« Les dépenses militaires américaines constituent une menace pour le monde entier »

Le projet de loi de l’Administration Trump, concernant les dépenses militaires des États-Unis pour l’exercice 2027, est actuellement examiné par le Congrès. Ces dépenses, en effet, doivent être votées chaque année par les parlementaires. Ainsi, la loi dite National Defense Authorization Act (NDAA), à hauteur de 1150 milliards de dollars pour 2027, a été adoptée par la Chambre des Représentants le 22 juillet 2026. Ce n’est pas le cas pour le Sénat. Cette loi fera l’objet de nouveaux votes par chacune de ces deux chambres. Rien n’indique quel en sera l’issue.

Une première remarque. Ce qui a été voté par la Chambre des Représentants ne correspond pas à l’annonce de Donald Trump d’un budget global à 1500 milliards de dollars pour la défense. Il manque 350 milliards. Pourquoi ? Les 1150 milliards en discussion constituent le « budget de base » soumis aux crédits ordinaires de défense. Elle comprend 1100 milliards pour le Département (ministère) de la défense, 42 milliards pour le nucléaire militaire tel qu’il est géré par le Département de l’énergie, et 12 milliards pour d’autres activités.

Les 350 milliards nécessaires afin d’aboutir au chiffre global annoncé par Donald Trump devraient être adoptés par la procédure dite de « réconciliation » prévoyant des crédits obligatoires, non inscrits dans les crédits ordinaires. Cette procédure semble considérée ou interprétée pour la majorité trumpienne comme plus favorable que celle des crédits ordinaires. Ce n’est pas garanti.

Le budget de défense US sera donc adopté en plusieurs étapes. Il reste que les 350 milliards supplémentaires ne seront pas acquis automatiquement. Loin de là. L’Administration Trump n’a pas gagné d’avance. Il y a des résistances au sein même des Républicains quant à la méthode et quant aux dépenses elles-mêmes, et à leur signification. Nous allons le voir concernant Israël. Il y aura donc des confrontations politiques. Il y a d’ailleurs déjà des doutes sur la faisabilité et l’opportunité du projet démentiel de Golden Dome (protection de l’ensemble du territoire des USA par un système global anti-missiles) dont le financement devrait précisément s’inscrire dans les 350 milliards dépendant du processus budgétaire dit de « réconciliation ». Il y a donc des limites (espérons-le) à l’hubris de cette Administration et de Donald Trump qui s’est fait élire sur un rejet populaire des guerres sans fin… pour mieux les multiplier, et manifestement pour les perdre, sans savoir comment en sortir.

Une intégration militaire et de renseignement américano-israélienne ?

Enfin, ce projet de budget défense pour 2027 pose une tout autre question qui n’est pas étrangère aux difficultés politique de Donald Trump. Dans un communiqué du 22 juillet dernier, l’AIPAC (American Israel Public Affairs Committee), c’est à dire le groupe de lobbying pro-israélien le plus puissant aux États-Unis, se félicite du vote de la Chambre des Représentants et des dispositions pro-israéliennes de ce projet de loi (2), dispositions incluses dans un article ou section 224 (3) au centre des débats d’aujourd’hui. Outre des montants budgétaires en hausse pour les programmes de coopération américano-israéliens, la loi – souligne le communiqué – « comprend des dispositions clés visant à renforcer le partenariat de défense entre les États-Unis et Israël ». Elle introduit aussi une nouvelle disposition dite « Initiative de coopération technologique en matière de défense » entre Washington et Tel Aviv. Cette initiative, souligne encore le communiqué, « autorise le Pentagone à collaborer encore plus étroitement avec Israël dans les domaines stratégiques qui définiront la guerre au XXIè siècle… »

Évidemment, cette coopération n’est pas une nouveauté, mais le projet de loi de l’Administration Trump a suscité de vives réactions. En voici quelques unes. Les Représentants Ro Khanna (parti démocrate) et Thomas Massie (parti Républicain) ont annoncé ensemble vouloir supprimer la section 224 du budget (4). Bernie Sanders (progressiste démocrate) a appelé à rejeter l’article 224 qui « élargit discrètement la coopération militaire et le développement d’armes des États-Unis sans pratiquement aucun contrôle, et accorde à Israël une intégration militaire plus poussée que celle de n’importe quel allié de l’OTAN » (5). Le magazine en ligne Responsible Statecraft, lié au Quincy Institute (6) a affirmé que cette section 224 « transforme essentiellement Israël, qui passe ainsi du statut de premier bénéficiaire de l’aide américaine à celui de membre à part entière de l’appareil américain de défense et de renseignement » (7).

