécurité, 8 février 2024. https://news.un.org/fr/story/2024/02/1142997?utm_source=UN+News+-+French&utm_campaign=8de8d07d37-EMAIL_CAMPAIGN_2024_02_08_03_23&utm_medium=email&utm_term=0_0264da9d8f-8de8d07d37-%5BLIST_EMAIL_ID%5D

Israël a tué près de 900 Palestiniens depuis que la Cour Internationale de Justice a ordonné d’empêcher les actes de génocide.

Fortes du soutien indéfectible des responsables américains, les forces israéliennes ont continué à commettre des atrocités à Gaza.

The Intercept – Prem Thakker – 2 février 2024

Je publie ici l’essentiel d’un article du magazine d’investigation The Intercept sur la poursuite des bombardements israéliens au mépris des décisions de la Cour Internationale de Justice. JF

Au cours de la semaine qui s’est écoulée depuis que la Cour internationale de justice a statué que le gouvernement israélien commettait vraisemblablement un génocide et lui a ordonné de prévenir d’éventuels nouveaux actes de génocide, les forces israéliennes n’ont fait que continuer à commettre des atrocités à l’encontre des Palestiniens.

Fortes du soutien indéfectible des responsables américains, les forces israéliennes ont tué au moins 874 Palestiniens et en ont blessé au moins 1 490 à Gaza depuis la décision de la CIJ la semaine dernière, selon les chiffres du ministère palestinien de la santé pour la période allant du samedi 27 janvier au vendredi 2 février. C’est sans compter les autres actes de violence israéliens en Cisjordanie occupée et à Jérusalem. Les pertes humaines ne doivent pas être considérées comme des « dommages collatéraux », contrairement à ce qu’a déclaré le Premier ministre Benjamin Netanyahu.

Les clips vidéo et les reportages de la semaine dernière soulignent l’horreur qui perdure. Une fosse commune contenant 30 corps menottés, les yeux bandés et exécutés a été découverte dans une école du nord de la bande de Gaza. À Gaza, une fillette de 6 ans aurait vu les forces israéliennes tirer sur sa famille et la tuer à l’intérieur même de la voiture dans laquelle elle se trouvait ; elle a apparemment survécu, mais on ne sait pas où elle se trouve.Un soldat israélien s’est filmé dans la ville de Khan Younis en reprenant la rhétorique de M. Netanyahou sur le récit biblique d’Amalek, où Dieu ordonne le meurtre d’une société entière – des commentaires qui ont aidé les avocats sud-africains à démontrer l’intention génocidaire d’Israël. « Nous avons tué des dizaines de milliers d’Amalécites », a déclaré le soldat. « La morale, c’est de comprendre que chaque Arabe est un suspect.

Lors d’un raid dans un camp de réfugiés à Jérusalem occupée, les forces israéliennes ont enchaîné un Palestinien, l’ont forcé à revêtir une tenue militaire et l’ont utilisé comme bouclier humain, a rapporté Al Jazeera.

Mardi, des soldats israéliens déguisés en personnel médical ont envahi un hôpital de Cisjordanie et exécuté trois Palestiniens en leur tirant « une balle dans la tête à bout portant ». L’un d’entre eux était hospitalisé depuis près de quatre mois après avoir été paralysé par des fragments de missiles provenant d’un drone israélien. Des Palestiniens qui ont été libérés d’une prison israélienne jeudi ont fait part de témoignages troublants d’humiliations subies à l’intérieur, leurs corps portant des traces de torture. Et dans un clip quia fait surface cette semaine, on voit un soldat israélien forcer un bus de Palestiniens kidnappés à faire l’éloge de sa famille et à dire qu’ils seront les esclaves de sa famille.

Les atrocités commises à Gaza s’inscrivent dans le contexte plus large de la misère à laquelle est confrontée la population tout entière. La BBC note que la plus grande préoccupation de l’UNICEF est « l’estimation de 19 000 enfants orphelins ou qui se sont retrouvés seuls sans adulte pour s’occuper d’eux ». CNN rapporte que les Palestiniens mangent de l’herbe et boivent de l’eau polluée dans des conditions de famine. Le Guardian rapporte 50 à 62 % des bâtiments de Gaza ont probablement été endommagés ou détruits.

« Dulcie »

« Du Cap à Paris, enquête sur l’assassinat d’une militante anti-apartheid« 

Une terrible histoire vraie. Une BD très politique et historique… à lire.

Recommandé par franceinfo

Une enquête de Benoît Collombat. Dessin de Grégory Mardon. chez Futuropolis

Nous ne pouvons pas abandonner la population de Gaza, déclarent des agences de l’ONU et des ONG.

