Bernard Deschamps est instituteur, député du Gard de 1978 à 1981 et de 1986 à 1988, conseiller général du Gard, canton de Beaucaire, de 1982 à 2001, membre du Comité central du PCF de 1987 à 1996, titulaire de la médaille du 50è anniversaire de l’Indépendance décernée par la République Algérienne démocratique et populaire.
Bernard a insisté. Au téléphone, il m’a dit (en substance) : « fais une critique objective. Écris vraiment ce que tu penses… ». J’ai donc essayé de lire « Une vie » dans cet esprit. Ma lecture, cependant, a suivi un cours différent. Un bon livre, on le sait, c’est un livre qui vous embarque. Le livre de Bernard Deschamps m’a embarqué.
C’est évidemment un livre politique. Il traite surtout de politique et de vécu politique. C’est un généreux témoignage politique. C’est le livre d’une personnalité, d’une figure politique légitime et reconnue comme telle. Avec modestie, cet ouvrage rend compte de son auteur : un militant, un combattant, un élu, un responsable (à tous les sens du terme). Il témoigne aussi de la personnalité de Bernard. Un esprit marqué par la sensibilité, par la délicatesse, la loyauté et le respect des autres. Avec une vraie solidité rationnelle et une capacité persévérante à la pédagogie, à la précision et à la vérité.
Le livre de Bernard Deschamps… c’est vraiment le livre d’une vie. Je l’ai lu avec attention, avec respect, et avec de l’émotion. Le chapitre intitulé « doucement Annie s’en est allée » vous rappelle avec force et douceur ce que peut être, aussi, la vie et ses épreuves. J’aime beaucoup la réécriture pudique et délicate du magnifique poème de Victor Hugo « demain dès l’aube… ». Ce poème d’amour… comme une quête de dignité humaine.
En vérité, il faut une hauteur de vue, qui n’appartient pas à tout le monde, pour pouvoir, avec autant de constance, réunir l’élégance des sentiments, les valeurs humaines et l’action politique. Les écris politiques, en effet, traduisent rarement cette capacité d’associer avec ce naturel l’éthique et le politique. Bernard réussit à un faire un livre combatif et optimiste.
Voilà, c’est comme cela que j’ai lu le livre de Bernard. Je vous conseillerais volontiers de le lire, mais il n’est pas en vente publique. En tous les cas pas pour le moment…
Et puis, « Une vie » – une vie aussi dense que celle de Bernard Deschamps – fait défiler, pour les délices de la mémoire, tellement de célébrités, de personnalités, d’élus, de dirigeants et de militant(e)s de France et d’ailleurs… Certes, Bernard m’a dit regretter de n’avoir tout traiter de ses archives, d’en avoir peut-être un peu oublié… Pourtant, la lecture vous permet de vous rappeler (surtout pour celles et ceux qui sont passés par là), les années 50, 60, 70, 80 et jusque aujourd’hui. C’est plusieurs vies dans une société et dans un monde en mutation. C’est considérable. Avec des moments, des épisodes, des questions et des enjeux de fond, des batailles qui ont marqué l’histoire politique de la France. Pour Bernard, c’est en particulier la solidarité et l’engagement anticolonialiste. « J’ai deux amours – dit-il – mon pays et l’Algérie ». C’est aussi le nucléaire (civil et militaire), le combat contre l’extrême droite, la démocratie, le refus des discriminations… et tant d’autres sujets.
C’est la vie bien remplie, et mieux que cela, d’un Communiste, un citoyen de son temps, à la fois bienveillant, fidèle et quelques fois critique, avec toujours cette hauteur de vue intellectuelle et morale qui donne à une pensée politique la crédibilité nécessaire. Merci Bernard.
Une réunion très importante s’est tenue le 30 juin dernier à la Bourse du Travail de Paris, à l’invitation du Comité pour le Respect des Libertés et des Droits de l’Homme en Tunisie (CRLDHT). Cette rencontre a rassemblé de nombreuses personnalité(e)s et représentant(e)s de forces politiques et sociales tunisiennes et françaises sur le thème du retour de la répression en Tunisie et, comme la souligné Kamel Jendoubi en conclusion, afin de recréer les conditions du combat pour les libertés et la démocratie alors que le sentiment de peur s’est développé dans la société. Instrumentalisation et perversion de la loi, du droit et de l’État de droit, extrême concentration d’un pouvoir redevenu dictatorial dans des formes spécifiques, justice et institutions bafouées et précarisées, étouffement de la liberté d’expression, liberté de la presse bafouée… Le constat nécessaire de ce qu’est devenu le régime tunisien est atterrant. Mais en Tunisie, la résistance existe et s’exprime avec un fort espoir de luttes et de solidarités. C’était le message essentiel de cette soirée. Kamel Jendoubi a annoncé des initiatives majeures pour contribuer et développer le mouvement de résistance et des soutiens en France et ailleurs en Europe. Il y aura donc des suites politiques marquantes et des événements à venir. Cela concerne en particulier toutes les forces politiques et sociales françaises et européennes qui ont soutenu, hier, il y a un peu plus d’une douzaine d’années, la révolution tunisienne qui mit à bas le régime de Ben Ali.
Parmi les personnalités présentes, plusieurs se sont exprimées par visioconférence depuis Tunis :
Sana Ben Achour, professeur à l’université, Présidente de l’association Beity (contre les discriminations, les violences et la vulnérabilité sociale des femmes)
Maître Ayachi Hammami, avocat, Président du Comité de Défense des détenus politiques.
Maître Bassem Trifi, avocat, Président de la Ligue tunisienne de Défense des Droits de l’Homme
Maître Brahim Belghith, avocat auprès de la Cour africaine des Droits de l’Homme et des Peuples.
Thameur Mekki, journaliste, Directeur de la rédaction du site Nawaat.
Romdhane Ben Amor, Membre du Forum tunisien des Droits économiques et sociaux (FTDES).
Une interview d’Antonios Abou Kasm, avocat international, professeur de droit international. Antonios Abou Kasm a assuré la défense de la famille Haoui en sa qualité de Conseil principal – représentant légal des victimes au Tribunal spécial pour le Liban (TSL) lors du procès concernant l’assassinat de Georges Haoui, figure politique importante au Liban et ancien Secrétaire général du Parti communiste libanais. Ce procès n’aura pas lieu dans les circonstances actuelles, avec la fermeture du TSL à la fin de l’année 2023.
English translation below
JF :Après 15 ans d’une guerre civile commencée en 1975, et malgré les Accords de Taëf qui, en 1989, mirent fin à cette longue épreuve, il semble que le Liban ne soit jamais sorti d’une crise profonde touchant à la fois au contexte politique intérieur, et à la place singulière de ce pays au Proche-Orient. Mais aujourd’hui on a le sentiment que jamais la situation n’a été aussi grave, voire menaçante pour le pays lui-même… Êtes-vous d’accord avec cette appréciation ?
Antonios Abou Kasm : Plusieurs facteurs rendent la situation au Liban désastreuse. Évidemment, le Liban d’aujourd’hui ne ressemble plus à cette « Suisse de l’Orient » dont on parlait jadis. La mise en œuvre sélective et lacunaire de l’Accord de Taëf, a créé des usages politico-constitutionnels qui ont abouti à la destruction de l’État de droit, au partage du pouvoir sur des bases communautaires et féodales, par des interprétations dolosives de la Constitution. La corruption est devenue « monnaie courante ». Les deniers publics sont distribués entre les clans dominants. Le pouvoir judiciaire est transformé en une autorité au service de l’exécutif et des services. La démographie a été bouleversée avec l’arrivée de 2 millions et demi de réfugiés syriens sur le territoire, alors que la population libanaise n’atteint même plus les 4 millions du fait d’une émigration croissante des jeunes libanais. Les finances publiques connaissent un déficit insoutenable alors que la Banque centrale est accusée de conduire d’une politique suspecte en complicité avec le secteur bancaire. Les banques ont confisqué les avoirs des libanais faute de solvabilité. L’inflation monte jusqu’à des taux alarmants, aux alentours de 172%, avec une hausse de la valeur d’échange du dollar américain de 1500 livres libanaises (LL) pour atteindre les 150 000 LL en mars dernier ! Le prix du dollar, la panne d’électricité – devenue continuelle – et les prix très élevés du carburant ont entraîné la fermeture de nombreux hôpitaux, écoles et hôtels, et même d’industries. Les agents du secteur public ainsi que les juges et les enseignants des écoles publiques sont presque toujours en grève à cause de la diminution drastique des salaires. Ainsi, l’effondrement des institutions étatiques et la crise sociale majeure donnent à la crise libanaise une dimension « existentielle » exposant l’État lui-même à un danger imminent d’altération de sa pérennité.
JF : Quel est le rapport entre cette longue et dramatique évolution libanaise et, en août 2020, la gigantesque explosion au Port de Beyrouth (avec la détonation de 2750 tonnes de nitrate d’ammonium) qui fit 240 morts et détruisit une vaste partie de la ville ? Est-ce une catastrophe circonstancielle, ou bien est-ce un aspect de la crise générale au Liban ?
AAK : L’explosion du port de Beyrouth est le résultat de la corruption. La politique et celle du secteur public. A quoi s’ajoute un trafic mafieux d’armes illégales en relation avec le conflit armé en Syrie. Le Liban reste considéré comme une chasse privée pour certaines puissances régionales, là où elles installent et nourrissent des milices toujours disposées à mener leurs opérations dans le cadre de guerres que l’on appelle « proxy ». Juridiquement parlant, l’explosion du port de Beyrouth, pourrait être qualifiée de crime contre l’humanité. Un crime incontestablement commis dans le cadre d’une attaque généralisée et systématique contre la population civile, et bien sûr en toute connaissance de cause. L’ampleur de ce crime a poussé des puissances étrangères, en relations avec des dirigeants locaux, à orienter l’enquête afin de masquer les éléments de preuve pour pouvoir, selon une procédure illégale et en violation du Code de procédure pénale, bloquer l’accusation et laisser en liberté tous les vrais et les faux suspects pourtant déjà arrêtés.
JF : On sait que le Tribunal Spécial pour le Liban (TSL) créé par les Nations-Unies en février 2007 pour juger des attentats terroristes qui ont déstabilisé le Liban en 2005, ne sera pas en mesure d’aller au bout de son travail judiciaire. On se souvient en particulier de l’attentat majeur qui a tué l’ancien Premier ministre Rafic Hariri ainsi que 21 autres personnes en février 2005. En réalité, ce fut alors une suite d’attentats contre des personnalités publiques et politiques, par exemple Georges Haoui, ancien Secrétaire général du Parti communiste libanais, ou Gebran Tueni, directeur du grand quotidien An Nahar, et bien d’autres encore… En quoi ces attentats ont eux aussi traduit cette crise profonde du Liban, dans sa vie politique intérieure et dans son contexte régional ?
AAK : La perpétration de ces crimes visait plusieurs objectifs : limiter la liberté d’expression, assiéger la vie politique, tuer la démocratie au Liban, et terrifier la scène politique afin qu’elle devienne inactive et soumise au pouvoir. On a ainsi essayé de déposséder le Liban de ses atouts au sein d’un monde arabe dans lequel se sont installés des régimes autoritaires et religieux. Le modèle libanais initial se référant à la démocratie et à la diversité est effectivement un problème pour les régimes politiques du Moyen-Orient.
Le pire vient de ce que l’on appelle la « communauté internationale ». Celle-ci n’a pas réussi à ce que justice soit rendue aux victimes à travers le TSL (qui tient son existence d’une résolution du Conseil de Sécurité de l’ONU). Ce tribunal a jugé seulement, par défaut, 5 membres du Hezbollah accusés d’avoir tué le Premier ministre Rafic Hariri. Puis, il en a terminé avec ses activités en vertu d’un arrêt rendu par la Chambre d’appel confirmant la culpabilité de 3 desdits membres du Hezbollah. Cependant, le TSL (financé par des contributions facultatives) a été incapable de mener des procès dans les affaires connexes à l’attentat contre Rafic Hariri, à savoir l’assassinat de Monsieur Georges Haoui – ancien Secrétaire général du parti communiste libanais, et les attaques contre les anciens ministres Marwan Hamadé et Elias El-Murr. Sans notification préalable, cette « communauté internationale » a décidé subitement de ne plus financer le TSL… alors que le gouvernement libanais était incapable de continuer à assumer le financement de la Cour. Et le Secrétaire général de l’ONU n’a pas réussi à trouver des moyens alternatifs. On constate enfin que les autorités libanaises n’osent pas arrêter les condamnés du TSL, et que la justice libanaise n’ose pas non plus examiner les affaires relatives aux assassinats politiques survenus à la suite de l’attentat contre Hariri.
JF : Pour certains commentateurs français les causes de la crise libanaise se réduiraient à l’incapacité d’une « classe politique » dépassée et corrompue à faire face aux défis politiques et sociaux du pays. Il y a là certainement une grande part de vérité… Des mobilisations sociales importantes l’ont montré. Mais est-ce le seul paramètre explicatif de ce qui se passe au Liban depuis tant d’années ? Comment sortir de cette crise ?
AAK : Il faut rappeler qu’en vérité cette classe politique corrompue a été soutenue et financée par des puissances régionales et internationales. Le Liban après Taëf a été mis sous tutelle syrienne par compromis. Ce n’est qu’en 2004, que la politique occidentale a sérieusement changé, à la suite de l’importance que le Président Jacques Chirac avait consacré à la situation au Liban. Du fait de son amitié avec Rafic Hariri. La résolution 1559 a été adoptée en septembre 2004 par le Conseil de sécurité. Elle demandait le retrait des forces armées syriennes du territoire libanais et la démilitarisation des milices libanaises et non-libanaises. En application de cette résolution, les Syriens ont retiré leurs troupes du Liban début 2005. Mais le 14 février, une tonne de TNT explosait au passage du convoi du Premier ministre en tuant 21 autres personnes. La classe politique a alors profité du retrait syrien pour tisser de nouvelles alliances, parfois contradictoires, leur assurant une main-mise commune sur le pouvoir et sur le financement de leurs projets politiques.
La solution, c’est d’abord la dissolution de la Chambre des députés et l’élection de nouveaux parlementaires en suivant une nouvelle loi électorale qui soit conforme à la Constitution, et conforme aux critères d’égalité et d’équitable représentation. Le nouveau parlement, devra initier des réformes législatives radicales, dont principalement une garantie de l’indépendance de l’autorité judiciaire pour qu’elle devienne un vrai pouvoir indépendant. Des législations relatives à la restructuration des organes de contrôle de l’appareil administratif sont aussi nécessaires. Sur un autre plan, le pays a besoin de dispositions législatives qui comblent les lacunes constitutionnelles, par exemple afin d’empêcher un vide du pouvoir, comme c’est le cas pour la présidence actuellement, ou bien quant aux délais relatifs à la composition du gouvernement par le Premier ministre désigné. Le Liban a besoin d’un Chef d’État qui croit sérieusement à l’État de droit. Un Président qui assume le respect de la souveraineté libanaise dans le cadre de la légalité et de la légitimité internationale.
La récupération de la confiance dans le Liban comme nation viable exige une application non-sélective de la Constitution. Les réformes institutionnelles en application des accords de Taëf sont restées malheureusement lettre morte. Et le comité national pour la suppression du confessionnalisme politique exigé par ces accords Taëf, n’a pas été formé. La suppression du système confessionnel, l’un des objectifs de Taëf, ne pourra être atteinte qu’à travers l’établissement d’un Sénat (où seront représentées toutes les familles spirituelles) à la suite de l’élection de la Chambre des députés sur une base nationale et non confessionnelle. Cependant, la société civile au Liban, avec la gauche libanaise – faiblement représentée au Parlement – ne réussissent pas à prendre la relève des partis traditionnels progressistes et réformistes pionniers de la laïcité. Le combat contre le système confessionnel est sauvage, tellement certains partis politiques comptent sur leur appartenance confessionnelle pour prendre pouvoir.
Au surplus, le Liban ne dispose pas de frontières clairement définies avec la Syrie. Et Israël occupe une partie du territoire libanais en violant de façon permanente sa souveraineté nationale. A la suite de la décision de la gauche libanaise de se démilitariser en application de Taëf, une résistance militaire islamique (sous le nom Hezbollah) a réussi à s’emparer du rôle qui avait été gagné par le Front de la résistance nationale libanaise, la première résistance militaire contre l’occupation israélienne. Le Hezbollah s’est donc organisé afin de chasser l’armée israélienne des zones qu’elle occupe. La résistance islamique s’est par la suite développée – avec l’aide de l’Iran – en un groupe armé organisé à caractère régional.
JF : Comment analyser l’implication directe de certains États au Liban, en particulier l’Iran, à travers le Hezbollah, et l’Arabie Saoudite ? Le Hezbollah constitue une vraie force politique et militaire libanaise, militairement très engagée en Syrie au côté du régime de Bachar El Assad. Pourquoi en est-il ainsi ? Quant à l’Arabie Saoudite, comment ne pas rappeler ses pratiques politiques violentes, en particulier l’horrible assassinat du journaliste Jamal Kashoggi en 2018 ? On se souvient aussi qu’en novembre 2017, Saad Hariri, alors Premier ministre du Liban, a été pris en otage durant 18 jours par Mohamed Ben Salman, principal dirigeant du Royaume saoudien, afin de peser sur les choix internes du Liban et obliger Saad Hariri à démissionner. Le Liban est souvent qualifié de « caisse de résonance des contradictions régionales ». N’est-il pas en réalité un terrain d’affrontement régional et international direct sur lequel les États-Unis et la Russie ne sont jamais absents. Pouvez-vous nous expliquer de façon la plus pédagogique possible cette géopolitique très complexe ?
AAK : Le Liban, le maillon faible, fut hier choisi comme le territoire à travers lequel on exerce le « devoir de résistance » contre Israël, l’ennemi des États arabes auparavant… mais plus maintenant. On voit par exemple que la Syrie, malgré le fait qu’Israël occupe le Golan, n’a jamais ouvert la moindre bataille sur ses frontières afin de libérer les territoires occupés. Malgré les raids israéliens qui ciblent Damas et ses alliés iraniens presque chaque semaine, et sur tout le territoire syrien, on ne voit aucune réponse syrienne. Le conflit avec Israël se déroule dans une guerre de proxy menée principalement par l’Iran en accord avec son allié syrien. Le Hezbollah, dans ce rôle-là, et du fait de son idéologie, de sa discipline, a renforcé son pouvoir. Ce qui a contribué à élargir le champ d’action de Téhéran dans la majorité des pays arabes.
L’engagement du Hezbollah dans la guerre au Yémen et son soutien militaire aux attaques houthistes contre l’Arabie Saoudite, a fait de cette organisation un ennemi des saoudiens. Leur confrontation directe s’est déplacée à Beyrouth. En revanche, le Hezbollah a réussi à conclure une entente politique avec Saad Hariri, qui est en principe l’allié premier des saoudiens. La cohabitation politique positive entre Saad Hariri et le Hezbollah, accusé par le TSL à La Haye du meurtre de son père le Cheikh Rafic, a posé problème au régime saoudien. Celui-ci a effectivement voulu forcer Saad Hariri à démissionner de sa fonction de Premier ministre… du fait qu’il est d’origine saoudienne. Alors que Riyad s’attendait à ce que Saad Hariri exploite sa position officielle pour isoler le Hezbollah, Saad a cherché la paix avec la majorité chiite, pour assurer au moins une continuité au pouvoir.
Le Liban désigné comme « État-tampon », a ainsi servi de terrain de bataille pour le conflit irano-saoudien, et le pays s’est coupé en deux clans principaux, aboutissant à un blocage institutionnel. Les Chrétiens se sont à leur tour divisés entre pro-saoudiens et pro-iraniens. Une majorité chrétienne ne disposant pas de moyens, a ainsi décidé de rester à l’abri de cette bipolarisation. Le front régional et occidental anti-Hezbollah avait commencé à jouer la carte des réfugiés syriens au Liban – en majorité sunnites et hostiles au régime de Bachar Al-Assad – afin de changer la donne démographique au Liban.
Malgré l’entente embryonnaire saoudo-iranienne et saoudo-syrienne aujourd’hui, l’Iran ne cesse de jouer la carte du Hezbollah sur la table des négociations autour d’une paix lointaine au Yémen. Devenue d’abord hostile à la politique saoudienne dans la région, l’Administration Biden a cherché à accentuer ses pressions sur le régime syrien. Celui-ci a pourtant réussi à récupérer une légitimité arabe. Le facteur perturbateur américain complique la nouvelle politique saoudienne au Liban, et offre une chance au Hezbollah de rester une résistance face aux violations israéliennes de la « ligne bleue » au Liban-sud. Des violations qui deviennent fréquentes en suivant un rythme ascendant. La Russie a réussi à stabiliser le régime Bachar Al-Assad en l’inscrivant dans le nouveau « modèle » d’alliance conclu avec l’Arabie saoudite sur, si on peut dire, l’axe chinois. Les États-Unis sont encerclés au Moyen-Orient. La carte israélienne leur paraît la plus inflammable et la plus utile pour pouvoir briser les nouvelles alliances ou ententes, et acculer ainsi les États arabes à une bataille contre l’Iran.
JF : Quelle appréciation porter sur l’implication française ? En particulier sur les tentatives, jusqu’ici sans résultats, engagées par Emmanuel Macron pour dépasser les impasses politiques libanaises actuelles ? Pensez-vous que la France devrait jouer un rôle, dans quel esprit et pour quels objectifs ?
AAK : l’implication française n’a jamais été interprétée comme une interférence dans les affaires internes du Liban. Les Libanais ont toujours recours à la France pour leur venir en aide dans des circonstances difficiles. Mais la France, alliée historique des chrétiens du Liban et leur « tendre mère », a changé d’alliances… La France a engagé une ouverture vers d’autres composantes de la société libanaise. Elle avait tenté des alliances tantôt avec les Sunnites, tantôt avec les Chiites sans succès réel. En revanche, les nouvelles alliances françaises ont compliqué le rôle de Paris qui a réussi à établir des relations amicales avec le Hezbollah. Celui-ci devient ainsi, petit à petit, un allié stratégique pour la France. Cette entente avec le Hezbollah repose sur des intérêts commerciaux et pétroliers, en plus d’intérêts politiques dépassant le territoire du Liban pour concerner l’Iran, sponsor mondial du Hezbollah.
Historiquement, la France soutient la Présidence libanaise, la seule chrétienne dans le monde arabe. Le fait qu’Emmanuel Macron, pour la Présidence à élire, avait essayé de soutenir durant plusieurs mois la candidature de chrétiens, ceux choisis exclusivement par le Hezbollah, prouve que la France brise de facto la décision politique chrétienne. Le Président de la République constitue le dernier socle des chrétiens au Liban. C’est le garant de la Constitution, de la diversité et du dialogue islamo-chrétien. C’est le « médiateur » qui assure l’équilibre entre sunnites et chiites.
Le revirement de la politique française, au motif de l’ouverture politique, a coûté cher à la France. Les deux visites exceptionnelles du président Macron à la suite de l’explosion au Port de Beyrouth ont connu malheureusement des échecs impitoyables. Les promesses du Président français aux Libanais n’ont pas pu être réalisées à cause de la division bipolaire radicale de la scène politique libanaise.
Il est conseillé à la France de changer de politique au Liban afin de remédier à l’affaiblissement du rôle des chrétiens, de maintenir la diversité afin d’aboutir à un État de droit civil… sinon le Liban se transformera bientôt en république islamique. La France a cherché un allié fort au Liban. Elle a trouvé le Hezbollah. Mais ce type d’alliance porte le risque d’aboutir à un changement radical de l’identité culturelle du Liban. La France doit contribuer à l’intégration du Hezbollah dans la société libanaise, et non pas l’inverse.
La France, avec diligence, doit veiller à ne pas assurer le soutien politique à des personnalités politiques libanaises corrompues. Ce type de soutien à des businessmen libanais entache l’image de la France qui devrait penser le Liban futur avec des élites libanaises ne cherchant que l’intérêt de la nation. Le Liban c’est presque la seule empreinte francophone dans le monde arabe, grâce à des relations historiques basées sur des valeurs comme la liberté, la fraternité et l’égalité, qui sont contraires aux valeurs du fanatisme, aux discours de haine et à la discrimination religieuse et politique.
La France est invitée à initier un dialogue interlibanais, basé sur les principes de l’État de droit, de la démocratie et du règlement pacifique des différends, et sur une administration libanaise non-corrompue pour tout le monde. Malheureusement, le fonctionnement de la Constitution libanaise suivant les principes de Taëf exige toujours la présence d’un parrain extérieur exerçant un pouvoir « régulateur ». Ce rôle, avant 2005, a été amplement joué par le régime syrien. La protection du système politique libanais nécessite le courage d’amender la Constitution afin de clarifier le rôle des institutions et de mettre des limites claires à tous les pouvoirs discrétionnaires. La France devrait jouer un rôle de médiateur fort, afin de conforter la démocratie consensuelle consociative conforme au pacte national (ou pactiste) comme un atout du système multiculturel libanais. Contre tout projet de partition, de division ou d’application de la « démocratie du nombre » à des fins discriminatoires, éliminatoires et inégalitaires.