Enfin, Josh Paul, ancien Directeur au Bureau des affaires politico-militaires du Département d’État des États-Unis, co-fondateur et directeur de « A new Policy » (8) souligne que « les violations graves du droit américain et international commises par Israël, ainsi que ses autres violations des droits de l’homme, sont bien documentées : on peut citer notamment l’utilisation d’armes fournies par les États-Unis pour tuer des civils palestiniens, les exécutions extrajudiciaires perpétrées par des soldats israéliens, le recours systématique à la torture et aux abus sexuels par les forces de sécurité israéliennes, ainsi que des politiques telles que le refus d’accorder une aide humanitaire, d’autres formes de punitions collectives, le nettoyage ethnique, l’apartheid et le génocide. Ces faits devraient empêcher ne serait-ce que d’envisager un renforcement des liens militaires » (9).

Ces confrontations politiques traduisent clairement la bascule politique positive d’une opinion publique aux États-Unis, devenue nettement plus favorable aux Palestiniens, alors que le soutien de Washington à Israël rencontre de plus en plus de critiques et d’oppositions. Le climat a nettement changé. Et cela pèse aussi sur les débats au Congrès, y compris quant aux enjeux liés au budget militaire. C’est à suivre.

World Beyond War, mouvement mondial anti-guerre très actif aux États-Unis, et présent dans plus de 20 autres pays, a souligné que « le projet de loi actuellement examiné par le Congrès américain prévoit des mesures majeures visant à fusionner les armées américaine et israélienne en une seule et même machine de guerre et de génocide, ce qui pourrait mettre fin à toute information publique ou à toute possibilité de bloquer les livraisons d’armes américaines à Israël. Ce même projet de loi augmente considérablement les dépenses militaires américaines, les portant à un niveau bien supérieur à la somme des budget militaires du reste du monde. Une partie des dépenses militaires américaines sert à aider les armées d’autres pays, une autre à faire pression sur ces mêmes pays pour qu’ils augmentent leurs dépenses militaires, une autre encore à occuper d’autres pays avec des bases américaines, et enfin à produire de la propagande en faveur de la guerre et – dans un cercle vicieux mortel – à augmenter encore davantage les dépenses militaires l’année suivante. En tant que mouvement mondial pour la paix, nous pouvons et devons mettre un terme à ce projet de loi » (10).

Pour World Beyond War « les dépenses militaires américaines constituent une menace pour le monde entier ». On ne saurait mieux dire.

Notes

1) Voir « Global Campaign to Stop U.S. Military Spending Legislation. US military spending is a threat to the globe », World Beyond War, August 15, 2026. https://worldbeyondwar.org/stop-us-war-spending/

2) « House Includes Key U.S.–Israel Defense Measures in FY27 NDAA », AIPAC Press Release, July 22, 2026. https://www.aipac.org/press-release/israel-defense-fiscal-year-27-ndaa  

3) Cet article 224 a ensuite été renuméroté en article ou section 219.

4) « Democrat, Republican lawmakers team up against US-Israel military tech synergy », Grace Gilson, Times of Israël, June 2, 2026. https://www.timesofisrael.com/democrat-republican-lawmakers-team-up-against-us-israel-military-tech-synergy/  

5) «NDAA Section 224 Alarms Progressives and Conservatives—Here’s What It Says », Jesus Mesa, Newsweek, Jun 09, 2026. https://www.newsweek.com/ndaa-section-224-alarms-progressives-and-conservatives-heres-what-it-says-12051282  

6) Le Quincy Institute est un think tank favorable à une politique étrangère moins militarisée et plus coopérative.

7) Voir « Congres quietly moves to integrate US and Israeli militaries », Ben Freeman, Responsible Statecraft, May 29, 2026. https://responsiblestatecraft.org/israel-us-military/

8) « A new Policy » a été fondé par Josh Paul et Tariq Habash, deux personnalités connues pour avoir démissionné de l’Administration Biden, en opposition à sa politique concernant Israël et la Palestine, et notamment en désaccord avec l’assistance militaire américaine à Tel Aviv dans le contexte de la guerre israélienne à Gaza.

9) « section 224 : US-Israel defense integration beyond military aid », Josh Paul, Arab Center Washington DC, June 4, 2026. https://arabcenterdc.org/resource/section-224-us-israel-defense-integration-beyond-military-aid/

10) Voir « Global Campaign to Stop U.S. Military Spending Legislation. US military spending is a threat to the globe », World Beyond War, August 15, 2026. https://worldbeyondwar.org/stop-us-war-spending/


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