31 janvier 2024 ONU – Paix et sécurité

Les affrontements meurtriers et les bombardements se sont poursuivis à Khan Younis, dans le sud de Gaza, dans la nuit de mercredi à jeudi, alors que les principaux responsables humanitaires de l’ONU et d’ONG partenaires ont mis en garde contre les « conséquences catastrophiques » de la suspension du financement de l’UNRWA, l’agence des Nations Unies pour les réfugiés palestiniens, qui fait face à des allégations de collusion avec le Hamas visant des employés.

Malgré les allégations « horribles » selon lesquelles 12 membres du personnel de l’UNRWA auraient été impliqués dans les attaques sanglantes menées par le Hamas contre Israël le 7 octobre, « nous ne devons pas empêcher une organisation entière de remplir son mandat de servir les personnes dans le besoin », a déclaré le groupe d’agences d’aide humanitaire dirigé par l’ONU, regroupé sous le nom de Comité permanent inter-organisations (IASC).

Effondrement régional

« Le retrait de fonds de l’UNRWA […] entraînerait l’effondrement du système humanitaire à Gaza, avec des conséquences humanitaires et en matière de droits de l’homme de grande portée dans le territoire palestinien occupé et dans toute la région », a averti le comité dirigé par le chef des secours d’urgence de l’ONU, Martin Griffiths.

Des centaines de milliers de personnes se sont retrouvées sans abri et « au bord de la famine », depuis le début des bombardements israéliens et de l’invasion terrestre après que les militants palestiniens ont massacré quelque 1.200 Israéliens et pris plus de 250 personnes en otage.

L’UNRWA – la plus grande agence d’aide à Gaza dont le rôle clé notamment dans l’éducation et les soins de santé dans l’enclave remonte à 1949 – représente une planche de salut pour plus de deux millions de personnes dans la bande de Gaza.

Son avenir est menacé après que plusieurs grands donateurs ont suspendu leurs fonds dans l’attente d’enquêtes sur les allégations d’Israël selon lesquelles 12 des 30.000 employés de l’agence auraient joué un rôle dans les attaques du 7 octobre.

Conséquences catastrophiques pour la population

Une enquête complète et urgente est déjà en cours par le Bureau des services de contrôle interne (BSCI) – le plus haut organe d’enquête du système des Nations Unies – ont déclaré les chefs de l’IASC, notant en outre que l’UNRWA avait annoncé une enquête indépendante sur ses opérations.

« Les décisions de divers États membres de suspendre les fonds destinés à l’UNRWA auront des conséquences catastrophiques pour la population de Gaza », poursuit le communiqué de l’IASC. « Aucune autre entité n’a la capacité de fournir une aide d’une telle ampleur dont 2,2 millions de personnes à Gaza ont un besoin urgent ».

Dans sa dernière mise à jour, le Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU, OCHA, a noté que le nombre de morts à Gaza depuis le début des bombardements israéliens « intenses » s’élevait désormais à au moins 26.751, selon les autorités sanitaires de l’enclave. Au 30 janvier, 218 soldats israéliens avaient été tués et 1.283 blessés, citant l’armée israélienne.

Les hostilités ont continué d’être « particulièrement intenses » dans la ville méridionale de Khan Younis, a rapporté mardi soir l’OCHA, « avec de violents combats signalés près des hôpitaux Nasser et Al Amal, et des informations faisant état de Palestiniens fuyant vers la ville méridionale de Rafah, qui est déjà surpeuplée, malgré l’absence d’un passage sûr ».

Des opérations terrestres et des affrontements entre les forces israéliennes et les groupes armés palestiniens ont également été signalés dans une grande partie de Gaza, a noté l’OCHA, avec de nouveaux ordres d’évacuation émis lundi et mardi dans des quartiers de l’ouest de la ville de Gaza, notamment le camp de réfugiés d’Ash Shati, Rimal Ash Shamali et Al Janubi, Sabra, Ash Sheikh ‘Ajlin et Tel Al Hawa.

« Ces ordres d’évacuation couvraient une superficie de 12,43 kilomètres carrés… Cette zone abritait près de 300.000 Palestiniens avant le 7 octobre et, par la suite, 59 abris avec environ 88.000 personnes déplacées à l’intérieur du pays qui y ont trouvé refuge », a déclaré l’OCHA.

Réduction de l’espace à l’abri

Les ordres d’évacuation massive émis par l’armée israélienne à partir du 1er décembre couvrent un total de 158 kilomètres carrés, soit 41% de la bande de Gaza. « Cette zone abritait 1,38 million de Palestiniens avant le 7 octobre et, par la suite, elle comprenait 161 abris accueillant environ 700.750 personnes déplacées », selon OCHA.