La visite exceptionnelle au Liban de l’ancien ministre Jean-Yves Le Drian, envoyé personnel du Président Macron, constitue une occasion inédite. Ce signal de l’Élysée manifeste une volonté française de mettre la situation au Liban sur les bons rails. L’impartialité et l’objectivité doivent constituer les deux piliers d’une mission réussie, qui puisse encourager les Libanais à résoudre leurs problèmes à travers le dialogue sur le futur de la nation, loin de la corruption et du fanatisme.
An interview with Antonios Abou Kasm, international lawyer and professor of international law. Antonios Abou Kasm defended the Haoui family in his capacity as Principal Counsel – legal representative of the victims at the Special Tribunal for Lebanon (STL) during the trial concerning the assassination of Georges Haoui, an important political figure in Lebanon and former Secretary General of the Lebanese Communist Party. This trial will not take place under current circumstances, with the closure of the TSL at the end of 2023.
JF : After 15 years of a civil war that began in 1975, and despite the Taif Accords that put an end to this long ordeal in 1989, it seems that Lebanon has never emerged from a deep crisis affecting both the domestic political context and the country’s unique place in the Middle East. Today, however, we have the feeling that the situation has never been so serious, even threatening for the country itself… Do you agree with this assessment?
Antonios Abou Kasm : The situation in Lebanon is disastrous for a number of reasons. Obviously, today’s Lebanon no longer resembles the « Switzerland of the Orient » we once spoke of. The selective and incomplete implementation of the Taif Agreement has created political and constitutional practices that have led to the destruction of the rule of law, power-sharing on a communal and feudal basis, and fraudulent interpretations of the Constitution. Corruption has become commonplace. Public funds are distributed among dominant clans. The judiciary has been transformed into an authority at the service of the executive and the services. Demographics have been turned upside down with the arrival of 2.5 million Syrian refugees, while the Lebanese population has shrunk to less than 4 million due to the increasing emigration of young Lebanese. Public finances are running an unsustainable deficit, while the Central Bank is accused of pursuing a suspicious policy in collusion with the banking sector. Banks have confiscated the assets of the Lebanese for lack of solvency. Inflation is rising to alarming levels, at around 172%, with the exchange value of the US dollar rising from 1,500 Lebanese pounds (LL) to 150,000 LL last March! The price of the dollar, the ongoing power cuts and the very high price of fuel have led to the closure of many hospitals, schools, hotels and even industries. Public sector workers, judges and public school teachers are almost always on strike because of the drastic reduction in salaries. Thus, the collapse of state institutions and the major social crisis give the Lebanese crisis an « existential » dimension, exposing the state itself to the imminent danger of altering its sustainability.
JF : What is the connection between this long and dramatic evolution in Lebanon and, in August 2020, the gigantic explosion at the Port of Beirut (involving the detonation of 2,750 tonnes of ammonium nitrate), which killed 240 people and destroyed a large part of the city? Was this a circumstantial catastrophe, or is it part of the general crisis in Lebanon?
AAK : The Beirut port explosion was the result of corruption. Political and public sector corruption. Added to this is a mafia-style traffic in illegal arms linked to the armed conflict in Syria. Lebanon is still considered a private hunting ground for certain regional powers, where they install and nurture militias always ready to carry out their operations within the framework of so-called « proxy » wars. Legally speaking, the explosion in the port of Beirut could be qualified as a crime against humanity. A crime unquestionably committed as part of a widespread and systematic attack against the civilian population, and of course with full knowledge of the facts. The scale of this crime has prompted foreign powers, with connections to local leaders, to steer the investigation in such a way as to conceal the evidence, so as to be able to block the prosecution, using illegal procedures and in violation of the Code of Criminal Procedure, and let all the real and false suspects go free, despite the fact that they had already been arrested.
JF : We know that the Special Tribunal for Lebanon (STL), set up by the United Nations in February 2007 to judge the terrorist attacks that destabilized Lebanon in 2005, will not be able to complete its judicial work. We remember in particular the major attack that killed former Prime Minister Rafic Hariri and 21 other people in February 2005. In reality, it was a series of attacks on public and political figures, such as Georges Haoui, former Secretary General of the Lebanese Communist Party, or Gebran Tueni, director of the leading daily An Nahar, and many others… In what way did these attacks also reflect this deep crisis in Lebanon, in its domestic political life and in its regional context?
AAK : The perpetration of these crimes had several aims: to limit freedom of expression, to lay siege to political life, to kill democracy in Lebanon, and to terrify the political scene so that it becomes inactive and subservient to power. The aim was to deprive Lebanon of its assets in an Arab world where authoritarian and religious regimes have taken over. The original Lebanese model of democracy and diversity is indeed a problem for political regimes in the Middle East.
The worst comes from the so-called « international community ». It has failed to deliver justice to the victims through the TSL (which owes its existence to a UN Security Council resolution). This tribunal only tried, in absentia, 5 members of Hezbollah accused of killing Prime Minister Rafik Hariri. It then ended its activities by virtue of a ruling by the Appeals Chamber confirming the guilt of 3 of the said Hezbollah members. However, the TSL (funded by voluntary contributions) has been unable to conduct trials in cases related to the attack on Rafik Hariri, namely the assassination of Mr Georges Haoui – former Secretary General of the Lebanese Communist Party, and the attacks on former ministers Marwan Hamadé and Elias El-Murr. Without prior notice, this « international community » suddenly decided to stop funding the TSL… while the Lebanese government was unable to continue financing the Court. And the UN Secretary-General was unable to find alternative means. Finally, we note that the Lebanese authorities do not dare arrest those convicted by the TSL, and that the Lebanese justice system does not dare examine the cases relating to the political assassinations that took place following the attack on Hariri.
JF : For some French commentators, the causes of the Lebanese crisis boil down to the inability of an outmoded and corrupt « political class » to face up to the country’s political and social challenges. There is certainly a great deal of truth in this… Major social mobilizations have demonstrated this. But is this the only explanation for what has been happening in Lebanon for so many years? How can we get out of this crisis?
AAK : We must remember that the corrupt political class has been supported and financed by regional and international powers. After Taif, Lebanon was placed under Syrian trusteeship as a compromise. It was only in 2004 that Western policy seriously changed, following President Jacques Chirac’s focus on the situation in Lebanon. Because of his friendship with Rafic Hariri. Resolution 1559 was adopted by the Security Council in September 2004. It called for the withdrawal of Syrian armed forces from Lebanese territory and the demilitarization of Lebanese and non-Lebanese militias. In application of this resolution, the Syrians withdrew their troops from Lebanon in early 2005. But on February 14, a ton of TNT exploded as the Prime Minister’s convoy passed, killing 21 other people. The political class then took advantage of the Syrian withdrawal to forge new, sometimes contradictory alliances, ensuring a shared hold on power and the financing of their political projects.
The solution lies first and foremost in dissolving the Chamber of Deputies and electing new members of parliament in accordance with a new electoral law that complies with the Constitution and the criteria of equality and fair representation. The new parliament will have to initiate radical legislative reforms, principally guaranteeing the independence of the judiciary so that it becomes a truly independent power. Legislation is also needed to restructure the supervisory bodies of the administrative apparatus. On another level, the country needs legislative provisions to fill constitutional gaps, for example to prevent a power vacuum, as is currently the case with the presidency, or with regard to deadlines for the composition of the government by the Prime Minister-designate. Lebanon needs a Head of State who seriously believes in the rule of law. A President who assumes respect for Lebanese sovereignty within the framework of international legality and legitimacy.
Recovering confidence in Lebanon as a viable nation requires a non-selective application of the Constitution. Institutional reforms in application of the Taif Accords have unfortunately remained a dead letter. And the national committee for the abolition of political confessionalism required by the Taëf agreements has not been formed. The abolition of the confessional system, one of the Taif objectives, can only be achieved through the establishment of a Senate (where all spiritual families will be represented) following the election of the Chamber of Deputies on a national and non-confessional basis. However, civil society in Lebanon, along with the Lebanese left – which is poorly represented in Parliament – has not succeeded in taking over from the traditional progressive and reformist parties that pioneered secularism. The battle against the denominational system is a savage one, with some political parties relying so heavily on their denominational affiliation to gain power.
Moreover, Lebanon has no clearly defined borders with Syria. And Israel occupies part of Lebanese territory, permanently violating its national sovereignty. Following the Lebanese left’s decision to demilitarize in application of Taif, an Islamic military resistance (under the name Hezbollah) succeeded in seizing the role that had been won by the Lebanese National Resistance Front, the first military resistance against Israeli occupation. Hezbollah organized itself to drive the Israeli army out of the areas it occupied. The Islamic resistance then developed – with the help of Iran – into an organized regional armed group.
JF : How do you analyze the direct involvement of certain states in Lebanon, in particular Iran, through Hezbollah, and Saudi Arabia? Hezbollah is a real Lebanese political and military force, militarily very much involved in Syria alongside Bashar El Assad’s regime. Why is this so? As for Saudi Arabia, how can we fail to recall its violent political practices, in particular the horrific murder of journalist Jamal Kashoggi in 2018? We also recall that in November 2017, Saad Hariri, then Prime Minister of Lebanon, was taken hostage for 18 days by Mohamed Ben Salman, the Saudi Kingdom’s top leader, in order to influence Lebanon’s internal choices and force Saad Hariri to resign. Lebanon is often described as a « sounding board for regional contradictions ». Is it not, in fact, an arena of direct regional and international confrontation in which the United States and Russia are never absent? Could you explain this highly complex geopolitics to us in the most educational way possible?
AAK : Lebanon, the weakest link, was chosen yesterday as the territory through which to exercise the « duty of resistance » against Israel, previously the enemy of the Arab states… but no longer. We can see, for example, that Syria, despite Israel’s occupation of the Golan Heights, has never opened the slightest battle on its borders to liberate the occupied territories. Despite Israeli raids targeting Damascus and its Iranian allies almost every week, and all over Syrian territory, there has been no Syrian response. The conflict with Israel is taking place in a proxy war waged mainly by Iran in agreement with its Syrian ally. In this role, Hezbollah’s ideology and discipline have strengthened its power. This has helped to expand Teheran’s sphere of action in most Arab countries.
Hezbollah’s involvement in the war in Yemen and its military support for the Houthist attacks on Saudi Arabia have made it an enemy of the Saudis. Their direct confrontation has moved to Beirut. On the other hand, Hezbollah has managed to reach a political agreement with Saad Hariri, who is in principle the Saudi’s main ally. The positive political cohabitation between Saad Hariri and Hezbollah, accused by the TSL in The Hague of the murder of his father Sheikh Rafic, posed a problem for the Saudi regime. The latter wanted to force Saad Hariri to resign as Prime Minister… because he is of Saudi origin. While Riyadh expected Saad Hariri to exploit his official position to isolate Hezbollah, Saad sought peace with the Shiite majority, to ensure at least continuity of power.
Lebanon, designated as a « buffer state », thus served as a battleground for the Iranian-Saudi conflict, and the country split into two main clans, leading to institutional deadlock. The Christians, in turn, were divided between pro-Saudi and pro-Iranian. A Christian majority, lacking the means to do so, decided to remain sheltered from this bipolarization. The regional and Western anti-Hezbollah front had begun to play the Syrian refugee card in Lebanon – mostly Sunni and hostile to Bashar Al-Assad’s regime – in order to change the demographic situation in Lebanon.
Despite the embryonic Saudi-Iranian and Saudi-Syrian entente today, Iran continues to play the Hezbollah card at the negotiating table for a distant peace in Yemen. Initially hostile to Saudi policy in the region, the Biden administration has sought to step up pressure on the Syrian regime. However, the Syrian regime has managed to regain Arab legitimacy. The American disruptive factor complicates the new Saudi policy in Lebanon, and offers Hezbollah a chance to maintain its resistance to Israeli violations of the « blue line » in southern Lebanon. Violations that are becoming more frequent as the pace increases. Russia has succeeded in stabilizing the Bashar Al-Assad regime by making it part of the new « model » alliance with Saudi Arabia on, so to speak, the Chinese axis. The United States is surrounded in the Middle East. The Israeli card seems to them the most inflammable and the most useful for breaking new alliances or agreements, and thus cornering the Arab states into a battle against Iran.
JF : How would you assess France’s involvement? In particular, how would you assess Emmanuel Macron’s so far fruitless attempts to overcome the current political impasse in Lebanon? Do you think France should play a role, in what spirit and for what objectives?
AAK : French involvement has never been interpreted as interference in Lebanon’s internal affairs. The Lebanese have always turned to France for help in difficult circumstances. But France, the historic ally of Lebanon’s Christians and their « tender mother », has changed alliances… France has opened up to other components of Lebanese society. It had tried alliances with both the Sunnis and the Shiites, without any real success. On the other hand, the new French alliances have complicated the role of Paris, which has succeeded in establishing friendly relations with Hezbollah. As a result, Hezbollah is gradually becoming a strategic ally for France. This entente with Hezbollah is based on commercial and oil interests, as well as political interests that extend beyond Lebanon to Iran, Hezbollah’s global sponsor.
Historically, France has supported the Lebanese Presidency, the only Christian one in the Arab world. The fact that Emmanuel Macron, for the Presidency to be elected, had tried for several months to support the candidacy of Christians, those chosen exclusively by Hezbollah, proves that France is de facto breaking the Christian political decision. The President of the Republic is the last base for Christians in Lebanon. He is the guarantor of the Constitution, of diversity and of Islamic-Christian dialogue. He is the « mediator » who ensures the balance between Sunnis and Shiites.
The reversal of French policy, on the grounds of political openness, has cost France dearly. President Macron’s two exceptional visits in the wake of the explosion in the Port of Beirut were, unfortunately, ruthless failures. The French President’s promises to the Lebanese could not be fulfilled due to the radical bipolar division of the Lebanese political scene.
France is advised to change its policy in Lebanon in order to remedy the weakening of the role of Christians, to maintain diversity in order to achieve a state based on civil law… otherwise Lebanon will soon turn into an Islamic republic. France sought a strong ally in Lebanon. It found Hezbollah. But this type of alliance carries the risk of leading to a radical change in Lebanon’s cultural identity. France must help integrate Hezbollah into Lebanese society, not the other way round. France must be diligent in ensuring that it does not provide political support to corrupt Lebanese politicians. This type of support for Lebanese businessmen tarnishes the image of France, which should be thinking of Lebanon’s future with Lebanese elites seeking only the interests of the nation. Lebanon is almost the only French-speaking footprint in the Arab world, thanks to historical relations based on values such as liberty, fraternity and equality, which are contrary to the values of fanaticism, hate speech and religious and political discrimination.
France is invited to initiate an inter-Lebanese dialogue, based on the principles of the rule of law, democracy and the peaceful settlement of disputes, and on a non-corrupt Lebanese administration for all. Unfortunately, the operation of the Lebanese Constitution according to the Taif principles still requires the presence of an external sponsor exercising « regulatory » power. Prior to 2005, this role was amply fulfilled by the Syrian regime. Protecting Lebanon’s political system requires the courage to amend the Constitution in order to clarify the role of institutions and set clear limits to all discretionary powers. France should play a strong mediating role, in order to consolidate consensual consociative democracy in line with the national (or pactist) pact as an asset of the Lebanese multicultural system. Against any plans to partition, divide or apply « democracy of numbers » for discriminatory, eliminatory and unequal purposes.
The exceptional visit to Lebanon by former minister Jean-Yves Le Drian, President Macron’s personal envoy, represents an unprecedented opportunity. This signal from the Élysée demonstrates France’s determination to put the situation in Lebanon on the right track. Impartiality and objectivity must be the two pillars of a successful mission, which can encourage the Lebanese to solve their problems through dialogue on the nation’s future, away from corruption and fanaticism.
Selon un rapport au Conseil de sécurité de l’ONU, le pays connaît « la plus grande crise humanitaire du monde ». Elle s’est aggravée au fur et à mesure que l’année 2023 avançait, le nombre de personnes nécessitant une assistance humanitaire passant de 28,3 millions au début de l’année à 28,8 millions à la fin du mois de mai. Soit plus de la moitié de la population totale du pays (41 millions d’habitants).
Ce document d’information issu du Secrétariat des Nations-Unies donne une idée de la situation dramatique de l’Afghanistan d’aujourd’hui.
Demain (21 juin), le Conseil de sécurité se réunira pour une séance d’information publique, suivie de consultations à huis clos, sur l’Afghanistan. La représentante spéciale du Secrétaire général et chef de la Mission d’assistance des Nations Unies en Afghanistan (MANUA), Roza Otunbayeva, et une représentante de la société civile afghane sont attendues. Le chef et représentant de l’OCHA (Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations-Unies) à Genève et directeur de la division de la coordination, Ramesh Rajasingham, informera également le Conseil par vidéoconférence pendant les consultations à huis clos. M. Rajasingham s’exprimera au nom du Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et coordinateur des secours d’urgence, M. Martin Griffiths, conformément à la résolution 2615 du 22 décembre 2021, qui prévoit une exception humanitaire au régime de sanctions de 1988 à l’encontre de l’Afghanistan et demande que le coordinateur des secours d’urgence informe le Conseil, tous les six mois, de l’acheminement de l’aide humanitaire dans ce pays.
La situation humanitaire en Afghanistan reste sombre. Selon la mise à jour humanitaire de mai de l’OCHA sur l’Afghanistan, qui a été publiée le 15 juin, le pays connaît « la plus grande crise humanitaire du monde ». La mise à jour note également que la crise s’est aggravée au fur et à mesure que l’année 2023 avançait, le nombre de personnes nécessitant une assistance humanitaire passant de 28,3 millions au début de l’année à 28,8 millions à la fin du mois de mai.
Le 5 juin, l’OCHA a annoncé que le budget du plan d’intervention humanitaire pour l’Afghanistan en 2023 avait été révisé, passant de 4,6 milliards de dollars à 3,2 milliards de dollars. La mise à jour humanitaire de mai de l’OCHA attribue cette réduction à plusieurs facteurs, notamment le sous-financement, la capacité de ses partenaires humanitaires, l’évolution de l’environnement opérationnel, les dernières projections en matière d’insécurité alimentaire et l’accent mis sur les groupes les plus vulnérables du pays.
Les politiques et les pratiques des Talibans, notamment l’interdiction faite au personnel féminin de travailler pour les ONG et le décret interdisant aux femmes afghanes de travailler pour les Nations-Unies, ont eu un impact particulièrement négatif sur la réponse humanitaire en Afghanistan. Le dernier rapport du Secrétaire général sur la MANUA, qui a été remis aux membres du Conseil le 19 juin, indique qu’il est de plus en plus difficile d’accéder aux femmes dans le besoin, et que les composantes essentielles de la promotion de l’hygiène, de la communication sur les risques et des activités axées sur l’engagement communautaire sont particulièrement touchées. Le rapport note également que la communauté humanitaire a continué à « négocier pour étendre les autorisations ». À cet égard, le Conseil norvégien pour les réfugiés (NRC) a annoncé le 5 juin qu’il avait repris ses opérations dans certaines parties du pays après que les tTlibans ont accepté de permettre à son personnel féminin de retourner au travail. Dans un tweet du 5 juin, le Secrétaire général du NRC, Jan Egeland, a déclaré que le NRC « a pu reprendre la plupart de ses opérations humanitaires à Kandahar ainsi que dans un certain nombre d’autres régions d’Afghanistan » et que le travail du NRC implique « une participation égale de nos collègues humanitaires féminins et masculins ».
D’autres pratiques et politiques des Talibans ont également eu un impact négatif sur la fourniture de l’aide humanitaire. L’aperçu de l’accès humanitaire de l’OCHA pour le mois de mars, publié le 25 mai, indique que les incidents d’interférence avec les activités humanitaires, y compris le détournement de l’aide et l’interférence avec la sélection des bénéficiaires et le recrutement du personnel, ont triplé par rapport à la même période de l’année dernière. Des rapports ont également été publiés qui suggèrent que les Talibans pourraient continuer à étendre leurs politiques de perturbation des activités humanitaires. Dans une déclaration du 8 juin, Samantha Mort, porte-parole de l’UNICEF, a déclaré que « l’UNICEF est profondément préoccupée par les informations selon lesquelles plus de 500 000 enfants, dont plus de 300 000 filles, pourraient être privés d’un apprentissage de qualité grâce à l’éducation communautaire en l’espace d’un mois si les organisations non gouvernementales internationales travaillant dans le domaine de l’éducation n’étaient plus autorisées à opérer ».
Lors de l’examen de la situation humanitaire en Afghanistan demain, les membres du Conseil exprimeront probablement leur inquiétude face à l’ampleur de la crise et souligneront l’importance de faciliter l’aide humanitaire. Certains membres pourraient demander aux Talibans de se conformer à la résolution 2681 du 27 avril, qui, entre autres, réitère la demande du Conseil que toutes les parties autorisent un accès humanitaire complet, rapide, sûr et sans entrave au personnel des Nations-Unies et aux autres acteurs humanitaires, quel que soit leur sexe. Les membres pourraient également exhorter les Talibans à s’abstenir d’émettre de nouveaux décrets qui entraveraient davantage la capacité des organisations humanitaires à mener à bien leur travail.
Les membres du Conseil sont également susceptibles de se concentrer sur la menace terroriste émanant de l’Afghanistan au cours de la réunion de demain. Le dernier rapport de l’équipe de surveillance soutenant le Comité des sanctions contre l’Afghanistan de 1988, publié le 1er juin, conclut que les liens entre les Talibans et Al-Qaeda et le Tehrik-e-Taliban Pakistan (TTP) restent « forts et symbiotiques » et que « toute une série de groupes terroristes jouissent d’une plus grande liberté de mouvement sous le régime des Talibans ». Le rapport note également qu’Al-Qaida semble reconstituer ses capacités opérationnelles, que le TTP lance des attaques au Pakistan avec le soutien des Talibans et que ces derniers n’ont pas tenu les promesses de lutte contre le terrorisme faites dans l’accord de Doha.
Des attentats terroristes ont également continué à être perpétrés dans tout l’Afghanistan. Le 6 juin, le gouverneur par intérim de la province de Badakhshan a été tué dans un attentat-suicide qui a été revendiqué par l’État islamique en Irak et au Levant – Province de Khorasan (ISIL-K), la filiale afghane de l’État islamique en Irak et au Levant (ISIL/Daesh). Une autre personne a été tuée et au moins six autres ont été blessées au cours de l’attaque. Dans leurs déclarations de demain, les membres du Conseil pourraient souligner que l’Afghanistan ne doit pas devenir un refuge pour le terrorisme et appeler les Talibans à respecter les engagements qu’ils ont pris à cet égard.
La situation des droits de l’homme en Afghanistan, en particulier pour les femmes et les jeunes filles, est un autre sujet susceptible d’être abordé lors de la réunion de demain. Le dernier rapport du rapporteur spécial sur la situation des droits de l’homme en Afghanistan, rédigé conjointement avec le groupe de travail sur la discrimination à l’égard des femmes et des filles, et publié le 15 juin, constate que les Talibans sont responsables « des formes les plus extrêmes de discrimination fondée sur le sexe, et de censure généralisée par le biais de restrictions visant les femmes et les filles, de l’abolition des protections juridiques et des mécanismes de responsabilisation en cas de violence fondée sur le sexe, ainsi que du déni permanent des droits ». De manière plus générale, le rapport du Secrétaire général fait référence à une série de violations des droits de l’homme perpétrées par les Talibans, notamment les exécutions extrajudiciaires, les arrestations et détentions arbitraires, la torture, le recours aux châtiments corporels et les restrictions à la liberté d’expression. Les membres du Conseil peuvent condamner ces violations dans leurs déclarations de demain et exhorter les Talibans à cesser de violer les droits de l’homme. Les membres peuvent également se référer à la résolution 2681 du 27 avril, qui appelle à la participation pleine, égale et significative des femmes et des filles en Afghanistan et demande aux Talibans de revenir rapidement sur leurs politiques et pratiques qui restreignent la jouissance par les femmes et les filles de leurs droits fondamentaux.
Les affrontements frontaliers du 27 mai entre les forces de sécurité iraniennes et talibanes, qui ont fait au moins trois morts et sont survenus dans le cadre d’un différend entre l’Iran et les Talibans sur les droits d’utilisation de l’eau de la rivière Helmand, pourraient également faire l’objet d’un débat. Les membres du Conseil pourraient être intéressés par l’analyse d’Otunbayeva sur les circonstances qui ont conduit aux combats et sur la mesure dans laquelle le changement climatique a contribué à ce différend.
Le 25 avril, l’ONU a annoncé que Feridun Sinirlioğlu avait été nommé coordinateur spécial de l’évaluation indépendante sur l’Afghanistan demandée par la résolution 2679 du 16 mars. (Pour plus d’informations, voir notre article « What’s in Blue » du 16 mars.) Certains députés pourraient se réjouir de la nomination de Sinirlioğlu et exprimer leur soutien à l’évaluation indépendante dans leurs déclarations de demain. L’évaluation indépendante doit être achevée pour le 17 novembre.
– Une enquête du « Washington Post » révèle que la CIA avait été informée par une agence de renseignement d’un pays européen que des forces ukrainiennes s’apprêtaient à saboter le gazoduc Nord Stream.
– C’est ce que dévoilent des documents classifiés, divulgués en ligne au printemps.
– Les services américains auraient été informés en détail de ce plan en juin 2022, soit trois mois avant l’attaque.
Depuis plus de huit mois, le mystère reste épais autour du sabotage des gazoducs Nord Stream 1 et 2. Mais l’enquête progresse, avec de nouvelles révélations du Washington Post. Selon une enquête du quotidien américain, publiée mardi 6 juin, une agence de renseignement d’un pays européen avait prévenu la CIA en juin 2022 que des forces spéciales ukrainiennes comptaient faire exploser le gazoduc Nord Stream. Un plan présenté en détail, trois mois avant l’attaque.
Les gazoducs Nord Stream 1 et 2, devant transporter du gaz naturel de la Russie vers l’Allemagne, avaient été frappés par des explosions sous-marines le 26 septembre et ainsi rendus inopérants, privant potentiellement Moscou de milliards de dollars de revenus. Plusieurs pays, dont la Russie, l’Ukraine et les États-Unis, avaient été accusés d’en porter la responsabilité, mais tous s’en étaient défendus.
Le journal s’appuie sur des informations issues des nombreux documents confidentiels qui auraient été publiés en ligne par le jeune militaire américain Jack Teixeira, avant que la fuite ne soit découverte par l’armée et le suspect appréhendé mi-avril. Ces documents indiquaient qu’une agence de renseignement d’un pays européen non spécifié avait informé la CIA dans un rapport, quatre mois après le début de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, que des plongeurs militaires répondant directement au commandant en chef des forces armées ukrainiennes prévoyaient cette attaque contre Nord Stream.
« Des raisons de soupçonner Kiev d’être à l’origine du sabotage »
Toujours selon le Washington Post, les États-Unis, après avoir été prévenus du supposé projet de sabotage, en avaient averti des alliés dont l’Allemagne, d’après plusieurs fonctionnaires connaissant bien le dossier, qui ont témoigné auprès du journal sous couvert d’anonymat. « Les détails très précis, qui comprennent le nombre d’agents et les méthodes d’attaque, montrent que depuis près d’un an, les alliés occidentaux ont des raisons de soupçonner Kiev d’être à l’origine du sabotage », note le quotidien.
D’après les fonctionnaires interrogés, les auteurs présumés de l’attaque auraient été informés du fait que ces renseignements avaient été partagés avec plusieurs pays, et auraient donc modifié certains éléments de leur plan. Pour l’agence européenne de renseignement à l’origine de ces informations, l’opération était supervisée par le général ukrainien Valeriï Zaloujniï, à l’insu du président Volodymyr Zelensky, ce qui aurait ensuite permis au dirigeant ukrainien de nier l’implication de son pays dans une attaque susceptible de fissurer le soutien de ses alliés, en particulier européens.
Les révélations du journal américain corroborent des informations d’enquêteurs allemands, selon lesquelles une équipe de six personnes équipées de faux passeports, probablement des plongeurs expérimentés, aurait emprunté un voilier depuis le port de Rostock, en Allemagne, pour conduire l’opération. La société polonaise ayant loué le voilier serait en fait détenue par des Ukrainiens, et au moins un militaire ukrainien aurait participé à l’offensive.
Contactés par le Washington Post, des responsables ukrainiens, la Maison Blanche et la CIA ont refusé de commenter le rapport de l’agence de renseignement. En privé, les responsables du gouvernement de Joe Biden reconnaissent seulement ne pas disposer de preuves concluantes sur l’implication de Moscou dans l’attaque. Des médias danois ont toutefois récemment informé qu’un navire de la marine russe spécialisé dans les opérations sous-marines avait été photographié près de la zone du sabotage peu avant les explosions.
Selon le Washington Post, les services de renseignements américains s’inquiètent depuis longtemps des opérations que l’Ukraine souhaiterait diriger contre la Russie, qui pourraient faire basculer la guerre dans un conflit direct opposant Moscou aux États-Unis et leurs alliés de l’Otan. En février dernier, l’agence de renseignement militaire ukrainienne a accepté, « à la demande de Washington », de reporter des frappes prévues sur Moscou, selon un autre document classifié divulgué. Depuis, un raid de drones a été lancé sur la capitale russe le 30 mai dernier, une offensive inédite, et des incursions armées se multiplient dans la région russe de Belgorod, frontalière de l’Ukraine. Kiev continue de se défendre de toute implication dans ces attaques.
Ce vendredi, l’hebdomadaire « Der Spiegel » révèle de nouvelles informations sur l’affaire du sabotage des gazoducs Nord Stream en mer baltique en septembre 2022.Les investigations policières se concentrent sur le voilier « l’Andromède », qui semblerait lié à l’Ukraine.Des traces d’un explosif fréquemment utilisé ont notamment été retrouvées dans le bateau.
De nouvelles pistes semblent mener à l’Ukraine dans l’enquête sur le sabotage des deux gazoducs Nord Stream reliant la Russie à l’Allemagne. Ce vendredi 26 mai, l’hebdomadaire allemand Der Spiegel a rapporté que les investigations policières se concentraient notamment sur un voilier, l' »Andromède », susceptible d’avoir servi au transport des explosifs utilisés pour le sabotage en septembre 2022 en mer Baltique. Les métadonnées d’un mail envoyé lors de la location du voilier mèneraient en effet à l’Ukraine.
En début de semaine, d’autres médias allemands, membres d’un consortium international de journalistes, ont remonté le fil de la location du bateau, effectuée par une société polonaise qui serait en fait détenue par des Ukrainiens. Et cette découverte n’est pas la seule. En effet, l’hebdomadaire, repris par l’AFP, fait aussi état de la découverte dans le bateau de traces d’un explosif, l’octogène, « très répandu tant à l’Ouest que dans l’ancien bloc de l’Est ».
Commando incontrôlé ? Services secrets ?
Le bateau serait parti de Rostock (port du nord de l’Allemagne) le 6 septembre, avec une équipe de six personnes à bord, dont des plongeurs et un médecin. Un des passagers du voilier, doté d’un passeport roumain, « s’est révélé être un ressortissant ukrainien » qui « aurait servi dans le passé dans une unité d’infanterie ». Tous ces indices « concordent avec les estimations de plusieurs services de renseignement, selon lesquelles les auteurs seraient à chercher en Ukraine », résume le Spiegel. La question reste désormais de savoir si « l’acte a pu être exécuté par un commando incontrôlé ou par les services secrets ukrainiens et dans quelle mesure certains éléments de l’appareil gouvernemental ukrainien étaient au courant ».
Pour rappel, quatre énormes fuites de gaz précédées d’explosions sous-marines avaient été détectées dans ces conduites reliant la Russie à l’Allemagne et acheminant l’essentiel du gaz russe vers l’Europe, le 26 septembre 2022. Une attaque avait rapidement été soupçonnée, suscitant des conjectures tous azimuts sur les auteurs de cette opération logistiquement complexe et diplomatiquement ultra-sensible. Aujourd’hui encore, la responsabilité de l’attaque sous-marine reste un mystère malgré des enquêtes criminelles dans les pays de la région (Allemagne, Suède et Danemark).
« Seul le peuple iranien est capable d’établir les éléments fondateurs d’une société nouvelle et moderne » : en écho à une déclaration signée par vingt organisations impliquées dans le soulèvement populaire en Iran, un large collectif d’universitaires, de syndicalistes et de militants internationaux manifeste son soutien à cette proposition d’alternative.
Nous exprimons notre soutien à la déclaration parue en Iran le 15 février (reproduite ci-dessous).
Cette déclaration émane de vingt organisations de terrain impliquées dans le soulèvement actuel : syndicats indépendants du pouvoir, associations de défense des droits des salarié.es, associations de femmes, de retraité.es, d’étudiant.es et des droits humains.
Cette déclaration ne se limite pas dénoncer la répression sanglante et le despotisme religieux (ou non-religieux d’hier). Elle propose simultanément une ébauche d’alternative.
Femme, Vie, Liberté : déclaration des revendications minimales des organisations indépendantes syndicales et civiles d’Iran
Peuple iranien épris de justice et de liberté,
En ce quarante-quatrième anniversaire de la révolution de 1979, les fondements économiques, politiques et sociaux du pays sont pris dans un tel tourbillon de crises et de décomposition qu’aucune perspective n’est envisageable dans le cadre du système politique actuel.
C’est pourquoi depuis cinq mois le peuple opprimé d’Iran – notamment les femmes, et les jeunes épris.es de liberté et d’égalité – ont transformé les rues des villes de tout le pays en une arène historique et décisive du combat pour mettre fin à la situation inhumaine actuelle. Et cela au péril de leur vie étant donnée la répression sanglante de l’État.
Les femmes, les étudiant·es, les enseignant·es, les ouvriers·ères, celles et ceux qui demandent justice (familles et proches des prisonnier.es et prisonniers politiques ou des mort.es dans les manifestations), artistes, queers, écrivain·es, opprimé·es de toutes les régions d’Iran (du Kurdistan au Sistan et Baloutchistan), ont levé le drapeau des protestations fondamentales contre la misogynie, l’exclusion sexiste, l’interminable insécurité économique, l’esclavage de la force de travail, la pauvreté, l’oppression de classe, l’oppression nationale et religieuse. C’est une révolution contre les maux de notre société que le despotisme religieux ou non-religieux nous impose depuis plus d’un siècle. Les femmes et hommes qui luttent en Iran reçoivent un soutien international sans précédent.
Les protestations profondes actuelles sont issues des grands mouvements sociaux modernes, ainsi que du soulèvement d’une génération. Celle-ci n’a plus peur. Elle veut mettre fin à un siècle d’arriération et relever le défi de construire une société moderne de bien-être et de liberté.
Après deux grandes révolutions dans l’histoire contemporaine d’Iran, les grands mouvements sociaux pionniers – mouvement ouvrier, mouvement des enseignant·es et retraité·es, mouvement égalitaire des femmes, des étudiantes et des jeunes, mouvement contre la peine de mort… – veulent changer la structure politique, économique et sociale du pays en intervenant en masse et partir d’en bas.
C’est pourquoi ce mouvement veut mettre fin, une fois pour toute, à l’existence d’un pouvoir d’en haut. Il veut commencer une révolution sociale, moderne et humaine pour l’émancipation du peuple de toute forme d’oppression, d’exclusion, d’exploitation et de dictature.
Nous, les organisations syndicales et civiles signataires de la présente déclaration, sommes attachées à l’unité et la construction de liens entre mouvements sociaux et revendicatifs, ainsi qu’à la lutte contre la situation inhumaine et destructrice actuelle.
Nous considérons que les revendications minimales ci-dessous sont les exigences fondamentales des protestations de fond du peuple d’Iran. Elles préfigurent les bases de l’établissement d’une société nouvelle, moderne et humaine.
Seul le peuple iranien est capable d’établir les éléments fondateurs d’une société nouvelle et moderne. Nous demandons à tous les êtres humains épris de justice, dont le cœur bat pour la liberté, l’égalité et l’émancipation de lever l’étendard de ces revendications de l’usine à l’université, des écoles aux quartiers, et partout dans le monde :
Libération immédiate et sans condition de tous les prisonn·ières politiques. Fin de la criminalisation des activités politiques, syndicales et civiles. Jugement public des commanditaires et agents de la répression des protestations populaires ;
Liberté sans restriction d’opinion, d’expression, de pensée et de la presse. Liberté de constituer, au niveau local et national, des organisations politiques, syndicales et associatives. Liberté de rassemblement, de grève, de manifestation. Liberté des réseaux sociaux et médias audiovisuels ;
Abolition immédiate de la peine de mort, de la loi du talion. Interdiction de toute sorte de torture physique et psychologique ;
Établissement immédiat de l’égalité des droits entre les femmes et les hommes. Et cela dans tous les domaines politique, économique, social, culturel, familial. Abolition immédiate de toutes les lois et formes d’exclusion en raison des appartenances sexuelles, reconnaissance de la communauté LGBTQ+. Décriminalisation de toutes les tendances et appartenances sexuelles. Respect inconditionnel des droits des femmes sur leur corps et leur destin, interdiction du contrôle patriarcal ;
Non-intervention de la religion dans les lois politiques, économiques, sociales et culturelles : la religion est une affaire personnelle ;
Renforcement de la sécurité sur les lieux de travail, protection de l’emploi. Hausse immédiate des salaires des ouvriers·ères, enseignant·es, fonctionnaires et de tous les actifs·ves et retraités·es. Présence, et intervention de représentant·es élu·es d’organisations nationales indépendantes. Conclusion d’accords par ces derniers.
Suppression des lois basées sur l’exclusion, l’oppression nationale, et l’oppression religieuse. Création d’institutions adéquates pour soutenir et répartir égalitairement les moyens publics nécessaires au progrès culturel et artistiques dans toutes les régions d’Iran. Mise en place de façon égalitaire des moyens nécessaires à l’apprentissage et l’enseignement de toutes les langues existantes dans le pays ;
Suppression des organes de répression existants. Limitation des prérogatives de l’État. Intervention directe et permanente de tous et toutes dans l’administration des affaires du pays par le biais de conseils locaux et nationaux. Le pouvoir de révoquer à tout moment tout responsable national ou local, devrait être un droit fondamental des électeurs et électrices.
Confiscation des richesses et actifs du peuple iranien accaparés, directement ou indirectement, par toute personne, entité légale, institution gouvernementales, semi-gouvernementale et privée. Le montant des confiscations doit être utilisé immédiatement pour la modernisation et la refondation de l’éducation nationale, le financement des caisses de retraites, l’écologie, ainsi que pour les besoins des populations des régions d’Iran ayant beaucoup souffert sous les deux régimes islamique et monarchique ;
En finir avec la destruction de l’environnement. Mise en œuvre d’une politique systématique de reconstruction des structures écologiques détruites depuis un siècle. Retour à la propriété publique de tous les espaces naturels ayant été privatisés, dont les pâturages, les plages, les forêts et les montagnes ;
Interdiction du travail des enfants et garanties pour leur vie quotidienne et leur éducation, indépendamment de la situation économique et sociale de leurs familles. Création d’assurances chômage et d’une sécurité sociale fortes pour toutes les personnes en capacité de travailler ou non. Gratuité de l’éducation et du système de santé pour toutes et tous ;
Normalisation des relations extérieures au plus haut niveau avec tous les pays du monde. Celles-ci doivent être basées sur des relations justes et le respect réciproque. Interdire les armes atomiques et œuvrer pour la paix mondiale.
Nous pensons que les revendications de base ci-dessus sont réalisables immédiatement, étant donné les ressources actuelles et potentielles du pays, l’existence d’une population consciencieuse et capable, ainsi que d’une jeunesse aspirant à une vie décente, gaie et libre.
Ces revendications correspondent aux principes fondamentaux des signataires. Il est évident que la poursuite de la lutte et de la solidarité nous permettra d’apporter plus de précisions.
Les signataires iranien·nes :
Conseil de coordination des associations syndicales des enseignant.es d’Iran
Union libre des ouvriers·ères d’Iran
Union des associations étudiantes unitaires
Association de défense des droits humains
Syndicat des ouvriers/ères de la canne à sucre Haft-Tapeh
Conseil d’organisation des protestations des salarié·es non – contractuel·les du secteur pétrolier
Maison des enseignant·es d’Iran
Éveil féminin
Voix des femmes d’Iran
Voix indépendante des ouvriers métallurgistes du groupe national de l’aciérie d’Ahvaz
Association de défenseurs/es des droits des salarié.es
Association syndicale des ouvriers électriciens et métallurgistes de Kermanchah
Comité de coordination pour l’aide à la constitution des syndicats ouvriers
Union des retraité·es
Conseil des retraité·es d’Iran
Association des étudiant·es progressistes
Conseil des élèves libres-penseurs d’Iran
Syndicat des ouvriers peintres en bâtiment de la province de l’Alborz
Comité de soutien à la fondation de syndicats ouvriers d’Iran
« J’ai voulu réitérer la ferme conviction du Saint-Siège selon laquelle «l’utilisation de l’énergie atomique à des fins militaires est aujourd’hui plus que jamais un crime«
Lettre du pape François à l’évêque d’Hiroshima à l’occasion du sommet du G7
25 mai 2023
Alors que le sommet du G7 se réunit à Hiroshima pour discuter de questions urgentes que doit affronter actuellement la communauté mondiale, je désire vous assurer de ma proximité spirituelle et de mes prières pour que le sommet produise des fruits. Le choix d’Hiroshima comme lieu de cette rencontre est particulièrement significatif à la lumière de la menace constante du recours aux armes nucléaires. Je me souviens de la profonde impression que m’a laissée la visite émouvante au Mémorial de la paix au cours de mon voyage au Japon en 2019. Là, debout, en prière silencieuse et en pensant aux victimes innocentes de l’attaque nucléaire qui avait eu lieu des décennies auparavant, j’ai voulu réitérer la ferme conviction du Saint-Siège selon laquelle «l’utilisation de l’énergie atomique à des fins militaires est aujourd’hui plus que jamais un crime, non seulement contre l’homme et sa dignité, mais aussi contre toute possibilité d’avenir dans notre maison commune » (Discours au Mémorial de la paix, 24 novembre 2019).
C’est cet avenir que les hommes et les femmes responsables regardent aujourd’hui avec préoccupation, en particulier à la suite de notre expérience d’une pandémie mondiale et de la persistance de conflits armés dans plusieurs régions, parmi lesquels la guerre dévastatrice combattue sur le sol ukrainien. Les événements des dernières années ont manifesté de façon évidente que ce n’est qu’ensemble, dans la fraternité et la solidarité, que notre famille humaine pourra tenter de guérir les blessures et d’édifier un monde juste et pacifique.
De fait, il est devenu toujours plus évident que dans le monde multipolaire du vingt-et-unième -siècle, la recherche de la paix est étroitement liée au besoin de sécurité et à la réflexion sur les moyens les plus efficaces de la garantir. Cette réflexion doit nécessairement tenir compte du fait que la sécurité mondiale doit être intégrale, capable d’inclure des questions comme l’accès à la nourriture et à l’eau, le respect de l’environnement, l’assistance sanitaire, les sources d’énergie et la distribution équitable des biens de ce monde. Un concept intégral de sécurité peut servir à ancrer le multilatéralisme et la coopération internationale entre les acteurs gouvernementaux et non-gouvernementaux, sur la base de la profonde interconnexion entre ces questions, qui rend nécessaire d’adopter, ensemble, une approche de coopération multilatérale responsable.
Hiroshima, en tant que « symbole de mémoire », proclame avec force que les armes nucléaires ne permettent pas de répondre de façon adéquate aux grandes menaces qui pèsent aujourd’hui sur la paix et d’assurer la sécurité nationale et internationale. Il suffit de considérer l’impact humanitaire et environnemental catastrophique qui découlera de l’utilisation d’armes nucléaires, ainsi que le gaspillage et la mauvaise destination de ressources humaines et économiques que leur production comporte. Nous ne devons pas non plus sous-estimer les effets du climat persistant de peur et de suspicion engendré par le simple fait de posséder ces armes, qui compromet la croissance d’un climat de confiance réciproque et de dialogue. Dans ce contexte, les armes nucléaires et les autres armes de destruction de masse représentant un multiplicateur de risque qui n’offre qu’une illusion de paix.
En vous assurant de mes prières pour vous et pour tous ceux qui sont confiés à votre soin pastoral, je m’unis à vous pour prier afin que le sommet du g7 à Hiroshima fasse prévaloir une vision clairvoyante pour jeter les bases d’une paix durable et pour une sécurité stable et durable à long terme. Avec gratitude pour votre engagement au service de la justice et de la paix, je vous donne de tout cœur ma bénédiction.
Il n’y a pas de lieu plus symbolique que la ville d’Hiroshima, irrémédiablement et dramatiquement liée à celle de Nagasaki, pour exprimer une politique censée concernant les armes nucléaires. Évidemment. Le G7 a pourtant instrumentalisé ce symbole historique. (voir le document officiel à la fin)
Pour la première fois depuis sa création en 1975, le G7 réuni à Hiroshima du 19 au 21 mai 2023, s’est permis d’élaborer ce que les participants au sommet ont nommé une « vision des chefs d’État et de gouvernement du G7 d’Hiroshima sur le désarmement nucléaire ». Vous avez bien lu : une « vision » sur le désarmement… Disons-le clairement, il est choquant de devoir constater que cette « vision » ait pu susciter si peu de commentaires critiques. Quand l’hypocrisie déclaratoire dépasse les bornes, il faut réagir.
Cette déclaration souligne comme une réalité une « réduction générale des arsenaux nucléaires dans le monde depuis la fin de la Guerre froide ». Une réduction qui « doit se poursuivre » et « ne doit pas être inversée ». Certes, avec la fin de la Guerre froide, les arsenaux se sont effectivement abaissés de façon drastique en raison du nouveau contexte stratégique. La course au nucléaire militaire, cependant, a repris de façon très forte dans les années 2010, au nom de la modernisation présentée comme nécessaire, et du renforcement des capacités dans une phase nouvelle de confrontations de puissances. Tous les États détenteurs de l’arme nucléaire se sont lancés, chacun selon ses moyens et ses choix propres, dans cette relance de la compétition et de l’escalade, pour l’efficacité des armes, pour la sophistication technologique, pour la diversification des vecteurs porteurs… On en est là. Remarquons au passage que la France donne l’exemple dans les engagements que les autorités veulent prendre pour la Loi de programmation militaire pour 2024-2030. Plus généralement, il est évident que le « déclin » des arsenaux évoqué par ce texte du G7 a donc été explicitement et fortement inversé. Un sommet de chefs d’État et de gouvernement quel qu’il soit ne peut mentir par omission sur une telle réalité.
Naturellement, pour pouvoir mettre en cause la politique nucléaire de la Russie (qui mérite de fortes mises en accusations) et de la Chine, il faut pouvoir échapper soi-même à la réprobation. Washington, Paris, Londres en particulier, ont bien du chemin a faire pour pouvoir convaincre de leur bonne foi et de leur détermination à réellement agir pour le désarmement et « pour un monde sans armes nucléaires » comme le répète plusieurs fois la déclaration du G7.
Plus précisément, le texte du G7 mentionne la nécessité du désarmement, de la non-prolifération et du respect du Traité sur la Non-Prolifération (TNP). Il appelle la Chine et la Russie à s’engager en conséquence de leurs obligations découlant du TNP, et y compris de l’article 6 de ce Traité qui requiert la cessation de la course aux armements nucléaires, le désarmement et « la conclusion d’un Traité de désarmement général et complet sous un contrôle strict et efficace ». On sait depuis des lustres que cet article est resté lettre morte, en vidant le TNP de sa signification réelle, parce que les pays dotés de l’arme nucléaire ont tout simplement refusé de l’appliquer et de désarmer. Y compris ceux qui aujourd’hui se permettent de donner des leçons. La responsabilité, ici comme en d’autres domaines, est partagée et même collective. Notons aussi que cette « vision » du désarmement nucléaire, selon le G7, ne fait aucune mention du Traité d’interdiction des armes nucléaires (TIAN) signé par 92 pays et ratifié par 68 d’entre eux au premier janvier 2023. La « vision » du G7 utilise l’ONU pour dénoncer la politique nucléaire de la Corée du Nord et celle de l’Iran, mais le TIAN adopté et légitimé dans le cadre des Nations-Unies disparaît des exigences soit-disant multilatérales des 7 principales puissances du monde occidental et de leur allié japonais. C’est ce qu’on appelle une référence politique à géométrie variable.
Remarquons enfin qu’il ne suffit jamais d’appeler au respect des traités et du droit international – si important que cela puisse être – afin d’obtenir un contexte de sécurité et de stabilité réduisant les risques nucléaires. Il faut simultanément agir pour créer un contexte global favorisant la confiance, la détente, le dialogue, la coopération et le règlement politique des conflits existants. On en est loin. La « vision » du G7 ne va pas jusque là, probablement parce que l’idée même d’un processus politique en vue d’une solution négociée à la guerre en Ukraine ne fait pas partie de la « vision » occidentale. Jusqu’à quand ?
Enfin, le G7 choisit d’affirmer hautement un soutien à un Traité interdisant la production de matière fissiles pour la fabrication d’armes nucléaires (TIPMF), et un Traité d’interdiction complète des essais nucléaires (TICE). Ces traités constitueraient effectivement des moyens importants pour légitimer et appuyer le désarmement dans la voie de l’élimination des armes nucléaires. Mais les prières et les postures ne suffisent jamais. Il faut surtout changer les réalités, celles qui dominent aujourd’hui : la guerre, la forte montée des tensions et des confrontations internationales, les logiques de puissance… Tout cela est loin d’offrir une situation favorable à de nouveaux traités de désarmement. Nous sommes effectivement dans une situation inverse avec l’effondrement de ce que l’on appelle l’architecture de sécurité internationale et des accords multiples qui l’ont constitué au cours du 20ème siècle. Même le principe du non emploi en premier de l’arme nucléaire, et l’engagement à n’utiliser cette arme qu’en riposte à une attaque nucléaire sont considérés (sauf par la Chine) comme excessifs et inadaptés.