La semaine écoulée a également vu « un grand nombre d’hommes palestiniens » arrêtés par l’armée israélienne à un poste de contrôle à Khan Younis « avec beaucoup d’entre eux déshabillés jusqu’à leurs sous-vêtements, les yeux bandés et emmenés », a également rapporté l’OCHA.

Les populations vulnérables du nord et du centre de la bande de Gaza sont de plus en plus difficiles à atteindre en raison d’une « tendance croissante à l’interdiction et à la restriction d’accès », selon le Bureau de coordination de l’aide des Nations Unies.

« Les raisons en sont les retards excessifs des convois d’aide humanitaire devant ou aux points de contrôle israéliens et l’intensification des hostilités dans le centre de la bande de Gaza. Les menaces contre la sécurité du personnel et des sites humanitaires sont également fréquentes, empêchant l’acheminement d’une aide urgente et vitale et posant des risques sérieux pour les personnes impliquées dans les efforts humanitaires », a précisé le bureau.

Les 14 signataires de l’appel sont :

Martin Griffiths, Coordonnateur des secours d’urgence et Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires (OCHA)

Jane Backhurst, Présidente, ICVA (Christian Aid)

Jamie Munn, Directeur exécutif, Conseil international des organismes bénévoles (ICVA)

Amy E. Pope, Directrice générale, Organisation internationale pour les migrations (OIM)

Volker Türk, Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH)

Paula Gaviria Betancur, Rapporteure spéciale des Nations Unies sur les droits de l’homme des personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays (RS sur les droits de l’homme des personnes déplacées)

Achim Steiner, Administrateur, Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD)

Natalia Kanem, Directrice exécutive, Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP)

Filippo Grandi, Haut-Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés (HCR)

Michal Mlynár, Directeur exécutif par intérim, Programme des Nations Unies pour les établissements humains (ONU-Habitat)

Catherine Russell, Directrice exécutive, Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF)

Sima Bahous, Directrice exécutive, ONU Femmes

Cindy McCain, Directrice exécutive, Programme alimentaire mondial (PAM)

Tedros Adhanom Ghebreyesus, Directeur général, Organisation mondiale de la Santé (OMS)

La suspension des aides à l’UNRWA met en danger la vie des Palestiniens.

20 grandes ONG internationales mettent en garde. Elles expriment leur sentiment de révolte.

En tant qu’organisations humanitaires, nous sommes profondément préoccupées et révoltées par le fait que certains des principaux donateurs aient convenu de suspendre leurs financements à l’agence des Nations unies pour les réfugiés palestiniens (UNRWA), alors qu’il s’agit du principal fournisseur d’aide pour des millions de Palestiniens à Gaza et dans la région. Cette nouvelle survient alors que la catastrophe humanitaire s’empire de jour en jour à Gaza.

La suspension des financements par des pays donateurs va avoir une incidence sur l’aide vitale apportée à plus de deux millions de civils, dont plus de la moitié sont des enfants, qui dépendent tous de l’aide de l’UNRWA à Gaza. Face aux bombardements incessants et aveugles d’Israël et à la privation délibérée d’aide à Gaza, la population est confrontée à une famine imminente et à des épidémies.

Nous saluons l’enquête rapide menée par l’UNRWA sur l’implication présumée de quelques employés de l’ONU dans les attaques du 7 octobre. Nous sommes choqués par cette décision irresponsable, celle de couper les vivres à une population tout entière, prise par des pays qui appelaient eux-mêmes au renforcement de l’aide à Gaza et à la protection des humanitaires dans le cadre de leur travail. Cette décision intervient alors même que la Cour internationale de Justice vient d’ordonner la mise en place de mesures immédiates et efficaces pour permettre la fourniture d’aide humanitaire aux civils de Gaza.

152 employés de l’UNRWA ont déjà été tués et 141 installations de l’UNRWA ont été endommagées par des bombardements. L’UNRWA est la plus importante agence humanitaire à Gaza et les autres agences présentes sur place ne peuvent pas remplacer l’aide humanitaire que l’UNRWA fournit. Si les suspensions de financement sont maintenues, nous risquons d’assister à l’effondrement total de la réponse humanitaire, déjà très limitée, à Gaza.

Avec environ un million de déplacés palestiniens qui se sont réfugiés à proximité ou dans 154 abris de l’UNRWA, l’agence et les organisations humanitaires ont poursuivi leur travail dans des conditions quasiment impossibles, afin de fournir de la nourriture, de l’eau potable et des vaccins. En suspendant leurs financements, les pays risquent de priver encore davantage les Palestiniens de la région de nourriture, d’eau, d’aide et de fournitures médicales, d’éducation et de protection.