La « vision » du G7 reste limitée à une approche de confrontation. D’ailleurs, si le Traité interdisant la production de matières fissiles n’existe toujours pas dans l’ordre juridique et politique du fait de ce contexte (et pour quelques autres raisons), on observe qu’à la date du 22 août 2022, le TICE a été signé par 186 pays et ratifié par 174, parmi lesquels trois États dotés d’armes nucléaires : la Russie, la France et le Royaume-Uni. Pour pouvoir entrer en vigueur ce traité doit être signé et ratifié par 44 pays spécifiquement désignés et détenteurs de technologies nucléaires. A ce jour, il en manque huit dont les États-Unis (qui font partie des donneurs de leçons), mais aussi la Chine, la Corée du Nord, l’Égypte, l’Inde, l’Iran, Israël et le Pakistan.
Voilà les raisons pour lesquelles cette « vision » du G7 sur les armes nucléaires apparaît hypocrite et mensongère. Il est consternant de voir comment, au Japon et à Hiroshima (!) il a donc été possible d’instrumentaliser l’idée et la nécessité du désarmement nucléaire à des fins de justification stratégique, au mépris d’un minimum d’objectivité et de vérité sur les responsabilités beaucoup plus partagées que le G7 n’ose l’avouer. Il ne suffit pas, même quand c’est justifié, de critiquer Moscou et Pékin pour donner raison à Washington, à Paris et à Londres… et même à Tokyo. Dans l’ordre international actuel, les armes nucléaires restent ce qu’elles sont d’abord pour tous ceux qui en sont dotés : les armes de l’expression de la puissance. Et les armes de l’affirmation, ou de l’illusion de la sécurité nationale… car ces armes-là, en effet, n’empêchent pas la guerre, mais elles portent le risque de catastrophes. Nombre de voix politiques du Sud ont rappelé de façon très appropriée que l’enjeu nucléaire doit d’abord être considéré comme une exigence de sécurité collective. Voilà qui est essentiel : la sécurité collective. La responsabilité collective. Face au risque nucléaire, il n’y a pas d’autre « vision » pertinente que celle-ci… C’est aussi la signification du Traité d’interdiction des armes nucléaires.
DOCUMENT :
Vision des chefs d’État et de gouvernement du G7 de Hiroshima sur le désarmement nucléaire.19 mai 2023
Nous, chefs d’État et de gouvernement du G7, nous sommes réunis en une occasion historique à Hiroshima, qui avec Nagasaki nous rappelle les destructions sans précédent et les terribles souffrances endurées par la population de ces deux villes suite aux bombardements atomiques de 1945. En cette occasion empreinte de solennité et de recueillement, nous réaffirmons dans le présent document des chefs d’État et de gouvernement du G7, le premier du genre consacré spécifiquement au désarmement nucléaire, notre volonté de parvenir à un monde sans armes nucléaires avec une sécurité non diminuée pour tous.
Nous soulignons l’importance de la période de non-emploi des armes nucléaires qui dure depuis 77 ans. La rhétorique nucléaire irresponsable de la Russie, qui fragilise les régimes de maîtrise des armements, et sa volonté affichée de déployer des armes nucléaires en Biélorussie sont dangereuses et inacceptables. Nous rappelons la déclaration de Bali de tous les chefs d’État et de gouvernement du G20, y compris la Russie. À cet égard, nous réaffirmons que les menaces d’emploi d’armes nucléaires de la Russie, et a fortiori tout emploi d’armes nucléaires par la Russie, dans le contexte de son agression contre l’Ukraine, sont inadmissibles. Nous rappelons la déclaration commune des chefs d’État et de gouvernement des pays du P5 pour prévenir la guerre nucléaire et éviter les courses aux armements, en date du 3 janvier 2022, et nous réaffirmons qu’une guerre nucléaire ne peut être gagnée et ne doit jamais être menée. Nous appelons la Russie à se réengager, dans ses paroles et dans ses actes, en faveur des principes inscrits dans cette déclaration. Nos politiques de sécurité sont fondées sur le principe selon lequel les armes nucléaires, aussi longtemps qu’elles existeront, sont destinées à répondre à des objectifs défensifs, à dissuader une agression et à prévenir la guerre et la coercition.
La réduction générale des arsenaux nucléaires dans le monde depuis la fin de la guerre froide doit se poursuivre et la tendance ne doit pas en être inversée. Le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) doit être respecté en tant qu’il constitue la pierre angulaire du régime mondial de non-prolifération nucléaire et le fondement sur lequel poursuivre le désarmement nucléaire et les usages pacifiques de l’énergie nucléaire. Nous réaffirmons notre attachement à l’objectif ultime d’un monde sans armes nucléaires, avec une sécurité non diminuée pour tous, grâce à une approche réaliste, pragmatique et responsable. À cet égard, le plan d’action d’Hiroshima adopté par le Japon représente une contribution bienvenue. Nous déplorons vivement la décision de la Russie de remettre en question le nouveau Traité de réduction des armements stratégiques (New START) et nous appelons cette dernière à permettre un retour à la pleine mise en œuvre de ce traité. Parallèlement, l’accélération par la Chine de l’augmentation de son arsenal, sans transparence ni dialogue significatif constitue une préoccupation pour la stabilité mondiale et régionale.
Nous soulignons que la transparence est essentielle en matière d’armes nucléaires et nous saluons les mesures déjà prises par les États-Unis, la France et le Royaume-Uni pour promouvoir des mesures de transparence efficaces et responsables en fournissant des données sur leurs forces nucléaires et la taille objective de leur arsenal nucléaire. Nous appelons les États dotés d’armes nucléaires qui ne l’ont pas encore fait à suivre cet exemple. Pour promouvoir la transparence, nous appelons les États dotés d’armes nucléaires qui ne l’ont pas encore fait à nouer un dialogue constructif avec les États non dotés d’armes nucléaires en se montrant transparents sur leur arsenal nucléaire et en limitant la compétition nucléaire, notamment au moyen d’une présentation publique de leurs rapports nationaux accompagnée d’une discussion interactive avec les États non dotés d’armes nucléaires et les représentants de la société civile lors des prochaines réunions du TNP portant sur ce thème. À cet égard, nous soulignons l’intérêt de pré-notifier les activités stratégiques pertinentes afin de contribuer de manière importante à la réduction des risques. Le G7 reconnait la nécessité pour les États dotés d’armes nucléaires de prendre des mesures concrètes pour réduire les risques stratégiques. Nous demandons à la Chine et à la Russie de prendre part aux travaux de fond des enceintes multilatérales et bilatérales concernées, conformément à leurs obligations en vertu du TNP, notamment son article VI.
Nous appelons à l’ouverture immédiate de négociations, qui n’ont que trop tardé, sur l’élaboration d’un Traité interdisant la production de matières fissiles pour des armes nucléaires et autres dispositifs explosifs nucléaires (TIPMF). 2023 marque le 30eanniversaire de l’adoption consensuelle par l’Assemblée générale des Nations Unies de la résolution appelant à l’élaboration d’un tel traité, et nous demandons instamment à l’ensemble des pays d’accorder à nouveau une attention politique à l’objectif prioritaire que constitue le TIPMF pour empêcher une nouvelle course aux armements nucléaires, en déployant également tous les efforts nécessaires, indépendamment ou de manière complémentaire. À cet effet, nous appelons tous les États qui ne l’ont pas encore fait à déclarer et à maintenir des moratoires volontaires sur la production de matières fissiles pour des armes nucléaires et autres dispositifs explosifs nucléaires.
Nous sommes fermement convaincus qu’aucun État ne devrait procéder à une explosion expérimentale d’arme nucléaire ou autre explosion nucléaire, nous condamnons toute menace proférée à ce sujet, et nous soulignons qu’il est également urgent que le Traité d’interdiction complète des essais nucléaires (TICE) entre en vigueur. Nous demeurons attachés à faire respecter la norme internationale interdisant les explosions expérimentales d’armes nucléaires jusqu’à ce qu’elle devienne juridiquement contraignante et nous appelons tous les États à déclarer de nouveaux moratoires sur les explosions expérimentales d’armes nucléaires ou toute autre explosion nucléaire ou à maintenir ceux qui existent. Le fait que la Russie se dise prête à conduire un essai nucléaire suscite notre préoccupation et nous appelons cette dernière à respecter son moratoire sur les essais nucléaires. Nous soulignons également le rôle essentiel de la Commission préparatoire de l’Organisation du TICE (OTICE) pour détecter partout dans le monde les explosions nucléaires soupçonnées et en rendre compte. Le soutien collectif du G7 aux activités de l’OTICE s’élève en 2023 à plus de 100 millions de dollars des États-Unis. Nous réaffirmons l’engagement du G7 de fournir des ressources suffisantes pour garantir la poursuite du fonctionnement et la viabilité à long terme de tous les éléments du système de vérification du TICE et nous appelons les autres Etats à faire de même.
La non-prolifération nucléaire est indispensable pour parvenir à un monde sans armes nucléaires. Nous réaffirmons notre détermination sans faille à parvenir à l’abandon complet, vérifiable et irréversible par la Corée du Nord de ses armes nucléaires et de ses programmes nucléaires existants, ainsi que de toute autre arme de destruction massive et de tous ses programmes de missiles balistiques, conformément aux résolutions pertinentes du Conseil de sécurité des Nations Unies. Nous demandons à la Corée du Nord de s’abstenir de tout nouvel acte de déstabilisation ou de provocation, notamment de tout nouvel essai nucléaire ou tir recourant à la technologie des missiles balistiques. La Corée du Nord ne peut pas obtenir, et n’obtiendra jamais, le statut d’État doté d’armes nucléaires en vertu du TNP. Il est essentiel que les sanctions soient mises en œuvre pleinement et rigoureusement par tous les États et demeurent en vigueur aussi longtemps que les programmes d’armes de destruction massive et de missiles balistiques de la Corée du Nord continueront d’exister. Nous demeurons profondément préoccupés par l’escalade ininterrompue du programme nucléaire iranien, qui ne repose sur aucune justification civile crédible et qui se rapproche dangereusement d’activités effectivement liées à l’armement. Nous réaffirmons notre détermination sans équivoque à faire en sorte que l’Iran ne puisse jamais développer une arme nucléaire et nous appelons tous les pays à soutenir la mise en œuvre de la résolution 2231 du Conseil de sécurité des Nations Unies. Nous demandons instamment à l’Iran de mettre un terme à son escalade nucléaire. Nous appelons l’Iran à respecter ses obligations juridiques et ses engagements politiques en matière de non-prolifération nucléaire sans plus tarder. Une solution diplomatique reste la meilleure solution pour mettre un terme aux préoccupations internationales concernant le programme nucléaire de l’Iran. Dans ce contexte, le Plan d’action global commun constitue toujours une référence utile. Nous demandons à l’Iran de respecter ses obligations et les engagements qu’il a pris au titre des garanties en prenant rapidement des mesures concrètes. Nous saluons et continuons de soutenir pleinement les mandats et efforts essentiels de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) en Iran.
Dans cette période d’incertitude et de tensions, il est extrêmement important de préserver, de bien doter et de renforcer les régimes existants et les autres efforts déployés sur le plan international. Nous exhortons tous les États à assumer leurs responsabilités de manière sérieuse en promouvant les usages pacifiques de l’énergie, de la science et de la technologie nucléaires, notamment s’agissant de la mise en œuvre des technologies nucléaires de nouvelle génération, afin de respecter les normes les plus rigoureuses en matière de garanties, de sûreté et de sécurité. Nous exprimons en outre notre vive préoccupation face à la tentative de la Russie de prendre le contrôle des installations nucléaires de l’Ukraine, ce qui fait peser de graves risques sur la sûreté et la sécurité et est totalement contraire au droit de l’Ukraine en vertu du TNP d’utiliser l’énergie nucléaire à des fins pacifiques. Nous réaffirmons qu’il est essentiel de mettre en œuvre les normes les plus rigoureuses au titre des garanties de l’AIEA et de parvenir à l’universalisation du Protocole additionnel, qui constituent des éléments fondamentaux du régime de non prolifération nucléaire. Nous promouvrons une chaîne d’approvisionnement nucléaire fiable et responsable, respectant les normes les plus exigeantes en matière de non-prolifération nucléaire, notamment le Protocole additionnel de l’AIEA. Nous sommes favorables à la poursuite des discussions au sein du Groupe des fournisseurs nucléaires (NSG) pour que le Protocole additionnel constitue une condition de fourniture dans les Directives du Groupe. Les pays du G7 qui choisissent de recourir à l’énergie nucléaire ou à des applications nucléaires pacifiques connexes reconnaissent que l’utilisation de l’énergie, de la science et des technologies nucléaires contribue à fournir une énergie bas carbone à un coût abordable. Nous notons la contribution des applications des technologies nucléaires, dans des domaines comme la médecine ou l’hydrologie isotopique, à la réalisation de la prospérité et des Objectifs de développement durable des Nations Unies. Nous réaffirmons notre attachement inébranlable au Partenariat mondial contre la prolifération des armes de destruction massive et des matières connexes conduit par le G7, qui a permis, depuis plus de 20 ans, de mettre en œuvre des programmes concrets suivis d’effets pour faire progresser la non-prolifération nucléaire partout dans le monde.
Nous soulignons que la transparence de la gestion du plutonium civil doit être maintenue. Nous sommes opposés à toute tentative de produire ou de soutenir la production de plutonium destiné à des programmes militaires sous couvert de programmes civils, ce qui compromet les objectifs du TNP, notamment la promotion des utilisations pacifiques de l’énergie nucléaire. À cet égard, nous insistons sur la nécessité de mettre en œuvre les Directives relatives à la gestion du plutonium (INFCIRC/549). Nous appelons tous les États qui se sont engagés à faire des rapports annuels à l’AIEA sur la quantité de plutonium qu’ils détiennent et utilisent dans leurs activités nucléaires pacifiques à respecter leurs engagements. Nous sommes conscients de la nécessité de gérer les réserves civiles d’uranium hautement enrichi de manière aussi responsable que le plutonium faisant l’objet de ces Directives. Nous nous engageons aussi à faire des efforts visant à réduire, partout dans le monde, la production et l’accumulation à des fins civiles de matières nucléaires susceptibles d’être utilisées pour des armes, une priorité.
L’avènement du monde que nous souhaitons, en faisant de notre idéal une réalité, requiert des efforts de tous, même si la voie y conduisant est étroite. Dans cette perspective, nous soulignons combien l’éducation et la sensibilisation au désarmement et à la non-prolifération sont importantes. Nous encourageons les autres dirigeants, les jeunes et l’ensemble des personnes de par le monde à visiter Hiroshima et Nagasaki pour faire connaître et conserver à l’esprit les réalités de l’utilisation des armes nucléaires dont ces deux villes témoignent. À cet effet, nous accueillons favorablement des initiatives telles que le « Fonds des jeunes leaders pour un monde exempt d’armes nucléaires » du Japon, le « réseau des jeunes professionnels » du P5, les « jeunes champions du désarmement » financé par l’Allemagne et « l’initiative des jeunes-femmes et de la nouvelle génération » mise en place par le consortium de l’UE chargé de la non-prolifération et du désarmement, ainsi que d’autres initiatives qui soutiennent la participation pleine, égale et active des femmes ainsi que de la société civile aux processus de désarmement et de non-prolifération.
Alors que les chefs d’État et de gouvernement du G7 se réunissent cette semaine à Hiroshima (19 et 21 mai 2023), l’un des deux seuls sites où l’on a pu constater les conséquences catastrophiques de l’utilisation d’armes nucléaires dans un conflit, plus de 200 dirigeants et experts de 50 États mettent en garde contre la volonté de séparer la maîtrise des armements nucléaires de la compétition entre grandes puissances.
Dans une déclaration commune coordonnée par l’European Leadership Network et l’Asia Pacific Leadership Network, quelque 26 anciens ministres des affaires étrangères et de la défense, six anciens chefs d’État, plus de 30 anciens ambassadeurs, de nombreux experts et universitaires de haut niveau et des dizaines d’anciens hauts fonctionnaires, y compris d’anciens secrétaires généraux de l’OTAN, secrétaires généraux adjoints et membres d’état-majors, dont le Commandant suprême des forces alliées en Europe (SACEUR), plaident en faveur d’une priorité en faveur de la maîtrise des armements nucléaires.
Les recommandations portent notamment sur la poursuite par la Russie et les États-Unis d’un cadre succédant au Traité New START, et sur la réaffirmation par tous les États de leur engagement à ne pas tester d’armes nucléaires et à déployer des efforts concertés en vue de l’entrée en vigueur du traité d’interdiction complète des essais nucléaires (CTBT).
Aux heures les plus sombres de la guerre froide, l’Union soviétique et les États-Unis ont pu discuter et s’entendre sur des mesures visant à réduire les risques de guerre nucléaire. Cette déclaration, approuvée par des contacts en Chine, en France, en Russie, au Royaume-Uni et aux États-Unis – les cinq États reconnus comme détenteurs d’armes nucléaires dans le cadre du traité de non-prolifération – soutient le retour à cette diplomatie et la protection du contrôle des armes nucléaires en tant qu’impératif mondial.
Sir Adam Thomson KCMG Directeur, European Leadership Network (ELN) Réseau européen pour le leadership 8 St James’s Square Londres, Royaume-Uni, SW1Y 4JU Royaume-Uni
Déclaration du 17 mai 2023 : Protéger le contrôle des armes nucléaires est un impératif mondial
Le monde a cruellement besoin de davantage de contrôle des armements nucléaires, et non de moins de contrôle (1).
En tant que responsables de la politique de sécurité de 50 pays d’Europe, d’Amérique du Nord, d’Asie et du Pacifique, nous appelons les dirigeants de la Russie, des États-Unis, de la Chine, de la France et du Royaume-Uni à veiller à ce que la maîtrise des armements nucléaires ne soit pas une nouvelle victime des compétitions géopolitiques.
En janvier de l’année dernière, ces cinq dirigeants ont déclaré que la réduction des risques stratégiques et la prévention de la guerre entre les États dotés d’armes nucléaires étaient leurs principales responsabilités, et qu’une guerre nucléaire ne pouvait jamais être gagnée et ne devait jamais être menée. En novembre 2022, les dirigeants du G20 (dont les États-Unis, la Russie, la Chine, la France, le Royaume-Uni et l’Inde) sont collectivement convenus que l’utilisation ou la menace d’utilisation d’armes nucléaires est inadmissible.
Pourtant, les pourparlers sur la stabilité stratégique entre les États-Unis et la Russie sont dans les limbes et le nouveau traité START, qui a joué un rôle indispensable pour garantir la sécurité réciproque, est désormais remis en question. Seul accord de contrôle des armes nucléaires existant entre les États-Unis et la Russie, les deux plus grands pays dotés d’armes nucléaires au monde, l’effondrement ou l’expiration du traité sans remplacement menacerait d’entraîner une course aux armements déstabilisante.
Si l’on ne parvient pas à s’entendre sur un nouveau cadre de contrôle des armes nucléaires pour remplacer le Nouveau START avant son expiration en février 2026, il sera également plus difficile d’amener la Chine, la France et le Royaume-Uni à participer au contrôle multilatéral des armes, car ces trois pays ne sont pas prêts à envisager des limites à leurs arsenaux nucléaires tant que les États-Unis et la Russie n’auront pas réduit leurs stocks d’armes nucléaires.
L’aggravation de la concurrence entre les grandes puissances a rendu encore plus difficile la progression de la maîtrise des armements nucléaires et de la réduction des risques en général, par exemple dans le cadre du traité de non-prolifération nucléaire. Le non-respect des obligations découlant de ce traité affaiblit notre sécurité nationale et collective, et ne répond pas à l’exigence d’une responsabilité d’État.
Nous avons des points de vue très différents sur les droits et les inconvénients de la concurrence géopolitique actuelle. Mais nous sommes tous d’accord pour dire qu’il est grand temps de commencer à donner la priorité au contrôle des armes nucléaires et de prendre des mesures unilatérales, bilatérales et multilatérales.
Nous appelons les États du P5 dotés d’armes nucléaires à prendre des mesures pour entamer des pourparlers sur la stabilité stratégique à différents niveaux et à reprendre les pourparlers sur la réduction des risques stratégiques dans le cadre du P5.
Nous demandons à la Russie et aux États-Unis de compartimenter la maîtrise des armements nucléaires :
– en confirmant qu’ils ne dépasseront pas les limites fixées par le nouveau traité START pour les forces nucléaires déployées, qui n’ont pas été violées jusqu’à présent
– en acceptant de lever les obstacles à la pleine mise en œuvre de leurs obligations dans le cadre du New START et en reprenant les travaux de la Commission consultative bilatérale
– en s’engageant à poursuivre des négociations de bonne foi sur un cadre succédant au New START avant son expiration en 2026.
Nous appelons tous les États signataires du traité d’interdiction complète des essais nucléaires, ainsi que les autres États qui ne l’ont pas encore fait, à réaffirmer leur engagement à ne pas procéder à des essais d’armes nucléaires et à déployer des efforts concertés en vue de l’entrée en vigueur du traité.
1) Notons que cette exigence positive et urgente du contrôle des armes nucléaires à des fins de sécurité collective n’est en rien contradictoire, mais au contraire complémentaire de la perpective nécessaire de leur élimination, comme le prévoit le Traité d’interdiction des armes nucléaires adopté et légitimé dans le cadre de l’ONU.
Signatures :
★ désigne les membres du Réseau européen de leadership
◊ désigne les membres du réseau des dirigeants de la région Asie-Pacifique TNP États dotés d’armes nucléaires
Chine
Prof. Chen Dongxiao, President, Shanghai Institute for International Studies (SIIS) ◊
Dr Cui Liru, Senior Advisor to the China Institute of Contemporary International Relations ◊
Dr Hu Yumin, Senior Research Fellow, Grandview Institute ◊
Prof. Shen Dingli, Professor and former executive dean at Fudan University’s Institute of International Studies and former Director of the Center for American Studies ◊
Dr Tong Zhao, visiting research scholar at the Program on Science and Global Security at Princeton University and Senior Fellow at the Nuclear Policy Program of the Carnegie Endowment for International Peace, China ◊
Prof. Yu Tiejun, Professor of International relations, Peking University
France
Benoit d’Aboville, former French PermRep at NATO and Associate researcher at FRS, Paris ★
Dr Isabelle Facon, Deputy Director, Fondation pour la Recherche Stratégique, FRS
Dr Juliette Faure, Research and Teaching Fellow, Université Paris II Panthéon-Assas (YGLN) ★
Dr Marc Finaud, Associate Fellow, Geneva Centre for Security Policy (GCSP), Vice President, Initiatives pour le désarmement nucléaire (IDN)
Benjamin Hautecouverture, Senior research fellow, Fondation pour la Recherche Stratégique, FRS
Prof. Francois Heisbourg, Senior Advisor for Europe at the International Institute for Strategic Studies and Special Advisor at Fondation pour la Recherche Stratégique ★
Pierre Lellouche, former Minister for Foreign Trade ★
General (ret) d’armée aérienne Bernard Norlain, Président Initiatives pour le Désarmement Nucléaire-IDN ★
Russia
Dr Alexey Arbatov, Head of the Center for International Security at the Primakov National Research Institute of World Economy and International Relations ★
Prof. Vladimir Baranovsky, Academic Director of the Centre for situation analysis at the Primakov National Research Institute of World Economy and International Relations (IMEMO)
Dr Alexey Gromyko, Director, Institute of Europe of the Russian Academy of Sciences ★
Dr Evgenia Issraelyan, Leading Researcher at the Arbatov Institute for US and Canada Studies, Russian Academy of Sciences, (ISKRAN)
Dr Victor Mizin, Leading Researcher at the Primakov Institute of World Economy and International Relations (IMEMO) of the Russian Academy of Sciences
Pavel Palazhchenko, Head of International and Media Relations, The Gorbachev Foundation
Dr Sergey Rogov, Academic Director of the Institute for the US and Canadian Studies of the Russian Academy of Science (ISKRAN) ★
Dr Pavel Sharikov, Institute of Europe, Russian Academy of Sciences (YGLN) ★
Dr Nikolai Sokov, Senior Fellow, Vienna Center for Disarmament and Nonproliferation
Dr Nadezhda Shvedova, Doctor of Political Sciences, Professor, Chief Researcher of the Institute for the United States and Canada Academician G.A. Arbatov of the Russian Academy of Sciences (ISKRAN)
Prof. Andrei Zagorski, Head of the Department of Arms Control and Conflict Resolution od the Center for International Security at the Primakov National Research Institute of World Economy and International Relations (IMEMO)
Natalia Zhurina, Nuclear Policy Expert (YGLN) ★
Major General (Ret.) Pavel Zolotarev, former Head of the Department of the Defence Council of the Russian Federation
United Kingdom
Rt. Hon Lord (James) Arbuthnot of Edrom, Conservative Peer in the House of Lords (UK) ★
Sir Laurie Bristow, former Ambassador and Senior Associate Fellow ★
Sebastian Brixey-Williams, Executive Director, BASIC (YGLN) ★
Lord (Des) Browne of Ladyton, former Secretary of State for Defence and Chairman of the European Leadership Network ★
Rt Hon Alistair Burt, former Minister of State for the Middle East and former Under Secretary of State, Foreign and Commonwealth Office ★
Lord (Menzies) Campbell, Member of the House of Lords and former leader of the Liberal Democrats ★
Rt. Hon Charles Clarke, former Home Secretary ★
Lord (David) Hannay of Chiswick, former Ambassador and Peer in the House of Lords ★
Sir Chris Harper KBE FRAeS, former Director General, NATO International Military Staff
Andrew Jones, Network Engagement and Digital Coordinator, European Leadership Network ★
Lord (John) Kerr, Independent Member, House of Lords; former Ambassador and Secretary-General, EU Convention ★
Esther Kersley, Commissioning Editor, European Leadership Network ★
Jane Kinninmont, Impact and Policy Director, European Leadership Network ★
Lord (Tom) King of Bridgwater, former Defence Secretary and Member of the House of Lords ★
Simon Lunn, former Secretary General of the NATO Parliamentary Assembly. Senior Associate Fellow ★
Tom McKane, former Director General Security Policy, Ministry of Defence ★
Dr Ziya Meral, ELN Senior Associate Fellow ★
Baroness (Pauline) Neville-Jones, former Security Minister ★
Lord (David) Owen, UK Foreign Secretary 1977-79; EU peace negotiators for the former Yugoslavia 1992-95 ★
Lord (Martin) Rees, former President of the Royal Society and Master of Trinity College, Cambridge★
Sir Malcolm Rifkind, former Foreign Secretary and former Chairman of the Intelligence and Security Committee of Parliament ★
Sir John McLeod Scarlett, former Chief of the British Secret Intelligence Service
Sir Graham Stacey, ELN Fellow and former COS NATO Allied Command Transformation, and DCOM NATO Joint Force Command Brunssum ★
Sophie-Jade Taylor, Senior Network Development and Communications Manager, European Leadership Network (ELN) ★
Sir Adam Thomson, Director, European Leadership Network (ELN) ★
Lord (David) Triesman, Member of the House of Lords; former Under-Secretary of State for Foreign and Commonwealth Affairs ★
Dr John R Walker, former Head of the Arms Control and Disarmament Research Unit, UK Foreign and Commonwealth Office, currently Senior Research Associate, European Leadership Network ★
Lord (William) Wallace, Liberal Democrat Member of the House of Lords ★
Admiral Alan West, former Head of the UK Navy, Security Minister and Cyber Security Minister ★
Nicholas Williams, OBE, Vice-President CERIS-ULB Diplomatic School of Brussels and Senior Associate Fellow ★
United States
James Acton, Co-director, Nuclear Policy Program, Carnegie Endowment for International Peace
General (ret.) John Rutherford Allen, USMC, Commander, NATO International Security Assistance Force and U.S. Forces Afghanistan, 2011-2013
Steve Andreasen, National Security Consultant, Nuclear Threat Initiative; and former Director for Defense Policy and Arms Control, National Security Council
Dr Emma Belcher, President, Ploughshares Fund
General Philip Breedlove, USAF, EASLG, Supreme Allied Commander Europe #17
Dr Pierce S. Corden, expert advisor, Holy See Mission to the UN, and former Division Chief, U.S. Arms Control and Disarmament Agency
Thomas Countryman, former United States Assistant Secretary of State for International Security and Non-proliferation
Kelsey Davenport, Director for Nonproliferation Policy, Arms Control Association
Major General (ret.) Gordon B. Davis Jr. Senior Fellow Center for European Policy Analysis, Former Deputy Assistant Secretary General for Defence Investment
Samuel Driver, PhD Candidate, Slavic Studies, Brown University (YGLN) ★
Prof Steve Fetter, University of Maryland
Prof Nancy Gallagher, Research Professor of Public Policy, University of Maryland
Dr Joseph Gerson, President, Campaign for Peace, Disarmament and Common Security
Derek Johnson, Managing Partner, Global Zero
Brigadier (ret) Feroz Hassan Khan, former Brigadier in the Pakistan Army and former Director of Arms Control and Disarmament Affairs, Strategic Plans Division, Joint Services Headquarters, Pakistan
Daryl G. Kimball, Executive Director, Arms Control Association
Douglas Lute, former US Ambassador to NATO
Sam Nunn, Co-Chair, Nuclear Threat Initiative; and former U.S. Senator
Steven Pifer, former Ambassador and former Senior Director for Russia, Ukraine and Eurasia on the National Security Council; Affiliate, Center for International Security and Cooperation, Stanford University and nonresident senior fellow, Brookings Institution
Prof William Potter, Sam Nunn and Richard Lugar Professor of Nonproliferation Studies, Middlebury Institute of International Studies at Monterey
Joan Rohlfing, President and COO, Nuclear Threat Initiative
Brigadier General (ret.) Kevin Ryan, Senior Fellow, Harvard Kennedy School Belfer Center and former Defense Attache to Moscow ◊
Sahil V. Shah, Senior Fellow and Program Manager, The Janne E. Nolan Center on Strategic Weapons, The Council on Strategic Risks ★
Dr Elena K. Sokova, Executive Director, Vienna Center for Disarmament and Non-Proliferation
Greg Thielmann, Former Director, Office of Strategic, Proliferation, and Military Affairs. Bureau of Intelligence and Research, Department of State
Dr Harlan Ullman, Chairman of the Killowen Group and Senior Advisor, The Atlantic Council
Alexander Vershbow, former NATO Deputy Secretary General; former Ambassador to Russia and South Korea; Distinguished Fellow, Atlantic Council
Prof Jingdong Yuan, former Director of the East Asia Nonproliferation Program, Middlebury Institute of International Studies; Associate Professor, Discipline of Government and International Relations and Member of the China Studies Centre, the University of Sydney
Nationality (and alphabetically)
Albania
Fatmir Mediu MP, former Defence Minister ★
Argentina
Irma Arguello, Head to the Secretariat, LALN, Latin American and Caribbean Leadership Network; founder and chair, Non-proliferation for Global Security Foundation, (NPSGlobal)
Australia
Hon Julie Bishop, Chancellor, The Australian National University, former Minister for Foreign Affairs
John Carlson, former Director-General of the Australian Safeguards and Non-Proliferation Office ◊
Prof Simon Chesterman, David Marshall Professor of Law & Vice Provost, National University of Singapore
Hon Gareth Evans, former Minister for Foreign Affairs ◊
Prof Trevor Findlay, Principal Fellow, School of Social and Political Sciences, University of Melbourne ◊
John Hallam, Australian Coordinator PNND, People for Nuclear Disarmament UN Nuclear Weapons Campaigner
Prof Marianne Hanson, Associate Professor, School of Political Science and International Studies ◊
Dr Peter Hayes, Honorary Professor, Center for International Security Studies, Sydney University, Australia and Director, Nautilus Institute in Berkeley, California ◊
Hon Robert Hill, former Minister for Defence Australia ◊
Amb Michael Kirby, former Chair of the UN Commission of Inquiry on Human Rights in North Korea ◊
Amb John McCarthy, former Ambassador to Vietnam, Mexico, Thailand, the United States, Indonesia and Japan and High Commissioner to India ◊
Hon Melissa Parke, former Minister for International Development ◊
Hon Christopher Pyne, 54th Australian Defence Minister
Amb Gary Quinlan AO, former Australian Ambassador to the United Nations and representative on the Security Council ◊
Dr Lauren Richardson, Lecturer, Department of International Relations, The Australian National University
Senator David Shoebridge, Australian Greens Senator for New South Wales
Hon Senator Jordon Steele-John, Senator for Western Australia, Australian Greens
Hon Natasha Stott Despoja AO, former Senator for South Australia, former Leader of the Australian Democrats, former Australian ambassador for women and girls, and former Chair of Our Watch ◊
Amb John Tilemann, former Australian Deputy Permanent Representative to the International Atomic Energy Agency (IAEA) ◊
Belarus
Dr Yauheni Preiherman, Director, Minsk Dialogue Council on International Relations, co-chair, YGLN ★
Belgium
Dr Ilana Bet-El, Visiting Senior Fellow, KCL and former UN Senior Advisor on the Balkans ★
Bulgaria
Dr Solomon Passy, Founding President, Atlantic Club of Bulgaria ★
Canada
Dr Zachary Paikin, Researcher, Centre for European Policy Studies, Belgium (YGLN) ★
Croatia
Prof. Ivo Slaus, Honorary President of the World Academy of Art and Science and Honorary Member of the Club of Rome ★
Czech Republic
Jan Kavan, former Minister of Foreign Affairs and Deputy Prime Minister; former President of the UN General Assembly ★
Denmark
Mogens Lykketoft, former Minister (Finance, Foreign); Speaker and President of the UN General Assembly ★
East Timor
Dionísio Babo Soares, former Minister of Foreign Affairs ◊
Finland
Dr Tarja Cronberg, former Member of Parliament, MEP, and SIPRI Distinguished Fellow ★
Dr Raimo Väyrynen, former President of the Academy of Finland, Professor emeritus of the University of Helsinki ★
Germany
Dr Stefanie Babst, former NATO Deputy Assistant Secretary and ELN Senior Associate Fellow ★
Lt. General (ret) Heinrich Brauss, former NATO Assistant Secretary General for Defence Policy and Planning ★
Dr Tobias Fella, Head, Challenges to Deep Cuts Project
Dr Alexander Graef, Senior Researcher, Institute for Peace Research and Security Policy at the University of Hamburg (IFSH) (YGLN) ★
Amb. Wolfgang Ischinger, President of the Foundation Council, Munich Security Conference Foundation; former Chairman of the Munich Security Conference ★
Dr Angela Kane, former UN High Representative for Disarmament Affairs ★
Roderich Kiesewetter, CDU member of the Bundestag and former General Staff Officer of the Bundeswehr ★
Dr Reinhard Krumm, Friedrich-Ebert-Stiftung, founder of the FES Regional Office for Security and Peace in Europe
Rüdiger Lüdeking, former Ambassador and Deputy Commissioner of the Federal Government for Disarmament and Arms Control
Dr Oliver Meier, Research and Policy Director, European Leadership Network ★
Dr Marion Messmer, Senior Research Fellow, International Security Programme, Chatham House
General (ret) Klaus Naumann, former Chief of Staff of the German armed forces; former Chairman of the NATO Military Committee ★
Amb. Rolf Nikel, Vice President German Council on Foreign Relations and former Federal Government Commissioner for Arms Control and Disarmament
Dr Hanna Notte, Senior Associate, Vienna Center for Disarmament and Non-Proliferation; Senior Associate, CSIS
Prof. Götz Neuneck, Co-Chair, Federation of German Scientists
Colonel GS (ret) Wolfgang Richter, former senior military advisor to German UN/CD and OSCE Representations
Dr Norbert Röttgen, Member of the German Parliament (CDU) ★
Nils Schmid, Member of the German Parliament and Foreign Policy Spokesman of the SPD Parliamentary Group ★
Ulf Schneider, President and Founder, SCHNEIDER GROUP ★
Brigadier General (ret) Reiner Schwalb, Vice President German Association for Security Policy and former DEU Defence Attachè to Moscow
Elisabeth Suh, Research Fellow, German Council on Foreign Relations (YGLN) ★
Maren Vieluf, Policy Consultant, International Campaign to Abolish Nuclear Weapons (YGLN) ★
Karsten D Voigt, Former German-American Coordinator and former President of the Parliamentary Assembly of NATO ★
Brigadier General (ret.) Dr Klaus Wittmann, Lecturer in Contemporary History, Potsdam University★
Georgia
Tedo Japaridze, former Minister of Foreign Affairs ★
Greece
Spiros Lampridis, former Permanent Representative of Greece to NATO ★
Hungary
Balazs Csuday, former Ambassador and Permanent Representative to the United Nations and International Organisations, Vienna ★
Dr János Martonyi, former Minister of Foreign Affairs ★
India
Commodore (ret.) C Uday Bhaskar, Director of the Society for Policy Studies (SPS), New Delhi ◊
Amb. Neelam Deo, Co-founder Gateway House, Indian Council on Global Relations ◊
Prof Happymon Jacob, Associate Professor of disarmament studies at the School of International Studies, Jawaharlal Nehru University, New Delhi
Lt Gen (ret.) Prakash Menon, former Military Adviser, National Security Council Secretariat (NSCS) and Director, Strategic Studies Programme, The Takshashila Institution
Sylvia Mishra, Senior Associate at the Institute for Security and Technology (IST), Policy Advisor at the European Leadership Network (ELN), and Chair CBRN Working Group at Women of Color Advancing Peace & Security (WCAPS) ★
Dr Rajeswari Pillai Rajagopalan, Director, Center for Security, Strategy & Technology (CSST), Observer Research Foundation ◊
Dr Manpreet Sethi, Distinguished Fellow at the Centre for Air Power Studies, New Delhi ◊
Air Chief Marshal (ret.) Shashi Tyagi, former chief of the Indian Air Force ◊
Prof Arun Vishwanathan, Associate Professor, Central University of Gujarat, India ◊
Dr Sundeep Waslekar, President, Strategic Foresight Group
Indonesia
Dr Marty Natalegawa, former Minister for Foreign Affairs and Chair of the Asia Pacific Leadership Network (APLN) ◊
Ireland
Mary Robinson, former President and Chair of the Elders
Italy
Giancarlo Aragona, former Ambassador to Moscow and London ★
Prof. Francesco Calogero, Emeritus Professor of Theoretical Physics, University of Rome La Sapienza ★
Marta Dassù, Senior Advisor for European Affairs, The Aspen Institute ★
Admiral (ret.) Giampaolo Di Paola, former Minister of Defence and former Chairman of NATO Military Committee ★
Alice Saltini, Research Coordinator, European Leadership Network ★
Prof. Carlo Schaerf, Professor of Physics (ret.), University of Rome TV ★
Stefano Stefanini, Atlantic Council, European Leadership Network, ISPI, former PermRep to NATO and Diplomatic Advisor to the President of Italy ★
Dr Nathalie Tocci, Director, Istituto Affari Internazionali ★
Amb Carlo Trezza, Scientific Advisor of Istituto Affari Internazionali, former Ambassador for Disarmament and Nonproliferation, former chairman of MTCR, UN secretary general’s Advisory Board for Disarmament Affairs, the Conference on Disarmament ★
Dr Lia Quartapelle, PD Member of the Chamber of Deputies ★
Japan
Amb Nobuyasu Abe, former United Nations Under-Secretary-General for Disarmament Affairs ◊
Doden Aiko, Special Affairs Commentator with NHK World TV ◊
Prof Nobumasa Akiyama, Professor at the School of International and Public Policy and the Graduate School of Law at Hitotsubashi University ◊
Prof Kiichi Fujiwara, Professor Emeritus, the University of Tokyo and Professor and Advisor to the President, Chiba University ◊
Prof Yoko Hirose, Professor, Faculty of Policy Management, Keio University
Mr Tadashi Inuzuka, Co-President of World Federalist Movement – Institute for Global Polity and the Executive Director of Coalition for 3+3 ◊
Amb Yoriko Kawaguchi, former Minister of Foreign Affairs ◊
Mr Akira Kawasaki, Executive Committee member of Peace Boat ◊
Amb Yasuyoshi Komizo, former Chairperson of the Hiroshima Peace Culture Foundation, former Special Assistant to the Director General of the International Atomic Energy Agency (IAEA)
Prof Wakana Mukai, Associate professor, Faculty of International Relations, Asia University
Dr Kunihiko Shimada, Principal Director, Hiroshima Organization for Global Peace (HOPe)
Ms Ayaka Shiomura, Member of the House of Councillors ◊
Prof Tatsujiro Suzuki, vice-director and professor of the Research Center for Nuclear Weapons Abolition, Nagasaki University (RECNA) ◊
Dr Takao Takahara, Senior Fellow, PRIME (International Peace Research Institute, Meiji Gakuin University)
Prof Fumihiko Yoshida, Director of the Research Center for Nuclear Weapons Abolition, Nagasaki University (RECNA) ◊
Governor Hidehiko Yuzaki, Governor of Hiroshima Prefecture ◊
Kiribati
Hon Tessie Eria Lambourne, member of the House of Assembly and Leader of the Opposition, formerly Kiribati’s Ambassador to the Republic of China from June 2018 to September 2019 and Secretary to the Cabinet ◊
Latvia
Imants Liegis, former Minister of Defence and Ambassador ★
Malaysia
Tan Sri Jawhar, former Chairman of the Institute of Strategic and International Studies Malaysia ◊
Marshall Islands
Ms Rhea Moss-Christian, former Chair of the Marshall Islands National Nuclear Commission ◊
Mexico
Ernesto Zedillo, former President of Mexico
Nepal
Amb Sujata Koirala, former Deputy Prime Minister and Minister for Foreign Affairs, Government of Nepal, Leader, Nepali Congress Party ◊
Amb Lucky Sherpa, former Member of Parliament, former Ambassador to Australia and New Zealand
Netherlands
Jan Hoekema, former MP, Ambassador, and Mayor ★
Bert Koenders, Professor Leiden University, former Minister of Foreign Affairs of the Netherlands and Under secretary General of the United Nations ★
New Zealand
Prof Robert Ayson, Professor of Strategic Studies, Victoria University of Wellington
Rt Hon. Helen Clark, former Prime Minister ◊
Dr Kevin Clements, Director the Toda Peace Institute
Hon Nikki Kaye, former Deputy Leader of the National Party, former Minister of Education and former Member of the New Zealand Parliament ◊
Dr Tanya Ogilvie-White, APLN Senior Research Adviser ◊
Ms Angela Woodward, Council Chair (Acting), Disarmament and Security Centre, Aotearoa New Zealand ◊
Nigeria
Dr Olamide Samuel, Special Advisor to the Executive Secretary, African Commission on Nuclear Energy (YGLN) ★
Norway
Kjell Magne Bondevik, former Prime Minister and founder and Emeritus Chair of the Oslo Center ★
Gro Harlem Brundtland, former Prime Minister ★
Pakistan
Dr Mansoor Ahmed, former Stanton and Postdoctoral Research Fellow with the Project on Managing the Atom/International Security Program at the Belfer Center (2015-2018)
Dr Rabia Akthar, Director, Centre for Security, Strategy and Policy Research at the University of Lahore
Prof Pervez Hoodbhoy, former member of the UN Secretary General’s Advisory Board on Disarmament (2013-2018) ◊
Gen (ret.) Jehangir Karamat, former Chief of Army Staff of the Pakistan Army ◊
Senator Mushahid Hussain Sayed, Chairman, Pakistan Senate Defence Committee & Former Minister for Information, Culture & Tourism.◊
Dr Adil Sultan Muhammad, Dean Faculty of Aerospace and Strategic Studies (FASS), Air University, Islamabad
Dr Abdul Hameed Nayyar, founding member of the International Panel on Fissile Materials
Dr Sadia Tasleem, Lecturer at the Department of Defense and Strategic Studies at Quaid-i-Azam University ◊
Philippines
Prof Mely Caballero-Anthony, Professor of International Relations, President’s Chair in International Relations and Security Studies, Associate Dean and Head of the Centre for Non-Traditional Security (NTS) Studies at the S. Rajaratnam School of International Studies, Nanyang Technological University, Singapore ◊
Poland
Adam Kobieracki, Ambassador and former NATO Assistant Secretary General for Operations ★
Dr Janusz Onyszkiewicz, former Minister of National Defence ★
Portugal
Dr Ricardo Baptista Leite, Politician, Medical Doctor, and founder and President of UNITE Parliamentarians for Global Health ★
Dr Aderito Vicente, Non-Resident Fellow, Odesa Center for Nonproliferation (OdCNP)
Republic of Korea
Lt Gen (ret.) In-Bum Chun, former Lieutenant General, ROK Army
Prof Jun Bong-geun, Professor, Institute of Foreign Affairs and National Security(IFANS), Korean National Diplomatic Academy (KNDA) ◊
Amb Kim Sung-hwan, former Minister of Foreign Affairs and Trade ◊
Dr Lee Sang Hyun, President, Sejong Institute ◊
Dr Sangsoo Lee, Associated Senior Fellow at the Institute for Security and Development Policy (ISDP), Stockholm
Prof Yongsoo Hwang, President of the Korean Institute of Nuclear Materials Management ◊
Prof Chungin Moon, former National Security Adviser to the President of the Republic of Korea ◊
Amb Kim Sook, former Korean Ambassador to the United Nations and Executive Director of Ban Ki-moon Foundation for a Better Future
Prof Man-Sung Yim, Professor, Department of Nuclear and Quantum Engineering, Director of Nuclear Nonproliferation Education and Research Center, Korea Advanced Institute of Science and Technology
Serbia
Konstantin Samofalov, former member of Parliament of Serbia, Socialdemocratic party Secretary General ★
Dr Goran Svilanović, former Minister of Foreign Affairs and former Secretary General of the Regional Cooperation Council ★
Singapore
Amb Kishore Mahbubani, Founding Dean of the Lee Kuan Yew School of Public Policy, National University of Singapore ◊
Amb Ong Keng Yong, 11th Secretary-General of ASEAN (2003-2007), Executive Deputy Chairman of the S. Rajaratnam School of International Studies at the Nanyang Technological University
Spain
Dr Mira Milosevich, Senior Analyst for Russia, Eurasia and the Balkans, Elcano Royal Institute ★
Dr Javier Solana, former Secretary General of NATO ★
Sweden
Dr Hans Blix, former Minister of Foreign Affairs and former Director General of the International Atomic Energy Agency (IAEA) ★
Ingvar Carlsson, former Prime Minister ★
Rolf Ekéus, former Chairman of UN Special Commission on Iraq, Chairman of SIPRI, Stockholm International Peace Research Institute ★
Sven Hirdman, former Ambassador to Russia, former Deputy Minister of Defence
Henrik Salander, former Ambassador for Disarmament, member Swedish Academy of War Sciences ★
Annika Soder, former state secretary for foreign affairs, Sweden, and chair of the European Institute of Peace
Switzerland
Dr Thomas Greminger, Director, Geneva Centre for Security Policy and former Secretary General of the Organization for Security and Co-operation in Europe ★
Tobias Vestner, Head of Research and Policy Advice and Head of Security and Law, Geneva Centre for Security Policy
Thailand
Amb Sawanit Kongsiri, former Deputy Minister of Foreign Affairs and former Thai representative to the International Atomic Energy Agency ◊
Amb Kasit Piromya, former Foreign Minister ◊
Turkey
Prof Dr Mustafa Aydın, President, International Relations Council ★
Hikmet Çetin, former Minister of Foreign Affairs ★
Faruk Loğoğlu, former Undersecretary of the Turkish Foreign Ministry and former Ambassador of Turkey to the United States of America ★
Vahit Erdem, former Undersecretary for Defence Industries ★
Ukraine
Valeriia Hesse, Non-Resident Fellow, Odesa Center for Nonproliferation (OdCNP) (YGLN) ★
Dr Polina Sinovets, Director, Odesa Center for Nonproliferation (OdCNP)
Vietnam
Amb Ton Nu Thi Ninh, former Ambassador of Viet Nam to the EU, former vice-chair, Foreign Affairs Committee Vietnam National Assembly ◊
Dr Minh Tuan Ta, Assistant to the President of Vietnam Fatherland Front ◊
Plus que jamais de pleine actualité… ici dans les rayons de la fnac du centre commercial Vélizy 2, à Vélizy-Villacoublay, dans toute bonne librairie, ou bien auprès des éditions du Croquant (15 euros).
L’accablante responsabilité d’une guerre ne peut échapper à celui qui décide de la déclencher en dépit de ses conséquences tragiques et des risques, y compris nucléaires, qu’elle fait peser sur le monde. Cette crise majeure nous projette dans un futur incertain, alors que le multilatéralisme, l’ONU et les exigences de la sécurité collective, si nécessaires, ont déjà tellement reculé dans les relations internationales.
La pensée unique et les caricatures idéologiques qui n’ont cessé d’accompagner ce retour de la guerre inter-étatique en Europe, fait silence sur trente années post-Guerre froide d’une page d’histoire déterminante. Trente années de tensions, d’hostilités et de rivalités de puissances qui ont contribué à réunir toutes les conditions d’un conflit de haute intensité dont le peuple ukrainien paie aujourd’hui le prix le plus élevé.
Comprendre les causes de cette guerre, l’erreur stratégique de Poutine, mais aussi le rôle décisif des États-Unis et de l’OTAN est indispensable au regard des effets de dégradation profondes dont ce conflit est porteur quant au monde de demain. Cette guerre en Ukraine est un enseignement in vivo sur les réalités et les périls d’un monde chaotique, et sur la prévalence de stratégies fondées sur l’affirmation de la puissance et l’exercice de la force. Ce livre contient aussi, en français et en intégralité, et pour certains initialement confidentiels ou en accès restreint, d’importants et significatifs documents officiels américains et russes, préalables au déclenchement de la guerre…
Au cours de son voyage apostolique en Hongrie le Pape François s’est exprimé sur plusieurs sujets majeurs, en particulier sur la guerre en Ukraine. Ses propos, singulièrement politiques, et en contradiction manifeste avec l’esprit belligène dominant, méritent d’être relevés et salués. Le Pape a confirmé, non sans humour, qu’une initiative du Vatican est déjà en cours… ce qui est une bonne nouvelle à mettre en évidence, tandis que les médias et bien des responsables politiques font silence sur cette intervention ou médiation positive à venir. Le Pape François s’est engagé à en parler ultérieurement.