Nous demandons instamment aux pays donateurs de réaffirmer leur soutien au travail essentiel mené par l’UNRWA et ses partenaires pour aider les Palestiniens à survivre à l’une des pires catastrophes humanitaires de notre époque. Les pays doivent annuler la suspension de leur financement, respecter leurs obligations à l’égard de la population palestinienne et renforcer l’aide humanitaire dont les civils de Gaza et de la région ont désespérément besoin.

SIGNATAIRES :

ActionAid

American Friends Service Committee

The Association of International Development Agencies – Aida

Caritas Internationalis

CCFD-Terre Solidaire

DanChurchAid

Danish Refugee Council

Diakonia

Humanity & Inclusion/ Handicap International (HI)

International Council for Voluntary Agencies

INTERSOS

Johanniter International Assistance

Médecins du Monde France, Spain, Switzerland, Canada, Germany Norwegian Church Aid

Norwegian People’s Aid

Norwegian Refugee Council

Oxfam

Plateforme des ONG françaises pour la Palestine

Première Urgence Internationale

Save the Children

War Child Alliance

Gaza : ce que la Cour Internationale de Justice a voulu dire.

Le 26 janvier 2024, la Cour Internationale de Justice (CIJ) a rendu une première décision portant sur le différend Afrique du Sud / Israël à propos de Gaza. Des mesures conservatoires d’urgence ont été annoncées par la Cour. Un débat a suivi quant à la signification de ces premières décisions. Je donne ici mon interprétation.

Il n’est pas si facile de décrypter une décision judiciaire surtout lorsqu’elle a vocation à trancher dans un conflit dont la charge humaine, idéologique et politique est aussi élevée que celle de la guerre en cours à Gaza. La réalité des faits, des narratifs de justification, et surtout des attentes légitimes existantes imposent un contexte de tensions, d’urgence et d’espoir auquel le droit, dans ses modalités d’expression, dans ses temps de décisions et ses pratiques, a du mal à répondre. Parce qu’il n’est pas fait pour cela. Pour simplifier, on pourrait dire en l’occurrence que le droit a pour mission de trancher, hors de toute influence idéologique et politique, voire géopolitique, donc de façon la plus objective possible, dans un conflit… très politique.

Naturellement, on comprend une certaine déception palestinienne puisque le verdict du 26 janvier ne contient pas de référence ou d’exigence de cessez-le-feu comme mesure conservatoire avant un jugement sur le fond devant intervenir plus tard. Ce qui signifie que l’État d’Israël pourrait estimer qu’il est en droit de continuer la guerre… avec ses inacceptables conséquences. Et c’est bien ce qu’il fait. Nous allons voir cependant que les choses ne sont pas si simples pour Benyamin Netanyahou et son gouvernement.

Une première remarque « préventive », si l’on peut dire, est nécessaire. Toute sur-interprétation du verdict du 26 janvier (= l’ordonnance de la Cour) doit être évitée afin de sérieusement conserver la crédibilité du processus judiciaire. C’est l’intérêt de tous ceux qui sont attachés à la justice et qui veulent soutenir le peuple palestinien. Ainsi, l’absence d’une exigence de cessez-le-feu n’est en rien une « victoire » pour Israël. Ce que l’ordonnance de la CIJ montre très bien. De même, l’affirmation selon laquelle Israël doit prendre toutes les mesures pour prévenir le crime de génocide ne peut être considérée comme un appel « de facto » à un cessez-le-feu. Ce n’est pas ce que dit la Cour. Il faut prendre le verdict tel qu’il est formulé.

Si on veut que le droit produise une légitimation et une justice crédibles… il faut respecter les logiques et les processus qu’il détermine. C’est d’autant plus important, et même davantage que cela, que l’action judiciaire de l’Afrique du Sud, soutenue aujourd’hui par un bon nombre de pays appartenant à ce qu’on appelle le Sud Global, pourrait constituer une forme de renversement ou une transformation majeure du contexte politique et idéologique en démontrant, à la « face du monde », sans contestation crédible possible, à quel point Israël bafoue le droit international, le droit international humanitaire, les résolutions de l’ONU et la Charte des Nations Unies. Pour beaucoup, la chose est tellement évidente qu’elle n’est plus à démontrer. Évidemment. Mais pour des millions de personnes, Israël reste un allié des Occidentaux, c’est à dire un pays non susceptible d’être accusé du crime le plus grave parmi les crimes : le génocide. Cela dans un contexte général d’occupation, de répression et de colonisation. Il faut y être attentif.