Le Pape François s’est exprimé sur d’autres sujets importants comme l’Europe ou les migrants, mais aussi sur des questions sociétales : la famille, le genre, l’avortement… L’auteur de ces lignes tient à souligner qu’il n’appouve pas toutes les déclaratios faites par le Pape François.
Voici les propos tenus par le Pape François lors d’une conférence de presse pendant le vol du retour (1) :
Dimanche 30 avril 2023
Eliana Ruggiero – AGI (Agence de presse italienne)
Saint-Père, vous avez lancé un appel à ouvrir – à rouvrir – les portes de notre égoïsme aux pauvres, aux migrants, à ceux qui ne sont pas en règle. Lors de votre rencontre avec le Premier ministre hongrois Orbán, lui avez-vous demandé de rouvrir les frontières de la route des Balkans qu’il a fermées ? Puis, ces derniers jours, vous avez également rencontré le métropolite Hilarion : Hilarion, et Orbán lui-même peuvent-ils devenir des canaux d’ouverture vers Moscou pour accélérer un processus de paix pour l’Ukraine, ou rendre possible une rencontre entre vous et le président Poutine ? Je vous remercie.
Pape François :
Je crois que la paix se fait toujours par l’ouverture de canaux, jamais par la fermeture. J’invite tout le monde à ouvrir des relations, des canaux d’amitié. Ce n’est pas facile. Le même discours que j’ai tenu en général, je l’ai tenu avec Orbán et je l’ai tenu partout.
(…)
Sur l’immigration : je pense que c’est un problème que l’Europe doit prendre en main, parce qu’il y a cinq pays qui souffrent le plus : Chypre, la Grèce, Malte, l’Italie, l’Espagne, parce que ce sont les pays méditerranéens et que la majorité y débarque. Et si l’Europe ne s’occupe pas de cela, d’une répartition équitable des migrants, le problème ne concernera que ces pays. Je pense que l’Europe doit faire en sorte que les gens sentent qu’elle est l' »Union européenne », même face à cela. (…) Et puis, pour finir, Hilarion. Hilarion est quelqu’un que je respecte beaucoup et nous avons toujours eu de bonnes relations. Il a eu la gentillesse de venir me voir, puis il est allé à la messe, et je l’ai aussi vu ici, à l’aéroport. Hilarion est une personne intelligente avec laquelle on peut parler, et ces relations doivent être maintenues, parce que si nous parlons d’œcuménisme et que nous disons ensuite « j’aime ceci, je n’aime pas cela »… Nous devons tendre la main à tout le monde, et aussi recevoir la main des autres. Je n’ai parlé qu’une seule fois avec le patriarche Kirill depuis le début de la guerre, 40 minutes pour zoomer, puis par l’intermédiaire d’Antony, qui remplace Hilarion et qui vient me voir : c’est un évêque qui a été pasteur à Rome et qui connaît bien l’environnement, et c’est toujours par son intermédiaire que je suis en contact avec Kirill. La rencontre que nous devions avoir à Jérusalem en juillet ou juin de l’année dernière est en suspens, mais elle a été suspendue à cause de la guerre : il faudra la faire. Et puis, avec les Russes, j’ai de bonnes relations avec l’ambassadeur qui part maintenant, ambassadeur pendant sept ans au Vatican, c’est un grand homme, un homme comme il faut. C’est une personne sérieuse, cultivée, très équilibrée. Les relations avec les Russes sont principalement le fait de cet ambassadeur. Je ne sais pas si j’ai tout dit…
Eliana Ruggiero :
S’ils pouvaient d’une manière ou d’une autre, Hilarion et Orbán, accélérer le processus de paix en Ukraine et rendre possible une rencontre entre vous et Poutine, s’ils pouvaient agir – entre guillemets – en tant qu’intermédiaires ?
Pape François :
Vous pouvez imaginer que lors de cette réunion, nous n’avons pas seulement parlé du Petit Chaperon Rouge. Nous avons parlé de toutes ces choses-là. Nous en avons parlé parce que tout le monde est intéressé par le chemin de la paix. Je suis prêt. Je suis prêt à faire tout ce qui doit être fait. Une mission est déjà en cours, mais elle n’est pas encore publique, voyons…. lorsqu’elle sera rendue publique, j’en parlerai.
Note : le métropolite Hilarion est le chef du département des relations extérieures du Patriarcat de Moscou dont le Primat est le Patriarche Kirill.
Extraits du discours du Pape François sur la guerre en Ukraine et sur la paix, lors de sa rencontre avec les autorités, la société civile et le corps diplomatique à Budapest (1)
Vendredi 28 avril 2023
Après la guerre, l’Europe a été, avec les Nations-Unies, le grand espoir dans l’objectif commun que des liens plus étroits entre les nations empêcheraient de nouveaux conflits. Malheureusement, cela n’a pas été le cas. Cependant, dans le monde où nous vivons, la passion pour la politique communautaire et le multilatéralisme semble être un beau souvenir du passé : on semble assister au triste déclin du rêve choral de paix, tandis que les solistes de la guerre prennent la place. D’une manière générale, l’enthousiasme pour la construction d’une communauté des nations pacifique et stable semble s’être désintégré dans les esprits, tandis que l’on marque les zones, que l’on marque les différences, que les nationalismes recommencent à gronder et que l’on exacerbe les jugements et les tons à l’égard des autres. Au niveau international, il semble même que la politique ait pour effet d’enflammer les esprits plutôt que de résoudre les problèmes. Elle oublie la maturité acquise des horreurs de la guerre et régresse vers une sorte d’infantilisme belliqueux. Mais la paix ne viendra jamais de la poursuite d’intérêts stratégiques particuliers, mais plutôt de politiques capables de considérer l’ensemble, le développement de tous : attentives aux personnes, aux pauvres et à l’avenir, et pas seulement au pouvoir, aux gains et aux opportunités du moment.
(…)
C’est un sujet, celui de l’accueil, qui suscite beaucoup de débats à notre époque et qui est certainement complexe. Cependant, pour ceux qui sont chrétiens, l’attitude de base ne peut pas être différente de celle que saint Étienne a transmise, après l’avoir apprise de Jésus qui s’est identifié à l’étranger à accueillir (cf. Mt 25, 35). C’est en pensant au Christ présent en tant de frères et sœurs désespérés qui fuient les conflits, la pauvreté et le changement climatique, qu’il faut aborder le problème sans excuses ni retards. C’est un thème qui doit être abordé ensemble, communautairement, aussi parce que, dans le contexte où nous vivons, les conséquences affecteront tôt ou tard tout le monde. C’est pourquoi il est urgent, en tant qu’Europe, de travailler à des voies sûres et légales, à des mécanismes partagés face à un défi historique qui ne pourra être maîtrisé par le rejet, mais qui doit être accueilli pour préparer un avenir qui, s’il n’est pas ensemble, ne sera pas. Cela appelle en première ligne ceux qui suivent Jésus et veulent suivre l’exemple des témoins de l’Évangile
1) Voyage apostolique en Hongrie : Rencontre avec les autorités, la société civile et le corps diplomatique. Ancien couvent des Carmélites (Budapest).
Certains experts et chercheurs, collaborateurs de think tanks (institutions d’expertises) parmi les plus connus aux États-Unis, formulent aujourd’hui quelques vérités montrant comment la guerre en Iraq, l’hubris et l’illusion dramatique de la toute puissance américaine, il y a 20 ans, ont contribué à changer le monde… Même dans un cadre aussi politiquement et idéologiquement marqué que celui de l’Atlantic Council (1), on peut trouver des réflexions plutôt lucides touchant à l’instrumentalisation de l’argument démocratique pour légitimer la guerre, ou bien quant à la désagrégation de l’ordre social et international par la guerre et la militarisation.
Photo Codepink – USA
Voici quelques extraits d’un dossier de l’Atlantic Council, daté du 17 mars 2023, intitulé « The Iraq invasion : 20 years on, 20 years forward » (l’invasion de l’Iraq : 20 ans après, 20 ans à venir).
Lorsque les États-Unis ont envahi l’Irak il y a vingt ans, l’une des justifications publiques de la guerre était qu’elle contribuerait à étendre la démocratie dans tout le Moyen-Orient. Bien entendu, l’invasion a eu l’effet inverse : elle a déclenché un conflit sectaire sanglant en Irak, sapant gravement la réputation de la démocratie dans la région et la crédibilité de l’Amérique dans sa promotion.
(…)
Les échecs de l’administration de George W. Bush en Irak ont sérieusement fait reculer la cause de la démocratie dans la région. Dans la perception des opinions publiques arabes, la démocratisation est devenue synonyme d’exercice de la puissance militaire américaine.
(…)
Le fossé béant entre ce que les citoyens veulent et ce qu’ils obtiennent de leurs gouvernements demeure. Les indicateurs de gouvernance mondiale de la Banque mondiale montrent que, globalement, les États de la région ne sont pas plus stables politiquement, plus efficacement gouvernés, plus responsables ou plus participatifs qu’il y a vingt ans. Si les dirigeants politiques ne comblent pas cette lacune, il est probable que d’autres manifestations du type du Printemps arabe, voire des révolutions sociales, se produiront.
Ces appréciations critiques sont signées de Stephen Grand, chercheur associé à l’Atlantic Council.
Il est l’auteur de « Understanding Tahrir Square : What Transitions Elsewhere Can Teach Us About the Prospects for Arab Democracy » (Comprendre la place Tahrir : ce que toutes les transitions peuvent nous apprendre sur les perspectives de la démocratie arabe). Il est chercheur principal associé dans le cadre des programmes de l’Atlantic Council pour le Moyen-Orient.
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Voici les remarques d’une collaboratrice de l’Atlantic Council : Alia Brahimi. Alia Brahimi est chercheuse principale associée aux programmes de l’Atlantic Council sur le Moyen-Orient et animatrice du podcast Guns for Hire (Armes à louer). Ce podcast audio traite de l’enjeu du mercenariat, notamment en Libye et en Ukraine avec le groupe Wagner.
Depuis le XVIIe siècle, l’ordre mondial repose plus ou moins sur le concept de souveraineté étatique : les États sont censés détenir le monopole de la force à l’intérieur de territoires mutuellement reconnus et il leur est généralement interdit d’intervenir dans les affaires intérieures des autres États. L’invasion de l’Irak a remis en cause cette norme de trois manières importantes.
Tout d’abord, la guerre a représenté une attaque directe contre la souveraineté de l’État irakien,en contradiction avec l’interdiction de la guerre d’agression. Bien que l’administration Bush ait présenté l’invasion comme un cas d’autodéfense préventive, elle a été largement perçue comme une guerre préventive de choix contre un État qui ne représentait pas un danger évident et immédiat. En outre, les principales exceptions au respect de la souveraineté qui ont pu être développées au fil du temps avec les atrocités de masse, ou bien sous l’autorité des Nations-Unies, ne s’appliquaient pas à l’Irak. Les États-Unis ont ainsi porté un coup majeur au système international fondé sur des règles dont ils étaient l’un des principaux architectes. Cela a peut-être rendu plus imaginables les crimes d’agression commis ultérieurement par d’autres États. (Ici l’auteur fait probablement allusion à l’agression russe en Ukraine)
Deuxièmement, les moyens de la guerre, et en particulier de l’occupation, ont favorisé la réapparition de l’industrie militaire privée. Poussées par la nécessité de soutenir deux longues guerres en Irak et en Afghanistan, les forces armées américaines sont devenues dépendantes des contractants militaires, ce qui impliquait parfois d’autoriser des civils rémunérés à tuer. L’effort des États-Unis pour (re)privatiser la guerre a remis à la mode l’utilisation de la force militaire privée, générant une industrie de plusieurs milliards de dollars qui n’est pas prête de disparaître. Avec le temps, l’expansion des sociétés militaires privées pourrait mettre en cause la prétention exclusive de l’État à l’exercice de la force et ébranler les fondements du système international actuel.
Troisièmement, les conséquences de la guerre ont conduit à l’autonomisation spectaculaire d’acteurs armés non étatiques dans la région et au-delà, qui ont lancé une attaque frontale contre la souveraineté de nombreux États. L’État islamique en Irak et en Syrie, bien sûr, a émergé au milieu de la contestation brutale du pouvoir dans l’Irak de l’après-invasion et a poursuivi son « califat » en tant qu’institution politique alternative (sunnite) pour rivaliser avec l’État-nation. Si, pour l’instant, la menace a été contenue au Moyen-Orient, elle commence seulement à prendre de l’ampleur sur le continent africain. En outre, l’Iran ayant effectivement gagné la guerre en Irak, a pu parrainer un grand nombre de groupes chiites non étatiques qui ont érodé la souveraineté des États au Liban, en Syrie, au Yémen et en Irak même.
L’invasion américaine de l’Irak nous a laissé un monde caractérisé par moins de respect pour la souveraineté des États, plus d’armes à louer et un éventail vertigineux de groupes non étatiques bien armés et déterminés.
Évidemment, ces quelques réflexions critiques concernant les problématiques de la guerre en Iraq nous ramènent irrémédiablement à l’échec des guerres dites sans fin engagées par l’Administration Bush, mais aussi à l’actualité de la guerre et de l’invasion russe en Ukraine. Certes, au fil du temps, les guerres se suivent, mais ne se ressemblent pas. Les circonstances et la nature des affrontements armés sont toujours très composites et très différentes. On ne peut pas comparer sans prendre de grands risques… mais il y a aussi, dans un ordre international théoriquement fondé sur des règles, aujourd’hui en crise, des constantes issues de l’essentiel stratégique : les logiques de la puissance, l’exercice de la force, la mise à l’écart du politique et du multilatéralisme. Il faut donc analyser sérieusement, prendre de la hauteur, resituer les choses dans la durée… Mais faudra-t-il attendre 20 ans pour qu’un peu de lucidité et de pertinence sur les causes, sur l’histoire réelle des responsabilités, sur les enjeux de la guerre en Ukraine et sur l’ordre international actuel, fassent enfin l’objet d’un débat vraiment libre et ouvert ?
1) L’Atlantic Council, a été créé en 1961, en pleine Guerre froide. Au mois d’août de cette année-là la RDA construit le mur de Berlin. Ce laboratoire d’idées et de réflexions sur les relations internationales est connu pour ses liens avec les politiques euro-atlantiques, et avec l’OTAN.
(Stockholm, 24 avril 2023) – Le total des dépenses militaires mondiales a augmenté de 3,7 % en termes réels en 2022, pour atteindre un niveau record de 2 240 milliards de dollars. Lesdépenses militaires en Europe ont connu leur plus forte augmentation annuelle depuis aumoins 30 ans. Selon les nouvelles données sur les dépenses militaires mondiales publiéesaujourd’hui par le Stockholm International Peace Research Institute (SIPRI), les trois paysqui ont dépensé le plus en 2022 – les États-Unis, la Chine et la Russie- représentaient 56 %du total mondial.
STOCKHOLM INTERNATIONAL PEACE RESEARCH INSTITUTE
SIPRI Communiqué de presse du 24 avril 2023.
L’invasion de l’Ukraine et les tensions en Asie de l’Est entraînent une augmentation des dépenses.
En 2022, les dépenses militaires mondiales ont augmenté pour la huitième année consécutive atteignant un niveau record de 2 240 milliards de dollars. La hausse, de loin la plus forte, des dépenses (+13 %) a été observée en Europe et est largement imputable aux dépenses russes et ukrainiennes. Cependant, l’aide militaire à l’Ukraine et les craintes d’une menace grandissante de la part de la Russie ont fortement influencé la décision d’augmenter les dépenses de nombreux autres États, tout comme les tensions en Asie de l’Est.
« L’augmentation continue des dépenses militaires mondiales ces dernières années est un signe que nous vivons dans un monde de moins en moins sûr », déclare Dr Nan Tian, chercheur senior au programme dépenses militaires et production d’armement du SIPRI. « Les États renforcent leur puissance militaire en réponse à une détérioration du contexte sécuritaire, dont ils n’anticipent pas l’amélioration dans un avenir proche. »
En dépit des évidences, les autorités françaises et plus généralement occidentales, n’ont cessé de le marteler : nous ne sommes pas en guerre contre la Russie. On sait que la réalité est bien différente. Les fuites de documents secrets du Pentagone nous en offrent une nouvelle démonstration.
Quelques semaines avant l’invasion russe de l’Ukraine d’importantes rencontres diplomatiques officielles se sont tenues, du 11 au 13 janvier 2022, à Genève (entre la Russie et les États-Unis), à Bruxelles (entre la Russie et l’OTAN) et à Vienne (entre la Russie et l’OSCE). Il s’agissait de discuter notamment des vives tensions sur l’Ukraine, les enjeux de sécurité en Europe et les propositions russes en la matière. Ces négociations furent un échec. Je l’explique dans mon livre « Poutine, l’OTAN et la guerre », pages 27 à 35 (1). Mais ces rencontres de haut niveau ont clairement mis en évidence le cadre politique et stratégique majeur qui surdétermine le conflit : la confrontation USA-OTAN / Russie. Si l’Ukraine constitue le terrain et « l’objet » de la guerre, le fondement et la cause stratégique de celle-ci est beaucoup plus global. Il s’agit de l’ordre international, des rapports de forces, des logiques de puissance à l’œuvre et de la bataille pour les zones d’influence, jusqu’aux conséquences des confrontations internationales après l’effondrement de l’URSS. Pourquoi cette évidence est-elle le plus souvent récusée avec tellement d’insistance ?
Le 24 février 2022, le Président russe lance ses blindés en territoire ukrainien, en totale négation de la Charte des Nations-Unies et du droit international. Et ce même jour, dans un nouveau discours pour expliquer l’agression qu’il commande, dès les premiers mots, il accuse l’OTAN et dénonce son extension à l’Est. Lui aussi définit ainsi le cadre du conflit et sa dimension stratégique. La Russie, on le sait, met en cause cet élargissement jusqu’à ses propres frontières.
En vérité, on ne peut s’étonner que les puissances occidentales, afin d’échapper à leurs propres responsabilités, et pour ne pas accepter une quelconque mise en cause des acquis stratégiques des années 90, aient pu systématiquement refuser d’acter ces réalités significatives. Pourtant, nul ne pouvait ignorer les sérieuses problématiques soulevées par cette extension unilatérale, avec le déséquilibre stratégique ainsi effectivement provoqué. Les risques de sécurité en furent alors décuplés, surtout dans un contexte de régression inquiétante du multilatéralisme, et de décomposition de l’architecture de sécurité internationale. Et puis, en déniant toute responsabilité dans les causes de la guerre, les puissances de l’Alliance atlantique s’octroient une « bonne » raison de décliner toute responsabilité dans un processus politique pouvant conduire à une solution négociée. C’est tellement pratique…
On ne peut comprendre les (mauvaises) raisons de la guerre si l’on ne situe pas ses causes et ses enjeux dans le cadre historique et politique plus général, alors dominant. L’énorme pression médiatico-politique exercée depuis, afin d’évacuer cette nécessité essentielle, s’est donc concentrée dès le départ sur les soit-disant obsessions perverses et bellicistes du Président russe, sur sa paranoïa, sur le syndrome de l’hubris, sur ses maladies réelles ou supposées : cancer, maladie de Parkinson, sans oublier les effets secondaires des médicaments… Bref, de quoi faire oublier qu’une montée à la guerre c’est toujours une page d’histoire, et jamais le seul fruit des décisions d’une seule personne fut-elle le premier dirigeant d’une puissance qui compte.
Un secret de Polichinelle
Les réalités, cependant, ne se laissent pas congédier et manipuler aisément. Dans « Poutine, l’OTAN et la guerre », ouvrage écrit dans les six premiers mois de la guerre, j’ai fait état (en citant une source très crédible) des forces spéciales occidentales participant à la guerre, en Ukraine, au côté des forces ukrainiennes (voir page 105). Aujourd’hui, la fuite d’une multitude de documents classifiés issus du Pentagone (y compris top-secrets) diffusés sur des médias dits sociaux et mentionnés dans la presse (surtout américaine et britannique) dévoilent ce secret de Polichinelle : des forces spéciales des pays de l’OTAN (parmi les « meilleures au monde » sur le plan militaire) sont en action sur le terrain de la guerre, au côté de l’armée ukrainienne.
Il faudra du temps pour clarifier les choses, pour mesurer l’ampleur et la nature de ces fuites, leur signification réelle et leur crédibilité. Certains documents auraient été modifiés ou trafiqués pour des raisons politico-militaires, en faveur de la Russie. Notons cependant que certains organes de presse, dont le New York Times, « ont rapporté que des fonctionnaires américains reconnaissent que de nombreux documents sont authentiques » (2). Le Washington Post le confirme (3).
Selon les informations divulguées il y aurait donc aujourd’hui (mais cela peut varier) une centaine de militaires d’élite actifs sur le terrain (97 exactement) pour des missions spécifiques non précisées : logistique, livraisons d’armes, infiltration, surveillance, entraînement ?.. beaucoup de choses sont possibles pour cette fine fleur sur-entraînée du combat occulte. Cette implication directe des pays de l’OTAN dans la guerre s’ajoute à l’aide en renseignement militaire « en temps réel » fournie en particulier par les États-Unis au forces de Kiev qui peuvent ainsi atteindre des cibles russes (souvent dites de haute valeur) avec efficacité et précision. La leçon est simple : lorsque votre ami vous aide à tuer votre ennemi… il ne peut pas prétendre ne pas participer aux combats.
Selon les informations rendues publiques, il y aurait ainsi, en Ukraine, 50 militaires britanniques, 17 lettons, 15 français, 14 américains et 1 hollandais… Naturellement, les autorités concernées ont démenti ces faits. C’est le cas en France par la voix de Sébastien Lecornu, Ministre des forces armées. C’est aussi le cas en Grande-Bretagne où le Ministère de la défense a fait valoir « un sérieux niveau d’inexactitude ». Ce qui ne constitue pas, remarquons-le, un démenti formel.
Évidemment, on se doute que les autorités concernées ne vont pas confirmer urbi et orbi que… oui, bien sûr, des militaires d’élite participent effectivement aux combats contre la Russie… Tout ce qui concerne les forces spéciales reste, en effet, du domaine secret ou discret. Avec des limites. Comme dit BBC News « ces documents confirment ce qui a fait l’objet de spéculations discrètes pendant plus d’un an » (4).
On observe l’engagement particulièrement avancé des forces spéciales britanniques (plus de la moitié de l’effectif total), avec des unités parmi les plus secrètes et les plus aguerries de l’armée britannique : le SAS (Special Air Service) (5), le « Special Boat Service », le « Special Reconnaissance Regiment », le « 18 (UKSF) Signal Regiment ». Selon le quotidien The Guardian, ces forces ne sont pas soumises à un contrôle parlementaire externe. Le Guardian souligne aussi que « les documents suggèrent que les forces spéciales pourraient faire partie d’un commandement des forces spéciales de l’OTAN coordonné par le Quartier général des opérations spéciales de l’Alliance… » (6).
Bref, après les documents divulgués en 2013 par Edward Snowden, ex-contractant de la National Security Agency (NSA), les autorités américaines, malgré toutes leurs capacités, ont quand même quelques soucis à se faire quant à leur maîtrise du renseignement. Nobody is perfect… On pourra observer la discrétion des grands médias français sur cette affaire. D’une façon générale, il est bien davantage question de l’origine des fuites que du contenu des documents divulgués. On est jamais trop prudent…
Pour écrire cet article, j’ai consulté divers organes de presse et médias, en particulier : The Guardian, BBC News, The Telegraph, euronews (en anglais), Sky News, Reuters, The Washington Post, The New York Post. JF 13 04 2023.
1) « Poutine, l’OTAN et la guerre. Sur les causes et les enjeux d’une sale guerre en Ukraine », éditions du Croquant, J. Fath, octobre 2022.
5) Célèbre unité spéciale créée en 1941 par le Lieutenant britannique David Stirling. Cette unité de forces spéciales a joué un rôle majeur dans de grandes batailles de la Seconde Guerre mondiale, notamment en France, dans le cadre du débarquement de juin 1944 en Normandie.
6) « Up to 50 UK special forces present in Ukraine, US leak suggests »… article déjà cité.
L’Administration Biden a récemment transmis au Congrès deux rapports concernant le retrait américain d’Afghanistan, en août 2021. Ces rapports sont confidentiels, mais la Maison Blanche a rendu public, en date du 6 avril 2023, une synthèse de 12 pages que vous pouvez lire ci-dessous. En français et en intégralité.