L’ordonnance de la Cour a du sens

Alors, il est nécessaire bien lire l’ordonnance de la CIJ. Soulignons d’abord que la Cour rappelle à sa façon qu’elle ne peut indiquer des mesures conservatoires (donc avant un jugement ultérieur sur le fond) que si elle estime, en substance, la démarche sud-africaine comme légitime et fondée. Or, elle l’estime légitime en déclarant sa compétence à juger. Et elle l’estime fondée en considérant comme « plausible » les accusations portées par l’Afrique du Sud (partie IV, § 35). Il y a donc un lien logique, de connexion si l’on peut dire, entre des décisions de mesures conservatoires et un jugement sur le fond, même si cela constitue des phases juridiquement très distinctes.

L’Afrique du Sud n’a donc pas seulement « qualité à agir » en tant que signataire de la Convention sur le génocide, elle est légitimée dans son action. La Cour s’inscrit ainsi dans un processus judiciaire logique, pertinent et objectivement accusatoire même si cela n’est pas formulé ainsi. C’est un premier pas fondamental.

Il est nécessaire, ensuite, de remarquer que la Cour, en rappelant quels sont les actes prohibés par la Convention, prend acte ou constate des circonstances, des faits et des déclarations (de responsables politiques, de l’ONU, d’experts, d’ONG…) qui la conduisent donc à déclarer « plausibles » les accusations de l’Afrique du Sud vis à vis d’Israël au titre du non respect de la Convention sur le génocide. En fait, dans plusieurs parties du texte de ce verdict (en particulier les pages 15, 16, 17 et 18, mais aussi les pages 21 et 22) les constats de la Cour sont particulièrement accablants pour Israël. C’est évidement ce qui justifie pour la Cour la nécessité de l’urgence à agir par des mesures conservatoires.

Ces constats sont tellement accablants et objectivement accusateurs que si la Cour avait préconisé un cessez-le-feu, cela aurait pu être considéré (c’est mon interprétation) comme une décision sur le fond, ce que la CIJ ne peut surtout pas faire à ce stade de la procédure. Mais elle peut constater l’urgence à agir… ce qu’elle fait. Si elle veut conserver à son action la crédibilité nécessaire, la Cour doit en effet « laisser intact » le droit de chacune des parties à intervenir avant qu’elle puisse conclure sur le fond. Sinon, c’est toute la procédure aujourd’hui et demain qui pourrait être mise en cause.

Dans ses conclusions la Cour a pris 6 mesures conservatoires qui confirment ce qui précède, en particulier l’urgence à agir et la possibilité de génocide de la part d’Israël dans ses opérations militaires à Gaza. Les 3 premières mesures indiquées (adoptées par 16 voix contre 1 ou par 15 voix contre 2) touchent à cette question-là. Elles établissent que l’État d’Israël doit « prendre toutes les mesures en son pouvoir pour prévenir la commission, à l’encontre des Palestiniens de Gaza, de toute action entrant dans le champ d’application de l’article II de la Convention ». On ne pouvait guère mieux exprimer l’idée qu’on se situe aujourd’hui dans la situation d’une suspicion légitime de crime de génocide.

Malgré les déclarations de Netanyahou, c’est un coup dur pour Israël et son gouvernement. Cela ne signifie pas que la Cour se prononcera ultérieurement sur le fond dans la ligne de ce premier verdict d’urgence. Il est impossible de prévoir ce qui sera décidé alors dans un contexte que l’on ne connaît pas. Mais qu’un tel jugement puisse tomber ainsi dans le contexte dramatique d’aujourd’hui constitue un fait positif à considérer comme tel.

Comment et pourquoi l’affaire de l’UNRWA est instrumentalisée

Il faut aussi souligner dans ce contexte l’importance de l’affaire des employés de l’UNRWA accusés d’avoir participé à l’opération armée du Hamas le 7 octobre. Certains pays (notamment les principales puissances contributrices) ont décidé une suspension de leur financement à ce programme humanitaire de l’ONU. C’est évidement très problématique, voire irresponsable et totalement incompréhensible dans le contexte actuel de catastrophe humanitaire pour plus de 2 millions de Palestiniens. Mais c’est aussi inadmissible dans la dimension politique que cette affaire recouvre dans la réalité. Tel Aviv, en effet, cherche manifestement à instrumentaliser ce problème pour essayer de déconsidérer l’ONU, ses organisations spécialisées et ses programmes, mais aussi sa Cour Internationale de Justice qui vient de mettre Israël en cause par son verdict du 26 janvier. En même temps, on peut noter la contradiction évidente entre la suspension de contributions financières de plusieurs États à l’UNRWA, avec la 4ème mesure conservatoire de l’ordonnance de la CIJ qui concerne l’aide humanitaire requise… « de toute urgence ». Comment peut-on décider de suspendre sa contribution à une aide humanitaire d’urgence, alors que cette aide vient d’être expressément demandée… d’urgence par la Cour Internationale de Justice ? N’y-a t’il pas là une forme désinhibée de cynisme politique ?