Cette synthèse officielle confirme l’échec stratégique des États-Unis, ou plutôt l’effondrement d’une politique néo-impériale de guerre et de domination, présentée, on s’en souvient, comme la nécessité de mener l’offensive contre le terrorisme. Le texte présenté vise à justifier l’action américaine et à contredire les critiques, qui n’ont pas manqué, quant au catastrophique retrait d’Afghanistan, fin août 2021. L’Administration Biden certifie pourtant que tout avait été prévu et bien organisé… Les États-Unis, cependant, ne peuvent échapper à des questions essentielles : 20 ans de guerre en Afghanistan pour quels résultats ? Pour quelles conséquences ? A quel prix ?.. La débâcle américaine d’août 2021 n’est-elle pas le fruit d’une guerre illégale, illégitime et ingagnable ?
L’histoire de la responsabilité majeure des États-Unis dans la victoire des Talibans, et dans les épreuves dramatiques endurées aujourd’hui encore par le peuple afghan, reste à écrire et à faire connaître, mais à la fin du texte publié ci-dessous on peut trouver quand même un aveu involontaire mais significatif : « En fin de compte, après plus de vingt ans, plus de 2 000 milliards de dollars et la mise sur pied d’une armée afghane de 300 000 soldats, la rapidité et la facilité avec lesquelles les Talibans ont pris le contrôle de l’Afghanistan suggèrent qu’aucun scénario – à l’exception d’une présence militaire américaine permanente et considérablement élargie – n’aurait pu changer la trajectoire ». C’est la démonstration que les logiques de puissance et l’exercice de la force ne constituent jamais ni une méthode, ni une solution… En Afghanistan comme ailleurs. Parce quelles déterminent les stratégies mises en oeuvre, parce qu’elles font partie des problèmes posés en nourrissant les crises, y compris les plus tragiques. Dans le monde d’aujourd’hui, cette leçon-là, hélas, n’est pas encore (assez) admise.
Lorsqu’il est entré en fonction, le Président Biden pensait que la meilleure chose à faire pour le pays était de mettre fin à la plus longue guerre de l’histoire des États-Unis et de rapatrier les troupes américaines. Comme il l’a expliqué au peuple américain, après vingt ans, les États-Unis ont accompli leur mission en Afghanistan : retirer du champ de bataille les terroristes qui ont attaqué les États-Unis le 11 septembre, y compris Oussama ben Laden, et réduire la menace terroriste qui pèse sur les États-Unis. Pendant deux décennies, les États-Unis ont également dépensé, avec leurs alliés et partenaires de l’OTAN, des centaines de milliards de dollars pour former et équiper les forces de défense et de sécurité nationales afghanes (ANDSF) et pour soutenir les gouvernements afghans successifs. Au départ, l’objectif des États-Unis n’a jamais été de construire une nation. Mais, au fil du temps, c’est ce que l’Amérique a fini par faire. Deux décennies après le début de la guerre, l’Amérique s’est enlisée dans une guerre en Afghanistan aux objectifs flous et sans fin en vue, et n’a pas suffisamment investi dans les défis de sécurité nationale d’aujourd’hui et de demain.
Les choix du Président Biden sur la manière d’exécuter un retrait d’Afghanistan ont été sévèrement limités par les conditions créées par son prédécesseur. Lorsque le Président Trump a pris ses fonctions en 2017, il y avait plus de 10 000 soldats en Afghanistan. Dix-huit mois plus tard, après avoir introduit plus de 3 000 soldats supplémentaires dans le seul but de maintenir l’impasse, le Président Trump a ordonné des pourparlers directs avec les Talibans sans consulter nos alliés et nos partenaires, ni permettre au gouvernement afghan de s’asseoir à la table des négociations. En septembre 2019, le Président Trump a enhardi les Talibans en envisageant publiquement de les inviter à Camp David à l’occasion de l’anniversaire du 11 septembre 2001. En février 2020, les États-Unis et les Talibans sont parvenus à un accord, connu sous le nom d’accord de Doha, en vertu duquel les États-Unis acceptent de retirer toutes les forces américaines d’Afghanistan d’ici mai 2021. En contrepartie, les Talibans ont accepté de participer à un processus de paix et de s’abstenir d’attaquer les troupes américaines et de menacer les grandes villes afghanes, mais seulement tant que les États-Unis restaient déterminés à se retirer avant la date limite fixée par l’accord. Dans le cadre de cet accord, le Président Trump a également fait pression sur le gouvernement afghan pour qu’il libère 5 000 combattants talibans, y compris des commandants de guerre de haut rang, sans obtenir la libération du seul otage américain connu détenu par les talibans.
Au cours des 11 derniers mois de son mandat, le Président Trump a ordonné une série de réductions des troupes américaines. En juin 2020, le Président Trump a réduit les effectifs américains en Afghanistan à 8 600 personnes. En septembre 2020, il a ordonné une nouvelle réduction à 4 500 hommes. Un mois plus tard, le président Trump a tweeté, à la surprise de ses conseillers militaires, que les troupes américaines restantes en Afghanistan devraient être « rentrées à la maison pour Noël ». Le 28 septembre 2021, le Chef d’état-major interarmées Milley a déclaré que, le 11 novembre, il avait reçu un ordre signé et non classifié ordonnant à l’armée américaine de retirer toutes ses forces d’Afghanistan au plus tard le 15 janvier 2021. Une semaine plus tard, cet ordre a été annulé et remplacé par un ordre de retrait de 2 500 soldats à la même date. Pendant la transition entre l’Administration Trump et l’Administration Biden, l’Administration sortante n’a fourni aucun plan sur la manière de mener le retrait final ou d’évacuer les Américains et les alliés afghans. En effet, aucun plan de ce type n’était en place lorsque le Président Biden est entré en fonction, alors même que le retrait total convenu était prévu dans un peu plus de trois mois.
Par conséquent, lorsque le Président Biden a pris ses fonctions le 20 janvier 2021, les Talibans se trouvaient dans la position militaire la plus forte qu’ils aient connue depuis 2001, contrôlant ou contestant près de la moitié du pays. Dans le même temps, les États-Unis ne disposaient que de 2 500 soldats sur le terrain – l’effectif le plus faible en Afghanistan depuis 2001 – et le Président Biden était confronté à l’échéance à court terme fixée par le président Trump pour retirer toutes les forces américaines d’Afghanistan d’ici mai 2021, faute de quoi les Talibans reprendraient leurs attaques contre les troupes américaines et alliées. Le 28 septembre 2021, le Secrétaire à la défense Austin a déclaré que « les renseignements étaient clairs : si nous ne partions pas conformément à cet accord, les Talibans recommenceraient à attaquer nos forces ».
Tout cela montre l’importance cruciale d’une coordination détaillée et efficace de la transition, en particulier lorsqu’il s’agit d’opérations militaires complexes dont les décisions et l’exécution passent d’une administration à l’autre, et d’accords importants conclus à la fin de l’administration sortante et dont la mise en œuvre incombera en grande partie à l’administration entrante.
La décision de partir
Le Président Biden s’était engagé à mettre fin à la guerre en Afghanistan, mais lorsqu’il est entré en fonction, il a été confronté à des réalités difficiles laissées par l’administration Trump. Le Président Biden a interrogé ses chefs militaires sur les options qui s’offraient à lui, notamment sur les conséquences d’un nouveau report de l’échéance du 1er mai. Il a demandé à ses spécialistes du renseignement s’il était possible de maintenir 2 500 soldats en Afghanistan, de les défendre contre un nouvel assaut des Talibans et de maintenir une certaine stabilité dans le pays. L’évaluation de ces professionnels du renseignement était que les États-Unis devraient envoyer davantage de forces américaines pour s’assurer que nos troupes puissent se défendre, et pour empêcher l’impasse de s’aggraver. Comme l’a déclaré le Secrétaire d’État Austin le 28 septembre 2021, « si vous restez [en Afghanistan] avec une force de 2 500 hommes, vous serez certainement aux prises avec les Talibans et vous devrez vous renforcer ». Le 29 septembre 2021, le Président Milley a déclaré : « Il est raisonnable de penser que nous devrions augmenter nos forces au-delà de 2 500 hommes, étant donné que les Talibans allaient très probablement commencer à nous attaquer. » Rien n’indique que plus de temps, plus de fonds ou plus d’Américains en danger en Afghanistan auraient permis d’obtenir une trajectoire fondamentalement différente. En effet, la rapidité avec laquelle les Talibans ont pris le contrôle du pays a montré pourquoi le maintien de 2 500 soldats n’aurait pas permis d’assurer la stabilité et la paix en Afghanistan.
Au début de l’année 2021, alors que les discussions étaient en cours, les services de renseignement et les militaires s’accordaient à dire que l’ANDSFseraient en mesure de défendre efficacement son pays et sa capitale, Kaboul. L’ANDSF disposait d’avantages considérables. Par rapport aux Talibans, elle disposait d’effectifs et d’équipements largement supérieurs : 300 000 soldats contre 80 000 combattants talibans, une force aérienne et deux décennies d’entraînement et de soutien. Selon l’évaluation de la communauté du renseignement, les progrès des Talibans allaient s’accélérer dans de grandes parties de l’Afghanistan après le retrait complet de l’armée américaine et les Talibans pourraient s’emparer de Kaboul en l’espace d’un an ou deux. En mai 2021, l’évaluation était toujours la même, on estimait encore que Kaboul ne serait probablement pas soumise à de sérieuses pressions jusqu’à la fin de l’année 2021, après le départ des troupes américaines.
Dans de telles circonstances, le Président Biden a engagé un processus décisionnel délibéré, intensif, rigoureux et inclusif. Sa réflexion s’est appuyée sur des consultations approfondies avec son équipe de sécurité nationale, y compris des chefs militaires, ainsi que des experts extérieurs, des membres du Congrès, des alliés et des partenaires. Le Président a demandé et reçu des conseils sincères de la part d’un large éventail d’experts à l’intérieur et à l’extérieur du gouvernement. Comme l’a déclaré le Secrétaire Austin le 28 septembre 2021, « je suis tout à fait convaincu que nous avons procédé à un examen politique approfondi et je pense que toutes les parties ont eu l’occasion d’apporter leur contribution. Et cette contribution a été reçue ». Le Président Milley a également attesté le 28 septembre 2021, que les commandants sur le terrain « ont été écoutés » et qu’ils ont eu la possibilité de donner leur avis.
L’administration s’est engagée dans des consultations intensives avec les alliés au plus haut niveau, et le Président a tenu compte de leurs commentaires et de leurs différences d’opinion. Le Secrétaire d’État Blinken a déclaré le 13 septembre 2021 : « J’ai constaté beaucoup de gratitude de la part des alliés et des partenaires pour le travail que nos gens ont accompli pour s’assurer que nous pouvions tenir l’engagement que nous avons pris à leur égard. Le Secrétaire général de l’OTAN, M. Stoltenberg, a également rejeté l’affirmation selon laquelle le Président n’a pas consulté les alliés dans une interview du 10 septembre 2021 : « Vous entendez des voix différentes en Europe, et certains parlent du manque de consultation, mais j’étais présent lors de ces réunions. Bien sûr, les États-Unis ont consulté les alliés européens, mais en fin de compte, chaque nation doit prendre sa propre décision sur le déploiement de ses forces ».
En fin de compte, le Président Biden a refusé d’envoyer une autre génération d’Américains combattre dans une guerre qui aurait dû, il y a longtemps, prendre fin pour les États-Unis.
Planifier le retrait
Tout en reconnaissant la nécessité stratégique du retrait des forces américaines d’Afghanistan, le Président Biden et son équipe étaient bien conscients des défis posés, après vingt ans, par le retrait d’une zone de guerre, en particulier dans les circonstances dont ils ont hérité. Le départ de l’Administration Trump avait laissé à l’Administration Biden une date de retrait, mais aucun plan de mise en œuvre. Et après quatre années de négligence – et dans certains cas de dégradation délibérée, des systèmes, des bureaux et des fonctions de direction cruciales nécessaires à un départ sûr et ordonné.
Lorsque le président Biden a pris ses fonctions, le programme de visa spécial d’immigrant (SIV) pour les Afghans qui avaient travaillé avec nos soldats et nos diplomates nécessitait une procédure en 14 étapes basée sur un cadre législatif adopté par le Congrès et impliquant de multiples agences gouvernementales. L’indifférence, voire l’hostilité, de l’Administration Trump à l’égard de notre engagement envers les alliés afghans a conduit à un arriéré massif de plus de 18 000 demandeurs de SIV. Bien qu’elle ait réduit ses troupes et se soit engagée à un retrait total, l’Administration Trump avait pratiquement mis fin aux entretiens SIV. Les services d’aide aux réfugiés ont été vidés de leur substance et le personnel a été considérablement réduit, forçant plus de 100 centres de réinstallation de réfugiés aux États-Unis à fermer. Enfin, le personnel fédéral de carrière a été vidé de sa substance. En novembre 2020, alors que le Président Biden s’apprêtait à prendre ses fonctions, le Département d’État employait 12 % d’employés en moins que quatre ans auparavant, au prix de lacunes importantes.
Immédiatement après son entrée en fonction, et avant même d’avoir pris la décision définitive de quitter l’Afghanistan, le Président Biden a demandé aux départements et agences de commencer à renforcer leurs capacités, notamment pour faciliter un retrait dans les délais requis. Au cours des deux premières semaines de son mandat, le Président Biden a signé l’ordre exécutif 14013 demandant aux ministères et aux agences d’augmenter les ressources et de rationaliser le processus de demande pour les demandeurs de SIV. Le 2 février, le Département d’État a repris les entretiens SIV à Kaboul. Le Département d’État a doublé le nombre d’évaluateurs SIV à à l’Ambassade de Kaboul, et a quintuplé le nombre d’employés chargés de traiter les demandes, qui est passé de 10 à 50 à Washington D.C. Grâce à cette augmentation, en travaillant avec le Congrès, les États-Unis sont passés de la délivrance de 100 SIV par semaine en mars, à plus de 1 000 par semaine en juillet. Pour rationaliser la procédure, ils ont réduit le délai moyen de traitement des SIV de plus d’un an. En juillet, les États-Unis ont délivré un nombre record de SIV à leurs alliés afghans et ont commencé à organiser les premiers vols de transfert de SIV.
Dès le début, le Président Biden a demandé que les préparatifs en vue d’un éventuel retrait des États-Unis prévoient toutes les éventualités, y compris celle d’une détérioration rapide de la situation en matière de sécurité, même si, à l’époque, les services de renseignement estimaient que cette situation était improbable. En mars, avant d’avoir pris sa décision finale, le Président a demandé à ses principaux responsables de la sécurité nationale, notamment le Secrétaire d’État, le Secrétaire à la défense, le Conseiller à la sécurité nationale, le Président de l’état-major interarmées et le Directeur du renseignement national, de commencer à planifier le retrait et de tenir compte d’un éventail complet d’éventualités. Une fois que le Président a pris sa décision finale, les équipes de sécurité nationale ont accéléré la planification déjà en cours. Tout au long du printemps et de l’été, le personnel du Conseil national de sécurité (NSC) a organisé des dizaines de réunions de planification de haut niveau, des répétitions officielles du retrait et des exercices sur table afin d’étudier des scénarios d’évacuation dans le cadre d’une planification responsable pour toute une série d’éventualités, même celles qui étaient en fait pires que les prévisions les plus pessimistes. Tout au long de cette période, une opération d’évacuation des non-combattants (NEO) a été considérée comme une possibilité distincte, et l’équipe de sécurité nationale a commencé à la planifier. En mars, les ministères et les agences ont été chargés d’élaborer des plans pour de multiples scénarios, y compris celui d’un environnement sécuritaire qui nécessiterait le départ de tout le personnel américain d’Afghanistan. En avril, les ministères et les agences ont été spécifiquement chargés de mettre à jour les documents de planification de la NEO. En mai, le personnel du NSC a organisé une réunion inter-agences de haut niveau au cours de laquelle ont été abordées plusieurs questions complexes liées à une NEO, notamment le calendrier, les sites de destination des évacués, le traitement, le filtrage et la logistique du transport. Il a été convenu qu’en raison de l’extrême complexité et de la planification minutieuse requises, un groupe d’experts inter-agences se réunirait régulièrement pour planifier les NEO. Lors d’une réunion des responsables de la sécurité nationale qui s’est tenue le même mois, les ministères et les agences ont été chargés de veiller à ce que les plans de réinstallation soient prêts en cas de détérioration importante de la situation sécuritaire.
Dans le cadre de cette planification, le Président Biden a ordonné, au début de l’été, le prépositionnement de moyens militaires dans la région afin de pouvoir contribuer à une évacuation à brève échéance. C’est cette décision qui a permis aux États-Unis de réagir et de se déployer suffisamment rapidement pour faciliter l’évacuation de plus de 124 000 citoyens américains, résidents permanents, partenaires afghans et alliés.
Le Président Biden a suivi les conseils de ses commandants militaires sur les décisions tactiques concernant le retrait opérationnel des forces américaines d’Afghanistan, y compris les dates de fermeture des installations, et il leur a régulièrement demandé s’ils avaient besoin de quoi que ce soit d’autre.
Alors que la planification s’intensifiait à la fin du printemps et au début de l’été, les rapports des services de renseignement ont continué à suggérer que, même si les Talibans gagnaient du terrain dans certaines provinces afghanes, la capitale, Kaboul, serait plus difficile à prendre pour les Talibans, et que les forces armées nationales afghanes (ANDSF) la défendraient. En outre, le Président Biden a exhorté le Gouvernement afghan à prendre des mesures pour renforcer la détermination des forces afghanes, notamment en habilitant le Ministre de la défense par intérim, Bismillah Khan Mohammadi – que les commandants américains avaient estimé être un chef de combat compétent – et a pressé les responsables afghans, anciens et actuels, de présenter un front uni de soutien aux forces afghanes.
Comme tout ceci l’a montré, il est nécessaire, lors de la planification des mesures d’urgence, de prévoir très tôt et à grande échelle des scénarios à faible probabilité et à haut risque. En outre, compte tenu des difficultés liées à l’évaluation de facteurs psychologiques tels que la « volonté de combattre », il est particulièrement important d’intégrer des exercices analytiques créatifs dans la planification. Certaines des idées les plus précises qui sont apparues au cours des mois de planification sur l’Afghanistan sont nées d’exercices de simulation. Notre expérience en Afghanistan a directement influencé la décision de l’Administration de mettre en place un petit groupe d’experts (« équipe Tigre ») pour planifier le scénario le plus pessimiste pour l’Ukraine – y compris des exercices de simulation – quelques mois avant l’invasion de la Russie. En fin de compte, nous avons finalement été soulagés de voir que, grâce à la bravoure du peuple ukrainien, au leadership du président Zelensky et au soutien des alliés et des partenaires sous l’égide des États-Unis, l’invasion de la Russie n’ait pas atteint ses objectifs. Mais nous étions prêts à toute une série d’éventualités et nous le restons.
Avertissement concernant une évacuation potentielle
Alors que la situation sécuritaire en Afghanistan s’est dégradée au cours de l’été, l’Administration s’est trouvée confrontée à la tension entre la mise en évidence des signes d’alerte croissants d’un effondrement potentiel, et l’affaiblissement de la confiance dans le gouvernement afghan et dans la volonté des forces afghanes de se battre. Chaque fois qu’un gouvernement est menacé par la perspective d’un effondrement – que ce soit en Afghanistan ou ailleurs – il y a une tension évidente entre le fait de souligner la confiance dans les capacités du gouvernement en place, et le fait de mettre en garde contre les risques d’échec.
En fin de compte, l’Administration a pris la décision d’informer les Américains et les partenaires afghans de manière ciblée et sans précédent sur le risque d’effondrement, notamment par de nombreuses alertes de sécurité et des dizaines de milliers d’appels téléphoniques directs et de messages aux citoyens américains, en particulier pour leur demander de quitter l’Afghanistan, mais de ne pas diffuser bruyamment et publiquement un éventuel scénario catastrophe afin d’éviter de signaler un manque de confiance dans l’ANDSF, ou la position du Gouvernement afghan. Ce calcul a été effectué sur la base de l’opinion dominante des services de renseignement et des militaires au cours des premières semaines du mois d’août, opinion selon laquelle Kaboul tiendrait jusqu’à la fin du retrait. Comme l’a déclaré le Directeur du renseignement national Avril Haines le 18 août 2021, « [l’effondrement] s’est déroulé plus rapidement que [la communauté du renseignement] ne l’avait prévu ». En effet, l’effondrement a été plus rapide que ce que les Talibans ou le gouvernement afghan avaient prévu.
Dans un environnement sécuritaire déstabilisé, nous préférons désormais communiquer de manière agressive sur les risques. C’est ce que nous avons fait avant l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Des mois avant l’invasion, nous avons communiqué de manière proactive des renseignements à des partenaires de confiance. Cet engagement s’est élargi, devenant plus perceptible et plus public dans les semaines qui ont précédé l’invasion de la Russie. Cette approche s’est heurtée à de fortes objections de la part de hauts fonctionnaires du gouvernement ukrainien, qui craignaient que de tels avertissements ne sèment la panique et ne précipitent la fuite des capitaux, au détriment de l’économie ukrainienne. Cependant, nos avertissements clairs et sans fard ont permis aux États-Unis de profiter d’une fenêtre critique avant l’invasion pour s’organiser avec nos alliés, planifier l’exécution rapide de notre réponse et permettre aux Américains en Ukraine de partir en toute sécurité.
Déclenchement de l’évacuation
Dès le mois de mars, le personnel du NSC a mené un processus rigoureux d’examen des conditions à l’Ambassade des États-Unis afin de garantir la sécurité de l’ensemble du personnel officiel américain à Kaboul, conformément à l’approche adoptée pour tous les postes diplomatiques des États-Unis dans le monde. Une réduction du personnel américain sur le terrain a été entrepris en considération d’un environnement de menaces, mais le personnel de base est resté. Même si de nombreux membres du personnel de l’Ambassade sont rentrés aux États-Unis, nous avons envoyé davantage d’agents consulaires à Kaboul pour traiter les demandes de SIV. L’Administration a également décidé d’organiser des vols réguliers de SIV à partir de juillet, plutôt que de lancer une évacuation aérienne massive à ce moment-là, dans l’espoir de poursuivre les opérations de l’Ambassade et les départs de SIV une fois le retrait militaire achevé.
Les services de renseignement indiquaient que l’ANDSF défendrait probablement Kaboul, et l’ordre de lancer inutilement la NEO aurait pu déclencher un effondrement en sapant la confiance dans l’ANDSF. Le 28 septembre 2021, le Président Milley a déclaré que « [même à cette époque, il n’y avait] pas d’évaluation des renseignements indiquant que le gouvernement allait s’effondrer et que l’armée allait s’effondrer en 11 jours… [À l’époque, les évaluations] parlaient encore de semaines, voire de mois ».
Le 6 août, la première capitale provinciale est tombée. Alors que les Talibans prenaient le contrôle du territoire, le Président Biden a demandé à ses principaux responsables de la sécurité nationale d’évaluer s’il convenait de lancer officiellement la NEO. Le NSC a convoqué une réunion inter-agences de haut niveau le 8 août, qui a recommandé à l’unanimité de ne pas commencer la NEO, compte tenu des conditions sur le terrain. Les responsables de la sécurité nationale se sont réunis le 9 août et ont conclu que les conditions sur le terrain ne permettaient pas de déclencher une NEO. Le 11 août, sur recommandation de ses principaux conseillers militaires, le Président a autorisé le déploiement de moyens et de personnel planifiés à l’avance pour faire face à toute une série d’éventualités. Le Président est resté en contact étroit avec son équipe, confirmant quotidiennement qu’elle disposait de ce dont elle avait besoin. Les 13 et 14 août, Kaboul a été directement menacée. Le 14 août, le Président Biden a annoncé que, sur recommandation de ses équipes diplomatiques, militaires et de renseignement, il avait officiellement lancé la NEO et ordonné le déploiement de troupes américaines supplémentaires en Afghanistan pour soutenir l’évacuation.
Nous donnons désormais la priorité aux évacuations anticipées lorsque la situation sécuritaire se dégrade. C’est ce que nous avons fait en Éthiopie et en Ukraine. Lorsque les capitales de ces deux pays ont été menacées, le Président a ordonné des ajustements dans le dispositif des ambassades en réduisant ou en évacuant leur personnel. En Éthiopie, nous avons retiré tout le personnel non urgent de l’Ambassade bien avant toute menace potentielle. Nous l’avons fait malgré les objections vigoureuses du Gouvernement éthiopien. En Ukraine, nous avons décidé d’évacuer le personnel près de deux semaines avant l’invasion de la Russie, malgré les inquiétudes de certains proches alliés et partenaires, ainsi que des Ukrainiens eux-mêmes qui craignaient que cela ne sape la confiance en l’Ukraine. Cette décision s’est traduite par un départ en bon ordre et a permis à nos équipes de remplir en toute sécurité des fonctions essentielles à distance pendant près de trois mois.
L’évacuation et l’attaque d’Abbey Gate
Grâce à plusieurs mois de planification d’urgence, des troupes avaient déjà été prépositionnées près de l’Afghanistan en cas de besoin, et les forces supplémentaires déployées par le Président Biden le 14 août étaient sur le terrain à Kaboul dans les 48 heures. Dans les 72 heures qui ont suivi, elles ont sécurisé l’Aéroport international Hamid Karzai (HKIA) afin que les vols puissent reprendre.