En suspendant leur propre financement à l’UNRWA le 28 janvier, les autorités françaises se mettent elles-mêmes en contradiction avec le verdict de la Cour, mais aussi avec les valeurs de justice pourtant si souvent invoquées. Elle suit les décisions d’Israël et celles des États-Unis. Elle fait là ce qu’elle sait le mieux faire en politique étrangère. C’est déshonorant pour la France.

L’ONU a immédiatement pris des mesures administratives individuelles et a décidé des actions judiciaires contre les employés concernés (12 sur 13 000 à Gaza…), tout en appelant au maintien des conditions, en particulier financières, de l’activité humanitaire indispensable de l’UNRWA. En toute logique… Le Secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a appuyé cette démarche de responsabilité et de sagesse. On remarque ainsi qu’un certain nombre de pays préfèrent considérer l’ensemble de l’UNRWA et l’ensemble de ses employés comme collectivement responsables voire coupables… un peu comme Israël a considéré comme collectivement responsable l’ensemble du peuple palestinien dans les crimes du 7 octobre. C’est tout simplement ignoble.

Il s’agit en fait d’une convergence d’opportunité afin d’éviter, ou essayer d’éviter, à Israël de se voir retirer totalement l’argument et la crédibilité morale et démocratique. Évidement, lorsqu’il est question d’Israël, le droit international, la justice et les principes ont toujours du mal à s’imposer. J’explique dans mon prochain livre l’histoire longue, intéressante et problématique des relations entre Israël et l’Afrique du Sud. L’Afrique du Sud qui aujourd’hui sauve l’honneur.

Mon prochain livre : « Israël, le Hamas et la question de Palestine. La guerre de Gaza, un choc majeur qui change la donne. Comment penser l’après et construire une solution politique ? » Aux éditions du Croquant. Date de sortie à préciser ultérieurement.

Cour Internationale de Justice.

Documents importants suite au verdict du 26 janvier 2024 donné par la Cour concernant l’application de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide dans la bande de Gaza (Afrique du Sud contre Israël).

ORDONNANCE du 26 janvier 2024 :

TABLE DES MATIÈRES :

QUALITÉS

I. INTRODUCTION

II. COMPÉTENCE PRIMA FACIE

1 Observations liminaires
2 Existence d’un différend relatif à l’interprétation, l’application ou
l’exécution de la convention sur le génocide
3 Conclusion quant à la compétence prima facie

III. QUALITÉ POUR AGIR DE L’AFRIQUE DU SUD

IV. LES DROITS DONT LA PROTECTION EST RECHERCHÉE ET LE LIEN
ENTRE CES DROITS ET LES MESURES DEMANDÉES

V. RISQUE DE PRÉJUDICE IRRÉPARABLE ET URGENCE

VI. CONCLUSION ET MESURES À ADOPTER

               ***

Afrique du Sud c. Israël: M. Guterres prend note des mesures conservatoires de la Cour internationale de Justice, en particulier sur l’urgence de l’accès humanitaire à Gaza :

https://press.un.org/fr/highlights/UNGA78

La déclaration suivante a été communiquée, aujourd’hui, par le Porte-parole de M. António Guterres, Secrétaire général de l’ONU:

Le Secrétaire général prend note de l’ordonnance de la Cour internationale de Justice, indiquant des mesures conservatoires en l’affaire Afrique du Sud c. Israël sur l’application de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide dans la bande de Gaza.

À cet égard, le Secrétaire général note la décision de la Cour d’ordonner, entre autres, à Israël, conformément aux obligations lui incombant au titre de la Convention sur le génocide, « de prendre toutes les mesures en son pouvoir » pour prévenir la commission, à l’encontre des Palestiniens de Gaza, de tout acte entrant dans le champ d’application de l’article II de la Convention, dont le meurtre de membres du groupe, l’atteinte grave à leur intégrité physique et mentale, la soumission intentionnelle à des conditions d’existence devant entraîner la destruction du groupe et les mesures visant à entraver les naissances. Le Secrétaire général note aussi l’instruction que donne la Cour à Israël de veiller, avec effet immédiat, à ce que son armée ne commette aucun de ces actes.

Le Secrétaire général note, en particulier, que la Cour ordonne à Israël de permettre la fourniture des services de base et de l’aide humanitaire requis de toute urgence afin de remédier aux difficiles conditions d’existence auxquels sont soumis les Palestiniens à Gaza.

Il note aussi que la Cour insiste sur le fait que « toutes les parties au conflit dans la bande de Gaza sont liées par le droit international humanitaire » et qu’elle appelle à « la libération immédiate et inconditionnelle des otages enlevés pendant l’attaque du 7 octobre contre Israël et détenus depuis par le Hamas et les autres groupes armés ».

Le Secrétaire général rappelle que, conformément à la Charte et au Statut de la Cour, les décisions de la Cour sont contraignantes et compte que toutes les parties respecteront dûment l’ordonnance de la Cour.

Conformément au Statut de la Cour, le Secrétaire général transmettra rapidement la notice des mesures conservatoires ordonnées par la Cour au Conseil de sécurité.

Plaidoirie de l’Afrique du Sud. Vidéo en français :

https://webtv.un.org/fr/asset/k11/k11gf661b3?_gl=1%2A1buwh1%2A_ga%2AMTk2NjA3NTA5MC4xNzA2MzQ1NDA0%2A_ga_S5EKZKSB78%2AMTcwNjM0NTQwNC4xLjEuMTcwNjM0NTU4OS42MC4wLjA.%2A_ga_TK9BQL5X7Z%2AMTcwNjM0NTQwNC4xLjEuMTcwNjM0NTU4OS4wLjAuMA.

Plaidoirie d’Israël. Vidéo en français :

https://webtv.un.org/fr/asset/k1c/k1c10lsjoq?_gl=1%2A1j2jvkb%2A_ga%2AMTk2NjA3NTA5MC4xNzA2MzQ1NDA0%2A_ga_S5EKZKSB78%2AMTcwNjM0NTQwNC4xLjEuMTcwNjM0NTc4Mi42MC4wLjA.%2A_ga_TK9BQL5X7Z%2AMTcwNjM0NTQwNC4xLjEuMTcwNjM0NTU4OS4wLjAuMA.

Ordonnance et autres textes officiels :

https://www.icj-cij.org/fr/affaire/192

Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide :

https://www.ohchr.org/fr/instruments-mechanisms/instruments/convention-prevention-and-punishment-crime-genocide

Les Parties contractantes ,

Considérant que l’Assemblée générale de l’Organisation des Nations Unies, par sa résolution 96 (I) en date du 11 décembre 1946, a déclaré que le génocide est un crime du droit des gens, en contradiction avec l’esprit et les fins des Nations Unies et que le monde civilisé condamne. Reconnaissant qu’à toutes les périodes de l’histoire le génocide a infligé de grandes pertes à l’humanité,

Convaincues que pour libérer l’humanité d’un fléau aussi odieux la coopération internationale est nécessaire,

Conviennent de ce qui suit :

Article premier

Les Parties contractantes confirment que le génocide, qu’il soit commis en temps de paix ou en temps de guerre, est un crime du droit des gens, qu’elles s’engagent à prévenir et à punir.

Article II

Dans la présente Convention, le génocide s’entend de l’un quelconque des actes ci-après, commis dans l’intention de détruire, ou tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux, comme tel :

a) Meurtre de membres du groupe;

b) Atteinte grave à l’intégrité physique ou mentale de membres du groupe;

c) Soumission intentionnelle du groupe à des conditions d’existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle;

d) Mesures visant à entraver les naissances au sein du groupe;

e) Transfert forcé d’enfants du groupe à un autre groupe.

Article III

Seront punis les actes suivants :

a) Le génocide; b) L’entente en vue de commettre le génocide; c) L’incitation directe et publique à commettre le génocide; d) La tentative de génocide; e) La complicité dans le génocide.

Article IV

Les personnes ayant commis le génocide ou l’un quelconque des autres actes énumérés à l’article III seront punies, qu’elles soient des gouvernants, des fonctionnaires ou des particuliers.

Article V

Les Parties contractantes s’engagent à prendre, conformément à leurs constitutions respectives, les mesures législatives nécessaires pour assurer l’application des dispositions de la présente Convention, et notamment à prévoir des sanctions pénales efficaces frappant les personnes coupables de génocide ou de l’un quelconque des autres actes énumérés à l’article III.

Article VI

Les personnes accusées de génocide ou de l’un quelconque des autres actes énumérés à l’article III seront traduites devant les tribunaux compétents de l’Etat sur le territoire duquel l’acte a été commis, ou devant la cour criminelle internationale qui sera compétente à l’égard de celles des Parties contractantes qui en auront reconnu la juridiction.

Article VII

Le génocide et les autres actes énumérés à l’article III ne seront pas considérés comme des crimes politiques pour ce qui est de l’extradition.

Les Parties contractantes s’engagent en pareil cas à accorder l’extradition conformément à leur législation et aux traités en vigueur.