Une fois l’évacuation lancée, le Président Biden a donné à plusieurs reprises des instructions claires pour donner la priorité à la protection des forces, en s’appuyant sur l’avis de ses hauts responsables militaires sur la meilleure façon de prendre les décisions opérationnelles. Comme l’a déclaré le Secrétaire d’État Blinken le 14 septembre 2021, « grâce à cette planification [antérieure] d’un large éventail d’éventualités, nous avons pu retirer notre Ambassade et transférer le reste de notre personnel à l’aéroport dans les 48 heures ». Le Gouvernement américain a facilité le départ en toute sécurité des membres du personnel restants et de leurs familles, soit environ 2 500 personnes pendant l’évacuation. Pour gérer la menace potentielle d’une attaque terroriste, le Président a demandé à plusieurs reprises si l’armée avait besoin d’un soutien supplémentaire pour mener à bien sa mission à l’aéroport de Hong Kong. Les hauts responsables militaires ont confirmé qu’ils disposaient de ressources et d’autorités suffisantes pour contenir les menaces, y compris celles posées par ISIS-K (l’État islamique au Khorassan).
Le 25 août, le Président a été informé par de hauts responsables militaires que la poursuite des évacuations pendant 48 heures supplémentaires présentait un risque gérable pour la force et offrait les meilleures chances de succès pour l’évacuation des citoyens américains et des partenaires afghans. L’ensemble de l’équipe de sécurité nationale, y compris les hauts responsables militaires, a soutenu cet engagement à poursuivre les opérations, malgré les risques connus, et le Président a accepté la recommandation de prolonger les opérations d’évacuation pour cette période.
Pendant la NEO, les décisions spécifiques concernant les portes d’accès à l’aéroport ont été prises par les commandants sur le terrain. Dans l’après-midi du 25 août, les commandants ont décidé de laisser la porte d’Abbey ouverte pour faciliter l’évacuation des forces britanniques et des partenaires afghans. Selon le rapport 2021 du commandement central américain, « si le commandant de la JTF-CR [Joint Task-Force-Crisis Response] avait décidé de fermer l’Abbey Gate alors que les forces britanniques s’occupaient encore des évacués, il les aurait isolés à l’hôtel Baron ». Dans la soirée du 26 août, un kamikaze a fait détoner un explosif à l’extérieur d’Abbey Gate, tuant 13 militaires et 170 Afghans, et blessant 45 autres militaires, un bilan humain tragique. Nous regrettons la perte de ces 13 héros et nous nous engageons à continuer à soutenir leurs familles et les blessés ayant survécu. Après l’horrible attentat d’Abbey Gate, le Président a consulté de hauts responsables militaires pour savoir s’il fallait mettre fin immédiatement à la NEO. Il a été informé que la menace pesant sur les forces américaines était gérable et qu’il convenait de poursuivre l’opération jusqu’au 31 août afin de maximiser l’évacuation des Américains, des forces alliées et des partenaires afghans.
Les forces américaines sont restées vigilantes afin de se protéger contre de nouvelles attaques pendant que l’évacuation se poursuivait. Le lendemain de l’attaque, le 27 août, l’armée américaine a lancé une attaque de drone dans la province de Nangarhar, tuant deux individus très connus appartenant à l’ISIS-K. Le 29 août, alors que l’évacuation touchait à sa fin – et au lendemain de l’horrible attentat d’Abbey Gate – des rapports ont fait état de mouvements de véhicules et d’individus liés à l’attentat d’Abbey Gate, indiquant qu’une nouvelle attaque terroriste contre le personnel américain à l’HKIA pourrait être imminente. Pour contrer cette menace immédiate, l’armée américaine a lancé une attaque de drone à Kaboul qui a tué par erreur dix civils. Cette erreur tragique s’explique notamment par le fait que l’environnement de menace volatile et à haut risque a conduit l’équipe à évaluer de manière inexacte que la cible représentait une menace imminente pour les personnes sur le terrain.
Le Président a reçu et accepté l’avis unanime de ses principaux responsables de la sécurité nationale de mettre fin à l’évacuation le 31 août, compte tenu du risque élevé d’escalade des attaques contre les troupes américaines si elles restaient plus longtemps sur place. Depuis le début de l’évacuation, le 14 août, jusqu’à son achèvement, le 31 août, le personnel militaire et civil américain s’est efforcé, 24 heures sur 24, de mettre en œuvre le plus grand pont aérien de non-combattants de l’histoire des États-Unis. Comme l’a expliqué le secrétaire Austin le 28 septembre 2021, « rien que pour les avions militaires, nous avons effectué plus de 387 sorties, soit une moyenne de près de 23 par jour. Au plus fort de l’opération, un avion décollait toutes les 45 minutes. Et pas une seule sortie n’a été manquée pour des raisons de maintenance, de carburant ou de problèmes logistiques. Il s’agit du plus grand pont aérien de l’histoire des États-Unis, et il a été exécuté en 17 jours ».
Le Ministère de la défense a procédé à des analyses détaillées après l’attentat tragique qui a coûté la vie à des Américains et à d’autres personnes à Abbey Gate, ainsi qu’à l’attaque de drone qui a tragiquement tué dix civils, et a mis en œuvre les enseignements qu’il en a tirés. Après l’attaque de Kaboul, le Secrétaire à la défense a ordonné un examen de 90 jours sur la manière dont le Ministère de la défense pourrait mieux éviter les pertes civiles dans ses activités, et il a mis en œuvre de nouvelles politiques à cet effet.
Tenir notre promesse aux citoyens américains et aux partenaires afghans
Lorsque le président Biden a pris la décision de retirer les forces américaines d’Afghanistan, il s’est engagé à donner à chaque Américain qui le souhaitait la possibilité de partir. Il s’agissait d’un engagement sans précédent, que les États-Unis n’avaient pas pris dans des situations antérieures telles que la Libye, la Syrie, le Venezuela, le Yémen et la Somalie, lorsque nous avions fermé les ambassades américaines. En outre, comme les Américains ne sont pas tenus de s’enregistrer auprès de nos ambassades lorsqu’ils se rendent dans un pays étranger, qu’ils le quittent ou qu’ils y résident, il est impossible de savoir avec précision combien d’entre eux se sont rendus dans un pays étranger. Il est donc impossible de savoir avec précision combien d’Américains se trouvent dans un pays donné à un moment donné. Le Gouvernement américain a déployé des efforts extraordinaires pour tenir cette promesse. Comme l’a déclaré le Secrétaire d’État Blinken le 13 septembre 2021, « nous nous sommes intensément concentrés sur la sécurité des Américains en Afghanistan. En mars, nous avons commencé à les inciter à quitter le pays. Au total, entre mars et août, nous avons envoyé 19 messages spécifiques avec cet avertissement, ainsi que des offres d’aide, y compris une aide financière pour payer les billets d’avion ». Du 14 au 31 août, le Ministère a contacté directement tous les Américains connus du gouvernement américain, à plusieurs reprises et par de multiples canaux – 55 000 appels téléphoniques et 33 000 courriels au cours de ces 17 jours afin de faciliter l’évacuation de ceux qui le souhaitaient. Nombre d’entre eux avaient la double nationalité, leur famille vivait en Afghanistan depuis des générations et avait choisi de rester, et certains ont choisi de revenir en Afghanistan après le retrait de l’armée. En fin de compte, le gouvernement américain a évacué plus de 6 000 citoyens américains du pays. Nous continuons à faciliter le départ des citoyens américains qui ont choisi de rester ou de retourner en Afghanistan malgré nos sérieux avertissements. Depuis le 31 août 2021, nous avons facilité le départ de plus de 950 citoyens américains qui ont demandé de l’aide pour partir. Beaucoup doutaient que le président Biden puisse tenir sa promesse, mais il l’a fait.
Dès le début, le Président a également indiqué clairement que les États-Unis s’engageaient à aider leurs partenaires afghans. Sous l’impulsion du Président, l’ensemble de l’inter-agence s’est efforcé d’accélérer le programme SIV, ce qu’elle a fait en augmentant les ressources allouées à ce programme vital, en relançant les entretiens SIV interrompus par l’administration précédente, en multipliant par plus de quinze le nombre de personnes chargées de traiter les demandes et en passant en revue toutes les étapes de la très lourde procédure de demande. Grâce à ces efforts, le Gouvernement américain a délivré plus de SIV dans les mois précédant la chute de Kaboul qu’à n’importe quelle autre période de l’histoire du programme.
Au cours de l’évacuation, environ 70 000 Afghans vulnérables ont été évacués par le Gouvernement américain vers des installations du Ministère de la défense à l’étranger pour y être soumis à des contrôles de sécurité, à des vérifications et à l’administration de vaccins de santé publique. Le Département d’État a commencé en juin à rechercher des accords de transit pour les Afghans avec des pays tiers, a conclu des accords avec le Qatar et le Koweït en juillet et a négocié des accords avec d’autres pays, notamment l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne, les Émirats Arabes Unis, Bahreïn, le Kosovo et l’Albanie. La mise en place de ce réseau de sites de transit – les « nénuphars » – n’aurait pas été possible sans le soutien de partenaires internationaux au Moyen-Orient et en Europe. Les évacués afghans ont ensuite été transportés par avion vers huit « refuges » nationaux du Ministère de la défense. Les personnes nécessitant des soins médicaux particuliers ont été transférées au Centre médical militaire national Walter Reed et dans des hôtels situés à proximité. Plus de 10 000 membres du personnel de l’État, de la défense et de la sécurité intérieure ont soutenu cet effort humanitaire sans précédent. Des groupes d’anciens combattants, des organisations à but non lucratif, des administrations locales et d’État, des entreprises et d’autres organisations ont travaillé 24 heures sur 24 pour contribuer à l’effort d’évacuation. Qu’il s’agisse d’aider les demandeurs d’asile à remplir les formalités administratives ou de faire don de ressources pour aider les familles à se réinstaller, ces partenaires ont été et restent essentiels à nos efforts.
Malgré des prédictions contraires, nous avons facilité et continuerons à faciliter le départ et la réinstallation de nos partenaires afghans grâce à Enduring Welcome, notre effort pluriannuel pour réinstaller aux États-Unis ceux qui ont travaillé avec et pour nous, par le biais de diverses voies d’immigration légale. Nous sommes fiers d’avoir accueilli environ 100 000 Afghans dans le cadre de l’opération Allies Welcome et maintenant avec Enduring Welcome. Nous continuons également à exploiter les ressources et l’expertise que nous avons vues émerger lors des évacuations pour aider les nouveaux arrivants afghans et aider ceux qui sont arrivés l’année dernière à s’intégrer. Avec l’aide de neuf agences nationales de réinstallation des réfugiés et d’un réseau d’environ 200 organisations locales affiliées, chaque famille afghane a été réinstallée dans les communautés américaines. Nous avons également besoin que le Congrès adopte une législation, telle que la Loi sur la compensation afghane, pour aider ceux qui rejoignent de nouvelles communautés à bien s’installer et à s’intégrer.
Nous sommes désormais déterminés et clairs quant au soutien que le Gouvernement américain est en mesure d’apporter aux Américains à l’étranger dans des conditions difficiles, ainsi qu’aux limites de ce soutien. C’est ce que nous avons fait en Ukraine et en Éthiopie. Nous avons envoyé des messages proactifs sur les risques et expliqué clairement et à plusieurs reprises que ceux qui choisissaient de rester ne pouvaient pas s’attendre à ce que le Gouvernement américain les évacue. Dans nos messages publics, nous avons également fait la distinction entre les populations que le Gouvernement américain pouvait directement évacuer en cas de besoin – principalement son propre personnel – et les autres qui devaient tenir compte de nos avertissements et planifier leurs propres évacuations, comme les simples citoyens américains.
Reconstruire les capacités à long terme
Le retrait est terminé, mais nous devons continuer à travailler pour reconstruire les systèmes dont nous avons besoin pour répondre à une future crise. L’Administration Trump a vidé de sa substance une grande partie de la main-d’œuvre professionnelle, y compris aux niveaux supérieurs, à un moment où davantage de ressources étaient nécessaires. La capacité nécessaire en cas de crise n’est pas quelque chose que l’on peut simplement « démarrer ». Pour être en mesure de gérer une crise en cours, il faut travailler en permanence au développement de notre personnel, à la mise en place de nos processus internes et à l’établissement de partenariats.
Nous investissons massivement dans la création de capacités supplémentaires : attirer, retenir et améliorer les talents au sein du personnel fédéral, que nous considérons comme une source fondamentale de force pour notre sécurité nationale. Nous mettons également en place de nouveaux types de partenariats. Pendant le retrait, les ressources et l’expertise des organisations à but non lucratif, des associations d’anciens combattants, des entreprises et d’autres organisations ont joué un rôle essentiel dans nos efforts. Aujourd’hui, nous nous appuyons sur ces partenariats pour aider les nouveaux arrivants afghans et ceux qui sont déjà arrivés à s’intégrer.
Renforcer la position des États-Unis
Lorsque le Président Biden a annoncé sa décision de retirer les forces américaines d’Afghanistan, certaines voix se sont élevées pour douter que l’Amérique en sortirait plus sûre et plus forte. Le Président Biden a promis aux Américains que nous maintiendrions une capacité durable à faire face aux menaces terroristes en Afghanistan sans avoir à envoyer des milliers de soldats sur le terrain. En juillet 2022, il a démontré cette capacité lors de l’opération réussie qui a permis de tuer l’émir d’Al-Qaïda, Ayman al-Zawahiri. En outre, lorsque le Président Biden a pris sa décision en 2021, il a reconnu à juste titre que la menace terroriste d’aujourd’hui était plus diverse et plus diffuse qu’en 2001. Sa décision de quitter l’Afghanistan a permis de libérer des ressources militaires, de renseignement et d’autres ressources essentielles pour contrer les menaces terroristes dans le monde entier, notamment en Syrie, en Irak, en Somalie et au Yémen. L’Administration a réussi à le faire, notamment en éliminant le chef de l’ISIS, Hajji Abdullah, et un certain nombre de dirigeants de l’ISIS en Syrie et en Somalie, grâce aux efforts continus des États-Unis en matière de lutte contre le terrorisme. Nous restons également déterminés à soutenir une aide humanitaire importante et à défendre les droits des femmes et des filles en Afghanistan, et nous continuerons à condamner et à isoler les Talibans pour leur bilan épouvantable en matière de droits de l’homme.
Plus généralement, lorsque le Président a pris la décision de quitter l’Afghanistan, certains ont craint que cela n’affaiblisse nos alliances ou ne désavantage les États-Unis sur la scène internationale. C’est le contraire qui s’est produit. Notre position dans le monde s’est considérablement améliorée, comme le montrent de nombreuses enquêtes d’opinion. Nos alliances sont plus fortes que jamais. La Finlande a été admise dans l’OTAN et la Suède le sera bientôt également. Nous consolidons nos partenariats existants et en construisons de nouveaux avec des nations du monde entier. Sur la scène mondiale, l’Amérique est en tête. Nous avons rallié nos alliés et nos partenaires pour soutenir l’Ukraine et demander des comptes à la Russie pour son agression, et pour nous renforcer dans la compétition face à la Chine. Il est difficile d’imaginer que les États-Unis auraient été en mesure de relever ces défis avec autant de succès, et surtout avec autant de ressources, si les forces américaines étaient restées en Afghanistan aujourd’hui.
En fin de compte, après plus de vingt ans, plus de 2 000 milliards de dollars et la mise sur pied d’une armée afghane de 300 000 soldats, la rapidité et la facilité avec lesquelles les Talibans ont pris le contrôle de l’Afghanistan suggèrent qu’aucun scénario – à l’exception d’une présence militaire américaine permanente et considérablement élargie – n’aurait pu changer la trajectoire. Comme l’a déclaré le Président Biden le 31 août 2021, « lorsque j’entends dire que nous aurions pu, que nous aurions dû poursuivre l’effort dit de faible qualité en Afghanistan, à faible risque pour nos militaires et à faible coût, je pense que peu de gens mesurent ce que nous avons demandé au 1 % de ce pays qui porte l’uniforme, qui est prêt à risquer sa vie pour défendre notre nation… Il n’y a rien de faible qualité, de faible risque ou de faible coût dans une guerre ».
Pour peser sur le débat public, « actuellement dépendant d’un discours sécuritaire qui tend à devenir hégémonique », il importe que le mouvement social s’empare des questions de défense et de ventes d’armes, exhortent de nombreux acteurs associatifs.
Un train peut en cacher un autre : au moment où la loi sur les retraites requiert l’attention du mouvement social, et qu’un énième projet sur l’immigration mobilise les organisations de défense des droits des migrant-es, le gouvernement prévoit de faire voter une nouvelle loi de programmation militaire. Du fait de cette « stratégie du choc », ce projet risque de passer inaperçu.
Le déficit de contrôle démocratique est accru, puisque l’actuelle loi se poursuit jusqu’en 2025. Sans bilan de ce qui est en cours, dans un contexte géostratégique de plus en plus tendu, l’objectif déclaré est de s’adapter aux risques de conflit inter-étatique majeur (de « haute intensité »). Ajoutée aux retraits des corps expéditionnaires du Mali et du Burkina-Faso, retraits imposés par les peuples et leurs gouvernements, et à la dénonciation des accords de coopération militaire datant de 1961, cette situation devrait amener un vrai débat dans le pays.
Le président Macron, chef des armées, demande une augmentation qui aboutit, en faisant la somme des deux lois (2018-2025 & 2024-2030), au doublement de leur budget et à l’instauration d’une « économie de guerre ». La hausse budgétaire en Allemagne est inférieure (approximativement de 100 milliards d’euros) [1] ; il est vrai qu’à la différence de la France, ce pays voisin n’a plus d’empire à gérer [2]…
Cette option vient opposer un refus au Secrétaire général de l’ONU au moment où António Guterres énonce une priorité, le droit à la paix, « Une paix dans le respect de la Charte des Nations Unies et du droit international ». « L’invasion de l’Ukraine par la Russie inflige des souffrances indicibles au peuple ukrainien et a de profondes répercussions mondiales » [3].
Attention, cela dit, aux « deux poids et deux mesures » : la cristallisation du monde occidental sur cette guerre n’est pas suivie par le reste du monde qui s’interroge sur le rôle de l’OTAN depuis la fin de la guerre froide, et qui conserve le souvenir de la destruction de pays, tels l’Irak et la Libye, dans l’indifférence générale.
Nous devons exiger de nos gouvernants qu’ils prennent les moyens de refuser les politiques de puissance de tous les côtés et de construire « un Nouvel Agenda pour la paix ».
Et quel bilan tirer des opérations extérieures au Sahel, si ce n’est celui de leur échec à réduire le terrorisme islamiste ? Cet échec légitime le soupçon d’une stratégie d’occupation pour d’autres motifs, notamment de type économique. Outre le développement de la misère sociale, la politique extractiviste et prédatrice, au Niger par exemple, met en danger les écosystèmes. La responsable altermondialiste, Aminata Traoré, plaide depuis 2013 pour des négociations avec les factions rebelles [4].
Ces annonces budgétaires, plutôt qu’à un lobby militaro-industriel pléthorique (Thalès, Safran, Naval Groupe, Dassault, Airbus…), seraient utiles pour les chômeurs dont les droits ont été réduits drastiquement dans la dernière période, pour une Éducation nationale, une Université et un secteur de la Santé de plus en plus en déshérence, pour le régime des retraites…
La loi sur les retraites prévoit que le statut spécial des militaires comme des policiers soit maintenu (partir plus tôt, à 57 ans voire 52 pour les policiers), alors que d’autres régimes sont remis en cause et qu’un important effort supplémentaire est demandé aux salarié-es [5]. Au nom de l’équité, la légitimité ou non de ce traitement spécifique des secteurs régaliens, spécialistes du maintien de l’ordre et de la Défense, est à mettre dans le débat public.
Une « économie de guerre », n’est-ce pas une économie parasite, au service de la stratégie unilatérale de l’OTAN et de l’Union européenne, c’est -à-dire d’une vision du monde étroitement occidentaliste ? Dans une période marquée par le regain des nationalismes souvent au mépris des systèmes démocratiques, ce serait un choix périlleux. Et comment légitimer ce choix de défense nationale, alors que les gouvernements successifs, depuis le mandat Hollande-Le Drian, démultiplient les ventes d’armes, en particulier à des dictatures du Moyen Orient responsables de la répression de « printemps démocratiques arabes » ou de guerres meurtrières (Egypte, Arabie saoudite…) ? Ce choix de production est-il compatible, par ailleurs, avec le principe d’un développement durable qui impose de limiter l’accumulation de biens inessentiels ?
Pour peser sur le débat public, actuellement dépendant d’un discours sécuritaire qui tend à devenir hégémonique, il importe que le mouvement social s’empare de ce sujet.
Pour le rejet de ce projet de loi de programmation militaire en l’état (dans son objectif budgétaire notamment).
Pour la démocratisation du débat public sur les questions de défense et de ventes d’armes, et une meilleure implication du Parlement.
Pour le respect des prérogatives des Etats africains et l’arrêt des opérations extérieures au Sahel.
Pour le soutien à la résistance des peuples contre tous les impérialismes, y compris russe, israélien, chinois…
Pour un débat sur le maintien ou pas de la France dans l’OTAN.
Pour un débat sur la Défense européenne et le renforcement de l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe.
Pour la promotion d’une vraie diplomatie internationale, notamment dans le cadre de l’ONU, qui favorise l’accès à une mondialisation multilatérale et pacifiée [6].
Pour un renforcement des moyens donnés à la résolution non violente des conflits et à la défense civile non violente.
Pour l’obtention d’informations sur l’empreinte carbone des dépenses militaires.
Pour la reconversion de certaines industries d’armement et de leurs personnels.
Pour que la France soit observatrice lors des conférences des Etats signataires du Traité International d’Interdiction des Armes Nucléaires, comme marque d’engagement en faveur d’un désarmement nucléaire universel.
Signataires :
Nils ANDERSSON ancien éditeur-
Franc BARDOU écrivain occitaniste-
Philippe BAZIN universitaire en arts plastiques, photographe-
Nadège BOISRAMÉ, conseillère municipale à Nantes, GDS (Gauche démocratique et sociale) –
Martine BOUDET didacticienne, membre du Conseil scientifique d’Attac France-
Anne CAUWEL membre du CEDETIM, spécialiste de l’Amérique latine –
Marc CHATELLIER enseignant-chercheur (Université de Nantes), syndicaliste –
Nelly COSTECALDE, membre d’Abolition des armes nucléaires-Maison de vigilance, du Mouvement pour une alternative non-violente et de la commission paix et désarmement d’EELV-
Patrice COULON membre du MAN (Mouvement pour une Alternative Non-violente), d’Abolition des Armes Nucléaires, d’Attac et d’Eelv-
Pierre COURS-SALIES sociologue et membre de Ensemble!-
Fatima CUNY co-responsable de la commission Paix et Désarmement (EELV)-
Christian DELARUE altermondialiste (ATTAC et CADTM) et antiraciste (MRAP)-
Monique DEMARE membre de la commission Démocratie Attac-
Françoise DUTHU ancienne députée au Parlement Européen du groupe Verts/ALE, membre de la commission Paix et désarmement –
Thierry DUVERNOY, membre d’Abolition des armes nucléaires – Maison de Vigilance-
Didier EPSZTAJN, animateur du blog « Entre les lignes entre les mots »
Jacques FATH spécialiste en relations internationales
Yann FIEVET socio-économiste-
Patrick FODELLA membre Commission Union Européenne ATTAC-
Sylviane FRANZETTI citoyenne occitaniste-
Suzanne GLANER membre de l’Union pacifiste et sympathisante de AAN et du Mouvement de la paix-
Denis GUENNEAU membre de la commission Paix et Désarmement d’EELV-
Patrick HUBERT, co-président du MAN 71-
Frédéric LEBARON sociologue, association Savoir/Agir-
Laurent LINTANF, membre du bureau de la commission Paix et désarmement d’EELV, militant antinucléaire –
Michèle LECLERC-OLIVE chercheure CNRS-EHESS, présidente de CORENS (Collectif Régional pour la Coopération Nord-Sud – Hauts de France) et de CIBELE (Collectif Régional pour la Coopération Nord-Sud – Ile de France)-
Philippe LE CLERRE, responsable du groupe local Vent de Nord-Ouest (Les Verts 77) –
Gérard LEVY co-responsable de la commission nationale paix et désarmement EÉLV ; conseiller municipal aux Clayes 78-
Olivier LONG artiste plasticien, universitaire Paris 1 Panthéon-Sorbonne-
Selon les députés ultramarins, « Le président de la République et son gouvernement préparent activement une nouvelle loi de programmation militaire (…) destinée notamment à renforcer les forces dites « de souveraineté » en outre-mer afin de sécuriser les 10,2 millions de km2 composant la Zone économique exclusive de la France. Mais ils détournent sciemment le regard lorsqu’il s’agit d’assurer des conditions de vie (et de retraite) décentes aux populations des territoires qui lui assurent son rang de deuxième puissance maritime mondiale.»