Article VIII

Toute Partie contractante peut saisir les organes compétents de l’Organisation des Nations Unies afin que ceux-ci prennent ,conformément à la Charte des Nations Unies, les mesures qu’ils jugent appropriées pour la prévention et la répression des actes de génocide ou de l’un quelconque des autres actes énumérés à l’article III.

Article IX

Les différends entre les Parties contractantes relatifs à l’interprétation, l’application ou l’exécution de la présente Convention, y compris ceux relatifs à la responsabilité d’un Etat en matière de génocide ou de l’un quelconque des autres actes énumérés à l’article III, seront soumis à la Cour internationale de Justice, à la requête d’une partie au différend.

Article X

La présente Convention, dont les textes anglais, chinois, espagnol, français et russe feront également foi, portera la date du 9 décembre 1948.

Article XI

La présente Convention sera ouverte jusqu’au 31 décembre 1949 à la signature au nom de tout Membre de l’Organisation des Nations Unies et de tout Etat non membre à qui l’Assemblée générale aura adressé une invitation à cet effet.

La présente Convention sera ratifiée et les instruments de ratification seront déposés auprès du Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies.

A partir du 1er janvier 1950, il pourra être adhéré à la présente Convention au nom de tout Membre de l’Organisation des Nations Unies et de tout Etat non membre qui aura reçu l’invitation susmentionnée.

Les instruments d’adhésion seront déposés auprès du Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies.

Article XII

Toute Partie contractante pourra, à tout moment, par notification adressée au Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies, étendre l’application de la présente Convention à tous les territoires ou à l’un quelconque des territoires dont elle dirige les relations extérieures.

Article XIII

Dès le jour où les vingt premiers instruments de ratification ou d’adhésion auront été déposés, le Secrétaire général en dressera procès-verbal. Il transmettra copie de ce procès-verbal à tous les Etats Membres de l’Organisation des Nations Unies et aux Etats non membres visés par l’article XI.

La présente Convention entrera en vigueur le quatre-vingt-dixième jour qui suivra la date du dépôt du vingtième instrument de ratification ou d’adhésion.

Toute ratification ou adhésion effectuée ultérieurement à la dernière date prendra effet le quatre-vingt-dixième jour qui suivra le dépôt de l’instrument de ratification ou d’adhésion.

Article XIV

La présente Convention aura une durée de dix ans à partir de la date de son entrée en vigueur.

Elle restera par la suite en vigueur pour une période de cinq ans, et ainsi de suite, vis-à-vis des Parties contractantes qui ne l’auront pas dénoncée six mois au moins avant l’expiration du terme.

La dénonciation se fera par notification écrite adressée au Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies.

Article XV

Si, par suite de dénonciations, le nombre des parties à la présente Convention se trouve ramené à moins de seize, la Convention cessera d’être en vigueur à partir de la date à laquelle la dernière de ces dénonciations prendra effet.

Article XVI

Une demande de révision de la présente Convention pourra être formulée en tout temps par toute Partie contractante, par voie de notification écrite adressée au Secrétaire général.

L’Assemblée générale statuera sur les mesures à prendre, s’il y a lieu, au sujet de cette demande.

Article XVII

Le Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies notifiera ce qui suit à tous les Etats Membres de l’Organisation et aux Etats non membres visés par l’article XI :

a) Les signatures, ratifications et adhésions reçues en application de l’article XI :

b) Les notifications reçues en application de l’article XII;

c) La date à laquelle la présente Convention entrera en vigueur, en application de l’article XIII;

d) Les dénonciations reçues en application de l’article XIV;

e) L’abrogation de la Convention en application de l’article XV;

f) Les notifications reçues en application de l’article XVI.

Article XVIII

L’original de la présente Convention sera déposé aux archives de l’Organisation des Nations Unies.

Une copie certifiée conforme sera adressée à tous les Etats Membres de l’Organisation des Nations Unies et aux Etats non membres visés par l’article XI.

Article XIX

La présente Convention sera enregistrée par le Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies à la date de son entrée en vigueur.

Bientôt, mon nouveau livre…

J’ai le plaisir de vous informer de la prochaine sortie de mon nouveau livre :

« Israël, le Hamas et la question de Palestine.

La guerre de Gaza, un choc majeur qui change la donne. Comment penser l’après et construire une solution politique ? »

Aux éditions du Croquant

Cette énième guerre de Gaza n’est pas seulement une crise majeure. C’est aussi, et peut-être d’abord, une alarme. Une alarme sur notre monde, sur les relations internationales, sur la perte de sens et d’humanité. Dans ce livre, je cherche à clarifier quelques questions portant sur les acteurs et les stratégies, sur la qualification des crimes et le terrorisme, sur les causes et les responsabilités, sur les mots et sur l’enjeu de l’après : comment penser l’après, et comment construire aujourd’hui une solution politique.